Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Le résultat catastrophique des politiques néolibérales
Le commissaire européen chargé du développement, Louis Michel, a tiré la sonnette d’alarme, le 8 avril, après avoir rencontré le président de la commission de l’Union africaine : « La flambée du prix des produits de première nécessité fait courir à l’Afrique un risque de tsunami économique et humanitaire », a-t-il déclaré. Il était temps.
L’Union européenne n’a pas fait preuve, jusqu’à présent, de compréhension et de réactivité par rapport à des évènements pourtant prévisibles. Il est vrai que ceux-ci démontrent la folie de la politique néolibérale (libéralisation, libre-échange, refus de politiques de régulation) de la Commission et de ses instances dirigeantes à Bruxelles.
La réaction est venue de Bernard Kouchner et de ses collègues du ministère des affaires européennes et étrangères, dans un article de Libération, ce 11 avril (voir, plus loin).
D’abord les faits, avec l’article de Pascal RICHE, paru le 9 avril sur http://www.rue89.com.
« Le prix des céréales provoque la révolte du tiers-monde »
« La flambée mondiale des prix des céréales fait basculer de nombreux pays pauvres dans la faim et la révolte.
Haïti vient de vivre une nouvelle journée de révoltes, qui a déjà fait quatre morts. En Egypte, la population est écrasée par l'inflation galopante, qui touche les produits alimentaires. Au Cameroun, on compte des dizaines de morts depuis le début du mois. Une grève générale a paralysé mardi Ouagadougou, capitale de Burkina Faso. Argentine, Yemen, Zimbabwe, Mexique, Sénégal, Bangladesh, Philippines, Guinée, Mauritanie, Maroc, Sénégal, Ouzbékistan… une trentaine d'autres pays ont aussi connu, ces derniers jours, des troubles liés à la hausse des prix.
La flambée des prix est une catastrophe pour les familles du tiers-monde, dont le revenu est consacré à hauteur de 70% à l'alimentation, contre 15% dans les pays développés. Le commissaire européen au Développement, Louis Michel, met en garde contre le risque d'un "vrai tsunami économique et humanitaire" en Afrique. Selon Bob Zoellick, président de la Banque Mondiale, la situation risque, dans certains pays comme l'Indonésie, d’annuler tous les progrès faits au cours des dix dernières années sur le front de la lutte contre la pauvreté... Revue de presse internationale.
Le quotidien la Stampa, en Italie, titre "splode la grande fame, Paesi poveri in rivolta": la grande faim explose, révoltes dans les pays pauvres.
" La FAO estime que la hausse a été en 2007 de 40% en moyenne pour le blé, qui est à son prix le plus haut depuis vingt ans, de même que le maïs, le riz mais aussi le soja, le colza et l'huile de palme qui maintienne en vie, plus ou moins, les populations immenses des pays pauvres. Hypnotisés par l'augmentation du prix du pétrole, les pays riches ne se sont pas rendus compte qu'un phénomène encore plus insidieux s'est développé : une famine mondiale. Pour les 2/3 de la planète une variation du prix du riz et de la farine signe le passage brutal à la faim."
Le Temps en Suisse évoque des émeutes de la faim sans précédent, rappelant comment tout a commencé:
"Les premières émeutes de la faim ont eu lieu au début de l'année dernière au Mexique, où le maïs et le blé, ingrédients nécessaires pour les tortillas avaient augmenté de plus de 40% par rapport à l'année précédente. (…) La goutte d'eau qui a fait déborder le vase en ce début d'avril est la flambée du riz. Son prix s'est envolé de 50% en l'espace de deux semaines suite à diverses actions visant à limiter les exportations, au Vietnam, en Thaïlande et en Inde. La semaine dernière, le cours a touché le sommet historique de 1000 dollars la tonne. Pour la moitié de l'humanité pour qui le riz est l'aliment de base, le calvaire est loin d'être fini".
Le Vietnam, la Thaïlande et l'Inde ne sont pas les seuls à avoir restreint les exportations. Le Cambodge, l'Egypte ont fait de même. Aux Philippines, l'armée a même été chargée de distribuer du riz dans les quartiers pauvres de Manille.
Cette situation a des causes multiples : disparition de terres agricoles (sous le double impact de l'urbanisation et de la désertification), hausse de la demande (liée au développement de certains pays), connexion des marchés de l'énergie et des marchés alimentaire (par le truchement des biocarburants)… A ce propos, Radio Canada rappelle qu’en 2008, "près de 18 % de la production céréalière américaine servira à la production d’éthanol" (…).
"Actuellement la population mondiale consomme plus de riz qu’elle n’en produit ; les stocks mondiaux ne cessent de diminuer et atteignent des niveaux critiques. En sept ans, les stocks de riz blanc ont été divisés par deux, passant de 147 millions de tonnes en 2000 à 71 millions en 2007. La situation est d’autant plus dramatique que comme le rappelle la FAO : « Le riz est l'aliment de base pour plus de la moitié de la population mondiale. Pour ne citer qu'un exemple, en Asie, plus de 2 milliards de personnes tirent 60 à 70 % de leur apport énergétique du riz et de ses dérivés".
Cette crise alimentaire menace la sécurité internationale, titre le quotidien britannique The Guardian, qui cite Sir John Holmes, secrétaire général adjoint de l'ONU, chargé des affaires humanitaires. Sir John s'exprimait depuis Dubai, après deux jours d'émeutes en Egypte:
"Les implications sur la sécurité ne devraient pas être sous-estimées, alors que des émeutes sont constatées à travers la planète. La tendance prise par les prix de l'alimentation devrait accroître l'insécurité alimentaire à la fois dans ces conséquences et dans sa gravité."
Face à ce constat, la réaction de Bernard Kouchner mérite d’être soulignée. Avec les trois secrétaires d’Etat rattachés à son ministère, il réagit et propose des actions. A lire, ce 11 avril, sur www.liberation.fr (rubrique Rebonds).
« Faisons face aux émeutes de la faim »
« La sécurité alimentaire est aujourd’hui un défi mondial qui relève de l’urgence dans les pays les plus pauvres. Pour les 400 millions de personnes dont les revenus permettent à peine de survivre, la flambée des prix a la puissance d’une catastrophe naturelle. Après plusieurs capitales africaines et Port-au-Prince, où les prix des denrées de base ont augmenté de près de 100 % en dix-huit mois, les émeutes de la faim pourraient rapidement toucher une trentaine de pays.
Réunis fin mars, les ministres de l’Economie et des Finances des pays africains ont tiré la sonnette d’alarme en pointant «une menace significative pour la croissance, la paix et la sécurité en Afrique». Avec Michel Barnier, nous en avons pris toute la mesure et nous sommes décidés à agir face à ces crises que nous voyons venir et qui ne seront pas seulement humanitaires. Frappant des populations urbaines, dans des pays où la jeunesse n’a plus d’espoir et où la corruption règne souvent, ces crises seront aussi sociales et politiques et constituent des enjeux de sécurité majeurs.
Nous en connaissons les causes : le réchauffement climatique, tout d’abord, qui entraîne désertification et appauvrissement des sols. Des stocks alimentaires au plus bas ; une demande en hausse dans les pays où la croissance est rapide, notamment en Chine ; une pression accrue sur les terres ; un «effet biocarburant» consommant des surfaces de plus en plus étendues. Et puis, comme souvent, les mauvaises récoltes, les prix des céréales entraînant ceux de la viande et du lait. Enfin, une certaine libéralisation du commerce menant à la misère les petits producteurs soumis à la concurrence impitoyable des importations à bas prix… sans oublier bien sûr l’ascension des prix du pétrole.
Au nom de sa vocation universelle, au nom de la préservation d’équilibres politiques et migratoires précaires, en tant que principal producteur européen, la France ne peut pas accepter que l’on meure de faim au XXIe siècle. Si nous n’agissons pas aujourd’hui, nous subirons demain.
L’urgence est d’abord de répondre à l’appel du Programme alimentaire mondial (PAM), qui sollicite 500 millions d’euros supplémentaires. Souvenons-nous que l’ensemble de notre aide alimentaire, dont notre contribution au PAM, s’élève aujourd’hui à 32 millions… Au-delà des sommes à dégager, nous devons privilégier les aides ciblées, encourager la production et soutenir la reconstitution des stocks alimentaires. Nous devons pour cela soutenir les ONG, leur expertise, leur connaissance du terrain.
Nous devons aussi mieux coordonner l’action de la France. Nous avons décidé la mise en place immédiate d’un groupe de travail de haut niveau associant les ministères de l’Agriculture et des Affaires étrangères. S’y joignent les ministères chargés de l’écologie et de l’économie ainsi que des instituts de recherche.
Et nous devons prendre l’initiative d’une réponse européenne mobilisant les financements d’urgence de l’Union. Au-delà de l’urgence, il nous faut encourager des réformes structurelles de trois ordres. D’abord, une meilleure coordination sur le terrain entre les principales agences ou fonds internationaux compétents. Ensuite, une conférence mondiale sur la sécurité alimentaire des pays fragiles, préparée sur la base d’un diagnostic partagé, établi avec les meilleurs spécialistes du Sud et du Nord. Enfin, à titre national, une stratégie d’aide publique au développement qui replace l’objectif de sécurité alimentaire au cœur de son action. Car derrière ces crises, il y a un choix politique. Depuis des années, les grandes puissances et les organisations internationales ont déserté le secteur pourtant vital du développement agricole. Il est plus que temps de réparer ces lacunes. Faut-il rappeler qu’en Afrique subsaharienne, l’agriculture continue d’occuper les deux tiers de la population active ?
La «révolution verte» suppose aujourd’hui de changer d’échelle. La mobilisation doit être totale, sur tous les fronts : recherche agronomique, formation professionnelle, maîtrise de l’eau, subventions à l’achat des semences… L’objectif doit être à terme de voir ces Etats se doter de véritables politiques publiques agricoles. L’expertise française en la matière, reconnue dans le monde entier, doit nous permettre d’être à la pointe du combat pour la sécurité alimentaire. Et l’Europe, avec son agriculture performante et sa politique commune doit pleinement jouer son rôle de fournisseur et de régulateur des marchés alimentaires mondiaux, sujet qui sera à l’ordre du jour de la présidence française de l’Union européenne. Le renchérissement des denrées constitue paradoxalement une opportunité pour relancer les investissements dans le domaine agricole. La communauté internationale doit saisir cette opportunité et tenter, pour une fois, de remettre la mondialisation à l’endroit… ».
De nombreux articles sur ce thème sont parus sur ce blog, en catégorie "Agriculture et PAC", notamment les 6 et 9 février 2008, les 21 novembre, 16 et 17 octobre, 11 août 2007.