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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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La stratégie néolibérale de Renault se heurte aux salariés roumains, qui sont européens


Retour de la dimension sociale de l’économie

 

Hier, sur ce blog, j’ai mis en avant la montée des revendications ouvrières en matière de salaires afin de compenser la hausse du coût de la vie, autant en Roumanie qu’au Vietnam, c’est-à-dire des pays en situation de rattraper leur retard économique.

 

Aujourd’hui, je propose d’approfondir la réflexion à partir du cas très significatif de Dacia et de Renault, groupe industriel dont la stratégie n’a rien d’original ; c’est la recherche de la compétitivité permettant de dégager suffisamment de profits pour satisfaire les actionnaires et investir dans les pays à main d’œuvre qualifiée et peu payée.

 

L’Inde et le Maroc sont des pays intéressants, de ce point de vue. La différence, dans le cas de Dacia, c’est que la Roumanie est désormais membre de l’Union européenne. Les stratèges du groupe Renault n’ont pas perçu les conséquences politiques et sociales de cette réalité européenne, car ils vivent dans le monde néolibéral, qui ne prend pas en compte les réalités sociales et citoyennes des pays où ils produisent des voitures.

 

Les salariés roumains de Dacia sont conscients du peu de considération des dirigeants de Renault envers eux, mais aussi de l’importance de leur travail dans les résultats financiers de leur entreprise. En luttant pour la revalorisation de leurs salaires, ils pensent d’abord à leurs intérêts, les leurs et ceux de leurs familles, mais ils savent aussi que leur combat est utile pour ramener l’Union européenne à une vision plus équilibrée au niveau économique et social, entre capital et travail d’une part, et entre l’ouest et l’est d’autre part.

 

Deux articles du Monde, parus sur www.lemonde.fr éclairent cette perspective. Le premier décrit les faits (Stéphane Lauer, ce 10 avril) ; le second (9 avril) examine les lacunes dans la stratégie sociale de Renault, c’est l’œuvre d’un syndicaliste, Emmanuel Couvreur, secrétaire adjoint (CFDT) du comité de groupe Renault.

 

« La grève s'enlise chez Dacia, la filiale roumaine de Renault »

 

« La situation en Roumanie se complique pour Renault. La grève commencée le 24 mars par les salariés de Dacia, la filiale roumaine du constructeur français, a été déclarée "légale", mercredi 9 avril, par le tribunal de Pitesti, une petite ville à une centaine de kilomètres de Bucarest où se trouve la principale usine qui fabrique la Logan, la voiture à bas coût de Renault.

Les ouvriers réclament une hausse de 65 % de leurs salaires, et le conflit risque de s'enliser. En effet, un peu plus tôt dans l'après-midi, mercredi, le Syndicat automobile Dacia (SAD) avait repoussé les dernières propositions de la direction, qui allaient jusqu'à 26 % d'augmentation.

Renault misait beaucoup sur cette décision de justice pour mettre fin à ce mouvement qui a déjà coûté la non-production d'un peu moins de 17 000 Logan. Après avoir repoussé deux fois sa décision, le tribunal roumain a finalement estimé que les procédures de négociation ont été respectées et que plus de la moitié des 13 000 salariés de Dacia sont grévistes, minimum pour que le mouvement soit déclaré légal.

HAUSSE DU COÛT DE LA VIE

Renault va faire appel de la décision de justice. En attendant, le mouvement pourrait se durcir : un rassemblement des grévistes devait avoir lieu jeudi dans le centre de Pitesti. Ils devaient être rejoints par deux représentants syndicaux de Renault de la CGT et de la CFDT, qui ont prévu de remettre aux grévistes le produit de la collecte de solidarité organisée en France dans les usines de Cléon et Sandouville (Seine-Maritime) et du centre technique du Lardy (Essonne).

La direction a beau marteler que les salaires chez Dacia sont largement supérieurs à ceux du reste de l'industrie roumaine et que les augmentations proposées représentent près du double de celles obtenues récemment par les cheminots, les grévistes campent sur leurs positions. Ils estiment que leurs salaires n'ont pas suivi la hausse du coût de la vie, qui s'est envolé depuis l'intégration de la Roumanie dans l'Union européenne.

"Entre 2003 et 2007, les salaires de Dacia ont augmenté de 140 % contre 32 % dans le reste de la Roumanie, souligne une porte-parole de Renault. Nous avons négocié entre janvier et mars à raison de trois réunions par semaine. Mais nous ne pouvons pas mettre la rentabilité du site en danger."

La maîtrise de la situation reste très difficile pour Renault. Dacia était en ruine quand le constructeur français l'a rachetée en 1999. Mais la marque roumaine, dans laquelle Renault a investi 1milliard d'euros, fait désormais la fierté du pays et pèse près de 2 % du produit intérieur brut du pays.

Les syndicats roumains ont bien compris que l'usine de Pitesti est essentielle dans le dispositif Renault. La Logan tire non seulement les ventes du groupe, mais aussi ses marges. La voiture à bas coût dégage une marge opérationnelle de 6 %, contre 3,3 % pour l'ensemble du groupe. Pas question pour Renault qu'un dérapage salarial en Roumanie remette en cause cette rentabilité ».

« Quelle Europe sociale chez Dacia ? »

 

« Depuis le 24 mars, les salariés de Dacia en Roumanie ont engagé une grève générale suite à l'échec des négociations salariales annuelles. Le principal point de désaccord entre la direction et le Syndicat automobile Dacia (SAD) concerne les salaires : le SAD demande une augmentation uniforme pour tous les salariés de 147 euros, pour des salaires mensuels ouvriers se situant entre 250 et 300 euros. La direction, de son côté, propose 42 euros. Elle a décidé d'intenter une action en justice contestant le caractère légal de cette grève, cherchant à discréditer le mouvement, pourtant suivi par les 7 500 travailleurs du site de Pitesti.

Ce conflit salarial constitue une première en Europe. Il exprime une revendication essentielle de justice sociale à l'échelle européenne : les salariés roumains veulent être reconnus à leur juste valeur. Le conflit de Dacia met en évidence leur exaspération face aux disparités salariales. Un ouvrier français gagne cinq fois le salaire d'un ouvrier roumain ! Ce conflit intervient dans le contexte d'une inflation supérieure à 7 % par an, alors même que ce niveau moyen d'inflation ne traduit qu'en partie l'impact de l'évolution des prix des produits de première nécessité sur le pouvoir d'achat des bas salaires.

L'histoire sociale a montré que la revendication salariale était souvent porteuse d'aspirations beaucoup plus larges, y compris sur les conditions de travail et les relations au travail. Au-delà de la revendication salariale, la détermination des grévistes roumains traduit une volonté de reconnaissance à part entière dans le système industriel du Groupe Renault et dans leur citoyenneté européenne.

Ce conflit conteste, en second lieu, un développement industriel basé sur un progrès social à deux vitesses. Le choix de Renault d'acheter 51 % du capital de Dacia en 1999 reposait sur l'ambition de développer un véhicule à bas coût sur un marché en forte croissance, en tirant parti du différentiel salarial pour assurer la rentabilité du produit. De fait, on assiste depuis 2004 au boom de la Logan. Ses ventes ont décuplé, et la capacité annuelle de production devrait atteindre 400 000 véhicules en 2009. Pour l'opérateur roumain, cela signifie une cadence horaire de 61 véhicules par heure, soit un cycle de production comparable aux meilleures usines européennes. La direction du groupe ne cache d'ailleurs pas que la Logan a permis de dégager des marges financières importantes et a annoncé sa volonté de démultiplier cette démarche en Inde et au Maroc.

A un moment où le marché automobile connaît une stagnation, voire une baisse des volumes, en Europe occidentale, les salariés roumains ont le sentiment de tirer la croissance du groupe sans bénéficier des dividendes. L'entrée en janvier 2007 de la Roumanie dans l'Europe élargie renforce la volonté des travailleurs roumains de ne pas être plus longtemps considérés comme des Européens de seconde zone accréditant l'idée qu'à véhicules "bas coûts" correspondraient des salariés à "bas coûts".

Enfin, le Groupe Renault, aujourd'hui implanté dans dix-neuf pays répartis en cinq régions au niveau mondial. Il est pour le moins curieux de constater que cette internationalisation galopante n'a pas fait l'objet d'une politique sociale à moyen terme et d'une concertation avec les organisations syndicales du groupe. L'internationalisation de Renault apparaît ainsi comme une juxtaposition improvisée de sites qui ne seraient confrontés qu'à des réalités locales, sans mise en perspective sociale globale, ne serait-ce qu'au niveau européen.

Depuis deux ans, l'échéance des négociations salariales annuelles en Roumanie est pourtant vécue comme le rendez-vous social test. Il n'a été préparé de toute évidence qu'avec le sentiment naïf de la possibilité d'un passage en force sur le prix social à payer. Qui pouvait laisser croire que l'on pourrait indéfiniment exiger des performances de plus en plus élevées et obtenir une compétitivité durable en jouant principalement sur les bas niveaux de rémunération. Et la direction de brandir la menace des nouveaux projets d'implantation de la Logan en Inde, en Russie ou au Maroc, pour dissuader les salariés roumains de poursuivre leur mouvement ! C'est de bonne guerre, mais ce n'est tout simplement pas crédible. Renault a déjà investi pour plus de 1 milliard d'euros en Roumanie, et Dacia représente aujourd'hui, directement ou indirectement, environ 120 000 emplois. Si les Roumains peuvent encore aider Renault à produire des véhicules abordables pour le plus grand nombre, Renault ne pourra pas longtemps se passer des Roumains pour vendre les autres véhicules de sa gamme...

La grève actuelle chez Dacia démontre de manière spectaculaire que, faute d'une politique sociale à l'international, des entreprises telles que Renault ne pourront participer à la construction de l'Europe sociale que de manière conflictuelle et improvisée. Le Groupe Renault ne pourra tôt ou tard que plier devant l'évidence historique. Cette grève rappelle aussi que, dans l'Europe élargie, la solidarité syndicale sur la question salariale des pays nouveaux entrants n'est pas antinomique avec le devenir des emplois en Europe occidentale ».

A lire sur http://www.lemonde.fr/opinions  (Opinions du 9 04 08)

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