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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Université d'été du MRC : Chevènement a donné une leçon de socialisme

 

Un projet de refondation républicaine de la gauche

 Christian Hutin, député MRC du Nord et maire de St-Pol-sur-Mer, commune membre de la communauté urbaine de Dunkerque, a accueilli les 8 et 9 septembre l’université d’été du Mouvement Républicain et Citoyen.

 Un non événement si l’on en juge par sa couverture médiatique nationale. Et, pourtant, ces deux journées ont été fort intéressantes, dans une salle située à deux pas de la plage de Dunkerque-Malo-les-Bains.

 En concluant ces travaux, hier matin, Jean-Pierre Chevènement a fait la démonstration de sa détermination à s’engager pleinement et efficacement dans les combats politiques des cinq prochaines années.

 Voici des extraits de son intervention. Je renvoie à son blog www.chevenement.fr pour prendre connaissance du texte complet. Je reviendrai sur les trois tables rondes qui avaient précédé.

 I – Une gauche républicaine, capable d'élaborer un projet à la hauteur des défis du temps, demain peut l'emporter.

A) Pour ma part, je reste fondamentalement optimiste pour l'avenir d'une telle gauche républicaine, mais je ne crois pas que le parti socialiste puisse trouver seul la force d'un sursaut salvateur (…). 

B) Notre identité est claire. Le MRC doit savoir ce qui le rapproche et ce qui le distingue du Parti socialiste.

Issu historiquement du CERES, de « Socialisme et République », puis du Mouvement des Citoyens, le MRC n'est pas seulement un rameau du socialisme français. Il a entendu constituer dès l'origine un courant républicain civique qui est nécessaire à la gauche et au pays (…).  

1. D'abord, le combat socialiste nous paraît plus nécessaire aujourd'hui que jamais (…).

2. Le socialisme c'est d'abord une critique du capitalisme.

Historiquement, le socialisme a été et doit rester une analyse critique du capitalisme à travers une méthode à certains égards aujourd'hui encore inégalée (…). 

3. Nous restons fidèles aux valeurs intellectuelles et morales des Lumières (…). 

Le socialisme, tel qu'il s'est réellement développé, a été trop souvent confondu avec une technique d'organisation économique ou sociale (…). Pour autant nous savons que nous appartenons à la famille socialiste (…). 

4. Tête haute mais lucide (…).
 
  Si globalement les socialistes ont ainsi discerné avant les autres les périls qui menaçaient la civilisation, la lucidité leur commande néanmoins la modestie car ils n'ont pas été, dans leur ensemble et malgré des exceptions notables, à la hauteur des défis de l'Histoire, faute sans doute d'une analyse suffisamment englobante de ce qu'était le capitalisme de leur époque. Mais certains, tel Léon Blum, restent de belles figures morales. 

Il appartient au MRC de conduire des analyses approfondies et de faire des choix courageux, particulièrement par rapport aux dérives de la globalisation financière et à la fuite en avant de l'Hyperpuissance américaine. Le MRC mettra ainsi dans la gauche plus qu'un grain de sel. 

C) Notre rapport actuel au PS : alternance ou alternative ?

Soyons clairs : la gauche a naturellement vocation à l'alternance dans le système institutionnel qui est le nôtre, mais suffit-il d'attendre un succès électoral des échecs de la droite ? Le PS l'a cru en 2004. C'était une illusion. L'alternance, pour être crédible, doit comporter une dimension d'alternative (…). 

Rendons à Nicolas Sarkozy cet hommage qu'il a su mieux exploiter les contradictions de la gauche - sur l'assistanat, la sécurité ou l'immigration - que la gauche n'a su exploiter les siennes, pourtant bien réelles (sur l'atlantisme, le libéralisme, la complaisance à l'égard des privilégiés de la fortune). 

II – La droite et ses contradictions.

Je vous propose donc de nous tourner délibérément vers l'avenir. La droite est naturellement plus en phase avec la globalisation libérale que la gauche. Cela rendait plus facile la victoire de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle mais celui-ci est aujourd'hui prisonnier des mêmes entraves que la droite puis la gauche ont acceptées, depuis la fin des années 1970 : la globalisation libérale et l'européisme paralysant.

A) Le rétrécissement des marges de manœuvre.

Le budget 2008 est basé sur une hypothèse de croissance irréaliste. Les cadeaux fiscaux aux riches seront financés par l'endettement de l'Etat (…).

Le nouveau Président de la République est l'homme de la diversion permanente (…).

Nous avons l'habitude de parler clair. J'ai toujours dit qu'il faudrait juger Nicolas Sarkozy sur ses actes. Prenons donc de la hauteur pour mieux prendre la mesure de la réduction de ses marges de manœuvre. Nous verrons mieux ensuite quelles sont les conditions d'une refondation républicaine de la gauche.

 B) La crise s'approfondit.

Le capitalisme financier globalisé, qui s'est installé depuis les années quatre-vingt-dix, nous conduit de bulle financière en bulle financière, le crédit alimentant la spéculation, sans qu'aucun mécanisme de régulation interne n'intervienne. La finance est livrée à elle-même. Les fonds spéculatifs tiennent le haut du pavé. Les Banques Centrales réagissent au coup par coup, sans vue d'ensemble. Tout a été sacrifié à la préservation de la valeur des actifs financiers.

L'actionnaire l'a emporté sur le manager. La recherche de la rentabilité à court terme domine tout. Une intense pression concurrentielle s'exerce sur les produits comme sur la main d'œuvre. Les multinationales mettent les territoires en concurrence (…). La crise financière dite des « subprime » illustre les déséquilibres d'une globalisation qui repose en dernier ressort sur le dynamisme artificiel de la consommation américaine.

C'est « le système qui marche sur sa tête », que nous avons maintes fois dénoncé. Déséquilibre de la consommation par rapport à l'épargne : les ménages américains sont poussés à s'endetter par les banques, en particulier dans l'immobilier, le crédit hypothécaire représente 9000 milliards de dollars aux Etats-Unis, 80 % de l'endettement des ménages, lui-même égal au PIB américain. Déséquilibre global de la consommation américaine et du commerce extérieur : déficit de plus de 700 Milliards par an. Endettement exponentiel de l'Etat vis-à-vis de l'extérieur (2.500 Milliards de dollars au moins).

La croissance de l'économie mondiale se fait à partir d'un Etat et d'une population qui ont appris à vivre à crédit et à s'endetter, au risque de fragiliser l'ensemble de l'économie mondiale.
Le système financier est un cheval fou. Les règles de transparence édictées par la BRI de Bâle sont dépassées. Ces règles ne s'appliquent aussi bien pas aux fameux « hedge funds ». Les Anglo-Saxons ne veulent pas qu'on réglemente le secteur financier. De cette opacité résulte une grave crise bancaire.

Il est trop tôt pour évaluer l'ampleur de la crise et ce qui vient déjà de partir en fumée : non seulement la chute des valeurs immobilières, mais la baisse substantielle de la capitalisation boursière, avec les conséquences prévisibles sur la consommation, en Amérique d'abord, mais aussi en Europe et au Japon.
Ce ralentissement ne peut manquer d'influer sur la croissance chinoise, le cours des matières premières, à commencer par le pétrole. C'est une récession qui se profile à l'horizon aux Etats-Unis (…) . Il y a donc une crise de la volonté politique. En 2007 comme en 2002, le problème posé par la volatilité des marchés financiers et les fonds spéculatifs n'a pas été abordé pendant la campagne présidentielle. La France se provincialise. Elle a désappris à « penser global » (…).
Ce sont les Anglo-Saxons qui sont aux manettes. On ne peut guère attendre d'eux qu'ils prennent l'initiative de contrôler un système financier qu'ils utilisent pour se refinancer et encore moins un système monétaire international qui est à leur service. Les Etats-Unis ne sont pas à la veille de renoncer au privilège du dollar ! (…).

C) Nicolas Sarkozy : des discours aux actes.

La suractivité médiatique du Président et les succès qu'il lui arrive de remporter sur certains terrains ne peuvent dissimuler qu'il reste dans la main des marchés financiers, que sa politique va subir le contrecoup de la crise immobilière américaine - et maintenant financière et bancaire - et que pour y répondre il se trouve en butte aux contraintes européennes, notamment monétaires et commerciales qu'il n'a pas cherché à lever. Car le traité simplifié dont il se targue, bien imprudemment, reprend la substance de la Constitution européenne, plus de 90 % selon M. Giscard d'Estaing. Seul le mot n'y figure pas. Tout le reste y est, et il n'y a pas de contrepartie négociée, s'agissant notamment des statuts de la BCE et de la politique économique et monétaire.

Extension de la majorité qualifiée, rupture de l'égalité France-Allemagne dans les votes au Conseil, prérogatives accordées au Haut Représentant de l'Union pour la politique extérieure, alignement de la politique européenne de défense et de sécurité sur l'OTAN, poids croissant de la jurisprudence de la Cour de Justice, tout cela limitera encore plus les marges de manœuvre de la France. Entre le discours de Strasbourg de Nicolas Sarkozy sur l'Europe et la réalité du traité simplifié, il y a un gouffre !

1. Le recul sur l'Europe

Avec le traité simplifié, Mme Merkel a obtenu gain de cause : une Europe plus fédéraliste, avec l'extension de la majorité qualifiée et de la jurisprudence européenne de plus en plus germano-centrée prête à s'ouvrir davantage encore vers la Turquie (…).

2. L'inflexion atlantiste.

La récente adresse de Nicolas Sarkozy devant les Ambassadeurs manifeste de même une inflexion atlantiste préoccupante. Le premier défi de notre politique étrangère, à en croire le Président de la République, serait celui d'une « confrontation Islam-Occident (…)».  

III - La gauche doit devenir audible en prenant position sur le fond.

1. La nécessaire critique du capitalisme globalisé.

La gauche doit offrir une autre perspective. Pour représenter une alternative, elle ne peut faire l'économie d'une critique du capitalisme globalisé (…). Bien entendu cette critique de la globalisation libérale – qui définit le socialisme – ne suffit pas. Il faut bâtir, à partir de là, un projet républicain pour la France et bien sûr élaborer une vision pour l'Europe et le monde (…).

 2. Le test de la réforme constitutionnelle sur le traité simplifié.

Il dépend du parti socialiste de refuser la réforme constitutionnelle nécessaire à l'adoption du traité simplifié par la voie parlementaire. Le parti socialiste ne doit pas régresser par rapport à la position définie par sa candidate à l'élection présidentielle. Ce qu'un référendum a rejeté, seul un autre référendum pourrait le faire accepter. Encore faudrait-il que le PS accepte de discuter librement. J'espère que les Assises de la gauche serviront à cela. Pour rebâtir la gauche, on ne peut pas faire l'impasse sur tout ce qui s'est passé depuis vingt-cinq ans. Ce courage élémentaire est nécessaire. Mais bien sûr il faut surtout, à partir de l'analyse du monde globalisé, faire des propositions tournées vers l'avenir. 

Conclusion : le combat du MRC

La République est un combat. La refondation républicaine de la gauche ne peut se faire que si les objectifs sont clairement fixés, le reste étant évidemment affaire de moyens et de calendrier.

Portons le débat sur le fond. Evitons les critiques stériles. Il faut dépasser les querelles personnelles, mettre tout le monde autour de la table, faire des analyses exigeantes, aussi bien pour le passé que pour l'avenir. La gauche doit se placer au niveau de l'Etat et pas simplement du point de vue de ses intérêts partisans (…).

J'appelle surtout à la tenue d'Assises de toute la gauche dans les délais les plus rapides. Ensuite il faudra prendre les moyens d'une vraie refondation, sur des bases républicaines au sein d'une organisation unique de toute la gauche. Je partage tout à fait l'opinion de Vincent Peillon : l'organisation d'un Congrès de refondation de toute la gauche et pas d'un simple Congrès socialiste sera le test d'une vraie volonté de rénovation.

 Nous verrons alors si nous en serons ou si nous n'en serons pas, hypothèse que nous ne saurions exclure. Car le MRC n'est pas prêt à mettre la clé sous le paillasson et je vous mets en garde contre les appels du pied démagogiques de certains socialistes qui n'aspirent à rien d'autre qu'à nous réduire et à nous désarmer.

Si j'ai décidé de prendre quelque recul avec mon engagement local c'est pour mieux me recentrer sur l'effort politique national qui reste à accomplir. Je le ferai avec la Fondation Res Publica sur le plan de la recherche, à travers un Centre d'Education qui doit irriguer toute la gauche, et bien sûr avec le MRC.

 En affirmant son identité, celui-ci doit occuper toute sa place dans la refondation républicaine de la gauche. Ceux qui, il y a quelques années, ont voulu nous marginaliser, n'y ont rien gagné. L'intérêt de la gauche c'est de se réunir, avec toutes ses sensibilités et dans toutes ses composantes en prenant pleinement en compte l'exigence républicaine. C'est à ce prix seulement qu'elle pourra constituer une alternative véritable. Nous pouvons y apporter beaucoup.

 Un modèle républicain remis en marche, la citoyenneté et la fraternité retrouvées, une relation forte avec l'Allemagne mais également avec les autres grands pays européens, une « Europe européenne », alliée mais non vassale des Etats-Unis, la volonté de maintenir ouvert le dialogue des cultures et de faire progresser ensemble la justice et la paix, un multilatéralisme équilibré avec les pays émergents qui doivent faire droit au besoin de leurs peuples pour trouver toute leur place dans un monde plus juste, une Afrique redressée et dynamisée, son droit au développement reconnu, voilà un beau projet digne de la France et digne d'une gauche républicaine authentique ! Bref un projet qui se distingue du projet libéral et atlantiste.

En tout état de cause, le MRC, à travers toutes les péripéties à venir, doit savoir préserver son identité, sa mémoire et sa vision du monde, à vrai dire irremplaçables et bien sûr ses intérêts locaux essentiels. Comme je vous l'ai dit l'an dernier, aux Ulis, il y a quelque chose qui est au-dessus de l'intérêt. C'est l'honneur. Tenons bon, ensemble, camarades citoyens. Pour ce qui me concerne, ma résolution est totale. Nous avons eu raison de mener tant de combats ! Ils éclairent et éclaireront longtemps l'avenir. Ils porteront de beaux fruits si nous restons mobilisés au service de la République, au service de la France.

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