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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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22 décembre 2010 3 22 /12 /décembre /2010 15:42

Banques renflouées, bond en arrière social pour les peuples

 

La décision prise par le Conseil européen, le 15 décembre, de réviser le traité de Lisbonne (voir Le traité de Lisbonne, illégitime, est à rebours de l'intérêt des peuples - 18 décembre 2010) a été peu commentée dans la presse. Qui a repris le communiqué d’Attac (Association pour la taxation des transactions financières et pour l’éducation citoyenne, reconnue association d’éducation populaire, qui s’est donné pour objectif la réduction des inégalités économiques et sociales entre les peuples) ?

 

Bernard Cassen, qui en est le président d’honneur - il est, par ailleurs, secrétaire général de Mémoire des luttes - éclaire la démarche des chefs d’Etat et de gouvernement, dans un Point de vue publié dans la lettre en ligne UFAL Flash n° 125 du 20 décembre voir UFAL - Union des FAmilles Laïques).

Il propose, comme en 2005 avec le traité constitutionnel européen (TCE), de développer la critique de la constitutionnalisation du pouvoir des instances non élues (Commission et Banque centrale européennes, Fonds monétaire international) au détriment des gouvernements et des citoyens.

Voici l’argumentation développée par Bernard Cassen.

Vers la révision du traité de Lisbonne. Une épreuve de vérité pour la gauche de gouvernement

Tout juste un an après son entrée en vigueur, le traité de Lisbonne – dont l’adoption avait pris sept ans – va devoir être révisé. Ainsi en a décidé le Conseil européen des 16 et 17 décembre. La modification est un simple ajout de deux phrases créant un Mécanisme européen de stabilité (MES) destiné à prendre la relève du Fonds européen de stabilité financière mis en place en catastrophe en mai 2010 pour faire face à l’éventualité d’un défaut de la Grèce sur sa dette souveraine. Ce Fonds n’était que provisoire, et venait à échéance à la fin de 2012. Le MES, lui, est permanent, et il est censé prendre effet en janvier 2013. D’où la volonté de le graver dans le marbre d’un traité.

Mais la volonté de qui ? Celle de la chancelière allemande Angela Merkel qui, avec l’appui de Nicolas Sarkozy, a imposé ses vues aux 25 autres gouvernements de l’Union européenne (UE). Ces gouvernements se seraient bien passés de remettre sur la table le clone du traité constitutionnel européen (TCE) qui, en 2005, avait été rejeté par les peuples français et néerlandais. Rebaptisé traité de Lisbonne, il avait à son tour été mis en échec par les Irlandais en 2008. On avait alors pu voir la démocratie européenne en pleine action. Ainsi, en France, le Parlement s’était substitué au peuple pour voter ce que ce dernier avait refusé. Quant aux Irlandais, ils avaient été re-convoqués aux urnes afin de donner enfin la seule réponse acceptable : le « oui ». On comprend que ces épisodes, et quelques autres, n’aient pas laissé de très bons souvenirs chez les dirigeants européens…

Pourquoi Angela Merkel fait-elle prendre tant de risques à certains de ses partenaires ? Elle avait seulement accepté à contre-cœur la création, dans un cadre intergouvernemental, du Fonds européen de stabilité financière doté d’une capacité d’intervention de 440 milliards d’euros. Elle craignait la censure du Tribunal constitutionnel fédéral de Karlsruhe face auquel elle entendait se « blinder » juridiquement. Par ailleurs, elle voulait rester en phase avec une opinion publique allemande hostile au renflouement des Etats présumés « laxistes » comme la Grèce et les autres membres du « Club Med ». C’est pourquoi elle a fait inscrire dans les ajouts au traité de Lisbonne cette petite phrase menaçante : « L’accès à toute assistance financière dans le cadre du mécanisme sera soumis à une conditionnalité stricte”.

Les Grecs et les Irlandais sont bien placés pour savoir ce que signifie cette « conditionnalité stricte » dont ils ont « bénéficié » par anticipation : sous la tutelle du trio constitué par la Commission, la Banque centrale européenne (BCE) et le Fonds monétaire international (FMI) le renflouement non pas des Etats, mais des banques, les peuples, pour leur part, étant conviés à payer la facture par un gigantesque bond en arrière social.

Tout le problème est maintenant de faire passer pour une « révision limitée » du traité, selon les « éléments da langage » diffusés à Bruxelles, ce qui équivaut en fait à un transfert massif à ce trio (CE, BCE, FMI) de la souveraineté des Etats membres de l’UE potentiellement candidats au MES. Il faut bien que ce tour de passe-passe soit juridiquement entériné, mais en évitant toute forme de ratification pouvant donner lieu à un référendum, même dans un seul pays.

La solution que l’on pouvait facilement anticiper était que l’affaire se règle au niveau des seuls gouvernements, hors de portée des électeurs et des Parlements nationaux et européen. Mais l’imagination des juristes ne pouvait se déployer qu’à l’intérieur des procédures de révision prévues par l’article 48 du traité sur l’Union européenne (TUE) qui, avec le traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), constitue le traité de Lisbonne. Cet article prévoit une procédure de révision ordinaire et des procédures de révision simplifiées.

La procédure de révision ordinaire, pour les modifications d’envergure ou touchant à la répartition des pouvoirs dans l’UE, est celle qui a été suivie pour le défunt traité constitutionnel européen (TCE). Elle aurait impliqué la séquence suivante : convocation ; mise en place d’une Convention ; tenue d’une conférence intergouvernementale (CIG) sur la base des conclusions de la Convention ; signature ; ratification (par la voie parlementaire ou par référendum). On a vu plus haut que ce scénario était par expérience celui de tous les risques.

Restaient alors les procédures dites « simplifiées », au nombre de deux. Elles ont en commun de ne pouvoir modifier que tout ou partie du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE), et absolument pas le TUE. L’une, celle dite des « clauses passerelles », que l’on évoquera seulement pour mémoire, pouvait d’emblée être écartée car elle avait été durement critiquée dans l’arrêt du Tribunal de Karlsruhe du 30 juin 2009. En revanche, l’autre semblait adaptée à l’objectif recherché. Elle concerne la partie III du TFUE qui porte sur les politiques et actions internes de l’Union.

Aux termes de l’article 48-6 du TFUE, les dispositions de cette partie III peuvent être modifiées directement par le Conseil européen statuant à l’unanimité, sans convocation d’une Convention ou d’une CIG. Comme l’explique Etienne de Poncins, diplomate dont les travaux font autorité sur les questions institutionnelles européennes, « les révisions ainsi proposées doivent être « approuvées » (et non « ratifiées ») par l’ensemble des Etats membres, selon leurs règles constitutionnelles respectives. En réalité, la différence entre « approbation » et « ratification » paraît assez ténue et pourrait, dans certains cas, ne pas impliquer un vote formel du Parlement national sur un texte, mais seulement une autorisation de ce Parlement au gouvernement ».

C’est exactement la philosophie de la révision proposée par le Conseil européen. Le premier ministre irlandais, Brian Cowen, a d’ailleurs vendu la mèche à Bruxelles : alors que, dans son pays, la ratification d’un traité européen passe obligatoirement, selon la Constitution, par un référendum (ce qui n’est pas le cas en France où c’est seulement une modalité possible), il a cru bon de déclarer : « Il est très improbable qu’un référendum soit nécessaire ».

Il faut donc s’attendre à une campagne européenne en forme de bourrage de crâne pour faire avaler aux opinions publiques l’équation selon laquelle « révision limitée = procédure simplifiée », alors que ladite révision touche à la répartition même des pouvoirs (ou de ce qu’il en reste) dans l’UE, et exige en conséquence le recours à la procédure de révision ordinaire. Donc, en France, in fine, soit un vote du Parlement soit un référendum. Il va être très intéressant d’observer comment les différents acteurs politiques, sociaux et médiatiques vont prendre position sur cette question de procédure.

En bonne logique, tous ceux qui considèrent que les Grecs et les Irlandais ont été « sauvés » par le trio Commission-BCE-FMI, et que le MES est un bon dispositif pour « sauver » prochainement les Portugais, les Espagnols et pourquoi pas les Français, devraient être enthousiastes à l’idée de faire partager leur foi par l’ensemble des citoyens. Ils devraient donc être les premiers à exiger un référendum. Et leur tâche ne devrait pas être trop difficile puisqu’ils ont avec eux la grande majorité des médias et des partis de gouvernement, qu’ils se réclament de la gauche ou de la droite. Quelque chose dit pourtant à l’auteur de ces lignes que tel ne va pas être le cas…

Tout indique plutôt qu’un front commun va se constituer entre les différentes composantes de la droite au pouvoir, du « centre », du PS (ou du moins de sa majorité) et d’Europe Ecologie pour ne pas exiger de référendum, prendre pour argent comptant la fable du caractère « limité » de la révision du traité, et donc se satisfaire de la procédure d’adoption simplifiée. On connaît d’avance les arguments : « Il y a risque de dérive populiste », « L’Europe et l’euro n’ont pas besoin de cela actuellement », « Il ne faut pas rouvrir les cicatrices du TCE », « Vous n’allez quand même pas tenir le même discours que le FN », etc.

L’exercice est quand même périlleux pour la direction du PS qui va devoir se défendre de sa collusion avec Nicolas Sarkozy sur la question fondamentale qu’est le tour pris par la construction européenne, alors qu’elle cherche à se différencier de lui dans la perspective des élections de 2012. D’autant que le président ne manquera pas de rappeler que le dispositif qu’il préconise a été adoubé par le directeur général du FMI, un certain DSK, titulaire d’une carte de membre du PS et candidat potentiel en 2012.

Une solution médiane serait que ce parti demande seulement une ratification parlementaire en bonne et due forme, solution « gagnant-gagnant », comme on dit en Poitou-Charentes. Comme pour la ratification du traité de Lisbonne, celle du MES serait acquise d’avance puisque la droite est majoritaire dans les deux assemblées et que, le cas échéant, des députés et sénateurs socialistes plaçant leurs « convictions européennes » au-dessus des « clivages partisans » feraient volontiers l’appoint. D’autres pourraient s’abstenir ou voter contre, sans incidence sur le résultat final.

Il appartient à ceux qui avaient décortiqué le TCE et rejeté sa tentative de constitutionnalisation des politiques néolibérales de recommencer l’exercice avec le projet de réforme du traité. Cette fois-ci, sous le prétexte – qui fait sourire – de résister aux exigences des marchés financiers, il s’agit de la constitutionnalisation du pouvoir des instances non élues (le trio décrit plus haut) sur les gouvernements, les élus et donc les citoyens. C’est pourquoi, pour éclairer l’opinion, tout journaliste interrogeant un dirigeant politique ou un candidat à la présidence devrait désormais lui poser d’emblée une sorte de « question prioritaire de constitutionnalité » à propos de la révision du traité.

Ce dispositif entré en vigueur le 1er mars 2010 permet à tout citoyen de contester devant le Conseil constitutionnel une loi portant atteinte aux droits que la Constitution garantit. Les plateaux de télé et les studios de radio ne sont certainement pas les instances suprêmes de la République, mais, à l’occasion, ils peuvent contribuer à l’édification des citoyens sur les questions fondamentales en soumettant leurs interlocuteurs à une épreuve de vérité. Une belle occasion leur en est fournie à l’issue du récent Conseil européen.

Source : http://www.medelu.org/spip.php?article687 (17 décembre 2010)

Notes

1- Lire Bernard Cassen, « Un ‘consensus de Berlin’ imposé à l’Europe », Le Monde diplomatique, décembre 2010.

2- Le traité de Lisbonne ne comprend que 7 articles qui, en fait, reviennent à modifier les traités de Maastricht (1992) et de Rome (1957). C’est pourquoi la nouvelle structure des traités européens se présente de la manière suivante : d’un côté un traité sur l’Union européenne (TUE) issu du traité de Maastricht et comprenant 55 articles ; de l’autre un traité sur le fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) issu du traité de Rome et comprenant 358 articles. Il a trait en particulier aux politiques de l’UE.

3- Etienne de Poncins, Le Traité de Lisbonne en 27 clés, Editions Lignes de repères, Paris, 2008.

 

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne

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19 décembre 2010 7 19 /12 /décembre /2010 16:07

Définir le cadre général du « mandatement » des associations

 

L’UFAL (Union des Familles Laïques), dans son bulletin UFAL FLASH n° 124, paru le 14 décembre, a eu la bonne idée de reproduire la présentation de l’adjoint au maire de Villeneuve-d'Ascq (Nord), Alain Carette, concernant la délibération adoptée par le Conseil municipal le 21 octobre 2010.

On y retrouve les éléments du débat qui a précédé le referendum du 29 mai 2005.

 

Comment une commune se donne le droit de définir l’intérêt général face à l’Europe

La transposition en cours de la directive Services pose aux collectivités locales des difficultés que l'UFAL a déjà soulignées, car certains services sociaux ne sont pas exclus de son champ d'application (notamment dans le champ de l'accueil de la petite enfance). Villeneuve d'Ascq a pris une délibération qui vise à permettre que certains services sociaux soient exclus, au cas par cas, de la mise en concurrence, et cela en édictant des règles à la procédure de mandatement d'associations.

Cette délibération est intéressante, car elle tente d'installer une parade à la politique européenne relative aux SSIEG.

Voici le texte de l’adjoint au maire de Villeneuve-d’Ascq.

Ratifié par la République française le 8 février 2008, le Traité de Lisbonne - je devrais dire les Traités de Lisbonne, car il s'agit à la fois du Traité sur l'Union européenne, TUE, et du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, TFUE -  sont entrés en vigueur le 1er décembre 2009. Ces traités contribuent à renforcer le principe de protection des missions d'intérêt général imparties à certains services, eux-mêmes qualifiés d'intérêt général, y compris les services sociaux.

Les Traités de Lisbonne reprennent l'essentiel des dispositifs du projet dit constitutionnel rejeté par 54,68 % des Français lors de la consultation par voie de référendum du 29 mai 2005. Le principal acteur du projet de Traité constitutionnel, Valéry Giscard d'Estaing, n'a-t-il pas déclaré à ce sujet dans le journal Le Monde du 26 octobre 2007 : « Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de Traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l'ordre a été changé dans la boîte à outils. La boîte, elle-même, a été redécorée, en utilisant un modèle ancien, qui comporte trois casiers dans lesquels il faut fouiller pour trouver ce que l'on cherche ». Ne soyons pas étonnés de la situation actuelle. Les attendus ne sont évidemment pas les mêmes, mais l'absence de concertation aujourd'hui vaut le mépris avec lequel le vote solennel des Français par voie de référendum a été considéré hier.

Revenons à nos préoccupations concernant les services sociaux d'intérêt général. Le livre blanc de la Commission européenne sur les services d'intérêt général en date du 12 mai 2004 affirme « reconnaître pleinement l'intérêt général dans les services sociaux » et établit la notion de « services sociaux d'intérêt général ». Deux communications datant de 2006 et 2007 en ont retenu les spécificités en matière d'organisation, d'encadrement, de financement et de nature des opérateurs et des utilisateurs.

L'article 14 du nouveau Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne reconnaît la place qu'occupent les services d'intérêt général parmi les valeurs communes de l'Union, ainsi que le rôle qu'ils jouent dans la promotion de la cohésion sociale et territoriale de l'Union.
Enfin, l'article 36 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne adoptée le 7 décembre 2000 par l'Union européenne précise que cette dernière reconnaît et respecte l'accès aux services d'intérêt économique général tel qu'il est prévu par les législations et les pratiques nationales afin de promouvoir la cohésion sociale et territoriale de l'Union. Cette reconnaissance dispose désormais d'une valeur juridique analogue aux dispositions des Traités.

Une distinction est faite en droit communautaire entre :

1.     les services d'intérêt général qui ne relèvent pas d'une activité de nature économique au sens des Traités et de la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne et pour lesquels les règles de concurrence et du marché intérieur ne s'appliquent pas. Ces services sont qualifiés de « services non économiques d'intérêt général (SNEIG) ». Font partie de cette catégorie, en France, les services régaliens (police, défense, diplomatie, sécurité, justice et service public pénitentiaire, état civil), entièrement financés par l'impôt et assurés par l'administration publique. Font également partie de cette catégorie les fonctions à caractère exclusivement social tels que les régimes obligatoires de protection sociale ou encore les régimes obligatoires d'éducation.

2.      les services d'intérêt général relevant d'une activité de nature économique au sens des traités, alors appelés « services d'intérêt économique général (SIEG) ».

La directive 2006/123/CE du Parlement européen et du Conseil du 12 décembre 2006, dite « directive services », héritière d'un projet de directive généralement mieux connue du nom de l'ancien commissaire européen qui en fut à l'origine, Frits Bolkestein, vise à établir un véritable marché intérieur des services d'intérêt économique général, relevant exclusivement du droit de la concurrence.

Les États membres disposaient de trois années à compter de la date de publication pour transposer la directive services dans leurs droits nationaux. Cette directive est clairement d'orientation libérale. Elle vise à supprimer toute entrave à la concurrence libre et non faussée, en particulier en ce qui concerne les subventions ayant pour but, directement ou indirectement, de soutenir des services susceptibles d'être considérés comme marchands, dans des conditions susceptibles d'affecter les échanges entre États.

Après le syndrome du plombier polonais ou, plus récemment, celui du pilote de ligne irlandais, nous avons entendu parler de celui de la crèche lettone.

 

Souvenons-nous du discours prémonitoire de Pierre Mendès-France, le 18 janvier 1957, soit un peu plus de deux mois avant la signature des Traités de Rome : « Le projet du marché commun, tel qu'il nous est présenté, est basé sur le libéralisme classique du XXe siècle, selon lequel la concurrence pure et simple règle tous les problèmes.

L'abdication d'une démocratie peut prendre deux formes :

- soit elle recourt à une dictature interne par la remise de tous les pouvoirs à un homme dit "providentiel",

- soit elle recourt à la délégation de ses pouvoirs à une autorité extérieure, laquelle au nom de la technique exercera en réalité la puissance politique, car au nom d'une saine économie, on en vient aisément à dicter une politique monétaire, budgétaire, sociale, finalement une politique, au sens le plus large du mot, nationale et internationale. »

 

Au-delà de cette analyse, que je partage, mon intention n'est pas ici de refaire l'histoire et d'imaginer que l'Union européenne aurait pu davantage prendre en compte la réalité des services publics tels que nous les entendons dans notre pays, pas davantage que de stigmatiser le gouvernement qui, à une loi-cadre de transposition générale de la directive services, assortie d'une définition large des services sociaux échappant à la directive, a préféré un rapport relevant les transpositions partielles, secteur par secteur, déjà opérées par la loi.

Ce qui m'amène à m'adresser à vous aujourd'hui est la question suivante : comment maintenir notre ligne par rapport aux associations rendant des services qui pourraient être qualifiés de services d'intérêt économique général sans tomber sous les fourches caudines de la directive services ?

 

La dérogation aux règles de la concurrence est prévue par l'arsenal juridique du droit communautaire : il s'agit de la procédure dite de mandatement. Le mandatement est l'acte par lequel une collectivité publique charge un opérateur, en l'occurrence une association, d'un service d'intérêt général et lui impose les obligations de service public qui en découlent.

Le mandatement est nécessaire à la reconnaissance d'un SIEG. Ce mandatement entraîne ainsi une dérogation aux règles communautaires des aides d'État, y compris celles des collectivités locales, et permet l'octroi de compensations financières.

 

L'objet de la délibération que j'ai l'honneur de vous présenter est de définir le cadre général dans lequel devront s'effectuer les délibérations particulières de mandatement au sens que lui donne l'Union européenne ainsi que toutes les obligations qui en découlent.
Cette première étape ne représente en quelque sorte que la partie émergée de l'iceberg. Une fois cette délibération adoptée par notre conseil, il faudra que les élus concernés, aidés en cela par les services, s'interrogent sur les activités qui relèvent ou non de l'intérêt général et

 

Extrait de la délibération : Dès lors qu'ils relèveront des missions qualifiées de services d'intérêt économique général par le conseil municipal, les projets initiés par une association pourront bénéficier d'une subvention en guise de compensation dans le respect de la réglementation européenne, sous réserve de leur exécution par mandat comme explicité ci-après :

-         fonder l'existence d'une mission d'intérêt général,

-         qualifier explicitement les services de SSIEG,

-         définir précisément le périmètre du SSIEG ainsi créé, définir les obligations de service public (accès universel, continuité, qualité, accessibilité tarifaire - gratuité - ...) et les critères et forme de compensation de service public,

-         décider de l'acte de mandatement (procédure et forme) et mandater le SSIEG.

Les délibérations propres à chaque SSIEG seront prises ultérieurement.

 

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne

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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 18:08

L’Europe, si elle veut survivre, devra sortir de ce traité

 

Lors du Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne, réuni à Bruxelles les 16 et 17 décembre, la décision a été prise de modifier le traité de Lisbonne (deux phrases) afin de répondre à l’exigence de l’Allemagne (risque de censure par sa Cour constitutionnelle) pour accepter la création d’un Fonds de secours permanent, mécanisme de solidarité financière en faveur des pays de la zone euro menacés par la faillite en cas d’attaques spéculatrices de la part des marchés financiers.

En fait, la décision avait été préparée dans la nuit du 28 au 29 octobre 2010. Voir la justification qui en est faite dans un article du Monde, le 28 octobre : Traité de Lisbonne : "une révision nécessaire"

« Les Etats membres souhaitent recourir à l'article 48-6 du traité qui prévoit une procédure accélérée de révision, permettant de contourner le Parlement européen et d'éviter ainsi un long processus ».

 

Car, une fois la décision prise à l’unanimité par les chefs d’Etat et de gouvernement, il faut qu’elle soit ratifiée par les peuples ou, du moins, par ceux qui les représentent, les parlements. Concernant les procédures de révision du traité en France, voir Le traité de Lisbonne sur le site du Sénat.

Voir aussi cet article, paru il y a un an, au moment de la mise en œuvre du traité :

Traité de Lisbonne : cette Europe n'est pas la bonne, échec annoncé - 5 décembre 2009

 

La grande préoccupation des défenseurs du traité de Lisbonne est de savoir si l’Irlande sera, ou non, obligée de passer par un referendum pour ratifier la révision du traité.

Lire sur le site de Toute l’Europe, le 17 décembre, les propose de Laurent Pech, maître de conférence et titulaire de la chaire Jean Monnet de l'Université Nationale d'Irlande à Galway. Il a écrit plusieurs articles analysant les conditions de ratification par l'Irlande du traité de Lisbonne.
Révision du traité de Lisbonne en Irlande : le recours au referendum est-il obligatoire ?

 

La position critique d’ATTAC (17 décembre)

 

Traité de Lisbonne : une réforme pour les marchés, par-dessus les peuples

 

Les chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne examinent en ce moment à Bruxelles les propositions d’Herman Van Rompuy pour la future « gouvernance » économique de l’UE et le renforcement du pacte de stabilité. Ils se sont d’ores et déjà accordés pour réformer le traité de Lisbonne, afin de mettre en place un mécanisme permanent de gestion des crises. Il s’agit de contraindre les États en difficulté à une austérité permanente, et d’encadrer la mise à contribution – probablement symbolique - du secteur financier.

La crise a clairement montré la nécessité d’une réelle réorientation radicale de l’Union européenne. Pourtant la Commission et le Conseil, en promouvant des politiques d’austérité et de rigueur, persistent à s’inspirer d’un paradigme économique discrédité et injuste basé sur la réduction des budgets publics, la remise en cause des protections sociales et la « modération » salariale au nom de la nécessité de « rassurer les marchés ».

Cette emprise des marchés financiers est inscrite au cœur du projet de « gouvernance » économique, prônée par les chefs d
'Etat et de gouvernement. L’emprise des peuples, elle, semble de plus en plus incertaine : le recours à la « procédure simplifiée » écarte en effet la possibilité d’une consultation populaire sur la modification du traité de Lisbonne. Il s'agit d'un nouveau déni démocratique.

Attac France dénonce les orientations régressives adoptées à Bruxelles, et demande la tenue d
'un referendum en France sur la réforme du traité de Lisbonne. Avec les Attac d’Europe, elle souhaite que les associations, les syndicats et la société civile s'organisent, dans chaque Etat membre et à l’échelle européenne, pour mettre en avant de nouvelles perspectives plaçant les droits sociaux, écologiques et démocratiques au cœur d’un autre projet européen.

Le réseau des Attac d’Europe publie aujourd
'hui une déclaration commune  proposant de véritables mesures alternatives, en particulier :
- permettre aux gouvernements de l’UE, et de la zone euro en particulier, d’emprunter directement auprès de la Banque Centrale Européenne (BCE) à des taux d’intérêts très bas.
- mettre en place un mécanisme de défaut, par lequel les États répudieraient tout ou partie de leur dette publique, provoquée par les cadeaux fiscaux aux riches, la crise de la finance et les taux d
'intérêts prohibitifs imposés par les marchés financiers
- réformer la fiscalité pour rétablir les recettes publiques et la rendre plus juste, avec une taxation des mouvements de capitaux, des grandes fortunes et des hauts revenus, des profits des entreprises, vers l’instauration d’un revenu maximum

Lire l’article paru le 17 décembre sur le site du Monde, signé Pierre Khalfa, porte-parole de l'union syndicale Solidaires, membre du conseil scientifique d'Attac Europe : la dernière chance ?

Deux options s'offrent à l'Europe, soit continuer sur la trajectoire actuelle et à terme éclater, soit se saisir de la crise pour changer radicalement d'orientation (…).

 

Lire aussi les articles de Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen (informations, propositions)

« PERMIS UNIQUE » : LE PARLEMENT EUROPEEN REJETTE UNE DEUXIEME BOLKESTEIN (14 décembre)

Le Parlement européen a voté aujourd’hui sur la procédure de demande  de permis unique de résidence et de travail autorisant les ressortissants de pays tiers à résider et travailler dans les Etats membres dont je parlais dans mon précédent billet. A la surprise générale, il l’a rejetée. Je me félicite que la  majorité du Parlement européen refuse un compromis négatif avec le Conseil européen sur cette directive. Aujourd’hui La plénière a dit non à  une grave compromission au service exclusif des grandes entreprises qui auraient pu  demain mettre encore plus en concurrence les salariés de l’Union européenne avec ceux des pays extérieurs de l’Europe venant y travailler. En quelque sorte la création d’une seconde directive Bolkestein pour les salariés venant de pays tiers qui seraient ainsi malléables et exploitables à merci.

 

"INITIATIVE CITOYENNE" : LE PARLEMENT EUROPEEN ADOPTE UNE DISPOSITION LIMITEE (15 décembre)

Le Parlement européen vient de voter une disposition baptisée « initiative citoyenne ». Celle-ci était prévue dans le traité de Lisbonne et a été soumise au vote aujourd’hui après plusieurs mois de discussions et de négociations au sein des instances européennes. Je ne me suis pas opposé à cette proposition en votant contre. Mais, compte tenu de ses limites et par respect pour les électrices et les électeurs, pour toutes celles et tous ceux qui souhaitent une Europe démocratique, je n’ai pas voulu non plus semer d’illusions. En conséquence de quoi je me suis abstenu.

« L’initiative citoyenne » telle qu’elle est votée consiste à permettre à des collectifs, des partis, des ONG, des églises, des syndicats, des citoyens qui se regroupent, de collecter un million de signatures dans sept Etats membres différents, sur un sujet qui leur tient à cœur. Ces signatures peuvent être recueillies sur papier ou par internet. Le contrôle de la validité des signatures se fera par chacun des Etats membres. Chaque texte de pétition sera soumis à l’avenir à un comité de citoyens dans l’Union européenne. La Commission recevra ces pétitions. Cependant, elle sera malheureusement seule juge pour donner une suite législative au contenu des pétitions. D’autre part, elle statuera selon les critères inclus dans le traité de Lisbonne et dans la charte des droits fondamentaux. Rappelons que le traité de Lisbonne a été rejeté par plusieurs peuples. Ce cadre imposé conduit donc par avance à biaiser l’efficacité de « l’initiative citoyenne » elle-même.

DES PROPOSITIONS POUR UNE ISSUE A LA CRISE EUROPENNE (16 décembre)

L’ampleur, la gravité, la durée de la crise qui frappe si durement les populations, particulièrement le monde du travail, la jeunesse et les plus fragiles, appelle l’ouverture d’un vrai débat démocratique sur les choix de politiques économique, budgétaire, monétaire, sociale en France et dans toute l’Europe (…).

 

Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne

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5 décembre 2009 6 05 /12 /décembre /2009 16:21

L’Europe doit changer radicalement de perspective

 

A l’heure du débat sur l’identité nationale, très mal engagé parce que mal posé, il serait bon de réfléchir à l’identité de ce traité qui est entré discrètement en application le 1er décembre.  

Fausse identité, en réalité, puisque, pour l’essentiel, le traité de Lisbonne recouvre la Constitution européenne, rejetée par les peuples français et néerlandais les 29 mai et 1er juin 2005.  

Usurpation d’identité, jugée sévèrement par la Cour de Karlsruhe (voir Traité de Lisbonne ratifié, avec les réserves de la Cour de Karlsruhe - 3 novembre 20092).

 

Bernard Cassen a décrit l’ambiguïté européenne dans un article paru sur le site de Marianne, le 10 novembre : Bousculades à la tête de l’Union européenne


Le traité de Lisbonne est maintenant ratifié par les 27 Etats membres de l’Union européenne (UE) et va entrer en vigueur le 1er décembre. Le président tchèque Vaclav Klaus a finalement apposé sa signature après avoir vainement tenté de faire traîner les choses dans l’espoir d’une victoire des Conservateurs lors des élections législatives prévues au Royaume-Uni au plus tard en juin 2010. Bien que le traité ait déjà été ratifié par son pays, le leader des Tories, David Cameron, avait en effet promis d’organiser un référendum qui aurait eu toutes chances de l’enterrer définitivement. Il vient d’y renoncer. Aussi la grande affaire qui occupe les gouvernements est désormais la répartition des postes à la tête des institutions de l’Union européenne (UE) qui devraient se mettre en place au début du mois de janvier prochain.

Il ne s’agit pas seulement du choix de telle ou telle personnalité. Ce qui est en jeu, c’est la conception même du pouvoir dans l’UE. De ce point de vue, les dispositions du traité de Lisbonne, conçues au début des années 2000, apparaissent singulièrement décalées par rapport à la nouvelle réalité politique révélée par la crise.

On a pu constater, à l’épreuve de vérité des capacités d’intervention financière, que l’UE c’était avant tout les Etats - surtout les plus grands (Allemagne, France, Royaume-Uni) -, et non pas la Commission de Bruxelles ou le Parlement de Strasbourg. Ni non plus la Banque centrale européenne.

Le caractère intergouvernemental du dispositif communautaire s’est ainsi considérablement renforcé, au détriment de sa dimension fédérale. Or le traité, lui, postule une visibilité très forte de l’UE en tant que telle, et non pas comme agrégat d’Etats (…).

Sur le site de l’Humanité, le 2 décembre, Rosa Moussaoui souligne la contradiction entre les paroles du chef de l’Etat français et les réalités de la politique européenne.

Dans le carcan ultralibéral du traité de Lisbonne

 

Le copié-collé du projet de constitution européenne est entré en vigueur hier. Il sanctuarise des politiques au service de la finance.

« La crise est venue de la dérive d’un modèle anglo-saxon, je veux pour le monde la victoire du modèle européen qui n’a rien à voir avec les excès d’un capitalisme financier », a affirmé Nicolas Sarkozy, hier, dans le Var. Le « modèle européen » sanctuarisé par le traité de Lisbonne, qui entre en vigueur aujourd’hui, un antidote aux « dérives du capitalisme financier » ? En pleine crise, ces assertions peinent à faire oublier l’activisme de l’Union européenne en faveur de la déréglementation, de la compression des dépenses sociales et de politiques économiques et monétaires tout entières dédiées à l’appui aux marchés financiers, au détriment de l’emploi et de la croissance. Quelques exemples. Comme le projet de constitution, le traité de Lisbonne consacre « la concurrence libre et non faussée » comme un dogme fondamental de l’UE. Il stipule que « l’Union contribue (…) au développement harmonieux du commerce mondial, à la suppression progressive des restrictions aux échanges internationaux et aux investissements étrangers directs, ainsi qu’à la réduction des barrières douanières et autres ». De même, le traité de Lisbonne stipule que « toutes les restrictions aux mouvements de capitaux sont interdites ». Des dispositions qui font des promesses présidentielles de « régulation » des paroles en l’air. Enfin, ce traité laisse intacts les pleins pouvoirs de la Banque centrale européenne, enferrée dans les dogmes monétaristes qui font de la « stabilité des prix » l’unique objectif de sa politique monétaire. Une mission désormais inscrite dans les objectifs de l’Union, qui justifie les appels répétés de la BCE à la « modération salariale ».

Sur le site du Monde, le 1er décembre, c’est sans une once d’esprit critique qu’est présenté l’évènement : Le traité de Lisbonne entre en vigueur  

Le traité de Lisbonne est entré en vigueur mardi 1er décembre. Ce texte, censé améliorer le fonctionnement de l'UE et sa visibilité dans le monde, va lui donner "les outils nécessaires pour relever les défis futurs et répondre aux demandes des citoyens", affirme le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, dans un communiqué. Une brève cérémonie, organisée par le gouvernement portugais, la présidence suédoise de l'UE et la Commission européenne, devrait se dérouler mardi soir dans la capitale portugaise pour célébrer l'entrée en vigueur du traité de Lisbonne.

 

Principale innovation : la création d'un poste de président permanent du Conseil européen (l'organe où se réunissent des chefs d'Etats et de gouvernement), confié au Belge Herman Van Rompuy pour au moins deux ans et demi. Jusqu'ici, la présidence de l'UE à ce niveau passait d'un pays à l'autre tous les six mois.

 

La Britannique Catherine Ashton devient haute représentante pour les affaires étrangères. Mme Ashton remplace l'Espagnol Javier Solana, qui est resté dix ans en fonctions à la tête de la diplomatie européenne, mais elle disposera par rapport à lui de prérogatives renforcées et d'un service diplomatique propre, fort de plusieurs milliers de fonctionnaires.

 

Le texte doit permettre de faciliter les prises de décisions d'une Union élargie à 27 pays, et peut-être bientôt à plus de trente avec les Balkans et l'Islande, en limitant les droits de veto. Il renforce aussi les droits du Parlement européen et des Parlements nationaux, et scelle dans le marbre la Charte des droits fondamentaux européens. Parmi les autres nouveautés introduites par le traité figure le droit d'initiative populaire des citoyens européens.

 

La Commission va garder le monopole de proposer des lois européennes, mais les citoyens pourront dorénavant l'inviter à agir s'ils estiment qu'elle ne le fait pas suffisamment ou mal. Le traité de Lisbonne indique que cette initiative doit émaner d'au moins un million de citoyens "qui sont ressortissants d'un nombre significatif d'Etats membres" dont le seuil doit encore être précisé. Le traité permet aussi à un pays qui le souhaite de quitter l'Union.

            Voir aussi : Les principaux points du traité de Lisbonne (Le Monde, 3 octobre) et Le traité de Lisbonne.

 

Le Monde, le 1er décembre, a donné la parole à Jacques Delors, qui affirme : Herman Van Rompuy est "le bon choix".

Car, dit-il, c’est un fédéraliste qui saura se mettre au service de l’Europe, modestement, comme le ferait un fonctionnaire discret mais efficace pour éviter le choc des personnalités et des institutions.

Les chefs d’Etat et de gouvernement n’ont pas désigné un président de l’Europe, mais quelqu’un qui va faciliter la survie de l’idée européenne au moment où celle-ci est menacée par le retour des souverainetés nationales.

 

Qu’on ne s’y trompe pas : la construction européenne n’est plus ce qu’elle était.  

L’offensive fédéraliste de Giscard d’Estaing, en 2001, visant à constitutionnaliser les bases des futurs Etats-Unis d’Europe, a été mise en échec, d’abord par l’élargissement précipité aux nations de l’Europe centrale et orientale, puis par la décision erronée de surcharger le texte constitutionnel du poids de tous les traités précédents et, enfin, par la spectaculaire crise financière de 2007 et 2008, qui a remis les Etats à la première place.  

Le traité de Lisbonne, qui a été adopté par les Etats à la suite du rejet de la Constitution européenne par les peuples, n’est pas adapté à la situation nouvelle qui prévaut en Europe. Il revient aux peuples de jouer leur rôle dans la réorientation de la politique européenne des nations, laquelle doit être fondée sur la solidarité et la coopération.

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne 2007-08-09

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3 novembre 2009 2 03 /11 /novembre /2009 23:49

Début de la fin d’une Europe hors du champ démocratique ?

 

Le traité de Lisbonne, rescapé survivant de l’opposition des peuples français et néerlandais (2005), puis irlandais (2008), a été ratifié ce 3 novembre par le 27ème Etat, la République tchèque. Il entrera en vigueur le 1er décembre 2009.

 

Le vote irlandais, début octobre, avait ouvert la voie (voir Après le oui irlandais, le traité de Lisbonne est en voie de ratification - 8 octobre 2009).

 

Toutefois, le contexte européen est fort différent de ce qu’il était en 2001, au moment du lancement de la Convention sur l’avenir de l’Europe.

 

Le traité constitutionnel européen (TCE), adopté en 2004 par les chefs d’Etat et de gouvernement, n’a pas été ratifié par les peuples (voir le rappel historique dans l’article Ratification du traité de Lisbonne : six Etats membres de l'UE en rade - 8 février 2009).

 

Le traité de Lisbonne, qui reprend l’essentiel du TCE, a subi un examen juridique approfondi de la part de la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe (voir Traité de Lisbonne : la leçon allemande de démocratie européenne - 4 juillet 2009).


Marie
-Françoise Bechtel
, chargée de la diffusion des idées et de la formation au Mouvement Républicain et Citoyen, a réalisé une étude savante de l’arrêt de cette cour de Karlsruhe, qui est à lire sur le site du MRC, sous le titre : L’arrêt du 30 juin 2009 de la cour constitutionnelle et l’Europe : une révolution juridique ?

 

Marie-Françoise Bechtel, lors de l'université d'été du MRC à Toulouse, le 5 septembre 2009,
au côté de Jean-Yves Autexier (micro) et de Julien Landfried


En voici l’introduction, mais aussi le résumé.

 

L'arrêt du 30 juin 2009 de la cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe aurait dû connaître un véritable retentissement politique. Ses mérites, il est vrai, sont mis en valeur par la conspiration du silence dans les medias, les gouvernements et les partis. Quant à la doctrine, elle met pour l’essentiel, un grand empressement à tenter de recoller les morceaux.

Il est pourtant raisonnable de dire que cet arrêt inaugure une ère nouvelle dans les relations entre l’Union Européenne et les Etats.

Que dit cet arrêt ? Résumé de l’arrêt tel que communiqué par la Cour de Karlsruhe :

« Le Traité de Lisbonne est compatible avec la loi fondamentale. Mais la loi étendant et renforçant les pouvoirs du Parlement (Bundestag et Bundesrat) dans les matières européennes viole les articles 38.1 et 23.1 de la loi fondamentale dès lors que le Parlement allemand ne se voit pas accorder des pouvoirs suffisants dans la participation à la procédure législative et à la procédure d’amendement des traités. La ratification par la République fédérale d’Allemagne du Traité de Lisbonne ne peut donc avoir lieu tant que la loi relative aux droits de participation du Parlement n’est pas entrée en vigueur. Décision prise à l’unanimité quant au résultat et à l’unanimité moins une voix quant au raisonnement ».

 

Que peut-on en conclure ?

On note tout d’abord l’importance que la cour attache au « raisonnement ». C’est bien lui qui fait le prix de cet arrêt et c’est à lui qu’il faudra se référer pour l’avenir.

En effet la conclusion même de la Cour selon laquelle le Traité de Lisbonne n’est pas inconstitutionnel est a priori irénique. Mais à quel prix ! Dans une analyse implacable de la nature même de l’Union Européenne, le juge allemand pointe tout ce qui fait de la construction communautaire un édifice contraire à la démocratie et, par la même occasion, interdit qu’une Constitution vienne coiffer cet édifice qui n’est ni un Etat fédéral - dont il a certain traits - ni un Etat unitaire et qui, comme « organisation internationale », ne peut se prévaloir d’une souveraineté comparable à celle des Etats qui la composent. Elle en déduit que le Parlement national doit se voir reconnaître un droit de regard sur la mécanique de prise des décisions et que, tant qu’une loi n’aura pas reconnu ces droits « de participation », le traité ne peut être ratifié par l’Allemagne.

En d’autre termes, si la Cour s’apprête vraisemblablement à composer avec le gouvernement qui s’est empressé de préparer la loi qu’elle exige renforçant les pouvoirs du Parlement national dans l’élaboration des normes communautaires, elle a verrouillé l’avenir et même le présent dès lors qu’elle impose une interprétation réductrice des compétences européennes.

C’est pourquoi si l’arrêt du 30 juin 2009 n’est pas un séisme, il constitue cependant une fracture dont les institutions de l’Union auront du mal à se remettre.


Revue de presse concernant la ratification du traité de Lisbonne et les projets à court terme de l’Union européenne.

 

Traité de Lisbonne: la fin d'un marathon (La Tribune, 30 octobre)

 

Le président tchèque ratifie le traité de Lisbonne (Le Monde, 3 novembre)

 

Traité de Lisbonne : les prochaines étapes (Le Monde, 3 novembre)


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8 octobre 2009 4 08 /10 /octobre /2009 22:12

La crise obscurcit l’horizon de l’euro et de l’Europe

 

L’Union européenne est bâtie sur les sables mouvants du capitalisme financier mondialisé. Cette construction idéologique est menacée à partir du moment où le socle néolibéral est appelé à s’effondrer. Depuis un an, tout est fait pour continuer comme avant la crise financière, mais c’est irréel. Les cours de Bourse remontent pour faire croire que la crise est derrière nous. Mais, ce n’est pas vrai. La crise économique est devant nous.

 

Nous allons devoir faire face à des changements dans notre mode de vie, qui nécessiteront un encadrement politique d’un type nouveau, profondément démocratique ou à caractère autoritaire, selon les représentants que nous aurons au sommet de l’Etat.

 

Les péripéties de la ratification du Traité européen de Lisbonne semblent dérisoires, compte tenu des nuages qui obscurcissent l’horizon économique et financier de l’euro et de l’Europe.

 

Après le second vote irlandais, positif cette fois, le 2 octobre (voir l’analyse de Pascal Riché, Rue89, 4 octobre, Pourquoi l'Irlande a finalement dit oui au Traité européen), la voie est dégagée pour la ratification.

 

Le président de la République allemande, Horst Köhler, a signé les "documents" le 23 septembre, le parlement ayant approuvé la loi exigée par le tribunal constitutionnel de Karlsruhe lui accordant des droits supplémentaires (droits d’être informé et d’émettre des avis lors des négociations européennes - arrêt du 30 juin 2009). Voir, à ce sujet, Traité de Lisbonne : la leçon allemande de démocratie européenne - 4 juillet 2009.

 

Il ne reste plus que l’accord des présidents polonais et tchèque à obtenir. Le président polonais, Lech Kaczynski, qui voulait attendre le résultat du second référendum irlandais, a fait savoir qu’il signera prochainement. Les réticences se limitent à Vaclav Klaus, président de la République tchèque, qui, aux dernières nouvelles (Le Monde, 8 octobre), "souhaite ajouter une note en bas de page de deux phrases", selon le président en exercice de l'UE, le premier ministre suédois Fredrik Reinfeldt. La marge de manœuvre du président « eurosceptique » est réduite, le parlement tchèque ayant voté la ratification.

 

Le traité de Lisbonne va, donc, être mis en œuvre. Pour l’essentiel, c’est le traité constitutionnel européen (TCE), qui avait été rejeté par les peuples français et néerlandais les 29 mai et 1er juin 2005.

 

Voir le texte publié par ATTAC le 3 octobre :

 

Le résultat est clair : le vote « oui » au Traité de Lisbonne s'est exprimé à une large majorité. Mais il n'efface pas le déni démocratique qui a été institué, avec la décision de faire revoter des citoyens irlandais qui ont « mal » voté en juin 2008. Cela après qu'en France et aux Pays-Bas, les gouvernements aient décidé d'entériner le vote sur le Traité de Lisbonne par un vote parlementaire, par peur que leurs citoyens ne revotent « non » sur un traité jumeau du Traité constitutionnel européen.

Tous les moyens ont été mis en œuvre pour tenter de faire changer d’avis les Irlandais. A commencer par les moyens de communication, à coup de campagnes largement financées par les grandes entreprises comme Ryanair et Intel, qui ont donné des sommes énormes pour la cause du « oui ». Des engagements ont été pris par le gouvernement irlandais et le Conseil européen, mais uniquement à destination du « non » de droite nationaliste : nomination d'un commissaire irlandais, possibilité de poursuivre un dumping fiscal en Irlande, maintien de l'interdiction d'avorter,... Par contre, rien pour le « non » de gauche, qui se bat notamment contre une Europe du libre-échange, pour un nivellement vers le haut des droits sociaux et contre la militarisation inscrite dans le traité. Pourtant, ce « non » de gauche avait eu un rôle important, bien plus que ce qui a pu être rapporté dans les médias.


Le résultat de ce référendum n'est pas un « oui » à la forme et à l'orientation que revêt aujourd'hui l'Union européenne. C'est un « oui » obtenu par la peur et l'insécurité provoquées par la gravité de la crise. Il ne pourra conforter pour l'instant que la voie néolibérale dans laquelle est engagée l'Union européenne.

 

La crise économique aurait dû pousser cette Union à une réaction politique d'ampleur, pour mettre au pas la finance et remettre le social et l'écologie au premier plan. Au lieu de cela, elle reste empêtrée dans le carcan de ses traités et de son idéologie néolibérale. C'est pourquoi nous continuerons à dénoncer, au-delà des traités, les politiques et directives qui poursuivent ce projet mortifère, et nous poursuivrons notre travail unitaire pour proposer des alternatives concrètes pour une autre Europe, solidaire, écologique et démocratique.

 

Ouest-France (3 octobre) préfère insister sur Les points forts du traité de Lisbonne .

 

Signé le 13 décembre 2007 dans la capitale portugaise, ce traité est censé mieux faire fonctionner l'Union européenne. Vingt-quatre des vingt-sept pays de l'Union l'ont déjà ratifié. Parmi ses principales dispositions:

Une présidence stable : le président du Conseil européen (l'organe des dirigeants de l'Union) sera désigné pour deux ans et demi (un mandat renouvelable une fois). La rotation semestrielle continuera pour la présidence des conseils des ministres autres que ceux des Affaires étrangères. Le président coordonnera les travaux du Conseil européen et pourra représenter l'Union à l'étranger. Le vice-président sera le haut représentant de l'UE pour la politique étrangère et la sécurité.

Un nouveau système de vote : il se veut plus clair et équitable. Une décision à la majorité qualifiée sera prise si elle obtient le soutien de 55 % des États (quinze sur vingt-sept aujourd'hui) représentant 65 % de la population de l'Union. Ce qui donne plus de poids aux pays fortement peuplés. Mais l'application de ce système a été différée à 2014, voire 2017 après un compromis avec la Pologne.

Un Parlement renforcé : le traité confère au Parlement européen, seule institution de l'Union élue par les citoyens, de vrais pouvoirs de codécision avec les États. Les domaines concernés sont l'agriculture, la pêche, les affaires de police et justice. L'influence du Parlement sur les choix des futurs présidents de la Commission sera plus grande. Le droit de regard des parlements nationaux dans

 

Pendant ce temps, l’horizon de l’euro et de l’Europe s’obscurcit. Le quotidien La Tribune (Isabelle Croizat, 8 octobre) montre que la Banque Centrale Européenne n’en mène pas large.

Les commentaires de la BCE très attendus sur l'euro

Pour la première fois depuis 2000, la Banque centrale européenne se fait ouvertement du souci pour l'euro. À l'époque, il était tombé à son plancher historique face au dollar pour ne plus valoir que 0,8230. Aujourd'hui, c'est sa reprise, qui s'est récemment accélérée face au billet vert, qui pose problème. Car elle menace le fragile redémarrage économique de la zone euro qui s'effectue dans le désordre, de façon asymétrique, alors que les seize de la zone avaient plongé dans la récession avec un bel ensemble.

Il est tout à fait improbable que, cette fois, la BCE intervienne sur le marché des changes pour tenter d'affaiblir la monnaie unique, comme elle l'avait fait à la fin du siècle dernier pour le soutenir. Il faudrait pour cela que les mouvements de change deviennent plus désordonnés et que le dollar se rapproche précipitamment du record de faiblesse atteint le 15 juillet 2008, à 1,6038 pour 1 euro, alors que son point bas récent se situait juste au-dessus de 1,48. Mais elle intervient verbalement (…).


Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne 2007-08-09

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4 juillet 2009 6 04 /07 /juillet /2009 23:26

Un déficit de démocratie structurel au niveau européen

 

La décision de la Cour Constitutionnelle allemande à l’égard du traité de Lisbonne était très attendue (voir La ratification du traité de Lisbonne par l'Allemagne dépend des juges - 13 février 2009).

 

Son arrêt du 30 juin bloque temporairement la ratification par l’Allemagne du traité mais, surtout, constitue un désaveu cinglant pour ceux qui, en Europe, ont fait voter ce traité sans en souligner la force constituante, aux dépens des constitutions nationales.

« La Cour Constitutionnelle allemande se prononce ouvertement pour un renforcement des pouvoirs de décisions parlementaires et donc des électeurs dans les affaires européennes ».

Voici des extraits de l’article paru sur le site « betapolitique », le 3 juillet, sous le titre :


Allemagne : Traité de Lisbonne rejeté par la Cour Constitutionnelle


La Cour Constitutionnelle allemande a rejeté en l’état le Traité de Lisbonne
le 30 juin 2009 tout en indiquant qu’il est compatible avec la Loi Fondamentale allemande (Constitution allemande).


Toute l’Europe fait semblant de démontrer que la démocratie est inutile, voire qu’elle ne correspond pas aux nécessités des élites européennes.
Chaque État s’est débrouillé de voler l’expression démocratique relativement au TCE, puis, suite aux NON et au NEJ, relativement au Traité dit Simplifié (TSE) ou Modifié (TME) appelé plus communément Traité de Lisbonne, pour faire oublier qu’il a une force constituante par rapport au droit constitutionnel national de chaque pays ratificateur (…).


L'Article 23 de la Loi Fondamentale allemande violé par les outils de ratification du Traité de Lisbonne
précise que "pour la réalisation de l’Europe unie, la République fédérale d’Allemagne participe au développement de l’Union Européenne qui s’oblige à respecter les principes démocratiques, d’État de Droit, sociaux et fédéralistes et le Principe de Subsidiarité qui garantissent au citoyen une protection égale dans le fond à la Protection d’une Constitution. La Chambre Haute (Parlement, Bundestag) et la Chambre Basse (des Länder) participent dans les affaires concernant l’Union Européenne."


Selon la Cour Constitutionnelle le Traité de Lisbonne est compatible avec la Loi Fondamentale allemande, mais "
les outils de ratification de la République fédérale d’Allemagne pour le Traité de Lisbonne ne peuvent être déposés tant que n’est pas entrée en vigueur la nécessaire mise en œuvre légale des droits de participation parlementaire." Selon la Cour Constitutionnelle la violation de la Loi Fondamentale est avérée et le Parlement et la Chambre des Länder ne sont pas assez associées au transfert de compétence en direction de l'Union Européenne.


Pour éviter que les compétences de l'Union Européenne ne soient étendue en cachette la Cour Constitutionnelle allemande a demandé que le Bundestag (Parlement) donne son accord à chaque fois en légiférant quand l'Union Européenne obtient de nouvelles attributions sans modification par Traité. Jusqu'à présent le Bundestag ne pouvait faire valoir que son droit de veto ou ne pouvoirs produire qu'un avis. Pour les juges constitutionnels, un tel "
Laissez-faire" (en français dans l'arrêt) est anticonstitutionnel. Les nouveaux devoirs du Bundestag ne peuvent être que définis dans une Loi d'accompagnement (outils de ratification, Begleitgesetz) au Traité de Lisbonne.


Pour la Cour Constitutionnelle
 : "Le Traité n'est pas assez participatif. Or nous ne pouvons bâtir l'Europe que de manière démocratique. L'Union européenne ne peut pas être seulement dirigée par des bureaucrates et des gouvernements".


Angela Merkel
est décidée à finaliser rapidement la ratification du Traité de Lisbonne par la République fédérale d’Allemagne et le Bundestag (chambre basse du Parlement) doit se réunir en session extraordinaire le 26 août 2009 en vue d’une adoption le 8 septembre de ce texte d’accompagnement au Traité de Lisbonne.


La différence avec la France
qui a fait passer le Traité de Lisbonne au Congrès de Versailles du 4 février 2008 grâce à l’abstention des députés et sénateurs du PS qui a permis d’éviter un second référendum, est que le peuple allemand aura droit à son débat... pendant les grandes vacances. Il n’y a avait pas de raison de convoquer le Bundestag pour une session extraordinaire au mois d’août parce que le second référendum irlandais n’aura de toute façon pas lieu avant le mois d’octobre.


Rédigé après l’échec du projet de Constitution européenne en 2005, le Traité de Lisbonne, censé rendre l’UE plus efficace et plus influente dans le monde, n’entrera en vigueur que s’il est ratifié par les 27 pays de l’UE. A ce jour, 23 pays l’ont ratifié. Son devenir est suspendu à la tenue d’un nouveau référendum en Irlande et à sa ratification complète en République tchèque et en Pologne.


Pour les "élites" européennes, la ratification du Traité de Lisbonne est primordiale
, parce qu'il est à 97% l'équivalent du TCE (selon son rédacteur constitutionnel, Valéry Giscard d'Estaing) et qu'il consacre totalement le retour du § III du TCE sans en porter le Titre : "la concurrence libre et non faussée qui permet la création de richesses et qui tend au plein emploi".


Les "élites" européennes ne voient pas du tout de contradiction entre le Traité de Lisbonne et les trillions d'euros versés par les États membres de l'UE aux banques et aux entreprises en situations de faillites à cause de la liberté de spéculer par laquelle ils ont accumulé les créances toxiques, pourries, illiquides, impactées
...


La Commission de Bruxelles
fait à chaque fois semblant d'étudier le dossier d'un nouveau bail out en Europe pour voir si les principes de libre concurrence ne sont pas violés, mais donne son accord à ce qui n'est qu'une Europe providence bancaire. Les Travailleurs de Laval, Rueffert, Viking, Partneri ont eu moins de chance et la liberté syndicale a été déclarée être une entrave à la liberté d’établissement des entreprises et de circulation des Travailleurs.


Dans cette affaire, la Cour Constitutionnelle s’est attribuée à elle-même une fonction de contrôle dans la poursuite de l’intégration européenne pour garantir la droit de vote des citoyens et l’autodétermination démocratique. Selon elle, il est nécessaire que la Cour Constitutionnelle veille à ce que Bruxelles ne viole pas l’aspect constitutionnel du Traité et n’outrepasse pas de façon manifeste ses compétences.

Heureusement qu’il existe encore une Cour Constitutionnelle qui se préoccupe de la démocratie pour le bien des électeurs et des crétins d’abstentionnistes.


La presse française a peu commenté cet arrêt de la Cour Constitutionnelle de Karlsruhe, minimisant la portée de cette décision des juges allemands.
Les titres sont éloquents, dans leur diversité :

 

Le Tribunal constitutionnel allemand valide le traité de Lisbonne (Coulisses de Bruxelles, 30 juin)

 

Traité de Lisbonne : petit accroc en Allemagne (Ouest-France, 2 juillet)


Le juge allemand pointe le "déficit structurel de démocratie" en Europe
(L’Observatoire de l’Europe, 1er juillet)

 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne 2007-08-09

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13 février 2009 5 13 /02 /février /2009 16:54

Ce traité, mal né et mal nommé, n’a pas de légitimité

 

Le président Sarkozy a menti quand il a présenté le futur traité de Lisbonne comme un mini traité ou un traité simplifié. C’est, en réalité, pour l’essentiel, le traité constitutionnel européen (TCE), encore plus illisible.

 

Certes, ce traité a été adopté à Lisbonne par tous les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne (voir Ratification du traité de Lisbonne : six Etats membres de l'UE en rade - 8 février 2009).

 

Mais il ne sera appliqué par les institutions européennes qu’à partir du moment où les documents de ratification auront été transmis par les 27 Etats membres de l’Union européenne.

 

Il a été beaucoup question de l’Irlande (le peuple a voté non), un peu de la République tchèque, actuelle présidente du Conseil européen, dont le Parlement a repoussé la ratification, et aussi de la Pologne (le président attend).

 

Le cas de l’Allemagne n’est pas souvent évoqué et, pourtant, il est peut-être le plus porteur de risques pour les partisans du traité.

 

Je viens de prendre connaissance d’informations nouvelles à ce sujet et je m’empresse de les mettre en ligne sur ce blog. Elles proviennent, ce 13 février, du site de la rédaction de l’Observatoire de l’Europe, sous la signature de Christophe Beaudouin (cliquer sur le titre pour lire l’article dans son intégralité).

Une "menace pour la liberté" ? : Lisbonne inquiète les juges allemands

Les 10 et 11 février, la Cour constitutionnelle allemande de Karlsruhe, saisie par le député CSU Peter Gauweiler et plusieurs de ses collègues de Die Linke (gauche), a commencé sa série d'audiences sur le traité de Lisbonne. Le texte déjà rejeté en France et aux Pays-Bas dans sa version "Constitution européenne" lors des référendums de 2005, est accusé de bouleverser l'ordre constitutionnel de la Loi fondamentale allemande. 

Au cours de ces deux jours, les débats ont révélé les importantes préoccupations de la Cour au sujet de ce traité. Le juge-rapporteur Udo di Fabio est celui qui avait occupé la même fonction en 2005, lorsque la Cour constitutionnelle avait créé la surprise en invalidant la la loi allemande de transposition de la décision-cadre sur le mandat d'arrêt européen, "faisant honte au gouvernement fédéral allemand" selon le magazine Focus.

"Ne serait-il pas plus honnête de simplement proclamer un État fédéral européen ?" 

Au cours de l'audience de cette semaine, le juge di Fabio n'a pas caché son inquiétude au sujet du traité de Lisbonne. Rappelant que ce traité étend considérablement les compétences de l'UE et réduit celle des Etats d'autant, "on doit se demander sobrement : quelles compétences demeurent dans le giron du Bundestag (parlement allemand) en définitive?"

Puis, il s'est carrément interrogé sur le point de savoir «s'il ne serait pas plus honnête de simplement proclamer un État fédéral européen ». En outre, il s'est demandé si le transfert des pouvoirs à l'UE signifie vraiment davantage de liberté pour les citoyens de l'UE : "est-ce que l'idée d'aller de plus en plus dans ce sens [l'intégration supranationale] n'est pas une menace pour la liberté?"

Son collègue le juge Herbert Landau a évoqué également ces nouveaux pouvoirs de l'UE et déclaré qu'en matière de justice pénale, étaient affectées des "compétences fondamentales" appartenant à l'autorité législative. Le juge Rudolf Mellinghoff s'est quant à lui interrogé sur le point de savoir si le traité n'était pas déjà "en voie d'être très largement appliqué" par anticipation, prenant l'exemple des sanctions pénales environnementales, que la Commission européenne prend déjà, aidée par un arrêt de la Cour de Justice de Luxembourg de 2005.

Apparemment, les juges de Karlsruhe ont admis que le traité était très difficile ne serait-ce qu'à lire. Selon EUobserver  "des passages plus qu'obscurs ont été lus à haute voix, garantissant grand un éclat de rire à l'audience".

"Le nouveau transfert de pouvoirs à l'Union européenne n'accroît nullement la qualité du contrôle démocratique"

Au sein de la Cour constitutionnelle, la décision est prise à la majorité de cinq sur les huit juges qui y siègent, ce qui ne garantit pas, loin s'en faut, que le projet de loi de ratification du traité de Lisbonne puisse entrer en vigueur. En effet, cinq des juges étaient hier sur une ligne clairement critique, suggérant qu'ils ne sont pas convaincus des assurances présentées par le gouvernement d'Angela Merkel sur le caractère inoffensif du traité. 

Le quotidien Suedeutsche Zeitung note que la Cour pourrait même demander un référendum, si elle constate que le traité affecte gravement la Constitution allemande. L'article indique que «l'intervention des juges est importante parce que le nouveau transfert de pouvoirs à l'Union européenne n'accroît nullement la qualité du contrôle démocratique. Or, l'Europe souffre d'un manque de démocratie». Rappelons que la République fédérale n'a jamais organisé de référendum, même lors de sa réunification en 1990 ou pour le traité de Maastricht en 1992.

Vers un référendum ?

C'est l'article 146 qui prévoit ce recours au peuple pour un changement de l'ordre constitutionnel : "la Loi fondamentale, qui vaut pour le peuple allemand tout entier, devient caduque le jour de l'entrée en vigueur d'une Constitution adoptée par le peuple allemand en pleine liberté de décision."  Gesine Schwan, candidat social-démocrate à la présidence allemande a indiqué qu'elle était favorable à un référendum sur le traité de Lisbonne.

Un référendum en Allemagne remettrait-il l'ensemble du traité de Lisbonne en question ? Le quotidien Wiener Zeitung: "il est sans doute plus facile d'ignorer le rejet irlandais du traité, qu'un vote" non "dans le plus grand Etat membre de l'Union. Si cela se produit, il n'y a pas d'avenir pour le traité de Lisbonne ", même si le "non" de la France, lui a bien pu être contourné.
 
Tous les autres gouvernements, à l'exception de l'Irlande qui y était elle-même tenue par sa Constitution, ont pris soin d'éviter les peuples et de faire passer sa ratification via leurs Parlements. En France, pays qui avait dit "non" au traité dans sa version originale ("Traité établissant une Constitution pour l'Europe"), le Président Nicolas Sarkozy soutient que son élection en 2007 sur la promesse d'un "mini-traité simplifié" à caractère technique "ratifié par la voie parlementaire", l'autorisait à faire ratifier ce traité de Lisbonne sans consulter le peuple : "J'ai été autorisé par le peuple à faire ratifier le traité par le Parlement sans passer par le référendum !" avait-il lancé au Parlement de Strasbourg le 13 novembre 2007, devant les eurodéputés MPF l'interpellant sur le slogan "Référendum, référendum !".

 

Ce que Nicolas Sarkozy oubliait de dire, c'est qu'il allait faire ratifier par sa majorité parlementaire non pas un "mini-traité simplifié" mais bien la Constitution européenne rejetée deux ans plus tôt et recyclée mots pour mots dans ce traité de Lisbonne.

Il faudra au moins trois mois à la Cour pour rendre son verdict, lequel pourrait tomber avant l'élection européenne de juin 2009. Une élection où l'Allemagne verra pour la première fois un parti de centre-droit, le mouvement Libertas fondé par le leader du "non" irlandais Declan Ganley, présenter comme dans la plupart des pays de l'Union, des candidats décidés à faire de cette élection un référendum contre le traité de Lisbonne. 

Les premières interventions des juges de Karlsruhe mettent en lumière les sérieuses réserves, voire les hostilités farouches, qui existent à travers l'Europe sur le traité de Lisbonne, remettant en perspective les "non" français, néerlandais et irlandais.


Cet article est le 23ème paru sur ce blog dans la catégorie Traité de Lisbonne 2007-08-09.

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16 juin 2008 1 16 /06 /juin /2008 19:42

Réconcilier l’Europe avec la démocratie et les nations

 

Avant de reproduire ici le point de vue développé par Jean-Pierre Chevènement dans la rubrique Débats du Figaro (voir www.lefigaro.fr, 16 juin) et sur son blog www.chevenement.fr, je vais reprendre certaines réflexions de journalistes, après le vote du peuple irlandais le 12 juin.

 

La première émane d’une analyse présentée par Arnaud Leparmentier, ce 16 juin sur www.lemonde.fr sous le titre :

 

« Le désamour européen »

 

« Quand les peuples sont consultés, ils disent non. Les eurosceptiques ont beau jeu d'exulter après le veto des Irlandais au traité de Lisbonne qui suit le rejet de la Constitution européenne par les Français et des Néerlandais en 2005.

Le désamour entre les citoyens et l'Europe est flagrant. Les professions de foi européennes attestées par les sondages semblent dérisoires. L'Europe est jugée lointaine, non démocratique, incapable de répondre aux préoccupations des citoyens et elle est vue, désormais, comme un échelon non pertinent entre la nation et le village global (…).

 

L'autre horizon qui fragilise l'Europe, c'est le village global. Les entreprises, qui avaient tant poussé pour le grand marché et l'euro, ont pour nouvelle frontière la Chine et les pays émergents.

Les citoyens, eux, se sentent dépassés par un monde qui leur échappe. L'impuissance européenne mérite bien sûr d'être nuancée : l'organisation mondiale du commerce est incapable de conclure le cycle de Doha, signe qu'une gouvernance mondiale reste chimérique, la pénurie alimentaire réhabilite la politique agricole commune qui visait à l'autosuffisance (…)».

 

La seconde réflexion est à lire sur www.rue89.com depuis le 14 juin sous le titre  Europe: vos dix raisons de ne pas l'aimer (introduction et conclusion).

« Depuis vingt-quatre heures, Rue89 est littéralement submergée par vos commentaires sur les 53,4% de "non" irlandais au Traité de Lisbonne. Vos réactions mêlent colère, amertume et lassitude face à une Europe qui semble laisser ses habitants au bord de la route. Revue des dix raisons que vous avez de ne pas la soutenir (…).

« L'Europe ne sait plus dans quelle direction se développer »

« Enfin, derrière les critiques, une réelle inquiétude se profile: où et comment l'Europe va-t-elle désormais pouvoir se construire ? Une interrogation partagée, quelles que soient les idées défendues. Ainsi, Marmotte64, super héros, qui dit avoir voté "oui" au référendum français de 2005, exprime sa perplexité au sujet de ce nouveau référendum :

"Il y a deux choses que je trouve inacceptables. D'une part, le fait de revenir avec un projet qui a déjà été refusé et sans prendre la peine de le présenter à ceux qui l'avaient rejeté (les Français ou les Hollandais qui avaient signifié par référendum leur refus). D'autre part, le fait que les citoyens, qui sont le primat de la démocratie, soient écartés car (implicitement) trop cons pour donner un avis sur le sujet, créant de facto une scission (grave) entre le peuple et ses représentants pour un sujet 'fondamental' (ne dit-on pas d'ailleurs qu'une Constitution est une 'loi fondamentale'?) ».

Après le non irlandais au référendum sur le traité de Lisbonne, Jean-Pierre Chevènement revient sur la nécessité de prendre en considération la volonté populaire pour aller plus avant dans l'élaboration de l'Union européenne (Le Figaro, 16 juin).

« Il faut construire l'Europe en respectant les peuples »

« Juridiquement, le traité de Lisbonne est mort avec le non irlandais : un traité n'a de valeur que s'il est adopté, dans les mêmes termes, par tous les pays qui l'ont signé. En France et aux Pays-Bas, les gouvernements avaient déjà contourné la volonté populaire en procédant, par un véritable déni de démocratie, à une ratification par voie parlementaire.

Patatras ! Là où le vote par référendum était constitutionnellement nécessaire, en Irlande, le rejet populaire est net. On cherche à minorer le vote irlandais : ce ne serait que 4 millions d'habitants, M. Sarkozy a eu un mot malheureux en parlant «d'incident irlandais». Mais qui peut douter, qu'en France, comme aux Pays-Bas, le résultat aurait été le même si le peuple avait été consulté ? Et qui peut croire que, s'il l'était au Royaume-Uni, en République tchèque, voire en Allemagne, le résultat serait pareillement négatif ?

Les dirigeants européens sont confrontés à la rébellion des peuples contre une construction technocratique et antisociale dans laquelle ils ne se reconnaissent pas.

M. Jouyet, dans un premier mouvement dont on sait qu'il est toujours le bon, a déclaré : «Je suis plus que touché : effondré !»

M. Barroso délégitime sa fonction de président de la Commission européenne en demandant la poursuite de la procédure de ratification. Il s'arroge un pouvoir qu'aucun traité n'a confié à la Commission.

M. Gordon Brown, premier ministre britannique, est pris en flagrant délit de déni de démocratie. Oublié l'engagement de Tony Blair de consulter le peuple britannique par référendum ! Le fossé se creuse ainsi entre les élites dirigeantes «oui-ouistes» et les peuples.

M. Sarkozy a oublié tout ce qu'il nous a dit pendant la campagne électorale sur la nécessité d'une Europe qui protège, d'un euro trop cher, et d'une politique de change plus réaliste. Ce mépris du peuple nourrira demain les pires régressions.

 

Nous sommes engagés dans une dérive gravissime où les peuples ne peuvent que perdre confiance dans ceux qu'ils ont élus. Il est temps de se mettre à leur écoute.

 

Les raisons du fossé qui s'est créé sont simples :

 

- Il y a d'abord un mécanisme de décision ultratechnocratique : ni la Commission européenne, ni la Banque centrale européenne, ni la Cour de justice de l'Union européenne ne rendent de comptes à des représentants élus par les peuples. Le Parlement européen n'exprime aucune volonté générale, c'est un Parlement fantôme ; de lui n'émane aucune légitimité.

- En second lieu, la construction européenne n'a été, en aucune manière, une barrière protectrice contre une mondialisation libérale qui frappe l'Europe de plein fouet.

 

Il n'y a plus de tarif extérieur commun, les taux de change sont assassins pour l'activité économique. Au nom du principe de la concurrence, on a tué les politiques industrielles.

La libéralisation des marchés de l'énergie a eu, pour conséquence, l'envol des prix de l'électricité et du gaz. La sécurité de l'approvisionnement énergétique européen est le cadet des soucis de la Commission, l'intérêt des peuples est foulé aux pieds par ceux dont la mission devrait être de le défendre.

Et, pendant ce temps-là, les dogmes usés du libre-échangisme et de la concurrence, érigée en fin dernière de toute la société, font eau de toutes parts. Même M. Sarkozy reconnaît que le traité de Lisbonne ne peut être d'aucune aide dans la solution des graves problèmes économiques auxquels nous sommes confrontés. La présidence française démarre ainsi complètement à côté de la plaque.

M. Sarkozy est ainsi placé devant un dilemme crucial pour la suite de sa présidence. Ou bien il persiste à se fondre dans la triste cohorte de ses homologues européens ou bien il se souvient de ses mâles discours de campagne électorale, il prend alors le taureau par les cornes et il choisit de porter le débat sur la réorientation de la construction européenne.

 

Cela ne peut se faire qu'en s'appuyant sur la volonté des peuples.

 

-          Il faut revoir les statuts de la Banque centrale européenne ou, à tout le moins, rappeler que la politique de change est de la compétence des gouvernements au terme du traité de Maastricht lui-même, disposition totalement oubliée, depuis lors.

 

-          Il faut assouplir le pacte de stabilité pour organiser une relance à l'échelle de la zone euro, ce qui sera le meilleur moyen d'aider les États-Unis à surmonter leur récession.

 

-          Il faut bloquer la politique de concession de M. Mandelson, dans la négociation agricole, à l'OMC.

 

-          Il faut, enfin, redresser les initiatives débiles de la Commission européenne en matière de politique énergétique commune.

 

Bref, il faut une France qui sache ce qu'elle veut. Pour M. Sarkozy, l'histoire ne repassera pas les plats. Ou bien, il choisira de s'appuyer sur le peuple, ou bien il continuera de le combattre en s'appuyant sur l'establishment européen.

 

Il faut laisser tomber le mauvais traité de Lisbonne qui entérinait la rupture de parité dans les votes au Conseil entre la France et l'Allemagne, parité qui avait permis, jusqu'ici, le progrès équilibré de la construction européenne.

 

Il faut faire avec le traité de Nice, dont ceux qui l'ont signé disent beaucoup de mal mais qui, depuis huit ans, permet quand même de fonctionner.

 

Il faut surtout de l'imagination et la volonté politique de construire une Europe avec les peuples, selon le principe de la géométrie variable. C'est ainsi qu'on réconciliera l'Europe avec la démocratie qui vit dans les nations ».

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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 23:36

Quel avenir pour cette Europe coupée des peuples ?

 

Comment l’Histoire jugera le président français, qui a fait ratifier le traité de Lisbonne par le Parlement, écartant ainsi le peuple français de la décision souveraine qui lui appartient sur un sujet de cette importance ?

 

Voici quatre réactions (deux favorables, deux défavorables).

 

Henri Emmanuelli : « L’incroyable aveu de Nicolas Sarkozy »

 

A lire sur http://sr07.unblog.fr, blog citoyen, socialiste et républicain, de Xavier Dumoulin (13 février), où l’on voit l’ancien président de l’Assemblée nationale dubitatif après les déclarations du président de la République :

 

« Le parlementaire socialiste, Henri Emmanuelli, continue de dénoncer une certaine imposture dans l'adoption du traité par la voie parlementaire et souligne “l'incroyable aveu de N. Sarkozy”.

Dans une critique implacable, le député des Landes relève les contradictions du discours sarkozien qui voudrait nous faire avaler “que l’éviction du peuple français du processus de décision était une condition posée par nos partenaires…

Si je comprends bien le français, cela signifie que nos partenaires (qui, quand, où ?) ont posé comme condition à leur acquiescement une clause d’éviction du peuple français.”

Et le dirigeant socialiste de s'interroger sur la conception de son rôle par le chef de l'Etat avant de conclure par une pique à l'adresse du PS.

“Et que dire des silences et des connivences ubuesques, du lâche soulagement du Parti auquel j’appartiens : ne voit-il pas que le désastre programmé n’épargnera personne ?”

 

Bernard Accoyer : « Ce traité renforce les Parlements, nationaux et européen ».

 

A lire en rubrique Débats du Figaro sur http://www.lefigaro.fr/debats/2008/02/11/01005-20080211ARTFIG00669-traite-de-lisbonne-le-point-de-vue-bernard-accoyer-.php (article paru le 12 février).

 

L’actuel président (UMP) de l’Assemblée nationale, Bernard Accoyer, prend une posture franchement optimiste, ce traité étant pour lui une excellente réponse au défi démocratique de l’Europe.

« Avec le traité de Lisbonne, la démocratisation de l'Union européenne prend, un nouvel élan et une nouvelle tournure. Un nouvel élan, parce que le traité simplifié, qu'autorise la révision constitutionnelle adoptée par le Congrès, répond précisément au défi démocratique de l'Europe. Une nouvelle tournure, parce que cette démocratisation s'ap­puie désormais non seulement sur le Parlement européen, qui voit ses pouvoirs encore renforcés, mais aussi et c'est l'une des innovations majeures sur les Parlements nationaux.

À côté de la Commission, du Conseil et du Parlement européen, les Parlements des États membres prendront part, toute leur part, au fonctionnement de l'Union européenne. Le traité simplifié, en les consacrant dans un article spécifique, leur attribue un rôle inédit et déterminant en matière de contrôle du prin­cipe de subsidiarité. Il leur re­viendra de s'assurer que l'Union n'outrepasse pas ses compétences et laisse au ressort national ce qui doit légitimement lui revenir.

Par le renforcement d'un droit d'information, par l'instauration d'un mécanisme d'alerte précoce, d'un droit d'opposition aux initiatives de la Commission (« carton orange ») et d'un droit de saisine de la Cour de justice (« carton rouge »), le traité replace ainsi les Parlements au cœur de l'Europe (…) ».

ATTAC France : « Ce nouveau traité n’aura aucune légitimité populaire »

 

Dans une déclaration de son Conseil d’Administration, datée du 9 février, ATTAC France, tout en laissant percer son amertume de voir les peuples tenus à l’écart du processus de ratification (même s’ils sont de plus en plus conscients de leur état), se tourne vers l’avenir proche et de nouvelles échéances. A lire sur http://www.france.attac.org/spip.php?article8244


« La France a ratifié le traité de Lisbonne ; le processus de ratification sera probablement mené à son terme dans toute l’Union européenne, même si l’Irlande, seul pays à organiser un référendum, peut encore mettre un grain de sable dans le mécanisme.

Ce nouveau traité n’aura aucune légitimité populaire. Sa rédaction et son adoption en catimini par les gouvernements et la ratification par voie parlementaire le privent de tout appui réel parmi les peuples européens. Loin de mettre l’Europe « en panne », le non néerlandais et français de 2005 avait soulevé un immense espoir aujourd’hui déçu : l’Union européenne était néolibérale et antidémocratique avant ce traité, elle le restera après. La principale différence, c’est que les peuples bâillonnés sont maintenant de plus en plus conscients que cette Europe-là se construit sans eux et contre eux.

Dans ce contexte, il importe maintenant de réfléchir aux perspectives à avancer, aux batailles à mener dans l’avenir et aux échéances de mobilisations. La séquence qui s'ouvre maintenant comporte d'ores et déjà plusieurs échéances importantes au niveau européen :
- sur le plan institutionnel, la présidence française sera au niveau national un moment important de focalisation sur l'Union européenne, l’élection du parlement européen en juin 2009 en sera une autre ;
- pour Attac et le mouvement altermondialiste deux échéances importantes se présenteront avec la première université des Attac d'Europe du 1er au 6 août 2008 et le Forum social européen de Malmö du 17 au 21 septembre 2008 (…) ».

 

Jean Quatremer : « Les eurosceptiques sont les principaux vainqueurs »

 

Sur son blog, http://bruxelles.blogs.liberation.fr/coulisses, le correspondant de Libération à Bruxelles est, lui aussi, amer car le traité est trop réticent vis-à-vis de l’intégration européenne (14 février).

« Et voilà, c'est fait: le traité de Lisbonne, signé le 13 décembre dernier, a été publié aujourd'hui, 14 février, au Journal Officiel: la France est donc le cinquième Etat membre à ratifier ce texte. Il remplace le défunt projet de traité constitutionnel européen. S'il lui ressemble sur beaucoup de points, il s'en différencie sur un point essentiel, qui a motivé toute la campagne du "non" en France: ce n'est plus une "Constitution". Symboliquement, l'Europe renonce donc à s'affirmer comme une puissance politique et reste dans le cadre du traité de Rome de 1957.

En particulier, le préambule, les symboles, l'appellation de "loi européenne", le nom de "ministre des affaires étrangères de l'Union" ont été abandonnés. Et, pour la première fois, il est prévu que les Etats membres pourront retirer des compétences à l'Union alors même qu'ils n'en transfèrent pas de nouvelles dans le traité de Lisbonne... Bref, l'intégration communautaire a clairement subi un coup d'arrêt d'autant que ce traité horizontal sera le dernier avant très longtemps.

Au final, les eurosceptiques sont les principaux vainqueurs de cet épisode constitutionnel. Est-ce un hasard si la Grande-Bretagne a profité de la renégociation du projet de Constitution pour se tailler un statut sur mesure? Le "plan B" du "non" de gauche "pro-européen" a fait long feu. Le fameux "choc salutaire" prédit par Laurent Fabius qui devait amener nos partenaires à accepter plus d'Europe sociale et fiscale n'a pas eu lieu. Il n'y a pas de quoi s'en réjouir même si le traité de Lisbonne donne au moins les moyens à l'Union de mieux fonctionner à 27 ».

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