Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Au lieu de penser le commerce, penser le monde
Dans le cadre de la préparation de l’exposé qui m’a été demandé par Jean-Yves Autexier pour la Fondation Res Publica, j’ai consulté la presse de ces derniers mois sur la question de la politique agricole à réorienter, compte tenu de la crise alimentaire.
Voici quelques éléments extraits de cette revue de presse. Ils proviennent de personnalités connues pour la qualité de leurs observations : Marcel Mazoyer, Laurence Roudart, Bruno Parmentier, Edgard Pisani. J’y ai ajouté Jean Matouk, qui a ouvert des pistes originales.
Marcel Mazoyer* (AgroParistech, 4 01 08, Avenir agricole)
- 43% de la population active mondiale dans l’agriculture.
- 3 paysans sur 4 ont des outils manuels, leur productivité est très faible (1 ha par travailleur, moins de 1t/ha de rendement).
- C’est au Canada que la productivité est la plus élevée (2000 ha/travailleur, selon le modèle USA).
- Les USA et l’UE ne peuvent être compétitifs par rapport aux pays à faible coût de main d’oeuvre.
- Le problème de la faim est lié au manque de moyens de production pour atteindre l’autosuffisance alimentaire dans les pays pauvres.
- L’actuelle envolée des cours mondiaux ne devrait pas durer, compte tenu de la capacité des pays en développement d’augmenter la production.
* Marcel Mazoyer et Laurence Roudart : La fracture agricole et alimentaire mondiale 12 11 06
Laurence Roudart* (AgroParistech, 25 04 08, Avenir
L’agriculture est un secteur stratégique. La hausse des prix des matières premières agricoles a été trop brusque. La sous-alimentation est principalement rurale.
Proposition : développer les agricultures locales.
- L’Etat doit définir quel % d’agriculteurs maintenir en activité.
- Il doit fixer les prix en fonction des moins productifs afin d’assurer des revenus et investir.
- Des taxes à l’importation sont nécessaires.
- Il faut des impôts progressifs selon les volumes de production.
- Faciliter les accès à la terre et à l’eau.
- Favoriser les exploitations paysannes, créatrices d’emplois dans les campagnes.
- Réorienter la recherche (liée au territoire) et le développement agricole (petites exploitations).
- Dans le cadre d’alliances régionales entre pays homogènes, protéger les frontières et promouvoir une recherche efficiente.
Dans les pays occidentaux, l’aide au développement doit être réorientée vers l’agriculture et la sécurité alimentaire. Il faut arrêter de vouloir libéraliser le commerce mondial, ce qui est la politique de la Banque mondiale, du FMI et de l’OMC.
* Laurence Roudart fait l'historique des négociations internationales concernant l'agriculture - 13 11 06
Bruno Parmentier* (ESA Angers, 18 05 08, Ouest-France)
Constat
- Marché des céréales perturbé depuis 2007 (sécheresses répétées en Australie, développement des biocarburants, spéculation financière).
- Augmentation rapide de la population mondiale.
- Fin de l’eau douce pure, abondante et pas chère.
- Manque de terres agricoles (urbanisation, érosion des sols…).
- Perturbations climatiques liées au réchauffement de la planète (sécheresses, pluies diluviennes).
- Habitudes alimentaires (consommation de viandes) dans les pays développés qu’il faudrait faire évoluer car elles ne sont pas économes en surfaces agricoles.
- Echec total des politiques du FMI et de la Banque mondiale en faveur des cultures d’exportation.
Propositions
- Un « plan Marshall » à appliquer aux agricultures vivrières (en Afrique, notamment) : microcrédit, techniciens agricoles sur fonds publics, petits projets d’irrigation, semences à bas prix, routes…
- La première révolution verte a été faite avec une énergie bon marché et les engrais chimiques. Maintenant, il faut produire plus et mieux, avec moins d’eau, d’énergie, de sol et de chimie.
- Développer la recherche OGM pour des plantes résistantes à la sécheresse et au gel, ou capables de se développer dans l’eau.
* Le colloque des Amis de Louis Malassis s'est ouvert sur l'exposé de Bruno Parmentier - 17 12 07
Edgard Pisani* (ancien ministre de l’agriculture, Ouest-France, 27 04 08 et 6 06 08)
Pistes de solutions
- Changer le regard sur l’agriculture, la considérer comme une activité essentielle qu’il faut développer pour que les ruraux trouvent des emplois sur place et puissent rester chez eux. De nombreux hectares sont non ou mal exploités dans le monde. Produire le meilleur de chacun. L’agriculture familiale, c’est 800 millions de ruraux en Chine, 400 millions en Afrique.
- Le problème des OGM, c’est leur capacité de nuisance pour l’environnement par contamination. Aller vers leur interdiction en passant par des moratoires.
- Réglementer les agrocarburants, l’alimentation et la vie humaine étant la première finalité des politiques, donc prioritaire sur le réservoir des voitures.
- La FAO n’a pas d’outil politique (le sommet de Rome ne sert à rien), elle n’a aucun pouvoir pour réglementer le marché. C’est l’Organisation Mondiale du Commerce qui le régente mais elle ne connaît rien à l’agriculture. C’est absurde d’imposer à l’Afrique et à l’Union européenne les mêmes règles à l’importation et à l’exportation.
- Des idées pour innover
Il faut inventer un lieu de réflexion et de régulation du commerce qui raisonne en grandes zones homogènes. Il faudrait réunir des scientifiques de toutes disciplines pour établir région par région, produit par produit, des prévisions et une règle générale de gouvernance, à adapter aux réalités locales.
Toutes les variables sont à analyser en même temps - production, commerce, consommation, changement des habitudes alimentaires, réchauffement climatique, ressources naturelles disponibles (eau, terre, énergie…) - pour déboucher sur des mesures courageuses. Par exemple, une entraide avec l’Afrique. Ce continent a des réserves importantes de terre et d’eau, mais n’a pas l’argent pour les mettre en valeur. C’est un travail gigantesque. Il y a urgence.
Mettre l’agriculture la plus fragile à l’abri de la concurrence internationale (lois de subsistance et de protection, règles adaptées à chaque pays, contrôlées internationalement, afin d’atteindre la suffisance alimentaire).
Au lieu de penser le commerce, il faut penser le monde, dans ses contradictions, sinon on va à la catastrophe.
* Les idées d'Edgard Pisani sont reprises sur http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=79
Jean Matouk (économiste, 20 05 08, Le Monde)
La colonisation est à l’origine de l’extraversion économique. La Banque mondiale, durant des décennies a délaissé l’agriculture au profit de l’industrie ou du commerce d’exportation.
Les demandes en provenance d’Inde et de Chine, amplifiées par la spéculation et l’absurde développement des biocarburants, ont aggravé la crise.
La poursuite du cycle de Doha n’a aucun sens, le libre-échange n’étant pas la solution.
Solution temporaire : mieux doter le Programme alimentaire mondial (PAM).
Propositions à approfondir :
- demander à des fonds souverains d’investir en agriculture dans des grands investissements d’amendement des sols et d’irrigation, dans le cadre d’un autre système agricole, avec participation financière des organismes internationaux,
- multiplier les opérations de microcrédit par les coopératives et techniciens coordonnés par la FAO.