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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Crises financières : actes du colloque de la Fondation Res Publica, 17 octobre 2007


La régulation du capitalisme passe par les banques

 

Comprendre le capitalisme, son évolution, ses crises, est primordial. Dans un article intitulé « Quelques définitions qui gagnent à être connues », paru sur ce blog le 26 juillet 2006 (catégorie MRC 53 – 2005), j’avais emprunté à Michel Beaud (Histoire du capitalisme de 1500 à 2000, Le Seuil) la définition suivante.

« Le capitalisme domine plus que jamais le monde et nos sociétés. Après le capitalisme marchand (14ème et 15ème siècles), le capitalisme manufacturier (17 et 18èmes), le capitalisme industriel (19 et 20èmes), le 21ème siècle s’annonce comme celui du capitalisme  techno-scientique, élément décisif du basculement du monde en cours, dont on est loin d’avoir pris toute la mesure.

Il est devenu la principale force transformatrice des sociétés et du monde. C’est une réalité évolutive. La logique capitaliste engendre une totalité productive, marchande et monétaire, à la fois territorialisée et mondiale, en incessante mutation, de plus en plus autonome par rapport aux sociétés.

C’est pourquoi le capitalisme ne peut être réduit, ni à un mode de production, ni à un système économique ». C’est un système qui conforte les pouvoirs d’un petit nombre (oligarchie) et « comporte des dynamiques, à la fois créatrices et destructives, qui doivent être bridées non seulement au niveau des nations mais aussi aux niveaux des continents et du monde.

Sinon, la destruction massive des ressources et des équilibres terrestres, le totalitarisme d’un marché dominé par quelques grandes firmes mondiales, l’instauration progressive à l’échelle planétaire d’un « apartheid » par l’argent, risquent de provoquer durablement un basculement de plus en plus difficile à contenir ».

Le 17 octobre dernier, la Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement, a organisé un colloque sur le thème des crises financières à répétition. Les actes de ce colloque ont été publiés. On peut les consulter sur le site www.fondation-res-publica.org.

J‘ai repris, ci-après, quelques extraits des interventions de Jean-Pierre Chevènement et de Henri Guaino. Celui-ci s’exprimait à titre personnel, mais chacun sait qu’il est le conseiller spécial du président de la République.

Chevènement : il faut un immense volontarisme politique pour forcer les résistances

 

(…) « L'économie mondiale marche sur la tête. La croissance mondiale dépend de la croissance américaine qui ne s'entretient plus qu'à force de dopages qui paraîtraient incongrus s'ils n'étaient pas d'abord dangereux pour la santé de ceux auxquels on les administre : les consommateurs américains qui, déjà frappés d'obésité, si je puis dire, puisque surendettés à hauteur de 120% de leurs revenus, c'est-à-dire l'équivalent du PIB américain, sont sommés d'ingurgiter toujours plus pour soutenir le rythme de la croissance mondiale, incités qu'ils sont depuis 2002 à s'endetter toujours plus par Monsieur Greenspan. Nous récoltons maintenant la crise de l'immobilier (…) ». 

 

« Donc, en l'absence d'une correction profonde des déséquilibres américains, la hausse des taux d'intérêt réels et la baisse incontrôlée du dollar ne manqueront pas d'avoir des conséquences dramatiques pour le monde entier et d'abord pour la zone euro que l'impotence de ses institutions économiques et monétaires expose en première ligne.

Un ajustement réussi voudrait au contraire que la baisse du dollar soit compensée par des politiques expansives dans la zone euro et au Japon et par un recentrage de la croissance des pays émergents, comme la Chine, sur leurs besoins internes (c'est d'ailleurs le propos officiel du Président Hu Jintao au 17e congrès du parti communiste chinois) (…) ».

 

« Un immense volontarisme politique serait nécessaire pour sortir notre pays de la nasse dans laquelle il s'est laissé enfermer depuis au moins une quinzaine d'années. Il serait inconcevable que le rôle de l'Eurogroupe dans la politique monétaire, englobant la politique du crédit et la politique du change, soit seulement de discuter des responsabilités évanescentes que lui confie le traité de Maastricht en matière de monnaie unique, confirmé par le traité de Lisbonne.

La France pourrait trouver des alliés d'autant plus que l'appréciation de l'euro et l'aggravation de la crise suscitent désormais des inquiétudes chez la plupart de nos voisins.

Il y a bien sûr de fortes résistances à l'horizon mais le moment n'est-il pas venu de les nommer et d'appeler un chat un chat : il y a la résistance technocratique, celle de la BCE et celle de la Commission européenne qui s'appuie sur le conformisme des élites mais surtout sur la résistance politique des milieux financiers, attachés à la seule valorisation des actifs financiers, vision soutenue par le capitalisme financier anglo-saxon qui a trouvé le moyen dans le système actuel de faire, selon le mot de Michel Aglietta, du capital avec de la dette ainsi que par une vision traditionnelle mais de plus en plus à courte vue de la Bundesbank.

Mais peut-être Monsieur Guaino va-t-il nous rassurer sur la perspective...».

 

Guaino : piloter le secteur bancaire pour que les banquiers fassent réellement leur métier

 

(…) « A partir du moment où on ne veut pas sortir du capitalisme, il faut s'interroger sur la nature de ce régime économique. Imaginer la possibilité d'un capitalisme sans crises et sans déséquilibres est une très grande illusion. Je sais bien que c'est ce à quoi nous aspirons depuis que le capitalisme existe mais c'est une vue de l'esprit, totalement inaccessible. Il faut accepter que, dans le monde tel qu'il est, tout ne soit pas parfait, qu'il y ait des déséquilibres, des ajustements, des crises, voire des crises à répétition (…) ».


 « Le problème qui nous est posé est très simple : Quand les crises financières sont des crises strictement boursières, elles peuvent avoir des conséquences mais celles-ci sont assez vite absorbées par le système. Mais quand les crises financières débouchent sur des crises bancaires, elles deviennent graves, voire très graves. Si la crise des années trente a commencé par une crise boursière, c'était d'abord une crise bancaire imputable à une erreur de politique monétaire de la Banque fédérale de réserve américaine qui n'a pas refinancé les banques alors qu'elles en avaient besoin pour faire face aux demandes de retraits. C'est alors que la crise bancaire s'est enclenchée et c'est devenu une catastrophe mondiale (…) ».

« Si la crise des subprimes suscite un peu plus d'inquiétude que les précédentes, c'est parce que, avant d'être une crise boursière, c'est une crise bancaire dont les conséquences pourraient être, outre des faillites bancaires, le resserrement du crédit par les banques, c'est-à-dire, d'une certaine manière, l'assèchement du financement du système productif et des difficultés pour ceux qui ont beaucoup emprunté et comptent sur le renouvellement de leurs emprunts pour vivre.

Donc je crois que le rôle des banques reste central et quand on s'intéresse à la régulation du système, on doit d'abord s'intéresser à la régulation du système bancaire avant même de s'intéresser, même si ça n'est pas négligeable, à la question du fonctionnement des marchés financiers eux-mêmes. D'une certaine manière, c'est beaucoup plus facile (…) ».


« 
Je n'apporterai pas de réponse ce soir sur « l'atterrissage en douceur » de l'économie américaine. Ce genre de déséquilibres a toujours posé question. Je ne sais pas si l'atterrissage se fera en douceur ou s'il sera brutal mais il se fera un jour. Je ne crois pas que ce soit la question la plus importante. Je préfèrerais qu'on regarde comment on partage les rentes, comment on modifie petit à petit le fonctionnement des marchés financiers et surtout comment on contrôle, on pilote le système bancaire pour que les banquiers fassent réellement leur métier qui est de prêter de l'argent et de faire de l'analyse de crédit. On voit bien qu'aujourd'hui ils ne font pas leur métier ».

Voir sur le blog de Jean-Pierre Chevènement www.chevenement.fr les titres des interventions  qui renvoient au site de la Fondation Res Publica et aux actes du colloque.

Voir aussi la video de l’émission du 6 janvier de LCI, dans laquelle Jean-Pierre Chevènement répond aux attaques sur ses logements à Belfort et à Paris.

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