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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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29 avril 2016 5 29 /04 /avril /2016 18:27

 

Reprendre le fil d'un engagement politique initié il y a près de 50 ans

 

Pour Michel Sorin, avec le printemps, est venu le temps du réengagement politique en Mayenne. A un an de l'élection présidentielle, il reprend le fil d'un cheminement commencé début mai 1973 - au lendemain de la sépulture de Robert Buron - et mis en pointillé depuis sa démission du PS en décembre 2001.

- Le 11 avril, il a été L'invité de la rédaction, du journaliste Jean-Yves Delort, ancien rédacteur en chef du Courrier de la Mayenne, qui invite des Mayennais à s'exprimer pendant une dizaine de minutes sur la radio associative mayennaise RFM (Radio Fidélité Mayenne).

- Le 21 avril, après avoir rencontré des jeunes engagés dans le mouvement Nuit Debout, il a publié sa lettre ouverte aux jeunes mayennais engagés dans Nuit Debout.

- Le 28 avril, le site mayennais leglob-journal a publié, à son initiative et sous sa responsabilité, des extraits de ce texte dans sa rubrique Politique sous le titre :

Tribune Libre - Lettre ouverte aux jeunes engagés dans « Nuit Debout » et aux autres

 

Cette Tribune Libre a été écrite par Michel Sorin un certain 21 avril, et elle est publiée aujourd’hui 28 avril, jour de manifestation nationale en France. Ce n’est certainement pas un hasard. Le 16 avril 2016 Michel Sorin rencontrait, à Laval en Mayenne, des jeunes qui participaient à une « Nuit Debout, 24h de l’éducation populaire contre la loi travail et son monde. » Michel Sorin explique avoir échangé avec eux : « Ils m’ont dit le sens de leur mouvement qui n’est pas seulement contre la loi travail mais aussi une envie de se réapproprier la parole et l’espace politique afin de construire un autre monde. Dans l’immédiat, poursuit l’ancien Maire de Saint-Berthevin et ancien responsable du Parti Socialiste en Mayenne, il s’agit de contrer la politique du pouvoir, ensuite, il faudra décider des orientations du mouvement après un débat général. » Lettre ouverte aux jeunes, et aux autres.

 

Tribune Libre Par Michel Sorin* - 21 avril 2016

 

Avec cette Lettre aux jeunes, j’ai voulu faire le lien entre deux engagements, celui des jeunes actuellement dans « Nuit Debout », [mais aussi dans les manifestations, qui me fait penser à ce que j’ai connu en mai 1968, dans des conditions très différentes, et qui a été à l’origine de mon propre engagement politique.

Leur démarche me fait penser à ce que j’ai vécu quand j’étais étudiant et que commençait le mouvement de mai 1968. Les jeunes avaient envie de liberté individuelle dans leur vie sociale, et de pédagogie plus participative dans l’enseignement. Et puis, la contestation est devenue plus économique et sociale, avec des grèves dans les entreprises pour augmenter les salaires et accorder plus de place aux syndicats.

Le pouvoir autour du président de Gaulle a fini par chanceler avant de réagir par la dissolution de l’Assemblée Nationale, accompagnée d’une énorme manifestation, ce qui mit fin au mouvement social. Il y eut des conséquences politiques, mais pas immédiates.

La gauche a mis du temps avant de se réformer. Il a fallu le congrès du PS rénové, en 1971, et l’arrivée de François Mitterrand aux commandes avec une stratégie de rassemblement de la gauche qui lui a permis d’accéder au pouvoir dix ans plus tard. Comme pour beaucoup de jeunes de cette époque, c’est le mouvement social de mai-juin 1968 qui a favorisé ma prise de conscience politique.

Après mon service national, sous la forme d’une coopération enseignante en Algérie, j’ai été repéré par les amis de Robert Buron à Laval [qui animait] Objectif socialiste, en tant que lecteur assidu de la revue du CERES (Centre d’étude, de recherche et d’éducation socialiste). Ils m’ont proposé d’adhérer au PS.

Pour Robert Buron (1910-1973), « Être socialiste, c’est admettre d’abord que l’économique doit être soumis à la règle de l’intérêt général, entendu comme celui des plus grands nombres, y compris les générations futures. (…) La classe dirigeante ne se laissera jamais déposséder de ses responsabilités au nom de l’intérêt général. Il est donc nécessaire de transformer profondément les structures sociales. Il faut passer au socialisme ».

Dans un livre publié en janvier 1973, sous le titre Par goût de la vie qui résume la vie de Robert Buron, le chapitre de conclusion rédigé par Robert Buron est justement intitulé Lettre ouverte aux jeunes qui veulent changer le monde. Ce n’est pas par hasard. L’économiste de formation recommande aux jeunes en écrivant ceci : «  Investissez votre vie dans une entreprise qui en vaille la peine : le changement du monde et de vous-même ».

43 ans plus tard, c’est ce qui m’a donné l’idée de cette Lettre ouverte aux jeunes, de la même façon que j’avais proposé au Conseil municipal de Saint-Berthevin - ma ville, où j’ai été maire de 1990 à 2001 - de s’inspirer du titre de son livre Par goût de la vie pour le slogan de la ville, ce qu’il avait fait en optant pour « Saint-Berthevin, le goût de la vie » (le site actuel de Saint-Berthevin ne le mentionne plus).

Robert Buron était un homme gai, non conformiste, qui avait vraiment le goût de la vie et, aussi, de la politique. Il en avait fait un métier, de 1945 (son premier combat aux élections à l’Assemblée constituante, en Mayenne, sur le conseil de l’oncle de sa femme, qui était mayennais) à 1973 (son dernier combat, malade, alité, aux élections législatives en Mayenne, alors qu’il était maire de Laval ; la campagne est alors menée par son suppléant). Son parcours, exceptionnel, est inimitable : des "Camelots du Roy", de sa jeunesse - mais déjà anticapitaliste - à l’engagement socialiste et au discours de clôture du congrès PS historique à Épinay-sur-Seine, en 1971.

Pour vous, les jeunes, le plus important est de savoir ce qu’est le néolibéralisme, comment il a diffusé dans les corps sociaux soumis aux régimes capitalistes. D’abord, c’est une idéologie qui fait prévaloir la dimension économique sur la dimension politique. Elle veut imposer la loi marchande dans toutes les activités humaines. Et elle cherche à convertir les dirigeants politiques par tous les moyens, qui vont de la persuasion à la corruption, le but étant d’affaiblir la résistance des États aux lois du marché mondialisé et au libre-échange intégral.

Ce qui a fait le « malheur français », selon Marcel Gauchet ( Comprendre le malheur français, Stock, 2016), rédacteur-en-chef de la revue Le Débat « c’est que la France entre dans la mondialisation sous le signe du néolibéralisme, compte tenu de son histoire nationale.(...) La seule réforme qui peut traiter le mal français, c’est une réorientation politique de grande ampleur, remettant en cause les choix européens d’ouverture à la mondialisation néolibérale. »

En bref, fermer la « parenthèse libérale », ouverte par François Mitterrand en 1983. Comment ? En réajustant notre rapport à l’Europe. Il faut le repenser de fond en comble, en faisant le bilan de ses acquis et de ses impasses. C’est la France qui fut à la base du projet européen. C’est elle qui a la responsabilité de corriger son erreur !

Le département de la Mayenne a été marqué par l’expérience politique de Robert Buron mais, depuis longtemps, il est sous l’emprise d’un parti centriste conservateur, l’UDI, très éloigné des idées progressistes de Robert Buron. Le parti de Jean Arthuis, qui a fait clairement allégeance à la droite, milite pour une Europe fédérale mettant en œuvre des politiques néolibérales. C’est ce parti qui a supplanté l’ex-UMP en Mayenne et conquis les principaux centres de pouvoir, bénéficiant de l’affaiblissement des autres partis, en dehors du FN.

(...) Le combat politique doit être mené par les partis qui veulent reconstruire la gauche sur des fondements républicains, en visant à reconquérir la souveraineté nationale afin de retrouver la possibilité de conduire des politiques sociales. Tout n’est pas à condamner dans ce qui est fait par la majorité au pouvoir depuis 2012. C’est la finalité politique qu’il faut repenser, le rapport à la citoyenneté. Et toute la stratégie. Le Parti socialiste est sorti de la route depuis longtemps, la route du socialisme, j’entends.

J’ai adhéré, en 1973, (…) le mot socialiste avait alors une signification. (…) Maintenant, tout est à repenser puisque c’est l’économie, par sa composante financière, qui a pris le contrôle de la politique, scellant ainsi le triomphe du néolibéralisme. La sortie de route du PS a, de fait, semé le trouble sur ce qu’est la gauche au 21e siècle. (…)

A un an de l’élection présidentielle, le divorce entre les citoyens et les dirigeants politiques du pays ne fait plus aucun doute. Il faut donc investir dans du neuf. Faisons-le ensemble. En commençant à l’échelle du département qui avait accueilli Robert Buron, le parisien jeune et dynamique, même si ce fut difficile.

Cet extrait de son livre Par goût de la vie nous décrit, nous les mayennais, de manière très réaliste. « Il faut dire de la Mayenne que les gens y ont un tempérament dur et attachant. Il n’y a pas l’ombre d’une sentimentalité apparente dans leurs manifestations. Ce sont des gens tenaces, travailleurs, laborieux, et qui ont un goût de réel et du concret et, par conséquent, il n’y a pas d’échange affectif très poussé avec eux, sauf exception. Il faut savoir les gagner (...). Pour y réussir, il faut le mériter ».

 

* Michel Sorin, 70 ans, ingénieur agronome, maire de Saint-Berthevin (1990-2001), conseiller régional (1998-2004) des Pays de la Loire, responsable PS en Mayenne (1979-1985, 1997-2001), actuel responsable MRC Mayenne et Pays de la Loire, président de Réseau CiViQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne).

Rappel (31 oct. 2014) : Michel Sorin a répondu aux questions du site mayennais leglob-journal

 

Cet article est le 40ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

Michel Sorin, le 23 avril 2016, mairie de Caslino d'Erba (Italie) devant le marbre rose de Saint-Berthevin, cadeau offert par la mairie de Saint-Berthevin, lors du jumelage entre les deux communes en 1996

Michel Sorin, le 23 avril 2016, mairie de Caslino d'Erba (Italie) devant le marbre rose de Saint-Berthevin, cadeau offert par la mairie de Saint-Berthevin, lors du jumelage entre les deux communes en 1996

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21 avril 2016 4 21 /04 /avril /2016 23:23

 

Ce mouvement, comme les débuts de mai 1968, incite à la réflexion politique

 

Le 16 avril 2016, à Laval, j'ai rencontré des jeunes qui participaient à Laval - Nuit Debout, les 24h de l'éducation populaire contre la loi travail et son monde. Nous avons échangé, ils m'ont dit le sens de leur mouvement, qui n'est pas seulement contre la loi travail mais aussi une envie de se réapproprier la parole et l'espace politique afin de construire un autre monde, en finir avec cette société de marché, qui laisse de côté le social et l'humain. Dans l'immédiat, il s'agit de contrer la politique du pouvoir, ensuite il faudra décider des orientations du mouvement après un débat général.

 

Leur démarche me fait penser à ce que j'ai vécu quand j'étais étudiant et que commençait le mouvement de mai 1968. Les jeunes avaient envie de liberté individuelle dans leur vie sociale, et de pédagogie plus participative dans l'enseignement. Et puis, la contestation est devenue plus économique et sociale, avec des grèves dans les entreprises pour augmenter les salaires et accorder plus de place aux syndicats.

Le pouvoir autour du président de Gaulle a fini par chanceler avant de réagir par la dissolution de l'Assemblée nationale, accompagnée d'une énorme manifestation, ce qui mit fin au mouvement social. Il y eut des conséquences politiques, mais pas immédiates. La gauche a mis du temps avant de se réformer. Il a fallu le congrès du PS rénové, en 1971, et l'arrivée de Mitterrand aux commandes avec une stratégie de rassemblement de la gauche, qui lui a permis d'accéder au pouvoir dix ans plus tard.

 

Comme pour beaucoup de jeunes de cette époque, c'est le mouvement social de mai-juin 1968 qui a favorisé ma prise de conscience politique. Après mon service national, sous la forme d'une coopération enseignante en Algérie, j'ai été repéré par les amis de Robert Buron (Objectif socialiste) à Laval en tant que lecteur assidu de la revue du CERES (Centre d'étude, de recherche et d'éducation socialiste). Ils m'ont proposé d'adhérer au PS.

Mon engagement socialiste date du début mai 1973, au lendemain de la sépulture de Robert Buron à Villaines-la-Juhel, en présence de François Mitterrand. Le centriste, républicain populaire (MRP), avait rallié le PS au congrès refondateur de 1971, après avoir été ministre sous la IVème et la Vème République. Il s'était éloigné du centre droit après avoir été l'un des négociateurs de la fin de la guerre d'Algérie, en 1962 (accords d'Evian) à la demande du général de Gaulle, et après avoir été président du Centre de développement de l'OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique), ce qui l'avait beaucoup marqué car son action était tournée résolument vers le tiers-monde.

 

Dans un livre publié en janvier 1973, sous le titre « Par goût de la vie », Robert Buron (1910-1973) répondait à la question « Etre socialiste, en 1973, cela signifie quoi ? ». « Etre socialiste, c'est admettre d'abord que l'économique doit être soumis à la règle de l'intérêt général, entendu comme celui des plus grands nombres, y compris les générations futures. C'est lutter, non pas pour qu'une partie de la société – fût-elle importante – bénéficie du progrès, mais pour que le progrès permette une « avancée humaine » à laquelle tout le monde participe, même les plus défavorisés » (…).

« On ne peut pas vouloir à la fois que le progrès de la société entraîne tout le monde, les plus défavorisés y compris, et faire confiance à la recherche du profit, même contrôlée, pour obtenir ce résultat » (…).

« La classe dirigeante ne se laissera jamais déposséder de ses responsabilités au nom de l'intérêt général. Il est donc nécessaire de transformer profondément les structures sociales. Il faut passer au socialisme ».

Dans ce livre, qui résume sa vie, le chapitre de conclusion est intitulé « Lettre ouverte aux jeunes qui veulent changer le monde ». Ce n'est pas par hasard. L'économiste de formation recommande aux jeunes « Investissez votre vie dans une entreprise qui en vaille la peine : le changement du monde et de vous-même ».

Robert Buron était un homme gai, non conformiste, qui avait vraiment le goût de la vie et, aussi, de la politique. Il en avait fait un métier, de 1945 (son premier combat aux élections à l'Assemblée constituante, en Mayenne, sur le conseil de l'oncle de sa femme, qui était mayennais) à 1973 (son dernier combat, malade alité, aux élections législatives en Mayenne, alors qu'il était maire de Laval; la campagne est alors menée par son suppléant).

Son parcours, exceptionnel, est inimitable : des "Camelots du Roy", de sa jeunesse - mais déjà anticapitaliste - à l'engagement socialiste et au discours de clôture du congrès PS historique à Epinay-sur-Seine, en 1971.

 

La vie politique de l'économiste Robert Buron renvoie à la période des "trente glorieuses". Elle s'arrête au moment où commence à souffler le vent néolibéral sur le monde capitaliste.

Pour vous, les jeunes, le plus important est de savoir ce qu'est le néolibéralisme, comment il a diffusé dans les corps sociaux soumis aux régimes capitalistes. D'abord, c'est une idéologie qui fait prévaloir la dimension économique sur la dimension politique. Elle veut imposer la loi marchande dans toutes les activités humaines. Et elle cherche à convertir les dirigeants politiques par tous les moyens, qui vont de la persuasion à la corruption, le but étant d'affaiblir la résistance des Etats aux lois du marché mondialisé et au libre-échange intégral.

Ce qui a fait le "malheur français", selon Marcel Gauchet (lire son livre très instructif, "Comprendre le malheur français", Stock, 2016), c'est que la France entre dans la mondialisation sous le signe du néolibéralisme, compte tenu de son histoire nationale.

C'est ce qui a causé la coupure entre les élites - individualistes, adeptes de la mondialisation - et le peuple, ancré dans la citoyenneté républicaine.

Vouloir imposer la loi du marché dérégulé dans ce pays attaché à la suprématie du politique, c'est la grave erreur européenne, qui était déjà présente dans la méthode Monnet, et qui a pris son envol avec le néolibéralisme des années 1980. Les réformes pour adapter le pays à l'Europe et à l'économie mondialisée, sans tenir compte de son histoire, sont rejetées par le peuple.

La seule réforme qui peut traiter le mal français, c'est une réorientation politique de grande ampleur, remettant en cause les choix européens d'ouverture à la mondialisation néolibérale.

En bref, c'est fermer la « parenthèse libérale », ouverte par François Mitterrand en 1983.

Comment ?

- Rien ne sera possible sans réajuster notre rapport à l'Europe. Il faut le repenser de fond en comble, en faisant le bilan de ses acquis et de ses impasses. C'est la France qui fut à la base du projet européen. C'est elle qui a la responsabilité de corriger son erreur.

- Notre pays acceptera les réformes à partir du moment où ses dirigeants diront la vérité et s'attaqueront à la fracture morale qui sépare le peuple des élites.

- Et on ne réforme pas un pays contre son histoire. Il y a des méthodes pour mettre en valeur les projets collectifs. C'est vrai aussi pour le gouvernement de la France.

La fâcheuse expérience néolibérale a montré ses limites et ses défauts. L'idée de la société qui marche toute seule, grâce aux marchés, n'est rien d'autre qu'une chimère autodestructrice.

Il va falloir refaire de la politique, c'est-à-dire, décider collectivement de notre sort. Nous devons retrouver le fil de notre histoire qui s'inscrit dans le cadre de l'histoire européenne.

 

Marcel Gauchet a raison. En France, les citoyens vivent plus mal qu'ailleurs la crise de la démocratie. Parce que la France est une nation fondée sur la citoyenneté. Beaucoup font la grève des votes. C'est le signe d'une maladie de notre système politique, d'une gravité sans précédent.

Les citoyens ont perdu confiance dans les dirigeants parce que ceux-ci, depuis les années 1980, ne disent pas la vérité sur la nouvelle donne générale qui influe sur la politique :

- l'individualisme ravageur, qui fait prévaloir l'intérêt personnel sur l'intérêt général,

- la puissance économique et financière des groupes capitalistes qui exercent une énorme pression afin de satisfaire les intérêts des actionnaires, ce qui pénalise l'entreprise,

- la mondialisation néolibérale, qui s'est imposée dans le monde capitaliste par ses relais politiques au sein des institutions supranationales, à l'abri de la souveraineté populaire.

Un bon exemple est fourni par les institutions européennes non élues (Banque centrale, Commission, Cour de justice) qui ont obtenu l'essentiel du pouvoir économique et financier, avec l'assentiment des Etats membres de l'UE, les peuples étant ainsi marginalisés.

 

Les principaux partis politiques français - qui ont accepté la domination du capitalisme financier et la primauté des institutions européennes sur l'organisation politique nationale - n'ont pas dit la vérité à leurs concitoyens concernant la nature de l'Europe, devenue néolibérale.

Leurs dirigeants ont fait semblant de gouverner comme s'ils avaient le pouvoir réel, ce qui n'est plus le cas. Les traités européens s'appliquent. La monnaie est unique. La discipline budgétaire est sous le contrôle de la Commission européenne.

Les Etats sont pris au piège de l'Europe. Les disparités entre les nations du nord et du sud européen s'accentuent. La concurrence régit le droit, évacuant la notion de service public. La coopération est un leurre car tous les systèmes sociaux et organismes publics sont contraints à « l'austérité » néolibérale.

En acceptant l'idée européenne, les citoyens espéraient que la France politique, avec son système social républicain issu de son histoire, allait s'affirmer dans l'espace européen. C'est le contraire qui s'est produit. La France est en cours de disparition par évaporation politique.

L'économisme a triomphé. L'Allemagne aussi - grâce à son économie qui a gagné en puissance depuis la chute du mur de Berlin, ses entreprises délocalisant certaines parties de leur production dans les pays du centre et de l'est de l'Europe - bien aidée par ses réseaux d'influence historique.

L'élargissement européen a déplacé le centre de gravité politique de l'Europe vers les pays anglo-saxons, l'éloignant de l'idéal gaullien d'Europe indépendante, de l'Atlantique à l'Oural.

La France est prise en tenaille par l'Allemagne et la Grande-Bretagne, qui privilégient l'alliance atlantique en économie autant qu'en défense. Au niveau international, dans tous les domaines, les dirigeants français et européens se calent sur la politique des USA, leur alignement ayant été particulièrement net dans la crise ukrainienne. La France a perdu son rayonnement attractif.

 

Quand on a constaté la spoliation de l'intérêt général par les intérêts capitalistes et la perte de souveraineté de notre pays, que fait-on ? C'est la question que j'ai envie de poser aux jeunes mayennais, et pas seulement à eux. Cette question nous concerne tous en tant que citoyens.

Si nous sommes d'accord sur le constat, encore faut-il décider d'agir pour que la France soit encore le creuset de la démocratie, ce qu'elle a cessé d'être depuis qu'elle s'est soumise au néolibéralisme.

Il nous faut reconstituer des repères qui ont disparu avec le déploiement du néolibéralisme car celui-ci n'accepte que les individus, définis par leurs droits et leurs intérêts. C'est à la base qu'il faut s'impliquer dans la vie collective, ne pas en rester à la critique permanente et attendre que d'autres mènent le combat à notre place. Il faut sortir de l'assistanat, ne pas laisser faire le néolibéralisme, qui avance sans faire de bruit.

Il existe un réseau créé en 2002 qui peut accueillir les citoyens qui s'engagent en ce sens.

Voir Réseau CiViQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne).

 

Le département de la Mayenne a été marqué par l'expérience politique de Robert Buron mais, depuis longtemps, il est sous l'emprise d'un parti centriste conservateur, l'UDI, très éloigné des idées progressistes de Robert Buron.

Le parti de Jean Arthuis, qui a fait clairement allégeance à la droite, milite pour une Europe fédérale mettant en œuvre des politiques néolibérales. C'est ce parti qui a supplanté l'ex UMP en Mayenne et conquis les principaux centres de pouvoir, bénéficiant de l'affaiblissement des autres partis, en dehors du FN.

Le combat politique doit être mené par les partis qui veulent reconstruire la gauche sur des fondements républicains, en visant à reconquérir la souveraineté nationale afin de retrouver la possibilité de conduire des politiques sociales.

Voir les sites : Mouvement Républicain et Citoyen: MRC et MRC 53

 

Tout n'est pas à condamner dans ce qui est fait par la majorité au pouvoir depuis 2012. C'est la finalité politique qu'il faut repenser, le rapport à la citoyenneté. Et toute la stratégie.

Le Parti socialiste est sorti de la route depuis longtemps, la route du socialisme, j'entends.

J'ai adhéré, en 1973, à un parti politique refondé lors de son congrès à Epinay-sur-Seine en 1971. Le mot socialiste avait alors une signification, comme l'a montré Robert Buron, qui avait nommé son mouvement "Objectif socialiste". Cela signifiait une orientation politique visant à maîtriser l'économie capitaliste. Tout est à repenser maintenant puisque c'est l'économie, par sa composante financière, qui a pris le contrôle de la politique, scellant ainsi le triomphe du néolibéralisme.

La sortie de route du PS a, de fait, semé le trouble sur ce qu'est la gauche au XXIème siècle. Ce trouble est lié à la construction européenne, au point qu'il y a un doute sur la réalité de la démocratie et de la citoyenneté républicaine dans notre pays.

Le référendum du 29 mai 2005 de ratification du traité constitutionnel européen n'a pas été suivi d'effet et, plus grave, a été contredit par le vote d'un nouveau texte - conforme au premier pour l'essentiel - par les parlementaires en 2008, les représentants du peuple s'étant arrogés le pouvoir de contredire frontalement le vote direct du peuple.

Avec cette Lettre aux jeunes, j'ai voulu faire le lien entre deux engagements, celui des jeunes actuellement dans Nuit Debout, qui me fait penser à ce que j'ai connu en mai 1968, dans des conditions très différentes, qui a été à l'origine de mon propre engagement politique.

Ma réflexion m'amène à proposer à tous les citoyens en Mayenne de réfléchir à deux points :

- La France, la nation française, creuset de la démocratie et de la citoyenneté.

Le Réseau citoyen CiViQ pourrait accueillir cette réflexion, ouverte à tous, qui devrait intégrer la question du rapport à l'Europe.

- La gauche, républicaine, patriote et sociale, moyen de locomotion pour revenir sur la route du socialisme.

Le Mouvement républicain et citoyen pourrait animer cette réflexion ouverte à tous ceux qui veulent oeuvrer à la construction d'une gauche de gouvernement, réaliste et progressiste.

A un an de l'élection présidentielle, le divorce entre les citoyens et les dirigeants politiques du pays ne fait plus aucun doute. Il faut investir dans du neuf. Faisons-le ensemble.

En commençant à l'échelle du département qui avait accueilli Robert Buron, le parisien jeune et dynamique, même si ce fut difficile. Cet extrait du livre "Par goût de la vie" nous décrit, nous les mayennais, de manière très réaliste.

"Il faut dire de la Mayenne que les gens y ont un tempérament dur et attachant. Il n'y a pas l'ombre d'une sentimentalité apparente dans leurs manifestations. Ce sont des gens tenaces, travailleurs, laborieux, et qui ont un goût de réel et du concret et, par conséquent, il n'y a pas d'échange affectif très poussé avec eux, sauf exception. Il faut savoir les gagner (...). Pour y réussir, il faut le mériter".

 

Cet article est le 39ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

Le 15 octobre 2010, les lycéens manifestaient à Laval (Mayenne) à propos des retraites

Le 15 octobre 2010, les lycéens manifestaient à Laval (Mayenne) à propos des retraites

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1 août 2015 6 01 /08 /août /2015 23:56

 

Jaurès, l'inspirateur de la République sociale et laïque, nous enseigne l'audace

 

Le successeur de Jean Jaurès à la direction de l'Humanité, Patrick Le Hyaric, a prononcé un discours le 31 juillet 2015 devant la plaque commémorant l'assassinat de Jean Jaurès au Café du croissant, à Paris, le 31 juillet 1914.

Lire ce discours sur le site de Patrick Le Hyaric, député au Parlement européen, directeur de l'Humanité : Hommage à Jean Jaurès

Extrait.

Jaurès, l’inspirateur de la république sociale et laïque, se lit. Jaurès se médite. Jaurès s’enseigne.

La statue ne demande qu’à être dépoussiérée pour que sa pensée soit commentée et discutée, pour que son œuvre, passée au tamis de l’histoire, puisse continuer à inspirer notre avenir commun.

Jaurès nous enseigne l’audace quand il épouse la cause socialiste après avoir découvert le sort réservé aux mineurs de Carmaux par l’aristocratie locale qui leur déniait tout droit politique, ou quand il se détache de sa condition de naissance pour porter la revendication de droits universels pour tous les travailleurs, quels qu’ils soient, où qu’ils vivent et quoi qu’ils croient.

C’est d’un geste intellectuel unique qu’il s’engage dans la lutte sociale, auprès des travailleurs, des ouvriers, des mineurs, dans sa circonscription, n’hésitant pas à gravir l’estrade sur les lieux de travail comme à l’Assemblée nationale où ses prises de parole et ses joutes oratoires contre ses nombreux et résolus adversaires, résonnent encore.

Il nous enseigne la grandeur du combat politique quand il décide de s’engager, en 1902, dans la création du Parti Socialiste Français qui deviendra, trois ans plus tard, la Section Française de l’Internationale Socialiste grâce aux efforts considérables qu’il déploie pour fédérer et unir les différentes chapelles du mouvement ouvrier.

Il nous enseigne le courage quand il prend fait et cause pour le capitaine Dreyfus victime d’une cabale fomentée par l’aristocratie d’Etat et militaire, parce que juif.

« Quelque soit l’être de chair et de sang qui vient à la vie, s’il a figure d’homme, il porte en lui le droit humain» lance-t-il à ceux qui pensent pouvoir trier les hommes et les femmes selon leurs origines, leurs croyances ou leur couleur de peau et qui pensent pouvoir s’exonérer du combat contre le racisme, où qu’il s’exprime.

Il nous enseigne la sagesse quand il fut l’un des plus ardents promoteurs du concept de laïcité, prenant garde, à rebours d’une abjecte mode contemporaine, de n’en jamais faire l’arme contre une religion, mais bien ce puissant principe qui garantit la neutralité de l’Etat vis à vis des cultes, quels qu’ils soient, laissant par la même occasion la liberté la plus totale à chacun de pratiquer sa religion tant que celle-ci ne s’impose pas à la société. « Nous voudrions, écrit-il en 1904, que la séparation des Eglises et de l’Etat n’apparaisse pas comme la victoire d’un groupe sur d’autres groupes mais comme l’œuvre commune de tous les républicains.»

Il nous enseigne la fraternité quand il appelle, depuis l’Amérique latine, terre d’immigration, à une sécurité professionnelle des travailleurs du monde entier, afin d’éviter les divisions et les rancœurs entre ceux qui n’ont que leur travail ou leur retraite pour vivre et afin que « chaque peuple [apprenne] à voir dans l’étranger un travailleur, un frère ».

Intellectuel hors norme, agrégé de philosophie, historien décisif de la Révolution française, journaliste de combat, Jaurès mêle en sa personne les qualités du cœur et celles de l’esprit.

Sa pensée reste un fil conducteur, alimentée par un siècle d’essor des idées progressistes, pour comprendre le monde. Elle est une pensée en mouvement continu qui nous interpelle aujourd’hui encore.

N’est-ce pas le cas, quand la folle mécanique de guerre que certains cherchent à imposer à la porte du vieux continent, en Ukraine, pour mieux asseoir une domination totale et des visées impérialistes, s’enlise en rouvrant les plaies du siècle passé et en ravivant les démons nationalistes.

La pensée de Jaurès nous interpelle quand d’obscurs intérêts géopolitiques et économiques laissent croître la bête immonde du fanatisme religieux dans un Moyen-Orient dépecé et déstabilisé, vidé de ses forces vives progressistes par trente années d’ingérence nord-américaine et de dictatures choyées.

La pensée de Jaurès nous interpelle encore quand la guerre économique, qu’il considérait comme le présage de la guerre militaire, redouble d’intensité à l’échelle de la planète ; quand se multiplient ces traités de libres échanges transatlantique, transpacifique, ou celui qui se négocie dans le plus grand secret contre les services publics, et qui n’ont pour objectif que d’accroître l’emprise du profit sur les activités humaines, sur la production et le travail  et, comble du cynisme, vise a mettre en place un droit des affaires au détriment des droits humains et environnementaux.

Jaurès, c’est la clairvoyance pour que la politique, la coopération et la diplomatie prennent en permanence le pas sur la guerre économique et militaire. Il conservait sans cesse à l’esprit l’objectif de résoudre les conflits par le dialogue et par l’unité populaire, pour dégager les principes d’un intérêt général.

 

Rappel (blog du MRC 53, 11 novembre 2013) : Jean Jaurès, dernier discours avant le désastre de la guerre de 1914

 

Cet article est le 38ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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11 novembre 2013 1 11 /11 /novembre /2013 22:02

"Jamais la situation de l’Europe n’a été aussi menaçante"

 

Le 11 novembre en France est le jour où les citoyens se rassemblent autour des monuments aux morts. Dans ma ville, c’était hier parce que, le dimanche, il y a plus de présents, et aussi parce que les anciens combattants veulent aller à Laval participer à la cérémonie le jour du 11 novembre.

A Paris, la commémoration a été entachée par des manifestations d’hostilité à la personne du président de la République. Voir Hollande hué: l'homme du sursaut citoyen face aux fachos (l’Humanité, 11 novembre 2013). Voir, à ce sujet, les réflexions de Claude Nicolet sur son blog et de Jean-Pierre Chevènement :  "Il faut condamner ces manifestations totalement inadmissibles un 11 novembre" (11 novembre 2013).

 

Ces commémorations sont l’occasion de chercher à comprendre ce qui a conduit à cette guerre en 1914. Voir Armistice du 11 novembre 1918 : la guerre ne s'est terminée qu'en 1945 - 10 novembre 2013 (entretien du JDD avec Jean-Pierre Chevènement).

 

Le Dernier discours de Jean Jaurès contre la guerre et l'appel à un sursaut

 

La veille du déclenchement de la Première Guerre mondiale, le 31 juillet 1914, Jean Jaurès était assassiné à Paris. Pratiquement une semaine avant, il avait prononcé le 25 juillet, à Lyon-Vaise, ce qui devait être son dernier discours. Le député du Tarn dressait alors un tableau aussi réaliste qu'alarmiste de la situation en Europe (merci à Hervé Crouzet) :

 

Citoyens,

 

Je veux vous dire ce soir que jamais nous n’avons été, que jamais depuis quarante ans l’Europe n’a été dans une situation plus menaçante et plus tragique que celle où nous sommes à l’heure où j’ai la responsabilité de vous adresser la parole  (...)

Citoyens, la note que l’Autriche a adressée à la Serbie est pleine de menaces et si l’Autriche envahit le territoire slave, si les Germains, si la race germanique d’Autriche fait violence à ces Serbes qui sont une partie du monde slave et pour lesquels les slaves de Russie éprouvent une sympathie profonde, il y a à craindre et à prévoir que la Russie entrera dans le conflit, et si la Russie intervient pour défendre la Serbie, l’Autriche ayant devant elle deux adversaires, la Serbie et la Russie, invoquera le traité d’alliance qui l’unit à l’Allemagne et l’Allemagne fait savoir qu’elle se solidarisera avec l’Autriche.

Et si le conflit ne restait pas entre l’Autriche et la Serbie, si la Russie s’en mêlait, l’Autriche verrait l’Allemagne prendre place sur les champs de bataille à ses côtés. Mais alors, ce n’est plus seulement le traité d’alliance entre l’Autriche et l’Allemagne qui entre en jeu, c’est le traité secret mais dont on connaît les clauses essentielles, qui lie la Russie et la France et la Russie dira à la France :

"J’ai contre moi deux adversaires, l’Allemagne et l’Autriche, j’ai le droit d’invoquer le traité qui nous lie, il faut que la France vienne prendre place à mes côtés." A l’heure actuelle, nous sommes peut-être à la veille du jour où l’Autriche va se jeter sur les Serbes et alors l’Autriche et l’Allemagne se jetant sur les Serbes et les Russes, c’est l’Europe en feu, c’est le monde en feu.

Dans une heure aussi grave, aussi pleine de périls pour nous tous, pour toutes les patries, je ne veux pas m’attarder à chercher longuement les responsabilités. Nous avons les nôtres, Moutet l’a dit et j’atteste devant l’Histoire que nous les avions prévues, que nous les avions annoncées; lorsque nous avons dit que pénétrer par la force, par les armes au Maroc, c’était ouvrir l’ère des ambitions, des convoitises et des conflits, on nous a dénoncés comme de mauvais Français et c’est nous qui avions le souci de la France.

Voilà, hélas! notre part de responsabilités, et elle se précise, si vous voulez bien songer que c’est la question de la Bosnie-Herzégovine qui est l’occasion de la lutte entre l’Autriche et la Serbie et que nous, Français, quand l’Autriche annexait la Bosnie-Herzégovine, nous n’avions pas le droit ni le moyen de lui opposer la moindre remontrance, parce que nous étions engagés au Maroc et que nous avions besoin de nous faire pardonner notre propre péché en pardonnant les péchés des autres.

Et alors notre ministre des Affaires étrangères disait à l’Autriche: "Nous vous passons la Bosnie-Herzégovine, à condition que vous nous passiez le Maroc" et nous promenions nos offres de pénitence de puissance en puissance, de nation en nation, et nous disions à l’Italie. "Tu peux aller en Tripolitaine, puisque je suis au Maroc, tu peux voler à l’autre bout de la rue, puisque moi j’ai volé à l’extrémité."

Chaque peuple paraît à travers les rues de l’Europe avec sa petite torche à la main et maintenant voilà l’incendie.

Eh bien! citoyens, nous avons notre part de responsabilité, mais elle ne cache pas la responsabilité des autres et nous avons le droit et le devoir de dénoncer, d’une part, la sournoiserie et la brutalité de la diplomatie allemande, et, d’autre part, la duplicité de la diplomatie russe. Les Russes qui vont peut-être prendre parti pour les Serbes contre l’Autriche et qui vont dire "Mon cœur de grand peuple slave ne supporte pas qu’on fasse violence au petit peuple slave de Serbie. "Oui, mais qui est-ce qui a frappé la Serbie au cœur? Quand la Russie est intervenue dans les Balkans, en 1877, et quand elle a créé une Bulgarie, soi-disant indépendante, avec la pensée de mettre la main sur elle, elle a dit à l’Autriche "Laisse-moi faire et je te confierai l’administration de la Bosnie-Herzégovine. "L’administration, vous comprenez ce que cela veut dire, entre diplomates, et du jour où l’Autriche-Hongrie a reçu l’ordre d’administrer la Bosnie-Herzégovine, elle n’a eu qu’une pensée, c’est de l’administrer au mieux de ses intérêts."

Dans l’entrevue que le ministre des Affaires étrangères russe a eu avec le ministre des Affaires étrangères de l’Autriche, la Russie a dit à l’Autriche: "Je t’autoriserai à annexer la Bosnie-Herzégovine à condition que tu me permettes d’établir un débouché sur la mer Noire, à proximité de Constantinople." M. d’Ærenthal a fait un signe que la Russie a interprété comme un oui, et elle a autorisé l’Autriche à prendre la Bosnie-Herzégovine, puis quand la Bosnie-Herzégovine est entrée dans les poches de l’Autriche, elle a dit à l’Autriche : "C’est mon tour pour la mer Noire." – "Quoi? Qu’est-ce que je vous ai dit? Rien du tout !", et depuis c’est la brouille avec la Russie et l’Autriche, entre M. Iswolsky, ministre des Affaires étrangères de la Russie, et M. d’Ærenthal, ministre des Affaires étrangères de l’Autriche ; mais la Russie avait été la complice de l’Autriche pour livrer les Slaves de Bosnie-Herzégovine à l’Autriche-Hongrie et pour blesser au cœur les Slaves de Serbie.

 

C’est ce qui l’engage dans les voies où elle est maintenant. Si depuis trente ans, si depuis que l’Autriche a l’administration de la Bosnie-Herzégovine, elle avait fait du bien à ces peuples, il n’y aurait pas aujourd’hui de difficultés en Europe; mais la cléricale Autriche tyrannisait la Bosnie-Herzégovine; elle a voulu la convertir par force au catholicisme; en la persécutant dans ses croyances, elle a soulevé le mécontentement de ces peuples. La politique coloniale de la France, la politique sournoise de la Russie et la volonté brutale de l’Autriche ont contribué à créer l’état de choses horrible où nous sommes. L’Europe se débat comme dans un cauchemar.

 

Eh bien! citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre européenne.

Vous avez vu la guerre des Balkans; une armée presque entière a succombé soit sur le champ de bataille, soit dans les lits d’hôpitaux, une armée est partie à un chiffre de trois cent mille hommes, elle laisse dans la terre des champs de bataille, dans les fossés des chemins ou dans les lits d’hôpitaux infectés par le typhus cent mille hommes sur trois cent mille.

 

Songez à ce que serait le désastre pour l’Europe: ce ne serait plus, comme dans les Balkans, une armée de trois cent mille hommes, mais quatre, cinq et six armées de deux millions d’hommes. Quel massacre, quelles ruines, quelle barbarie! Et voilà pourquoi, quand la nuée de l’orage est déjà sur nous, voilà pourquoi je veux espérer encore que le crime ne sera pas consommé. Citoyens, si la tempête éclatait, tous, nous socialistes, nous aurons le souci de nous sauver le plus tôt possible du crime que les dirigeants auront commis et en attendant, s’il nous reste quelque chose, s’il nous reste quelques heures, nous redoublerons d’efforts pour prévenir la catastrophe. Déjà, dans le Vorwaerts, nos camarades socialistes d’Allemagne s’élèvent avec indignation contre la note de l’Autriche et je crois que notre bureau socialiste international est convoqué.

 

Quoi qu’il en soit, citoyens, et je dis ces choses avec une sorte de désespoir, il n’y a plus, au moment où nous sommes menacés de meurtre et, de sauvagerie, qu’une chance pour le maintien de la paix et le salut de la civilisation, c’est que le prolétariat rassemble toutes ses forces qui comptent un grand nombre de frères, Français, Anglais, Allemands, Italiens, Russes et que nous demandions à ces milliers d’hommes de s’unir pour que le battement unanime de leurs cœurs écarte l’horrible cauchemar.

J’aurais honte de moi-même, citoyens, s’il y avait parmi vous un seul qui puisse croire que je cherche à tourner au profit d’une victoire électorale, si précieuse qu’elle puisse être, le drame des événements. Mais j’ai le droit de vous dire que c’est notre devoir à nous, à vous tous, de ne pas négliger une seule occasion de montrer que vous êtes avec ce parti socialiste international qui représente à cette heure, sous l’orage, la seule promesse d’une possibilité de paix ou d’un rétablissement de la paix.

 

Voir, par ailleurs, sur Jaurès : Assemblée nationale - Jean Jaurès - Discours parlementaires et Jaures, discours à la jeunesse, Albi, 1903

 

De son côté, Henry Moreigne a publié sur son site (31 juillet 2013 AGORA VOX) cet article relatant le Dernier discours et dernière mise en garde de Jean Jaurès. Après avoir détaillé les rouages infernaux, le fondateur et directeur du journal l'Humanité appelait à la veille de la guerre les peuples au sursaut.

 

Voici les réflexions de Henry Moreigne concernant la situation actuelle.

(…) Que reste-t-il un quasi siècle plus tard de ces propos prophétiques ? Pas grand-chose. La réponse internationale aux égoïsmes nationaux n'a non seulement pas vu le jour mais elle a surtout été captée, récupérée par les puissances financières qui ont construit une mondialisation à leur main, basée sur la mise en concurrence des peuples entre eux et l'affranchissement de tout contrôle par les Etats.

Les barils de poudre aujourd'hui n'ont pas pour nom ceux de quelques territoires des Balkans mais chômage, déficits et austérité. Loin d'être le bouclier attendu et espéré, l'Europe de 2013 se limite à une union de républiques marchandes sans plus d'objectifs politique que de reconstituer une sorte de nouvelle ligue hanséatique élargie. Pourtant le grand Jaurès dans son dernier discours nous rappelle que la clé du progrès passe par la capacité à créer des passerelles au dessus des frontières. Un beau défi pour ceux qui dans ce XXIème siècle cherchent à leur vie un sens autre que mercantilisme, consumérisme et cupidité.



Cet article est le 37ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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10 novembre 2013 7 10 /11 /novembre /2013 22:40

Les commémorations ne doivent pas occulter l’essentiel

 

Les cérémonies patriotiques, à Saint-Berthevin, ont lieu le dimanche le plus près de la date du 11 novembre (ou du 8 mai). C’est, donc, ce 10 novembre qu’a eu lieu la cérémonie rassemblant de nombreux berthevinois, avec la participation des enfants qui ont déposé des gerbes au monument aux morts.

Ceremonie-du-11-novembre-StB-101113-001-T.jpgLe maire, Yannick Borde, a lu le Message du 11 novembre de Kader ARIF, Ministre délégué chargé des Anciens Combattants, à l’occasion de la commémoration de la Victoire et de la paix du 11 novembre, jour de l'anniversaire de l'Armistice de 1918 et hommage à tous les morts pour la France.

 

Le 7 novembre, le président de la République, François Hollande, avait indiqué Comment la France va commémorer les 100 ans de la guerre de 14-18 (site de France tv info).

 

Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la défense, a publié en octobre un livre 1914-2014 : l'Europe sortie de l'histoire? (Editions Fayard), qui met à jour des éléments historiques qui sont habituellement occultés au moment des commémorations. Ce 10 novembre, dans Le JDD (Journal du Dimanche), les propos de l’auteur de ce livre sont recueillis par Laurent Valdiguié

"La guerre de 14 s'est terminée en 1945"

 

Le JDD : Vous étiez à l'Élysée jeudi, comment avez-vous trouvé le discours de François Hollande lançant les commémorations de la guerre de 14-18 ?

Jean-Pierre Chevènement : C'était un discours rassembleur qui se voulait "au-dessus de la mêlée". Le Président a évité les aspérités, en renvoyant aux historiens et aux chercheurs le soin d'interpréter les origines, le déroulement et la portée de la guerre. Cette liberté laissée à la recherche me convient tout à fait.

Certains historiens sont choqués du mélange entre le poilu et le résistant, autrement dit du mélange des commémorations du centenaire de la Grande Guerre avec celles du 70e anniversaire du débarquement de 1944…

Moi non. On doit lier 1914 à 1945. J'estime même qu'on ne peut ni comprendre ni commémorer 1914 si on n'en fait pas le début d'une guerre de trente ans. L'armistice de 1918 n'a été qu'une trêve aux yeux de l'état-major allemand qu'inspirait l'idéologie du pangermanisme. La guerre s'est terminée en 1945 avec la capitulation sans condition de l'Allemagne.

Pourquoi tout commence en 1914 ?

Il y a une explication fondamentale, celle de la première mondialisation sous hégémonie britannique. Cette mondialisation d'avant 1914 s'est traduite par le remarquable essor de l'économie allemande qui a multiplié sa production par trois tandis que la Grande-Bretagne doublait à peine la sienne. Cette montée de l'Allemagne impériale, dans le domaine des armements navals notamment, a fortement inquiété les élites britanniques. L'erreur des dirigeants du IIe Reich est d'avoir voulu mener une guerre préventive contre la Russie et la France, en envahissant la Belgique dont l'Angleterre garantissait la neutralité. Ma thèse est donc que la Première Guerre mondiale n'est pas d'abord une guerre franco-allemande, mais un conflit d'hégémonie entre la Grande-Bretagne et l'Allemagne impériale. Chaque fois que je rencontre un dirigeant chinois aujourd'hui, je lui dis : "Vous qui allez dépasser les États-Unis, ne commettez jamais l'erreur des dirigeants du IIe Reich. Rappelez-vous le conseil de Deng Xiaoping : 'Soyez prudents, avant de traverser le fleuve, tâtez les pierres…'"

 

«Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Or, les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation

 

Vous rendez les Allemands totalement responsables de l'entrée en guerre, mais sur une série d'erreurs d'appréciation. Vous parlez même dans votre livre * de "bêtise allemande"…

La France n'était nullement une puissance agressive en 1914. Ses dirigeants n'envisageaient plus de faire la guerre pour reconquérir l'Alsace-Lorraine. Le peuple allemand non plus ne voulait pas la guerre, mais ses dirigeants ont donné carte blanche en juillet à l'Autriche-Hongrie pour attaquer la Serbie. Tout est décidé par l'état-major allemand. Il a pris le risque d'un conflit européen parce qu'il croyait en une guerre limitée et courte : les Français devaient être battus en six semaines grâce au plan Schlieffen d'invasion de la Belgique, qui dormait dans ses cartons depuis 1905. Mais la guerre est une boîte de Pandore : quand on l'ouvre, on libère des monstres qu'on ne peut plus rattraper. La bêtise des dirigeants allemands s'est répétée en 1917 avec la guerre sous-marine à outrance, qui a conduit les États-Unis, dont l'opinion était alors isolationniste, à intervenir… Les origines de la guerre de 14 risquent d'être occultées dans les commémorations. Ce serait dommage, car les mêmes risques existent aujourd'hui dans la seconde mondialisation.

Que faut-il commémorer aujourd'hui ?

Je crains que ces commémorations ne soient utilisées pour discréditer encore plus les nations européennes qui se seraient prétendument lancées d'elles-mêmes dans cette gigantesque boucherie. Or ce ne sont pas les nations européennes qui ont voulu la guerre, elles étaient toutes pacifiques. Ce sont des dirigeants aveugles qui ont précipité cette catastrophe. J'ai peur qu'on dévalorise encore les nations européennes pour mieux justifier une conception de ­l'Europe qui aujourd'hui prend l'eau parce que justement elle fait litière des nations qui sont le ressort de la démocratie et par conséquent de la volonté politique. Je suis pour l'Europe, mais dans le prolongement des nations ! ­L'Europe "post-nationale" actuelle, où l'on a donné à une Commission européenne composée d'inconnus d'immenses pouvoirs et le monopole de la proposition législative et réglementaire, est à bout de souffle. On n'a plus de politique industrielle, plus de politique monétaire… Nous crevons d'une monnaie surévaluée. C'est cette démission du politique que je n'aimerais pas voir consacrée par les commémorations.

Vous décrivez l'Europe actuelle comme si l'Allemagne avait gagné la guerre de 14 en six semaines …

Non, l'Allemagne a beaucoup souffert des deux guerres mondiales, matériellement et moralement. Mais c'est aujourd'hui une démocratie. Économiquement, elle est aujourd'hui très puissante, mais politiquement elle n'a plus de projet de domination politique. Militairement, elle compte très peu et elle n'a pas de politique extérieure autre qu'économique. L'Allemagne est aujourd'hui prise dans une contradiction : le traité budgétaire européen enferme les pays ­d'Europe du Sud dans une stagnation de longue durée et l'euro devient pour elle un fardeau qui menace sa compétitivité. Or les trois quarts des excédents de l'Allemagne sont réalisés aujourd'hui hors d'Europe. Il serait temps de comprendre que l'euro, surévalué de 20 %, asphyxie notre économie et que l'Europe a besoin d'une autre organisation monétaire pour retrouver la croissance et l'emploi.

 

Comment Mitterrand aurait-il commémoré 1914 ?

Il aurait réfléchi aux conséquences de la monnaie unique. Il était européen, mais parce qu'il était un patriote français. Il était né en 1916. Il a vécu l'effondrement de la France en 1940, il a été blessé à Verdun et fait prisonnier. L'Europe était pour lui le moyen d'exorciser la guerre. Mais la monnaie unique était une fausse bonne idée. Elle juxtapose des nations économiquement trop hétérogènes. ­François Mitterrand était un réaliste. Il aurait corrigé l'erreur initiale qu'a été le choix de la monnaie unique. Il serait revenu à l'idée d'une monnaie commune réservée aux transactions internationales.

 

Vous étiez ministre au moment des commémorations du bicentenaire de la Révolution en 1989, vous aviez mis sur pied le comité des historiens. Quel bilan en tirez-vous ?

Un bilan mitigé. Le bicentenaire en 1989 n'est pas allé plus loin que le centenaire en 1889, on a fait du surplace. On en est resté à Danton alors qu'on aurait dû réhabiliter Robespierre dans le contexte d'une révolution qui substituait au droit divin les droits de l'homme et du citoyen. Robespierre a sauvé la république qu'il a fondée face à l'invasion étrangère et à la sédition des contre-révolutionnaires. Relisez Jaurès dans l'Histoire socialiste de la Révolution française. Il lui a rendu justice. Une commémoration, c'est l'occasion de porter un regard plus juste, plus équilibré. Le grand homme de la guerre de trente ans, 1914-1945, c'est de Gaulle autant que Clemenceau. Et peut-être même davantage. Il n'a pas désespéré de la patrie et il a sauvé la république. Il faudra, à lui aussi, rendre justice.

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

 

 

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9 novembre 2013 6 09 /11 /novembre /2013 18:16

Un leader naturel doté d’un bel esprit de synthèse

 

Henri Baron a marqué les esprits quand il était le seul président de chambre d’Agriculture départementale en opposition au syndicalisme majoritaire (FNSEA). En Loire-Atlantique, il a été un leader naturel, aimant le travail en équipe, respectant ses interlocuteurs, y compris ceux qui ne partageaient pas ses idées.

Je l’ai mieux connu au conseil régional des Pays de la Loire, entre 1998 et 2004. Nous étions dans la minorité avec Jacques Auxiette* face à la majorité de François Fillon. Dans le groupe socialiste, Henri Baron était celui qui était le plus écouté dans l’ensemble de l’hémicycle, ses compétences agricoles étant reconnues, et il savait proposer et discuter des amendements qui finissaient par être adoptés à l’unanimité. Homme de compromis, profondément réformiste, il faisait passer ses idées de bon sens et d’intérêt général.

* Voir la Réaction de Jacques Auxiette (site des Alpes mancelles, 30 octobre 2013).

 

Malassis-Montpellier-06-08-017-T.jpgEn juin 2008, membres de la délégation des « Amis de Louis Malassis », nous avions fait le déplacement à Montpellier. Voir Louis Malassis : cérémonie à Agropolis Montpellier le 12 juin - 11 juin 2008. 

 

 A Montpellier, après la cérémonie. A gauche : Médard Lebot et Joseph Guenanten. Au milieu : Jean-Claude Lebossé. A droite : Henri Baron et Régis Hovelaque.

 

Auparavant, à Rennes, les Amis de Louis Malassis avaient organisé un colloque, dans lequel Henri Baron était intervenu pour faire la synthèse des interventions de la matinée. Voir Colloque des Amis de Louis Malassis : une matinée riche résumée par Henri Baron - 30 décembre 2007. Extrait. 

 

L’objectif, lié au thème du colloque, était ambitieux : les défis de l’agriculture au 21ème siècle. Ce colloque, qui a eu lieu le 27 novembre 2007 à l’Agrocampus de Rennes, a été magistralement introduit par un exposé de Bruno Parmentier (voir, sur ce blog, l’article paru le 17 décembre dernier).

Puis la matinée a continué avec d’autres intervenants (table ronde) et un débat auquel ont participé une dizaine de personnes, parmi les 300 présentes, avant l’exercice difficile de synthèse et de conclusion, dont s’est chargé Henri Baron avec beaucoup de talent.  

 

Henri Baron, avec humour et maîtrise, résume les interventions de la matinée

Henri Baron (agriculteur retraité, ancien responsable professionnel de Loire-Atlantique) est chargé de conclure la matinée. Il a constaté que l’intervention de Bruno Parmentier avait marqué cette matinée par le style professoral d’une part, mais aussi par le contenu qui n’a pas manqué d’interpeller chaque auditeur.

Le point fort, c’est que, dorénavant, il faudra produire plus avec moins. Depuis 50 ans, on a fait avec plus. L’orateur a bien décrit la gifle du Brésil, la réalité de l’Afrique, les cours en dents de scie, ce qui complique les projets des jeunes.

Il faudra multiplier la production par deux d’ici 2050, globalement au niveau mondial (ce n’est pas un message pour chacun), ce qui est ambitieux. Il faut savoir anticiper. Les agrocarburants (ou phytocarburants) sont-ils une bonne anticipation ? Il faudra choisir, entre l’alimentation et le réservoir.

Le problème de la maîtrise du vivant implique une capacité d’inventivité, une recherche publique et démocratique.

Lors de la table ronde, il a été dit : le politique doit décider de nourrir le monde. Jusqu’à présent, le message était qu’il faut faire des profits. Les agriculteurs doivent nourrir les hommes. C’est un défi. Derrière, il y a la notion d’agriculture responsable, plurielle, solidaire, équitable.

Colette Balland a souligné que sa Région Poitou-Charentes se préoccupe, au quotidien, d’une politique agricole pour nourrir le monde, qui soit adaptée aux conditions régionales.

Manadi Koumaré, le Malien, a rappelé que la guerre alimentaire est déclenchée depuis longtemps par les USA, à travers la prise des marchés. Il a bien précisé qu’il n’était pas ici pour se lamenter, mais on a le droit de s’interroger.

 

Daniel Rey, le Chilien, a évoqué l’importance de l’eau, dont son pays dispose en quantité. L’eau, c’est la vie (l’image de la plante qui transpire). Tout ce qui l’agresse dans sa qualité et qui la gaspille est un crime contre l’humanité. Les OGM ? Pas tout pour, pas tout contre…

 

En conclusion, ce fut une matinée riche. Continuez le débat autour de vous. Ce sont les citoyens qui font avancer les problèmes de la société. Il faut sensibiliser tous ceux qui ont des responsabilités. Louis Malassis* l’a dit : « Ce sont les militants qui changent le monde ». Ce colloque est une semence (non OGM…) et les jeunes sont le terroir.

 

Mais l’évènement le plus important a été la publication de son livre, « Henri Baron, paysan citoyen » (Editions Siloë, 18 rue des Carmélites 44000 Nantes) en 2006. Voir Henri Baron a présenté le contenu de son livre Paysan citoyen le 9 janvier à Laval - 11 janvier 2007. Extrait.   

La salle de réunions de Restagri à Laval était bien remplie, mardi, par la présence de nombreux paysans retraités venus à l’invitation de la Confédération paysanne écouter avec plaisir Henri Baron.

 Toujours aussi remarquable orateur, debout, sans notes, pendant deux heures, dont une de réponse aux questions, cet homme de 74 ans a raconté sa vie de paysan citoyen, d’abord syndicaliste, puis président de chambre d’agriculture et, enfin, retraité actif en tant que syndicaliste défenseur des petites retraites et conseiller régional des Pays de la Loire de 1998 à 2004, aboutissement normal pour une vie militante, tant il est vrai que la dimension politique a toujours été présente dans l’idée qu’il se fait de ses responsabilités.

 Thérèse, son épouse, l’accompagnait, elle qui n’a cessé de soutenir ses engagements professionnels, à condition qu’il fasse le travail le matin avant de partir, car il ne faut pas laisser tout le travail aux femmes, comme elle dit (…).

 

Son décès a donné lieu à plusieurs articles de presse, dont ceux-ci :

 

Henri Baron, un paysan citoyen (Ouest-France, 29 octobre 2013)

« Henri Baron est un modèle pour nous tous » (Ouest-France, 30 octobre 2013)

 

Paysan et militant, Henri Baron nous a quittés (L'Avenir Agricole, 1er novembre 2013, page Loire-Atlantique, Christian Evon)

Syndicaliste paysan et militant engagé, homme de conviction ancré à gauche, l’ancien président de la Chambre d’Agriculture de Loire-Atlantique est décédé, à l’aube de ses 81 ans.

En 2006, Henri Baron avait publié un livre intitulé « Paysan citoyen » dans lequel il expliquait son parcours personnel et professionnel.

Figure marquante du syndicalisme et du monde paysan de l’Ouest de la France, pendant trois décennies, Henri Baron s’est éteint ce week-end. Il fut notamment président de la chambre d’Agriculture 44 de 1976 à 1992 et vice-président de la chambre régionale. Entre 1984 et 1992, Joseph Plantard, de Sion-les-Mines, a été son 1er puis son 2ème vice-président. « Il était élu en tant qu’exploitant agricole et, en 1992, dès qu’il a atteint l’âge de la retraite, il s’était retiré ».

« J’ai pris beaucoup de plaisir à travailler avec lui car il savait faire vivre une équipe. Il avait l’esprit de synthèse. Il avait une facilité d’adaptation et savait faire face à toutes les situations. Sans déroger à ses idées, il ne tombait jamais dans l’affrontement stérile, même face à ses opposants », conclut Joseph Plantard.

L’un de ses successeurs à la tête de la chambre d’Agriculture, Michel Loquet, ne dit pas autre chose. Il loue « sa capacité d’analyse et de synthèse ». « Henri Baron était un homme intègre et droit, forgé dans les valeurs de la Jeunesse agricole catholique, un visionnaire qui a ouvert l’agriculture sur la société ».

 

« Le développement de l’humain »

C’était quelqu’un de très engagé et de très militant, qui pensait l’évolution du monde rural dans la solidarité », réagit le mayennais Georges Garot, le père du ministre Guillaume Garot. « Son fil conducteur, c’était le développement de l’humain. Il s’est beaucoup battu pour une société solidaire, toujours en équipe. C’était un leader naturel, avec un bel esprit de synthèse et beaucoup de bon sens pour réaliser les choses ». Pendant longtemps, Henri Baron et Georges Garot ont été engagés ensemble dans les organisations agricoles. « On a beaucoup travaillé ensemble et échangé : lui à la Région, et moi au Parlement européen ».

Henri Baron a aussi été maire de Forcé (pays de Châteaubriant) de 1983 à 1995 et conseiller régional de 1998 à 2004. Ce socialiste engagé a aussi été candidat aux élections législatives et départementales. « C’est comme élu de l’opposition de l’époque que j’ai été amené à le connaître », rappelle Jacques Auxiette, l’actuel président de la Région des Pays de la Loire. « Peu le savent mais Henri Baron a été un président attentif et moteur du développement du bureau inter régional des régions Bretagne, Pays de la Loire et Poitou-Charentes à Bruxelles ».

 

Acteur de l’histoire de la FDSEA

Dans les années soixante et soixante-dix, Henri Baron a vécu de l’intérieur l’histoire mouvementée de la FDSEA, de l’apparition de la mouvance paysan travailleur jusqu’à l’exclusion de la fédération départementale par la FNSEA, en 1978. C’est aussi le temps des luttes syndicales et le jeune paysan s’implique dans la défense des producteurs de lait et de viande. Militantisme toujours quand, l’heure de la retraite ayant sonné, il s’était battu pour les paysans retraités.

Cet article est le 35ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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27 septembre 2013 5 27 /09 /septembre /2013 17:04

Le socialisme doit adapter l’économie à la société

 

Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, en présence d’une dizaine de ses conseillers, a reçu Marcel Gauchet , philosophe et historien français*, le 14 août 2013 à l'Hôtel de Matignon. Leur entretien, qui a duré trois heures, a porté sur le thème de la France dans le monde en 2025.

Le Nouvel Observateur a publié, le 22 août 2013, un article de Eric Aeschimann dans lequel le philosophe et historien raconte l’entretien de Matignon :

 

J'ai rencontré Jean-Marc Ayrault : ce que je lui ai dit sur la France de 2025

 

On ne change pas l’identité d’un pays par décret

Je l’ai d’abord mis en garde : pour se projeter à long terme, il faut aller au-delà de l’économie. Le profond malaise qui paralyse la France tient moins aux difficultés économiques qu’à une crise d’identité. Depuis la Révolution, notre pays se définit par une identité universaliste, mais la mondialisation réduit mécaniquement notre influence dans le monde, et la prétention universelle de notre modèle n’est plus tenable.

Que faire ? On ne change pas l’identité d’un pays par décret : sur ce point, il faut méditer l’échec de Nicolas Sarkozy, qui a tenté d’aligner l’identité française sur le modèle européano-libéral. Il a échoué à cause de la méthode, mais aussi à cause du but : les Français n’avaient pas envie de ça.

Il convient donc d’actualiser l’identité française tout en restant dans la continuité. Je crois que la France peut avoir l’ambition d’être un pays exemplaire dans sa capacité à ne laisser personne au bord du chemin. Le néolibéralisme divise la société entre les utiles et les assistés. Définir une société qui fasse de la place à tout le monde, voilà qui pourrait donner un nouveau contenu à l’universalisme français.

Mais, pour cela, il faut changer de méthode, renoncer aux recettes miracles imposées d’en haut et prendre le temps d’associer les gens concernés. À cet égard, la conférence de consensus sur la récidive de Christiane Taubira allait dans le bon sens, quoi qu’en dise Manuel Valls. Lorsque ce sujet a été évoqué avec le Premier ministre, celui-ci a surtout regretté que ce travail préparatoire n’ait pas été encore plus ouvert au public.

 

Adapter l’économie à la société

Autre exemple : l’école, qui est devenue une machine à dé-démocratiser. On devrait réunir les professionnels et les publics concernés, car c’est ensemble qu’ils inventeront des solutions que, par définition, on ne connaît pas aujourd’hui. Ainsi, à l’occasion de la remise en route des anciens IUFM, on devrait se demander ce que nous attendons des futurs enseignants. Agir maintenant aura des effets directs sur l’école en 2025 et après.

J’ai enfin abordé la question européenne. Pourquoi a-t-on laissé l’Europe modifier les normes comptables de nos entreprises en les calquant sur les normes américaines ? Pourquoi s’est-on engagé dans la négociation d’un accord de libre-échange transatlantique ? C’est une bombe à retardement qui transformera profondément la société européenne, toujours plus clivée, plus coupée en deux.

Dans la logique néolibérale, la société doit s’adapter à l’économie. Un véritable socialisme réformiste doit chercher au contraire à adapter l’économie à la société.

 

Autres déclarations de Marcel Gauchet

 

Voir cet article : Marcel Gauchet : "le fonds de sauce européiste dans lequel nous sommes enlisés  (Au fait, 2 sept. 2013). Extrait.

 

"La politique est-elle devenue impuissante, incapable de répondre aux aspirations des populations ?

Il s'agit d'une impuissance fabriquée et, d'une certaine manière, souhaitée par certains acteurs de la construction européenne dont la philosophie sous-jacente est de vider les appareils nationaux de toute substance. Ceux-ci voudraient construire un espace politique non seulement post-national mais aussi post-étatique. C'est-à-dire un espace où la "gouvernance", par un mélange de droit et de régulation économique, aurait remplacé l'action de gouvernements élus, toujours soupçonnés d'arbitraire et d'inefficacité. Les arguments juridiques et économiques constituent le fonds de sauce européiste dans lequel nous nous sommes enlisés. [...] Les institutions actuelles, en prétendant contourner les nations, n'aboutissent qu'à vider de tout contenu la possibilité d'opérer des choix collectifs."

Sur la présidentielle : "les candidats étaient incapables d'aborder le fond de leur programme car ils avaient peur que les citoyens, droite et gauche confondues, se rendent compte que c'était globalement le même que celui de la Commission européenne."

Plus loin, Marcel Gauchet rappelle que nombre d'européens sont fascinés par les Etats-Unis, mais que les Etats-Unis, eux, conservent un caractère d'Etat-nation fort.

 

Et cet autre, du même blog (Au fait, 20 sept. 2013) : Marcel Gauchet a encore frappé !

 

(…) l’Europe a complètement changé de nature du fait de la mondialisation. François Mitterrand a vendu l’Europe aux Français en leur disant "on va faire à l’échelle européenne ce qu’on ne peut plus faire en France", c’est-à-dire résister à la mondialisation. La promesse était de construire une Europe puissante capable de jouer d’égal à égal avec les États-Unis. Or c’est l’inverse qui s’est produit. L’Europe est devenue un accélérateur de la mondialisation et de la pénétration de ses normes en France. Elle n’a pas été le rempart annoncé, mais un cheval de Troie. Et l’on s’étonne ensuite de la désaffection de l’opinion !"

 

(…) "Je pense que la clé du déblocage se situe du côté du rapport à l’Europe. Il faut sortir de cette mécanique infernale qui est devenue paralysante et contre-productive par rapport à ses objectifs initiaux. Il ne s’agit pas de se replier dans son coin, mais de concevoir l’Europe autrement. Elle a démarré à six pays avec une intention fédérale, en vue d’une défense commune contre la menace soviétique. Or il n’y a plus d’Armée rouge, elle regroupe 28 pays, l’idée d’un État-nation européen n’a plus de sens et nous fonctionnons toujours avec les mêmes institutions! Comment cela pourrait-il marcher? Il faut reposer la question européenne à nouveaux frais."

 

* Voir Marcel Gauchet, philosophe au chevet de la démocratie, parle d’or - 2 août 2009 

Cet article est le 34ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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31 août 2013 6 31 /08 /août /2013 23:39

Cet homme d’esprit sait vivre avec peu et se faire aimer

 

Roquebrune-aout-2013-011-T.jpgOn n’oublie pas une rencontre avec Frère Antoine chez lui, dans cette partie du Rocher* qu’il a squattée depuis 1966 et aménagée à son goût. Il sait accueillir simplement et gentiment, échanger des propos avec humour, raconter des anecdotes sur sa vie autant que des réflexions de fond.

 

Roquebrune-aout-2013-016-T.jpg* Le Rocher de Roquebrune (Var) est un amas de rochers rouges, isolé au milieu de la plaine où coule l’Argens, qui sépare les Maures et l’Estérel. Les Maures, massif cristallin aux formes très arrondies, recouvertes d’immenses forêts. L’Estérel, massif volcanique, avec ses falaises de couleur rouge. Lire la présentation qui est faite dans le livre « Roquebrune au fil du temps » (voir Les temps forts culturels - Roquebrune).

 

 

J’avais pour ma visite une raison particulière : nous sommes originaires du même canton en Mayenne (Cossé-le-Vivien) et son nom, Louis Chauvel, m’avait fait penser à cette famille de Cuillé, près de La Guerche-de-Bretagne, qui a exercé des responsabilités électives (mairie, coopérative agricole, notamment). Louis, né en 1923, était le 11ème d’une famille paysanne de 12 enfants.

 

Sa vie a été racontée dans un livre « Le Paradis, c’est ici » (éditions du Châtelet) et des extraits significatifs ont été publiés dans Vie et spiritualité de Frère Antoine.

 

Voir aussi Frère Antoine (ermite) - Wikipédia et Ermite du rocher - Lengele.fr

 

Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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28 mai 2013 2 28 /05 /mai /2013 23:33

L’esprit de la Résistance, toujours aussi nécessaire

 

C’est dans l’Humanité qu’on trouve la célébration la plus complète du 70ème anniversaire du Conseil national de la Résistance. Voir (27 mai 2013) le numéro spécial à l'occasion des 70 ans du CNR. Le 27 mai 1943, sous l’égide de Jean Moulin, les représentants des mouvements de résistance se regroupent sous l’autorité du Conseil national de la Résistance. Dix mois plus tard, paraît son programme : «les Jours heureux». Voir Programme du Conseil national de la Résistance.

 

Ce jour-là, 48, rue du Four, à Paris, dans l’appartement de René Corbin, s’unifie, sous l’autorité de Jean Moulin, l’ensemble des mouvements de résistance français. Ce jour-là, les résistances devinrent «la Résistance». Posons le décor. Hiver 1942-1943. À l’Est, la guerre bascule. Embourbées à Stalingrad, les armées nazies plient devant l’Armée rouge. La nouvelle court les maquis et accrédite l’idée que le IIIe Reich n’est pas invincible. Constant Paisant, un des FTPF qui s’illustrera en 1944 aux Glières, se souvient: «Ce coup fatal à l’Allemagne, c’était le vent de l’espérance. Il nous porta au long de nos combats, particulièrement dans la tragédie du plateau où allaient mourir plus de 150 camarades.» (Michel Etiévent)

 

Daniel Cordier - ancien secrétaire de Jean Moulin dans la Résistance, devenu historien sur le tard afin de défendre la mémoire de Jean Moulin - a été à l’origine de la réalisation du téléfilm diffusé par France 3 en deux épisodes les 25 et 26 mai.

Voir L'esprit de la Résistance (Marianne, Eric Conan, 25 mai 2013)

Daniel Cordier : "Je voulais tuer des boches" (Nouvel Observateur, 25 mai 2013).

Daniel Cordier : "Seule la liberté compte dans la vie" (l’Humanité, 27 mai 2013).

 

Le président de la République a salué les 70 ans du CNR

 

Pour les 70 ans de la création du CNR, Hollande au lycée Buffon. Il y a soixante-dix ans, le 27 mai 1943, se tenait en plein Paris occupé la première réunion du Conseil national de la Résistance (CNR), symbole de l'unification de la Résistance intérieure confiée à Jean Moulin par le général de Gaulle. François Hollande s'est rendu au lycée Buffon avec des membres du CNR.

 

 

François Hollande contre la vichymania (Marianne, Eric Conan, 28 mai 2013)

Comme le dit L’Humanité, ce fut un « service minimum », guère à la mesure de cet évènement qui symbolise l’unité de la Résistance française auquel était difficilement parvenu Jean Moulin en rassemblant les principaux mouvements, partis et syndicats clandestins derrière le Général De Gaulle alors que celui-ci faisait face à l’hostilité des Alliés qui lui préférait le Général Giraud et ses ambiguïtés vis-à-vis de Vichy.
Ce 27 mai 1943 fut donc une date essentielle pour l’avenir car cette unification politique de la Résistance de la droite aux communistes autour du gaullisme de guerre, assurera une place pour la France aux côtés des vainqueurs et permettra au pays d’éviter le schéma confus et violent des Libérations grecque ou yougoslave.

Pour cette journée, le président de la République s’est contenté d’un déjeuner avec quelques résistants - dont Daniel Cordier, le secrétaire de Jean Moulin - et d’une visite en leur compagnie au Lycée Buffon dont cinq lycéens résistants furent fusillés par les nazis. Pour des raisons inexpliquées, la cérémonie envisagée au 48 rue du Four, à Saint-Germain-des-Prés où eut lieu la réunion du Conseil de la Résistance a été annulée.
Et ce sont surtout des préoccupations du présent qui ont émaillé le discours de François Hollande. « Ce qui a été possible (reconstruire le pays, redresser la France) doit encore être possible », a-t-il précisé en notant que ces chefs résistants réunis Rue du Four éprouvaient « ce sentiment que demain peut être meilleur qu’aujourd’hui » (…).

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

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26 mai 2013 7 26 /05 /mai /2013 23:51

 

Il était un sage, constructif et apaisant, une référence

 

Le 1er mars, déséquilibré par les branches qu’il venait de tronçonner, Jean-Yves Griot était hospitalisé, gravement blessé. Le 1er mai 2013, il s’arrêtait de vivre. Le 4 mai, ses amis étaient nombreux autour de son épouse, Elisabeth, et de leurs enfants, à vouloir manifester leur peine de le voir ainsi quitter le monde des vivants, beaucoup trop tôt, à 70 ans.

Le grand nombre de témoignages était le signe de la diversité de ses engagements. Leur convergence sur le fond montrait la cohérence de ses idées. Cette dernière rencontre dans la salle des sports de la commune était particulièrement émouvante, en rapport direct avec ce qu’avait été Jean-Yves pendant sa vie.

 

La dernière fois que j’ai vu Jean-Yves Griot, le 12 février 2013 : il participait à Paris à la réunion de Mars, le Mouvement agricole et rural solidaire, en qualité de « discutant » après l’intervention de André Neveu sur le thème du développement du capitalisme en agriculture (voir André Neveu s'alarme de la pénétration du capitalisme en agriculture - 13 février 2013).

 

Il avait d’abord conseillé la lecture du livre « Vivre l’agro-révolution française » du journaliste Vincent Tardieu. Puis, il avait réagi à l’exposé de Neveu, considérant que celui-ci avait l’avantage d’alerter sur des réalités. Concernant le Brésil, il avait observé que, depuis l’arrivée au pouvoir de Lula, en 2003, l’agriculture exportatrice et l’agriculture familiale avaient été soutenues, ce qui était nouveau pour cette dernière, représentant 30 % des produits locaux.

Par ailleurs, il avait signalé les conclusions de l’étude de Nadège Garambois montrant l’intérêt des systèmes herbagers du Réseau agriculture durable (coût le plus faible) et, aussi, l’étude de l’INRA en relation avec le CEDAPA (méthode Pochon) en Bretagne sur la qualité de l’eau.

 

Commentaires dans la presse après le décès de Jean-Yves Griot

 

Jean-Yves Griot, paysan solidaire (Ouest-France, 18-19 mai 2013)

 

Il était le cofondateur et premier président du Résea agriculture durable (RAD) dans le Grand-Ouest.

« Il avait l’élégance des sages » ; « C’était un enragé de l’espoir » ; « Sa maison était ouverte à tous », ont dit de lui ses amis lorsqu’ils sont venus lui rendre hommage dans la salle omnisports du Genest-Saint-Isle (Mayenne). Jean-Yves Griot est décédé au matin du 1er mai des suites d’un accident de bûcheronnage.

C’est dans cette commune de Mayenne qu’il s’était installé, en 1977, après avoir travaillé dix ans comme ingénieur à l’Institut technique du porc. Jusqu’au bout, ce pionnier des réseaux d’agriculture durable aura porté le projet d’une agriculture à taille humaine, respectueuse de l’environnement.

Cofondateur du Réseau agriculture durable, adhérent à la Confédération paysanne, militant écologiste, il avait également participé au lancement du réseau Cohérence. « Il y a quinze ans, la bio était marginale, confiait-il en 2012. Aujourd’hui, c’est un créneau porteur. Mais doit-il être réservé à quelques-uns ? Toute l’agriculture est appelée à passer en bio ou à s’en rapprocher ». Lors de cette même intervention, il avait une fois encore exprimé son inquiétude sur les pesticides. Opposé aux importations de soja, Jean-Yves Griot défendait un modèle plus autonome sur son exploitation de 38 hectares qu’il avait cédée en 2003. « Un grand humain, à la fois humble, constructif et tenace », explique Jean-Marie Lusson.

Semeur d’espoir, il faisait partie de ces paysans dont les idées alimentent aujourd’hui les projets autour de l’agro-écologie. Une agriculture enracinée et ouverte sur le monde.

 

Jean-Yves Griot militait pour la “cohérence” sociale (L’avenir agricole, Frédéric Gérard, 10 mai 2013)

C’est un pédagogue de premier plan que viennent de perdre les réseaux altermondialistes et de dé­ve­lop­pement durable.

Jean-Yves Griot a été l’un des acteurs fondateurs du réseau agriculture durable (RAD, 1994), puis instigateur du réseau Cohérence­ (1997), auquel adhère une centaine d’associations de producteurs, consommateurs et environnementalistes du Grand-Ouest. 

Dès 1984, trois ans après la création du Cédapa d’André Pochon dans les Côtes-d’Armor, il lance l’Aldis (Action locale pour un développement solidaire), qui se veut une ONG mayennaise. Depuis, des liens perdurent entre agriculteurs de la Mayenne et de l’Ouest et des paysans brésiliens. Jean-Yves Griot s’était aussi investi dans la politique, et s’était notamment présenté aux Européennes en 2007, sous l’étiquette Europe-Ecologie -Les Verts. 

Jean-Yves Griot était éleveur laitier au Genest-Saint-Isle, associé à un autre militant de la première heure de la Confédération­ paysanne, Albert Ody. Ingénieur de formation, il a travaillé dix ans à Paris à l’Institut technique du porc, avant de s’installer en Mayenne, en 1977. 

En 2003, le natif du Massif-Central prend sa retraite et laisse l’exploitation à laquelle il avait adapté ses préceptes : une “taille humaine” (38 hectares) et la recherche de système fourrager autonome. Depuis sa formation au lycée agricole, il mettait en cause l’agriculture productiviste prônée à l’époque de façon forcenée par ses enseignants. 

Des combats­ qui le mèneront à s’opposer au recours massif du soja, rendant “dépendant” l’élevage européen du continent américain, à ses yeux.

Anti-OGM, il les dénonçait à travers les frontières, jusqu’au Brésil qu’il connaissait bien, où des paysans en recherche d’organisation collective étaient chassés de leurs terres par les grands propriétaires.

 

L'agriculture durable perd son Griot (Bretagne durable, Laurence Mermet, 8 mai 2013)

 

Jean-Yves Griot nous a quitté le 1er mai dernier. Agriculteur, pionnier de l’agriculture durable, syndicaliste à la Confédération paysanne, cheville ouvrière du réseau Agriculture Durable et du réseau breton Cohérence, cet homme tranquille et de conviction a non seulement remis en cause avec d’autres paysans et des personnes de la société civile l’agriculture productiviste industrielle du Grand Ouest, mais également proposé un autre modèle agricole, en faisant notamment la promotion du système herbager dans un souci d’autonomie de production. Ceux et celles qui ont eu le plaisir de le côtoyer saluent son engagement et son humanisme constants. Marié, père et grand-père, il avait 70 ans. Sa disparition suscite une vive émotion ainsi qu'une immense tristesse.

Originaire de la Loire, Jean-Yves Griot fut tout d'abord Ingénieur à l’Institut technique du porc à Paris durant 10 ans, puis éleveur laitier au Genest-Saint-Isle en Mayenne, de 1977 à 2003. En cohérence avec ses convictions, il a fait évoluer son système de production vers une agriculture plus autonome, plus économe et liée au sol. Avant de prendre sa retraite, il était ainsi dans un GAEC de 2 exploitants, sur une ferme de 38 ha, en système herbager développé au sein des groupes Agriculture durable.

Une vie militante pour un autre développement, durable et solidaire

Des premières activités militantes aux dernières, des premières responsabilités aux dernières, du local dans sa commune dont il était conseiller municipal à l’international, l'ampleur de l'engagement de ce chevalier de la Légion d’honneur est impressionnante. Jean-Yves Griot a activement oeuvré à la construction de deux réseaux associatifs accompagnant les agriculteurs à faire évoluer leur mode de production. Le Réseau Agriculture Durable, dont il fut le premier président. Le Réseau Cohérence dont il fut président puis secrétaire général, aux côtés de Jean-Claude Pierre. Il était aussi pilote de sa Commission Eau-Agriculture-Santé où il a mené un travail très patient et déterminé pour faire valoir une agriculture respectueuse du vivant. Ainsi, l'accompagnement d'éleveurs de porcs vers des exploitations à taille humaine, valorisant des systèmes durables, respectueux de l'environnement et des animaux (retour sur paille) par la voie d'une certification citoyenne participative, a été l'un de ses dossiers majeurs dont les enjeux restent cruciaux quant aux indispensables mutations de l'agriculture en Bretagne.

 

Voir aussi : Décès de Jean-Yves Griot (EELV, 3 mai 2013)

Décès de Jean-Yves Griot (EELV, Pays de la Loire, 8 mai 2013)

Jean-Yves Griot à l'AG du réseau Cohérence - Vidéo Dailymotion (25 mai 2012)

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Personnalités et célébrations

 

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