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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Cérémonie d'hommages posthumes à Louis Malassis à l'Agrocampus de Rennes - 15 02 08


Malassis : « Je suis un paysan, je le resterai toujours »

 

 

Le président d’Agrocampus, Jean-Michel Lemétayer, n’étant pas disponible, c’est le vice-président, Jean Kérouédan, qui ouvrait cette cérémonie amicale, le 15 février 2008, en l’honneur de Louis Malassis, ancien élève et ancien professeur de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes, décédé à Montpellier le 10 décembre 2007 et inhumé dans l’intimité familiale.

 

Grégoire THOMAS

 

Grégoire Thomas, directeur Agrocampus, commence son intervention par une citation du paysan visionnaire humaniste, l’un des plus illustres professeurs de l’Agro de Rennes : « Je suis un paysan, je le resterai toujours ». Son parcours scolaire et universitaire est éblouissant. Le « solide apprenant » de St-Hilaire-des-Landes, en Ille-et-Vilaine, près de Fougères, ne peut en rester là. Il part à l’Ecole régionale d’agriculture des Trois Croix à Rennes.

 

Après la guerre, pendant laquelle il a été fait prisonnier, il devient un brillant élève au cours de formations de perfectionnement, au point d’être admis, à 28 ans, sans le baccalauréat, à l’ENSA de Rennes. Le jeune paysan devient ingénieur, enseignant, passe avec succès le doctorat en soutenant une thèse dans l’université prestigieuse de La Sorbonne, obtient la chaire d’économie de l’ENSA de Rennes.

Ce fut un précurseur de l’ouverture sociale des écoles.

Agrocampus, qui réunit l’ENSA et l’INRA, lui a rendu hommage en donnant son nom au pavillon de l’économie rurale.

 

L’association « Les amis de Louis Malassis » a organisé un colloque le 27 novembre 2007, qui a rassemblé 300 participants, sur le thème « Les défis de l’agriculture au 21ème siècle », en l’absence du principal intéressé, malade. Il est décédé peu de temps après, le 10 décembre.

Nous saluons la simplicité de l’homme, son parcours professionnel, son énergie, son intelligence visionnaire, celui qui a su mettre les paysans au cœur de nos sociétés.

 

Guy DURAND

 

Guy Durand, responsable de la Chaire d’économie rurale Agrocampus, rapporte les conditions dans lesquelles un "Centre de Recherche d'Economie et de Sociologie Rurale de l'Ouest" a été créé sans autorisation (« un tampon suffit ») par Louis Malassis. Il était constitué par les enseignants de la Chaire qui ont ainsi fait connaître leurs travaux et reconnaître l'équipe de Rennes. Finalement, l'INRA a fini par l’agréer et c’est ainsi qu’a été mis en place le premier Laboratoire INRA d'économie en 1955.

 

Louis Malassis a travaillé avec le CELIB au développement de l’économie bretonne et apporté sa contribution aux réflexions de la commission agricole du Plan et à la mise en place des lycées agricoles dans le cadre des lois de modernisation 1960-62 de l’agriculture.

Il a créé l’Ecole Nationale Supérieure Féminine d’Agronomie (ENSFA), avant que celle-ci ne cède la place à l’Institut National Supérieur de Formation Agro-alimentaire (INSFA) au sein de Agrocampus.

Par ailleurs, il a été chargé de diverses missions par l’OCDE, la FAO, l’UNESCO, de nombreuses organisations internationales, dont l’Ecole Supérieure d’Agriculture de Cordoue.

 

Jean KEROUEDAN

 

Jean Kérouédan, au nom des anciens Agros de Rennes, fait part de son témoignage en tant qu’élève du professeur d’économie Louis Malassis, dont les cours étaient très écoutés. Il a marqué plus particulièrement les étudiants de 3ème année, spécialisés en économie, auxquels il accordait plus de temps, qui se souviennent des émissions de télé-promotion rurale (TPR), novatrices par l’utilisation de la télévision dans la formation.

 

Les témoignages d’anciens élèves montrent qu’il reste le souvenir d’un homme réservé, discret, passionné, n’aimant pas ceux qui n’ont pas d’opinion. Ses messages passaient bien, les projets mis sur les rails se succédaient à grande vitesse.

C’était un professeur ouvert sur le monde, qui avait un vrai rayonnement intellectuel et tendait à l’excellence.

 

Jean MAHE

 

Jean Mahé témoigne des deux idées force qu’il a reçues de Louis Malassis à travers TPR (télé-promotion rurale), l’INPAR (l’Institut de Promotion Agricole de Rennes), le CEDAG (Centre de développement de l’agriculture de groupe)...

 

- la primauté de la culture générale, de la société globale. La formation économique doit être aussi sociologique et inclure le développement personnel. Il faut cultiver son esprit, ses connaissances (les différentes interprétations du monde). Cela se rapproche de l’esprit du siècle des Lumières.

Un exemple : de retour d’un voyage en Israël, il retient l’idée de la culture (écouter les 4 saisons de Vivaldi au retour des champs) et de la notion de participation, combinant le savoir et l’expérience, ce qui débouchera sur la mise en place de TPR.

 

- les actions au service d’un projet collectif de développement, la promotion du milieu agricole et rural, la promotion collective, le rôle des structures professionnelles, notamment les organisations coopératives et mutualistes.

La dynamique d’un projet s’obtient par des synergies, le fait que des hommes et femmes engagés dans différentes organisations se mettent en mouvement et investissent dans des politiques d’entreprises (lesquelles, par la suite, ont mis en avant la concurrence, plutôt que la solidarité), les structures collectives étant pensées et gérées par les agriculteurs.

Ce fut le début du développement des industries agroalimentaires, à partir de la création d’une société coopérative agroalimentaire. Mais les divergences entre coopératives étaient trop grandes (c’était en 1966).

Malassis était un intellectuel hors pair, dont la maxime était « Rien ne pousse qui n’ait été semé ».

Il laisse le souvenir d’un homme fidèle à son crédo : la formation des militants pour changer le monde. Un mot-clé : la participation, ce qui inclut la contestation, la formation professionnelle, l’action de groupe.

La télévision était utilisée comme un instrument de communication des expériences. L’action de groupe avait pour effet de transformer l’agriculture familiale et la télévision donnait une plus grande ampleur à l’action de promotion.

 

Edmond HERVE

 

Edmond Hervé, maire de Rennes, rappelle que Louis Malassis a toujours été fidèle à sa communauté d’origine, le monde agricole. Il est né paysan, est resté attaché à ce milieu ; il a toujours défendu l’agriculture et lutté contre les obscurantismes qui prêchaient la résignation. Son idée est qu’il faut se libérer pour changer la vie.

 

Il est originaire de St-Hilaire-des-Landes, dans un milieu dont les valeurs sont la rigueur, l’honneur et le travail, mais aussi le dévouement et l’ouverture d’esprit.

Dans ce milieu, on est humaniste, on croit au partage du savoir, qui libère. Mais les études longues n’existent pas, en dehors du Séminaire et de l’Ecole Normale. On veut la paix ; la guerre est une insulte aux hommes.

La terre assure la fonction nourricière. On produit des aliments à la sueur de son front. Cela renvoie à l’ouvrage d’Edgard Pisani « Un vieil homme et la terre » et la fonction nourricière de l’agriculture. Les paysans sont la moitié de la population du monde et la moitié des paysans ont faim et vivent dans la misère.

 

Louis Malassis était un humaniste, un historien, un sociologue, un écrivain (pas assez connu), un professeur, un chercheur, un homme du monde.

Concernant l’Afrique, il avait raison de dire qu’elle se sauvera par les femmes. Il disait aussi que l’action, l’expérience, l’immersion sociale, sont la source de connaissances, et ce sont les militants qui changent le monde, C’est tout à fait vrai.

 

Pierre MEHAIGNERIE

 

Pierre Méhaignerie, ancien élève de l’Agro de Rennes, est le ministre de l’Agriculture qui, le 30 janvier 1977, a nommé Louis Malassis à la direction générale de l’Enseignement et de la Recherche.

 

A l’Ecole, il se souvient qu’il était un professeur apprécié pour sa liberté de ton et qu’il faisait participer les étudiants pendant les cours.

 

Ce n’était pas seulement un brillant universitaire ; il était fidèle à ses racines rurales. Il a participé à « la révolution silencieuse » des trente glorieuses de l’agriculture.

Il avait un sourire moqueur et un regard pétillant. Il faisait un tandem avec Jacques Poly, directeur général de la Recherche Agronomique (auteur de la formule « agriculture productrice, autonome et économe de facteurs de production »).

 

La troisième partie de sa carrière, à Montpellier, pour une ouverture sur l’agriculture tropicale et méditerranéenne, fut une épopée. Il a créé le musée de l’alimentation. On y trouve le Festin du monde (toutes les nationalités). Un miracle s’est produit à l’occasion de la création de ce musée : Le maire de Montpellier, Georges Frèche, et le président du Conseil régional, Jacques Blanc, ont tous les deux contribué au financement sans en revendiquer la paternité…

 

Dans sa maison, à Montpellier, donnant sur la garrigue méditerranéenne, Louis Malassis accueillait nombre de philosophes et d’économistes. Ses principales références historiques étaient Tocqueville, Schumpeter, Mounier, Aron… Le livre de Mendras « La fin des paysans » est cité dans son DVD. Il évoque la fin des paysans, aux niveaux quantitatif et qualitatif. Il parle des nouveaux paysans, mieux formés, qui respectent l’équation du développement, productivité et durabilité, disposant de revenus qui leur permettent de moderniser leur exploitation.

 

Henry-Hervé BICHAT

 

Henry-Hervé Bichat, ingénieur GREF retraité, ancien directeur de l’enseignement et de la recherche, successeur de Louis Malassis dans cette fonction, conclut cette cérémonie. Il s’exprime au nom du ministère de l’agriculture.

 

Il évoque un maître de vie et rapporte des anecdotes et des moments significatifs, par exemple, en 1990, quand, avec Michel Petit, il apportait son approche rigoureuse à la préparation d’une directive concernant l’agriculture tropicale, ou quand, à Grignon, en pleine réflexion avec Jacques Poly et Jacques Delage, évoquant ce qui se passait aux USA, l’idée leur était venue de proposer la suppression de l’INRA…

 

Louis Malassis avait l’habitude de manger un sandwich le midi dans son bureau mais, sur ce plan, il n’avait pas beaucoup d’imitateurs.

Sa famille comptait beaucoup. Son épouse est décédée un an avant lui.

 

Agropolis et le Cirad, à Montpellier, sont des réalisations à mettre à son actif. Il était une référence en économie agricole, rurale et alimentaire. Un ouvrage sur lui est à faire.

 

Il avait un grand intérêt pour les temps nouveaux, l’analyse de la crise économique globale et de la mondialisation, les conséquences pour l’enseignement supérieur et la recherche dans le monde.

Il avait vécu la révolution agricole des années 1930-1950 et cherchait à définir la nouvelle révolution agronomique en cours.

 

Louis Malassis était un homme au service de la science, de la planète et des paysans.

Il a introduit le calcul économique, la sociologie rurale, puisant dans les exploitations familiales de l’ouest des règles pour l’action.

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