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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Louis Malassis expliquait sa démarche et ses idées dans un entretien en 2002


« Ce sont les militants qui changent la société »

 

Louis Malassis, décédé le 10 décembre dernier à Montpellier où il habitait, était fils de paysans bretons (à St-Hilaire-des-Landes, près de Fougères, en Ille-et-Vilaine). Son parcours professionnel est exceptionnel, de la ferme familiale à l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes où il est entré par la voie de la promotion sociale, puis en qualité de professeur d’économie et chercheur à l’ENSAR jusqu’en 1970, à Montpellier ensuite, puis directeur général de l’Enseignement et la Recherche au sein du ministère de l’agriculture, consultant pour de nombreux organismes internationaux et auteur de nombreux livres, dont la trilogie paysanne, qu’il a achevé en 2006.

 

Les Amis de Louis Malassis, qui ont organisé le colloque le 27 novembre à Rennes, sur le thème des défis de l’agriculture, l’ont connu dans sa période bretonne avant la fin des années 1960. Ils n’imaginent pas ce que fut son action à Montpellier. En me servant d’Internet, j’ai découvert des sites qui font état de ses travaux en ce qui concerne l’agriculture méditerranéenne.

 

Voici un extrait de l’entretien réalisé par Hassane Tlili, journaliste spécialiste des questions agricoles et environnementales à l’Observatoire du Centre International de Hautes Etudes Agronomiques Méditerranéennes (CIHEAM – www.ciheam.org), qui fait partie de l’Institut Agronomique Méditerranéen de Montpellier (www.iamm.fr).

Le texte entier est à lire sur http://www.medobs.org/themes/reunion/entretienmalassis.html.

« Louis Malassis fait partie des pionniers de l'économie rurale et agro-alimentaire, une discipline qui s'impose de plus en plus dans les sciences humaines, compte tenu des évolutions tous azimuts que connaissent les agricultures non seulement dans l'espace méditerranéen, mais aussi partout ailleurs. Pertinentes et fécondes, ses idées gardent souvent une certaine fraîcheur et originalité dues sans doute au parcours de leur auteur.

Malassis aura été, en effet, un témoin privilégié de la dynamique propre à l'agriculture française et à celles d'autres agricultures. Né le 4 septembre 1918 à Saint-Hilaire-des-Landes dans une famille de paysans, il a grandi avec une idée qui ne le quittera plus : entretenir une relation de proximité avec la culture du terroir et essayer de la nourrir constamment au travers des responsabilités qu'il occupera en tant qu'enseignant, chercheur et observateur actif. C'est ainsi, entre autres, qu'il a été professeur d'économie rurale à l'Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes (1945-69), membre et rapporteur des commissions agricoles des IIème, IIIème et IVème Plans, directeur central des recherches économiques et sociales à l'Institut National de la Recherche Agronomique (1961-63), consultant à l'Organisation de Coopération et de Développement Economique (OCDE) et à l'Unesco, chargé de mission auprès du préfet de la région de Bretagne (1964-70), directeur général de l'enseignement et de la recherche au Ministère de l'Agriculture (1978-81)...

A l'occasion de la célébration, à l'IAM de Montpellier, le 28 octobre 2002, du 40ème anniversaire du CIHEAM, le Professeur Louis Malassis a accepté de répondre aux questions de l'Observatoire. Et pour cause : non seulement ce pionnier de l'économie agro-alimentaire compte aujourd'hui au sein de l'IAM de Montpellier beaucoup de collègues qu'il a formés et auxquels il a inculqué la passion de la recherche, mais il a été également directeur général de cet Institut de 1974 jusqu'en 1978. Il a été aussi pour quelque chose dans la naissance, il y a quarante ans, du CIHEAM ».

Q. - Louis MALLASSIS, dans votre livre " La longue marche des paysans français ", vous avez essayé de rendre compte de la dynamique de l'agriculture française au cours du XXème siècle, et vous dites que cette agriculture a été très arriérée au début du siècle et qu'elle aura connu, à la fin du siècle, un chambardement total. Qu'en est-il aujourd'hui des agricultures autour de la Méditerranée et des agricultures du monde ?

D'abord, je suis un fils de paysan et c'est comme ça que commence mon histoire et pourquoi j'ai écrit " La longue marche des paysans français ". C'est une histoire qui a été écrite à partir des paysans bretons, particulièrement les paysans que j'ai bien connus pendant ma jeunesse et qui m'ont fourni une expérience concrète à partir de laquelle on pouvait bâtir une histoire plus générale des paysans. Alors, j'ai écrit quelque part dans mon livre que longue avait été la marche des paysans pour se libérer de leur servitude historique, pour accéder à l'éducation et à la culture, pour parler eux-mêmes d'eux-mêmes, pour avoir une vie digne et se faire respecter des autres et pour atteindre des objectifs élémentaires de l'économie humaine, c'est-à-dire se nourrir, se loger, se soigner, etc.

Il y avait donc l'idée d'une longue marche parce que le livre raconte comment finalement les paysans sont parvenus à être ce qu'ils sont devenus aujourd'hui. C'est plus une dynamique paysanne qu'une dynamique agricole. Alors, la question que je me suis ensuite posée, c'est de savoir si les objectifs de cette longue marche étaient quelque chose de particulier aux paysans français, ou si tous les paysans du monde, au fond, n'aspiraient pas à une vie meilleure et si leurs objectifs n'étaient pas les mêmes avec des nuances et des contextes historiques différents, dont il faut toujours être respectueux - D'où le thème de la réflexion sur " La longue marche des paysans du monde ".

Dans cet ouvrage qui est terriblement ambitieux - on pourrait même dire prétentieux -, je suis parti dans des itinéraires historiques et géographiques à la recherche de la façon dont les paysans ont vécu et vivent sur les principaux continents.

Il y a là l'histoire de paysans que j'appelle eurasiens. Peut-être faut-il s'expliquer, parce qu'il y a tout un ensemble géographique qui procède du Croissant fertile, c'est-à-dire du Proche-Orient ; c'est la zone où, en effet, on a domestiqué les espèces végétales et animales qui vont servir de base à l'agriculture méditerranéenne et à l'agriculture européenne jusqu'au XVIème siècle, c'est-à-dire jusqu'à la découverte de l'Amérique et l'arrivée en Méditerranée du maïs et de la pomme de terre, etc.

Autrement dit, l'agriculture de toute cette première période s'étalant sur quatre ou cinq mille ans - puisque la domestication s'est faite entre 6 000 et 5 000 ans avant notre ère - est fondée sur cette domestication réalisée par les paysans du Proche-Orient. Il y a là un ensemble de questions fondamentales qui se posent : pourquoi cela s'est-il passé là et non pas ailleurs et comment ça s'est produit ?

Il se trouve que des plantes comme les céréales ont été domestiquées au Croissant fertile et non pas ailleurs. Donc, il y a eu un milieu qui a été propice au développement de l'agriculture. Les premières grandes civilisations méditerranéennes étaient des civilisations à base hydro-agricole. La Mésopotamie et l'Egypte en sont les plus caractéristiques : l'une est une agriculture irriguée et l'autre étant à base de décrues.

Ensuite, il y a eu les civilisations de la Grèce et de Rome dont les agricultures sont dépourvues de base productive. Alors, on va voir se développer un phénomène constant à l'échelle de l'histoire jusqu'en 1950 : pour se procurer les denrées alimentaires pour développer une grande civilisation, la Grèce et surtout Rome allaient coloniser tout le Bassin méditerranéen pour se fournir les denrées alimentaires dont elles avaient besoin, pour nourrir leurs soldats, leurs administrateurs, etc. Ce phénomène de colonisation de la Méditerranée à l'échelle de l'histoire allait se poursuivre jusqu'en 1950.

Q. - Comment voyez-vous les défis qui pèsent de nos jours sur les agriculteurs du monde ?

Personnellement, je verrai cela par rapport à la longue marche. A titre d'exemple, où sont les paysans tunisiens ou algériens par rapport à la longue marche ? Qu'est-ce que le développement agricole ou humain ou humaniste ? Quel rôle joue l'Etat ? Il est clair que l'Etat joue un rôle aussi important qu'apparent.

Si les paysans veulent que le monde change, c'est eux qu'il faut changer. S'ils n'ont pas d'idées, de doctrines ou de stratégies, les politiques n'ont pas fini de leur raconter des histoires.

Je crois que le problème fondamental c'est que les agriculteurs, les paysans prennent en main leur destin. Pour cela, il y a toutes sortes de choses, mais si je me réfère à l'expérience française que j'ai pu étudier, ce qui a été essentiel dans les changements de l'agriculture, c'est me semble-t-il ce que j'ai appelé l'éducation participative, c'est-à-dire lorsque des paysans vont écouter une conférence, il n'osent pas parler. Il faut les faire parler. Il faut qu'eux-mêmes assimilent ce qu'on a dit, et pour cela, il faut qu'ils discutent, d'où l'importance de la discussion dans l'éducation participative au cours de laquelle va se développer une stratégie du monde paysan.

Autre idée fondamentale : ceux qui vont changer la société, ce n'est pas l'Etat, mais ce sont les militants qui assument le changement, c'est-à-dire des hommes qui veulent changer de vie mais qui ont une stratégie qui pourra être efficace et fondée sur la réflexion autour de l'éducation participative et les discussions en groupes avec les autres paysans. Cela ne veut pas dire que l'Etat n'a pas un très grand rôle à jouer, mais je me suis permis de dire cela pour éviter qu'on parte tout de suite sur une vision étatique du changement de la société.

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