Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

Publicité

Libé met l'accent sur le rôle croissant des fonds d'investissement dans l'économie

 

L’impératif de la rentabilité à court terme

 Saluons l’excellente initiative de Libération qui a organisé un débat entre un syndicaliste, un patron et un économiste, sur les fonds d’investissement et rendu compte de ce débat sous le titre « Une transformation du capitalisme » (19 janvier, www.liberation.fr).

 Patrick Sayer préside le directoire d'Eurazeo, le premier fonds français d'investissement, ainsi que l'Afic (Association française des investisseurs en capital). Pierre-Yves Chanu, conseiller confédéral de la CGT, suit les questions économiques. Dominique Plihon, professeur d'économie à Paris-XII, préside le conseil scientifique d'Attac.

 Tous trois livrent leur vision sur la montée en puissance des fonds d'investissements.

 La boulimie des fonds d'investissements, qui rachètent des entreprises textiles (Well, Aubade, Dim) avant de licencier et de délocaliser la production, est-elle une règle, ou une exception ? 

 Pierre-Yves Chanu (CGT) : 

 On est de plus en plus confrontés à ce genre d'intervention par les fonds d'investissements, et ce, dans tous les secteurs : textile, alimentation, distribution, médias, assurance. Les délocalisations sont directement liées à ces fonds, animés par des logiques économiques très simples : opérer une pression forte pour une création de richesses rapide de ces entreprises. Dès lors que les business plans ne sont pas respectés, la première variable d'ajustement, c'est la masse salariale : réductions de paies, licenciements, délocalisations...

 Patrick Sayer (Eurazeo, Afic) : 

 On mélange un peu tout sous l'appellation de fonds d'investissements. Il y a le capital investissement qui nous préoccupe aujourd'hui et qui est, pour moi, le contraire de la financiarisation de l'économie. Le métier de ces fonds est d'investir à moyen et plus long terme, quatre à sept ans, et parfois plus, dans des entreprises non cotées en Bourse. C'est totalement différent des hedge funds, principalement anglo-saxons, qui prennent des participations dans des entreprises cotées et qui sont là pour réaliser des profits à très court terme en jouant sur les variations de cours.

 Et les fameux LBO, les leveraged buy-outs, qui rachètent le capital d'une entreprise grâce à une très large part d'endettement...

 Le capital transmission, dit LBO, est destiné, par exemple, à aider une entreprise familiale dont le patron souhaite se désengager. Ses fonds permettent d'abaisser le coût du capital et de dégager des ressources supplémentaires pour financer le développement de l'entreprise.

 Dominique Plihon (Attac): 

 Le contexte, c'est quoi, aujourd'hui, quand on prend un peu de recul ? C'est l'essor en France et en Europe d'un capitalisme financier où la finance et la rentabilité à court terme jouent un rôle moteur. A la vague des investisseurs institutionnels succède aujourd'hui une autre vague, plus dangereuse : celle de ces fonds d'investissements dits des private equity fund, qui s'immiscent dans le coeur de la vie économique en prenant le contrôle de grosses PME.

 Quels problèmes posent-ils ? 

 D.P. : L'entreprise n'est vue que comme un capital financier ! On investit avec le seul objectif de la revendre dans deux, quatre ou six ans, pour réaliser une plus-value. D'où des opérations spectaculaires où l'on double sa mise en deux ans. La contrepartie, ce sont les pressions formidables destinées à générer des taux de rentabilité au moins égaux à 20 %. Ce n'est pas neutre. En Allemagne, par exemple, on s'aperçoit que les entreprises contrôlées par les LBO ont vu une baisse d'investissement productif. Résultat : l'effort en capital fixe et en recherche, porteurs de croissance à long terme, s'effondre...

 P.S. : C'est tout le contraire...

 D.P. : Vous nous le démontrerez ! Seul point sur lequel je suis d'accord avec vous, Patrick Sayer, c'est qu'il ne faut pas mettre tous les fonds dans le même sac : le capital risque, par exemple, prend vraiment des risques en finançant des nouvelles technologies.

 On parle de 1 200 entreprises françaises sous LBO, marché multiplié par huit en dix ans, et qui touche plus de 1,5 million de salariés. Est-ce une spécificité française ?

 D.P. : La croissance des LBO en France est la plus forte d'Europe continentale !

 P.S. : C'est effectivement le premier pays d'Europe hors Grande-Bretagne. Mais, pour revenir à la critique de fond sur l'emploi, on vient de réaliser une étude pour la France. Et qu'avons-nous constaté ? Entre 2004 et 2005, on a un solde net d'emploi de + 60 000 alors que le CAC 40 a perdu 0,2 % d'emplois et que la moyenne de l'économie française, c'est + 0,4 % ! Céder une entreprise n'est pas forcément négatif ; ce qui compte, c'est sa pérennité.

 Prenez Frans Bonhomme [tubes et raccords plastique, ndlr], filiale sortie du groupe Bolloré et cédée 4 fois de suite à plusieurs fonds en douze ans. Elle a grandi à chaque fois, et son emploi avec. Autre exemple : Terreal [tuiles et produits de façade], filiale de Saint-Gobain. Que se serait-il passé si elle n'avait pas été reprise par un fonds ? Elle passait sous le contrôle d'un groupe étranger, ses cadres auraient été tous marginalisés et on passait par une phase de restructuration ! A la place, on a augmenté les effectifs de 120 personnes en vingt-trois mois.

 D.P. : Je suis d'accord pour ne pas faire porter aux fonds d'investissements toutes les responsabilités, à commencer par les délocalisations. Mais, il faut aussi reconnaître qu'ils mettent une pression permanente sur les salariés, sur les conditions de travail, le chantage aux 35 heures, etc. Et, à l'arrivée, les fonds d'investissements, comme les autres fonds, spéculent, même si c'est un temps plus long que les hedge funds. 

 P. S. : C'est faux, on ne fonctionne pas dans une logique malthusienne de réduction de l'emploi. On donne les moyens à une entreprise de se développer...

 A vous entendre, vous êtes des mécènes ! 

P.S. : Ce métier, longtemps méconnu, commence à faire parler de lui. Il crée forcément sa batterie d'amis, mais aussi d'ennemis : il y a des gens que ça dérange...

 P.-Y.C. : Vous êtes trop modeste. La montée en puissance des fonds d'investissements est un vrai mouvement de transformation structurelle du capitalisme... J'entends bien ce que vous dites sur l'accompagnement de la croissance d'une entreprise, car, pour réaliser une plus value, vous êtes dans l'obligation de revendre une boîte qui marche. Sauf que, si on veut développer une entreprise à long terme, ce n'est pas sur quatre ans...

 P.S. : Mais qui vous dit que celui qui va reprendre l'entreprise au bout des quatre ans ne va pas avoir la même stratégie ?

 P.-Y.C. : Mais si on change de direction tous les cinq ans...

 P.S. : Dans plus de 90 % des cas, les équipes restent en poste. Et pour augmenter le cash flow d'une entreprise, on l'aide à développer ses ventes, on essaie de raccourcir les délais avec les fournisseurs, de réduire ses stocks pour générer des liquidités, etc.

 Pourquoi les îles Caïmans, un paradis fiscal, attirent beaucoup de fonds d'investissements mondiaux ? N'est-ce pas le signe que ces fonds prospèrent sur le manque de transparence ?

 P.S. : D'où vient le financement de ces fonds ? Dans la plupart des cas, ce sont de grands institutionnels comme les banques, les compagnies d'assurances ou de retraite qui placent leur argent. Pour ce qui est de la France, notre profession est étroitement encadrée par l'Autorité des marchés financiers (AMF).

 D.P. : Peut-être, mais quand les entreprises sont rachetées par des fonds et quittent la Bourse, elles échappent de fait à l'exigence de transparence d'une entreprise cotée.

 Faut-il modifier le cadre législatif et fiscal pour mieux encadrer l'action de ces fonds ?

 D.P. : Il faudrait jouer à plusieurs niveaux. D'abord sur le plan fiscal, car la fiscalité actuelle, et notamment celle sur les plus-values, est extrêmement favorable. Deuxièmement, il y a tout le volet concernant le droit des sociétés. Car il est aujourd'hui extrêmement difficile de transformer une entreprise, par exemple en coopérative, une structure intéressante pour régler le problème de transmission. Enfin, en termes de gouvernance, si les salariés avaient leur mot à dire dans certaines opérations, on n'assisterait peut-être pas à de telles restructurations. Dernier point, qui peut paraître iconoclaste : je propose une pénalité si un fonds cède une entreprise en moins de deux ans.

 P.S. : Votre proposition est dans une logique française qui consiste à casser ceux qui réussissent en alourdissant la fiscalité. Mais, sur l'assouplissement du régime des coopératives et sur la gouvernance, je suis d'accord.

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article