Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Par SORIN Michel
Dans cet article, intéressons-nous au dossier Airbus, lourd de sens politique. Quel contraste entre les attitudes de Forgeard (ancien proche de Giscard d’Estaing) et de Gallois (ancien proche de Chevènement) ! Louis Gallois a été appelé au chevet d’EADS et, constatant l’état du malade, se voit contraint à procéder à une opération chirurgicale afin de redresser l’entreprise. Une anecdote concernant Louis Gallois Il y a vingt ans, cet homme qui venait de quitter son poste de directeur de l’industrie après la défaite de la gauche en 1986, était venu à St-Berthevin animer une réunion-débat sur la politique industrielle. Il m’avait demandé de le présenter sous le nom de Louis Vincent, par souci de discrétion (il travaillait alors avec des chefs d’entreprise, avant d’être nommé président d’un groupe public). Il y avait beaucoup de salariés dans la salle du Centre de Rencontres, qui s’étaient exprimés en fin de réunion. Grâce à Georges Garel, nous avons un enregistrement sonore de cet événement. L’intervention de Louis Gallois avait été d’une remarquable limpidité, notamment à propos des spécificités respectives des économies allemande et française. Jean-Pierre Chevènement ne s’était pas trompé en le nommant, en 1981, directeur de son cabinet au ministère de la Recherche et de la Technologie, puis de l’Industrie. Mais revenons à Airbus. Voici ce qu’écrivait JP Chevènement, hier, à ce sujet (www.chevenement.fr ). « L'Airbus A 350 ne pourra être développé sans la contribution des Etats » « Le plan d'économies annoncé par Louis Gallois ne permet pas ce financement. Quand j'entends M. Sarkozy déclarer dans sa conférence de presse d'hier : « Les Etats ne sont pas les actionnaires les mieux avisés », je me demande si je rêve. Est-ce que M. Arnaud Lagardère et M. Forgeard qui ont vendu leurs actions avant que soient révélées les difficultés de l'A 380 sont « des actionnaires avisés » ? Pour ce qui est de la gestion de leur patrimoine personnel certes ! Mais pour l'avenir de l'entreprise EADS-Airbus certainement non ! C'est à travers une vigoureuse politique industrielle essentiellement à base franco-allemande qu'Airbus pourra être relancé et que le développement de l'A 350 qui commande l'avenir de l'emploi pourra être financé. Ségolène Royal faisait observer l'autre jour que si la réglementation actuelle de la concurrence par la Commission avait prévalu au début des années soixante-dix, jamais les Etats français, allemand, britannique, n'auraient pu financer par avances remboursables le développement d'Airbus qu'on célèbre comme une réalisation de « l'Europe », en oubliant que dès l'origine, ce fut l'affaire des Etats.
Nous sommes bien là en présence de cette tendance fondamentale au court-termisme qui caractérise la gestion du « capitalisme patrimonial » cher à Alain Minc. Les actionnaires se paient d'abord, peu importe l'avenir de l'entreprise, ses investissements, sa recherche, le renouvellement de sa gamme de produits, ses salariés, leur qualification et leur formation. Ainsi s'opère la déconnection des entreprises et des territoires. Les avions d'Airbus sont fabriqués déjà à 40 % dans la zone dollar. Le processus d'externalisation engagé par la vente de certaines usines ne peut conduire qu'à l'accélération du processus de délocalisation vers les pays à bas coût de main d'œuvre. On observe la même tendance avec Alcatel-Lucent qui supprime 10 000 emplois dans le monde dont 90 % en Europe et aux Etats-Unis où la main d'œuvre est la plus chère.
Comment contrarier cette tendance générale au « court-termisme » et à la délocalisation ?
Par une politique de l'euro d'abord qui remédie à sa surévaluation. Ensuite par une vigoureuse politique d'aide à la recherche-développement : celle-ci implique forcément l'intervention des Etats. C'est une bonne chose que l'actionnariat allemand inclue maintenant une forte participation publique.
Ceux-ci n'ont pas à abdiquer leur rôle. Plus que jamais face à la concurrence de Boeing, largement subventionné par le budget de la Défense américaine il convient que les grands Etats européens se concertent pour sauver la construction aéronautique sur notre continent et les emplois qu'elle représente.
Aller dans le sens de M. Sarkozy, celui de l'actionnariat privé, ce serait vouer EADS-Airbus à subir demain le sort de Péchiney et d'Arcelor, en passant sous le contrôle des fonds de pension, anglo-saxons ou autres. Etrange conception de la défense des intérêts nationaux et européens » !
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