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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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26 février 2017 7 26 /02 /février /2017 21:55

 

Agir pour l’émancipation, la santé et l’autonomie des retraités

 

Gérard Beillard m’a transmis un texte de réflexion concernant les retraités. Il l’a rédigé après concertation avec les membres du groupe CGT 53 de retraités.

 

Voici ce texte, avec les titres suivants :

1- Agir pour développer les capacités humaines induites par l’allongement de la vie

2- Agir pour l’émancipation des travailleurs et des retraités

3- Agir pour de nouvelles solidarités contre les campagnes d’opposition entre générations

4- Agir pour le droit à la santé et à l’autonomie des retraités, actuels et futurs

5- Agir pour une bonne utilisation du numérique

 

1- Agir pour développer les capacités humaines induites par l’allongement de la vie

 

Face à cette situation inédite - trois groupes, à peu près égaux : les jeunes en formations, la population engagée dans une activité professionnelle, les retraités - la société doit trouver le chemin solidaire, permettant le mieux être de tous. Elle doit agir pour permettre à chacun de pouvoir rester citoyen, de bâtir un projet de vie, jusqu’aux âges les plus avancés, et de s’engager dans des activités, sociales, culturelles et loisirs, contribuant ainsi à développer l’économie.

 

2- Agir pour l’émancipation des travailleurs et des retraités

 

Eviter la rupture lors du départ en retraite, en anticipant la transformation du rapport au travail et en permettant de se projeter vers d’autres formes de vie possibles.

 

3- Agir pour de nouvelles solidarités contre les campagnes d’opposition entre les générations

 

Des campagnes médiatiques et politiques visent à opposer les générations. Elles veulent faire porter en partie par les retraités la responsabilité de la crise économique et du financement des régimes sociaux.

La réalité est tout autre. Environ 800.000 retraités vivent sous le seuil de pauvreté, 17% des retraités perçoivent moins de 650 euros par mois, 500.000 retraités n’ont que l’allocation aux personnes âgées (ex minimum vieillesse).

La moyenne des pensions pour l’ensemble des retraités en 2013 était de 1300 euros (900 euros pour les femmes et 1640 euros pour les hommes). En incluant les majorations de pension pour 3 enfants et les droits dérivés qui concernent essentiellement les femmes, on parvient à un total de 1450 euros par mois (1280 pour les femmes, 1710 pour les hommes).

De nombreux retraités, particulièrement des femmes, se situent en dessous de ces montants.

Le coût d’hébergement des maisons de retraite, du maintien à domicile ou des établissements d’hébergement pour personnes âgées en perte d’autonomie, dépasse largement le niveau des pensions perçues, obligeant à des hypothèques sur les résidences ou leur vente ou souvent l’activation de l’obligation alimentaire et financières auprès des descendants qui eux peinent aussi à cause du chômage et des situations précaires.

 

Ce sont les choix économiques libéraux privilégiant la recherche de profits immédiats qui provoquent le chômage, la précarité galopante, les bas salaires, et qui amputent les recettes de la sécurité sociale et des régimes de retraite complémentaire, et rognent significativement les pensions de retraite.

 

Le coût du capital pèse trop lourd sur l’ensemble du salariat, que ce soient les actifs ou les retraités.

Les retraités ont acquis des droits au prix d’engagement et de luttes sociales souvent éprouvantes. Ils ont droit à la reconnaissance. Leur pension de retraite est aussi le fruit de leur travail. Ils ont des droits que les jeunes générations devront défendre à leur tour dans un contexte lui aussi difficile s’il n’y a pas un parti politique qui prend cela en considération.

 

4- Agir pour le droit à la santé et à l’autonomie des retraités actuels et futurs

 

Depuis les années 1980 puis 1993, la liquidation des retraites s’opère sur la moyenne des 25 dernières années avec, pour conséquence, une forte dégradation du rapport entre la pension et le dernier salaire. En 2003, le gouvernement Fillon a décidé d’attaquer les régimes spéciaux et ceux de la fonction publique. A titre d’exemple, de 2003 à 2014, alors que le salaire moyen augmentait de 24,8 %, le SMIC de 32,6 %, les pensions n’ont progressé que de 17,9%. Les chiffres parlent d’eux mêmes.

 

La perte constante du pouvoir d’achat des pensions, entamée depuis bientôt plus de deux décennies, le blocage de toutes revalorisations de celles-ci au cours de ces dernières années, sont lourds de conséquences pour l’ensemble des retraités. Ils conduisent à une précarité accrue, voire à des drames dans certains cas.

 

La garantie d’une retraite égale, au moins, à 75 % du salaire de la meilleure période d’activité professionnelle, devient aujourd’hui une exigence incontournable. Cela éviterait d’inventer des aides pour cacher la réalité !

 

Loin de répondre à la gravité de cette situation et à cette légitime demande, les différents systèmes d’épargne retraite et autres placements financiers conduisent, à travers l’individualisation, à une rupture de la solidarité intergénérationnelle, à une marginalisation de la population retraitée.

Ces systèmes ne servent qu’à alimenter encore plus la sphère financière et boursière, tout comme les aides publiques données aux entreprises, dont 80 % vont dans les poches des actionnaires. Il devrait y avoir un suivi plus strict et des conditions à respecter.

 

Régimes complémentaires

Les retraites complémentaires Arrco et Agirc constituent une part importante et indispensable s’ajoutant au régime de base de la sécurité sociale. Aujourd’hui, cet ensemble est menacé. Il est mis en péril à court terme si vraiment rien ne change, notamment en raison d’un taux de chômage élevé, d’une précarité toujours plus grande et d’une politique des bas salaires privant le système de ressources. Pour les retraités, l’augmentation positive de la durée de la vie, l’aspiration légitime à obtenir une pension conforme à leurs besoins, imposent un prolongement, un financement à la hauteur de ces réalités.

 

L’indexation sur le prix rogne le pouvoir d’achat

Avec les réformes Balladur et Fillon, les pensions du public comme du privé sont indexées sur l’indice des prix à la consommation. Ce nouveau mode des pensions était censé garantir le pouvoir d’achat sur le long terme. Il n’en est rien, bien au contraire. Les dépenses contraintes (alimentation, logement, transport, santé, énergie, etc) pèsent de plus en plus lourd et concernent les augmentations de prix les plus importantes, ce qui rend l’indice INSEE inapproprié pour la revalorisation des pensions.

De plus, les structures de consommation ne sont pas les mêmes pour tous les retraités. Pour les pensions les plus faibles, les dépenses contraintes représentent 75 % du budget. Comment ces retraités peuvent-ils s’en sortir ? L’indexation des pensions sur l’indice des prix à la consommation ne garantit pas le niveau de vie des retraités. Face à la richesse produite, les retraités voient régulièrement leur pouvoir d’achat reculer.

 

Baisse du niveau de vie des retraités

Un grand nombre de retraités, surtout des femmes, sont durement touchés par les mesures d’austérité. Ils sont de plus en plus nombreux à solliciter des aides et à se retourner vers les association caritatives, ne pouvant plus se nourrir, se soigner, se loger décemment.

Quant à ceux qui touchent des retraites plus correctes, ils voient avec inquiétude leur pouvoir d’achat décliner d’année en année. Le niveau de vie des retraités baisse alors qu’il constitue une condition essentielle de leur bien-être économique et social. Ils participent à l’économie du pays.

 

La santé, notre bien le plus précieux

Le niveau des retraites, la baisse des remboursements de la sécurité sociale, les déserts médicaux, la réduction du nombre d’hôpitaux publics, le transfert d’activités lucratives au privé, les dépassements d’honoraires, éloignent les retraités de l’accès aux soins.

 

Les HPST (hôpital, patient, santé, territoire) de “ modernisation “ du système de santé et de financement de la sécurité sociale se traduisent par des suppressions de postes et fermetures de lits, de maternités et centres hospitaliers, et diminuent l’offre de soins en territoires de proximité.

 

L’ANI (accord national interprofessionnel) inscrit dans la loi de sécurisation de l’emploi, qui institue les contrats d’entreprise, a exclu les retraites et cassé la solidarité intergénérationnelle des complémentaires santé . Cela se traduit par une forte augmentation des cotisations, que certains retraités ne peuvent plus payer. L’objectif national de dépenses d’assurance maladie affaiblit considérablement l’offre de soins et les réponses aux besoins de santé des citoyens et, notamment, des salariés.

 

Cadre de vie : logement et transport

Le logement représente une dépense de plus en plus importante des revenus, que l’on soit locataire ou propriétaire. La garantie de disposer d’un logement est un droit fondamental, un élément majeur du bien-être et du vivre ensemble, de l’intégration et de la cohésion sociale dans notre société. Hélas, ce droit est bafoué comme tant d’autres. La loi de financement 2016 a modifié les conditions pour être bénéficiaire de l’APL (aide personnalisée au logement).

Auparavant, le calcul était fait en fonction des cotisations de ressources ou du montant du loyer. A partir du 1er octobre 2017, la modification prévoit en plus pour l’attribution des aides, la prise en compte de la valeur du patrimoine. Le coût du transport et, parfois, l’inadaptation du réseau, peuvent constituer également un obstacle pour permettre aux retraités d’accéder à une vie sociale, aux services publics, à la santé, aux loisirs.

 

5- Agir pour une bonne utilisation du numérique

 

Le numérique investit le monde du travail pour être appliqué dans l’objectif principal de rentabilité. Il a très vite débordé ce champ pour envahir le sphère privée. Il représente environ 5,5% du PIB. 1,5 million d’emplois sont liés à ce secteur. L’Etat a laissé le développement du numérique au secteur privé !

Actuellement, 51 % de la population possède un accès Internet contre 22 % en 2002. Dans ses débuts, il a été accepté comme un moyen facile, permettant un accès rapide à des services. Aujourd’hui, il a envahi notre quotidien dans tous les domaines. D’usagers nous devenons proactifs, nous effectuons les gestes et les missions à la place des salariés.

La Loi pour l’adaptation de la société au vieillissement a introduit la notion de Silver économie (économie liée au vieillissement). Cette économie investit tous les domaines : la sécurité des personnes (télé alarme, géolocalisation, etc), l’habitat (la maison intelligente), la santé (pilulier électronique, surveillance médicale à domicile), les loisirs, la culture, le lien social (visiophonie, télévision connectée).

Ceci dit, chaque technologie amène des questionnements, à savoir comment permettre à tous les retraités d’accéder à cette technologie quels que soient leurs finances et le territoire où ils habitent ?

Comment protéger les personnes âgées contre les agressions commerciales ?

Pour le bien de tous, le numérique doit apporter des réponses à des besoins spécifiques en matière d’habitat, santé, transports, loisirs. Il ne doit pas se substituer au lien social qui doit être préservé.

Les guichets physiques des administrations ou autres (transports) doivent être maintenus et développés. Des emplois qualifiés, de proximité (aides à domicile, soignants), doivent être créés.

Enfin le numérique doit être une réponse à des besoins réels, en qualité de service et de coût, et doit être accessible à tous pour ne pas concourir aux inégalités. Des inégalités qui grandissent de plus en plus.

 

Cet article est le 2980ème sur le blog MRC 53 - le 53ème sur ce blog dans la catégorie Les retraites

Gérard Beillard, avant la journée de Bastien Faudot (MRC) en Mayenne, le 8 novembre 2016

Gérard Beillard, avant la journée de Bastien Faudot (MRC) en Mayenne, le 8 novembre 2016

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18 octobre 2013 5 18 /10 /octobre /2013 22:09

La vraie question, c’est l’Europe qu’il faut réorienter

 

La réforme des retraites ne fait pas l’unanimité des organisations syndicales de salariés (voir Journée de mobilisation pour les salaires, emplois et droits à la retraite - 9 septembre 2013). Pas plus au niveau des partis politiques. Toutefois, la majorité a voté le texte en première lecture à l’Assemblée nationale, le 15 octobre 2013. Voir le dossier et les votes en Scrutin public.

Voir aussi les commentaires du quotidien Le Monde : La réforme des retraites adoptée de justesse à l'Assemblée nationale (JB Chastand, 15 octobre 2013).

 

Les trois députés MRC (apparentés au groupe socialiste, républicain et citoyen) ont voté le texte et expliqué leur vote.

 

Christian Hutin, Député du Nord et Vice-Président du Mouvement Républicain et Citoyen, s'exprimait à la tribune de l'Assemblée nationale dans le cadre de la discussion générale du projet de loi "Avenir et justice du système de retraites", lundi 7 octobre 2013. Voir la vidéo ainsi que le texte de son intervention. Retraites: "une réforme réaliste et progressiste"

 

Jean-Luc Laurent, député du Val-de-Marne et président du MRC, s’est exprimé sur son blog le 15 octobre 2013. Voir Projet de loi retraite: explication de vote. « C’est sans enthousiasme que j’ai voté en première lecture le projet de loi sur l’avenir des retraites ».

 

Université d'été MRC Belfort 15 et 16 09 12 022 TMarie-Françoise Bechtel, députée de l'Aisne et vice-présidente du MRC - ici (photo), avec Jean-Pierre Chevènement, à l'université d'été MRC à Belfort, le 16 septembre 2012 - a exprimé, le 17 octobre 2013, la position du MRC.

 

La question des retraites pose encore une fois celle de l’Europe

 

Une réforme des retraites juste et efficace ne devrait pas se faire dans un contexte d’austérité et de régression de l’emploi. D’abord parce que l’alourdissement des cotisations ajoute aux charges des salariés, même si la loi de finances prévoit de prendre certaines mesures en faveur du pouvoir d’achat : augmentation du point de la catégorie C de la fonction publique, dégel du barème, décote, hausse du revenu fiscal de référence qui permet l’exonération des contributions locales, contrats aidés, contrats d’avenir.

Ensuite et surtout parce qu’une réforme digne de ce nom devrait se faire dans un contexte économique plus favorable puisque c’est l’augmentation de l’activité qui génère des cotisations supplémentaires.

Le MRC et ce, dès l’époque de la gauche « plurielle », s’est prononcé pour une relance de l’activité économique, notamment industrielle, et contre l’euro qui pénalise notre compétitivité, donc nos emplois et nos retraites.

Dans le contexte de la crise économique et des mesures injustes prises sous le quinquennat Sarkozy, nous avons décidé d’apporter notre soutien « les yeux ouverts » à la nouvelle majorité présidentielle pour essayer d’aider à un redressement du pays sans lequel rien ne peut se faire : ni emploi, ni protection sociale, ni maintien des services publics.

Je me félicite que le gouvernement ait renoncé à certaines propositions désastreuses du rapport Moreau en ayant le courage de maintenir les régimes spéciaux, le système de retraite des fonctionnaires, et de prévoir des mesures en faveur des femmes, qui pourront valider plus facilement leur tiers-temps annuel et voir intégrés aux cotisations les trimestres d’interruption dus aux congés maternité. De plus, avec d’autres parlementaires de gauche, nous avons soutenu des amendements élargissant la pénibilité et prévoyant la prise en compte des stages pour les cotisations des jeunes.

 

Mais nous avons conscience que les mesures prises sont loin du compte.

La vraie question, c’est l’activité économique et donc l’Europe. Plus que jamais en effet, une négociation rude et franche avec les autres pays européens et notamment l’Allemagne, qui bloque la sortie de l’Europe de l’austérité programmée, est à nos yeux le préalable indispensable de toute politique économique et sociale. Nous le disons aussi fort que nous le pouvons, dans la mesure de nos moyens, et nous avons fait le pari, chacun s’en souvient, de pousser le gouvernement vers cette réorientation fondamentale de la construction européenne. Pour nous, la seule réponse à la hauteur de la crise financière dont les travailleurs ne sont pas responsables est là.

Renégocier la construction européenne est la condition absolue pour répondre à la crise financière, sortir de l’austérité imposée par l’Europe et maintenir notre modèle social, qui devrait constituer un exemple au lieu d’être montré du doigt par le patronat et les élites bruxelloises.

 

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9 septembre 2013 1 09 /09 /septembre /2013 21:06

La réforme des retraites ne provoque pas de rejet frontal

 

La journée d’action du 10 septembre ne semble pas donner lieu à une forte mobilisation. Il est vrai que le Premier ministre a tout fait pour désamorcer toute opposition frontale au « projet de loi garantissant l’avenir et la justice du système des retraites » qui a été transmis aux caisses de sécurité sociale. Voir Réforme des retraites : ce que dit le projet de loi (Les Echos, Vincent Collen, 5 septembre 2013).

 

L’initiative de cette journée d’action revient aux organisations syndicales qui s’opposent au projet de loi. Voir Retraites 2013 : Communiqué de CGT, FO, FSU, SOLIDAIRES en Ile-de-France (3 septembre 2013). En Mayenne : Appel CGT, FSU, FO et Solidaires à manifestation à Laval à 10h30, place du jet d’eau.

 

La CGT (Thierry Lepaon) a lancé à Nantes la mobilisation pour les manifs du 10 septembre (Le Parisien, 3 septembre 2013) en étendant le thème de la journée aux salaires et emplois, en plus des droits à la retraite. Voir Faisons du 10 septembre une réussite !

 

Pour avoir une vue globale au niveau national, voir Retraites : quelle mobilisation pour la manif du 10 septembre ? (Nouvel Observateur, 9 septembre 2013).

 

Le Collectif retraites 2013, rassemblant - à l’initiative d’Attac et de la Fondation Copernic - des forces de gauche, des associations et des syndicats, s’est exprimé devant la presse à Paris le 4 septembre 2013. Voir La gauche radicale tente de mobiliser contre la réforme des retraites (Le Monde, Raphaëlle Besse Desmoulières, 4 septembre 2013).

(…) Tous critiquent une réforme "injuste", eux qui militent pour le retour de la retraite à 60 ans. "Nous récusons le point de départ du raisonnement du gouvernement, a poursuivi M. Mélenchon. Nous ne sommes pas d'accord pour dire que le problème c'est le coût du travail : le problème ce n'est pas le coût de travail mais le coût du capital." La principale mesure de la réforme – l'allongement de la durée de cotisation à 43 ans à partir de 2035 – est pilonnée sans ménagement. "Cette réforme sacrifie les jeunes générations, a jugé M. Laurent. Avec 43 ans, ce sera impossible à un nombre croissant de jeunes d'accéder à une retraite à taux plein." L'annonce que les cotisations patronales pour la vieillesse seront intégralement compensées ne passe pas non plus. "Il y a des tiroirs dans le tiroir, a dénoncé M. Mélenchon. Pour la première fois, les cotisations familiales – jusque-là uniquement à la charge du patronat – vont passer sur la charge commune, c'est-à-dire sur la CSG."

De leur côté, les « Economistes Atterrés » organisaient une conférence-débat sur les retraites, le 4 septembre 2013. Voir la tribune de Henri Sterdyniak publiée sur le site de Marianne le 2 septembre 2013, sous le titre Retraites 2013 : les injustices de la réforme

Ce sont surtout les retraités qui seront mis à contribution. En raison de l’accord AGIRC-ARRCO de mars 2013, les retraites des régimes complémentaires devaient déjà perdre 2,5 à 2,8% de pouvoir d’achat. S’y ajoutait la hausse des cotisations pour la dépendance (0,3%) en avril ; puis, maintenant, le report d’avril à octobre de l’indexation des retraites (une perte de 0,9% de pouvoir d’achat en moyenne annuelle). Enfin, une fois de plus, les parents de familles nombreuses sont frappés : leurs majorations de retraite, qui récompense leur contribution au renouvellement des générations et donc au financement des retraites, deviennent imposables. Au total, les retraités perdent 2,3% de pouvoir d’achat contre 0,3% pour les actifs.

 

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4 août 2013 7 04 /08 /août /2013 23:42

Les retraites réelles seront-elles au niveau prévu ?

 

Les Publications Agora communiquent des informations gratuitement. J’ai retenu, le 30 juillet, deux articles qui concernent l’avenir du financement des retraites.

 

-          D’abord, aux USA, la faillite de la Ville de Detroit amène à poser la question du financement des retraites de la fonction publique dans ce pays.

Voir La faillite de la ville de Détroit aux États-Unis : triomphe et déclin (Les Echos, Sylvain Fontan, 31 juillet 2013). Berceau de l'automobile, Détroit est maintenant la plus grande ville des États-Unis à s'être déclarée en banqueroute. La chute de la population, le déclin de l'industrie automobile, la mauvaise gestion financière de la ville et l'érosion de la base fiscale (moins d'activités à taxer) depuis un demi-siècle ont débouché sur une dette cumulée de 18,5 milliards de dollars, soit environ 14 milliards d'euros.

(…) La dette de Détroit est détenue par un grand nombre de créanciers. En effet, près de 100 000 créanciers détiennent de la dette de cette ville. Parmi eux, un grand nombre sont de simples citoyens (de façon individuelle ou au travers des fonds de pension) qui envisageaient le placement dans les obligations émises par cette ville comme un placement sûr, leur permettant d'envisager la retraite de façon sereine. Si d'aventure, les dettes devaient ne pas être remboursées, ce serait un nombre important de personnes qui perdraient tout ou partie de leurs économies. À cela, il convient d'ajouter les retraités de la fonction publique municipale de Détroit dont les pensions de retraite ne sont plus assurées d'être versées, faisant alors courir un risque dit de "second tour" (dont il n'est pas pour le moment directement question, mais dont la probabilité de réalisation serait élevée le cas échéant). Dès lors, il apparaît qu'un problème de finances locales pourrait se transformer en problème financier national.

 

Voir aussi De la Chine aux Etats-Unis, le problème des retraites est aigu (Philippe Béchade, La Chronique Agora, 30 juillet 2013).

 

 -          Le vieillissement de la population, un défi en Chine… et ailleurs
Cela commence par exemple par l’octroi d’une retraite pour des centaines de millions de Chinois qui vont cesser leur activité d’ici 2023. Le vieillissement de la population constitue un défi majeur… si en plus les anciens sombrent dans la pauvreté, le pays pourrait rentrer irrémédiablement en récession comme ce fut le cas au Japon il y a 25 ans.

 

Le même fléau menace les Etats-Unis. Lorsque les médias évoquent la faillite de Detroit ou la crise financière qui frappe des métropoles comme Chicago, Baltimore ou Los Angeles, ils ne décrivent que la partie émergée de l’iceberg de la crise des retraites qui va secouer les Etats-Unis d’ici 20 ans. A l’heure actuelle, plus de 10 000 baby-boomers atteignent l’âge de 65 ans chaque jour — et cela va continuer à se produire quotidiennement au cours des 20 prochaines années. Le nombre de personnes âgées (65 ans et plus) devrait plus que doubler d’ici 2050 aux Etats-Unis. Ce qui se passe à Detroit (plus assez d’actifs pour financer les pensionnés d’une commune, d’une grande ville, d’un état) est l’exemple précurseur de ce qui va bientôt se produire partout dans le pays — où la “sous-capitalisation des retraites” est la règle (une formule polie pour désigner le défaut pur et simple de financement). Si Detroit n’est pas renfloué, les ex-fonctionnaires de cette municipalité ne vont obtenir que 10 cents environ pour chaque dollar qu’ils ont épargné.

 

Des chiffres à donner le vertige
Un professeur d’université du nom de John Rauh a calculé que le montant total de l’épargne par capitalisation et des dépenses de santé pour les seuls fonctionnaires retraités que l’Etat et les collectivités locales ont accumulé s’élève à 4 400 milliards de dollars. En rajoutant la Sécurité sociale et Medicare pour l’ensemble du secteur public et privé, le gouvernement américain est confronté à un total de 222 milliers de milliards de dollars de dettes non-provisionnées.

Ce chiffre - qui représente quatre fois le PIB planétaire annuel - vous apparaît extravagant ? Il suffit de savoir que le nombre d’Américains percevant des prestations de la Sécurité sociale devrait croître de près de 56 millions aujourd’hui à 93 millions en 2035, soit +66%. Faites-les bénéficier des mêmes montants que ceux versés actuellement aux nouveaux retraités en projetant sur les 15 prochaines années l’envol des coûts de prise en charge des personne âgées ces 15 dernières années… et le déficit de financement donne immédiatement le vertige.

“Heureusement”, l’Etat américain n’a pas le monopole de l’imprévoyance. En effet, 26% de tous les Américains de la tranche d’âge allant de 46 à 64 ans n’ont pas d’épargne personnelle. Un total de 46% des travailleurs américains ont moins de 10 000 $ d’épargne retraite. Pas moins de 60% déclarent que le total de leurs économies et investissements est inférieur à 25 000 $. Enfin, ils sont 75% à détenir moins de 40 000 $ de patrimoine financier (dont les actions représentent moins de 50% en moyenne).

Comme nous le rappelons régulièrement, est-ce que ces 75% d’épargnants sous la barre des 40 000 $ (il s’agit d’une référence majeure puisque ce montant correspond à un salaire moyen aux Etats-Unis) se sentent suffisamment enrichis par une hausse de 18% de Wall Street cette année pour envisager un gros achat d’ici fin 2013… puis se mettre à dépenser à qui mieux-mieux au cours des prochaines années ?

Que se passera-t-il si les retraites légales (hors effort d’épargne personnel) sont inférieures de 50% au montant que les allocataires avaient prévu de toucher (et non pas -90% comme dans le cas extrême de Detroit) ? Non, la question est mal posée : que vont-ils faire sachant que les retraites d’ici 10 ans maximum seront au mieux égales à 50% du montant prévu ?

 

-          Ensuite, en France, il existe une catégorie de dettes publiques, qualifiées d’incertaines et classées hors bilan, parmi lesquelles les engagements de  l’Etat pour les retraites des fonctionnaires.

 

Voir Dette publique : et si les retraites n'étaient pas payées en France ... (Isabelle Mouilleseaux, Chronique Agora, 30 juillet 2013)

 

C'est actuellement la question que se posent les 20 000 anciens employés du service public de la ville de Detroit qui vient de se déclarer en faillite. Ils craignent de voir leurs pensions amputées, et ils ont raison. L'expert mandaté par l'Etat du Michigan pour gérer le délicat cas de Detroit vient d'ores et déjà d'annoncer que les retraites devront être réduites tôt ou tard.

Ceci pourrait-il nous arriver en France ? Chose promise est-elle chose due ? Ou une promesse n'est-elle finalement que du vent, le vent pouvant tourner ? Pour ma part, et surtout venant de l'Etat, je préfère "un tiens à deux tu l'auras".

 

Ce que l'on crée réellement et ce que l'on promet : état des lieux
- 2 040 milliards d'euros, c'est la "richesse" créée chaque année par la France.
Je me permets de mettre des guillemets, car curieusement, les dépenses publiques de l'Etat (57% du PIB) entrent dans le calcul du PIB, ce qui m'a toujours paru être une aberration. En effet, une dépense n'est pas une création de richesse puisque sa contrepartie (sa source) est la ponction fiscale ou le recours à l'endettement (la dette publique). Seul ce qui est
effectivement créé et produit est source de vraie richesse. Principal pourvoyeur : les entreprises (43% du PIB seulement). 1 900 milliards d'euros. Ca, c'est ce que nous devons collectivement. C'est le montant de notre dette publique accumulée depuis 40 ans. 92% du PIB et plus du double de la création de richesse vraie, réelle, celle des entreprises. Cette dette croit au rythme de 320 millions d'euros par jour ; la charge de la dette pèse pour 46 milliards dans notre budget. 46 milliards d'euros... c'est plus que les recettes fiscales annuelles collectées au titre de l'impôt sur les sociétés... (…)-

Ajoutons à ces 1 900 milliards quelque 3 090 milliards d'euros supplémentaires. A ce stade, le compteur taquine tout de même les 5 000 milliards... Soit 245% du PIB, quasiment six fois la vraie richesse annuelle créée par nos entreprises. On ne joue plus en catégorie poids plumes...

3 000 milliards d'euros de dette supplémentaire : de quoi parle-t-on ?
Du
très discret hors bilan. Vous savez, ces dettes qu'on ne comptabilise pas dans le bilan parce que qualifiées d'"incertaines"... On y trouve notamment les garanties données par la France au MES pour "sauver l'euro" (187 milliards d'euros), ou encore les engagements de retraite de l'Etat au titre des fonctionnaires (1 679 milliards).

Ce qui est frappant, c'est la trajectoire de cette dette : elle a doublé en cinq ans, et triplé depuis 2005 (le rapport Pébereau chiffrait il y a huit ans les engagements hors bilan à 1 000 milliards d'euros). Curieusement, il n'existe aucune règle internationale (ni européenne) pour définir ce qui relève du bilan et du hors-bilan. Ainsi, les Anglo-Saxons mettent les engagements de retraite des fonctionnaires dans le bilan (ils sont compris dans la dette), contrairement à nous.

 

Il sera intéressant de voir ce qui va se passer avec les retraites des fonctionnaires de la ville de Detroit, soi-disant garanties par la Constitution de l'état du Michigan. Seront-elles effectivement payées ? Ou les fonctionnaires verront-ils leur retraite partir partiellement en fumée comme ce fut le cas pour les ex-salariés de General Motors en 2008 ? En attendant, votre perspicacité vous pousse à vous demander pourquoi les retraites futures à payer aux fonctionnaires sont cataloguées "incertaines" puisque classées en hors-bilan...

 

Se pourrait-il que l'Etat ne verse pas les retraites promises ?
Il semblerait que ce soit possible. En effet, ces engagements ne sont pas contractuels ; et encore moins garantis par la Constitution. Ce droit à la retraite est purement statutaire et ce statut peut évoluer à tout moment. Une "simple" réforme du statut de la fonction publique permettrait ainsi de revoir à la baisse, ou à la hausse tout l'édifice.

 

Rappel : Conférence sociale : les réactions prudentes des syndicats de salariés - 22 juin 2013 et Retraite en France - Wikipédia

 

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22 juin 2013 6 22 /06 /juin /2013 22:43

La question des retraites est la plus conflictuelle

 

La grande conférence sociale 2013 avait lieu les 20 et 21 juin à Paris. Les organisations syndicales étaient sur la défensive, le climat social s’étant alourdi depuis la précédente en 2012.

Conférence sociale : le discours de Hollande ne fait pas l'unanimité (Le Monde, 20 juin 2013)

Les syndicats déçus par la conférence sociale (Le Monde, 21 juin 2013)

Le gouvernement fait le bilan de la conférence sociale en publiant une « feuille de route sociale » (La Tribune, 22 juin 2013)

 

Le point de vue du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Thierry Rochefort, délégué national au travail - 21 juin 2013 : L’enjeu de la conférence sociale: valoriser le travail comme levier du redressement productif

 

L’un des points d’achoppement : Assurer l’avenir des retraites et de notre protection sociale

Rapport Moreau : pourquoi taxer les retraités n'est plus tabou (Le Monde, 19 juin 2013)

Pour le Medef, le rapport Moreau sur les retraites a tout faux (La Tribune, 18 juin 2013)

           

Le point de vue du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) par Patrick Quinqueton, secrétaire national au projet et aux prises de position, et Jeanne Chevalier, secrétaire nationale à la protection sociale - 20 juin 2013 : La réforme des retraites ne peut réussir qu’en restaurant la confiance et la justice

 

Le rapport remis par Yannick Moreau au Premier ministre explore un certain nombre de pistes de réforme des retraites. Pour le MRC, c’est la capacité de restaurer la justice et la confiance, dans le système de retraite mais aussi dans les capacités de notre pays à construire son avenir, qui doit être le baromètre. Les jeunes et les actifs doivent avoir confiance dans la capacité des régimes de retraite à leur assurer des pensions d’un niveau significatif et en rapport avec leurs cotisations. Les retraités ont droit par leur pension de retraite à un niveau de vie décent en rapport avec leurs cotisations, dans une exigence de justice.

Confiance et justice : ce sont les deux conditions d’une réforme des retraites.

Mais la confiance et la justice sont des perceptions globales : elles dépendent du redressement industriel du pays et du retour au plein emploi. Et elles dépendent d’un rééquilibrage au niveau européen des revenus du travail par rapport aux revenus du capital. Nous en sommes loin, même si quelques efforts ont été faits avec le pacte de compétitivité et la loi de sécurisation de l’emploi. Le niveau élevé de l’euro continue d’obérer les conditions de ce redressement.
Le rapport Moreau explore un certain nombre de pistes, mais il ne traite pas (ce n’était d’ailleurs pas ce qui lui était demandé) des moyens du redressement économique du pays.
A court terme, il est possible d’approuver certaines des mesures de justice envisagées, comme l’égalité fiscale entre retraités et actifs. Mais nous critiquons les mesures qui sapent la confiance dans le régime, comme des modes variables de désindexation des pensions.

 

Il convient également, dans une optique de justice, de mesurer l’impact d’un allongement de la durée des cotisations sur le niveau des pensions. On ne saurait, au nom de la sauvegarde de notre système de retraites par répartition, appliquer la double peine d’une carrière morcelée et d’une fin de vie précaire aux travailleurs – et notamment aux nombreuses femmes – ayant connu des périodes de chômage ou d’inactivité. De même l’objectif de rapprochement des régimes du public et du privé ne doit pas donner le sentiment d’un dénigrement des fonctionnaires et, une fois de plus, d’un affaiblissement de la puissance publique. Le régime retenu pour les travaux pénibles doit, de plus, être revu, car il est un des éléments de la justice et de la confiance. Enfin, l’ampleur du chômage des jeunes depuis 30 ans doit conduire à améliorer les conditions d’acquisition des droits à retraite en début de carrière.

Nous apprécierons les mesures prises à l’aune de la confiance retrouvée dans le système par les jeunes, les actifs et les retraités. Ces mesures doivent être justes et elles doivent s’inscrire dans une politique globale de croissance et de redressement industriel de notre pays.

 

Rappel : François Hollande impose une réforme des retraites, non sans risques - 29 mai 2013 

 

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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 21:40

Loin du programme du Conseil national de la Résistance 

 

Nous étions prévenus. Voir Retraites : le sous-emploi conduit à de nouvelles et difficiles décisions - 9 mars 2013. Mais le pouvoir exécutif semble avoir décidé de s’engager sans tarder dans une nouvelle réforme des retraites, sous la pression de la Commission européenne et des marchés financiers, face à un déficit plus élevé que prévu des comptes sociaux. 6

Certes, François Hollande a tenu à préciser que c’est à Paris que se prennent ces décisions, pas à Bruxelles. Voir Hollande : Bruxelles "n'a pas à nous dicter ce que nous avons à faire" (Le Monde, 29 mai 2013).

 

Mais, au moment de commémorer les 70 ans du CNR : Daniel Cordier et le téléfilm au coeur de la Résistance - 28 mai 2013, celles et ceux qui ont lutté en 2010 contre la réforme Sarkozy se demandent aujourd’hui : Que reste t-il du programme du Conseil national de la résistance ? (La Tribune, Jean-Christophe Chanut, 27 mai 2013).

 

C’est le cas des militants de REsistance SOciale qui font part de leurs réflexions dans ce communiqué (27 mai 2013) :

 

Alerte, réforme des retraites !

Lors de sa conférence de presse du 16 mai, le Président de la République a donné les axes et le calendrier d’une nouvelle réforme des retraites :

- « Déficit… prévu à 20 Md€ en 2020… Je refuse… » On est dans la séquence habituelle : campagne médiatique, « trou », rapports, réforme.

- Retraites désindexées de l’inflation, comme l’AGIRC et l’ARRCO, pour lesquels « les partenaires sociaux ont pris leurs responsabilités » (pas tous en réalité) en acceptant pour les 3 prochaines années une revalorisation de 1 point inférieure à l’inflation.

Après la taxe, l’augmentation de la CSG des retraités est souvent évoquée… au nom de la justice.

- Nouvel allongement de la durée de cotisation pour le taux plein : « dès lors que l’on vit plus longtemps,…on devra travailler aussi un peu plus longtemps. »

- Menace sur les régimes de fonctionnaires, les régimes spéciaux, au nom de la lutte contre les « inégalités » : « Inégalités entre régimes, inégalités aussi qui frappent les femmes ou ceux qui ont des carrières incomplètes… ». Ces régimes (Programme National de Réforme soumis à Bruxelles) sont « éclatés » et « complexes ». Est-ce un ballon d’essai pour une réforme « systémique », à points, chère à certaines organisations ?

Noter que baisser les retraites ouvre automatiquement la voie à la capitalisation

« Concertation », qui ressemble à un passage en force, pour ce projet de réforme déjà bien balisé : « Elle s’ouvrira dès la Conférence sociale du mois de juin et se poursuivra jusqu’à la fin de l’été ». Une procédure encore plus accélérée que l’ANI se profile.

Le contexte est inquiétant : « Règle d’or », Pacte pour l’euro plus, TSCG, semestre européen…

Le délai de 2 ans « consenti » par la Commission européenne pour parvenir aux 3 % de déficit (qui implique des coupes massives sur les services publics et la Sécu) doit s’accompagner d’une nouvelle réforme du marché du travail, la réforme des retraites, une plus grande libéralisation des services et des biens (entre autres SNCF, EDF-GDF).

La « compétitivité » devrait être rétablie par la baisse des salaires et des cotisations sociales patronales (l’ANI ne suffit déjà plus). Ça prive la Sécurité sociale de ressources, creuse encore plus le « déficit ». Il faudrait faire l’inverse.

Livre blanc retraites de l’UE : « Les réformes de la sécurité sociale … ont bien progressé dans plusieurs pays, dernièrement en République tchèque, en Grèce, en Espagne et en Italie… »

Une énorme pression est exercée par les « marchés », le patronat, la droite, la troïka…

Au-delà d’analyses et propositions qui peuvent être différentes, nous appelons :

- à résister à une réforme qui, comme les précédentes, ne ferait qu’aggraver la situation. D’autres solutions existent ;

 - à lutter contre les tentatives d’opposer les générations entre elles, le privé au public… ;

 - à informer dès maintenant les salariés, la population, à préparer la mobilisation unitaire pour éviter que ces menaces se matérialisent, à défaut lutter victorieusement contre.

Dans Marianne, 28 mai 2013, Laurent Mauduit fait part de son incompréhension : Retraites : la mauvaise réforme au mauvais moment

En voulant aller vite, le gouvernement prend donc le risque de faire l'impasse sur un débat majeur : croit-on vraiment qu'il est possible de rétablir l'équilibre des régimes de retraite dans un contexte de chômage historique?

Est-ce de la désinvolture ? Ou bien de la maladresse ? Voire du cynisme ? En tout cas, le fait est là, stupéfiant : le gouvernement a lancé la prochaine réforme du système des retraites de la plus mauvaise des façons. Comme s'il se moquait éperdument des réactions d'indignation que cela pourrait susciter dans l'opinion et notamment dans les milieux les plus modestes.

Ce qu'il y a de stupéfiant, c'est d'abord la forme retenue par l'Elysée et Matignon pour promouvoir cette réforme. Nulle véritable concertation ! Nul débat approfondi pour tenter de trouver des pistes nouvelles ou originales - il en existe ! - qui n'aggravent pas encore davantage la politique d'austérité. C'est à la hussarde que les dirigeants socialistes ont visiblement choisi d'agir.

Après le défilé au pas de course, le 13 mai, de tous les dirigeants syndicaux et patronaux dans le bureau du Premier ministre, puis un nouvel et bref échange, les 20 et 21 juin, à l'occasion de la prochaine conférence sociale - qui aura de nombreux autres dossiers à son ordre du jour -, la consultation, si on peut appeler cela ainsi, sera bouclée. Et, en deux temps, trois mouvements, un projet de loi sera couché sur le papier pour être entériné à l'automne par le Parlement.

Au diable la démocratie sociale ! C'est donc au pas de charge que tout cela va être mené. A la baguette ! Et s'il en sera ainsi, si les partenaires sociaux n'auront quasiment pas leur mot à dire, c'est que, sur le fond, les dés en sont déjà jetés. François Hollande n'a en effet pas même pris soin de sauver les apparences et de faire croire que toutes les bonnes idées étaient les bienvenues.

Non, dès le 28 mars, il a signifié par avance, sur France 2, que, pour financer les 20 milliards d'euros de déficit des régimes de retraite attendus en 2020, « il va falloir faire des efforts », et notamment accepter un allongement des durées de cotisation. « Ceux qui auront cotisé longtemps devront partir à temps. Mais la durée de vie s'allonge. La durée de cotisation devra s'allonger aussi », a-t-il prévenu. Plusieurs ministres ont, dans le même temps, suggéré qu'une désindexation des retraites pourrait venir compléter la réforme (…).

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9 mars 2013 6 09 /03 /mars /2013 23:52

En débat, la durée de cotisation et les retraites complémentaires

 

Les conséquences du sous-emploi chronique se manifestent par des déséquilibres des comptes « retraites », contraignant le gouvernement et les partenaires sociaux à rechercher les moins mauvaises solutions. L’urgence se situe au niveau des retraites complémentaires.

 

Une nouvelle réunion des partenaires sociaux est prévue le 13 mars, après l’échec du 6ème round de négociations le 7 mars. Voir Retraites complémentaires : il faudra se revoir (Ouest-France, Guillaume Le Du, 8 mars 2013). « La solution consistant à ce que les pensions versées par l’Agirc et l’Arrco augmentent moins vite que l’inflation fait son chemin (…). Ces négociations sur les retraites complémentaires sont surveillées de près par le gouvernement, engagé dans une réforme du régime général. Les pouvoirs publics pourraient s’inspirer des solutions trouvées par les partenaires sociaux dans le cadre des retraites complémentaires ».

Voir Ouest-France, Guillaume Le Du, 7 mars 2013 : Retraites : vers une durée de cotisation rallongée

 

L'idée fait son chemin. Après les réformes de 2003 et 2010, le gouvernement promet de nouvelles mesures avant la fin de l'année, afin d'équilibrer durablement les régimes pour 2040.

 

« L'allongement de la durée de cotisation est un des éléments sur la table... » Michel Sapin, le ministre du Travail, a levé le tabou, mercredi, sur France Inter. Pour garantir l'équilibre des retraites à l'horizon 2040, le gouvernement n'exclut aucune piste.

Le calendrier s'accélère. La feuille de route de l'exécutif concernant la réforme des retraites sera finalisée ce jeudi. Un groupe de dix experts sera chargé de faire des propositions d'ici à juin avant une consultation des partenaires sociaux. La réforme interviendrait avant la fin de l'année.

Les options habituelles

Que lit-on dans la feuille de route ? Ni plus ni moins que les options habituelles pour rétablir l'équilibre des comptes. D'abord en jouant sur l'allongement de la durée d'activité et l'âge de départ. Rappelons qu'il faut déjà 42 annuités d'ici à 2020 pour bénéficier d'une retraite pleine. L'âge de départ a aussi été repoussé à 62 ans dès 2017.

Avec ces mesures prises en 2010, Nicolas Sarkozy promettait un retour à l'équilibre en 2018. Mais trois ans plus tard, ce n'est pas suffisant. « Il est légitime qu'un accroissement de l'espérance de vie se traduise par un allongement de la durée d'activité », anticipe la feuille de route. « Le Medef voudrait que le gouvernement annonce le passage de l'âge légal de la retraite à 63 ans ou plus », affirme Jean-Louis Malys, le monsieur « retraite » de la CFDT. Lundi, le député PS Jean-Marie Le Guen a préconisé de reculer l'âge de la retraite à 62 ans dès 2015.

La réforme passerait aussi par une désindexation partielle des pensions de retraite. Conséquence ? Les pensions progresseraient moins vite que l'inflation. Le gouvernement y serait prêt à condition de remédier aux inégalités entre pensionnés. « Notre système de retraite permet aujourd'hui de garantir un niveau de vie moyen de retraités proche de celui des actifs et légèrement supérieur à celui de l'ensemble de la population », peut-on lire dans le document de travail. Sur cette question, la discussion déjà entamée pour les régimes complémentaires (lire ci-dessous) pourrait inspirer les rédacteurs de la réforme du régime général.

Enfin, la feuille de route évoque le financement des régimes par la hausse des cotisations. Mais cette option présente le risque d'alourdir les charges des entreprises. Et leur compétitivité. Le Medef y est très opposé.

Retraites complémentaires : menaces sur le pouvoir d'achat

Les partenaires sociaux se retrouvent ce jeudi pour une quatrième et dernière séance de négociation sur le financement des retraites complémentaires. Les cinq syndicats de salariés (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC et CFTC) et le patronat doivent trouver une réponse au problème de financement de l'Arrco (tous les salariés du privé) et l'Agirc (cadres du privé). Si rien n'est fait, le déficit de ces deux régimes, qui concerne 11 millions de retraités du secteur privé, atteindra les 10 milliards en 2017 (4,5 milliards en 2012). L'Agirc et Arrco étaient pourtant excédentaires jusqu'en 2008. Mais le déficit se creuse avec la crise économique et l'arrivée à la retraite des papy-boomers.

En réduisant le pouvoir d'achat des retraités...

La désindexation des retraites complémentaires est en marche. Autrement dit : le niveau des pensions augmentera moins vite que l'inflation (1,8 % prévu en 2013). Le patronat a revu ses exigences à la baisse : les retraites complémentaires seraient revalorisées le 1er avril, comme d'habitude, mais un point en dessous de l'inflation au lieu d'un point et demi. Cette désindexation serait renouvelée jusqu'en 2017. L'économie réalisée serait de 3,8 milliards sur trois ans. Pour Jean-Louis Malys, de la CFDT, « cela reviendrait à faire reculer le pouvoir d'achat des retraités de plus de 5 % en cinq ans ».

En augmentant les cotisations...

Mais la désindexation des pensions ne suffira pas pour combler les trous... Les cinq syndicats de salariés réclament une hausse des cotisations. D'abord opposé, le Medef serait finalement favorable à une hausse du taux d'appel, c'est-à-dire une hausse des cotisations qui ne créerait pas de droits supplémentaires pour les futurs retraités. Cette hausse, qui rapporterait 2,5 milliards, n'interviendrait qu'à partir de 2015 et serait étalée jusqu'en 2020. Mais à la condition que l'environnement économique soit favorable et que les charges des entreprises le permettent...

En pensant au régime de base...

La désindexation des régimes complémentaires par rapport à l'inflation pourrait aussi inspirer la future réforme du régime de base des retraites qui doit intervenir avant la fin de l'année... Le gouvernement « ne pourra pas ne pas en tenir compte », a indiqué Jérôme Cahuzac, le ministre du Budget, préparant ainsi les esprits. Mais les partenaires sociaux, qui doivent aboutir à un accord sur les retraites complémentaires, n'entendent pas jouer les poissons pilotes pour le gouvernement.

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6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 21:18

Où est le chemin qui conduit à une vraie démocratie ?

 

Après la journée d’action intersyndicale jeudi 28 octobre contre le projet de loi réformant les retraites, qui avait rassemblé encore beaucoup de monde (3 000 à Laval selon Ouest-France, qui notait la persistance d’une forte mobilisation), il fallait s’attendre à ce que la participation soit moindre ce samedi 6 novembre.

Pas de surprise : il y avait, à Laval, ce matin (photo), environ 2 000 personnes qui voulaient montrer que ce mouvement social ne doit pas s’arrêter avec l’adoption du projet de loi par le Parlement. Reste à savoir comment il peut se prolonger. C’est le moment de bien réfléchir à la signification profonde de ce mouvement et à la place qu’il a dans la vie politique nationale.

 

Le commentaire de Paul Burel (Ouest-France, 29 octobre), sous le titre « Reconstruire la démocratie sociale » contient des éléments à ne pas négliger. Tout en considérant que les syndicats sortent perdants de la bataille politique des retraites (ce qui est vrai si le mouvement s’arrête là), il ajoute :

« Paradoxalement pourtant, ils sortent de l’affrontement avec de solides arguments pour l’avenir. Une unité raisonnée qui ne rime pas avec uniformité. Une capacité à mobiliser massivement dans la durée, qu’on ne leur soupçonnait pas. Une aptitude un peu nouvelle à proposer, pas seulement à dire non. Une faculté inédite, aussi, à maintenir les éléments parasites (politiques ou autres) à bonne distance. Et peut-être surtout une légitimité à représenter une forme d’intérêt général, au travers d’un soutien majoritaire et inattendu de l’opinion. Bref, les syndicats ont fait un gros plein de crédibilité ».   

 

Deux postures à éviter : s’enfermer dans la seule résistance ou attendre tout des élections. C’est ce que préconise l’économiste Gabriel Colletis qui, dans une tribune parue ce 6 novembre sur le site de Marianne (voir Retraites: un conflit qui interroge la démocratie), revient sur le conflit des retraites pour en tirer quelques leçons fondamentales.

 

Sur Le blog de Gabriel Colletis), un article publié par Mediapart éclaire la problématique de la confrontation entre les syndicats et le pouvoir politique. Le choc est inévitable entre le monde du travail et les représentants d’un Etat soumis aux intérêts dominants du capitalisme financier.

 

Le conflit des retraites : un choc inévitable

A ce stade du conflit sur les retraites, deux légitimités semblent s’affronter, celle du mouvement social et celle d’un gouvernement qui peut prétendre diriger le pays en arguant du fait qu’il est l’expression d’une majorité parlementaire issue du suffrage universel.

Rarement, deux conceptions de la démocratie auront été en opposition aussi nette : démocratie directe et démocratie représentative. La première repose sur l’expression directe du peuple, la seconde sur ce qui est supposé être la représentation du peuple par le Parlement et le gouvernement qui en est l’organe exécutif.

Personne à ce stade ne peut émettre sérieusement une hypothèse sur l’issue de ce conflit.

Nous voulons ici donner notre point de vue sur ce qui explique selon nous que ce conflit soit à ce point frontal.

L’explication tient, selon nous, au fait que le cœur de ce conflit est une opposition absolue entre deux logiques : celle du travail et celle de la finance.

La contradiction entre ces deux logiques a pu être gérée pendant longtemps par deux institutions-clés du capitalisme : l’entreprise et l’Etat. Le capitalisme financiarisé dissout ces deux institutions et rend ainsi le choc inévitable et visible.

 

La dissolution  de l’entreprise

Pendant plusieurs dizaines d’années, l’entreprise a pu être ou paraître gérée dans une perspective tentant de concilier les intérêts des actionnaires et ceux des salariés. Le rôle du manager était précisément de trouver les compromis nécessaires entre ces deux « parties prenantes » ou du moins faire comme si cela était son rôle.

Cette conception de l’entreprise et de celle du rôle du manager a été progressivement vidée de son contenu au bénéfice d’une conception « actionnariale » selon laquelle seul le profit des actionnaires compte, l’entreprise étant considérée comme un simple actif liquide et ses salariés comme des kleenex jetables.

C’est à juste titre que certains chercheurs en sciences sociales insistent à nouveau aujourd’hui pour rappeler que l’entreprise (à la différence de la société) n’existe pas comme objet du droit et qu’elle devrait impérativement être institutionnalisée ! Sans doute, dans cette perspective, faudra-t-il interdire les stock-options car ils font mieux qu’aligner les intérêts des managers sur ceux des actionnaires. Les managers de l’entreprise désinstitutionnalisée sont plus royalistes que le roi car, à la différence du roi-actionnaire, ils ne prennent aucun risque, n’achetant très provisoirement les titres qui leur sont réservés que lorsque ceux-ci ont atteint un cours leur permettant d’encaisser à coup sûr une plus-value de cession.

Le choc entre les intérêts des actionnaires et ceux des salariés n’est donc plus médiatisé, en réalité ou en apparence, par les managers.

Ceci n’est pas vraiment nouveau et cela fait longtemps que la plupart des salariés, à la différence de nombre d’économistes, ne se laisse plus berner par la confusion entre les objectifs affichés de compétitivité et ceux, bien plus réels, de rentabilité.

Le fait nouveau est que la seconde institution-clé du capitalisme, l’Etat, se dissout également et n’assume plus son rôle consistant à assumer les contradictions entre le travail et la finance.

 

La dissolution de l’Etat

"Tous les jours, la première chose que je regarde, c'est la différence de "spread" (de rendement entre les obligations d'État) entre la France et l'Allemagne", François Fillon (Premier ministre), 8 juin, réunion du groupe UMP de l'Assemblée nationale (rapporté par le Monde, 10 juin 2010).

"La vérité, c'est que la crise change tout. Nous sommes dominés par les marchés et nous ne pouvons plus faire face à nos engagements. Tout le monde est conscient de cette situation mais personne ne sait quoi faire", Jérôme Chartier, député UMP (cité par Marianne, 26 juin-2 juillet 2010).

Après avoir envahi de l’extérieur comme de l’intérieur l’entreprise, le capitalisme financiarisé a envahi désormais l’Etat. Aucune réforme significative n’est adoptée aujourd’hui sans que les plus hauts représentants de l’Etat ne se demandent comment cette réforme va être accueillie par les marchés financiers. Davantage encore, on peut penser que le sens et le contenu des réformes (ici les retraites) sont dictés par les marchés financiers, nouveaux maîtres du monde.

Loin d’être garants de l’intérêt général comme le proclame la vulgate libérale, les représentants de l’Etat se comportent ainsi comme les managers de l’entreprise, ceux d’une institution qui se dissout dans un capitalisme financiarisé et mondialisé.

Nous sommes très loin de l’époque où un chef d’Etat français déclarait que « la politique de la France ne se fait pas à la corbeille ».

On comprend alors que le gouvernement peut difficilement accéder aux attentes ou aux exigences du peuple, enfermé qu’il est dans une relation de domination acceptée avec les maîtres du monde. Le choc est dès lors inévitable

Ce n'est qu'une fois l'entreprise et l'Etat ré-institutionnalisés selon des formes nouvelles que le capitalisme pourra à nouveau assumer ou déplacer la contradiction entre le travail et la finance.

 

Lu dans la presse

Retraites : "Ce mouvement est une sorte de guérilla sociale" (Le Monde, Philippe Corcuff, 23 octobre)

Un conflit révélateur de nouveaux clivages (Le Monde, Christophe Guilluy, 5 novembre)

Un mouvement juste et responsable, une réforme injuste et illégitime (ATTAC France, 27 octobre)

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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 23:26

Les élites sont une oligarchie liée aux intérêts financiers

 

Ce 22 octobre est le jour de deux coups de force réalisés en France par un chef de l’Etat aux abois, l’un ce matin - lire La raffinerie de Grandpuits réquisitionnée (Le Monde, 22 octobre), l’autre ce soir - lire Le Sénat a adopté la réforme des retraites (Le Monde, 22 octobre).

 

Deux articles de presse sont utiles pour comprendre ce qui nous arrive, à nous malheureux citoyens d’une nation qui a cru bon, en 2007, d’élire Nicolas Sarkozy à la présidence de la République :

- L’un montre que le président ne s’intéresse qu’à sa réélection en 2012 et évite le débat sur le problème des retraites. L’amendement adopté par le Sénat est un aveu de taille (édito Le Monde).

- L’autre décrit comment les élites françaises se sont transformées en oligarchie liée à la finance (Marcel Gauchet, sur France Inter, ce matin). La démocratie est en trompe-l’oeil.

 

Pour le vrai débat, rendez-vous en 2013 ? (Le Monde, édito, 22 octobre)

 

Etrange situation. Pour ne pas dire absurde. Voilà un gouvernement qui, depuis six mois, présente sa réforme comme une ardente et urgente obligation pour garantir durablement le financement du système français de retraites par répartition. Et qui, en conséquence, pousse les feux pour faire adopter son projet au plus vite.

 

Au terme de deux mois de débat parlementaire, le même gouvernement vient, pourtant, de donner son feu vert à l'adoption par le Sénat d'un amendement qui prévoit l'organisation, "à compter du premier trimestre 2013", d'un débat national sur une réforme "systémique" des régimes de retraite. Cette réflexion, est-il précisé, devrait porter sur la mise en place d'un "régime universel par points ou en comptes notionnels" (comme il en existe dans d'autres pays européens), afin de "faciliter le libre choix des assurés".

Cette initiative se veut, à l'évidence, une manoeuvre habile pour amadouer les centristes, mais aussi la CFDT, favorable à un tel système "à la suédoise".

Elle est, en réalité, un aveu. Un triple aveu, même.

D'une part, c'est reconnaître qu'à peine l'actuelle réforme mise en oeuvre il faudra rouvrir le chantier des retraites. Autrement dit, selon la formule du président de la commission des finances du Sénat, le centriste Jean Arthuis, qu'elle n'est qu'un "colmatage" provisoire.

D'autre part, c'est admettre implicitement que la réforme en discussion n'a pas posé globalement le problème des retraites, ni exploré toutes les pistes de réforme.

Enfin, c'est avouer sans le dire que, sur un sujet aussi déterminant, un débat national eût été indispensable et que l'on en a imprudemment fait l'économie.

Or il s'agit là, précisément, des trois critiques formulées depuis des mois - et au fil de huit journées de mobilisation syndicale, politique et sociale, un record - à l'encontre du projet défendu par le gouvernement.

 

Absurde situation, donc. Sauf à considérer que l'objectif du président de la République n'était pas celui d'une réforme en profondeur. Mais, au contraire, de donner des gages immédiats de rigueur budgétaire aux agences de notation internationales et de faire la démonstration - musclée si nécessaire - de son autorité et de sa détermination aux yeux de sa majorité. Il l'a confirmé, jeudi 21 octobre, en dénonçant la "prise en otage" du pays par ceux qui bloquent les dépôts de carburant, en imposant au sénateurs la procédure du vote bloqué et en ordonnant la réquisition d'une première raffinerie de pétrole, en Seine-et-Marne.

 

Compte tenu de la façon dont il a engagé cette réforme, l'oeil rivé sur l'échéance présidentielle de 2012, Nicolas Sarkozy n'a guère d'autre choix. Mais, en passant en force comme il le fait, il prend un triple risque : susciter une amertume redoutable chez tous ceux qui ont le sentiment de n'avoir pas été écoutés ; rejeter les syndicats dans une opposition sans états d'âme ; apparaître comme trop préoccupé par sa réélection pour engager sereinement une réforme de long terme, nécessaire au pays. Audacieux pari !

 

Marcel Gauchet: «une oligarchie se substitue aux élites» (Marianne2, Elodie Carcolse, 22 octobre)

Réforme des retraites, blocages, radicalisation, manifestants etc. Autant de thèmes abondamment commentés depuis plusieurs semaines. Ce matin, Marcel Gauchet, père de l'expression « Fractures sociales », apportait une analyse différente de la crise. Entre « anxiété sociale » et retour à une oligarchie d'Ancien régime.

 

 (…) Invité de France Inter ce matin, Marcel Gauchet - historien et philosophe – posait le problème d’une autre façon. Selon lui «le conflit des retraites est le problème de l’avenir par excellence». Une immense crise d’incertitude se fait jour parmi les manifestants. Ces derniers  demandent aux politiques de les rassurer sur ce que sera la société en 2030, 2040 mais les politiques ne leur opposent que l’échéance qui les intéresse, c'est-à-dire 2012 et les élections présidentielles.

Cette « anxiété sociale » n’est pas prise en compte par les politiques qui confisquent le débat. «Ces problèmes ne peuvent être résolus que par une délibération collective plus large que celles des parlementaires. Les parlementaires, une fois élus, n’ont pas à débattre seulement entre eux.»

De plus, ce débat sur les retraites ne peut avoir lieu sans une certaine pédagogie vraisemblablement absente dans le gouvernement. La réforme des retraites est trop complexe pour que la population débatte des termes techniques (ajustement financier, législation sociale, etc.). L’évolution de la société nécessite de reposer de grands principes. L'inventeur du terme de « fracture sociale » constate que « la technique gouvernementale dans ce cas précis consiste à nous embrouiller en mélangeant la technique et les principes ». « La solution se trouve dans le dialogue entre politiques et opinion mais nous ne savons pas faire ça en France » (…).

Cette confiscation du pouvoir par nos représentants, censés agir dans nos intérêts, est perçue comme une « dérive oligarchique » par le philosophe.

Dans toutes les démocraties, ces oligarchies sont pilotées par des « élites ». Dans notre société, celles-ci opèrent une fracture entre les instruits et ceux considérés comme non instruits. Cette forme de pouvoir engendre des sociétés profondément inégalitaires alors même que sont prônées les valeurs démocratiques.

Marcel Gauchet explique que la période est spécifique au retour des anciens régimes qui s’accompagne d’une hiérarchie sociale. Le non instruit est considéré comme un archaïque, « vous ne savez rien, laissez nous faire ». En laissant faire, ces gens travaillent ensuite dans leurs propres intérêts. « On passe donc d'une élite à une oligarchie. » (…)

 

* Marcel Gauchet, philosophe au chevet de la démocratie, parle d'or - 2 août 2009


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21 octobre 2010 4 21 /10 /octobre /2010 23:02

L’affaiblissement programmé du système par répartition

 

La confrontation entre le pouvoir politique (exécutif et législatif) et la société française bat son plein (voir Retraites : course de vitesse entre le chef de l'Etat et le mouvement social - 20 octobre 2010).

 

Les syndicats ont appelé, jeudi 21 octobre, à deux nouvelles journées de mobilisation contre la réforme des retraites le jeudi 28 octobre et le samedi 6 novembre.

 

La manifestation à Laval le 19 octobre (les 8 organisations syndicales en tête de cortège)

 

De son côté, le gouvernement souhaite en finir au plus vite avec le projet de loi, alors que de nombreuses actions ont encore eu lieu jeudi 21 octobre pour protester contre ce texte.

Voir Retraites : le gouvernement accélère le pas, les syndicats annoncent de nouvelles mobilisations (Le Monde 21 octobre).

 

Information Médiapart : Les grands opérateurs privés sont convaincus que la réforme des retraites va conduire à l'asphyxie financière des régimes par répartition et favoriser les systèmes par capitalisation. C'est le calcul que fait le patron du groupe Malakoff Médéric, un certain... Guillaume Sarkozy. Il va créer une société commune avec la Caisse des dépôts et la CNP. Voici le commentaire paru sur le site du Nouvel Observateur le 14 octobre.

 

Selon Médiapart, le frère du président vise le pactole du marché de la retraite complémentaire privée. Et prépare pour cela une alliance avec des acteurs semi-publics.

Le site d'information Médiapart affirme jeudi 14 octobre que la réforme des retraites pourrait favoriser les intérêts du groupe Malakoff Médéric, dont le délégué général n'est autre que Guillaume Sarkozy, le frère du chef de l'Etat.

Selon Médiapart, la réforme "va conduire à l'asphyxie financière des grands régimes par répartition" et sera donc "propice à l'éclosion de ces grands fonds de pension qui n'étaient pas encore parvenus à s'acclimater en France, à quelques rares exceptions près". Parmi les opérateurs privés d'ores et déjà sur les rangs, figure le groupe Malakoff Médéric.

Des alliés puissants

"Il ne s'agit pas que d'une coïncidence. Mais bien plutôt d'une stratégie concertée en famille", écrit Médiapart, "l'un assèche les régimes par répartition tandis que l'autre pose les fondements du système par capitalisation". Le site ajoute : "Guillaume Sarkozy a engagé son entreprise dans une politique visant à en faire un acteur majeur de la retraite complémentaire privée. Et il a trouvé des alliés autrement plus puissants que lui, en l'occurrence la Caisse des dépôts et consignations (CDC), le bras armé financier de l'Etat, et sa filiale la Caisse nationale de prévoyance (CNP). Ensemble, tous ces partenaires vont créer, le 1er janvier prochain, une société commune qui rêve de rafler une bonne part du marché qui se profile."

"Cette société n'aurait jamais vu le jour sans l'appui de l'Elysée", écrit Médiapart. En effet, la Caisse des dépôts et consignations est une institution publique présidée par un parlementaire. Pour sa part, la Caisse nationale de prévoyance (CNP) est une filiale de la Caisse des dépôts et consignations, de la Banque postale et du groupe Caisses d'Epargne, lui-même présidé par François Pérol, ancien secrétaire général adjoint de l'Elysée.

En outre, la Caisse des dépôts gère le Fonds de réserve des retraites. "Pourquoi la CDC se lance-t-elle dans pareille aventure pour faire le jeu du système adverse, celui par capitalisation?", demande Médiapart. "Et pourquoi, de surcroît, le faire avec une entreprise dont le patron est le frère du chef de l'Etat?"

L'enjeu n'est pas mince. Le marché pourrait représenter "40 à 100 milliards d'euros" : en fonction de l'aspect final de la réforme, les Français connaîtront une baisse plus ou moins considérable du taux de remplacement, c'est-à-dire du montant de la pension rapporté au salaire, et donc se précipiteront sur les systèmes de retraite complémentaire. Médiapart publie notamment un "business plan" confidentiel, qui fixe pour objectif une part de marche de "17%" d'ici dix ans.  

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