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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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22 mai 2016 7 22 /05 /mai /2016 23:39

 

En réalité, c'est une contre-réforme qui s'inscrit dans la logique néolibérale

 

Serge Maupouet est professeur d'histoire dans un collège de Saintes (Charente-Maritime). Il milite à la FSU en tant qu'enseignant et à la FCPE en tant que parent d'élève. Responsable départemental (17) et régional (Poitou-Charentes et Limousin) du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC), il participe à la commission Education de ce parti de gauche présidé par Jean-Luc Laurent et représenté en vue de l'élection présidentielle par Bastien Faudot, la gauche avec le peuple.

Rappel (17 sept. 2015) : Le MRC opposé à la réforme des collèges prévue pour la rentrée 2016

 

Dans la Saintonge Jacobine, Serge Maupouet vient de publier un texte de fond sur la réforme du collège, intitulé :

La "réforme" du collège : vers une prise de conscience des enjeux réels ?

Mi-mai 2016. Il reste encore beaucoup à faire pour expliquer les conséquences concrètes - d'affaiblissement de l'enseignement secondaire public - qui découlent d'une soi-disant réforme du collège qui est en réalité, derrière un vernis apparent de rénovation pédagogique (un habillage néanmoins désorganisateur [1]), profondément inscrite dans une logique néo-libérale : la recherche d'économies de moyens, et la mise des établissements en concurrence par le biais d'une autonomie accrue sont désormais patents.

Si l'on en consulte la définition courante proposée par le Larousse la notion de réforme suppose un progrès: "Changement de caractère profond, radical apporté à quelque chose, en particulier à une institution, et visant à améliorer son fonctionnement : Réforme de l'enseignement." Or, c'est à partir de cette définition qu'il est permis de s'interroger : sauf à en être complexifié, en quoi le fonctionnement du collège serait globalement "amélioré" par les changements imposés ? 
 

A regarder sous cet angle, il s'agit certainement plus d'une contre-réforme, aux dépens des enfants des milieux populaires et modestes qui seront les premiers à en payer le prix en terme de restriction d'offre éducative, de perte en temps d'enseignement et en possibilités de remédiation aux difficultés scolaires. Le journal Le Monde dressait ainsi, dans un article daté du 8 février 2016 ("Réforme du collège : la bataille des moyens est lancée"), ce simple constat "L’année prochaine, toutes les classes auront vingt-six heures de cours par semaine (hors option). C’est plus qu’en 5eaujourd’hui (+1 heure), mais c’est moins qu’en 6e (-1 heure), 4(-2 heures) et en 3(-2h30). Au final, si l’on compare les grilles horaires réglementaires avant et après la réforme, on peut considérer que les élèves vont perdre 162 heures sur l’ensemble de leur scolarité au collège (soit un peu plus de six semaines de classe)La perte sera encore plus importante pour les élèves qui suivent des options."

 

Aussi, la contre-réforme du collège n'est pas seulement sans les moyens nécessaires pour l'appliquer - même dans l'optique de ceux qui l'ont conçue -, mais elle induit bien une évolution vers moins de moyens ! Cette perception est largement partagée, comme le montre un article de La Dépêche du 16 mai, intitulé "Collèges: une réforme qui fâche", et qui donne des aperçus de la réception de la réforme dans l'Académie de Toulouse du point de vue enseignant. Au stade de l'année scolaire où nous sommes, cette perception repose sur des constats objectifs puisque les dotations horaires et structures pour l'année à venir ont été présentées dans les Conseils d'Administration, et que les formations liées à la réforme se sont largement tenues (quoique certaines soient repoussées à la rentrée de septembre 2016). En outre, si la perspective d'une année 2017 comportant des élections majeures a sans doute joué dans le sens d'une préservation au moins temporaire de moyens humains, qu'en sera-t-il après ?
 

Du côté des représentants de parents, la prise de conscience des réalités liées à la "réforme" a vraiment progressé, face à l'évidence des faits : plus d’un tiers des délégués au 70e Congrès national de la FCPE (Marseille, 14 au 16 mai 2016) se sont positionnés pour une suspension de la réforme, et in fine une motion majoritaire critique cette réforme. Le constat est ainsi posé que la réforme n'est pas acceptable telle qu'elle est conduite et dans un certain nombre de ses conséquences, dont la mise en concurrence des établissements, le manque de moyens, les inégalités accrues entre élèves [2].


L'urgence est, en effet, de penser sérieusement aux élèves: les conditions d'accueil proposées à la rentrée de septembre 2016 seront à l'évidence dégradées; sans parler de la difficulté pour les enseignants d'être en simple situation de maîtrise de l'ensemble des données d'un système réformé imposé avec une rapidité déboussolante, faire face aux heures de permanence nouvelles qui seront induites pour les élèves sera sans doute un défi pour les personnels de Vie scolaire ! 
Aussi, la question d'actualité est sans doute celle-ci : comment s'organise-t-on, parents, enseignants, membres et acteurs de la communauté éducative, comment agit-on assez puissamment pour obtenir les moyens et les réorientations indispensables ? Il ne reste qu'un peu plus de 3 mois : c'est court !


Pour la suite, il faudra un autre projet. En 2012, j'écrivais déjà, dans une contribution pour la commission éducation du MRC intitulée "Le collège unique : éléments de réflexion" (texte extrêmement synthétique d'un travail de recherche en réalité beaucoup plus large) qu'il était nécessaire de "proposer une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique [pour faire] du collège un maillon fiable et fort du système éducatif, [rénovation et relance] qui conservent l’objectif d’une démocratisation élevant le niveau général d’instruction tout en mettant en place l’organisation, les dispositifs, les moyens propres à atteindre cet objectif."

Michel Sorin avait placé sur son bloc-notes en ligne une version préparatoire que je lui avais transmise (article-le-college-mis-en-cause-par-les-liberaux-reflexions-de-serge-maupouet) et qui exprimait plus complètement les "manières de voir les évolutions" que je souhaitais alors mettre en débat, au vu du contexte de rédaction (2011). Il faut confronter ces "manières de voir" alors proposées avec les options idéologiques qui sous-tendent la contre-réforme actuelle : n'est-ce pas clairement l'école libérale qui est actuellement en construction au niveau du collège ? Par conséquent, je replace ici ce passage de la version préparatoire qui ne se trouve pas dans la version synthétique, mais qui me paraît toujours utile aux échanges et à la prospective d'ensemble, sous réserve des actualisations nécessaires en des points particuliers (presque 5 années s'étant écoulées, voir certaines précisions en notes) : "Le collège est aujourd'hui une étape incontournable dans un parcours (...).

Pour contrer ce collège néo-libéral qui se construit maintenant sous nos yeux, pour mettre en place une rénovation et une relance ambitieuses, il faudra véritablement manifester la volonté de continuer à combattre les déterminismes sociaux, de refuser les conservatismes c'est-à-dire tout retour en arrière vers une orientation précoce, un tri social déguisé, et mettre pleinement les moyens humains et financiers pour porter à son terme la « Troisième révolution scolaire », en renouant avec la marche vers une véritable élévation générale du niveau de formation initiale, au bénéfice de tous. C'est possible, mais cela implique des choix à mettre clairement et largement en débat dès maintenant, dans la perspective de 2017.


[1] des personnels de direction font état dans cet article du Télégramme du 8 mai 2016 de leurs difficultés actuelles, et on pourrait évoquer d'autres facteurs comme l'impact, d'une année sur l'autre, des modifications liées à la variable d'ajustement que seraient les EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires), etc.
 

[2] voyez par ce lien un article en ligne afférent sur francesoir.fr ; sur le site de L'Humanité, on trouve les motions adoptées lors de ce Congrès de la FCPE, à la suite d'un article qui décrit un certain nombre de débats internes :http://www.humanite.fr/lopposition-la-reforme-du-college-prend-ses-marques-la-fcpe-607198 
 

[3] dans ce passage, la répétition se justifie par le contexte de rédaction [2011] où l'on sentait la volonté de faire sortir le plus précocement les élèves en difficulté (avec l'apprentissage junior par exemple). Il faudrait actualiser le propos et inscrire désormais la volonté dans une optique de prolongation de la scolarité obligatoire vers 18 ans, ce qui suppose aussi une adaptation de la structure actuelle du lycée. 
 

[4] le nouveau type de "brevet" qui se profile pour 2017 n'est certes pas le modèle que j'avais à l'esprit en 2011, est-il nécessaire de le préciser ?
 

[5] car plus la formation initiale est rendue brève et limitée, plus s'impose la nécessité de ladite "formation tout au long de la vie". L'expression n'est par conséquent pas aussi neutre qu'il pourrait y paraître au premier abord.

 

Rappel (8 janv. 2012) :  Le collège mis en cause par les libéraux : réflexions de Serge Maupouet

 

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

Serge Maupouet, au côté de Martine Souvignet, le 26 novembre 2014, lors d'une conférence organisée par le MRC à Saintes (17) sur la réforme territoriale

Serge Maupouet, au côté de Martine Souvignet, le 26 novembre 2014, lors d'une conférence organisée par le MRC à Saintes (17) sur la réforme territoriale

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 16:41

 

L'école de la République a d'abord besoin de repères et de constance

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen soutient les personnels de l'Education nationale mobilisés contre la mise en œuvre de la réforme du collège prévue pour la rentrée 2016Voir, sur le site du ministère : Collège 2016 : tout savoir sur la réforme

 

Voici le communiqué à ce sujet de Bastien Faudot, porte-parole du MRC.

Collège 2016 : enclencher la marche arrière

Cette réforme procède d’une approche démagogique qui accroîtra la ségrégation scolaire à laquelle elle prétend s’attaquer. En supprimant l’apprentissage du latin et du grec, en diluant les savoirs dans des enseignements interdisciplinaires à la carte, en mettant fin aux dispositifs d’excellence que sont les classes bilangue, l’esprit égalitariste et compassionnel de la réforme accentuera le nivellement par le bas des enseignements et dépréciera la qualité de l’école publique. 
 

Derrière les alibis pédagogiques invoqués par le Ministère et en fait dictés par l'OCDE, ce sont les logiques comptables qui conduisent à la fermeture des filières d'excellence. 
 

L'école doit redevenir l'instrument de la méritocratie, en récompensant l'effort, en permettant la promotion par le travail. En fermant ces filières et en engluant les établissements dans les difficultés de leurs territoires, le gouvernement réinstalle une sélection par les revenus. L'école doit apporter aux enfants ce que leur famille ne peut leur offrir. 
 

Ainsi, le renforcement de l’autonomie des collèges, en fait plus de pouvoir concédé aux chefs d'établissement, favorise l’inégalité territoriale et instaure la concurrence des établissements. C’est l’unité de la République qui est menacée. 
 

L’école de la République a d’abord besoin de repères, mais aussi de constance. La frénésie des réformes ne permet aucune continuité ni sérénité dans l’exercice des missions essentielles dévolues à cette institution. 
 

Il est indispensable que la Ministre de l’Éducation Nationale entende enfin les professeurs et revienne sur le processus d’une réforme engagée au pas de charge. Il n’y a pas de déshonneur à enclencher la marche arrière quand on a emprunté une voie sans issue. La précipitation pour faire appliquer cette réforme a provoqué une rentrée brouillonne, les programmes devant s'appliquer en septembre 2016 ne sont toujours pas prêts. Les enfants méritent mieux.

 

Voir aussi le texte publié le 1er septembre 2015 sur le site du MRC par Fatiha Boudjahlat, secrétaire nationale à l'éducation, sous le titre : Réparer l'école, retrouver l'exigence

 

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

Bastien Faudot, le 30 juin 2013

Bastien Faudot, le 30 juin 2013

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 20:49

Pierre Jacque pointe la responsabilité du ministère

 

En complément de l’article paru hier concernant la rentrée scolaire (voir Rentrée scolaire : Peillon a initié des changements, pas sur l'essentiel - 10 septembre 2013), il faut reproduire le texte laissé par l’enseignant marseillais, Pierre Jacque, qui s’est suicidé la veille de la prérentrée. Il explique sa décision par le fait qu’il ne croyait plus dans son métier. Il a souhaité que sa lettre soit lue au maximum, comme l’indique Eric Conan, sur le site de Marianne, le 7 septembre 2013, sous le titre :

Mourir de ne pas enseigner

Voilà pourquoi il faut lire la dernière lettre de Pierre Jacque, enseignant de 55 ans au lycée Artaud de Marseille, qui vient de se suicider.

Cette semaine de rentrée des classes a été marquée par le suicide d’un enseignant de 55 ans, mais, curieusement, la presse, qui est toujours à la recherche de sujets et d’angles pour traiter de cette actualité scolaire aussi prévisible que répétitive s’est peu penchée sur ce geste tragique.

On se dit que c’est peut être un sage réflexe, car on le sait, on le répète, un «suicide-reste-toujours-un-mystère-humain-aux-facteurs-multiples-difficile-à-interpréter». En l’occurrence ce n’est pas le cas, puisque certains médias nous ont précisé de façon macabre que l’intéressé avait évoqué l’idée de s’immoler devant son établissement ou indiqué qu’il avait laissé une lettre expliquant qu’il ne supportait plus les conditions de son métier, mais sans nous en dire beaucoup plus.  

C’est bien dommage. Car
Pierre Jacque (c’est le nom de ce professeur de technologie et d’électronique en STI2G au Lycée Artaud de Marseille) a clairement décidé de son dernier acte et laissé un texte mûrement réfléchi qui constitue un véritable document sur le calvaire de professeurs motivés et conscients de l’état de délabrement de l’institution éducative.

La lecture intégrale de ce long texte kafkaïen vaut beaucoup d’enquêtes et de reportages sur le quotidien des enseignants. En effet, tout y est du naufrage d’une institution: réformes absurdes, improvisées, contradictoires et inapplicables; ravages de l’idéologie des pédagogistes fous, qui ne sévissent pas qu’en Français ou en Maths mais en Electronique également; niveau de plus en plus faible d’élèves de moins en moins maîtrisables; conditions de travail concrètes (salles, matériels) impossibles; programmes technologiques inadaptés au monde économique et à la fameuse «compétitivité», cynisme de la hiérarchie et des inspections qui savent tout mais font tout pour ne pas voir et ne pas faire savoir; trucages des examens pour cacher le désastre; etc.

Dans son bilan, Pierre Jacque n’épargne pas les syndicats dont il dénonce l’inutilité et les complicités et il faut donc rendre hommage à la section du SNES-Aix-Marseille qui a quand même décidé de mettre en ligne sur son site cette lettre adressée à tous ses collègues enseignants. 

Pierre Jacque ayant fait l’effort de réfléchir à cette lettre et à la rédiger pour «tous ceux que (son) témoignage intéressera», avec peut-être un dernier espoir d’être encore un peu utile, la moindre des choses est de la faire lire au maximum.

 

  A ma famille, à mes proches et à tous ceux que mon témoignage intéressera. 
 
Objet : Evolution du métier d'enseignant. 
 
    Je vous fais part de ma décision de ne pas faire la rentrée scolaire 2013. En effet le métier tel qu'il est devenu au moins dans ma spécialité ne m'est plus acceptable en conscience. Pour éclairer ma décision je vous décris succinctement mon parcours personnel. Je suis devenu ingénieur en électronique en 1982 à l'âge de 24 ans. Ma formation initiale et surtout mon parcours professionnel m'ont amené à exercer dans la double compétence "hard" et "soft". Le métier prenant et difficile m'a toujours convenu tant que j'avais le sentiment de faire œuvre utile et d'être légitime dans mon travail. Passé la quarantaine la sollicitation de plus en plus pressente d'évoluer vers des tâches d'encadrement et le sort réservé à mes ainés dans mon entreprise m'ont incité à changer d'activité. En 1999 j'ai passé le concours du Capet externe de Génie électrique et j'ai enseigné en section SSI et STI électronique. Le choc pour moi fut brutal de constater la baisse de niveau des sections techniques en 18 ans passé dans l'industrie notamment pour la spécialité agent technique (niveau BTS ou DUT suivant les cas). Même si le niveau enseigné était bien bas de mon point de vue, ma compétence était au service des élèves et je me sentais à ma place. Une difficulté était quand même le référentiel applicable (le programme) datant des années 80, ambitieux pour l'époque et en total décalage avec le niveau réel des élèves des années 2000. Une réforme semblait souhaitable pour officialiser des objectifs réalistes et orientés en fonction des besoins du marché du travail.  

    Puis vint la réforme de 2010 mise en place par Luc Chatel et applicable à la rentrée 2011. Pour le coup, le terme réforme est faible pour décrire tous les changements mis en place dans une précipitation totale. L'enseignement des métiers est réduit à peu de choses dans le référentiel de 4 spécialités seulement qui constitue des "teintures" sur un tronc commun généraliste d'une section unique appelée STI2D qui rentre bizarrement en concurrence avec la section SSI. L'électronique disparait purement et simplement. En lieu et place il apparait la spécialité "Systèmes Informatiques et Numériques" (SIN). Cela ne me pose pas de problème personnel, je maitrise bien le domaine et je l'enseigne même plus volontiers que les classiques problèmes de courant de diode ou de montages amplificateurs.  

      Je me pose quand même la question de la compétitivité de notre pays dans le domaine industriel avec un pareil abandon de compétence. La mise en place de la réforme est faite à la hussarde dans un état d'affolement que l'inspection a du mal à dissimuler. Entre temps le gouvernement a changé sans que les objectifs soient infléchis le moins du monde ou qu'un moratoire soit décidé, ne serait-ce qu'à cause du coût astronomique de cette réforme. En effet il aura fallu réorganiser l'implantation de tous les ateliers de tous les lycées techniques de France, abattre des cloisons, en remonter d'autres à coté, refaire tous les faux plafonds, les peintures et renouveler les mobiliers. Ceci est fait à l'échelle du pays sans que la réforme ait été testée préalablement dans une académie pilote.  

    Début 2011, l'inspection nous convoque en séminaire pour nous expliquer le sens et les modalités de la réforme; il apparait la volonté de supprimer toute activité de type cours ce qui est la radicalisation d'une tendance déjà bien marquée. On nous assène en insistant bien que l'élève est acteur de son propre savoir, qu'il en est le moteur. Pour les spécialités, donc la mienne SIN entre autre, cela signifie qu'une partie conséquente de l'activité sera de type projet. A l'époque les chiffres restent vagues, il est question de 50% du temps au moins. La nature des projets, la façon de les conduire, la façon de les évaluer, ne sont pas évoquées et les questions que posent les enseignants à ce sujet restent sans réponses, nous serons mis au courant après la rentrée de septembre.  

    En attendant l'inspection nous fait entièrement confiance pour continuer comme d'habitude. Je fais remarquer qu'il ne faudra pas tarder car nous préparons les élèves au bac en deux ans et que la connaissance des modalités d'examens est incontournable rapidement après la rentrée pour un travail efficace, c'est-à-dire sans perte de temps. Lors de la réunion suivante, après la rentrée 2011, l'inspecteur répond un peu agacé à la même question «que notre travail c'est d'enseigner et que l'évaluation verra après» (sic). En attendant le travail devant élève est commencé et moi et mes collègues travaillons à l'estime. Le manque de matériel se fait cruellement sentir dans mon lycée, les travaux nécessaires ne seront faits qu'à l'été 2012. Lors d'une réunion aux alentours de février il nous est demandé pour la prochaine réunion d'exposer l'état d'avancement de la réforme et si possible les projets envisagés ou mieux déjà mis en œuvre.  

   A ce moment je viens juste de recevoir un premier lot de matériel et je ne dispose du logiciel correspondant que depuis novembre. La pression amicale mais réelle pour commencer les projets va aller augmentant. J'ai un groupe de 16 élèves et un autre de 15 dans une salle qui est déjà trop étroite pour recevoir proprement 14 élèves en travaux pratiques et avec un matériel réduit qui ne me permet qu'un choix très restreint de sujets. La phase passée en projet sera cauchemardesque pour l'enseignant et la fraction d'élèves sérieux. Le dernier mois de cette année de première sera passé en activités plus classiques. A la rentrée 2012 les élèves sont maintenant en terminale, j'ai les tables de travail prévues dans une salle provisoire de 80 m2 au lieu des 140 m2 prévus. Il est difficile de bouger, le travail en travaux pratiques reste possible et je couvre ainsi la partie communication réseau de référentiel au moyen d'un logiciel de simulation. Je ne dispose pas du matériel support. On me bricole une salle de 150 m2 à partir de deux salles de cours séparées par un couloir et j'attaque les projets dans ces conditions. Le couloir sera abattu aux vacances de février. 

     Pendant ce temps nous avons appris que la note du bac porterait uniquement sur le projet final est que la note serait constituée de deux parties égales, une attribuée par un jury en fin d'année suite à une soutenance orale avec support informatique, l'autre attribuée par l'enseignant de l'année au vu du travail fourni par les élèves. Les critères d'évaluation portent principalement sur la gestion de projet et la démarche de développement durable. Il est explicitement exclu de juger les élèves sur les performances et la réussite du projet. Ceci appelle deux remarques. La première est que les critères sont inadaptés, les élèves sont incapables de concevoir et même de gérer un projet par eux-mêmes. De plus la démarche de développement durable est une plaisanterie en spécialité SIN où l'obsolescence programmée est la règle.

Comment note-t-on alors les élèves ? A l'estime, en fonction de critères autres, l'inspection le sait mais ne veut surtout pas que la chose soit dite. Du coup cette note relève "du grand n'importe quoi" et ne respecte aucune règle d'équité. Elle est attribuée par un enseignant seul qui connait ses élèves depuis au moins un an et compte coefficient 6 ce qui écrase les autres matières. Cela viole l'esprit du baccalauréat dans les grandes largeurs.
Je considère que ceci est une infamie et je me refuse à recommencer. L'ensemble du corps inspectoral est criminel ou lâche ou les deux d'avoir laissé faire une chose pareille. Cette mécanique est conçue dans une idée de concurrence entre les enseignants mais aussi entre les établissements pour créer une dynamique de très bonnes notes à l'examen y compris et surtout si elles n'ont aucun sens. Vous avez l'explication des excellents résultats du millésime 2013 du baccalauréat au moins pour la filière technologique. Cela fait plus d'un an que je me plains à mon syndicat de cet état de fait. Pas un seul compte-rendu ni localement sur Marseille ni à un plus haut niveau n'en fait mention. Je suis tout seul à avoir des problèmes de conscience. Ou alors le syndicat est activement complice de l'état de fait, le responsable local me dis : «Mais non Pierre tu n'es pas tout seul». En attendant je ne vois aucune réaction et ce chez aucun syndicat.  

    Que penser ? Soit nous sommes muselés, soit je suis le dernier idiot dans son coin. De toute façon je n'accepte pas cette situation. Je pense au niveau toujours plus problématique des élèves, autrefois on savait parler et écrire un français très convenable après 5 ans d'étude primaire. Aujourd'hui les élèves bacheliers maitrisent mal la langue ne savent plus estimer des chiffres après 12 ans d'études. Cherchez l'erreur. La réponse de l'institution est: «Oui mais les élèves savent faire d'autres choses». Je suis bien placé dans ma spécialité pour savoir que cela n'est pas vrai ! Les élèves ne maitrisent rien ou presque des techniques numériques d'aujourd'hui. Tout ce qu'ils savent faire est jouer et surfer sur internet. Cela ne fait pas une compétence professionnelle.  

   Les médias nous rabattent les oreilles sur la perte de compétitivité du pays en laissant entendre que le coût du travail est trop élevé. Cette présentation pèche par une omission grave. La réalité est que le travail en France est trop cher pour ce que les travailleurs sont capables de faire véritablement. Et là la responsabilité de l'Education nationale est écrasante. Qui osera le dire ? J'essaye mais je me sens bien petit. J'essaye de créer un maximum d'émoi sur la question.  

   J'aurais pu m'immoler par le feu au milieu de la cour le jour de la rentrée des élèves, cela aurait eu plus d'allure mais je ne suis pas assez vertueux pour cela. Quand vous lirez ce texte je serai déjà mort. 
 
Pierre Jacque  
Enseignant du lycée Antonin Artaud à Marseille

 

Voir aussi Suicide d'un prof à Marseille: la "vive émotion" de Vincent Peillon (L’Express, 3 septembre 2013)

 

Cet article est le 34ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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10 septembre 2013 2 10 /09 /septembre /2013 23:50

Les critiques de fond viennent de divers horizons

 

Cette rentrée scolaire, la première préparée par le gouvernement de gauche*, a été marquée par la remise à niveau dans les effectifs salariés. Voir Rentrée : 40 000 adultes de plus dans les écoles (Ouest-France, Philippe Simon, 30 août 2013). Et aussi par la mise en œuvre du retour à 4,5 jours de classe par semaine dans les communes qui avaient choisi de ne pas attendre la prochaine rentrée. Voir Rentrée scolaire 2013 : premières applications de la réforme des rythmes scolaires (Vie publique, 20 août 2013). Et encore par l’affichage dans les écoles publiques de la charte de la laïcité. Voir Charte de la laïcité. Les profs satisfaits de ce premier pas (Ouest-France, 10 septembre 2013).

 

Le point de vue de l’ UFAL - Union des FAmilles Laïques sur cette rentrée est modérément critique. Voir Rentrée scolaire : école laïque et gratuite, on est loin du compte (UFAL, 2 septembre 2013). Le responsable de la commission Laïcité de l’UFAL, Charles Arambourou, dans la Lettre électronique Ufal Flash du 10 septembre 2013, exprime son accord avec cette décision : Une Charte de la laïcité à l’école : pourquoi pas ?

L’UFAL qui a milité activement pendant 15 ans en faveur d’une loi réglementant le port des signes religieux à l’école ne peut qu’approuver l’initiative du ministre Vincent Peillon de compléter la loi du 15 mars 2004 par une « Charte de la laïcité ». Présenter la laïcité comme une condition de la liberté, et non une suite d’interdictions, c’est exactement l’idée que nous ne cessons d’avancer, comme nous l’avons fait à l’occasion du 9 décembre 2012 avec notre campagne « la laïcité, c’est la liberté ».
Une Charte a-t-elle valeur contraignante ? Au cas présent, oui : inscrire son enfant dans une école publique c’est adhérer à ce texte, qui engage donc les élèves, mais aussi l’établissement et ses personnels. La Charte vaut comme un super-règlement intérieur de toute école publique.
Toutefois, si l’intention est bonne, sera-t-elle facile à concrétiser après un abandon total, depuis des décennies, de toute formation des enseignants à la laïcité ? L’UFAL est disposée à jouer son rôle, et qualifiée pour intervenir en la matière.
Le texte de la Charte n’appelle pas de critiques majeures : il commence par le rappel de l’article 1er de la Constitution, et mentionne clairement à plusieurs reprises les « bornes » fixées par la loi à l’expression religieuse : elle ne peut être invoquée pour se soustraire aux règles ni aux programmes scolaires.
On émettra une réserve sur le terme « valeurs de la République ». Le problème des valeurs est que nul ne les définit de la même façon. Un seul exemple : le « pluralisme des convictions », « valeur » invoquée par la Charte, l’est également par les partisans du port de tous les signes religieux à l’école ! Contentons-nous des « principes », objectifs et explicités par le droit (les textes et la jurisprudence), ce sera bien.
Autre imprécision, le concept de « culture » (« commune et partagée », point 7) reste totalement ambigu : signifie-t-il « ensemble de savoirs et de références académiques communs » (sens scolaire du terme) –auquel cas nul ne contestera la nécessité de son acquisition, ou bien « traditions symboliques particulières à un groupe humain » (sens anthropologique) –ce qui serait une redoutable invitation au relativisme des « valeurs », justement, et au fameux « multiculturalisme », ennemi de l’universalisme –donc de la laïcité ? Rappelons que la laïcité est un « cadre sans contenu » : ni « culture » ni courant de pensée particulier, elle les permet tous (sous réserve du respect de l’ordre public).
Enfin, on notera que le Défenseur des Droits vient de rappeler la question, selon lui non résolue, des accompagnateurs bénévoles (parents) de sorties scolaires : le port du voile peut-il leur être autorisé ? L’UFAL considère, comme l’a fait le tribunal administratif de Montreuil, que ces « collaborateurs occasionnels du service public » sont astreints aux mêmes règles de neutralité religieuse absolue que les agents publics. Mais les partisans du « multiculturalisme » et de la « laïcité ouverte (inclusive, positive, plurielle, apaisée, etc.) » continuent de s’agiter. Il est dommage que rien dans la Charte ne permette de régler le problème.

Un autre point de vue, plus critique, est exprimé par un enseignant, Jean-Paul Brighelli. Voir Brighelli : laïcité, le dessous des chartes (Le Point, 10 septembre 2013) et Rentrée des classes : le professeur Brighelli note Vincent Peillon(Le Point, 3 septembre 2013), sans oublier Les petites économies de Vincent Peillon(Le Point, 10 septembre 2013).

* Rappel : Assemblée nationale : Vincent Peillon propose une loi refondant l'école - 15 mars 2013. Voir les principaux points du Projet de loi sur l'école

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

 



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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 23:54

Réunions de concertation : un sentiment de frustration

 

La décision d’application de la réforme des rythmes scolaires est laissée à l’appréciation des collectivités locales : rentrée 2013 ou 2014. De nombreux élus veulent aller vite mais ils sont conscients des incidences importantes sur l’organisation de la vie scolaire et périscolaire.

 

Rappel : Assemblée nationale : Vincent Peillon propose une loi refondant l'école - 15 mars 2013. Voir les principaux points du Projet de loi sur l'école

 

En fait, la question n’est pas simple. Voici deux cas, très différents : à Lille et à Saintes.

 

Lille : les propos de Martine Aubry  

Rythmes scolaires : Aubry repousse l'application de la réforme à Lille en 2014 (Le Monde, 18 mars 2013)

 

Saintes : la concertation laisse parents et enseignants frustrés  

Des parents frustrés (Sud Ouest, 13 mars 2013). Les élus restent dans l’incapacité de répondre aux questions des parents.

 

Les réflexions personnelles de Serge Maupouet, professeur dans un collège de Saintes.

 

Il est assez clair que de nombreux points sont profondément problématiques, aussi bien en primaire que dans le secondaire.

La question des rythmes en primaire, tout spécialement, engage l'Education nationale sur une pente qui peut devenir très dangereuse : inégalités accrues monde urbain-monde rural, horaires d'école et dispositifs péri-éducatifs variant nettement d'une école à l'autre, non-respect des préconisations des chronobiologistes (quoiqu'en disent les promoteurs du décret - samedi délaissé pour le mercredi, horaires de sortie possibles à 15h30 en primaire alors que c'est grosso modo à partir de cette heure-là que les enfants, et en particulier pour les dernières années d'élémentaire, retrouvent un pic d'attention propice aux apprentissages), moins-disant maintenu en terme d'horaires d'enseignement pour tous, possible usine à gaz en construction concernant l'ensemble du péri-éducatif (problèmes de locaux, problèmes de recrutement et de qualification des intervenants, horaires de fin des cours placées non pas en fonction des intérêts des élèves mais de ceux des adultes, problèmes évidents de financement).

Stoppons-là pour faire bref, en évoquant seulement l'inquiétude généralisée des parents : les réunions d'information organisées localement sont révélatrices de leur ampleur, mais aussi des incompréhensions ou des tensions qui s'instaurent entre les élus et différents membres de la communauté éducative (parents inclus). 

 

Certes, certaines organisations soutiennent le processus, et il y a quelques progrès (dont la scolarisation possible dès deux ans, ou le retour aux 9 demi-journées) mais l'impression qui se dégage globalement n'est-elle pas qu'en des lieux éloignés du terrain on continue à avancer alors que sur le terrain l'incompréhension est de plus en plus évidente au niveau de nombreux acteurs, et ce concernant la mise en oeuvre concrète ou bien même les objectifs réellement poursuivis à moyen et long terme ?  

 

Pour ce qu'il est possible de constater ici, localement, il faudrait regarder en face le fait que le sentiment qui se généralise est que ce n'est pas essentiellement pour l'intérêt des élèves que la réforme des rythmes est faite, mais que cet intérêt des élèves dont l'on parle tant est avant tout un alibi pour des réformes poursuivant d'autres objectifs non clairement explicités.

 

Aussi, n'est-il pas à exclure que l'ampleur du malaise puisse apparaître réellement aux alentours de la rentrée, au moment où les faits livreront leur réalité ? Ne vaudrait-il pas mieux en tenir compte dès maintenant, alors qu'il serait encore temporellement possible d'améliorer ce qui doit l'être et de répondre de manière convaincante aux inquiétudes ?  

 

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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15 mars 2013 5 15 /03 /mars /2013 22:42

Instruire, éduquer, préparer un avenir professionnel

 

L’examen du projet de loi pour la refondation de l’école de la République a commencé cette semaine à l’Assemblée nationale. Voir Refondation de l'école de la République : l'Assemblée débat et le Rapport qui a servi de base de réflexion aux députés.

 

Les principaux points du projet. Voir Projet de loi sur l'école (RTL INFO) 

 

60.000 postes promis par François Hollande
Le rapport annexé au projet de loi fixe l'objectif de 60.000 créations de postes sur le quinquennat, promis par François Hollande: 54.000 postes dans l'Education, 5.000 dans l'enseignement supérieur, 1.000 dans l'enseignement agricole. Près de la moitié, 27.000 postes, iront à la formation des enseignants. Le primaire aura 14.000 postes : 7.000 pour le "plus de maîtres que de classes", en particulier dans les Rased (réseaux d'aide aux enfants en difficulté), 3.000 pour l'accueil des moins de 3 ans, 4.000 pour améliorer "l'équité territoriale". Environ 80.000 postes ont été supprimés dans l'éducation entre 2007 et 2012. 
  
Le rétablissement de la formation des enseignants supprimée en 2010
Création des Ecoles supérieures du professorat et de l'éducation (Espé) pour la rentrée 2013, car "enseigner s'apprend", avec des compétences académiques mais aussi pédagogiques: il ne suffit pas d'avoir un master de maths pour enseigner la lecture ou accueillir un enfant handicapé... Entrée progressive dans le métier. 
  
Le fonds d'aide aux communes pour la réforme des rythmes scolaires
Sans aborder directement la question brûlante de la semaine de quatre jours et demi, qui relève d'un décret pris en janvier dernier, le projet de loi crée un fonds destiné à aider les communes pour leurs activités périscolaires jusqu'à 16H30. 

La maternelle redéfinie
Relance de la scolarisation des moins de 3 ans encouragée dans les secteurs d'éducation prioritaire, les secteurs ruraux isolés et les DOM-TOM, pour lutter contre l'échec scolaire. Les missions de la maternelle seront redéfinies pour la rentrée 2014, notamment pour stopper sa "primarisation", ou anticipation d'apprentissages de l'école élémentaire, car cette pression précoce met des enfants en difficulté. 
  
"Plus de maîtres que de classes" en primaire dans les zones défavorisées
Pour varier les pratiques pédagogiques afin de réduire l'échec. 
  
Une langue vivante obligatoire en CP
Pour améliorer les résultats "alarmants" en langues étrangères. 
  
Une réduction progressive du redoublement
Il coûte cher, son efficacité pédagogique "n'est pas probante". 
  
Un enseignement moral et civique
Pour promouvoir le respect de la personne, de ses origines, de ses différences et de l'égalité homme-femme. Les élèves apprendront l'hymne européen, en plus de l'hymne national. Les enseignants sont invités à intégrer les langues et cultures régionales dans leur enseignement. Le rapport annexé souhaite que la devise de la République et le drapeau tricolore soient apposés sur tous les établissements scolaires. 

Une ambition numérique
Création d'un Service public de l'enseignement numérique et de l'enseignement à distance, pour prolonger les enseignements, communiquer avec les familles, offrir des ressources pédagogiques aux enseignants ou permettre d'instruire à distance des élèves handicapés. Sensibilisation aux droits et aux devoirs induits par le numérique. Les collectivités seront responsables de la maintenance des équipements. 
  
Une orientation choisie
Parcours de découverte du monde économique et professionnel à partir de la rentrée 2015 dès la 6e, où le tronc commun doit être le plus long possible. 
  
Les programmes
Un Conseil supérieur des programmes réexaminera le socle des connaissances, des compétences, et désormais aussi de culture. Il doit devenir "le principe organisateur de l'enseignement obligatoire" (6 à 16 ans) et fera des propositions sur les épreuves du brevet et du baccalauréat.

 

Université d'été MRC Belfort 15 et 16 09 12 022 TL’intervention de Marie-Françoise Bechtel, députée MRC de l’Aisne (12 mars). Extrait.

Voir "La sélection des meilleurs par la promotion de tous"

 

Marie-Françoise Bechtel, au côté de Jean-Pierre Chevènement, à Belfort, lors de l'université d'été du MRC, en septembre 2012.

 
(…) Quelle est la situation actuelle ? S’il est vrai que de nombreux établissements scolaires fonctionnent bien dans notre pays, rappelons-le, chacun s’accorde pourtant à reconnaître que notre système est atteint par une double dégradation.

Tout d’abord, la panne du progrès scolaire, mesuré par le taux impressionnant d’échec dans le primaire – taux d’échec que le collège répercute sans d’ailleurs l’amplifier. C’est pourquoi vous avez pleinement raison, monsieur le ministre, de concentrer des moyens supplémentaires sur l’école primaire, qui est bien le maillon faible, ainsi que sur l’accueil des enfants dès l’âge de deux ans en maternelle, une initiative qui mérite d’être saluée.
Deuxième facteur de dégradation, l’école est aussi et simultanément atteinte par les maux de la société dont elle n’a pu être préservée par la nécessaire sanctuarisation. Ce rempart est souvent plus théorique que réel, notamment dans des zones où prévalent des comportements de violence, sans préjudice d’ailleurs de ce que l’on nomme aujourd’hui des « incivilités » et qui ne sont pas, loin s’en faut, le lot des seuls quartiers défavorisés.

Face à ce diagnostic, le Mouvement républicain et citoyen, très attaché à l’école comme vous le savez, approuve les trois orientations essentielles qui guident ce projet de loi. Il proposera certains amendements propres à renforcer cette inspiration qui ne va pas, lui semble-t-il, sans quelques contradictions – je pense par exemple au statut des langues régionales par rapport aux savoirs fondamentaux.

Nous approuvons d'abord l'idée que la mission essentielle de l’école est d’instruire, c’est-à-dire de transmettre les savoirs fondamentaux. Cet objectif, qui paraît de bon sens, n’est pas toujours allé de soi. Il faudra faire en sorte que les enseignants se l’approprient réellement à travers une conscience claire de cette mission première. Elle inclut que l’on sache inculquer le goût de l’effort et du travail, valeurs structurantes dont tous les élèves ont besoin.
Nous approuvons ensuite le deuxième objectif essentiel, celui d’éduquer ; l’éducation en effet ne se confond pas avec l’instruction. Si l’une et l’autre permettent l’élévation sociale, l’éducation est le complément indispensable de l’instruction en ce qu’elle développe, comme le dit très bien la loi, le jugement et la raison critique. Ce sont là – et c’est la caractéristique de notre tradition républicaine – les véritables piliers de la transmission des valeurs collectives.
Enfin, troisième objectif et non le moindre : permettre de construire un parcours professionnel. Il demande que soit trouvé le bon équilibre entre des filières pré-professionnalisantes et des filières généralistes, avec des passerelles entre elles, ainsi qu’à une bonne orientation, qui sache intervenir à temps. Dans ce cadre, le service public du numérique me semble particulièrement bienvenu.

Monsieur le ministre, si l’école a pour rôle de combattre les déterminismes sociaux, elle n’est pas comptable de tous les maux de la société. Ne lui demandons pas d’assumer à elle seule l’ensemble des politiques publiques, ce serait décourager les enseignants qui ont avant tout besoin d’objectifs clairs, accessibles et réalisables.
C’est à ce prix que vous pourrez les mobiliser. C’est à ce prix qu’ils retrouveront dans la société le respect qu’ils méritent. C’est à ce prix que nous pourrons enfin assumer le but qui a été donné à l’école républicaine par un grand savant : «
la sélection des meilleurs par la promotion de tous
».

 

Rappel : MRC : propositions de la Commission Education et de ses membres - 20 juin 2012 

 

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 12:34

Les missions de l’école de la République sont à repréciser

 

Universite-d-ete-MRC-2010-034-T.jpgDiscrètement, le lendemain du 1er tour des élections législatives, le Mouvement Républicain et Citoyen a publié les contributions des membres de sa Commission Education et les positions et propositions de cette Commission, présidée par Estelle Folest, membre du secrétariat national.

 

Contributions de la Commission éducation 2011-2012

A la demande de Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen, une Commission éducation s'est réunie ces derniers mois, présidée par Estelle Folest, secrétaire nationale à l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche.

Voici les contributions de ses membres (11 juin 2012).

Quelle formation pour les enseignants ? Par Estelle Folest, Secrétaire nationale à l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche du MRC

La formation des enseignants est un enjeu fondamental pour relever le défi de l'éducation, pilier de la République. Entrée en vigueur en septembre 2010 sur fond d'autonomie des universités et de réforme du mode de recrutement des enseignants, la réforme dite de mastérisation n'est pas à la hauteur des ambitions affichées.

La réforme de la formation des enseignants Estelle Folest.pdf  (176.35 Ko)

La réforme du lycée Par Jean-Marie Duplaà, membre de la Commission éducation du MRC.

La réforme orchestrée par la droite est un pas supplémentaire vers la destitution de l'Ecole Républicaine. En 2008 Xavier Darcos (alors ministre de l'éducation nationale) et sept syndicats d'enseignants signent une feuille de route actant des « points de convergence » en vue d'une réforme du lycée. Dès 2009, plus rien ne converge.

La réforme du lycée J-M Duplaà.pdf (90.29 Ko)

Le collège unique: éléments de réflexion Par Serge Maupouet, membre de la Commission éducation du MRC.

Peut-on proposer une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique qui fassent du collège un maillon fiable et fort du système éducatif, qui conservent l’objectif d’une démocratisation élevant le niveau général d’instruction tout en mettant en place l’organisation, les dispositifs, les moyens propres à atteindre cet objectif ?

Le collège unique - éléments de réflexion Serge Maupouet.pdf (71.19 Ko)

Rappel : Le collège mis en cause par les libéraux : réflexions de Serge Maupouet - 8 01 2012 

L'Ecole: lieu protégé Par Véronique Blanc-Blanchard, membre de la Commission éducation du MRC.

Depuis une trentaine d'années, la logique d'ouverture sur l'extérieur soumet l'école à toutes sortes de groupes de pression ; religieux, familiaux, ethniques, communautaires, médiatiques et bien sûr commerciaux. Assimilée, à tort, à un modèle réduit de société, elle devient le reflet du lieu et de l'époque. Le vocabulaire et les pratiques du marché, de la publicité, des médias, de la rue s'y introduisent chaque jour davantage, encouragés par les textes officiels.

L'ecole, lieu protégé Véronique Blanc-Blanchard.pdf (67.55 Ko)

De la présence des parents au sein de l'école de la République Par Jean-Louis Pierre, membre de la Commission éducation du MRC.

L’Ecole n’est pas un lieu comme un autre et les élèves ne sont pas de simples usagers venant recevoir des connaissances – des « informations » ?!- directement utilisables et monnayables. Pour la République, c’est un espace-temps consacré à l’étude pour former des citoyens libres et éclairés, disposant d’un recul permettant à la fois distance critique, autonomie et dépassement des réalités immédiates. L’École est une institution organique de la République.

Les parents à l'école J-L Pierre.pdf (99.57 Ko)

L'impact du libéralisme sur la politique éducative Par Annie Munier-Petit, membre de la Commission éducation du MRC.

Depuis les années 70, la recherche, l’enseignement et la conservation du patrimoine sont l’objet de réformes qui ne trouvent leur cohérence que dans un processus de destruction du savoir. Ces réformes résultent de choix politiques inspirés par le libéralisme économique avec pour ligne directrice la privatisation et le renforcement de la concurrence au sein du système éducatif.

L'impact du libéralisme sur la politique éducative Annie Munier-Petit.pdf (102.82 Ko)

Pour un renouveau pédagogique Par Estelle Folest, Secrétaire nationale à l'éducation, l'enseignement supérieur et la recherche du MRC.

Traditionnellement, les Républicains défendent la liberté pédagogique de l'enseignant, à savoir la liberté de choisir les moyens, les outils et la méthode qu'ils jugent les plus appropriés pour atteindre les objectifs fixés par les textes officiels. Attachée à la maîtrise des contenus disciplinaires, la sensibilité républicaine laisse ainsi de côté la question de la méthode pédagogique, jugée secondaire voire accessoire.

Pour un renouveau pédagogique Estelle Folest.pdf (119.71 Ko)

Positions et propositions du MRC

La mission de l'école : fonder la nation, la citoyenneté, contribuer au développement économique, social et humain du pays.
Le rôle de l'école est d'instruire et de transmettre des valeurs afin de former des citoyens éclairés et d'assurer la promotion sociale du plus grand nombre, de promouvoir le mérite et la sélection des meilleurs par la promotion de tous.
L'école de la République s'adresse à la raison des élèves qu'elle accueille et cherche à pousser chacun au plus haut de ses capacités
(…).

Le texte programmatique issu des travaux de la commission éducation est disponible ici ou ci-après :

 

Commission éducation 2011-2012: positions et propositions de programme

 

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

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15 janvier 2012 7 15 /01 /janvier /2012 23:52

A travers l’école, une nouvelle vision de la société

 

Les enseignants se plaignent des changements de leur métier, en raison des politiques de plus en plus libérales mises en œuvre par la majorité de droite. Mais le pire est à craindre si le président sortant venait à être reconduit à la présidence de la République le 6 mai 2012.

 

Rappel : Education : l'autonomie et l'austérité généralisées, mélange détonant - 21 janvier 2011

 Ecole : ses valeurs se heurtent aux priorités du capitalisme financier - 27 septembre 2011

Le collège mis en cause par les libéraux : réflexions de Serge Maupouet - 8 janvier 2012 

 

Dans une Tribune parue le 15 janvier sur le site de Marianne, Pierre Chantelot et Francis Daspe analysent la déclaration du président lors de ses vœux à la communauté éducative le 5 janvier à Poitiers.

 

L'autonomie, la menace qui pèse sur le système éducatif

 

Depuis plus de quinze ans, un changement sans précédent du métier d’enseignant est à l’œuvre. Il résulte des préconisations libérales qui n’ont de cesse de démanteler le système public d’éducation pour le livrer sans vergogne aux appétits privés. Les vœux du président-candidat Sarkozy à la communauté éducative le 5 janvier 2012 à Poitiers témoignent d’une accélération fulgurante. Le triptyque autorité, autonomie et flexibilité est convié à cet effet.
 

Comme pour l’université avec la LRU (loi relative aux libertés et responsabilités des universités), l’autonomie serait donc la solution idéale permettant de résoudre les problèmes pour tous et partout. Si le système éducatif fonctionne mal, c’est qu’il n’est pas assez autonome. L’autonomie ne doit pas être réduite à sa seule dimension budgétaire. C’est un processus permettant la mise sous coupe non seulement financière mais aussi intellectuelle de la sphère éducative et l’accroissement des inégalités avec une école à plusieurs vitesses. Après l’université, au tour des autres cycles de l’éducation nationale d’être pris comme cible.

La restauration de l’autorité des maîtres dans l’école publique passe pour Nicolas Sarkozy par la copie du modèle de l’école privée où ce sont les équipes dirigeantes qui choisissent leurs enseignants. Cette autonomie n’est ni plus ni moins qu’un chantage pervers envers la communauté éducative : elle doit obéir, sinon c’est la porte. C’est là clairement l’utilisation pernicieuse d’un mode managérial ouvrant la voie au règne des petits chefs.

+ d'autonomie = + d'inégalités

Plusieurs universités sont passées sous la tutelle du rectorat après avoir vu leurs budgets en déficit. C’est la réalité de la LRU et de l’autonomie. Pour les collèges et les lycées, l’autonomie se traduira par des changements destructeurs sans précédent.

Les plus riches établissements des centres-villes seront les gagnants de la mise en concurrence. Ils se développeront en attirant des enseignants qui accepteront toutes les conditions de travail : mise sous tutelle des pratiques et des contenus pédagogiques, modulations du service,  changement de la matière enseignée, etc. Dans le même temps, lycées et collèges des secteurs populaires verront partir leurs enseignants et leur budget, prélude pour certains d’entre eux à leur fermeture.

L’autonomie budgétaire va de pair avec le désengagement de l
'État ; elle constitue une entreprise de destruction des libertés pédagogiques et de démantèlement des cadres réglementaires, en terme de recrutement ou de diplômes. Le but est clair : casser tous les cadres nationaux qui garantissent le maintien de l’ambition d’égalité et démanteler par la même occasion les statuts des personnels.

Les enseignants exercent un métier d’intellectuel se situant au cœur de la construction des processus d’apprentissage. L’exigence d’un master 2 pour enseigner aurait pu signifier une volonté d’élévation du niveau disciplinaire et de qualification. Or ce fut un marché de dupe. La casse de la formation d’enseignants jetés, sans expérience, sur le terrain a mis un coup d’arrêt brutal aux rêves de nombreuses vocations.

La dévalorisation du métier d'enseignant

Le développement de l’émancipation intellectuelle doit être le garant de la conception de cours en toute liberté pédagogique. C’est pourquoi les contenus des masters d’enseignement doivent être en prise directe avec la recherche universitaire, posséder un contenu disciplinaire fort et une formation contextualisée indispensable à la mise en pratique de savoirs théoriques.

Mais c’est le contraire qui est visé : l’enseignant est progressivement amené, contre sa volonté, au rang de prestataire de service devant utiliser des mallettes pédagogiques toutes faites et vendues à prix d’or par des entreprises privées. L’avalanche des réformes au lycée conduit au final à déstabiliser les équipes pédagogiques et à casser le moral des enseignants. C’est un véritable travail de sape pour dévaloriser le métier d’enseignant.

A travers ce bouleversement radical du métier d’enseignant et des missions dévolues à l’école de la République, c’est une nouvelle vision de la société que la droite veut promouvoir. Une société fondée sur le renoncement, la concurrence et la marchandisation, aux antipodes de notre volonté de mettre au plan de nos préoccupations l’égalité, l’émancipation et « l’humain d’abord ».

 

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

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8 janvier 2012 7 08 /01 /janvier /2012 16:03

Faire du collège unique un maillon fort du système éducatif

 

L’enseignement pour Sarkozy, la jeunesse pour Hollande, seront parmi les priorités de leur programme présidentiel. Voir Le Monde, 5 janvier, Maryline Baumard, puis David Revault d’Allonnes.

 

L'enseignement selon M. Sarkozy : autorité, autonomie et flexibilité

Pour le collège, M. Sarkozy a rappelé qu'"il faut mettre fin aux faiblesses du collège unique tel que nous le connaissons aujourd'hui". Et précisé que l'heure est venue, selon lui, d'"assumer la diversité des parcours en quatrième-troisième".

"Il n'est pas normal que le collège actuel prépare exclusivement à l'enseignement général, et pas à la voie professionnelle : comment, dans ces conditions, cette dernière ne serait-elle pas vécue comme une voie de relégation ?", s'est-il interrogé. S'il n'a jamais été vraiment "unique", le collège pourrait voir ses parcours se diversifier encore, si M. Sarkozy obtient un nouveau mandat (…).

 

Sur l'éducation, Hollande accuse Sarkozy de défendre un "modèle libéral"

(…) Dans l'éducation nationale, (le bilan) est particulièrement lourd. Avoir supprimé 70 000 postes, découragé le personnel qui se dévoue pour l'éducation nationale, supprimé la formation initiale des enseignants, laissé l'échec scolaire progresser avec 150 000 jeunes sortant chaque année du système sans qualification, laissé la violence s'installer dans certains établissements... Ce bilan ne justifie pas un projet qui donne confiance."

La question de l'école s'annonce donc comme un sujet majeur de l'affrontement entre le président de la République et son challenger socialiste. "Il y a un beau débat qui s'ouvre", confirme ce dernier, qui présente ce face-à-face scolaire comme "un choix très clair" : "D'un côté, une éducation sur un modèle libéral, presque compétitif, avec moins d'enseignants et hiérarchisé autour des chefs d'établissement. De l'autre, un système qui se réforme et lutte contre l'échec scolaire."

 

MRC17 Surgères agriculture 080611 020 T1Cela me donne l’occasion de présenter le texte de réflexion concernant le collège unique, qui a été transmis en novembre 2011 à la commission école du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Serge Maupouet, professeur d’histoire au collège de Saintes, responsable MRC en Charente-Maritime (17).

 

Serge Maupouet, ici, au côté de Michel Sorin, lors de la réunion à Surgères le 8 juin 2011 - Voir Agriculture et alimentation : intervention de Michel Sorin à Surgères (17) - 27 juin 2011

 

A vrai dire, cette contribution militante sur le collège est la synthèse d’une longue étude (150 pages) que Serge a réalisée l’été 2011 - un vrai travail de recherche, intitulé :

 

  « Pour la relance du collège unique. Eléments de réflexion »

 

Il est temps de concevoir une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique, concertées et acceptées car conçues pour le plus grand nombre, susceptibles d’être réellement efficaces, et parce que concertées, acceptées et efficaces, appelées à être pérennes.

 

Cette rénovation et cette relance ambitieuses ne doivent pas être présentées comme une sempiternelle réforme : ce terme n’est plus audible, après des années d’usure et de dévoiement ; toute réforme est désormais perçue au mieux comme un élément provisoire appelé à disparaître au premier changement ministériel, le nouveau ministre concoctant sa nouvelle et propre réforme, au pire comme une nouvelle tentative de casse du service public d’enseignement secondaire.

 

Dans un premier temps, la période récente s'est ainsi caractérisée par une sorte d'empilement de réformes continuelles du collège, lesquelles n'ont bien souvent pas fait sens. Dans un second temps, correspondant à la seconde moitié des années 2000, la notion de réforme n'a plus été utilisée pour présenter globalement et de manière cohérente les mutations profondes imposées au collège par les néo-libéraux; il s'est agi d'une réforme insidieuse, une réforme non-dite, ses promoteurs ayant préféré procéder par touches successives et multiples, mais bien inscrites dans une perspective ; ce procédé leur a permis de ne pas être confrontés à un mouvement de contestation de masse à l'image de celui qui a touché le lycée.

Pour autant, il convient de ne pas faire preuve du même cynisme que les gouvernements qui se sont succédés depuis 2002, mais bien au contraire il s'agit de présenter effectivement un autre projet, global et cohérent, pour le collège, sans user du terme rédhibitoire de réforme aujourd'hui assimilé à la casse du service public. Notre projet étant – à l'inverse de ce qui s'est fait dans la dernière décennie – de relancer le service public d'éducation au niveau du collège.

 

Peut-on proposer une rénovation et une relance ambitieuses du collège unique qui fassent du collège un maillon fiable et fort du système éducatif, qui conservent l’objectif d’une démocratisation élevant le niveau général d’instruction tout en mettant en place l’organisation, les dispositifs, les moyens propres à atteindre cet objectif ? A l’évidence, il faut répondre oui.

 

Répondre autrement serait d'une part renoncer à combattre les déterminismes sociaux, et d'autre part accepter un retour vers les filières, l’orientation précoce, le tri social. Répondre autrement serait encore renoncer à porter à son terme la « Troisième révolution scolaire », celle de l'accès de la grande majorité des jeunes à un baccalauréat de qualité – qualité largement amoindrie en l'état actuel des choses et qu'il faudra restaurer si l'on veut que le système éducatif retrouve sa crédibilité.

 

Un collège ambitieux doit se doter des moyens de faire parvenir plus d'élèves au lycée, avec un niveau permettant d'accéder à l'enseignement supérieur et de réussir leur parcours ultérieur. Il faut donner à tous les élèves l'instruction nécessaire afin que ceux qui suivent un autre chemin puissent accéder à une formation donnant une bonne qualification et devenir des citoyens accomplis. L'ambition ne doit pas se réduire, pour ces élèves, à simplement leur procurer une insertion professionnelle.

Le projet doit se démarquer nettement tant de celui de l'UMP – n'envoyer au lycée que les 50% d'élèves considérés comme aptes à suivre des études au lycée et dans le supérieur, dans une sorte de transposition au lycée de l'esprit de la filière I de la réforme Berthoin de 1959, et professionnaliser les autres au plus vite, ce qui nous ramène à la filière III de cette même réforme –, que de celui du PS. En effet, dans ce dernier, et même si les intentions ne puisent pas à la même source, on peut relever des artifices de rhétorique qui tempèrent seulement des orientations présentant cependant un certain nombre de parallélismes avec des objectifs poursuivis par les politiques libérales.

 

L'Ecole républicaine publique et laïque doit être confortée, contre le projet libéral pour l'Ecole qui prépare l'élève au marché et conditionne le savoir et sa transmission à la rentabilité économique. Le collège doit transmettre des connaissances, des repères, des valeurs, la culture républicaine, une approche de la culture universelle de l'Humanité, perpétuer un patrimoine commun. L'ambition de la Nation doit être dans le prolongement de celle souhaitée par le général de Gaulle dès les années 1960, et rappelée par Jean-Pierre Chevènement dans Le pari sur l'intelligence : élever le niveau général pour soutenir la compétition internationale. Non à l'école du socle, oui à une culture transmise de haut niveau, pour le plus grand nombre, en faisant en sorte que ce plus grand nombre englobe réellement l'ensemble d'une génération !

 

Ce n'est pas en tournant le collège vers le primaire – tentation partagée par l'UMP (au niveau des structures, des enseignants et des contenus) et le PS (au minimum au niveau des enseignants et des contenus) – qu'on résoudra les difficultés; mais c'est bien en redonnant d'abord tout son sens à l'enseignement élémentaire, puis en refondant un collège préparant correctement les élèves aux exigences d'un lycée débouchant sur un baccalauréat redevenu un diplôme de qualité et ouvrant les portes de l'enseignement supérieur. Le baccalauréat actuel est un succédané – sauf à obtenir une mention – et la réforme du lycée va aggraver la situation.

 

Il est aussi nécessaire de porter une réflexion approfondie sur l'état du collège en n'occultant pas le fait que le collège pour tous s'est construit très rapidement en devant satisfaire de manière quasi-concomitante à deux finalités différentes : être le cycle terminal minimal pour tous et devenir l'antichambre du lycée pour le plus grand nombre. Le collège est aujourd'hui une étape incontournable dans un parcours.

 

Toutefois, alors qu'il a été confronté à une forte croissance de ses effectifs, qu'il accueille désormais tous les jeunes et par conséquent des publics très diversifiés, les réductions de dispositifs et de moyens imposées dans une logique libérale l'ont considérablement simplifié, unicisé.

Le collège unique – héritier du projet progressiste d'Ecole unique de l'Entre deux Guerres –, dont la mise en place a marqué un moment majeur dans la concrétisation de la démocratisation du système scolaire, reste l'institution pivot de la grande réforme structurelle du système éducatif.

 

Toutefois, il n'a sans doute jamais véritablement disposé des moyens nécessaires au traitement efficace de la difficulté scolaire : des dispositifs adéquats ont pourtant été pensés dès l'origine, mais sans forcément être mis en oeuvre. Or, aujourd'hui, cette question centrale de la prise en compte efficace de la difficulté scolaire n'est plus traitée que par des emplâtres ou des dispositifs alibis reportant systématiquement la responsabilité d'un échec scolaire sur les jeunes ou les familles.

 

Les orientations actuelles conduisent peu ou prou à sortir dès 14 ans des jeunes en difficulté scolaire du système pour les mener vers l'apprentissage, alors même qu'il faut au contraire permettre à l'ensemble d'une classe d'âge d'arriver au niveau de la Troisième et du brevet ; cet objectif impose de remettre en place des parcours possibles plus variés et donc plus adaptés à la diversité des aptitudes mais menant à la Troisième et au brevet.

 

Parler d'aptitudes, c'est faire référence à une école tournée vers le progrès, renouer avec l'esprit du plan Langevin-Wallon ; c'est aussi volontairement ne pas parler des compétences qui renvoient clairement au monde de l'entreprise, et ce afin de se démarquer de l'école libérale et de son alter ego la formation tout au long de la vie ; c'est aussi ne pas évoquer la fausse question des goûts des élèves, car on sait très bien le poids des héritages familiaux et sociaux en ce domaine. C'est aussi prendre une autre voie que celle de la facilité et de la démagogie, voie qui consisterait à ne considérer le collège que comme un lieu de vie, où l'activité promue fin en soi et la sociabilisation prendraient le pas sur la connaissance.

 

Sur ce point, il serait utile de parvenir au dépassement de l'épuisante, clivante et réductrice querelle pédagogistes/républicains (réductrice car elle occulte le troisième intervenant, le libéralisme), de manière à mieux affronter le risque primordial : celui du collège néo-libéral. Ni exclusion précoce, ni abaissement du niveau : refus de toute dérive vers un renoncement à éduquer et à instruire, affirmation de l'éducabilité de tous, mais aussi refus de toute facilité, de toute tentation de se laisser glisser vers le moins-disant. Au contraire, volonté de prendre les problèmes à bras le corps et de les surmonter par un volontarisme assumé qui part du réel pour sa transformation.

 

Dans ce but, il faut proposer un collège plus varié, prenant en compte – enfin ! – la question sociale et son traitement (ce qui suppose des moyens en personnels qualifiés qui font aujourd'hui cruellement défaut), un collège qui donne un véritable cadre permettant le travail et l'acquisition des connaissances, valorisant l'effort, un collège qui porte l'ambition de conduire l'ensemble d'une classe d'âge en Troisième afin que le plus grand nombre puisse accéder au lycée, avec des connaissances solides, véritables et actées.

 

Voilà un projet républicain et progressiste, conforme aux besoins de la Nation.

 

Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école.

 

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17 décembre 2011 6 17 /12 /décembre /2011 22:45

Où est la continuité du service public de l’éducation ?

 

Les militants de l’école publique, laïque et républicaine, ont adressé une Lettre ouverte aux candidats à l’élection présidentielle. Jean-Pierre Chevènement m’a demandé d’y répondre en relation avec Daniel Salé, responsable du Mouvement républicain et citoyen (MRC) en Maine-et-Loire.

 

Depuis longtemps, ces militants clament leur frustration devant l’absence de volonté des pouvoirs publics de faire leur devoir, rappelé dans le préambule de la Constitution : « L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat ».

 

Car, dans les Mauges, la population rurale est dense (7 000 habitants à Beaupréau, chef-lieu d’un canton de 27 000 habitants). Pas d’enseignement public secondaire (collège, lycée). La Région a décidé de construire un lycée en 2015 à Beaupréau mais le Conseil Général de Maine-et-Loire refuse toujours de programmer la construction d'un collège public qui permettrait la continuité du service public d'éducation à Beaupréau, de la maternelle à la terminale.

 

Le Collectif pour la promotion de l’école publique dans les Mauges, l’association des parents d’élèves des écoles publiques de Beaupréau et le Collectif vigilance Laïcité du Maine-et-Loire n’ont pas l’intention de baisser les bras et d’attendre sans protester le bon vouloir du Conseil général.

 

Le 19 décembre, jour de l’ouverture de la session de fin d’année de l’Assemblée départementale, les trois organisations appellent à un rassemblement, à 9h30, devant la préfecture, puis elles feront une conférence de presse et poseront symboliquement la première pierre du collège de Beaupréau.

Daniel Salé y représentera Jean-Pierre Chevènement*, candidat à l’élection présidentielle, et le MRC. Il est évident que ce mouvement de protestation reçoit notre soutien car il s’agit d’être ferme sur le principe d’égalité, entre tous les enfants et entre tous les territoires. Voir "20 ans d’attaques contre l’École républicaine, ça suffit !" (MRC).

Voir aussi * "Je défends une école reposant sur les valeurs de savoir, d'effort, d'autorité des maîtres et les valeurs de la République" (Jean-Pierre Chevènement était l'invité du "Téléphone sonne" sur France Inter, mercredi 14 septembre 2011

Pour information :

Jacques Auxiette enclenche le processus de création d'un lycée à Beaupréau (49)le 11 juillet 2006. Il écrit sur son blog de président de la Région, le 30 janvier 2010 : Ni polémique, ni guerre scolaire mais le service public pour tous 

Nolwenn Le Blevennec signe un très bon article de Rue89, paru le 28 juin 2011 : Leurs collégiens et lycéens n'ont que le choix du privé.

 

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie L'école

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