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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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9 février 2015 1 09 /02 /février /2015 22:15

 

Très influencé par Albert Camus, il avait « balisé » la route de Nelson Mandela

 

Né en 1935 en Afrique du SudAndré Brink est l'auteur de nombreux livres dont "Au plus noir de la nuit", "Une saison blanche et sèche" (prix Médicis 1980) et "l'Amour et l'oubli". Il a également publié ses Mémoires, chez Actes Sud, en 2010: "Mes bifurcations". Il est mort le 6 février 2015. Voir La dernière lettre d'André Brink à Nelson Mandela, Nouvel Obs, 8 février 2015, et André Brink - Wikipédia

 

Pierre Haski a rappelé ce que fut cet homme dans un article publié par l’Obs le 7 février 2015

 

Mort d'André Brink, le « Camus » sud-africain en rupture d’apartheid

 

C’était en octobre 2013, à l’hôtel de ville de Paris. L’écrivain sud-africain André Brink était assis dans un grand fauteuil, presque intimidé à côté de Catherine Camus, la fille d’Albert.

L’auteur sud-africain raconta comment, alors qu’il était étudiant à Paris à la fin des années 50, il rêvait de rencontrer Albert Camus, son héros et modèle, et avait imaginé mille stratagèmes pour l’approcher. Mais il n’avait jamais osé... Et André Brink avait ironisé que, comme il considérait Albert Camus comme son père spirituel, il était un peu le frère de Catherine Camus...

C’est un écrivain sud-africain profondément marqué par ses années françaises, y compris un séjour à Paris en mai 68, qui est décédé vendredi, à l’âge de 79 ans. Il revenait d’un voyage en Europe, après avoir été honoré à l’université catholique de Louvain, en Belgique.

Il laisse derrière lui une œuvre importante, qui a joué un grand rôle dans la dénonciation de l’apartheid dans les années 70 et 80, particulièrement auprès du public européen, et particulièrement français.

Je l’avais rencontré dans les années 70 dans la ville de Grahamstown, dans l’est de la province du Cap, où il enseignait à l’université ; un homme obsédé par la place de l’intellectuel dans une société en pleine convulsion, et désireux d’apporter sa pierre au combat contre le système inhumain de l’apartheid.

Blanc en rupture avec l’apartheid

En 1980, en plein apartheid, il avait remporté le prix Médicis étranger pour son roman « Une saison blanche et sèche », qui racontait l’histoire d’un professeur blanc parti en croisade pour connaître la vérité sur la mort d’un détenu noir en prison.

Auparavant, il avait eu un roman interdit en Afrique du Sud, « Au plus noir de la nuit », paru en 1973, qui s’attaquait au tabou absolu des relations sexuelles interraciales, formellement interdites par les lois d’apartheid. Toute l’œuvre d’André Brink est marquée par cette quête de vérité de personnages blancs plongés au cœur de l’injustice extrême que représentait l’apartheid – un thème très « camusien ».

Il appartient à cette génération, avec Nadine Gordimer, le prix Nobel de littérature décédée en juillet 2014, qui a fait de l’apartheid le thème central de leur œuvre littéraire.

Contrairement à Gordimer, qui était anglophone, André Brink était issu d’une famille afrikaner, c’est-à-dire descendante des « Boers » néerlandais qui ont pris le pouvoir en 1948 et ont imposé l’apartheid.

Il était en rupture avec sa communauté, considéré comme un « traître » au même titre qu’un Breyten Breytenbach, son ami, lui aussi passé par la France et plus tard emprisonné pour son action clandestine. Ensemble, ils avaient fondé un mouvement littéraire, les « Sestigers », ceux des années 60, rompant avec l’establishment afrikaans pro-apartheid.

L’hommage de Mandela en 1996

Dans la préface à la publication en France, en 1996, d’un recueil d’articles et d’essais d’André Brink (« Retour au jardin du Luxembourg », Stock), Nelson Mandela, alors premier président de l’Afrique du Sud post-apartheid, écrivait :

« Un trait particulier de notre situation, qui historiquement a opposé les Blancs afrikaners à la majorité noire dans sa recherche de la liberté et l’égalité, fut le nombre important d’intellectuels afrikaners qui, à travers leurs écrits, ont ajouté leur voix à celles qui dénonçaient l’injustice et réclamaient une société dont tous les membres seraient des citoyens égaux.

La longue route parcourue pour arriver là où nous sommes aujourd’hui porte de façon indélébile les traces et les empreintes de ces femmes et de ces hommes courageux qu ont osé défier les puissantes structures de leur propre groupe ethnique pour proclamer leur allégeance à l’idéal d’une Afrique du Sud plus grande. Ce recueil d’essais est un exemple de ces phares qui ont balisé la route. »

André Brink est effectivement l’un de ces hommes qui ont su rompre avec le conformisme de leur « groupe » pour épouser une cause plus grande – même s’il ne cachait pas son désenchantement avec l’Afrique du Sud post-apartheid, loin du mythe de la « nation arc-en-ciel »...

Rappel (articles parus sur le blog du MRC 53 après le décès de Nelson Mandela) :

La méthode Mandela en Afrique du sud : l'Ubuntu et la réconciliation (10 déc. 2013)

L'Ubuntu, manière de vivre des peuples bantous, a façonné Mandela (9 déc. 2013)

Mandela, l'homme du combat du peuple sud-africain pour sa libération (6 déc. 2013)

 

Cet article est le 31ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique

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5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 18:40
Economie, politique intérieure et extérieure : la nouvelle donne tunisienne

 

La Tunisie, qui est à l’origine des printemps arabes, en janvier 2011, par la mise en fuite de Ben Ali, a réussi l’exercice démocratique de l’élection présidentielle en 2014. Voir cet article de Jeune Afrique, ce 5 janvier 2015 : Tunisie : Béji Caïd Essebsi, les défis du nouveau président

 

Le 29 décembre 2014, le quotidien Libération a publié une Tribune dans laquelle Sami Naïr* décrit le processus de transition, pendant ces 4 dernières années, ainsi que les défis auxquels le nouveau président devra faire face.


L'espoir venu de Tunisie

Le vieux préjugé selon lequel les avant-gardes sont toujours en avance sur les peuples vient d’être infirmé une fois de plus : en Tunisie, pays pionnier d’où a jailli l’étincelle qui donna vie au «printemps arabe», c’est la société civile qui, à sa façon, oblige les élites à se conformer à ses aspirations profondes.

Janvier 2011, exit Ben Ali ; vacance du pouvoir, appel à Béji Caïd Essebsi, vétéran du bourguibisme et laïque déclaré, pour diriger la période de transition qui s’ouvre et organiser des élections pour la Constituante.

Octobre 2011, élections et victoire toute relative des islamistes d’Ennahdha ; longue période de transition ; les islamistes s’accrochent au pouvoir, refusent d’organiser comme prévu des législatives, prétendent islamiser les institutions, sont incapables d’offrir une orientation économique crédible, cependant que la société se mobilise contre eux, spécialement les femmes dont ils prétendaient changer le statut civil, et que des dirigeants démocrates sont assassinés par des tueurs aux ordres de groupes parallèles. Plus grave : l’islamisme salafiste militarisé apparaît au grand jour, clamant sa volonté d’instaurer une société théocratique. Ennahdha, complaisante, risque d’être dépassée sur ses franges. Le pays est en état de guerre civile latente. L’instabilité règne.

Juillet 2013, changement de décor grâce au coup d’Etat du général Sissi en Egypte. Les Frères musulmans égyptiens, solide soutien des islamistes tunisiens, sont réprimés. Ennahdha comprend immédiatement le message et remet le pouvoir à un gouvernement de «technocrates» en attendant l’organisation des élections. Mais en face, les forces laïques, incapables de s’entendre, piétinent. Béji Caïd Essebsi, qui s’était placé à l’affût, saute sur l’occasion, étend les bases du parti Nidaa Tounes qu’il venait de créer et se lance dans la bataille en rassemblant la plupart des opposants aux islamistes.

Novembre 2014 : victoire de Nidaa Tounes aux législatives ; décembre, victoire d’Essebsi au second tour de la présidentielle : il devient le premier chef d’Etat arabe élu démocratiquement sur la base d’un programme civil moderniste, libéral et séculier. Aucune tromperie sur la marchandise. Mais si la victoire à la présidentielle est éclatante (55,68% contre 44,32% à son adversaire, Moncef Marzouki), elle ne signifie pas pour autant un chèque en blanc, car les électeurs avaient déjà instauré un subtil équilibre aux législatives, en ne donnant la majorité à personne. De bout en bout, la société civile tunisienne aiguille le processus démocratique.

Le nouveau président, conscient de cette nouvelle donne, est confronté à des défis redoutables. Plusieurs grands chantiers attendent des solutions urgentes : l’économie tunisienne est sinistrée ; panne de croissance, chômage massif, exclusion de la jeunesse (qui s’est massivement abstenue lors de ces élections), infrastructures dégradées, tourisme atone, investissements étrangers très faibles, investissements privés quasi inexistants, dette importante à échéance de 2017, absence d’aide internationale ; tout indique, comme nous l’a rappelé au cours d’un entretien le candidat Essebsi, que «la Tunisie devra d’abord compter sur elle-même pour se relever».

Comment le nouveau pouvoir affrontera-t-il ces défis ? La campagne de la présidentielle n’a pas répondu à cette question.

- Béji Caïd Essebsi cherchera à libéraliser plus encore l’économie, mais force est de constater qu’aucun programme d’envergure n’apparaît qui tracerait une orientation précise au-delà des bonnes intentions sur la «gouvernance» et la «restauration de l’autorité de l’Etat». Et ceci est vrai surtout de la question sociale, cause principale de la révolution de 2011, grande oubliée des programmes des uns et des autres, sauf celui du Front populaire de gauche, de Hamma Hammami. Le nouveau président devra donc à la fois chercher l’appui des milieux entrepreneuriaux et celui des syndicats. Synthèse rien moins qu’aisée.

- Deuxième défi : l’instabilité politique. Il est clair que les deux principales forces - islamistes et modernistes - ont conduit ensemble, sur la base d’un accord tacite conclu lors de la rencontre entre Béji Caïd Essebsi et Rachid Ghannouchi à Paris en août 2014, le processus électoral. Les deux dirigeants ont fait preuve d’un sens aigu de la responsabilité. Mais tous les deux sont confrontés à des tendances polycentriques au sein de leurs organisations respectives.

Ennahdha est menacée par une crise interne - certains parlent même de scission - dont la démission de son secrétaire général, l’ex-chef du gouvernement Hamadi Jebali, n’est qu’une prémisse. Une nouvelle génération islamiste émerge qui, sans remettre en question le magistère charismatique de Rachid Ghannouchi, veut jouer un rôle dans l’expérience démocratique en cours. Pour Rachid Ghannouchi, le défi principal est de savoir s’il parviendra à créer une sorte de «démocratie islamiste» comparable à la démocratie chrétienne européenne, porteuse, au-delà de sa référence religieuse, d’un véritable socle de valeurs démocratiques et modernistes. Tout à l’opposé, rien ne dit que les tendances extrémistes, avec lesquelles Ennahdha ne parvient pas à rompre clairement, vont accepter le jeu démocratique.

En face, Nidaa Tounes n’est pas plus homogène : s’y mêlent des anciens venus du parti de Ben Ali, des représentants de mouvements associatifs, des milieux d’affaires et des personnalités en quête de responsabilités politiques : large spectre qui va des libéraux à la gauche modérée. En fait, le seul socle sûr pour Essebsi reste encore sa légitimité personnelle, incontestée. Il devra avancer rapidement, car les attentes sont fortes et pressantes.

- Autre redoutable défi : le chaos libyen. Contrairement aux «nahdhaouis», qui étaient alliés aux Frères musulmans égyptiens, Essebsi déclare son intention, pour contenir l’islamisme armé qui règne en Libye, d’«encadrer stratégiquement» ce pays en s’alliant avec l’Egypte du général Sissi et l’Algérie tout en recherchant l’appui du Niger et du Mali au sud. C’est un changement radical - alors que les islamistes d’Ennahdha préféraient jouer les intermédiaires entre les diverses fractions islamistes. Les réactions très favorables de l’Egypte et de l’Algérie à son élection indiquent qu’un tournant va s’opérer dans la région, qui s’inscrit dans une «sainte alliance» contre «l’EI» incluant l’Iran, les pays du Golfe, l’Arabie Saoudite et même le Qatar (qui soutenait jusqu’à peu les Frères musulmans égyptiens et Ennahdha).

Le nouveau président dispose de tous les moyens institutionnels pour gouverner. Et la révolution tunisienne est un motif d’espoir pour tous les peuples arabes. L’Europe, et tout particulièrement la France, doit enfin se mobiliser pour apporter à la Tunisie l’aide multiforme dont elle a besoin.

Conseil national MRC 240313 018 T

Sami Naïr (photo 24 mars 2013), ancien député au Parlement européen (1999-2004), proche de Jean-Pierre Chevènement, est Conseiller d’Etat honoraire et professeur de science politique (divers articles publiés par Libération).

 

Voir aussi Les analyses de Sami Naïr - Mémoire des luttes.

 

 

Cet article est le 30ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique

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10 décembre 2013 2 10 /12 /décembre /2013 20:32

Un magnifique discours d’Obama pour célébrer Mandela

 

C’était un grand moment qui restera dans l’Histoire. Voir et écouter Le discours de Soweto, Hommage de Barack Obama à Madiba ce 10 décembre 2013 à la mémoire de Nelson Mandela.

 

Au cours de son éloge, le président américain a fait référence à la notion africaine ''d'ubuntu'', chère au leader disparu. Cette notion est si importante en Afrique qu’il faut y revenir.

 

Lu sur le site de Metronews, ce 10 décembre : Discours d'Obama pour Mandela : ça veut dire quoi, ubuntu.

Et soudain le brouhaha se transforma en une impressionnante clameur. Dans le stade détrempé de Soweto, à Johannesburg, Barack Obama a prononcé, mardi, un vibrant hommage à Nelson Mandela, mort jeudi soir à l'âge de 95 ans. Au cours de son discours, l'un des moments forts de cette journée dédiée à l'homme qui fit tomber l'apartheid il y a vingt ans, le président américain a fait vibrer les foules en prononçant un mot quasiment magique en Afrique noire : ''ubuntu''. Une notion intraduisible, proche des concepts d'humanité et de fraternité, inextricablement liée à la longue lutte de Nelson Mandela contre la ségrégation raciale et à la mise en oeuvre de sa politique de réconciliation nationale une fois arrivé au pouvoir.

''Mon humanité est inextricablement liée à ce qu'est la vôtre''

L'origine de ce mot provient des langues bantoues - plusieurs centaines de dialectes parlés en Afrique subsaharienne - et peut être associé à un célèbre proverbe zoulou : ''Un individu est un individu à cause des autres individus.'' ''Mon humanité est inextricablement liée à ce qu'est la vôtre'', a également théorisé Desmond Tutu. ''Quelqu'un d'ubuntu, a encore expliqué le prix Nobel de la Paix 1984, est ouvert et disponible pour les autres (...) car il ou elle possède sa propre estime de soi, qui vient de la connaissance qu'il ou elle a d'appartenir à quelque chose de plus grand. Il se sent diminué quand les autres sont diminués ou humiliés, quand les autres sont torturés ou opprimés.''

Les larmes de Desmond Tutu

C'est d'ailleurs imprégné par cet idéal ''d'ubuntu'' que l'homme d'église a pris les rênes de la commission ''Vérité et réconciliation'' à la chute de l'apartheid. Unique au monde, cette commission avait pour objectif de confronter les victimes des années de ségrégation à leurs bourreaux. En échange d'amnistie, ces derniers ne devaient rien cacher des violations des droits de l'Homme qu'ils avaient pu commettre. Au prix d'une intense émotion - on se souvient des larmes de Desmond Tutu - l'Afrique du Sud a ainsi pu ''purger'' les haines individuelles pour construire la société multiraciale chère à Nelson Mandela.

A plusieurs reprises, le premier président noir d'Afrique du Sud avait d'ailleurs livré sa propre définition de l'ubuntu, qui a guidé sa vie entière : ''Respect, serviabilité, partage, communauté, générosité, confiance désintéressement. Un mot peut avoir tant de significations. C'est tout cela l'esprit d'ubuntu'', expliquait le grand homme dont le monde célèbre la mémoire ce mardi

 

A signaler l’action de la poétesse et romancière sud-africaine Antjie Krog.

Méconnue en France, Antjie Krog s'est faite remarquer très jeune en Afrique du sud. Encore lycéenne, elle publie un poème réclamant la fin de la ségrégation entre les blancs et les noirs. Son texte fait scandale et parvient jusqu'à Mandela alors emprisonné sur l'île de Robben Island. Plus de 40 ans ont passé et Antjie Krog utilise toujours la littérature comme arme de combat. En 1999, elle a publié La douleur des mots, une chronique des travaux de la commission "Vérité et réconciliation" qu'elle a couvert pour une radio en 1996 et 1997. C'est de cette expérience, entre autres, qu'elle est venue témoigner en Pays de la Loire, notamment à Laval le jeudi 7 novembre à 20 h 30 à la bibliothèque Albert Legendre. Voir France - Afrique du Sud / La poétesse Antjie Krog en tournée dans les Pays de la Loire le 23 octobre 2013 (vidéos de sa prestation à Saumur le 16 octobre 2013).

 

Lu aussi sur le site Lapresse.ca, le 5 décembre 2013, ce bon résumé par la journaliste canadienne Agnès Gruda : Mandela: l'élégance du libérateur

 

Rappel : L'Ubuntu, manière de vivre des peuples bantous, a façonné Mandela - 9 déc. 2013.

Mandela, l'homme du combat du peuple sud-africain pour sa libération - 6 décembre 2013 5 06

 

Cet article est le 29ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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9 décembre 2013 1 09 /12 /décembre /2013 22:33

Cette philosophie a permis une sortie pacifique de l’apartheid

 

Nous avons beaucoup à apprendre de Mandela. Il faut comprendre comment il a pu éviter une sortie dramatique du régime de la ségrégation. Pas lui seul, mais il y a fortement contribué. D’où lui venait cette capacité de grandeur d’âme respectant ses adversaires ? Comment est-il parvenu, unique exemple dans l’histoire, à réconcilier oppresseurs et opprimés dans un seul pays, un même système ? Comment, par intelligence tactique, tout autant que par la bonté d’âme qui était sa marque, a-t-il su pardonner et entraîner tout un peuple vers la réconciliation ?

 

Deux hommes vont nous aider à comprendre : Patrice Claude et André Brink

Patrice Claude est le principal rédacteur du Hors-Série du Monde publié en décembre 2013 (vendu 7,50 euros). Voir Mandela Leçons d'une vie.

Lutteur infatigable contre l’apartheid, emprisonné pendant 27 ans et premier président noir d’Afrique du Sud, Nelson Mandela a incarné le courage en politique par sa lutte pour la liberté et contre le racisme. Alors que la planète entière lui rend hommage, Le Monde revient dans ce hors-série de 100 pages sur le destin exceptionnel de « Madiba », de la création de l’ANC à son élection en 1994, et raconte, avec les témoignages d’André Brink et de Kofi Annan ainsi que des reportages photo exceptionnels, comment il a mené la « nation arc-en-ciel » sur la voie de la réconciliation. « Je ne suis pas un messie, seulement un homme ordinaire dont des circonstances extraordinaires ont fait un leader » (Nelson Mandela).
 

MADIBA L’UNIVERSEL
Le 18 juillet 1918, en Europe, la première guerre mondiale s’achève en boucherie. A la pointe sud de l’Afrique, un nourrisson mâle vient à la vie sur le sol de terre battue d’une hutte en torchis. Il s’appelle Rolihlahla Dalibhonga Mandela. Son père est un « prince » déchu des Thembu, une grande tribu de la nation des Xhosa. Il y a beau temps que le colonialisme a dépouillé les familles royales africaines de leurs terres, de leurs pouvoirs et de leurs richesses. Mais certaines, comme celle de Mandela, ont su garder leur dignité. Bientôt, la planète entière le découvrira et célébrera le nom de ce noble fils d’Afrique qu’une institutrice britannique, conformément à la coutume coloniale d’alors, a affublé du prénom de Nelson.
Aujourd’hui, Mandela est mort. Il laisse son nom à des milliers de rues, de places, d’universités et de fondations à travers le monde. Il emporte avec lui une part de la grandeur, de l’invincible charme et de l’imparfaite sagesse de cette planète. Il laisse aussi dans son sillage un espoir terriblement humain, celui qui fait que, oui, un homme seul, pourvu qu’il soit doté des qualités nécessaires, peut éviter une guerre et changer le sort d’une nation.
Nelson Mandela était un homme qui n’aimait pas qu’on le prenne pour un prophète. Encore moins pour le demi-dieu que certains se sont plu à voir en lui. «
J’ai commis des erreurs », reconnaissait-il. Et certains de ses proches alliés, dans son propre pays, ont su les pointer en leur temps. « Sa principale faiblesse, disait son compagnon de lutte, l’évêque Desmond Tutu, Prix Nobel de la paix en 1984, tenait à cette indéfectible loyauté qu’il éprouvait à l’égard de ses amis, de ses camarades de combat. » Il a, c’est vrai, favorisé la carrière, ou laissé en place au pouvoir, des hommes et des femmes incompétents ou corrompus. Ainsi était Madiba, comme il aimait à être appelé, parce que tel était le nom du clan de ses aïeux.
On lira dans les pages qui suivent, illustrées par de grands photographes, comment cet homme d’exception a libéré son pays d’un régime inique et violent, à force de courage, de ténacité et de clairvoyance. Comment il est parvenu, unique exemple dans l’histoire, à réconcilier oppresseurs et opprimés dans un seul pays, un même système. Comment, par intelligence tactique, tout autant que par la bonté d’âme qui était sa marque, il a su pardonner et entraîner tout un peuple vers la réconciliation. On verra enfin comment il a su établir une authentique, et donc imparfaite, démocratie, dans une région du monde où elle n’avait jamais eu droit de cité.
On comprendra comment et pourquoi Nelson Mandela accéda à l’universel, comment il est devenu pour tous un exemple moral sans pareil, pratiquement le premier « saint laïc » de la planète.
De Bill Clinton à Tony Blair en passant par Kofi Annan et le dalaï-lama, tous les « grands », passés et présents de ce monde, ont dit combien la simple présence de Madiba les rendait tous
« plus grands » encore. Tour à tour pacifiste convaincu puis chef d’une résistance armée, prisonnier rebelle puis martyr patenté durant vingt-sept années et cent quatre-vingt-trois jours, diplomate roué et maître tacticien pour la bonne cause, à savoir la paix entre les hommes, homme d’Etat tout à la fois pragmatique et visionnaire, Nelson Mandela a montré la voie à suivre, l’exemple à imiter. Y compris la grâce, si rare sur le continent africain, avec laquelle il s’est retiré du pouvoir en 1999, après avoir effectué un seul mandat présidentiel.
Nous avons voulu, dans ce numéro hors-série du
Monde, dresser l’inventaire d’une vie, décrire les circonstances qui ont permis à un être ô combien particulier de déployer toute la richesse de son destin. Il s’appelait Nelson Mandela et il prétendait transformer « un désastre humain », l’apartheid, « en une société dont l’humanité tout entière sera fière ».
Patrice Claude et Martine Jacot

Patrice Claude est aussi l’auteur de cet article paru dans les colonnes du quotidien Le Monde, le 7 décembre 2013. Voir Nelson Mandela, l'Africain capital. Extrait concernant l’Ubuntu.

 

(…) La personnalité africaine de Mandela n'y est pas pour rien. Adolescent, il a découvert, auprès du régent des Thembu, la philosophie centrale de la culture xhosa – et de tous les peuples bantous auxquels appartiennent aussi les Zoulous et d'autres peuples noirs : l'ubuntu, une fraternité, une manière de vivre ensemble. Fondé sur un sentiment d'appartenance à une humanité plus vaste, le concept contraint ses adeptes à respecter autrui, à faire preuve de compassion, de compréhension. Il s'oppose à l'égoïsme et à l'individualisme, réputés « valeurs blanches ».

Dans le manifeste que Mandela contribue à rédiger dès 1944 pour la création de la Ligue des jeunes de l'ANC, le Congrès national africain, qui existe alors depuis trente-deux ans mais ne se faisait guère entendre, l'ubuntu, qui interprète l'univers comme un tout organique en chemin vers l'harmonie, est déjà présent. L'idée fera sa route dans d'autres documents politiques de l'ANC et jusque dans la nouvelle constitution de la nation « arc-en-ciel » de 1996.

Les Afrikaners, qui ont institutionnalisé le développement séparé – apartheid – en 1948, qui ont créé les bantoustans, régions autonomes réservées aux Noirs, privés des droits les plus élémentaires, mais ont aussi tué, torturé et emprisonné des milliers de gens parce qu'ils se rebellaient contre cet ordre inique, doivent-ils à l'Ubuntu d'avoir échappé aux massacres postapartheid ? Sans doute en partie.

Car l'homme qui, après sa libération, poussera l'exemple du pardon jusqu'à serrer la main du procureur afrikaner qui voulait le pendre en 1964, qui rendra visite à la veuve du Dr Verwoerd, l'architecte historique de l'apartheid, le président qui mettra en place à travers le pays, et contre l'avis de ses camarades de combat, ces commissions Vérité et réconciliation, où les leaders, les serviteurs civils, policiers et militaires de l'apartheid, viendront confesser leurs crimes et demander pardon, cet homme-là, on l'a dit, n'était pas un pacifiste (…).

 

André Brink a aussi beaucoup contribué à ce dénouement positif de l’apartheid, lui qui a raconté son parcours dans un livre. Voir Mes bifurcations par André Brink. Né dans une famille Afrikaner, il n’aurait pu jouer ce rôle s’il n’avait pas été influencé par Albert Camus. Par ses livres, il a, à son tour, inspiré Mandela. Voici ce qu’écrit Lounes75, concernant « Mes bifurcations ».

 

André Brink a entrepris, à 70 ans d'écrire ses mémoires ou "ses bifurcations" d'intellectuel blanc, face à l'Apartheid, dans son pays l' Afrique du Sud. Il a acquis dès les années 70 une aura internationale, par ses romans superbes et courageux et ses nombreuses initiatives contre l' Apartheid. Trois de ses romans à ma connaissance ont fait rapidement le tour de la planète : « Une saison blanche et sèche », « Un turbulent silence », « Au plus noir de la nuit », trois révélations pour moi dans les années 80. Dans « mes bifurcations » André Brink ne nous livre pas une autobiographie ordinaire : Bien sûr son histoire personnelle, marquée par son enfance dans la communauté Afrikaner est attachante, racontée avec talent et sensibilité. Dans sa communauté blanche, Noirs et Blancs ne se rencontrent jamais, mais cela ne l'empêche pas de s'endormir la peur au ventre, persuadé « qu'un Noir est tapi sous son lit ». Mais ce qui fait son prix est son extrême sincérité, pour faire part de ses difficultés à s'arracher « au ghetto mental blanc », aux avantages de sa communauté d'origine qui dirige le pays, et impose un régime de discriminations à la majorité noire, ses hésitations pour rentrer au pays à l'issue de ses séjours en France, l'étonnement de ses premières amitiés avec des compatriotes noirs. Au milieu du récit émergent ses réflexions sur le rôle de l'écriture, sa responsabilité d'écrivain pour faire entendre la voix de la raison, la démocratie, l'égalité pour tous les êtres humains. Enfin il nous délivre un témoignage inestimable sur l'histoire récente de l'Afrique du Sud, le fossé creusé à force de haine et de mépris entre Blancs et Noirs. « La violence est le lot de toutes les sociétés, mais en Afrique du Sud, elle semble presque invariablement doublée d'une exacerbation, d'un surplus imprévu de hargne ». André Brink se souvient des heures les plus terribles de l'Apartheid, les innombrables morts en prison, au terme de sévices sans nom ou de longues grèves de la faim, la répression sanglante jusqu'en 1990. Son éveil politique eut lieu le jour de la tragédie de Sharpeville. Il se trouvait à Paris dans le jardin du Luxembourg le 21 mars 1960, lorsqu'il apprit que la police sud-africaine venait de tuer 69 manifestants noirs. Il paya cher son engagement contre l' Apartheid. Il se souvient du harcèlement de la police politique à son encontre, celle de sa famille ,les filatures et vexations en tout genre ,il se souvient de ses phases de découragement lorsque la mort violente se rapprochait trop. Mais aussi, les souvenirs heureux occupent une large place dans son récit, il rend hommage à toute la part de bonheur reçue, les femmes aimées, les amis qui ne l'ont pas trahi lorsqu'il se trouvait interdit de publication, les rencontres intellectuelles, amicales, artistiques qui l'ont fait ce qu'il est aujourd'hui. Il nous offre une galerie de portraits étonnants : Mazizi Kunene, dirigeant de l' ANC (congrès national africain) : « un être exceptionnel. Un genre unique de dignité. Peut-être, me disais-je souvent, une dignité zouloue ? Discernable même quand il était triste et abattu. Il venait me voir, mettait un disque kwela des townships sur mon minuscule tourne-disque dans le salon ; il fermait les yeux et se mettait à danser, sur place, et très lentement, il tournait, tournait et des larmes coulaient sur ses joues ridées. » Mgr Desmond Tutu, « ce petit paquet de joie pure », « en présence de qui il ressent à chaque fois le bonheur de côtoyer un des rares individus qui dans les ténèbres et le chagrin, ait trouvé le chemin de la compréhension et de la joie ». Aimé Césaire à qui il demande s'il éprouve de la haine : « De la haine ? Cela me rendrait dépendant d'autrui. J'ai refusé une bonne fois pour toutes d'être esclave comme mes ancêtres. Je ne permettrai donc pas à la haine de me faire retomber en esclavage ».Il se souvient d'avoir pleuré le 11 février 1990 quand il a vu à la télévision Nelson Mandela, septuagénaire grisonnant, quittant sa dernière prison, après 27 ans d'incarcération. Quatre pages ensuite disent l'inoubliable émotion individuelle et collective, le fameux 27 avril 1994, le jour des premières élections libres : « que mon pays attendait depuis des siècles ». « Des ondes de gaieté traversaient la foule ».Il dit l'émotion qui l'étreint à chacune de ses rencontres avec le grand homme Nelson Mandela. Mais la route est plus longue que prévu. Le nouveau régime d'Afrique du Sud est gagné par la « pourriture », la « stupidité », « la corruption ». André Brink n'a plus d'excuses pour les présidents Mbeki, Zuma et leurs ministres. Il les dénonce avec la même colère que leurs prédécesseurs blancs : « Tant que cela sera possible, je parlerai, je ne pourrai pas, je ne voudrai pas me taire »

Rappel : Mandela, l'homme du combat du peuple sud-africain pour sa libération - 6 déc. 2013 

 

 Cet article est le 28ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 18:30

Un rayonnement exceptionnel forgé dans la détention

Nelson Mandela a su créer les voies, certes difficiles, de la réconciliation nationale, dépassant l’indignation morale pour construire une vraie alternative politique. Oui, Mandela fut une très haute figure de l’histoire du 20ème siècle parce que son combat personnel a été celui de tout un peuple à qui il a su montrer la voie juste.  

Je fais mien ces propos de Marie-Françoise Bechtel, extraits de son communiqué, publié aujourd’hui au nom du Mouvement Républicain et Citoyen, après la mort de Nelson Mandela.

Mandela, l’homme du dépassement.

Je salue Nelson Mandela, une des plus grandes figures de la libération des peuples dont rien n’a pu vaincre l’acharnement à servir cette cause. Il a permis au peuple sud-africain de secouer le joug étranger, maintenu à travers les formes les plus intolérables du racisme institutionnel.
Au-delà même de cet immense combat, Nelson Mandela a su créer les voies, certes difficiles, de la réconciliation nationale, dépassant l’indignation morale pour construire une vraie alternative politique. Oui, Mandela fut une très haute figure de l’histoire du 20ème siècle parce que son combat personnel a été celui de tout un peuple à qui il a su montrer la voie juste.
Ceux qui ont eu la chance de l’approcher ont été frappés par son rayonnement, comme si les épreuves elles-mêmes avaient forgé un homme nouveau. Le jour où il a quitté sa prison après 27 années de détention et de combats, il est sorti la tête si haute que Le Times du Cap a écrit « King Mandela walks in the sun ». Comment mieux décrire ce rayonnement exceptionnel ? Adieu donc à un libérateur, fait par l’histoire et qui a fait l’histoire. Adieu et merci.

 

Coïncidence. J’ai été saisi de l’information, hier, de la mort de Mandela pendant que j’écoutais l’audio que m’avait remis lundi, Jennifer Low-Rouskov.

Jenny expliquait, le 23 décembre 2010, à la radio Pays d’Hérault*, ce que fut son parcours de jeune sud-africaine - née de parents d’origine celte écossaise, « zoulou blanche » parce qu’élevée par les zoulous dans la brousse - qui a été confrontée ensuite à l’apartheid, totalement incompréhensible pour la fillette habituée à jouer avec ses amies noires. Ayant appris le français à l’université (les noirs n’y avaient pas accès), elle a pu obtenir une bourse du consulat de France à Johannesburg pour faire des études de français à Paris (elle a fait la meilleure dictée, c’était le moyen de sélection). Elle est devenue professeur d’anglais à l’université de Paris et aussi, entre autres, à l’ENA (le président de la République doit en avoir le souvenir...).

* Cette émission a obtenu le prix de la meilleure émission de l'année de cette radio.

Plus récemment, Madame Low-Rouskov est intervenue au cours du Débat final du colloque de la Fondation Res Publica, le 14 octobre 2013. Voir Actes du colloque de la Fondation Res Publica: "L'exception culturelle". Elle conteste l’idée fort répandue que l’anglais doit être la langue universelle. Selon elle, chacun ne peut appréhender le monde que par sa propre langue. La traduction est indispensable pour communiquer.

Voici ses propos (ils ont été suivis d’applaudissements nourris), tels qu’ils sont rapportés dans les Actes du colloque :

 Jennifer Low-Rouskov

Je m’insurge contre l’idée que l’attractivité de la France dépende de l’utilisation de l’anglais.
D’origine sud-africaine, de langue anglaise, élevée dans une ferme au milieu de la brousse sud- africaine parmi les zoulous, je suis venue en France grâce à la lecture de Victor Hugo et de Rimbaud;
Je partage l’idée que la langue universelle est
la traduction.
Celui qu’on nomme “le diable” est peut-être victime de son école de commerce.
Je tenterai d’être claire et concise. C’est ce que la France m’a appris.
J’ai enseigné pendant plus de quarante ans à l’université à Paris, dans certaines grandes écoles de commerce et à l’E.N.A.
En Afrique du Sud, c’est quand les oppresseurs de langue afrikaans ont exigé des écoliers à Soweto d’apprendre les mathématiques en afrikaans qu’une révolte importante contre le régime de l’apartheid a commencé.
Je rends hommage à la France d’avoir traduit sitôt les romans d’André Brink. Ces romans ont eu une influence décisive dans la lutte contre le régime de l’apartheid.
L’Inde a subi deux cents ans de domination anglaise et c’est grâce à un groupe de poètes bengalis, prenant appui sur les textes du Veda en sanskrit, que le mouvement de libération de l’Inde a été déclenché.
Vive la France !

 

Lu dans la presse

Dix choses que je retiens de Nelson Mandela (Rue89, Pierre Haski, 5 décembre 2013)

« Mandela, un symbole qui a permis à l'Afrique du Sud de s'aimer » (Le Monde, Jean-Philippe Rémy, 6 décembre 2013)

Marwan Barghouti sur Nelson Mandela : "Je salue le combattant de la liberté, le négociateur et faiseur de paix" (l’Humanité, 6 décembre 2013)

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

 

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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 19:21

Articuler le militaire, le politique et l’économique au Sahel

 

Le tandem formé par les sénateurs Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre, et Gérard Larcher, ancien président du Sénat, rapporteurs du groupe « Sahel », mis en place par la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, est opérationnel (voir Chevènement et Larcher (Sénat) : 10 recommandations pour le Mali - 20 avril 2013).

 

Il vient de présenter un rapport sur la situation au Sahel (voir Sahel : Pour une approche globale).

Près de six mois après le début de l'intervention militaire au Mali, les soldats Français passent le relais, le 1er juillet, aux Casques bleus de l'ONU. Le succès éclatant des forces armées françaises et de notre diplomatie dans la gestion de la crise malienne ne doivent pas faire oublier qu'il convient désormais de traiter, dans le long terme, les racines profondes d'un demi-siècle de crises ayant conduit le Mali, jadis présenté comme un modèle de démocratie en Afrique de l'Ouest, au bord du gouffre.

Au-delà du Mali, les chocs multiples qui déstabilisent le Sahel (pauvreté, explosion démographique, montée de l'islamisme radical, trafics, terrorisme, piraterie...) appellent une réponse globale articulant sécurisation militaire, réforme de la gouvernance politique et promotion d'un développement économique à l'échelle régionale.

Brossant le tableau réaliste d'une région en crise, dont le centre de gravité terroriste se déplace vers le Nord Niger et le Sud Libyen, ce rapport formule une série de recommandations pour conforter la montée en puissance des capacités africaines de sécurité. Car « Nous n'en avons pas terminé avec le terrorisme au Sahel », comme l'affirmait, le 31 mai dernier, le Président de la République.

 

Voir aussi "L'opération menée au Mali a été un succès" - Jean-Pierre Chevènement était l'invité du 19 heures sur Public Sénat, mercredi 4 Juillet. Il répondait aux questions de Michel Grossiord sur la situation au Mali et au Sahel quelques mois après l'intervention Serval.

 

Chevènement Commer 301111 007 TLe quotidien Le Monde a publié, le 5 juillet 2013, un entretien de Nathalie Guibert avec Jean-Pierre Chevènement : Au Sahel, "le risque terroriste est sous-estimé"

 

La situation au Sahel est le sujet d'un rapport d'information très fouillé publié jeudi 4 juillet par les sénateurs Jean-Pierre Chevènement et Gérard Larcher, membres de la commission des affaires étrangères et des forces armées. Face à la menace terroriste, la France ne doit pas réduire son dispositif militaire en Afrique de l'Ouest, plaident les parlementaires.

Le Monde : Après l'intervention militaire française au Mali, rien n'est réglé au Sahel, dites-vous dans le rapport que vous avez coécrit avec votre collègue du Sénat Gérard Larcher. Quels sont les enjeux ?
Jean-Pierre Chevènement :
Autant nous pouvons dire que, jusqu'à présent, l'affaire du Mali a été menée de manière brillante, sur le plan militaire et diplomatique, autant les difficultés ne doivent pas êtres sous-estimées pour la suite. Le Sahel va réclamer des moyens très importants de la part de la communauté internationale. Il faut rester très attentif à cette région, car elle reste en marge de l'Afrique qui décolle, avec, en ligne de mire, une explosion démographique à venir – 50 millions d'habitants au Mali et autant au Niger à l'horizon 2020. Les questions de développement sont essentielles, pour répondre à terme à la menace terroriste. La question de la coordination de l'action internationale se pose. Il faut une approche large.

 

Le risque islamiste est sous-estimé. Il s'ouvre une madrasa supplémentaire chaque semaine au Mali. Des milliers d'écoles coraniques se sont déjà ouvertes en Mauritanie. Le Niger est aussi concerné.
Au Mali, on a découvert que le Mujao était bien enraciné dans les villages wahhabites de la boucle du Niger, qu'il n'était pas seulement un groupe de narcotrafiquants. On a sous-estimé ses adhérences locales avec les populations. Boko Haram au Nigeria a des connexions avec AQMI. L'implantation d'Al Qaida en Libye n'est qu'une question de temps. Il faut saisir les interconnexions entre l'Afrique de l'Ouest et le Maghreb.

Vous indiquez, comme le souligne le ministère de la défense français, que le sud libyen est "un trou noir sécuritaire", notamment le Fezzan, région à la frontière avec l'Algérie, le Niger et le Tchad. Sera-t-elle le prochain sanctuaire d'Al Qaida ?
Dans le sud de la Libye, vous avez des sanctuaires potentiels, le Tassili, le massif de l'Aïr, qui ressemble à l'adrar des Ifoghas du nord Mali, des passes, comme celle de Salvador vers le Niger et celle d'Anaï vers l'Algérie, et des villes où passent Mokhtar Belmokhtar comme beaucoup d'autres individus inscrits au fichier du terrorisme international. L'est et le sud libyen possèdent des caractéristiques "idéales" à l'instar du nord Mali il y a quelques années.

Vous insistez sur le rôle crucial de l'Algérie pour contenir le problème du terrorisme au Sahel, Alger ayant déployé quelque 6 000 hommes pour tenter de sécuriser ses frontières, notamment la passe d'Anaï. L'intervention au Mali a-t-elle fait progresser la coopération avec la France ?
Nos relations se sont beaucoup améliorées. Mais autant le gouvernement algérien est déterminé – il est évident qu'Al-Qaida est notre adversaire commun – autant l'opinion publique algérienne n'a pas intégré toutes les données du problème. Des soldats français qui quadrillent l'adrar des Ifoghas, ça rappelle des souvenirs. Mais l'ennemi est commun, et on a affaire à des durs prêts à tout. Les Algériens ont fermé leurs frontières, ils ont autorisé en grand nombre les survols de leur territoire pendant l'opération Serval, et ils nous ont fourni un appui logistique très important. Le pays a aussi proposé de former les armées des pays voisins, y compris au Mali où il l'a déjà fait, à Tessalit.

L'Algérie a une armée puissante. Dans cette région, il faut des unités opérationnelles, ayant l'habitude de travailler ensemble avec un état-major permanent et nous encourageons tout cela. Il ne faut pas faire de procès d'intention aux Algériens. Il y a certes le jeu traditionnel d'infiltration et de manipulation. Mais l'arbre ne doit pas cacher la forêt.

Vous craignez de voir les bases françaises réduites avec les contraintes budgétaires...
Nous craignons les baisses budgétaires. Avec l'opération au Mali, les forces pré-positionnées se sont révélées extrêmement importantes. Le centre de gravité de nos implantations militaires doit être déplacé de l'est de l'Afrique (sachant qu'au Moyen-Orient, ce sont plutôt les Etats-Unis qui sont chefs de file) vers l'ouest et le nord-ouest du continent. Les problèmes logistiques de l'opération Serval ont par ailleurs démontré que l'accès aux ports – Abidjan, Dakar – était décisif. Dans ce dispositif, il faut continuer de s'appuyer en outre sur des "nénuphars", des échelons plus légers, dans la bande sahélienne.

 

L’élection présidentielle au Mali est prévue le 28 juillet 2013. Voir Wikipédia : Élection présidentielle malienne de 2013

 

Cet article est le 26ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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20 avril 2013 6 20 /04 /avril /2013 16:33

La refondation démocratique du Mali n’est pas assurée

 

La guerre au Mali a été victorieuse pour les armées françaises et africaines (voir La France engagée en urgence dans une guerre pour protéger le Mali - 19 janvier 2013) mais il reste à gagner la paix.

 

La commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat a publié un communiqué présentant le rapport des sénateurs Jean-Pierre Chevènement et Gérard Larcher avant le débat qui aura lieu au Sénat le 22 avril 2013 afin d’autoriser la prolongation de l’intervention des forces armées au Mali.

Voir, sur le site du Sénat (17 avril) "Gagner la paix au mali" : les 10 recommandations de Jean-Pierre Chevènement et de Gérard Larcher et Jean-Pierre CHEVÈNEMENT et Gérard LARCHER (coprésidents du groupe de travail sénatorial sur le Sahel) sur le thème : « Mali : Comment gagner la paix ? » (Vidéo).

 

Intervention au Mali: 10 impératifs pour "gagner la paix"

Communiqué de la Commission des affaires étrangères du Sénat, mardi 16 avril 2013

 

Les sénateurs Jean-Pierre Chevènement (RDSE, Territoire de Belfort) et Gérard Larcher (UMP, Yvelines), co-présidents du groupe « Sahel », préconisent d’autoriser la prolongation de l’intervention des forces armées françaises au Mali (vote le 22 avril au Sénat), mais formulent 10 impératifs pour gagner la paix.

Leur rapport analyse les obstacles au désengagement français et au passage de relais aux casques bleus
. Rédigé après de nombreux entretiens, notamment à Bamako, il appelle à consolider d’urgence le processus de réconciliation malien. « Nous sommes inquiets pour le processus de réconciliation », déclarent les deux sénateurs. « Le dialogue avec le Nord, qui n’a pas commencé, est le nœud gordien de la reconstruction de l’Etat et de la refondation politique du Mali ». Les architectures de sécurité régionales (CEDEAO, Union Africaine) n’ont pas pu faire face, seules, à la menace. « Au Sahel, rien ne pourra se faire sans l’Algérie », considère Jean-Pierre Chevènement.

Il faut aussi offrir des revenus de substitution à une jeunesse désœuvrée que l’envolée du trafic en tout genre, notamment de cocaïne, la faiblesse de l’État et la déstructuration du pastoralisme nomade, au Nord Mali, ont jetés dans les bras du terrorisme. Au-delà de l’intervention militaire, la solution de long terme réside dans une approche globale à l’échelle du Sahel (développement, gouvernance, sécurité..), indispensable pour la conférence du développement du 15 mai à Bruxelles : « Ensemble pour le Mali ».

Gérard Larcher prévient, dans la perspective de la prochaine loi de programmation militaire : « Nos soldats ont fait un travail exceptionnel, sur un terrain particulièrement exigeant. Qu’aurait-on fait sans nos forces pré-positionnées en Afrique ? » Les deux co-présidents se retrouvent pour affirmer que « L’armée française doit être en capacité, à l’avenir, de conduire une opération comme Serval. Consacrer 1,5% du PIB à la défense est un plancher ».

 

Les 10 recommandations du rapport « Mali : Comment gagner la paix ? »

1- Le premier risque aujourd’hui serait l’enlisement du processus politique malien, qui serait un « scénario catastrophe ». Il faut aller aux élections, au moins présidentielles, dans les meilleures conditions possibles, d’ici fin juillet, quitte à « découpler » les législatives. Le deuxième risque est celui d’une absence de réconciliation qui obèrerait la refondation démocratique du Mali ;

2- Le zèle des autorités maliennes à promouvoir une véritable réconciliation n’est pas totalement avéré, surtout en période électorale. La lutte contre l’impunité et le dialogue avec le Nord sont pourtant les deux piliers pour refonder le pacte national malien. La commission « Dialogue et réconciliation » doit commencer à travailler. Il faut dépasser la « tentation du déni » et entamer le dialogue. La question de Kidal et celle du massacre d’Aguelhoc sont deux abcès de fixation qui doivent recevoir un traitement particulier ;

3- L’Etat malien est à reconstruire : armée, forces de sécurité, justice, et, au Nord, administration. De cet effort, ce pays n’a pas les moyens sans l’aide de la communauté internationale, il faut en tenir compte pour la conférence du 15 mai ;

4- Les facteurs de fragilité qui ont conduit à l’effondrement du Mali sont partagés par plusieurs États de la région. La réflexion pour lutter contre les défis de long terme doit engager l’Union européenne, englober l’ensemble du Sahel et s’attaquer aux causes structurelles (sous-développement économique, explosion de la démographie, trafic de drogue, problèmes de gouvernance …). Faute de quoi les forces de décomposition reprendront le dessus ;

5-
Le Conseil européen de décembre 2013, consacré à la défense, devra poser la question de la volonté politique
, dans la mesure où la solidarité européenne s’est trouvée « cantonnée » à la formation de l’armée malienne (outre un soutien bilatéral de certains alliés). Pour l’heure, la question du partage de l’effet, notamment financier, se pose, pour la prise en charge des intérêts stratégiques européens en Afrique de l’Ouest ;

6 - L’aide au développement, enjeu de la Conférence du 15 mai, pose quatre défis : la nécessité d’une approche globale, la coordination des bailleurs, la capacité d’absorption des Maliens et l’équilibre politique entre développement au nord et au sud du Mali ;

7- Serval, qui a démontré les capacités opérationnelles de nos forces armées, a aussi montré les limites de notre appareil de défense, aujourd’hui préservé par les déclarations du Président de la République (tendant à maintenir au même niveau qu’en 2013 le budget de la défense en 2014, soit 31,4 milliards d’euros) d’arbitrages budgétaires potentiellement dévastateurs et d’un déclassement stratégique.

8- Une réflexion complémentaire doit être lancée sur nos points d’appui en Afrique : le Livre Blanc de 2008 programmait un rétrécissement qui n’aurait pas permis, s’il avait été totalement mis en œuvre, d’intervenir au Mali dans les mêmes conditions. Cet enjeu sera-t-il pleinement traité dans le Livre Blanc de 2013 ? Comment maintenir notre empreinte et résister à la tentation du « hors sol » ? Faut-il rééquilibrer vers l’ouest le centre de gravité de nos points d’appui ? Il faut réfléchir à notre politique africaine de sécurité, reformulée autour de deux paradigmes : l’européanisation et l’africanisation, qui n’ont pas démontré, en l’espèce, leur solidité.

9- Les architectures de sécurité régionales n’ont pas été en mesure de faire face à la menace. Une réflexion doit être menée sur le renforcement de la « force africaine en attente », et sur une association de l’Algérie, Etat central pour la résolution de toute crise sécuritaire dans la région sahélienne. Rien ne pourra se faire sans l’Algérie, grande puissance militaire forte d’une armée de 300 000 soldats, qui connaît le terrorisme pour l’avoir subi pendant « les années de plomb » au prix de plus de 100 000 morts ; l’Algérie avec laquelle nous avons décidé d’écrire « une nouvelle page de notre Histoire » (déclaration du Président de la République à Alger le 21 décembre 2012), et dont les positions ont favorablement évolué depuis l’engagement de l’opération Serval et l’attentat de Tiguentourine près d’In Amenas ;

10- Il semble de plus en plus s’opérer un « couplage », via la contagion du terrorisme et du radicalisme religieux entre Maghreb, Machrek, Moyen-Orient et Afrique sub-saharienne. Une vision d’ensemble est nécessaire : il faut introduire de la cohérence dans notre approche face au continuum que peut représenter, dans une certaine mesure, l’islamisme politique, les différents courants salafistes et le « djihadisme » armé, (entendu comme l’action des groupes terroristes), dressé contre nos intérêts. Au djihadisme armé, il ne peut être répondu qu’au plan militaire, où il se place lui-même. Pour le reste, il faut distinguer entre l’islam et l’islam politique, qui détourne la religion à des fins politiques, pour bâtir un modèle de société où les valeurs républicaines (alternance démocratique, égalité hommes-femmes, etc…) ne trouvent pas forcément leur compte. Il est indispensable d’approfondir nos analyses sur les changements politiques dans le monde arabo-musulman.

 

Voir aussi : Guerre du Mali de 2012-2013 (Wikipédia) et La guerre au Mali (RTBF Info)

 

Cet article est le 25ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 23:00

L‘Afrique sahélienne est en état de légitime défense

 

Mes souvenirs du Mali - de Mopti et de Bamako, notamment - datent de 1969. C’était dans le cadre d’un voyage organisé par mes camarades étudiants de la 118ème promotion de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes (aujourd’hui Agrocampus). Un voyage d’un mois, en juillet-août 1969, partant du port de Marseille avec l’Ancerville, l’arrivée à Dakar puis l’accueil formidable au Mali et, enfin, la Côte-d’Ivoire et Abidjan, puis retour vers Marseille. Je pense à mes camarades maliens, que je salue, Daoule Diallo Ba, Modibo Diakite, Vincent Dembele et Moctar Toure.

 

 

Une guerre inévitable

 

C’était prévisible et programmé. Cette guerre au Mali était inévitable. Les combattants djihadistes s’étaient installés dans le nord sahélien du Mali. Ils ont voulu opérer par surprise en lançant une offensive visant à déstabiliser l’ensemble du Mali, pensant que les alliés du Mali n’étaient pas prêts à réagir. Mais la France a réagi au quart de tour et il le fallait. Sinon, Bamako courait le risque de tomber en quelques jours.

 

Le nord du Mali était devenu une région difficilement contrôlable, minée par les mouvements rebelles et terroristes. A travers une carte animée, "Le Monde" vous propose un décryptage de la situation géopolitique de ce territoire, désormais terrain de guerre de l'armée française.

Voir Le Monde, 18 janvier 2013 : Vidéo : la carte du Mali décryptée. Et aussi :

 

France Info (19 janvier 2013) : Pourquoi la France est-elle partie faire la guerre au Mali ?

Pascal Riché (Rue89, 12 janvier 2013) : Pourquoi la France entre en guerre au Mali

 

"L'enjeu n'est pas pour nous de conquérir un territoire, d'accroître notre influence ou de chercher je ne sais quel intérêt commercial ou économique, ce temps là est fini. En revanche notre pays, parce que c'est la France, doit venir en aide à un pays. Ce pays ami est l'un des plus pauvres du monde et il est victime depuis trop de mois, pour ne pas dire d'années, de ce terrorisme qui prend maintenant des formes de plus en plus redoutables", a-t-il poursuivi, répétant que "la France n'est pas seule". (François Hollande, Le Monde, 19 janvier 2013)

 

Le Mali, un Etat fragilisé, voire en déliquescence

 

Le Mali n’avait pas réussi à enclencher une trajectoire positive. Derrière une façade démocratique, la corruption politique était généralisée. Voir cet article, qui le disait à demi-mot : Dans le Mali démocrate, la jeunesse doute de l'avenir (Le Figaro, Thierry Oberlé, 28 mai 2010)

 

Le point de vue de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense*

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, lors du débat sur l'intervention française au Mali, mercredi 16 janvier 2013. Voir Vite et fort

 

(…) Certes la guerre est toujours haïssable, mais il est des guerres inévitables. Celle-là l’est, car elle répond à un souci de légitime défense non seulement de la part du Mali, mais aussi des pays d’Afrique sahélienne, y compris l’Algérie, et des pays européens clairement visés comme le nôtre par les menaces d’Aqmi .

Certes une solution politique partielle avec les groupes rejetant le terrorisme, eût été préférable, pour isoler les groupes terroristes et rétablir à moindre frais l’intégrité territoriale du Mali ce qui implique un modus vivendi durable entre les populations du Nord et du Sud du pays. Une telle perspective n’aurait pas dispensé, en tout état de cause, de réduire les éléments terroristes dans leurs repaires du Nord-Mali. Mais le choix d’Ansar El dine, groupe touareg fondamentaliste, et de son chef Lyad ag Ghali de rompre toute négociation avec le MNLA et de se joindre aux groupes terroristes que sont Aqmi et le Mudjao, pour menacer Bamako et mettre à bas la République et l’Etat du Mali, ont rendu caduque une telle perspective.

Il n’était tout simplement pas possible de laisser se constituer sur les décombres de la République malienne un sanctuaire du terrorisme au cœur de l’Afrique.

La réactivité exceptionnelle des forces armées françaises doit être saluée et hommage rendu à nos soldats tombés dans l’accomplissement de leur devoir, au service de la France.

On mesure à l’occasion de ces évènements l’intérêt des forces françaises pré-positionnées et l’erreur d’appréciation, que j’avais signalée lors de l’adoption du « Livre blanc », qui consistait à ne vouloir conserver qu’une seule base en Afrique de l’Ouest. Heureusement il restait encore quelques forces disponibles à Dakar, à Ndjamena et en Côte d’Ivoire
(…).

Au moment où le Président de la République, François Hollande, vient de déclarer, à Alger, le 20 décembre 2012, devant les deux chambres du Parlement algérien, vouloir « ouvrir une nouvelle page dans les relations entre la France et l’Algérie », il ne faudrait pas que ceux qui ne sont pas encore résolus à tourner la page, empêchent, par myopie, la construction au Sahel avec tous les pays riverains d’un espace pacifique et stable, durablement purgé du terrorisme. Celui-ci n’apporterait que malheur à la population de ces régions.

Nous comptons sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, sous l’autorité du Président de la République, pour bâtir un avenir partagé entre la France, l’Algérie et les pays africains amis. Cette vision politique est nécessaire pour résoudre les immenses problèmes qui se posent aujourd’hui à cette région, à commencer par celui de sa sécurité. Nous faisons confiance au gouvernement et à vous particulièrement, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, pour mettre en œuvre les médiations nécessaires, tisser les alliances, coordonner l’effort. Certes, c’est une tâche gigantesque mais le soutien du pays tout entier ne vous fera pas défaut si cet effort lui est convenablement expliqué dans toutes ses dimensions, comme nous n’en doutons pas vous concernant, et comme nous y encourageons l’ensemble du gouvernement.

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Sonia Mabrouk sur Public Sénat, le 16 janvier 2013.

"La France ne doit pas subordonner son calendrier à des aides qui viendront peut-être trop tard"

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, le 17 janvier 2003.

"Rien n'est possible concernant le Mali sans le concours de l'Algérie"

 

* Au Sénat, l’ancien ministre de la Défense est l’interlocuteur direct du gouvernement concernant cette guerre au Mali.

 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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2 juin 2012 6 02 /06 /juin /2012 21:51

Des indices concordants qui relancent l’enquête

L’enquête n’est pas arrivée à son terme mais les éléments nouveaux en provenance de l’ONU sont de nature à l’éclairer. « Un document, daté de 1994 et dont «Libération» publie la teneur, révèle la présence d’armes françaises dans l’arsenal rwandais et relance le débat sur les auteurs de l’attentat du 6 avril ».

Rwanda : des missiles qui pointent Paris (Libération, Maria Malagardis, 31 mai 2012)

 

Une fois de plus, elle ressurgit : l’une des plus grandes énigmes de l’histoire récente n’en finit pas de se rappeler régulièrement à notre mémoire à coups de nouveaux éléments, indices oubliés, pistes négligées. Qui a tué le président rwandais Juvénal Habyarimana le 6 avril 1994, lors d’un attentat spectaculaire resté non revendiqué ? Depuis dix-huit ans, cette question suscite des débats passionnés. Car même si l’attentat est le déclencheur et non la cause du génocide de la minorité tutsie, programmé de longue date, l’identité des commanditaires pèse forcément sur la lecture des événements.

 

Lynchage. Longtemps, c’est la thèse d’un attentat fomenté par les rebelles tutsis du FPR qui a dominé. Elle s’impose même dans les minutes qui suivent l’explosion de l’avion de Habyarimana dans le ciel de Kigali. Dès l’annonce de l’attentat, les proches du chef de l’Etat assassiné, sa famille et les barons du régime vont mettre en cause les rebelles et «leurs alliés naturels» au sein de la population, ainsi que les Belges, qui constituaient alors le principal contingent de Casques bleus occidentaux présents dans le pays. Résultat : après le lynchage de dix d’entre eux, les Casques bleus belges quittent le pays, livré du coup aux ultras du régime rwandais qui déciment systématiquement les Tutsis du pays. 800 00 morts en trois mois : c’est le plus fulgurant massacre jamais recensé. On comprend dès lors que l’attentat «déclencheur» suscite autant de curiosités. Et de blocages.

 

Hasard. C’est presque par hasard, dans le cadre d’une recherche historique, que Linda Melvern, journaliste britannique, tombe sur la fameuse liste évoquant la présence de missiles Mistral, dans les archives de l’ONU. Le document avait été adjoint et noyé au milieu d’un autre rapport. Pourquoi est-ce si important ? Parce que, depuis 1994, les anciens officiers rwandais inculpés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda n’ont cessé d’affirmer qu’aucun des leurs ne pouvait être mêlé à cet attentat, car ils ne possédaient pas de missiles. Les autorités françaises, qui les ont trop longtemps soutenus, formés et équipés, ont suivi le même raisonnement : sans arme, pas de crime possible. Mais alors, que viennent faire ces Mistral dans les stocks de l’armée rwandaise ? Et qui savait ?

Le troublant témoignage du sergent belge (Libération, Linda Melvern, 31 mai 2012)

Le 5 avril 1994, le Casque bleu Yves Teyssier aurait assisté aux préparatifs de l’attentat.

Outre la possession de missiles Mistral par les forces armées rwandaises, d’autres pistes demeurent encore inexplorées par la justice. Notamment des témoignages d’anciens Casques bleus qui, en avril 1994 se trouvaient incorporés au sein de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar), dans le pays à partir d’octobre 1993 pour veiller au respect des accords de paix signés entre le régime de Habyarimana et les rebelles tutsis du FPR.

Même si la hache de guerre était officiellement enterrée depuis août 1993, le partage du pouvoir et la mise en place des nouvelles institutions butaient continuellement sur les manœuvres dilatoires du camp présidentiel, peu pressé de céder ses prérogatives au FPR comme à l’opposition interne. En raison de ces reports constants, la situation était très tendue en ce début avril, marqué par des assassinats et des explosions de violences qui compliquaient la tâche de la Minuar.

 

Barrage. C’est dans ce contexte qu’Yves Teyssier, un para-commando belge en poste à Kigali en avril 1994, a vécu une situation singulière le 5 avril, soit vingt-quatre heures seulement avant l’attentat et le début des massacres. A l’époque, sa mission principale consiste à patrouiller autour de Kanombé, pour assurer une présence ostensible de l’ONU dans un périmètre stratégique. Car Kanombé n’est pas un endroit anodin à Kigali : c’est dans cette partie de la capitale que se trouvent la résidence du chef de l’Etat, l’aéroport, mais aussi le principal camp de la garde présidentielle. Jusqu’à cette fameuse soirée, les patrouilles auxquelles participait le sergent Teyssier s’étaient déroulées sans la moindre anicroche, malgré le climat tendu qui prévalait ailleurs en ville.

Ce soir-là, le convoi qui inspecte la zone de Kanombé se compose d’un petit camion avec neuf Casques bleus à bord et d’une Jeep. Sa patrouille est prévue pour durer deux heures, de 20 heures à 22 heures. La petite équipe se trouve déjà au niveau du camp de Kanombé quand on lui refuse l’accès aux routes à voie unique menant vers la vallée en contrebas. Un barrage a été curieusement érigé au milieu de la route, comme si on voulait dissuader toute intrusion. Les Casques bleus tentent bien de faire valoir le bien-fondé de leur mission, mais aucune discussion ne semble possible : les militaires rwandais restent intraitables.

 

Tranchées. A la porte principale du camp, Teyssier constate alors que des pièces d’artillerie viennent d’être installées, ainsi que des emplacements de mitrailleuses. Des soldats sont positionnés dans des tranchées fraîchement creusées. Sur le coup pourtant, les Casques bleus font demi-tour. Ils pensent peut-être avoir le temps d’analyser la situation les jours suivants.

Teyssier, pour sa part, est envoyé en mission dès le lendemain dans le nord du pays. C’est alors qu’il entend sur le réseau radio de la Minuar la voix d’un de ses collègues. Ce dernier se trouve en faction à l’aéroport de Kigali, plus précisément sur une plateforme du deuxième étage de l’ancienne tour de contrôle. Nous sommes le 6 avril et il vient de voir le premier missile manquer l’avion tandis que le second touchait sa cible, un peu en dessous de l’aile gauche. Le sergent Teyssier réalise que la situation dérape et repense à l’incident de la veille au camp Kanombé.

Si son témoignage a pu échapper jusqu’à présent aux juges Trévidic et Poux, en charge de l’enquête à Paris, son collègue de l’aéroport a été entendu par les services militaires belges dès 1994. Il affirmait alors déjà que les tirs provenaient du camp militaire de Kanombé. Bien avant que les experts des juges parisiens privilégient cette piste eux aussi.

Rwanda : un rapport de l'ONU pose la question du rôle de la France (Le Monde, Christophe Châtelot, 2 juin 2012)

 Rappel : Rwanda : premiers pas dans la recherche de la vérité sur le génocide - 25 février 2010 

 Le rapport de la commission rwandaise sur le génocide est contesté - 14 août 2008 

 

Cet article est le 23ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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12 mars 2011 6 12 /03 /mars /2011 23:16

Quelles sont les causes de ces mouvements de révolte ?

 

Ouragan de la liberté, aspiration des peuples à la démocratie : ces termes s’appliquent aux évènements qui changent en profondeur le monde arabe. Ils sont dans l’introduction du texte que publie Ignacio Ramonet dans Mémoire des luttes

Cinq causes de l’insurrection arabe

Quelles sont les causes de l’ouragan de liberté qui, du Maroc à Bahreïn, en passant par la Tunisie, la Libye et l’Egypte, souffle sur le monde arabe ? Pourquoi ces désirs simultanés de démocratie s’expriment-ils précisément maintenant ? À ces deux questions, les réponses sont de diverse nature : historique, politique, économique, climatique et sociale.

1. Historique. Depuis la fin de la Première guerre mondiale et l’implosion de l’Empire ottoman, l’intérêt des grandes puissances occidentales pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord a reposé sur deux constantes : contrôler les gisements d’hydrocarbures et garantir un foyer national juif. Après la Seconde guerre mondiale et le traumatisme universel de l’Holocauste, la création de l’Etat d’Israël en 1948 eut comme contrepartie, dans plusieurs États arabes libérés du colonialisme, l’arrivée au pouvoir de forces antisionistes (opposées à l’existence d’Israël) se réclamant de deux idéologies différentes : "militaro-nationaliste" en Egypte, Soudan et Yémen ; "socialiste arabe" en Irak, Syrie, Libye et Algérie.

Trois guerres perdues contre Israël (1956, 1967, 1973) finiront par conduire l’Égypte et la Jordanie à signer des traités de paix avec l’État juif et à s’aligner sur les États-Unis qui exerçaient déjà - dans le cadre de la Guerre froide - une influence décisive sur les pétromonarchies de la péninsule arabique, ainsi que sur le Liban, la Tunisie et le Maroc. De la sorte, Washington et ses alliés occidentaux maintenaient leurs deux objectifs prioritaires : le contrôle du pétrole et la sécurité d’Israël. En échange de quoi, ils garantissaient la permanence au pouvoir de cruels despotes (le roi Hassan II, le général Ben Ali, les généraux Sadate et Moubarak, les monarques saoudiens Fayçal, Fahd et Abdallah, etc.).

2. Politique. Dans les États du soi-disant "socialisme arabe" (Irak, Syrie, Libye, Algérie), sous les commodes prétextes de "lutte contre l’impérialisme" et de "chasse aux communistes", des dictatures de parti unique furent également établies, gouvernées d’une main de fer par des tyrans d’anthologie (Saddam Hussein, El Assad père et fils, et Mouammar el Kadhafi, le plus délirant de tous). Des autocraties qui garantissaient, par ailleurs, l’approvisionnement en hydrocarbures des grandes puissances et ne menaçaient pas vraiment Israël (quand l’Irak parut le faire, il fut immédiatement détruit). C’est ainsi que les aspirations démocratiques des sociétés arabes furent étouffées sous une chape de silence et de terreur.

Les vagues de démocratisation se succédaient pourtant dans le reste du monde. Les dictatures disparurent, dans les années 1970, au Portugal, en Espagne et en Grèce. Puis, en 1983, en Turquie. Après la chute du mur de Berlin, en 1989, l’Union soviétique et le "socialisme réel" de l’Europe de l’est s’effondrèrent. En Amérique latine, l’une après l’autre, toutes les dictatures militaires furent balayées dans les années 1990. Entre temps, à quelques encablures de l’Union européenne, avec la complicité des puissances occidentales (dont la France), les sociétés arabes demeuraient en état de glaciation autocratique.

Comme les despotes de cette région ne toléraient aucune forme d’expression critique, la protestation trouva refuge dans le seul lieu de réunion non interdit : la mosquée. Et autour du seul livre non censurable : le Coran. Ainsi se consolidèrent les islamismes. La doctrine la plus réactionnaire fut diffusée par l’Arabie saoudite avec l’appui de Washington et ses alliés qui y voyaient un argument pour maintenir les peuples arabes dans la "soumission" (sens du mot "islam"). Cependant, surtout après la "révolution islamique" iranienne de 1979, un islamisme politique allait s’épanouir qui trouvait dans les enseignements du Coran de solides arguments pour exiger la justice sociale et combattre la corruption des mœurs, le népotisme et la tyrannie. De ce tronc commun devaient naître plusieurs branches plus radicales, décidées à conquérir le pouvoir par la violence, la terreur et la "guerre sainte". L’une d’elles allait devenir Al Qaida...

Après les attentats du 11 septembre 2001, les puissances occidentales, avec la complicité des "dictatures amies" locales, trouvèrent une nouvelle raison de maintenir sous contrôle les société arabes : la peur de l’islamisme. Au lieu de comprendre que celui-ci était une conséquence de l’absence de libertés et de la multiplication des injustices, ils renforcèrent l’arbitraire, le despotisme et la répression...

3. Économique. Plusieurs États arabes ont subi récemment les répercussions de la crise globale démarrée en septembre 2008. Des milliers de travailleurs originaires de ces États, émigrés en Europe, ont perdu leur travail. Le volume des transferts d’argent à leurs familles demeurées au pays (qui constitue l’une des principales rentrées de devises, par exemple, au Maroc, en Tunisie, en Égypte...) a beaucoup baissé. L’industrie touristique (fondamentale aussi pour l’Egypte, la Tunisie, le Maroc et la Jordanie) s’est étiolée. Les cours des hydrocarbures (en hausse ces dernières semaines à cause de l’insurrection populaire en Libye) ont rebaissé ?

Simultanément, le Fonds monétaire international (FMI) imposait, notamment à la Tunisie, à l’Égypte et à la Libye, de sévères programmes de privatisation des services publics, des réductions drastiques dans le budget de l’État, une diminution du nombre des fonctionnaires... Des plans d’ajustement structurels venus détériorer davantage les conditions de vie des gens. Et dégrader surtout le statut des classes moyennes urbaines (celles qui ont accès précisément à l’informatique, au téléphone portable et aux réseaux sociaux) en menaçant de les faire replonger dans la pauvreté.

4. Climatique. Dans un tel contexte, en soi déjà explosif, se produisait, l’été dernier, dans une région éloignée du monde arabe, un désastre écologique. Mais la planète est une. Durant plusieurs semaines, la Russie, un des principaux exportateurs mondiaux de céréales, connut la pire vague de chaleur et d’incendies de son histoire. Conséquence : la perte d’un tiers de sa récolte de blé... Moscou décidait de suspendre l’exportation de céréales (qui servent aussi à nourrir le bétail) dont les cours allaient immédiatement grimper de 45%. Cette flambée se répercutant rapidement sur les prix des aliments courants : pain, viande, lait, poulet... Et provoquait, à partir de l’automne 2010, la plus importante augmentation des prix alimentaires depuis 1990. Et la seconde crise alimentaire mondiale en trois ans... Dans le monde arabe, importateur massif d’aliments, les manifestations contre la vie chère commencèrent alors à se multiplier...

5. Social. Ajoutez à tout ce qui précède : une population très jeune, fort nombreuse, largement scolarisée, éduquée et en partie diplômée. Des niveaux explosifs de chômage. Un accaparement des meilleurs postes par les proches des clans au pouvoir. Une impossibilité d’émigrer parce que l’Union européenne a blindé ses frontières et établi d’impudents accords avec les despotes locaux qui se chargent du "sale travail" de contenir les émigrants clandestins...

Il ne manquait qu’une étincelle pour incendier la prairie. Il y en eut deux. Toutes deux en Tunisie. D’abord, le 17 décembre 2010, l’auto-immolation par le feu de Mohammed Bouazizi, un chômeur-diplômé devenu vendeur ambulant de fruits, qui mit publiquement fin à ses jours en signe de dénonciation de la corruption et du népotisme. Ensuite, les spectaculaires révélations apportées par WikiLeaks et répercutées par les téléphones portables, les réseaux sociaux (Facebook, Twitter), le courrier électronique et la chaîne Al-Jazeera, sur la réalité du système de spoliation mafieux établi par le clan Ben Ali-Trabelsi.

Le rôle des réseaux sociaux devait se révéler déterminant. Ils ont permis le franchissement du mur de la peur. En permettant de savoir à l’avance que des milliers de personnes vont se rassembler pour manifester un jour J, à une heure H, dans un lieu L, les réseaux sociaux offrent la garantie qu’on ne se retrouvera pas tout seul à protester en s’exposant individuellement à la répression du système. L’historique succès de cette stratégie tunisienne de l’essaim allait ébranler le monde arabe.

Lire aussi le texte de Sami Naïr publié le 9 mars, concernant la Libye, sous le titre L’agonie d’une tyrannie ; Les femmes, actrices de l'ombre de la révolte en Libye (Maïté Darnault, Rue89, 12 mars) et Libye : Kadhafi jusqu'au bout face au mouvement de révolte du peuple - 25 février 2011. 

Cet article est le 22ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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