Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Le monde néolibéral est-il en train de basculer ?
De différentes sources d’information, on perçoit de sérieux doutes, voire de l’inquiétude, pour ne pas dire un début de panique, s’emparer des économistes libéraux. La crise actuelle ne ressemble à rien de ce qui s’est produit dans le passé, les conditions étant réellement nouvelles. Celui qui exprime le mieux cette situation n’est autre que le célèbre chroniqueur du Monde, Eric Le Boucher, dans l’article paru ce 15 décembre sur www.lemonde.fr. En voici des extraits.
« Drôle de moment de bascule »
« Prenez trois économistes, et vous aurez au moins quatre avis. La plaisanterie sur cette profession capable de défendre avec autant de conviction une thèse ("d'un côté, on peut dire que...") et son antithèse ("de l'autre côté, on peut dire le contraire...") n'a, sans doute, jamais été aussi vraie qu'en ce drôle de moment.
L'économie américaine va-t-elle tomber en récession à cause des crises immobilière et financière ? "Il y a 50 % de chances", nous répondent nos déterminés économistes (…). Pardonnez-leur, en vérité. C'est l'époque qui veut ça.
La planète se reconfigure en profondeur sans que personne ne sache ce qui se dessine vraiment.
Il y a d'abord l'Asie, qui n'en finit pas d'affirmer sa force dans tous les domaines, économique, financier, technique, et dans toutes les régions. L'incertitude vient ici de ce qu'elle n'a pas pris toute sa place dans le concert des nations et qu'elle ne prend pas encore ses responsabilités monétaires, environnementales (Pékin gère le yuan et son CO2 en égoïste) et économiques.
Depuis dix ans, les Etats-Unis sont le consommateur en dernier ressort du monde, avalant les produits chinois et les machines allemandes. Mais ce Gargantua a aujourd'hui une indigestion de subprimes. L'Asie peut-elle prendre le relais ? Le gouvernement de Pékin peut-il faire en sorte que les ménages chinois cessent d'épargner pour consommer et donnent ainsi un débouché interne aux productions ? Si oui, l'économie-monde peut continuer à rouler vite sur un équilibre neuf, si non, elle va sérieusement ralentir.
Mais la grande bascule porte sur le libéralisme.
Celui-ci repose sur trois piliers : la mondialisation, l'Etat en recul devant le marché et le développement de la finance. Or chacun de ces piliers subit des chocs existentiels.
Commencez par la mondialisation : les négociations du cycle de Doha, qui doivent aboutir à une nouvelle ouverture des échanges, plus profitable aux pays pauvres, ne seront pas conclues à la fin de cette année. Aux Etats-Unis, la campagne présidentielle, qui s'est ouverte chez les démocrates et les républicains, débat d'"un retour au protectionnisme". En France, Michel Barnier, ministre de l'agriculture, dit que l'Union "doit reparler de la préférence européenne". Ancien commissaire européen, Michel Barnier est pourtant tout sauf un nationaliste. L'air du temps a changé.
Prenez ensuite l'Etat, qui fait un "come back" partout. Voici "les fonds souverains", riches structures publiques des pays émergents, chargées de prendre des participations dans les firmes, au Sud comme au Nord. Les fonds souverains sont des nationalisations par des Etats étrangers (…).
Et la finance ? Le retour cette semaine de la crise financière, provoquant l'affolement des banques et des Bourses, a fait écrire à Martin Wolf, éditorialiste du Financial Times : "Ce qui se passe est une énorme claque pour la crédibilité du modèle anglo-saxon de capitalisme financier." Le modèle anglo-saxon dénoncé par la presse anglo-saxonne...
L'air du temps... Le confrère résume joliment : "La finance moderne se résume à ôter les risques des épaules de ceux qui sont capables de les porter (les banques) pour les mettre sur les épaules de ceux qui sont incapables de les comprendre.
"Les risques, perdus de vue, sont méchamment réapparus sous forme de saignées dans les bilans des banques : 65 milliards de dollars de pertes annoncées, sans doute 400 à venir au total (…) ».
Presque au même moment, l’un de ses collègues, Thomas Ferenczi, chroniqueur dans le même journal (www.lemonde.fr), rapportait dans un article paru le 13 décembre, le profond mécontentement du Britannique John Monks, secrétaire général de la Confédération européenne des syndicats (CES), vis-à-vis de l’Europe sociale, qui marche à reculons.
« La dimension sociale oubliée »
« M. Monks est scandalisé par les échecs répétés de l'Europe sociale, qu'il s'efforce, avec d'autres, de promouvoir. Il y a moins d'un mois, il a remis au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, une pétition de 510 000 signatures en faveur d'une directive sur les services publics. M. Barroso a dit non. La CES s'est déclarée "déçue" par ce refus (…).
Mais le plus dur restait à venir. Deux directives sociales, auxquelles les syndicats européens accordent une importance particulière, ont été bloquées, une fois de plus, au conseil des ministres, en raison du refus obstiné de la Grande-Bretagne, soutenue par l'Allemagne. Ces deux textes visent à renforcer la protection des salariés, l'un en limitant à 48 heures la durée hebdomadaire du travail, sauf dérogations strictement encadrées, l'autre en reconnaissant aux intérimaires les mêmes droits qu'aux travailleurs permanents. Les Britanniques et leurs alliés, au nom de la défense de l'emploi, s'opposent à ces contraintes (…).
Ces deux directives, explique-t-il, expriment la volonté des syndicats de fixer une limite au pouvoir des marchés. Elles procèdent du souci de rendre la mondialisation plus équitable. Leur blocage donne raison à ceux qui jugent abusive toute tentative de réglementation.
Malgré les efforts de médiation de la présidence portugaise, un coup sérieux a été porté aux ambitions sociales de l'Union européenne. M. Monks n'est pas un adversaire de la mondialisation. Il estime qu'elle produit "plus de gagnants que de perdants".
Mais il reconnaît que sa "face sombre" suscite "un vaste sentiment de malaise" et "une impression de désillusion envers la politique". Si l'Europe ne se dote pas d'une législation sociale digne de ce nom, ces inquiétudes s'en trouveront renforcées.
"Le progrès social au sein de l'Union européenne n'a pas suivi le développement du marché intérieur", souligne M. Monks. Cette carence risque, selon lui, de détourner les peuples de la construction européenne. On ne saurait lui donner tort ».
Ces deux articles mettent clairement en évidence la logique néolibérale, qui a prévalu dans le monde anglo-saxon avant de se répandre sur l’Europe. Celle-ci sera-t-elle capable de prendre la mesure de ce qui se passe et de changer de politique ? On peut en douter, tant le système européen est rigide et prisonnier de son idéologie.