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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Tensions croissantes entre la Chine et les USA autour des monnaies

La hausse de l’euro pénalise l’industrie européenne

  

Dans un contexte national de crise sociale et politique, il faut maintenir l’attention sur les évènements mondiaux. Après un répit qui a conduit l’euro à proximité de la valeur qu’il avait en dollar au moment de sa création (1,20 - proche de 1,13), sa remontée aux alentours de 1,40 pose un vrai problème de compétitivité de l’industrie européenne à l’exportation.

 

Patrick Artus : « La zone euro vient de perdre 5 ans de gains de productivité » (Propos recueillis par Guillaume Maujean, Les Echos, 7 octobre)  

 

Avec un euro à 1,40 dollar, la zone euro ne peut maintenir une production industrielle rentable, prévient le Directeur de la Recherche de Natixis. Mais, pour lui, la masse des liquidités en circulation reste le vrai problème.

L'euro au-dessus de 1,40 dollar, est-ce inquiétant ?

C'est un vrai sujet d'inquiétude, évidemment.  La parité de pouvoir d'achat situe l'euro à 1,15-1,20 dollar. Nous sommes déjà 20 % au-dessus et certains annoncent l'euro à 1,50 dollar à la fin de l'année. A ce niveau-là, on ne peut maintenir une production industrielle rentable dans la zone. Louis Gallois, le patron d'EADS, a d'ailleurs dit qu'au-dessus de 1,50 dollar, on ne pouvait plus fabriquer d'Airbus en zone euro... Avec l'appréciation de sa monnaie au cours des deux derniers mois, la zone vient de perdre cinq années de gains de productivité.

Comment expliquer une telle volatilité ?

Le plus frappant, c'est le changement total de raisonnement des marchés. Entre la chute de Lehman Brothers en septembre 2008 et juillet 2010, le dollar jouait son rôle de valeur refuge. Même les mauvaises nouvelles sur la croissance américaine le faisaient monter. Depuis juillet, tout s'est inversé. L'analyse économique fondamentale a repris le dessus. La nouvelle vague annoncée et prévisible d'assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale américaine, ou « QE2 », pèse sur le billet vert. Par ailleurs, l'aversion pour le risque a beaucoup diminué. Les investisseurs diversifient leurs actifs et reviennent vers les marchés émergents.  Certains pays, notamment en Asie, sont acculés à défendre leurs monnaies. 

L'euro semble servir de variable d'ajustement dans ce contexte. La BCE peut-elle rester impassible ?

En théorie, les banques centrales ont trois armes. D'abord, contrôler les changes. Mais ce n'est pas dans le mandat de la BCE et, surtout, cela ne se fait pas ! Ensuite, mener elle aussi une politique monétaire expansionniste. Mais la BCE est au contraire en train de sortir de sa politique non conventionnelle en pompant les liquidités excédentaires sur le marché, et en normalisant ainsi la structure des taux monétaires. Enfin, intervenir directement sur le marché des changes : cela n'est évidemment pas le plus probable. Bref, la BCE est piégée, elle ne peut rien faire. C'est d'autant plus frustrant que la politique de la Fed n'a pas pour objectif de faire baisser le dollar. Elle veut aider le crédit à repartir. Mais la nouvelle dose de « QE » n'aura sans doute aucun effet. Les Etats-Unis ont deux problèmes : un désendettement qui n'est pas terminé et un problème de consommation des ménages. Les banques américaines ont plus de 1.000 milliards de dollars de réserves excédentaires. L'injection de liquidités supplémentaires ne risque donc pas de produire le stimulus attendu sur l'économie. 

Qu'est-ce qui pourrait inverser la tendance ?

Le vrai problème, ce n'est pas tant les anomalies sur les taux de change que la masse des liquidités en circulation. Fixer des objectifs de change ne servira à rien tant que les flux de capitaux resteront aussi gigantesques. Depuis 1996, la base monétaire dans le monde a augmenté de 18 % par an en moyenne, trois fois plus vite que le PIB ! C'est évidemment cela qui provoque le désordre monétaire. Il est très louable d'appeler de ses voeux un nouvel ordre monétaire, mais cela ne marchera que si on contrôle les niveaux de liquidités.  Il faudrait par exemple que le FMI puisse ordonner aux Etats-Unis de réguler la création de monnaie : on n'en est évidemment pas là...

Enfin, j'ajouterais qu'il sera extraordinairement difficile de trouver une position commune entre la France et l'Allemagne sur la juste valeur de l'euro.  Quand l'euro s'apprécie de 10 % par rapport à toutes les monnaies, cela ralentit les exportations françaises de 11 % au bout de 3 ans. En Allemagne, le choc est bien moindre puisque cela les ralentit de 3 % seulement. Outre-Rhin, personne ne croit vraiment qu'un euro fort peut faire du tort. 

Commentaire (non public, transmis par courriel) de Rachid Adda, responsable de la MIRES (Mission Innovation, Recherche, Enseignement Supérieur du Département du Val d'Oise) et militant MRC :

Le Japon et l'Europe sont aujourd'hui incapables d'empêcher l'emballement de leur monnaie "nationale" au profit de la zone dollar/yuan et au détriment de notre industrie.
A un moment où l
'innovation peut permettre des gains de productivité et de nouveaux horizons technologiques répondant à une offre et des marchés nouveaux nous permettant d'espérer les avantages concurrentiels des pays émergents liés aux faibles coûts de main-d’œuvre, voila que nos propres coûts de mains d'œuvre viennent de prendre 15 % en quelques semaines....

Aucune raison objective n'explique aujourd’hui cette hausse de l'Euro, à part une spéculation visant à affaiblir l'industrie européenne dans son ensemble. A ceci près que l'Allemagne tire toujours son épingle du jeu par la structuration de son industrie qui se trouve aux deux bouts de la chaîne de valeur  et  qu'elle a toujours sa rente de situation en Europe (le marché de l'Eurostar accordé à Siemens en est l'exemple caricatural !)
Ce constat de quelques-uns, il y a peu, est aujourd’hui partagé par des experts qui n
'ont rien de marxistes ou d'antieuropéens viscéraux ! Par contre, silence absolu des partis politiques de droite et, surtout, de gauche qui, par contre, pleuraient sur la baisse de l'euro il y a quelques mois.

Le point de vue de Jean-Michel Quatrepoint*, il y a un an (colloque du 19 octobre 2009 de la Fondation Res Publica présidée par Jean-Pierre Chevènement, sur le thème « Quel système monétaire international pour un monde multipolaire ? » - voir Débat final).

 

Le fil conducteur des trente dernières années est la relation entre la Chine et les États-Unis - ou plutôt la relation entre : la Chine et le Parti communiste chinois, les multinationales anglo-saxonnes et, accessoirement, la grande distribution. C’est la trilogie Wall Street / Wal Mart / PCC.
La Chine a une stratégie et elle s’y tient depuis trente-deux ans. Elle veut redevenir la première puissance mondiale qu’elle était autrefois. Les Chinois ne s’en cachent pas et poursuivent une stratégie méthodique. Ils ont lié leur développement économique au lien yuan/dollar, c’est-à-dire à l’intégration de la Chine dans la zone dollar. Cela s’est fait au moment de la négociation sur la rétrocession de Hong Kong à la Chine. Le yuan-renminbi a été de facto indexé sur le dollar, ce qui a permis aux multinationales, d’abord japonaises et ensuite anglo-saxonnes, de s’installer en Chine, non pas pour conquérir le marché local chinois mais pour produire à des coûts défiant toute concurrence afin de réexporter vers les marchés consommateurs : le marché américain, les marchés occidentaux en général (…).

Qui paie les pots cassés ? Les Occidentaux : le Canada, l’Amérique latine et l’Europe dont les exportations vers les Etats Unis et la zone dollar chutent drastiquement. Non seulement on recommence comme avant la crise, mais on va accélérer le mécanisme qui avait précisément conduit à la crise.
Les Chinois vont se remettre à exporter sur le marché américain et sur tous les autres marchés mondiaux. Le lobby financier américain est le plus puissant de tous les lobbies car la finance représente 21% du PIB américain, 40% de la totalité des profits des sociétés américaines mais 6% seulement de l’emploi (il en est de même pour la City de Londres).
Si les États-Unis régulaient leur système financier, que leur resterait-il ? Ils ont abandonné l’industrie et il leur faudra du temps pour la reconstituer.
Le système recommence donc comme avant. Je crains que d’autres bulles ne se forment.
La nouvelle bulle viendra de la transformation des dettes privées en dettes publiques : on a nationalisé les dettes privées et on les a transférées sur le contribuable. Les financiers vont titriser les dettes publiques et refaire de l’argent grâce à cela (…).

 

* Journaliste, auteur de La crise globale (2008) et La dernière bulle (2009), éditions Mille et une nuits.

Photo : voir Université d'été MRC à Valence : l'industrie française en grave difficulté - 11 septembre 2010.

Voir aussi l’Intervention de Jean-Michel Quatrepoint (colloque Res Publica, 28 novembre 2005).  

 

Cet article est le 64ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe.

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