Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

La gauche doit s’affranchir du capital financier
Le programme de l’université d’été du MRC avait été préparé par Patrick Quinqueton (voir sur ce blog Université d'été MRC (Belfort, 6 et 7 sept) : faire bouger la gauche - 2 septembre 2008). Il a tenu ses promesses, les tables rondes et débats ayant été fructueux (voir sur le site du MRC Tout sur l'université d'été du Mouvement Républicain et Citoyen des 6 et 7 sept. 2008).
Le discours de clôture prononcé par Jean-Pierre Chevènement le 7 septembre, en fin de matinée, est du plus grand intérêt, comme chacun peut le constater en lisant le texte Aider le peuple français à renouer avec son Histoire pour construire une Europe des peuples dans le monde multipolaire de demain, qui est présenté en quatre parties sur ce blog, dont les trois premières, parues les jours précédents, sous les titres suivants :
I – Le ralliement à contretemps de la gauche au libéralisme.
II – Une méconnaissance de la nature même de la globalisation.
III – Démonisation des nations et régression démocratique.
IV – Caractère central de la question européenne dans la refondation de la gauche
V – La tentation de l'occidentalocentrisme
Voir Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (1) – 8 septembre 2008
Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (2) - 9 septembre 2008
Université d'été du MRC à Belfort : le discours de JP Chevènement (3) - 10 septembre 2008
Dans cette quatrième partie (points VI, VII, VIII et IX), le président du MRC aborde les questions de l’intérêt national et de la refondation républicaine de la gauche.
VI – La gauche et la nation.
La question de l'intérêt national est évidemment au cœur des débats de la gauche. Il y a ceux pour lesquels cette question existe et ceux qui, par légèreté et inconséquence, selon moi, font comme si elle n'existait pas. Je propose donc que la question de la nation républicaine soit mise au cœur du débat sur la refondation de la gauche. Elle sera ainsi fidèle à la pensée de Jaurès. Elle transcendera des clivages dépassés. Clémenceau a été l'homme de la France, mais il était aussi un homme de gauche, et on ne peut plus le démoniser aujourd'hui qu'au nom d'un révolutionnarisme dépassé, comme l'a très bien montré Michel Winnock dans la biographie qu'il lui a consacré. Et De Gaulle, qui se voulait « l'homme de la nation », qui peut contester que la France lui doit, en 1944-45, les avancées sociales les plus décisives qu'elle ait jamais connues ? La gauche, si elle veut devenir hégémonique en France, au plan des idées, doit rompre avec le sectarisme de vues étriquées.
Elle doit à la fois rassembler et renouer avec les couches populaires dont le patriotisme n'est pas éteint. Ringardise ? Non ! Le patriotisme défini comme l'amour des siens, à la différence du nationalisme qui est la haine des autres, est nécessaire à la renaissance du civisme ! Le sentiment d'appartenance à une identité collective forte est indispensable à l'acceptation de règles définies en commun.
Notre pays vit une grave crise de société et d'identité. Il doit réapprendre à s'aimer et il ne pourra s'aimer qu'en parlant librement aux autres. La France d'aujourd'hui ne tient plus par grand-chose, sinon par ce qui reste du service public et par l'exceptionnel maillage démocratique de ses communes. Mais combien cela est fragile !
VII – Une gauche de projet
C'est donc d'un sursaut civique et démocratique que peut procéder le redressement. Ce redressement est la tâche qui incombe à une gauche refondée.
Si la gauche n'est pas capable de concevoir ce sursaut salvateur, elle ne reviendra pas au pouvoir en 2012, car il ne faut pas sous-estimer Nicolas Sarkozy ou tomber dans un antisarkozysme primaire ; la gauche a besoin d'un projet solide s'inscrivant dans une vision d'avenir et non d'une opposition systématique et quasi pavlovienne qui ferait seulement voir l'inconsistance de ses positions de fond.
Je ne prendrai qu'un exemple qui paraîtra mineur : je suggère que nous réfléchissions objectivement sur le RSA (revenu social d'activité). Il est évident que les titulaires du RMI doivent trouver un avantage financier substantiel pour travailler à nouveau. Sinon que répondre à ceux qui vous disent : « Je perdrais de l'argent en reprenant une activité » ? Il ne m'échappe pas que le RSA peut encourager le travail à temps partiel mais le travail à temps partiel a un effet de socialisation et vaut mieux en définitive que l'inactivité.
Enfin, le mode de financement, c'est-à-dire la taxation des revenus du capital, va dans le sens que nous avons toujours souhaité, même s'il ne remet pas en cause un « paquet fiscal » que nous avons critiqué en son temps. A ma connaissance il n'a jamais été envisagé à ce jour de faire passer à la caisse les collectivités locales et nous y serions évidemment opposés. Il me semble que dans notre manière de nous opposer, il doit y avoir une préfiguration de ce que sera notre action future. Si nous disons non à tout, c'est qu'en fait nous ne proposons rien. Soyons donc capables de dire oui à ce que nous réclamons nous-mêmes et mettons quelquefois en œuvre dans certains départements.
Refusons la démagogie et travaillons dès maintenant à construire une opposition responsable. La responsabilité n'est nullement exclusive d'une grande ambition.
VIII – Une refondation à la fois nationale, européenne et mondiale.
J'en viens aux perspectives de la refondation de la gauche. Le débat sur ce sujet ne fait que commencer. Je n'ignore rien des rivalités de boutique et des objections que suscite la création d'un grand parti de toute la gauche. Il faut un évènement qui fasse électrochoc. Nous avons des divergences ? La belle affaire ! Elles peuvent, je le crois, se régler par le débat dès lors que les questions de fond auront été abordées.
Permettez-moi d'abord une observation : Le parti socialiste est certes la formation la plus nombreuse à gauche, mais elle est loin d'être majoritaire dans le pays. Et il ne lui sert à rien de dominer à gauche, si la gauche est durablement confinée dans l'opposition. Il faut un électrochoc ! Peu importe, à la limite, la structure : nouvelle formation, fédération, confédération. Ce qui est important c'est d'affirmer un dessein pour la France, c'est d'organiser le retour de la France en Europe et dans le monde. C'est ce débat-là qu'il faut lancer, sur le fond des choses ! La crise de la globalisation libérale nous offre la chance de proposer ce nouveau dessein :
- Refondation des institutions internationales pour un monde multipolaire et pacifique, régi par le droit.
- Organisation d'un nouveau « New-Deal » à l'échelle mondiale pour concilier le progrès social dans les anciens pays industriels, l'émergence des grands pays du Sud et la construction d'Etats dignes de ce nom, dans les pays qu'on dit « les moins avancés ».
- Réorientation de la construction européenne au plan monétaire, industriel et social, ce qui implique un changement de cap politique en Allemagne, auquel la gauche française devrait s'intéresser davantage. Nous avons une occasion historique de refonder la gauche à la fois au niveau français, européen et mondial.
Prenons pleinement conscience de l'épuisement du capitalisme financier qui a été l'horizon de toutes les politiques économiques depuis vingt-cinq ans. La négligence des questions industrielles, sociales, environnementales aussi bien que des enjeux de long terme que seuls les Etats peuvent maîtriser, ne peut plus durer !
L'OMC doit être cantonnée à un rôle d'arbitre entre plusieurs zones régionales d'intégration commerciale. Les déséquilibres sociaux, environnementaux et monétaires doivent être pris en compte dans les règles du commerce international. A défaut, l'Union européenne doit rétablir une préférence communautaire.
Le FMI doit être absorbé dans la Banque Mondiale qui doit financer les infrastructures des pays les plus pauvres, à commencer par l'Afrique.
Les statuts de la BCE doivent être modifiés, un gouvernement économique de la zone euro institué.
Le paquet fiscal doit être abrogé. Les ressources dégagées iront aux investissements nécessaires dans l'économie de la connaissance.
L'encadrement législatif des relations sociales doit veiller au rôle des représentants des salariés.
Bref, la gauche doit changer d'horizon, et s'affranchir du capital financier.
- Enfin en France même elle doit susciter une renaissance républicaine, comme celles que notre pays a connues à la fin du XIXe siècle ou après la deuxième guerre mondiale.
IX – Des primaires à gauche
Faisons d'abord lever ce débat ! La Fédération ou la Confédération de toute la gauche n'organiserait-elle pas de vastes primaires à gauche en 2011, largement ouvertes à tous les militants et sympathisants ? J'entends dire que cette ouverture qui réussit assez bien aux Etats-Unis ferait perdre au parti socialiste son rôle directeur. Mais c'est une vue étroite des choses. Il faut sortir de l'esprit de boutique et parler au pays. Je crois que celui-ci est prêt à entendre un langage audacieux qui lui apprendrait à penser à nouveau collectivement et à comprendre ce que le mot « peuple » veut dire.
Ce que le regard collectif a défait, comme l'a montré Patrick Quinqueton, la « classe ouvrière », le « citoyen », le regard collectif doit le retrouver : le « peuple en corps », c'est-à-dire l'ensemble des citoyens, à nouveau convoqués à l'existence politique.
C'est cela que nous avons à réinventer : « le peuple français » d'abord mais aussi le peuple français s'adressant à une Europe des peuples, capable d'exister par elle-même et de parler au monde entier ; c'est cette ambition et le regard qui manquent aujourd'hui à la gauche. Il est temps de les lui redonner. Nous n'y parviendrons pas seuls, mais au moins nous pouvons, seuls s'il le faut, témoigner de cette exigence !
Nous aiderons ainsi le peuple français à se retrouver et à poursuivre son Histoire, dans une Europe renouvelée, une Europe des peuples, qui pourra, elle, être aussi un pôle dans le monde de demain, un pôle nécessaire, indispensable au dialogue des nations et des cultures. Voilà un projet exaltant et réaliste à la fois. Il faudra l'incarner car nous ne pouvons pas laisser plus longtemps la gauche en déshérence.
Courage donc camarades, imagination et détermination ! Croyons en la France, croyons en notre capacité d'action collective, croyons en l'avenir du peuple français !