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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Université d'été MRC : Sami Naïr distingue deux voies possibles pour l'Europe

 

L’Europe doit répondre aux défis de la mondialisation

 Après avoir présenté, hier, des extraits de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement lors de l’université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen, je propose aujourd’hui la première partie du rapport de Sami Naïr sur la question européenne. Sami est membre du secrétariat national du MRC, universitaire et ancien député européen. La seconde partie (le traité européen dit simplifié) sera présentée dans un autre article sur ce blog et je renvoie au site du MRC www.mrc-france.org ou de Chevènement www.chevenement.fr pour prendre connaissance dès maintenant de l’ensemble des rapports soumis aux deux cents militants présents à Dunkerque.

 Exposé de Sami Naïr (première partie) le 8 09 2007

Je ne veux pas revenir sur l’analyse qui a été faite ce matin sur la mondialisation mais, de même qu’il n’est pas possible de parler de l’Europe en mettant entre parenthèses le rôle spécifique qu’y joue chaque nation, de même est-il impossible de parler de l’Europe sans se rapporter à la globalisation en cours. Car si l’Europe a une justification historique, c’est bien celle-ci : répondre aux défis de la mondialisation.

 Or la crise financière de cet été illustre les méfaits d’une globalisation libérale qui repose essentiellement sur le « court-termisme », l’absence de régulation macro-économique, l’anarchie des marchés financiers, la fonction prédatrice de l’économie américaine. C’est un système aberrant, gros de ruptures violentes et d’irrationalités économiques.

 Et, en effet, une mondialisation fondée sur l’idée qu’il faut tout déréguler pour que ça marche, qu’il faut enrichir les riches pour développer l’économie, qu’il faut mettre en concurrence tous les systèmes sociaux de la planète, ne peut que conduire à l’anarchie dominée par le despotisme des grandes entreprises transnationales, à l’appauvrissement des pauvres, à l’ajustement par le bas de tous les systèmes sociaux. C’est une spirale de crises sans fin.

 Devant les conséquences sociales du libéralisme triomphant au 19ème siècle, Henrich Heine s’exclamait déjà: « Nous dansons sur un volcan, et nous dansons ! ». L’éruption n’avait pas tardé à venir ! La question que les observateurs sérieux de l’économie mondiale se posent aujourd’hui est de même nature : à quand l’éruption ? Je souligne seulement en passant que cette menace d’explosion est accentuée par la stratégie d’« exportation du chaos » mise en oeuvre à l’échelle de la planète par les USA, maîtres de l’empire de la spéculation financière débridée.

 Et l’Europe ?

 On en parle depuis si longtemps : est-ce donc un concept introuvable ? Le fédéralisme, déployé sur fond d’internationalisation de l’économie depuis le milieu des années trente du 20ème siècle, renforcé par les désastres des guerres intereuropéennes, jouant aussi le rôle d’idéologie post-nationale conforme aux intérêts de la démocratie chrétienne européenne et, pour les sociaux démocrates, de substitut commode à l’internationalisme dévoyé par l’expérience soviétique, ce fédéralisme a été utilisé par les élites dirigeantes pour dessaisir les nations de leur souveraineté.

 S’il est vrai qu’il rencontrait un sincère désir de paix des peuples européens, il faut aussi noter que celui-ci a été largement hypostasié par les élites dirigeantes européennes en credo essentiellement économiste et, à partir du début des années 80, en adhésion au libéralisme conquérant.

 Mais l’onde de choc fédéraliste, devenue élitaire, et dont témoignent à la fois l’Acte unique et le Traité de Maastricht, a finalement trouvé sur son chemin l’obstacle des peuples et de la souveraineté populaire.

 Face à la mondialisation, l’Europe avait principalement deux voies :

 - soit la constitution d’un bloc de nations confédérées et unies sur la base d’un projet économique et d’objectifs stratégiques communs,

 - soit un espace économique large, ouvert à tous les vents de l’économie mondiale, et exigeant des gouvernements européens des délégations permanentes de souveraineté sous la férule d’un Conseil d’administration économique baptisé « Commission de Bruxelles ».

 C’est cette deuxième voie qui a été suivie : l’Europe est donc devenue, de fait, un relais de la mondialisation libérale. Pour légitimer la création de l’euro, on arguait notamment qu’il allait contrer le dollar : le dollar dame le pion chaque jour à l’euro ! On disait que le marché unique allait protéger l’Europe et doper la croissance : or, ainsi que le reconnaît Peter Mandelson lui-même, Commissaire européen au commerce, l’Europe est ouverte à tous les vents de la concurrence, souvent plus que déloyale, la croissance est atone, et le chômage tourne autour de 10% en moyenne dans cette Europe libérale ! Et je pourrai citer d’autres exemples encore…

 Il n’est donc pas étonnant que, sur le plan politique, là où la souveraineté populaire n’a pas encore été totalement confisquée, l’affaire ne fonctionne pas comme prévu. Au moins deux événements majeurs son venus souligner, ces dernières années, que le dessaisissement de souveraineté ne s’opérerait pas si facilement : d’une part, l’opposition à l’invasion américano-britannique de l’Irak, et d’autre part les Non français et hollandais au référendum sur la Constitution européenne en 2005.

 L’attitude résolue de la France et en particulier de Jacques Chirac, soutenu par l’Allemagne de Schröder et plus loin par la Russie, a traduit un refus de soumission à l’autorité impériale US, centre névralgique de la mondialisation libérale.

 Cet acte symbolique a fait exploser l’unité apparente de l’Europe, révélant l’inféodation de la plupart des gouvernements européens à la politique impériale US, et, tout à la fois, l’opposition résolue de toutes les opinions publiques européennes contre cette guerre.

Ensuite, le Non en 2005. Ce n’était pas une petite affaire. Nous ne reviendrons pas ici sur sa signification ni même sur l’analyse de son contenu. Il suffit de souligner sa caractéristique principale : il était fondamentalement hétérogène, traversé par des courants alliés dans le refus du texte constitutionnel, mais souvent opposés dans leurs orientations respectives.

 Pour faire bref, et en réservant la possibilité de nuancer plus encore l’analyse, disons qu’il y avait au moins trois orientations principales :

 - un Non de gauche, souvent proeuropéen quand il n’était pas carrément fédéraliste-social ;

 - Un Non antieuropéen, quand il ne renouait pas directement avec des traditions chauvines ;

 - Un Non républicain, proeuropéen mais fondé sur une dialectique réaliste des Etats nations et qui rejetait la Constitution au nom de la nécessaire articulation démocratique du social et de la souveraineté nationale.

 Inutile de dire que toutes ces forces n’ont pu vaincre que parce que, au fond, le peuple français avait décidé de refuser un texte qui lui paraissait dangereux pour sa propre identité historique, sociale et politique.

 Il ne faut jamais oublier cette détermination populaire : le texte a été rejeté parce qu’il attentait à une certaine idée du lien national, que celui-ci fut perçu au niveau social, culturel, politique ou pour d’autres raisons encore.

 C’est précisément ce point, cette détermination du peuple, ce refus, qui est aujourd’hui contourné, phagocyté, manipulé, par le principe même d’un Traité dit simplifié non soumis au vote du peuple. Tout se passe comme si l’on assistait, avec ce texte « modifié » en trompe l’oeil par rapport à la Constitution, à une offensive surprise de la part des partisans du oui, désavoués une première fois, de faire quand même adopter par la représentation nationale l’essentiel de ce qui a été rejeté par référendum.

 Il est vrai que depuis 2005, deux événements majeurs se sont produits : d’une part, les partisans du Non, en raison même de leur hétérogénéité, n’ont pas été capables de tirer les bénéfices de la victoire ; d’autre part, les deux candidats à l’élection présidentielle étaient des partisans du Oui.

Ce dernier point est important car, à gauche, il renvoie à une ambiguïté au sein du Parti socialiste : en fait, il n’y a pas eu de débat sérieux après le vote de 2005. Les partisans du Non ont accepté une synthèse, au Mans, qui constitue une alliance sans clarification sur la question européenne. L’objectif de chacun était surtout de se positionner pour les présidentielles.

 Ségolène Royal a affirmé tout au long de la campagne présidentielle qu’elle voulait une synthèse entre le oui et le non. Et elle a développé des positions réalistes et de bon sens dans ce domaine. Mais nous devons à la vérité de dire que le seul document où il y ait des propositions claires sur cette synthèse, est l’accord signé avec le MRC pour les présidentielles (voir www.chevenement.fr , déclaration commune PS-MRC volet politique).

 Cet accord dessine pour l’Europe une autre voie : celle de la réorientation européenne. Au cours de la campagne, la candidate de la gauche a rappelé ces orientations, même si nous aurions voulu que ce rappel fût plus offensif. L’essentiel était cependant préservé.

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