Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Plutôt investir dans la seconde génération ? Jusqu’à une date récente, les biocarburants ne semblaient pas avoir d’adversaires, à part les groupes pétroliers. On ne voyait que des avantages (réduction des émissions de gaz à effet de serre et de la dépendance énergétique, nouveau débouché pour l’agriculture) sans se poser les vraies questions (rendement énergétique inégal, concurrence dans l’utilisation de la terre avec l’alimentation humaine et animale, risque de déforestation et de dégradation de l’environnement). C’est ce qu’écrivait, en substance, Gaëlle Dupont dans le quotidien Le Monde, daté du 15 mai 2007. Elle citait Michel Griffon, responsable du département agriculture et développement durable de l’Agence nationale de la recherche « Il faudrait deux planètes pour remplir les estomacs et les réservoirs, en préservant l’avenir de la biodiversité ». La remise en cause des biocarburants commence par leur nom. Ils n’ont pas grand-chose en commun avec l’agriculture bio. Sur ce point, je renvoie à l’encyclopédie libre Wikipédia, qui apporte des informations utiles : http://fr.wikipedia.org/wiki/Biocarburant. J’ai trouvé aussi sur Internet une présentation intéressante, qui date de décembre 2004, sur le site de Jean-Marc Jancovici « Que pouvons-nous espérer des biocarburants ? » http://www.manicore.com/documentation/carb_agri.html . Le quotidien Ouest-France, dans son numéro daté du 27-28 janvier 2007, se faisait l’écho de critiques liées aux effets des biocarburants sur les prix des produits agricoles (« le biocarburant ne fait pas que des heureux »). Au Mexique, la production d’éthanol à partir de maïs a fait monter les prix de la tortilla (galette à base de maïs) de 50% ! Quand on sait que ces galettes apportent aux plus pauvres la moitié de leur consommation quotidienne de calories… Voici ce qu’écrivait Michel Urvoy sous le titre « Les carburants verts renchérissent les produits agricoles » : « Il faut distinguer deux phénomènes, celui du prix et celui des quantités que l’agriculture peut produire. Quand le prix du pétrole monte, ceux des autres produits énergétiques suivent. Ainsi, le sucre, qui sert à produire de l’éthanol, a atteint des niveaux record il y a quelques mois lorsque le baril d’or noir était à 70 dollars. Même chose pour le maïs américain – 40% de la production et 70% des exportations mondiales – qui a bondi de 53% en 2006 ». La Coordination rurale 53, l’un des syndicats agricoles minoritaires, est fort réservé vis-à-vis des biocarburants, contrairement au syndicat majoritaire, la FNSEA. Dans le Courrier de la Mayenne daté du 5 octobre 2006, le président Yves Gigon prenait position par rapport au projet gouvernemental de développement des filières de biocarburants. « Il est illusoire de penser que les usines d’éthanol régleront les problèmes de l’agriculture française. Il est regrettable que l’on n’ait pas évalué le réel intérêt des biocarburants, tant pour les agriculteurs que pour l’économie et l’environnement, avant d’engager notre pays dans des investissements coûteux et de rentabilité douteuse. Les prix de vente des matières premières (blé, maïs, colza, betteraves…) nécessaires à la fabrication des biocarburants ne permettront pas aux agriculteurs de tirer un revenu décent de cette activité. La concurrence de l’éthanol brésilien condamne les raffineries vertes européennes à tirer les prix des matières premières vers le bas. Pour être rentables, les usines de biocarburants sont totalement dépendantes de la défiscalisation. Si celle-ci est remise en cause, ces usines ne seront plus viables (…). Les rendements énergétiques des «biocarburants industriels sont faibles, en particulier pour le bioéthanol de blé qui consomme le plus de carburant fossile pour sa fabrication, pour une production nette d’énergie proche de zéro. Enfin, la production des biocarburants sera toujours limitée car l’Europe ne possède pas une surface de terres agricoles suffisante pour répondre à la fois aux besoins alimentaires prioritaires et aux besoins énergétiques ». Enfin, plus récemment, dans L’Avenir agricole, semaine du 20 au 26 juillet 2007, le directeur scientifique de l’INRA, chef du département des Sciences sociales, Hervé Guyomard, reconnaît que les biocarburants sont l’un des facteurs de hausse des cours de produits agricoles (parmi d’autres). L’hebdomadaire relate, par ailleurs, ce qui est ressorti de la présentation des travaux du département des sciences sociales de l’INRA de Rennes le 14 juin dernier à Paris, sous le titre « L’INRA émet des doutes sur la première génération de carburants ». Et, en sous-titre : « Les résultats énergétiques, socio-économiques et écologiques des biocarburants de première génération ne sont pas assez décisifs pour représenter une véritable alternative au pétrole ». Il faut donc rechercher de meilleures valorisations des plantes. Florence Jacquet (département Sciences sociales, agriculture et alimentation, environnement et espace) argumente : Actuellement, l’UE dépend à 80% des importations pour le pétrole, et ce taux de dépendance devrait passer à 93% en 2030. L’utilisation de la biomasse dans les transports est encouragée parce qu’elle est l’un des rares substituts au pétrole. Mais l’INRA pose des questions à propos des biocarburants. Sachant qu’il faut 13 millions d’hectares (près de 20% de la surface de cultures arables) pour en incorporer 5,75% (objectif UE pour 2010), quel sera l’impact réel sur les prix agricoles dans l’UE ? Il est déjà significatif avec des niveaux d’incorporation beaucoup plus bas. Et l’objectif français d’incorporation dans le carburant est 7% ! Sachant les dégâts environnementaux (pratiques agricoles excessivement consommatrices d’eau et d’engrais) que peuvent causer les biocarburants, Florence Jacquet se demande si le soutien public aux biocarburants de première génération est justifié. Elle fonde des espoirs dans la seconde génération (transformation de la biomasse d’origine agricole ou forestière). Alors qu’un hectare de colza permet de produire environ 1,2 tep (tonne équivalent pétrole), un hectare de miscanthus* (ou herbe à éléphant) produirait jusqu’à 7 tep ! (*http://www.campagnesetenvironnement.fr/un-nouvel-elu-8201-miscanthus-8201-746.html). Non seulement leur productivité est supérieure, mais leur efficacité en terme de réduction des émissions de gaz à effet de serre est nettement meilleure et leur besoin en eau bien moindre. Sur ce blog (voir catégorie Agriculture et PAC), voici ce que j’ai écrit à propos des biocarburants dans mon bulletin électoral spécial agriculture (La politique agricole concerne tous les citoyens, 2 juin 2007). Production de carburants issus de la biomasse "L’agriculture doit prendre sa part des mesures à prendre pour relever le défi énergétique, en rapport avec la question du réchauffement climatique. La première mesure concerne les économies d’énergie indispensables (choix de systèmes de production moins gourmands en énergie et de circuits économiques courts, par exemple). La seconde passe par des diminutions de consommation d’énergie d’origine fossile dégageant dans l’atmosphère des gaz à effet de serre. L’utilisation d’huiles végétales par les tracteurs semble possible. Que faut-il penser des biocarburants se substituant à l’essence ou au gazole dans les voitures ? Tout dépend de la matière première. Avec la canne à sucre, au Brésil, le rendement énergétique est bon. Il n’en est pas de même en Europe avec le sucre de betterave et les céréales (bioéthanol, se substituant à l’essence) et les matières grasses végétales (diester se substituant au gazole). Le bilan énergétique du bioéthanol est franchement mauvais, celui du diester pas très bon. Il en de même sur le plan économique (140 dollars le baril pour équilibrer sans aides publiques dans le cas du bioéthanol, 85 dollars dans le cas du diester). D’autre part, la multiplication des surfaces cultivées en colza nécessiterait l’utilisation de produits antiparasitaires polluants et ces surfaces entreraient en concurrence avec celles utilisées pour répondre à la demande alimentaire, d’autant plus que les surfaces agricoles se réduisent vite, par ailleurs, sous l’effet de l’avancée urbaine. En fait, si les biocarburants actuels ne semblent pas ouvrir de grandes perspectives, la recherche concernant la transformation industrielle de la biomasse (déchets du bois, pailles…) en carburant pourrait déboucher sur des résultats plus positifs".