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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Chevènement apporte son témoignage sur de Gaulle, le gaullisme et les élites


De Gaulle a attiré à lui les élites républicaines

 

Jean-Pierre Chevènement était hier l’invité du colloque « Le général de Gaulle et les élites », organisé par la Fondation Charles de Gaulle au Sénat.

Son exposé est à lire depuis le 26 novembre sur www.chevenement.fr. Voici quelques extraits qui incitent à se reporter au texte entier.

 

Le général de Gaulle et la guerre

 

(…) « De Gaulle se place du point de vue de la préservation de la position éminente qui était celle de la France à l'issue de la Première Guerre Mondiale. Il n'entre pas dans les considérations de géopolitique à la petite semaine qui, par anti-soviétisme, vont jeter nos élites traditionnelles, c'est-à-dire bourgeoises, dans les bras de Hitler. Bref, avant guerre, De Gaulle reste un soldat, mais que la montée des périls conduit à prendre l'opinion publique à témoin tout en restant sur un plan de stricte doctrine militaire. Même dans l'Appel du 18 juin à la Résistance française, si la dimension mondiale de conflit est affirmée avec une force prémonitoire, la dimension idéologique - le combat de la démocratie contre le fascisme - paraît absente » (…).

 

De Gaulle et la libération

 

(…) « Le 15 mars 1944, il annonce la nationalisation des sources d'énergie, le contrôle du crédit « afin que son activité ne soit pas à la merci de monopoles financiers », la création de comités d'entreprises « pour frayer à la classe ouvrière la voie de l'association », et enfin la généralisation de la Sécurité Sociale (l'Unité, p. 217).

De Gaulle situe clairement son dessein dans l'axe d'une « troisième voie ». Ses réformes visent à éviter le glissement vers le « totalitarisme communiste » : « L'opposition des privilégiés ne se fera guère sentir, écrit-il, tant cette catégorie sociale est compromise par l'erreur de Vichy et effrayée par le spectre révolutionnaire » (L'Unité, p. 17). Le mot « erreur » appliqué à Vichy et aux élites qui l'ont rallié est une litote !

La Libération fournit l'occasion de réformes importantes : statut de la presse destiné à la libérer de l'influence des puissances d'Argent, création de l'ENA visant à démocratiser l'accès à la Haute Fonction publique. Dans le même temps furent mises en œuvre les réformes économiques et sociales prévues par le Conseil National de la Résistance. Celui-ci, comme l'Assemblée Consultative provisoire furent les matrices et les moteurs d'une refondation républicaine à la foi sociale et nationale. La bourgeoisie traditionnelle provisoirement marginalisée, la Résistance accoucha, à travers les élections, de forces politiques qui se voulaient rénovées mais portaient encore les stigmates de leurs anciens errements » (…).
 

Après de Gaulle 

 

(…)« Avec le recul, une contradiction massive apparaît dans l'œuvre du Général de Gaulle : celui-ci a doté la France d'institutions qui ont résisté à l'épreuve du temps, autour d'un pouvoir présidentiel fort, à partir d'une conception de la souveraineté nationale qui, elle, s'est usée au fur et à mesure de l'intégration toujours plus poussée de la France dans un ensemble européen dominé par le libéralisme et l'hégémonie des Etats-Unis. En ce sens, la forme et le fond de la Ve République n'ont pas cessé de diverger depuis 1969, date du départ du général de Gaulle du pouvoir, non sans quelques rémanences significatives, la dernière ayant été le refus de Jacques Chirac de cautionner l'invasion de l'Irak en 2003. Mais l'UMP n'a approuvé son attitude que du bout des lèvres et l'élection de Nicolas Sarkozy a sanctionné cet écart.

« Le ventre et l'esprit se nourrissent à des sources différentes » a écrit Barrès. La bourgeoisie française s'est assez vite dissociée des intentions initiales du Général de Gaulle. Cette dissociation a été perceptible - je le répète - dès le gouvernement de Georges Pompidou.

La geste gaulliste aujourd'hui s'efface. Paradoxalement, les institutions créées par le général de Gaulle semblent avoir bien souvent fonctionné à contre-emploi :
- 1972 : entrée de la Grande-Bretagne dans le Marché Commun ;
- 1979 : élection au suffrage universel de l'Assemblée de Strasbourg et création d'un système monétaire européen préfigurant la monnaie unique ;
- 1985-87 : Acte Unique et libéralisation du mouvement de capitaux ;
- 1991-92 : traité de Maastricht créant la monnaie unique et l'Union européenne ;
- 2005-2007 : traité de Lisbonne reprenant la substance de la Constitution européenne rejetée par le peuple français le 29 mai 2005.

Les élites traditionnelles en France inclinent vers la subordination à un protecteur extérieur :
- inféodation à la diplomatie anglaise dans l'entre-deux-guerres ;
- choix de la collaboration par Vichy ;
- atlantisme de la IVe République et réalignement progressif sur les Etats-Unis sous la Ve République.

De Gaulle a attiré à lui les élites « républicaines », au sens premier et étymologique du terme, rares au début, en 1940, puis s'étoffant au fur et à mesure que les faits donnaient raison à l'initiateur de la Résistance « cette folie qui a réussi », selon un mot prêté à Georges Pompidou. De Gaulle a conçu une politique extérieure qui valait à l'époque de la bipolarité Est-Ouest et qui garde, selon moi, sa pertinence dans un monde multipolaire où la France ne se résignerait pas à s'effacer.

La République, comme le gaullisme en son temps, est une exigence. Elle n'est pas naturellement portée par un système politique qui est redevenu un système de partis, ne fussent-ils que deux réellement dominants, l'UMP et le PS. A vrai dire, l'échec constant du parti socialiste aux trois dernières élections présidentielles peut conduire à s'interroger sur le fait de savoir si la Ve République n'est pas devenue en fait le pouvoir d'un seul parti dominant, celui des classes dominantes, quelque effort que le parti socialiste ait pu faire pour répondre aux vœux de ces dernières. La masse du peuple peut se reconnaître temporairement mais non durablement, selon moi, dans des institutions ainsi détournées du but que leur avait assigné le fondateur de la Ve République.

La question qui est posée est de savoir si les intérêts des classes dominantes recouvrent ou non l'intérêt de la France dans la longue durée. Dans le système de la globalisation on peut en douter. L'Etat peut-il y remédier ? Encore faudrait-il qu'il ne fût pas colonisé par les grands intérêts, faute de quoi l'écart se creusera entre les gagnants et les perdants de la mondialisation et la France s'y perdrait ».

Voir la présentation du colloque sur le site de la Fondation Charles de Gaulle
 

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