Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Le mutualisme dévoyé dans la finance globalisée
Les banques mutualistes ne voulaient pas rester à l’écart des marchés financiers. Elles y sont allées sans complexes et sans précautions.
Voici des extraits de l’article paru le 3 août 2008 sur ce blog sous le titre Les dirigeants du Crédit agricole n'avaient plus les pieds sur terre
Ecoutons l’économiste Bernard Maris, chroniqueur sur France Inter (propos rapportés sur le site de Marianne, 20 octobre) :
L'écureuil qui voulait se faire aussi gros que le boeuf
Quoi de plus sûr qu'un placement à la Caisse d'Epargne ? Lorsque vous déposez votre petite épargne à la Caisse d'Epargne c'est que vous disposez d'un revenu modeste et que vous espérez que votre petit patrimoine sera convenablement rémunéré, c'est-à-dire ne subira pas trop les effets de l'inflation. Traditionnellement l'argent des Caisses d'Epargne, des sommes considérables, étaient gérées par la Caisse des dépôts et consignations et servait à financer le logement social et les prêts aux collectivités, pour les piscines, les gymnases etc. Et puis, les Caisses d'épargne c'est la moitié des livrets A possédé par les Français.
Les Caisses d'Epargne ont voulu faire comme les autres
Et voilà que les Caisses ont voulu devenir des banques comme les autres. Elles ont voulu créer une structure de banque d'investissement, une banque intervenant sur les marchés financiers, au lieu de se contenter de leurs activités paisibles de prêts aux particuliers ; elles ont créé Natixis avec les Banques Populaires, qui sont au départ des banques coopératives, c'est-à-dire destinées à ne pas faire de profits, ou du moins à redistribuer les profits aux clients coopérateurs. Et Natixis est allé sur le marché immobilier, en particulier le marché des subprimes, avec le succès que l'on sait. Ayant vu leur filiale perdre des milliards d'euros, les Banques Populaires et les Caisses d'Epargne ont dû fusionner, pour garantir, en cas de besoin, Natixis.
N'est pas Warren Buffet qui veut
Mais les Caisses spéculaient aussi sur les marchés de couverture, autrement dit sur les marchés dérivés. On peut se couvrir sur les variations du dollar, c'est même pratiquement obligatoire pour un exportateur. Mais là, les Caisses spéculaient sur les variations des cours de la Bourse ! Quel intérêt de spéculer sur les cours de la Bourse sinon travailler au profit de spéculateurs... De cette manière, en spéculant à la hausse alors que la Bourse baissait, les incapables de la Caisse d'épargne ont perdu 600 millions. N'est pas Warren Buffet qui veut.
Quant aux dirigeants, soit ils sautent, Charles Milhaud en tête, soit c'est à désespérer de la crise actuelle. Mais sans doute faudra-t-il repenser la séparation entre activités spéculatives et traditionnelles des banques.
Ce matin, Ouest-France remettait le couvert (Paul Burel).
Daniel Bouton toujours à un poste important à la Société générale, malgré une frasque à 5 milliards d'euros de son trader bigouden Jérôme Kerviel. Charles Milhaud viré de la direction de la Caisse d'Épargne avec deux autres hauts dirigeants (1) pour « seulement » 600 millions de pertes, sous les bravos à peine assourdis des politiques. S'il fallait un nouveau signe que les temps ont bien changé en voilà un. Autres temps, autres rigueurs.
Autre découverte, aussi. Sous ses allures de banque pépère et rassurante, le groupe Caisse d'épargne cachait aussi à l'occasion un écureuil agité par la spéculation. Agité tout court, pourrait-on dire. Et c'est bien cela qui l'a poussée sans précaution sur des terres inhospitalières où il n'aurait sans doute jamais dû s'aventurer. Dans l'immobilier, il rachète Nexity au sommet de la bulle immobilière, belle leçon de stratégie ! Dans la banque d'investissement, il crée Natixis avec les Banques Populaires, en ayant les yeux plus gros que le ventre.
Les patrons régionaux reprennent les commandes
Le problème c'est que l'Écureuil n'est pas un cas d'espèce, loin s'en faut. En fait, une grande partie de la famille du mutualisme bancaire s'est plantée en quittant imprudemment son activité de banque traditionnelle. L'herbe est plus verte chez le voisin, ont pensé beaucoup d'établissements depuis deux ou trois ans.
Le Crédit Agricole, par exemple. Patatras ! Sa banque d'affaires Calyon a fait un trou de 250 millions en 2007. La Matmut également. Les déboires de sa filiale de gestion ADI, atteinte par la faillite de Lehman Brothers, lui coûteront au moins 20 millions. Seul le Crédit mutuel proprement dit semble échapper aux effets boomerang d'une politique de risques mal maîtrisée. En somme, la fiction d'un mutualisme différent ¯ adossé à des valeurs qui ne soient pas seulement pécuniaires ¯ est en train de voler en éclats.
Il faut s'y résoudre : le mutualisme est, lui aussi, soluble dans le capitalisme financier le plus critiquable, sinon condamnable. Ses déboires pourraient d'ailleurs relancer en interne, dans chaque groupe, un recentrage stratégique et attiser les querelles de pouvoir associées. Au groupe Caisse d'Épargne, les patrons régionaux reprennent les commandes. Au Crédit Agricole, qui a déjà annoncé des cessions d'actifs, les caisses régionales ont la même ambition.
Les avatars des banques mutualistes et coopératives participent aussi de la recomposition du paysage bancaire français. Avec le mariage de raison Banques populaires - Caisse d'Épargne et l'union forcée BNP - Fortis, on n'en est sans doute qu'aux prémices d'un grand chambardement à l'échelle européenne.
(1) Outre son président, Charles Milhaud, la Caisse nationale de Caisse d'épagne s'est séparée de son directeur général, Nicolas Mérindol, aussitôt recasé à la tête du Crédit foncier, et de Julien Carmona, membre du directoire, chargé des finances et des risques.
Voir, en outre : La direction des Caisses d'épargne démissionnée (Le Figaro, 20 octobre),
... et les 55 articles parus sur ce blog concernant le Capitalisme.