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Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.

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Michel Sorin (MRC) : la PAC et les raisons de la crise alimentaire


La baisse des stocks et l’éthanol américain

 

Depuis la table ronde organisée par la Fondation Res Publica le 9 juin 2008 sur le thème de la politique agricole, au défi de la crise alimentaire (voir Michel Sorin : la crise alimentaire, levier d'une autre politique - 10 juin 2008), j’ai intégré les réflexions de Lucien Bourgeois et de Jacques Le Cacheux dans ma propre réflexion sur la nécessaire réorientation de la Politique Agricole Commune de l’Union européenne.

 

Voici la première partie du texte que j’ai transmis, hier, à la Fondation Res Publica.

 

Quelques mises au point concernant la PAC

 

La question de la suppression de la PAC ne se pose pas

 

Les Britanniques ont toujours contesté la PAC, en s’en prenant à son coût. En fait, la PAC coûte plutôt moins cher à l’UE (0,4% du PIB européen) que la loi agricole aux USA (0,6% du PIB américain.

A noter que l’UE et les USA sont à égalité (21%) pour leur part dans la richesse mondiale, mais le budget de l’UE (1% du PIB européen) n’a rien à voir avec le budget fédéral (19% du PIB américain).

 

Les marchés agricoles ont besoin de régulation

 

Les outils de régulation des marchés agricoles sont remis en cause systématiquement par les tenants de l’idéologie libérale (Britanniques, Commission européenne, notamment). Et, pourtant, ils ont fait la preuve de leur utilité. Par exemple, les quotas laitiers ont permis la régularité des prix du lait. Plus globalement, la PAC a été bénéfique aux consommateurs européens, en assurant des prix bas et stables des produits alimentaires, ce qui a permis aux agriculteurs d’intégrer le progrès technique et de faire face aux aléas de production. L’industrie agroalimentaire a pu fournir des produits de qualité européenne au prix mondial sur le marché intérieur et exporter avec succès.

 

En matière d’organisation de l’agriculture, la comparaison entre l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique est largement à l’avantage de l’UE (pas d’organisation aux USA).

 

La PAC régulatrice des années 1960 et la PAC libérale des années 1990

 

Quand on évoque la PAC, on pense à celle du début, qui respectait les principes fondateurs (1962) : la libre circulation des produits agricoles au sein de l’espace européen, la protection aux frontières et la solidarité financière.

 

Ces principes sont maintenus dans les traités et dans l’essentiel des mécanismes de fonctionnement, mais leur mise en œuvre a été détournée depuis longtemps par l’intrusion de politiques libérales :

-          intégration de l’agriculture en 1986 dans les négociations commerciales en vue de libéraliser les échanges,

-          réformes de la PAC en 1992, puis en 2003, visant à adapter la PAC à la politique commerciale libérale définie au sein du GATT (puis de l’OMC en 1995), à désengager les Etats et laisser faire les marchés.

 

La PAC a, donc, été amputée de sa volonté régulatrice depuis les années 1990. L’objectif est, désormais d’aligner les prix sur ceux des marchés, de faire baisser la production agricole, de réduire les coûts de soutien budgétaire et de laisser les prix varier en fonction des marchés.

 

En découplant les aides de l’acte de produire, on en fait des aides aux revenus des agriculteurs, sans incidence sur l’orientation de production et sans prise en compte des revenus des bénéficiaires.

 

En forçant un peu le trait, on peut dire que l’agriculture européenne est perçue comme une activité économique résiduelle qu’il faut accompagner pour permettre aux urbains de bénéficier des paysages et de la qualité de vie en milieu rural…

Madame Fischer Boel, commissaire européenne à l’agriculture, en arrive à penser que le Brésil, dont les conditions de production agricole sont très favorables, pourrait bien produire suffisamment pour assurer les besoins de la planète entière.

 

On perçoit le décalage avec les USA, dont la politique agricole n’a été libérale qu’entre 1996 et 1998. Le reste du temps depuis 1933 et F Roosevelt (après la crise de 1929), elle a été interventionniste.

 

Un retournement de tendance en 2006 sur les prix des produits agricoles

 

Depuis 2006, il s’est produit un changement majeur, dont l’importance a dû échapper à la Commission européenne, car elle maintient sa ligne néolibérale sans faiblir.

 

Contrairement à la tendance antérieure, les prix de certaines matières premières agricoles (blé, maïs, riz, principalement) ont fortement augmenté en 2007, provoquant une crise alimentaire mondiale, concernant de nombreux pays pauvres, qui dépendent des importations pour l’alimentation de leurs populations.

 

En France, les revenus des actifs agricoles non salariés avaient baissé de 30% entre 1999 et 2005. Grâce à la revalorisation des cours du blé et du maïs, ainsi que des produits laitiers, ils s’étaient refait une santé en 2006 (+ 15% en moyenne, avec des écarts réduits par production), puis de 17% en 2007, avec de grands écarts selon les productions et les régions.

 

Ainsi l’Ile-de-France, région céréalière de grandes cultures, a augmenté de 91% en 2007, alors que la Bretagne, région d’élevage intensif, a diminué de 32%. Les éleveurs ont payé au prix fort les céréales et oléagineux achetés pour nourrir leurs animaux.

 

Comment expliquer de telles hausses de prix ?

 

Il y a une série de raisons, qui vont de la démographie (la population mondiale augmente) au changement d’habitudes alimentaires dans les pays émergents (consommation de viande en Chine, principalement), en passant par la météorologie (sécheresse en Australie).

 

Toutefois, malgré les aléas climatiques, les productions mondiales de blé et de maïs ont augmenté en 2007 par rapport à 2006. La Chine a importé davantage de tourteau de soja pour nourrir ses animaux, mais ses importations de blé et de maïs ont diminué.

 

Il faut en venir aux raisons essentielles, qui sont la conséquence de décisions politiques : réduction des stocks et réformes libérales de la PAC (UE), production effrénée d’agrocarburant à base de maïs (USA).

 

En Europe et aux USA, la baisse des prix agricoles et le gel de terres ont entraîné des baisses de production alors que la consommation alimentaire et énergétique est en augmentation. Conséquence évidente : les stocks de céréales ont baissé, à la satisfaction des dirigeants européens (car les stocks ont un coût). Mais cette baisse était un signal pour les spéculateurs, qui se sont emparés des matières premières agricoles.

 

D’autant plus que les USA avaient opté, il y a quelques années, pour le développement à grande échelle de la production d’éthanol à partir de maïs, allant jusqu’à prélever 20 à 30% du maïs produit pour le transformer en agrocarburant (cela représente 10 à 15% de la production mondiale de maïs qui n’est plus orientée vers l’alimentation). Et, bientôt, c’est la totalité du marché mondial de maïs sur une année (60 millions de tonnes) qui sera transformée en éthanol par les USA.

 

A noter que le Brésil, gros producteur d’éthanol depuis longtemps à partir de la canne à sucre, n’a pas la même responsabilité dans la crise alimentaire, car ce vaste pays a développé simultanément la production alimentaire (sucre) et non alimentaire (éthanol).

 

L’effervescence boursière a été la plus forte au niveau du maïs et de son complément azoté, le soja, en raison de la demande chinoise. Malgré la récolte abondante de maïs, prévue en 2008, son prix a continué d’augmenter en 2008 (+ 30%). Par contre, on observe un retour aux prix 2007 du blé et des produits laitiers. A noter que le marché mondial concerne essentiellement le soja et, à un degré moindre, le blé (12 à 13% de la production est échangée sur le marché mondial), le maïs et le riz.

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S
Très intéressant cette analyse sur le long terme. Ne faudrait-il pas, cependant, intégrer le rôle des groupes de pression dans la non-prise en compte des conséquences du retournement de tendance au niveau de l'UE ? En outre, la politique de promotion du bioéthanol en France a-t-elle déjà un impact significatif aux dépens des surfaces consacrées à l'alimentation ?
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