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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 11:30

 

« Construire une Europe indépendante »

 Chaque jour, on peut lire sur www.liberation.fr des contributions au débat lancé sur l’avenir de la gauche sous le titre « Vers une nouvelle gauche ? ». Ce matin, c’est Sami Naïr qui signe un bon texte, à la fois réaliste et constructif.

 Sami Naïr est un universitaire proche de Jean-Pierre Chevènement. Il était membre du Parlement européen de 1999 à 2004 et est actuellement secrétaire national du MRC.

 Face à la mondialisation et à la nouvelle droite de Nicolas Sarkozy, l'union est la seule solution 

« Il faut oser le dire franchement, l'état de la gauche est aujourd'hui déplorableLe cycle inauguré, il y a trente-six ans, par la fondation du Parti socialiste à Epinay, s'est clos. La bipolarité du monde a disparu. Après la fin de l'URSS, l'influence du Parti communiste est devenue marginale. Le Parti socialiste est paralysé par des conflits internes qui traduisent, en réalité, de graves divergences d'orientation entre les principaux courants ; on aurait pu penser que la succession des défaites qu'il a subie, de 1993 jusqu'à l'échec du référendum sur le traité constitutionnel, allait entraîner une remise à plat du logiciel stratégique du parti. Il n'en a rien été. Le tournant de 1983 n'a été ni critiqué, ni remis en cause, ni pris en charge. La candidature de Ségolène Royal n'a d'ailleurs été si massivement approuvée par les militants que parce qu'elle est apparue comme une solution à côté, pour ne pas dire en dehors, des courants : et c'est pourquoi beaucoup y ont vu, à juste titre, un début de rénovation du Parti socialiste.

 En 1981, la gauche est arrivée au pouvoir. Elle a prétendu mettre en place une stratégie de changement réformiste et démocratique. Pourtant, force est de constater qu'elle s'est inclinée devant le conformisme libéral et qu'elle a été rejetée après chaque expérience de gouvernement. Depuis lors, elle ne peut plus prétendre au monopole du soutien majoritaire des couches populaires. Et même les couches moyennes traditionnellement acquises au PS semblent désormais douter de sa capacité à améliorer leur situation. La gauche est divisée, éparpillée, structurellement affaiblie, alors que les défis sont plus importants que jamais, et qu'ils ne sauraient être résolus avec les recettes des années 70, 80 ou même 90 du siècle dernier.

 Et cela d'autant plus que l'ensemble du champ politique donne l'impression de subir des modifications tectoniques.

 D'une part, avec l'arrivée de la génération représentée par Sarkozy, la droite subit une évolution importante. En gros, on peut dire que le vieux gaullisme, depuis longtemps humilié par l'opportunisme de la droite, ne sert même plus de justificatif politique.

 Sarkozy a opéré une vraie mutation : il a transformé son parti en nouveau parti conservateur, à l'image du néo-conservatisme américain, tant du point de vue de la forme publicitaire de l'action politique que sur le fond, en dévoyant des valeurs républicaines traditionnelles ­- le travail, le mérite, la responsabilité, le besoin de sécurité, l'attachement à l'identité nationale -­ et que la gauche n'aurait pas dû abandonner. C'est bien sûr ce qui explique l'adhésion à son programme de l'électorat d'extrême droite. L'UMP incarne aujourd'hui un parti de droite conservateur à côté d'un Front national affaibli.

 Face à cette évolution, le score engrangé par François Bayrou représente, par-delà l'appoint de la gauche sociale libérale, une autre voie : celle d'une droite néolibérale qui refuse d'être broyée par la machine néo-conservatrice. Il n'est pas sûr, cependant, que cet électorat «centriste» incarne réellement une alternative à la droite sarkozyste.

 La volonté affirmée aujourd'hui par Nicolas Sarkozy de constituer un gouvernement d'ouverture ne doit pas faire illusion : reste le programme du candidat, qu'il faudra bien appliquer s'il veut tenir ses promesses. Que les candidats dits de «gauche» au ralliement ne l'oublient pas...

 A gauche, l'on peut se poser la question : cette élection présidentielle sera-t-elle le détonateur d'un changement en profondeur ?

 La participation politique massive de nos concitoyens semble l'indiquer. Chacun sent bien qu'une profonde recomposition politique est en cours, qui concerne autant notre pays que sa place dans la globalisation actuelle. Celle-ci ne sera pas maîtrisée par des mesures cosmétiques. Naturellement multipolaire, le monde va mal parce qu'une puissance impériale veut en faire son espace de domination unilatérale.

 La catastrophe qui sévit aujourd'hui en Irak montre dramatiquement jusqu'où peuvent aller les méfaits de cette conception des relations internationales. Comment créer un contrepoids positif à la puissance américaine, et cela d'autant plus que la victoire de Sarkozy est partout déjà perçue comme celle de l'ami de Bush ?

 La construction d'une Europe indépendante, dans ce contexte, constitue un défi incontournable. Nous devons donc discuter du projet «Europe», ne pas nous laisser impressionner par ceux qui, sur ce plan, n'ont en fait rien d'autre à proposer qu'un succédané du traité rejeté.

 Il nous faut en réalité construire l'Europe indépendante comme perspective historique et comme projet social : une Europe compétitive, mais aussi et surtout de la croissance, de la politique industrielle, de la recherche, de l'innovation, de l'harmonisation des normes sociales et fiscales, de l'environnement, du social. Une Europe qui prend appui sur un véritable gouvernement économique de la zone euro et qui réforme les statuts de la Banque centrale en y intégrant l'objectif de l'emploi. Une Europe réaliste qui séduit par la preuve de ses actions.

 Sarkozy s'est prononcé pour une préférence communautaire et contre la politique de l'euro fort. Il faudra le juger sur pièces. De même, nous ne pouvons accepter que la compétition commerciale internationale se perpétue sans règles, car nous en connaissons les conséquences dans nos pays : destruction d'emplois, baisse du niveau de vie, éradication des conquêtes sociales acquises si durement durant tout le XXe siècle par les luttes populaires.

 Si les pays émergents ont tout à fait le droit de chercher à se développer ­ et nous devons les y aider ­ il n'est pas supportable que cela se fasse au détriment des normes environnementales et sociales les plus élémentaires. C'est aussi pourquoi nous devons plaider inlassablement, dans les enceintes internationales, pour une concurrence juste et loyale, concomitamment à l'aide au développement.

 En France, les défis sont majeurs, un grand parti de gauche doit les affronter.

 Encore faut-il nous mettre d'accord autant sur l'objectif que sur les modalités à plus long terme de la refondation de la gauche. Nous avons besoin d'un grand rassemblement des gauches, un rassemblement qui crée le moyen d'avancer ensemble, de lutter ensemble, de gagner ensemble. Un rassemblement qui devra réunir les sensibilités socialiste, républicaine, social-démocrate, radicale, environnementale et de tradition communiste.

 Nous avons besoin de ce rassemblement pour créer les conditions sociologiques et culturelles d'une hégémonie durable de la gauche dans les années qui viennent ».

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