Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Retour du politique dans la globalisation financière
Le néolibéralisme est la doctrine qui vise à réduire l’intervention de l’Etat dans l’économie afin de satisfaire les besoins financiers des grands groupes capitalistes. La mondialisation est le moyen de favoriser la liberté des échanges commerciaux (le libre-échange). La globalisation financière est la meilleure façon de centraliser et d’accroître le profit à l’échelle mondiale.
Depuis l’apparition d’énormes excédents commerciaux liés à de fortes croissances dans des pays émergents et à la flambée des cours des matières premières, des pays comme la Chine ou la Russie, qui ont maintenu la maîtrise par l’Etat de l’économie, ont créé des outils financiers qui perturbent le jeu capitaliste.
Sur le site de Marianne www.marianne2.fr , le 29 octobre dernier, Philippe Cohen apportait un éclairage utile sur ces fonds souverains, en commentant un rapport du Sénat présenté par Jean Arthuis, président de la Commission des finances. Voici son texte, sous le titre :
Pendant des années, la mondialisation a été perçue comme un phénomène permettant aux grands groupes privés de se développer au détriment des Etats. « Ces entreprises plus fortes que les Etats », titrait d'ailleurs récemment Marianne. Mais si des grandes entreprises comme WalMart ou le groupe Murdoch restent des mastodontes, les nouvelles puissantes montantes du capitalisme financier sont désormais d'origine étatique. On les appelle les Fonds souverains. On en a un peu entendu parler en France lorsque l'on a découvert que, après l'entrée à hauteur de 5,06% d'un investisseur public russe, l'un des fonds des Emirats Arabes Unis est devenu propriétaire de 3,12% du groupe EADS, au moment où le groupe Lagardère comme l'Etat semblent se désengager de cette entreprise à caractère stratégique.
200 milliards de dollars pour acheter des PME européennes
Autre information incroyable, mais qui n'a déclenché ni réaction ni réflexion : au cours d'une série de reportages sur la Chine publiée par le Figaro cet été, le journaliste a établi que la Chine avait doté de 200 milliards de dollars un fonds destiné à acheter des entreprises innovantes européennes.
L'Allemagne, échaudée par la montée en puissance du fonds Blackstone (lui-même investi par un fonds chinois) au sein de Deutsche Telekom, envisage de re-nationaliser le capital de cette entreprise.
On attendait donc avec impatience le rapport sur les fonds souverains que Jean Arthuis, à la tête d'une commission sénatoriale, a remis jeudi dernier. Quelle déception ! Le texte, écrit après un voyage de quelques jours seulement dans les pays du Golfe (Arabie Saoudite, Emirats Arabes Unis et Royaume de Bahreïn) fait penser au devoir d'un étudiant de deuxième année de sciences économiques.
Alors que Jean Arthuis évalue à 4 000 milliards de dollars les capitaux manipulés par les fonds souverains, les auteurs du rapport saluent leur apparition comme un bienfait pour l'économie française. Or, sans forcément crier au loup islamique (la finance islamique est estimée à environ 500 milliards de dollars), russe ou chinois, il convient d'apprécier à sa juste valeur le phénomène des fonds souverains.
Mais pour prendre conscience de l'ampleur du phénomène, force est de reconnaître que l'on en apprend plus en Allemagne ou aux Etats-Unis qu'en France, où les élites craignent surtout, comme Le Monde s'en est fait l'écho, que la montée en puissance des fonds souverains n'engendre «un regain de protectionnisme».
Angela Merkel a tenté – vainement pour le moment – d'alerter les dirigeants des pays européens sur les dangers de fonds qui, dès lors qu'ils sont manipulés par des gouvernements, peuvent avoir des objectifs stratégiques. La chancelière a repris la suggestion du commissaire européen Peter Mendelson (qu'il avait vite abandonnée) de créer une sorte de golden share européenne qui permettrait de protéger les entreprises européennes au-delà d'un certain niveau de prise de participation d'investisseurs non-européens. Merkel envisage par ailleurs d'élargir la législation allemande protégeant les industries de défense à d'autres secteurs d'activité.
Aux Etats-Unis, l'Etat fédéral est intervenu en 2005 pour empêcher la reprise d'Unical, entreprise pétrolière, par le chinois Cnooc, qui disposait sans doute de crédits illimités mis à disposition par l'Etat chinois. Plus récemment les Etats-Unis ont empêché la prise de contrôle de six ports par l'entreprise publique Dubaï Ports World.
Un tournant dans la mondialisation
Il faut d'abord prendre l'exacte mesure du phénomène : les fonds souverains représentent une manne financière de 2900 milliards de dollars selon le FMI, l'estimation de Morgan Stanley étant voisine de ce chiffre. Cette somme paraît minime en regard des 53 000 milliards de capitaux détenus par les investisseurs, banques, assureurs, hedge funds et autres fonds de pension. Sauf que ces derniers peuvent devenir les « faux-nez » des fonds souverains, comme le montre l'exemple de Blackstone, une structure dans laquelle un fonds chinois est entré à hauteur de 10%.
Et surtout, les fonds souverains sont appelés à une belle expansion : leurs capitaux passeraient ainsi à 12000 milliards de dollars à horizon de 2015, selon Morgan Stanley, et même de 25 000 milliards en 2020 selon le FMI.
En regard de ces chiffres, la taille du fonds souverain français, alloué au financement de la retraite par répartition, paraît riquiqui. Il est vrai qu'après sa création par Lionel Jospin, les gouvernements de la droite n'y ont pas fait verser un euro...
Quoi qu'il en soit, même le très néolibéral Elie Cohen en tire la leçon : « Nous assistons à un retour du national et du politique face à une globalisation financière que l'on croyait irréversible. »
Comment expliquer ce tournant de la mondialisation ?
Pour l'économiste Jean-Luc Gréau, « l'explosion des fonds souverains est liée à l'augmentation des prix des matières premières et aux excédents commerciaux de plusieurs pays émergents. Les dettes publiques ne suffisent plus à épuiser les colossales réserves de change accumulées dans quelques pays en forte croissance. Or, si jusqu'à présent les pays pétroliers étaient respectueux des règles du marché mondial, les nouvelles puissances comme la Chine ou la Russie ne le sont pas forcément. »
D'où le risque, par exemple, de captation technologique, par laquelle des fonds souverains permettraient aux nations qui les portent de se procurer des savoir-faire technologiques qui résultent de l'investissement global en recherche d'un pays développé.
La France sans stratégie
Du coup, la France comme les autres pays de l'Union européenne sont singulièrement désarmés vis-à-vis des fonds souverains : le principe intangible de libre circulation des capitaux empêche toute protection des entreprises, excepté celles relevant du secteur de la défense (…).
L'Europe et la France doivent, pour préserver leurs intérêts, s'affranchir des œillères idéologiques libre-échangistes et élaborer des stratégies de contre-offensive efficaces. Pourquoi, par exemple, ne pas bloquer à hauteur de 5% les prises de participation des fonds dans certaines catégories d'entreprises ? Mais si Nicolas Sarkozy a paru faire mine de s'intéresser au problème soulevé par Angela Merkel, il faudra encore du temps pour que Christine Lagarde s'intéresse à un sujet qui remet en cause son libéralisme naïf ».