Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
Réconcilier la PAC, les paysans et la société
Le nouveau site national du MRC n’a pas conservé les textes agricoles qui étaient en ligne sur l’ancien. L’un d’eux, qui intéressait de nombreux internautes, est le texte de base que j’avais rédigé en 2005, en tant que délégué national à l’agriculture.
Afin de porter à leur connaissance ce texte de base, je le mets en ligne sur ce blog du MRC 53 et de la gauche républicaine. Sa longueur m’oblige à le découper en tranches. Les deux premières parties ont été publiées le 8 octobre - voir Michel Sorin (MRC agriculture, 2006) : la PAC doit être refondée (1) ; Michel Sorin (MRC agriculture, 2006) : la PAC doit être refondée (2) ; Voici la troisième partie de ce document, tel qu’il était sur l’ancien site du MRC.
La Politique Agricole Commune (PAC). Pour nourrir l’Europe et faire vivre le monde
Les critiques anciennes concernant la PAC ne vont pas s’atténuer avec la mise en œuvre du « découplage », total ou partiel. Elles vont même se propager à la grande majorité des agriculteurs français, touchés dans leur dignité d’hommes et de femmes refusant d’être « des assistés sociaux ».
Les paysans sont sous le choc, comme l’indique « Le Monde », le 26 02 2005, sous le titre « L’étrange silence des paysans ». L’auteur de l’article rapporte les propos des « agriculteurs les plus remontés » : « Pendant près de 40 ans, cette Europe était le tremplin, la corne d’abondance, le système producteur par excellence dont les mécanismes de régulation et d’intervention s’appuyaient tous sur le sacro-saint principe de la préférence communautaire. C’est aujourd’hui un grand marché ouvert aux plus performants ou aux plus roublards, une machine à laminer la petite paysannerie familiale, au mieux une passoire, au pis une supercherie ».
Et le président national des Jeunes Agriculteurs s’interroge « Comment faire pour que les agriculteurs voient autre chose dans l’Europe qu’une machine à broyer l’agriculture ? ». Les plus critiques, aujourd’hui, sont parfois les mêmes qui n’avaient pas vu les dangers de l’évolution de la PAC.
Remarquons qu’il fallait être peu regardant pour ne pas percevoir la perversité de systèmes de production trop tournés vers le quantitatif et pas assez vers le qualitatif et la préservation de l’environnement.
D’autre part, vouloir protéger des avantages acquis sans tenir compte des demandes sociales et des plaintes justifiées des producteurs agricoles des pays réellement pauvres, n’était pas tenable dans le long terme.
Saluons les membres de la Confédération paysanne (déclarations de José Bové dans Ouest-France, 15-16 février 2003 « La PAC est à réorienter, radicalement ») et du réseau « Cohérence pour un développement durable » qui, depuis longtemps, prônaient une autre PAC, garante d’un véritable développement durable (Ouest-France, 13 juin 2003) : « Dans notre intérêt et celui des générations futures, il est urgent de réconcilier concrètement la PAC et les attentes de la société. Il faut que l’argent des contribuables européens serve à créer des emplois, à préserver les ressources naturelles, à entretenir les paysages, à assurer le respect des animaux et préserver la santé des consommateurs, afin de nourrir la vie ».
De plus, cette réforme prive les pouvoirs publics de tous moyens de régulation de la production et d’intervention sur les marchés. C’est une forme de lâcheté de la part des dirigeants politiques nationaux qui ont la responsabilité des décisions européennes.
Quel contraste avec la clairvoyance du co-fondateur de la PAC, Edgard Pisani, qui a pris conscience très tôt de la nécessité de corriger le tir (cf « Edgard Pisani : Un vieil homme et la terre », le Seuil, 2004) :
Dès 1972-73, il affirme qu’il faut changer la Politique agricole commune parce que, ayant atteint ses objectifs, elle ne doit plus favoriser le seul développement des productions.
En 1976, il écrit à la Commission agricole du Parti Socialiste :
« La PAC est une politique productiviste (...). Il nous faut prôner une politique mondiale de l’alimentation et conduire une politique agricole résolue (...). Si l’Europe ne peut pas avoir une politique agricole globale, si l’Europe ne devient pas une réalité politique substantielle, la France doit-elle continuer d’en faire partie ?... L’expérience bruxelloise enseigne que seule une volonté politique farouche, appuyée sur une analyse rigoureuse et un projet cohérent peut triompher des intérêts et idées contradictoires ».
Le réseau « Cohérence pour un développement durable », après un bilan critique de la PAC actuelle, préconise « une réforme nécessaire et urgente ».
« Les revenus agricoles doivent être basés sur des prix rémunérateurs assortis à des aides permettant de garantir la qualité des produits et de l’environnement ».
Les prix justes seront assurés par une protection du marché européen avec des mécanismes de maîtrise et de répartition des volumes de production.
De même que nous revendiquons la préférence communautaire pour les agriculteurs européens, nous reconnaissons le droit pour tous les autres pays de protéger également leur agriculture pour assurer leur sécurité alimentaire.
C’est pour cette raison que l’Europe doit cesser de subventionner ses exportations qui vont concurrencer les producteurs des pays pauvres.
Les aides directes seront versées aux agriculteurs afin de préserver l’environnement, de produire des aliments sains pour tous, de se montrer plus attentif au bien être animal, de maintenir et créer des emplois.
Les efforts réalisés par les paysans en faveur d’une agriculture respectueuse de l’environnement n’ont pas été suffisamment reconnus ni encouragés par la PAC actuelle.
Dorénavant, les aides doivent être réservées à ceux qui s’engageront sur des pratiques qui garantiront la qualité des produits et la préservation des ressources naturelles et des paysages.
Une Europe réorientée profondément « pourra légitimement revendiquer auprès de l’OMC le maintien d’une politique agricole forte, au nom de sa sécurité alimentaire, si elle reconnaît simultanément le droit pour les autres pays d’en faire autant ».
Edgard Pisani propose une nouvelle politique agricole et alimentaire dans le cadre d’une Union européenne à la hauteur de ses responsabilités.
Pour lui, la PAC est arrivée à son heure de vérité et l’Union européenne, obligée de se définir.
Son argumentation tient en quatre points :
Toute entité politique est responsable de la sécurité alimentaire de sa population et de la sauvegarde de son environnement.
La politique alimentaire et environnementale n’est pas dissociable de la politique agricole.
La PAC réformée n’est ni pertinente ni durable, car elle ne tient pas compte des réalités nouvelles.
L’Union européenne, en crise pour d’autres raisons, doit affirmer les exigences de sa civilisation et présenter des propositions dans le débat politique dont dépend l’avenir agricole et alimentaire du monde. Sinon, elle perdrait toute pertinence géopolitique.
Il résume sa pensée en affirmant trois certitudes :
Le bien commun est celui des êtres humains et de la nature. Il s’inscrit dans la durée.
La science et le marché sont des dynamiques qui y contribuent, mais, livrés à eux-mêmes, ils peuvent devenir des maîtres incertains, voire dangereux.
Seule la médiation d’une politique concertée peut permettre à la société d’assumer cette contradiction.
A la recherche d’une politique globale pour nourrir le monde.
En faisant le tour du monde agroalimentaire...
L’Afrique, où la population va doubler en trente ans, alors que la production stagne. Pas de vrai développement, misère paysanne qui migre vers des villes aux abois. Urgence absolue d’y porter remède !
La Chine, l’Inde, l’Indonésie, l’Amérique latine : population en forte croissance (+ 1.5 milliard dans les 30 ans), autosuffisance non générale, modernisation nécessaire. Quel avenir pour les paysans sur le départ ? Le marché ne résoudra pas, seul, tous les problèmes...
La Russie et l’est européen, une agriculture à réinventer avec de grandes exploitations, une démographie peu pressante, des efforts publics importants (investissements) à réaliser.
Les USA (et le Canada) : grandes structures mécanisées ne pouvant survivre aux prix mondiaux, exploitations familiales condamnées. Interventions publiques massives en soutien des productions et pour la sauvegarde de la nature.
Le groupe de Cairns, composé de pays (Australie, Nouvelle-Zélande, Argentine...) placés dans des situations naturelles ou sociales exceptionnelles, qui permettent à ces pays d’exporter leurs produits sans aides ni protection. Ils sont seuls dans ce cas et cela ne durera pas toujours.
L’Union européenne, qui, depuis 40 ans, conduit une politique de soutien des prix agricoles en semblant le regretter...
Des questions non libéralement correctes...
Le « modèle occidental », que la mondialisation tend à présenter comme généralisable, peut-il convenir à toutes les agricultures du monde ? Peut-on, en imposant un modèle qui fera disparaître beaucoup d’agriculteurs, aller contre les intérêts, à la fois, des pays qui ont besoin de leur agriculture et du monde qui a besoin de toutes les agricultures ?
Au lieu de se focaliser sur la seule question de la libéralisation des échanges, ne serait-il pas préférable d’avoir une approche globale et mondiale des problèmes de production agricole, d’alimentation, de population rurale et d’environnement ?
Ne serait-il pas plus sage de rechercher une synthèse, évolutive dans le temps, entre la mondialisation des échanges et la diversité des besoins, entre l’intérêt du marché et les exigences de la nature, de la subsistance et des sociétés ?
L‘agriculture, fournisseur de denrées alimentaires, n’est pas une activité comme les autres.
L’équilibre du marché est difficile à trouver. Les prix sont instables et ne reflètent pas les coûts de production. C’est pourquoi, même dans un cadre libéral, une politique d’intervention publique se justifie. Il faut donc des politiques agricoles pour que chacun puisse se nourrir.
La géopolitique mondiale sera de plus en plus influencée par les préoccupations agroalimentaires. En conséquence, il faut mettre en place une régulation des marchés agricoles dans leur diversité, par produit et par région. La difficulté ne doit pas nous amener à renoncer.
La suite de ce texte, dans un prochain article.
Voir aussi la centaine d’articles parus sur ce blog, en AGRICULTURE et PAC