Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Par SORIN Michel
Savoir de quoi l’on parle, pour se faire son opinion
Sur le site de Marianne www.marianne2.fr ce 2 juin, Elie Arié* se saisit de la polémique sur le thème du libéralisme pour faire œuvre utile : clarifier les notions de libéralisme et de socialisme, de droite et de gauche, selon les périodes historiques.
Il met le doigt sur ce qui fait mal : les difficultés de communication en raison d’une inégale connaissance de ce qu’il y a derrière les mots les plus courants. Voici son texte.
Nous voici donc, par un mot astucieusement lâché par Delanoë, embarqués dans un débat sans fin pour savoir ce qui est libéral et qui est socialiste, qui est de droite et qui est de gauche.
Un débat évidemment faussé à la base, puisque nous savons bien, même si nous avons tendance à l'oublier :
- qu'il y a eu, dans l'histoire, autant de «libéralismes» économiques différents que de «socialismes» différents ; et comme chacun, en utilisant ces mots, pense à une époque ou à un pays différents, on parlera éternellement de choses différentes ;
- qu'il n'a jamais existé, à ce jour, un régime économique «totalement libéral», pas plus qu'un régime économique «totalement socialiste» (l' URSS ne considérait pas avoir encore atteint le stade du communisme lors de son implosion):
- que, philosophiquement, le libéralisme se voulait tout autant un humanisme que le socialisme, développant une théorie qui avait, elle aussi, pour objectif le bonheur de l'humanité entière (lire Hume, Adam Smith, etc.).
Histoire d'un clivage
Il en est de même des notions de «droite» et de «gauche», qui, en France (sans même parler des autres pays), ont recouvert des choses très différentes suivant les époques, pour en rester aux seuls deux derniers siècles :
- à la Révolution de 1789, la «gauche» représentait le parti du mouvement, de la rupture, du changement; et la «droite» celui de la conservation des choses en leur état ;
- la mondialisation (en fait: avec la globalisation financière), depuis 20 ans, a constitué une véritable révolution, imposée politiquement par la droite ( Reagan et Thatcher), face à laquelle la «gauche» se trouve en position de défense conservatrice («maintien des avantages acquis», qui disparaissent les uns après les autres) ;
- à la Révolution, la gauche a été nationaliste (levée en masse, la Marseillaise, etc.); avec le marxisme, elle est devenue internationaliste (l'«internationalisme prolétarien»), la droite prenant à son compte le nationalisme et de la lutte contre l'«anti-France» (la gauche); puis, avec la mondialisation, c'est la droite qui a repris le flambeau idéologique de l'internationalisme, et la gauche celui de la défense de l' Etat ;
- la gauche, en 1789, représentait la lutte pour les libertés (d'expression, de réunion, de vote …) ; avec l'apparition du socialisme marxiste et de la notion de «dictature du prolétariat», ces libertés sont devenues méprisables pour une partie d'entre elles («libertés bourgeoises», parti unique, etc.).
Tout ceci pour dire que ces débats libéralisme contre socialisme, ou gauche contre droite, me semblent devoir tourner en rond, puisque chacun a autre chose en tête lorsqu'il utilise le même mot.
Sachons de quoi l'on parle
Il me semble plus utile de poser le problème en d'autres termes :
- quels effets, positifs et négatifs, de la globalisation financière ?
- quels sont ses évolutions prévisibles, ses évolutions souhaitables, ses évolutions néfastes ?
- que pouvons-nous faire pour favoriser les premières et combattre les secondes ?
On voit alors assez rapidement que Royal, DSK, Delanoë, Moscovici (on peut y rajouter Hollande, Valls, Dray, etc.), s'ils étaient au pouvoir, ne mèneraient pas des politiques économiques sensiblement différentes et moins libérales les uns que les autres: ils ont tous été partisans du Oui à Maastricht, de la ratification des traités de Nice et d' Amsterdam, du Oui au TCE, et de la ratification par voie parlementaire du TCE rejeté par référendum.
Le libéralisme découle de là, on peut après s'auto-proclamer ce qu'on veut pour se faire élire (trotskiste, marxiste, bakhouniniste, maoïste), mais, avec ces engagements, on s'est enfermé dans une politique économique libérale.
Cet enfermement n'a évidemment rien d'une fatalité : il est le résultat d'une construction politique, voulue et imposée par Reagan et Thatcher.
Et ce que certains ont fait, d'autres peuvent le défaire, surtout au moment où cette globalisation financière commence à se heurter à ses contradictions internes qui la fragilisent chaque jour davantage ( hausse inéluctable du prix du pétrole et des transports, remettant en question la rentabilité des délocalisations industrielles; hausse des prix des matières premières, et baisse du niveau de vie des populations les plus pauvres, qui ne peuvent plus bénéficier des redistributions de revenus de l' Etat-Providence incompatible avec la mondialisation, etc.).
Encore faut-il en avoir la volonté politique. Posé ainsi, le débat aura un grand mérite : chacun saura de quoi on parle.
* Elie Arié est très présent sur les blogs, notamment celui de Jean-Pierre Chevènement. Sa spécialité reste la santé et la protection sociale. Voir sur ce blog (catégorie santé et sécurité sociale) ses nombreuses contributions, dont celle-ci :
Elie Arié argumente savamment contre les franchises médicales - 25 septembre 2007
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