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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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L'essentiel de l'intervention de Jean-Luc Gréau - colloque Res Publica - 28 11 2005

 

Lutter contre les effets néfastes du libre-échange 

Jean-Luc Gréau était l’un des invités du colloque organisé par la Fondation Res Publica le 28 novembre 2005 sur le thème de « la mondialisation régulée des échanges et la préférence européenne ». Il est économiste et auteur, notamment, de « l’avenir du capitalisme » édité par Gallimard (2005).

 Les actes du colloque sont sur le site de la Fondation : www.fondation-res-publica.org .

 Ce qui vous est présenté ici est un résumé de son intervention (les titres sont de ma composition).

 Ce qu’est la mondialisation.

 Un rappel : ce qu'on appelle aujourd'hui mondialisation englobe à la fois une transformation financière plus ancienne (qui date environ de 1980, qui a vu la montée en puissance et le positionnement central de ce qu'on appelle les marchés financiers : marché des actions, marché des obligations, marché des changes) et une transformation commerciale, c'est-à-dire l'élargissement progressif des échanges avec l'inclusion de nouveaux acteurs, extrêmement puissants et potentiellement dévastateurs pour le commerce mondial, qui n'avaient pratiquement aucun poids dans ce commerce il y a vingt-cinq ou trente ans.

 L'idéologie libre-échangiste est quotidiennement récitée, proclamée à l'intérieur des marchés financiers, lesquels sont à l’origine de la promotion de l’idée de libre-échange et ont fini par l'imposer au reste du monde. N'oublions jamais, lorsque nous abordons les échanges commerciaux, qu’il y a un cœur de cette idéologie libre-échangiste : ce sont les marchés financiers déterminants de New York et de Londres.

Il faut distinguer deux mondialisations, celle-ci et celle du 19ème siècle.

 La première a eu lieu à la fin du 19ème siècle et s’est prolongée au début du 20ème. Je l'appelle la mondialisation anglaise en raison du caractère prédominant et moteur de l'Angleterre dans ce processus de mondialisation.
Je l'oppose à celle d'aujourd'hui que j'appelle la mondialisation américaine, que je serais tenté d'appeler : la mondialisation américaine et chinoise. On peut opposer, sous l'angle purement logique, ces deux mondialisations.

 La première mondialisation est assise, non seulement sur la puissance commerciale et financière de l'Angleterre, mais surtout sur sa capacité industrielle qui lui permet de dégager un excédent formidable qui a atteint jusqu'à 10% du PIB anglais. L'Angleterre de cette époque exporte ses capitaux et c'est une des raisons de sa force dans le système mondial. Londres est alors la première place financière du monde parce qu'elle est la première puissance commerciale et industrielle.

 C'est une mondialisation « blanche » parce qu'elle englobe essentiellement l'Europe occidentale et ses grandes colonies de peuplement d'Amérique du Nord et du Pacifique.

 Le contraste est assez violent avec la mondialisation actuelle qui englobe presque tous les continents mais surtout, au-delà de l'Amérique du Nord et de l'Europe, l'ensemble asiatique qui représente à peu près la moitié de la population mondiale.

 La première mondialisation est gouvernée monétairement par le régime de l'étalon-or. Il s’agit d’un système stabilisé par un régime monétaire très précis, alors que la situation actuelle voit des variations très violentes des parités monétaires et surtout le fait – point essentiel si on veut aborder les relations commerciales – que le marché des changes ne corrige pas les inégalités de compétitivité qui peuvent naître entre les différents pays ou les différents continents.

 Donc, mondialisation anglaise d’une part, mondialisation américaine, avec la prédominance du dollar d’autre part.

 Ce qui fait la différence : le dollar.

 Domination du dollar qui s'est exprimée dès 1945, après la guerre et dans le régime de Bretton Woods. Mais, actuellement, le dollar n'est plus un dollar transatlantique qui gouvernait principalement les échanges entre l'Europe et les Etats-Unis. C'est un dollar transpacifique parce que les flux d'échanges ont tendance à se déplacer vers le Pacifique. Et surtout, cette prédominance du dollar va jusqu'à faire que des pays asiatiques commercent entre eux en monnaie américaine, chose assez paradoxale (les pays européens après la guerre commerçaient avec leurs propres monnaies).

 Donc, la deuxième mondialisation n'est pas la reprise de l'expérience interrompue par la Première guerre mondiale, c'est une autre expérience qui procède d'une autre volonté et d'une autre logique.

La mondialisation commerciale.

 Nous sommes dans cette mondialisation commerciale depuis environ quinze ans. Après la Chine,  dont le décollage a commencé en 1980 (vingt-cinq années de décollage ininterrompu, le décollage le plus intense et le plus long de toute l'histoire des économies vouées à s'industrialiser,  phénomène sans précédent), c'est surtout depuis une quinzaine d'années que les pays émergents d'Asie s'incorporent au commerce mondial et commencent à le dominer (après le Japon dans l'après-guerre, puis les « tigres » asiatiques).

 En dehors de toute logique, alors qu’il s'agit d'une expérience aussi massive que la mondialisation commerciale, l'esprit contemporain se refuse à faire des bilans périodiques. On continue à aller de l'avant sans se poser les questions : que sommes-nous en train de faire et où allons-nous ?

 A priori, le bilan semble positif. L'économie mondiale a deux moteurs : le moteur américain et le moteur chinois. Le moteur américain est un moteur consommateur, le moteur chinois est un moteur investisseur. Apparemment ils continuent à fonctionner sans retenue, sans obstacle. La croissance américaine est proche de 4%, la croissance chinoise, si les chiffres sont bons, de l'ordre de 9%, 9,5%, avec une croissance industrielle supérieure à 15%. C'est d'autant plus remarquable que, selon le mécanisme des intérêts composés, le PIB chinois, les exportations chinoises, sont devenus particulièrement importants.

 Cette situation apparemment favorable laisse de côté, cependant, le Japon – malgré sa position centrale en Asie en tant que grand producteur de biens d'équipement de l'Asie émergente – et l'Europe continentale, pour laquelle s'est interrompu, en 2001, le dernier cycle de croissance favorable.

La croissance mondiale : oui mais au prix de plusieurs conditions.

 La première condition est le déficit commercial des Etats-Unis (800 milliards de dollars pour la balance courante en 2005). C'est un déficit qui est non seulement chronique mais croissant : on ne le voit jamais se stabiliser sinon pour une courte période. L'Europe, elle-même, est concernée par un déficit croissant de ses échanges avec l'Asie. Sans l'arbre énorme - allemand - qui masque la forêt, nous serions dans une situation amplement déficitaire. Le déficit français se creuse, le déficit espagnol est à peu près le record du monde en termes de PIB (9%) mais l'excédent commercial allemand est aussi le record du monde (7% du PIB).

 La seconde condition est l'accumulation des réserves de change dans les caisses des banques centrales asiatiques. Réserves de change, donc réserves de trésorerie pour prévenir des besoins. Or il n'y a pas de besoins à prévenir puisque ces pays continuent d'accumuler des réserves exprimées en dollars sans besoin apparent, du fait même de leur excédent constant et croissant avec l'Amérique du Nord.

 Ce ne sont pas des dollars qui s'accumulent, ce sont des titres du Trésor américain, obligations et bons du Trésor, ce qui signifie que les dollars reviennent dans les circuits de l'économie américaine pour continuer à soutenir son expansion interne de l'économie. Cette économie est régulée monétairement par la Banque centrale américaine.

 Exemple : les crises boursières de 2001-2002, la Banque centrale américaine ayant relancé la machine à la suite de la crise de l'investissement, de la crise du marché des actions américain, alors même qu'en 2000 elle essayait encore de refroidir la machine américaine. 

Donc la Banque centrale américaine fait office de banque mondiale, de pilotage de l'économie mondiale (pas de rôle défini pour la Banque centrale européenne). Mais, surtout, il y a  une accumulation de dettes dans les comptes des ménages américains (126% du revenu disponible brut). D’autres font encore mieux : le record est détenu par l'Australie (140 % du revenu disponible brut), suivie de l'Angleterre (133% du revenu disponible brut). Néanmoins, c'est aux Etats-Unis que se trouve la masse de consommateurs décisionnaires qui soutiennent le circuit de la croissance mondiale par leurs dépenses.

 Quelle que soit la capacité des Etats-Unis à maintenir le crédit dans leur monnaie qui domine les échanges monétaires, économiques et financiers dans le monde, les ménages américains ne sont pas voués à se surendetter éternellement. Nous sommes proches d'un seuil à partir duquel, comme les ménages australiens en 2004 et les ménages anglais en 2005, ils devront ralentir leur frénésie de dépenses, de la même façon que l'Australie et l'Angleterre ont vu leur consommation chuter à environ +1%, et leur croissance chuter à environ 1,5%.

 Les Etats-Unis devraient connaître le même phénomène à plus ou moins brève échéance. Dès lors, se posera la question de la stabilité du système mondial avec une consommation américaine réduite et, par conséquent, avec un investissement asiatique qui aura tendance à se ralentir, voire à se replier.

La croissance des échanges mondiaux est liée à la déflation salariale.

D’une part, on substitue des emplois à bas prix à des emplois relativement bien payés. Cela signifie qu'on abaisse globalement la rémunération de la ressource humaine au sens large.
D’autre part, on accroît la contrainte salariale qui pèse sur les employés de tous grades des entreprises d'Europe occidentale, d'Amérique du Nord et du Japon, du fait de cette compétition mondiale.

 Un événement massif s'est produit en Allemagne au cours de ces dernières années. Les entreprises industrielles allemandes exportatrices ont renégocié les conditions de rémunération de leur main- d'œuvre et de leur recherche-développement de telle façon que les Allemands, maintenant, travaillent beaucoup plus pour le même prix, voire pour un prix qui a été abaissé. Ceci s'accompagne d'accords de flexibilité qui ont été conclus à peu près partout. L'Allemagne a réduit massivement ses coûts unitaires de production pour maintenir sa sur-compétitivité externe et c'est ainsi qu'en 2003, l'Allemagne a reconquis sa position de premier exportateur mondial.

 Il ne peut pas y avoir de « big bang » libéral en Allemagne, tout simplement parce que celui-ci a eu lieu. Et je ne parle pas de ce qui s'est passé pour l'assurance maladie, pour les retraites, pour la fiscalité des ménages et la fiscalité des entreprises. Je ne vois pas ce qui restera à faire à Madame Merkel après ce qui aura été fait par Monsieur Schroëder.

Mais cette déflation salariale a des conséquences : si l'on tend à abaisser constamment le coût de la ressource humaine, par définition, va apparaître un problème de débouchés pour la production mondiale. Pour l'instant ce problème ne se pose pas en raison de la surconsommation de certains pays dont la première puissance économique mondiale, les Etats-Unis. Le jour où cette surconsommation disparaîtra, nous devrions avoir un très fort ralentissement de l'économie mondiale, voire une récession.

Une anomalie économique.

 Observez ce qui se passe en ce moment même et qui contredit les schémas économiques traditionnels. Les pays d'Asie émergente, au sens large, importent pour la plupart des matières premières et, massivement, des biens d'équipement parce qu'ils sont en phase de rattrapage économique. Or la théorie économique nous enseigne qu'à ce stade, ces pays doivent être déficitaires. Ils devraient être d'autant plus déficitaires, si l'on prend le cas de la Chine, que le prix des matières premières a beaucoup augmenté (non seulement le pétrole mais le nickel, le cuivre, le zinc, les ferrailles). Or c'est le contraire, les soldes commerciaux de ces pays ont tendance à s'améliorer en contradiction avec le schéma économique traditionnel. 

 

  Deux urgences.

- Comment conserver la compétitivité internationale de nos sites de production ? Comment conserver une palette d'emplois suffisamment diversifiés au sein de nos économies anciennement industrialisées ? 
- Comment faire pour reprendre une politique de progrès de la rémunération au fur et à mesure que les progrès de productivité se poursuivent ?

 L’économie française continue à engranger chaque année des gains de productivité, relativement modestes au regard de ce que nous avons opéré pendant l'après-guerre mais qui, tout de même sont de l'ordre de 1,5% ou 2% l'an . Cette productivité est détournée de la sphère du travail et il faudrait pouvoir, de nouveau, en faire profiter la sphère du travail. Comment faire si nous continuons d'être soumis à une concurrence mondiale telle qu'elle a été définie depuis l'Uruguay Round, les accords de Genève et le Traité de Marrakech ?

Les solutions.

 Première hypothèse : le tarif extérieur commun de l'Union européenne tel que nous l'avons connu dans l'ancienne communauté après la guerre. Cette solution présente deux défauts :

La notion de préférence communautaire prête spontanément à la critique.

 C'est, d'emblée, se placer dans une position de faiblesse relative. Pourquoi préférer et ne pas traiter équitablement les producteurs et les sites des différents continents, des différentes nations ?

 Or, ce qu'il faut obtenir, en réalité, c'est un traitement équitable. Il ne faut pas mettre en concurrence la main d'œuvre du Jura avec la main d'œuvre du Nord de la Chine. Il ne faut pas mettre en concurrence nos ingénieurs avec les ingénieurs russes ou chinois.

 Sachez qu'aujourd'hui même, plusieurs grands groupes français (Lagardère, Véolia, par exemple) n'embauchent plus d'ingénieurs français. Que vont faire nos ingénieurs ?
Je pense qu'il faut parler de traitement équitable plutôt que de préférence.

Le risque d'isolationnisme commercial européen. Pourquoi ?

 Dans nos relations commerciales, nous avons de grands partenaires qui ont des conditions de travail à peu près comparables aux nôtres : je pense aux Etats-Unis, au Canada et, bien sûr, au Japon – même si le Japon reste un marché fermé pour des raisons tout à fait particulières. Mettre en place un tarif extérieur commun, c'est risquer une sorte d'isolement politique de l'Europe et se placer en position de faiblesse.

Je préfère donc qu'on parle de taxes ou de tarifs anti-dumping en reprenant une formule très ancienne inaugurée par Monsieur Edgar Faure, l'un de nos grands hommes politiques d'après guerre dont je soutiens la mémoire. Il parlait déjà de dumping social, à cette époque, alors que nous n'étions pas en situation de mondialisation.

 Il faut traiter équitablement les entreprises et les sites de production de notre Europe occidentale vis-à-vis des autres sites de production situés dans le monde et pour cela, mettre en place des taxes anti-dumping.
Je prends un exemple : par je ne sais quel mystère ou quel miracle, le vélo européen est protégé. Ne cherchons pas à connaître les arcanes de la décision bruxelloise… mais le résultat c'est que 47% de taxes sur le vélo chinois, 34% de taxes sur le vélo vietnamien, cela fait que nous maîtrisons notre marché de la bicyclette, alors que ce marché est croissant.

 Cela signifie que ces taxes seraient efficaces mais, surtout, elles ont un avantage : elles sont sélectives. Vous choisissez les produits et les pays que vous voulez frapper en fonction du caractère inéquitable de la concurrence qui affecte nos relations avec eux.
Vous pouvez aussi graduer, décider à un certain moment de taxer très fortement puis abaisser la taxe lorsque les conditions de la compétition auront changé. Vous pouvez faire évoluer votre système de façon souple, en fonction des circonstances et des interlocuteurs.


J'aurais donc tendance à demander une sorte de politique anti-dumping social avec toute la nomenclature des produits, des services qui peuvent être concernés par nos relations avec le reste du monde, tout particulièrement avec l'Asie. 
 

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