Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

Publicité

Chevènement : un gouvernement économique de la zone euro est désormais une possibilité


Une relance keynésienne initiée par les USA et l’Allemagne ?

Les actes du colloque de la Fondation Res Publica, qui a eu lieu le 18 février 2008, sont en ligne sur www.fondation-res-publica.org (voir cette information sur www.chevenement.fr).

« Quel gouvernement économique de la zone euro ? »

Accueil de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica.

Questions introductives, par Dominique Garabiol, directeur à la CNCE (Caisse nationale des caisses d'épargne).

L'échec de la stratégie de Lisbonne, par Françoise Bouvier, maître de conférences à l'Université de Franche-Comté.

La France et la gestion de l'euro, par Jean-Pierre Robin, chroniqueur économique au Figaro.

Le miracle économique espagnol et l'euro, par Jean-Michel Quatrepoint, journaliste économique, directeur de La Lettre A.

L'Italie et l'euro, par Loïc Hennekinne, ambassadeur de France.

Quand la quête d'un gouvernement économique cache l'existant, par André Gauron, conseiller maître à la Cour des comptes.

L'euro : position actuelle, conséquences, remèdes possibles, par Gérard Lafay, professeur de sciences économiques à l'Université Panthéon-Assas Paris II.

Peut-on sortir de l'euro ?, par Jean-Luc Gréau, Economiste, auteur de L'Avenir du capitalisme (Gallimard, 2005).

Débat final (dont la conclusion de Jean-Pierre Chevènement).

Voir le dossier en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

L’intervention de Jean-Pierre Chevènement dans le débat final

« Ne serait-il pas opportun de situer politiquement le problème ? Théoriquement, que sommes-nous en train de vivre ? Il est toujours très difficile de répondre à une pareille question.

On ne peut qu'être frappé de voir la politique de fuite en avant que mènent les Etats-Unis dans tous les domaines :
-
Tel l'endettement des ménages américains, constitués en consommateurs en dernier ressort, responsables de la bonne marche de l'économie mondiale, qui ont été dopés par des taux d'intérêts réels négatifs, poussés à s'endetter, à acheter des maisons… jusqu'à ce que survienne la crise des subprimes.
- Tel
le déficit extérieur abyssal : plus de 700 milliards de dollars (même s'il se réduit à la marge) par rapport à un endettement extérieur qui reste contenu mais s'est beaucoup accru depuis quelques années.
- Telle
la fuite en avant diplomatique et militaire, avec l'invasion de l'Irak.

Cette fuite en avant peut se poursuivre. Dans quel sens ?
Félix Rohatyn évoque un plan de relance keynésien, c'est-à-dire le développement d'un vaste plan d'infrastructures aux Etats-Unis, pour remettre à niveau les routes, les aéroports, et bien d'autres équipements.

On peut se demander si cette régulation à partir des Etats-Unis (dont parlait Jean-Luc Gréau tout à l'heure) ne consisterait pas à nous imposer des déficits dont nous ne voulons pas, car la Banque centrale européenne a repris les tropismes de la Bundesbank.

J'évoquais, au début de ce colloque, la spoliation de l'épargne allemande en 1948, trauma fondateur qui s'est perpétué « génétiquement » - si je puis dire - à travers le programme et les priorités de la Banque centrale européenne. Nous sommes en quelque sorte prisonniers de quelque chose qui vient de très loin et qui nous échappe parce que nous n'avons pas connu ce trauma initial en France (nous en avons connu d'autres).

Par conséquent je me demande si nous ne pourrions pas aller vers un gouvernement économique de type keynésien qui utiliserait l'espace de la zone euro comme un espace de relance keynésien. Cette perspective a été évoquée il y a très longtemps par Jürgen Habermas pour expliquer que l'Etat-nation n'était plus du tout adapté.

A mon avis, il n'est pas nécessaire pour cela de faire un Etat fédéral, une convergence des nations européennes suffirait. C'est cette convergence qui, aujourd'hui, n'existe pas. Si certains pays sont prêts à faire des déficits (l'Espagne, l'Italie et la France), les Allemands ont une autre manière de raisonner. Il me semble que, plutôt qu'une sortie de l'euro, aujourd'hui politiquement inenvisageable, on pourrait envisager un gouvernement économique de la zone euro rendu possible par un basculement des mentalités outre-Rhin et par une convergence des volontés nationales. J'ajoute à cela la pression américaine qui pourrait se renforcer. Est-ce totalement irréaliste ?

Pour moi, ce n'est pas irréaliste, pour plusieurs raisons :
J'observe que les syndicats allemands considèrent qu'ils sont au bout de la cure d'austérité, ils sont devenus beaucoup plus revendicatifs et des mouvements sociaux assez puissants sont en train de naître en Allemagne.
Par ailleurs,
l'Allemagne va voir décroître le rôle moteur de son commerce extérieur ; plus exactement, d'après les statistiques patronales de la BDI, en 2008, les exportations vont croître moins vite que les importations. C'est-à-dire que le commerce extérieur ne contribuera plus à la croissance allemande comme il l'a fait depuis cinq ans.

Je rappelle que la croissance allemande, contrairement à la croissance française, n'a pas son origine dans la demande intérieure. Si la demande intérieure a soutenu la croissance française, en Allemagne au contraire, la demande intérieure aurait conduit à une décroissance. C'est le commerce extérieur qui a été le moteur de la croissance allemande.

J'observe aussi l'émergence d'un parti à gauche de l'échiquier politique, Die Linke, qui a dépassé la barre des 5%. Toutes les perspectives du SPD vont être influencées par le surgissement de ce rival de gauche issu de la fusion de PDS et du WASG (parti créé par Oskar Lafontaine en Allemagne de l'ouest).

Je voudrais introduire un lien entre la politique intérieure et la politique économique allemandes. Nous pouvons assister, dans les années qui viennent à une réorientation de la politique économique, à supposer, évidemment, que le SPD soit en position de l'imprimer et que le rapprochement avec Die Linke ne donne pas le pouvoir à la CDU. Il pourrait y avoir des effets politiques en chaîne qu'il serait intéressant d'observer.

Deux possibilités se présentent donc : la pression des Etats-Unis vers des déficits que nous serions peut-être bien inspirés d'organiser nous-mêmes et, d'autre part, l'évolution de la politique allemande - avec non plus quatre mais cinq partis, ce qui change beaucoup de choses.

Cette évolution pourrait contribuer à la levée du malentendu originel sur l'euro. Chacun sait que l'euro, en réalité, a été un marché de dupes : La France voulait « piquer » le Mark à l'Allemagne et l'Allemagne a imposé un Mark bis à la France et au reste de l'Europe.

Je ne livre ces supputations que pour ce qu'elles valent. Nous ne maîtrisons pas l'avenir, nous ne savons pas où nous en sommes, tout est possible : la fuite en avant de l'Hyperpuissance américaine peut se poursuivre, il peut y avoir un redressement du dollar mais on peut aussi imaginer d'autres scénarios. Nous avons en tout cas des matériaux pour réfléchir ».

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
C
Gloups, je me suis trompée, c'est ton précédent article que j'ai mis sur mon blog ! Mille excuses !
Répondre
C
Mihel, à mon tour, je me suis permis de t"emprunter" cet excellent article pour mon blog. Merci d'avance. Merci beaucoup également pour ton commentaire sur le site de Marianne.
Répondre