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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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25 mai 2012 5 25 /05 /mai /2012 22:37

Un profond désir de se différencier du reste du Canada

 

Le Québec est cette province du Canada qui entretient des liens amicaux et culturels forts avec la France, ce qui s’explique essentiellement par la langue et l’histoire en commun, mais pas seulement. Tout d’abord, il ne faut pas se fier à la très grande dimension de ce territoire car 10 % seulement est habitable et 1 % dans de bonnes conditions (les basses terres du Saint-Laurent, cette voie maritime étant le vrai cœur de la province, faisant le lien avec le continent et avec l’océan).

 

Vive le Québec libre ! (Voir Discours de Montréal ("Vive le Québec libre!"), 23 juillet 1967)

 

Vers l'indépendance tranquille - Voir cet article de Laurence Villaume, publié en septembre 1994 par Le Monde Diplomatique (à propos du livre de René-Marcel Sauvé). 

La marche vers l'indépendance du Québec est inéluctable (Tribune libre de Vigile.net, 18 septembre 2011, Gérald McNichols Tétreault). L’establishment du PQ (Parti Québécois) est dépassé par le mouvement citoyen indépendantiste.

Le Québec sera-t-il indépendant un jour ? (Débat du jour, Lapresse.ca, 24 avril 2012)

 

Les élections fédérales en 2011 ont confirmé la situation particulière du Québec, dont l’isolement est de plus en plus évident.

C’est la seule province canadienne qui a majoritairement des représentants progressistes au Parlement fédéral (voir Election fédérale canadienne 2011 : les conservateurs grands gagnants - 15 mai 2011). Donc, non seulement le Québec est la seule des dix provinces canadiennes à parler le français, mais c’est aussi la seule à être majoritairement de gauche. Les rapports entre le Québec et les autres provinces sont distendus. Tout se passe comme si le Canada cheminait tranquillement vers l’indépendance du Québec.

 

Le Québec attend de prochaines élections provinciales

Jean Charest (Parti libéral) est dans sa quatrième année de pouvoir (d’un 3ème mandat) qui s’achèvera normalement le 8 décembre 2013 mais le mandat de 4 ans sera écourté par le Premier ministre (les élections auront lieu avant la fin 2012), lequel a rappelé son directeur de cabinet des temps de crise… Le mouvement des étudiants prend de l’ampleur.

Québec : cent jours de manifestations étudiantes (Marianne2, Jules Fournier, 24 mai 2012)

  

Le mouvement étudiant contre la hausse des frais de scolarité au Québec           

            

Cent jours. Depuis plus de trois mois, les étudiants québécois sont entrés en résistance contre le gouvernement de Jean Charest au pouvoir depuis près de dix ans. En cause, l’augmentation des droits de scolarité à l’université : alors qu’ils sont gelés depuis vingt ans, le gouvernement libéral avait prévu de les augmenter de 75% dans les cinq prochaines années, les portant à 3793 dollars canadiens (2910 euros) par an.
Il n’en a pas fallu plus pour faire descendre les étudiants dans la rue. Le 22 mars, ils étaient près de 250 000 à manifester à Montréal, un petit carré rouge épinglé sur la veste en signe de protestation. Le 3 mai, après douze semaines de grève, les étudiants défilaient « en bobettes » (en sous-vêtements) afin d'incarner physiquement leur combat pour une plus grande transparence du gouvernement québécois
(…).

 

 

La loi 78 (liberticide) fait déborder le vase…

En fait, le mouvement a évolué depuis la contestation initiale de la hausse des droits de scolarité, à tel point que l’objet premier de la grande marche organisée pour marquer le centième jour du conflit n’était plus tant cette question-là que celle, plus globale, du droit à manifester en tant que tel. Après la démission de la ministre de l’Education, Line Beauchamp, le 14 mai dernier, le gouvernement libéral a décidé de serrer la vis en faisant voter une loi aux allures de déclaration de guerre (…).


La société québécoise semble aujourd’hui plus divisée que jamais. Si la population n’a pas toujours appuyé fermement les revendications étudiantes à leurs débuts, le gouvernement libéral a réussi le tour de force de se mettre une grande partie des citoyens à dos en se montrant incapable de gérer la crise et en faisant adopter cette Loi 78 qui fait l’unanimité - contre elle.

Répercussions sur le Canada

Dans un Québec habituellement paisible, où la révolution culturelle des années 1960 a duré dix ans et été qualifiée de Révolution tranquille, la violence du rapport de forces actuel interpelle. Certes, à l’aube des années 1970, quelques crises – sociales, politiques et institutionnelles – avaient secoué la Belle Province, mais la situation d’aujourd’hui semble inédite par son ampleur, par sa durée – par sa force.
Au-delà du Québec, quelles sont les répercussions sur le Canada ? Au printemps dernier, déjà, les élections générales avaient montré une fracture nette entre l’unique province francophone du pays, qui avait voté largement pour le Nouveau parti démocratique, progressiste, et le « ROC » (Rest of Canada), beaucoup plus conservateur. Déjà marginalisée au sein d’une fédération dont elle est la seule province à n’avoir pas ratifié la Constitution (les neuf provinces anglophones ayant trahi l’unique province francophone lors de la Nuit des longs couteaux en 1981), comment vont réagir les Canadiens, pétris d’une culture anglo-saxonne bien peu portée sur les conflits sociaux, face à cette explosion de la rue québécoise ?
A cet égard, les élections québécoises, qui devront avoir lieu d’ici à la fin de l’année, seront primordiales. Si les partis souverainistes (Parti québécois et Québec solidaire), qui sont aux côtés des manifestants aujourd’hui, parviennent à réunir une majorité à l’Assemblée nationale – pour la première fois depuis 2003 – le printemps érable pourrait bien avoir posé, rétrospectivement, les premières pierres de l’indépendance du Québec. Alors, le peuple québécois pourra exhumer avec fierté sa devise : «Je me souviens»

 

Voir aussi Les casseroles déferlent (Le Devoir.com, 25 mai 2012)

La manière forte n’est pas la solution ! (Le Devoir, 24 mai 2012)

Le "printemps érable" (Courrier international, 24 mai 2012)

 

Cet article est le 19ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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27 juillet 2011 3 27 /07 /juillet /2011 23:53

Obama remet la politique à sa place face à la finance

 

Empêtré dans des négociations ardues, le gouvernement américain dispose d'une semaine pour relever le plafond de sa dette publique. Sans quoi, il court le risque du défaut de paiement. Voir Le Monde, 26 juillet : Comprendre la crise de la dette américaine et Dette américaine : Barack Obama appelle à un "compromis juste"  

Philippe Béchade (La Chronique Agora) observe qu’une trentaine d’Etats de l’Union et des centaines de municipalités se rapprochent du défaut sur leur dette - voir La ville de Jefferson se met en faillite.

(…) Mais pendant que la presse anglo-saxonne continue de distiller le venin du doute au sujet de la solvabilité de la Grèce, elle détourne l’attention des marchés — mais pas la nôtre — de défauts de paiement avérés qui surviennent en plein coeur du territoire des Etats-Unis.

La capitale de l’Alabama, la ville de Jefferson (en hommage à l’un des pères de la Constitution américaine qui doit se retourner dans sa tombe), a fait faillite ce week-end. Les fonctionnaires de la municipalité ont été priés de ne pas se rendre à leur travail lundi matin ; les patrouilles de polices vont être réduites de façon drastique… Les armuriers et les spécialistes de la private security (alarme et télésurveillance) du comté se frottent déjà les mains : le spectre de l’insécurité est un formidable accélérateur des ventes. Les Etats-Unis recommencent enfin à ressembler à ceux des temps héroïques où la survie et la protection de ses biens reposait d’abord sur le maniement d’un six coups bien huilé.

Mieux vaudra pour les touristes en visite dans la région de la Bible Belt ne pas tomber en panne de GPS et perdre leur chemin le soir dans les faubourgs de Jefferson. Les milices d’autoprotection (les neighborhood crime watches) risquent d’avoir la gâchette facile s’ils repèrent des individus dont l’attitude leur évoquerait celle de maraudeurs. Et il y a désormais pénurie d’enquêteurs au bureau du shérif local pour vérifier s’il se produit des bavures à des heures tardives.

▪ Ce n’est pas le genre de considérations qui impressionne Wall Street. Il commence à se murmurer que les Etats-Unis pourraient très bien s’accommoder d’une perte du “AAA”. Cela provoquerait une petite tension sur les taux mais ne provoquerait pas d’apocalypse sur les marchés. Ils en sont d’ailleurs tellement convaincus que les principaux indices américains sont revenus en fin de semaine dernière à 1% de leurs sommets annuels… cela à moins de 10 jours d’un possible défaut de paiement que Tim Geithner continue d’estimer inenvisageable (…).

Wall Street espère à tout moment l’annonce de la conclusion d’un accord sur une extension de la dette américaine. Les rumeurs font état d’un possible compromis sur un montant de 2 700 milliards de dollars supplémentaires qui seraient compensés par une baisse symétrique des dépenses fédérales sur 10 ans (sans hausse de la fiscalité…“naturellement”).

Cela ne changerait pas la situation financière de la trentaine d’états de l’Union et de centaines de municipalités qui sont en situation de défaut sur leur dette. Les licenciements vont continuer, le pays va se délabrer, et la Fed (qui émet 99 milliards de dollars de dette cette semaine) y verra d’excellentes excuses de mettre en oeuvre de nouveaux stimuli pour la rentrée

Barack Obama contre Wall Street, le retour  

Alors que le Congrès nage en plein psychodrame politique sur fond de dette nationale, l'équipe de campagne de Barack Obama propose à ses supporters de réviser leur leçon de finance. Un an quasi jour pour jour après l'adoption du "Wall Street Reform and Consumer Protection Act", le président et candidat promet que les contribuables de Main Street ne seront plus jamais floués en cas de faillite à Wall Street.

 

Cet article est le 18ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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15 mai 2011 7 15 /05 /mai /2011 18:51

Le bloc québécois mis en échec par ce vote protestataire

 

L’élection fédérale canadienne, le 2 mai, n’a pas été beaucoup commentée en France dans la presse. Pourtant, ses résultats ont surpris et inquiété au Québec. J’ai posé la question à un ami québécois.  Voici sa réponse :

 

Les élections fédérales sont passées, je déplore l'élection de gouvernement MAJORITAIRE conservateur de droite (droite morale et droite religieuse). Notre système parlementaire est de modèle britannique, donc sans proportionnelle et sans date fixe. Durant les 4 dernières années il y a eu 2 gouvernements conservateurs minoritaires.

Après 20 ans de vote BLOC (parti souverainiste né en réaction au rejet de l'Accord du lac Meech (reconnaissance de la société distincte) qui devait être temporaire et qui était une coalition nationaliste de droite centre et gauche. Le bloc sous la gouverne de Gilles Duceppe est devenu un parti social démocrate.

 Les Québécois ont voté contre le statu quo, c'était un vote de ''ras le bol '' contre la classe politique québécoise (refus d’enquête publique sur des scandales de corruption, gaz de schiste... 3ième mandant de Charest au Québec). A défaut d’élection avant 2 ans au Québec, il s'est exprimé à Ottawa. C'était aussi un vote contre les conservateurs.

Le NPD (Nouveau Parti Démocratique) n'a pas de base au Québec. Le bloc nous répétait que nous devions empêcher l’élection d'un gouvernement conservateur majoritaire. Nous avons "jeté le bébé avec l'eau du bain". Mais il n’y a pas eu rejet de la souveraineté par ce geste. Ce n'est pas le lieu ou une telle chose se décide, les Québécois le savent.

Certains souverainistes souhaitaient même la fin du bloc à Ottawa, car victime de son succès, en situation de gouvernement minoritaire, nous aidions la fédération canadienne à "bien fonctionner" chaque fois que les demandes du Québec, défendues par le bloc, étaient considérées. Le bloc avait réussi a canaliser le vote de protestation depuis 20 ans, mais pas cette fois ci.

Les Québécois restent au centre et même "extrême centre", comme disent certains analystes (bien que les discours se polarisent un peu plus, avec des porte-parole plus médiatisés).

J’espérais un gouvernement minoritaire conservateur. Dans le contexte politique canadien actuel, j'ai même osé rêver au mieux à un gouvernement minoritaire de coalition : libéral (centre) et NPD (gauche), avec l’appui du bloc.
Le centre est miné ou encore hanté par les scandales de corruption et la gauche est mal organisée au travers de tout le Canada. Les 2 devraient travailler ensemble et s'unir pour contrer la droite, mais ils n’en sont pas encore là.

De plus, les conservateurs nous ont servi une leçon de politique. En ciblant leurs discours, leurs bases et leur électorat... Une redoutable machine, ils ont fait élire dans le reste du Canada 29 députés de plus qu'avant les élections. Ils ont un plan de match à long terme, ils n'y dérogent pas. Les conservateurs seraient majoritaires même sans leurs 6 députés au Québec sur 75. Le Québec est isolé, avec ou sans le bloc.
Suite aux résultats de l’élection, certains commentateurs de droite anglophone, forts du ressentiment contre les séparatistes, suggèrent même maintenant d'ignorer le Québec. Le RoC (Rest of Canada) est de plus en plus à droite, c'est là ma plus grande déception. S'il y a un constat à tirer, c’est celui-là.

 

Voir les Résultats de l’élection fédérale canadienne 2011 (Wikipédia) et Les élections fédérales canadiennes vues par l'Europe, dont ces deux articles :

Triomphe des conservateurs au Canada (Benoît Bréville, Le Monde Diplomatique, 6 mai)

Alors que l’organisation de nouvelles élections fédérales devenait inévitable, The Economist (26 mars 2011) ironisait sur la récurrence des scrutins législatifs au Canada – le troisième en cinq ans. « Nous y voilà encore », titrait l’hebdomadaire, avant d’ajouter : « Selon de récents sondages, les électeurs reconduiront probablement une Assemblée sensiblement identique : pourquoi les partis politiques canadiens se lancent-ils donc dans une telle bagarre ? » Les élections du 2 mai 2011 ont déjoué ces pronostics.

Le Parti conservateur du Canada (PCC) du premier ministre Stephen Harper, qui formait un gouvernement minoritaire depuis 2006, ce qui limitait sa marge de manœuvre (au point qu’il a été renversé par un vote de défiance), détient désormais, avec 39,7 % des voix, la majorité des sièges à la Chambre des communes (167 sur 308). Avec 102 députés (30,6 %), le Nouveau parti démocratique (NPD), d’inspiration social-démocrate, se classe deuxième et forme, pour la première fois depuis sa création, l’opposition officielle. Situé au centre de l’échiquier politique, le Parti libéral du Canada (PLC) n’a pu faire élire que 34 candidats (18,7 % des suffrages) ; il prend la troisième place et obtient ainsi les plus mauvais résultats de son histoire. Le Bloc Québécois (BQ) subit également une déroute sans précédent : le parti souverainiste ne possède plus que quatre sièges. Autre événement inédit, une représentante du Parti vert siègera à Ottawa.

Le succès de la candidate écologiste en Colombie Britannique, Mme Elizabeth May, relève surtout de l’anecdote. L’Ouest canadien, qui profite abondamment de l’exploitation des ressources naturelles, a, comme à son habitude, massivement voté pour le parti de M. Harper. Lequel avait fait campagne en dénonçant l’orientation écologique de ses concurrents, jugée néfaste pour l’économie et l’emploi.

Plus significatif est l’effondrement du BQ : les Québécois, qui lui avaient toujours accordé la majorité de leurs suffrages, ont cette fois désavoué la stratégie du parti souverainiste, implanté exclusivement dans la province francophone, et qui se trouve, depuis sa création en 1991, cantonné à un rôle d’opposition. Faut-il y voir un reflux de l’idée indépendantiste ? Ou le rejet d’une stratégie inefficace au niveau fédéral ?

En offrant au NPD plus de la moitié de ses députés (59 sur 75 sièges possibles), les Québécois ont misé sur un parti social-démocrate, fédéraliste certes, mais surtout susceptible de gouverner. Ils ont perdu. Bien que renforcés par ces élections, les néo-démocrates ne pourront pas s’opposer au programme annoncé par le PCC, majoritaire au Sénat et à la Chambre des communes : baisse d’impôts pour les entreprises, abolition du financement public des partis politiques, coupes dans les dépenses sociales pour réduire le déficit, assouplissement des restrictions sur les armes à feux, durcissement du Code criminel, etc.

Le « Parti républicain du Nord » s’est donné cent jours pour mettre en œuvre ce programme qui rappelle un peu celui de l’ancien président George W. Bush.

Les valeurs américaines guideront un Canada divisé (Pierre-François Besson, swissinfo.ch, 6 mai)

Un Canada gouverné très à droite, un Québec qui se retrouve plutôt dans le parti de l’opposition officielle, les résultats des élections législatives canadiennes suscitent l’inquiétude de la double nationale Laure Waridel, sociologue et militante au Québec, doctorante à Genève.

 

Cet article est le 17ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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3 mai 2011 2 03 /05 /mai /2011 23:36

Les échéances économiques et financières, difficiles pour Obama

Jean-Pierre Chevènement, dans le « 22h » de Public Sénat, le 2 mai, a eu ce commentaire à propos de la mort de Ben Laden "Pour Barack Obama c'est formidable, cela va lui permettre de se retirer d'Afghanistan sans perdre la face". 

De son côté, Julien Landfried, dans Ilovepolitics.info, la communication politique américaine vue de France, hier, présentait la photo des dirigeants américains pendant le déroulement de l’opération commando au Pakistan : Mort de Ben Laden: la Maison Blanche publie des photos d'Obama dans la "Situation Room" . Voir aussi les réponses de Rue89 aux questions relatives à cette opération : Exécution de Ben Laden : les questions que vous vous posez (Rue89, 2 mai).

Le 28 avril, Ilovepolitics.info rapportait la petite phrase de Barack Obama à ses supporters: il est "temps de recommencer".

 

Toutefois, les perspectives d’évolution de l’économie sont franchement inquiétantes, si l’on est attentif aux observations de Philippe Béchade. Celui-ci rédige depuis dix ans des chroniques macroéconomiques quotidiennes ainsi que de nombreux essais financiers. Intervenant quotidien sur BFM depuis mai 1995, il est aussi la 'voix' de l'actualité boursière internationale sur RFI depuis juin 2002. Analyste technique et arbitragiste de formation, il fut en France l'un des tout premiers 'traders' mais également formateur de spécialistes des marchés à terme. Rédacteur aux Publications Agora, vous trouvez chaque jour ses analyses impertinentes des marchés dans La Chronique Agora. Voici ses deux chroniques les plus récentes.

 

La Fed fait pleuvoir une avalanche de dollars pour contrer les tornades du Middle West (2 mai)

(…) Nous avons le sentiment d'assister à un scénario de type tsunami. Les cambistes qui aperçoivent au loin une crête écumante partent chercher refuge sur les hauteurs (des matières premières)... tandis que les spécialistes des actions foncent ramasser les coquillages qui ne sont jamais découverts en temps normal ; ils se fichent de ceux qui quittent précipitamment la plage en laissant sur place les chaises longues et la glacière.

Depuis quand un mur de liquidités de 3 000 milliards de dollars devrait-il effrayer les gérants de portefeuilles ? C'est au contraire une occasion inespérée de sortir le surf et d'en jeter plein la vue aux chroniqueurs de la Chronique Agora !

Nous regardons le spectacle qu'ils nous offrent avec intérêt, car au bout du rivage se dresse une muraille de défiance vis-à-vis du dollar dont le sommet se perd dans les nuages... Les Chinois n'en veulent plus, les Russes non plus.

Les traders de Wall Street savent-ils effectivement surfer sur les promesses d'argent éternellement gratuit de Ben Bernanke ? En tout cas, nous leurs conseillons d'apprendre en plus à voler (pas leurs clients) au-dessus des vagues (de dégagement sur le dollar) qui ne vont pas tarder à emporter la crédibilité de la Fed comme une tornade de force cinq emporte les toitures dans le MiddleWest.

 

La mort d'Oussama ben Laden fait grimper l'indice VIX (3 mai)

 (…) Parmi les éléments d'actualité, systématiquement évacués des commentaires de fin de séance depuis 10 jours, il y a la question non résolue du relèvement du plafond maximal de la dette publique (fixé à 14 294 milliards de dollars).

Il sera atteint dès le 16 mai. Une hausse opportune des recettes fiscales (grâce aux taxes sur les groupes pétroliers) a conduit le gouvernement à repousser jusqu'au 2 août la date fatidique où le pays pourrait faire défaut sur certaines obligations. Cela se produira si le Congrès des Etats-Unis ne trouve pas un compromis dans les 15 jours qui viennent -- les positions des démocrates et des républicains apparaissent à ce jour inconciliables.

Le secrétaire d'Etat au Trésor, Timothy Geithner, prend les devants pour rassurer les créanciers. Il a annoncé la suspension de l'émission de toute une série d'emprunts destinés à financer les collectivités locales, déjà exsangues depuis la faillite des monoliners [les réhausseurs de crédit chargés de garantir certains emprunts, notamment ceux liés aux subprime, NDLR].

Ce sont donc des milliers de fonctionnaires qui ne seront plus payés, des centaines de millions de dépenses d'équipement ou de réparation qui ne seront plus honorées. Cela risque probablement d'accélérer l'état de délabrement social et matériel de nombreuses villes et régions.

Voilà une spirale négative qui risque de se perpétuer jusqu'à fin 2012, tant les républicains semblent déterminés à raboter tous les budgets à connotation sociale (anéantir Medicare) et à mettre l'Etat au régime sec.

L'une des seules issues serait la privatisation de nombreux services publics, à commencer par la santé. Ce serait le moyen privilégié de se débarrasser -- sans légiférer de façon trop stigmatisante -- de Medicare, la réforme phare de l'administration Obama qui garde une certaine popularité car elle sauve des vies.

Des milliers de vie, mois après mois... Un montant qui devrait frapper les esprits ultra-conservateurs les plus obtus, en ce jour où l'Amérique rend spontanément hommage aux 3 500 victimes du 11 septembre 2001.

Cet article est le 16ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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16 janvier 2011 7 16 /01 /janvier /2011 20:47

Un Etat inexistant et des institutions internationales discréditées

 

Haïti, victime d’un séisme le 12 janvier 2010, faisant près de 300 000 morts (voir Séisme Haïti : l'histoire de ce pays peut l'aider à construire son avenir - 20 janvier 2010) ne s’est pas remis de cette catastrophe. Un an plus tard, ce pays vit encore sous les décombres. Pour comprendre, il faut bien connaître L'histoire d'Haïti (Jean Matouk, Rue89, 15 janvier 2010).

 

L’ancienne « perle des Antilles » qui enrichissait la France mérite qu’on lui accorde notre attention.

La proposition de Régis Debray était de faire Haïti "pupille de l'humanité" (Le Monde, 19 janvier 2010). Le porte-parole du comité indépendant de réflexion et de propositions sur les relations France-Haïti écrivait :

(…) Ne serait-ce pas à la France, concernant Haïti, de prendre l'initiative ? Non pas parce qu'Haïti, très ancienne colonie française, a fait la fortune de Nantes et de Bordeaux. Ni même parce que ce pays paria lui a versé en francs-or, chaque année et pendant plus d'un demi-siècle, jusqu'en 1883, des indemnités destinées aux anciens propriétaires d'esclaves.
Nous ne sommes pas dans une logique de dette et de réparation, tournée vers le passé, sans fondements juridiques sérieux. Il s
'agirait ici d'une logique d'avenir, tournée vers l'entrecroisement des intérêts bien compris et un sens partagé des responsabilités morales.
Après tout, la République n
'a-t-elle pas (encore) en 2010 le mot "fraternité" inscrit sur ses frontons ? Et ne trouve-t-on pas (encore) dans nos grimoires ces mots étranges d'un certain et bien oublié général, nommé de Gaulle : "Il y a un pacte vingt fois séculaire entre la grandeur de la France et la liberté du monde"

 

Les critiques pleuvent sur les conditions dans lesquelles s’est engagée la reconstruction.

Voir Haïti : Tenez vos promesses ! (Le Monde, point de vue de Médecins du monde, 7 décembre 2010). Les Haïtiens ne survivent que grâce à l'aide extérieure mais la reconstruction promise, et tant attendue, est en panne.

L'imposture des Nations unies en Haïti (Le Monde, point de vue de Jean-Philippe Belleau, 31 décembre 2010). Rien ne semble ressortir du milliard de dollars consommé chaque année par la mission onusienne pour la paix en Haïti, si ce n'est un discours d'autolégitimation et d'autosatisfaction (…).

Les Nations unies ne sont pas, et de loin, les seuls responsables ; mais, à l'heure du bilan, force est de conclure que la solution est ailleurs. Qui croît donc qu'il peut y avoir une quelconque sortie de la pauvreté extrême, du naufrage, sans Etat, sans institutions, sans infrastructures ? Il manque la plus importante des infrastructures, un Etat. Depuis cinquante ans, celui-ci a constamment et consciemment été détruit par les gouvernants haïtiens eux-mêmes comme par une aide internationale soumise aux idéologies du jour et à sa propre incompétence. Le premier des droits de l'homme ne serait-il pas le droit d'avoir un Etat ?

  

Un chanteur canadien d’origine haïtienne, Luck Mervil, veut réaliser son projet de construction de villages.

Voir Modifié, le projet Vilaj Vilaj fait son chemin (Le Devoir, 12 janvier).

«Il ne nous manque que de l’argent», a-t-il lancé hier. Le projet de l'organisme Vilaj Vilaj de construire sept villages en Haïti fait son chemin. Et le comédien et chanteur Luck Mervil, qui l'a créé, annonçait hier qu'ils allaient en commencer le prototype dès le mois de février, dans la région de Paillant, pas très loin de Port-au Prince.
Vilaj Vilaj a pour but de construire des villages sur un territoire à ce jour à peu près inhabité en Haïti. Celui de la région de Paillant pourrait d'abord abriter quelque 5000 personnes, mais on n'
exclut pas que sa population puisse un jour atteindre quelque 25 000 personnes.

Les villages conçus par Vilaj Vilaj sont prévus pour posséder de l'électricité, de l'eau potable, bien sûr, mais aussi des écoles et des centres de santé. Pour ce qui est de la gestion des écoles, il faudra cependant s'assurer de la coopération du gouvernement en place, rappelle Luck Mervil. L'éclairage utilisé permettrait de produire un éclairage de 100 watts avec seulement 4 watts. Le ciment antisismique utilisé est pour sa part conçu par Patrick Paultre, un Haïtien d'origine enseignant à l'
Université de Sherbrooke.
Le projet prévoit également un programme de formation des citoyens pour qu'ils participent eux-mêmes à l'élaboration de leur village, qui sera géré comme une coopérative. Ses habitants paieront un loyer pour résider dans leur maison, mais une partie de ce loyer sera accumulée pour que les habitants touchent un bénéfice en cas de hausse du prix de leur maison. On préférera utiliser des matériaux locaux plutôt que de les importer, pour favoriser ainsi la création d'
emplois.
«Il ne nous manque que de l'argent», lançait hier Luck Mervil au moment de lancer son projet, tout en énumérant la longue liste des entreprises et des institutions qui ont déjà poussé à la roue pour assurer la bonne marche du projet, d'Air Canada à la Fondation Paul-Gérin-Lajoie, en passant par Vidéotron et l'Université de Sherbrooke. L'organisme Vilaj Vilaj prévoit aussi exporter son expertise dans différents pays du monde, dont l'Afrique du Sud.

Le projet de la Fondation Vilaj Vilaj, selon Luck Mervil, son président et fondateur

La Fondation Vilaj Vilaj s’inscrit dans la perspective d’un renouvellement des pratiques de coopération internationale visant la lutte contre la pauvreté. L’initiative a été en gestation depuis plusieurs années, mais elle a trouvé une raison d’être logique après le séisme du 12 janvier 2010 qui, en quelques secondes, a provoqué d’innombrables pertes de vies humaines et la destruction d’une partie importante du cadre bâti.

La Fondation travaille à élaborer et exécuter des programmes de construction de villages à travers le monde. La Fondation a choisi de commencer son premier projet en Haïti à cause de l’urgence et de la précarité qui sévit dans ce pays suite au séisme.

Notre intervention vise à intégrer des actions simultanées au niveau du développement économique, social et culturel. Notre axe principal d’intervention est l’habitation par la création, de villages modernes et de quartiers intégrant les techniques et les technologies les plus récentes en matière de construction. L’initiative vise ainsi l’amélioration du cadre et des conditions de vie des personnes en situation de pauvreté dans les pays en voie de développement.

Ce projet vise essentiellement la décentralisation et la déconcentration des centres urbains qui demeurent l’une des préoccupations majeures en Haïti depuis le séisme.

Ce projet se réalisera dans la localité de Paillant (département des Nippes). La sélection du site est le résultat d’un processus basé principalement sur certains critères de base. Le premier critère de sélection est scientifique: répertorier les différentes régions du territoire haïtien dans lesquels les risques sismiques, d’inondations et de catastrophes écologiques sont les plus faibles. Aussi, s’y ajoute la proximité aux infrastructures, qui seront importantes pour favoriser le développement économique, social et environnemental.

Ce projet est le résultat d’une démarche démocratique issue de des consultations publiques auprès des communautés locales. Le projet prévoit la construction d’un premier village visant à accommoder une population d’environ 5 000 personnes, tout en y créant une dynamique sociale et économique viable. La construction du village provoquera des activités de formation intensive dans plusieurs domaines. Des concepts d’agroforesterie et tout un ensemble de considérations écologiques et environnementales seront priorisées et pratiquées. Le village sera autosuffisant en termes d’infrastructures, d’énergie et de ressources. La pratique des notions de participation citoyenne et de gouvernance démocratique y sera encouragée. Le village doit fournir à ses occupants la capacité de travailler, de s’éduquer, d’élever leurs enfants, de se soigner, de se nourrir et de se divertir tout en participant activement à l’évolution de leur communauté.

Cet article est le 15ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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23 décembre 2010 4 23 /12 /décembre /2010 18:13

Un Etat impuissant et effondré, enlisé dans la violence

 

Depuis mon adhésion à l’association Solidarité Entraide Mexique* (SEM 53), dès sa création en 1991, ce pays ne m’est pas indifférent car je le connais par l’intermédiaire des récits d’Alain Maisonneuve et de la rédaction du bulletin. Dans celui du 25 octobre 2010, on apprend que c’est un curé turbulent qui est à l’origine de la révolte qui a conduit à l’indépendance (voir ce qu’en dit Wikipédia Mexique).

 

Il y a cent ans, selon Wikipédia, c’était la Révolution mexicaine, dont le début est fixé officiellement au Mexique au 20 novembre 1910 (…). Ignacio Ramonet, ancien directeur du Monde Diplomatique, a publié en décembre, dans le cadre de l’association « Mémoire des luttes », une chronique qui complète ce qui avait été dit lors de la soirée organisée par la SEM 53 le 19 novembre 2010 (* voir SEM 53 : l'histoire de l'immigration aux USA par la frontière mexicaine - 8 décembre 2010). Voici ce texte.

 

Le Mexique en guerre

Le 20 novembre dernier, le monde a célébré le centenaire de la révolution mexicaine, première grande révolution sociale du XXe siècle. Une épopée populaire conduite par deux légendaires héros, Emiliano Zapata et Pancho Villa qui ont conquis, pour les ouvriers et les paysans, des droits sociaux jusqu’alors impensables, généralisé l’éducation publique, gratuite et laïque, et imposé une réforme agraire.

Formidables conquêtes, largement rognées ensuite et dilapidées par les présidents successifs du Mexique. Au point que, à cent ans de distance, la situation serait "analogue, en bien de domaines, à ce qu’elle était en 1910 : scandaleuse concentration de la richesse et abyssaux reculs sociaux ; détournement de la volonté populaire ; atteintes au droit du travail et aux libertés syndicales ; piétinement des garanties individuelles par l’autorité ; perte de souveraineté devant les capitaux internationaux, et exercice distant, oligarchique, patrimonial et technocratique du pouvoir."

A ce déprimant catalogue, s’ajoute une guerre. Ou plutôt, trois guerres : celle que se livrent entre eux les différents cartels des narcotrafiquants pour le contrôle de territoires ; celle des groupes Zetas (organisations mafieuses constituées par d’anciens militaires et d’anciens policiers) spécialisés surtout dans les enlèvements et les exactions contre la population ; et celle des militaires et des forces spéciales contre les civils.

Ces guerres, dont les médias internationaux parlent peu, sont extrêmement meurtrières. Le nombre de morts violentes qu’elles provoquent est bien supérieur, par exemple, à celui des soldats occidentaux tués depuis 2003 dans les deux guerres d’Irak et d’Afghanistan... Sous la pression de Washington, le président Felipe Calderon a lancé son "offensive contre les trafiquants de drogue" il y a quatre ans. Depuis, on compte près de 30 000 morts...

Le Mexique ressemble de plus en plus à un "Etat effondré" enlisé dans un piège mortel. Toutes sortes de matamores en armes paradent à travers le pays : des forces spéciales de l’armée et des commandos d’élite de la police ; des bandes de paramilitaires et de parapoliciers ; des clans de tueurs à gages de tout acabit ; des agents américains du FBI, de la CIA et de la DEA ; et enfin les Zetas qui s’acharnent en particulier contre les migrants centraméricains et sud-américains en route vers les Etats-Unis. Ils se sont rendus tristement et mondialement célèbres après le massacre de 72 migrants (enfants, femmes, hommes) découvert le 24 août dernier dans l’Etat de Taumalipas.

Chaque année, environ 500 000 Latino-américains traversent le Mexique en direction du "paradis nord-américain". Mais avant de l’atteindre, leur parcours n’est qu’un enfer hallucinant. Des hordes successives de prédateurs les dépouillent, les volent, les séquestrent, les violent... Huit femmes migrantes sur dix sont victimes d’abus sexuel ; nombre d’entre elles sont réduites à l’état de "servantes esclaves" des bandes criminelles, ou contraintes à la prostitution. Des centaines d’enfants sont arrachés à leurs parents et obligés de travailler dans les champs clandestins de cannabis.

Des milliers de migrants sont enlevés. Pour les libérer, les Zetas réclament à leurs familles (demeurées au pays ou déjà installées aux Etats-Unis) le paiement de rançons. "Pour les organisations criminelles, il est plus facile de séquestrer pendant quelques jours une cinquantaine d’inconnus qui leur rapporteront entre 300 et 1500 dollars chacun, que prendre le risque d’enlever un grand patron."

Si nul ne peut payer la rançon du migrant enlevé, il est tout simplement liquidé. Chaque cellule locale des Zetas possède son propre "boucher" (sic) chargé de décapiter et de dépecer le corps des victimes, et de les brûler dans des bidons métalliques. Au cours de la dernière décennie, quelque 60 000 migrants illégaux, dont les familles ne purent s’acquitter de la rançon, ont ainsi été "disparus"...

Une telle violence sauvage, concentrée naguère dans quelques villes, notamment Ciudad Juarez, s’est désormais étendue à l’ensemble du pays (à l’exception, il faut le souligner, de la capitale fédérale, Mexico). Washington en est venu à qualifier officiellement le Mexique de "pays dangereux" et a ordonné à ses fonctionnaires consulaires de plusieurs villes - dont Monterrey, la capitale industrielle et financière -, de rapatrier leurs familles.

Le président Calderon annonce régulièrement des succès dans la lutte contre les organisations criminelles ainsi que l’arrestation d’importants chefs de cartels. Il ne cesse de se féliciter d’avoir eu recours aux forces armées. Un sentiment que beaucoup de citoyens sont loin de partager. Car, dépourvus d’expérience dans ce genre de combat, les militaires multiplient les "dégâts collatéraux" et les "bavures", et tuent par erreur des centaines de civils...

Par erreur ? Récent lauréat du Prix des droits humains Robert F. Kennedy, attribué par une Fondation américaine, Abel Barrera Hernandez ne le pense absolument pas. Au contraire. Il estime que l’Etat profite de la guerre contre la drogue pour liquider la contestation sociale : "Les victimes de cette guerre - accuse-t-il - sont les gens les plus vulnérables : les indigènes, les femmes, les jeunes. On se sert de l’armée pour intimider, démobiliser, terroriser, faire taire la protestation sociale, la désarticuler et criminaliser tous ceux qui luttent pour le respect de leurs droits."

De son côté, l’Administration Obama considère que le bain de sang qui submerge le Mexique constitue un danger pour la sécurité des Etats-Unis. La chef de sa diplomatie, Hillary Clinton, n’a pas hésité à déclarer : "La menace que représentent les narcotrafiquants est en train de se transformer ; ceux-ci s’associent de plus en plus à des groupes d’insurgés politiques (...). Le Mexique commence à ressembler à la Colombie des années 1980."

En clair, cela signifie que Washington à l’intention de s’impliquer davantage dans les affaires intérieures de son voisin du sud. La possibilité d’un coup d’Etat militaire, impensable depuis la fin de la révolution mexicaine en 1920, n’est plus à écarter. Le pouvoir mexicain (corrompu et méprisé) n’a cessé de marteler ces dernières années que les forces armées étaient la solution aux désordres et à la violence. Résultat : de plus en plus de citoyens semblent se résigner à ce que les militaires prennent finalement les choses en main... Une solution que le Pentagone encourage sans doute en sous-main, malgré la rhétorique "démocratiquement correcte" du Département d’Etat et de la présidence.

Une éventuelle dictature militaire résoudrait-elle pour autant le problème ? Certainement pas. Car les Etats-Unis sont les principaux responsables de ces guerres mexicaines. Ils sont les opposants les plus intransigeants à la légalisation des drogues. Et les fournisseurs d’armes presque exclusifs (à 90%) de tous les combattants ; aussi bien des cartels mafieux et des Zetas, que de l’armée et des forces de police... Ils sont de surcroît la principale "narcopuissance" mondiale : producteurs massifs de marihuana et premiers fabricants de drogues chimiques (amphétamines, ecstasy, etc.).

Ils sont, surtout, le premier marché de consommation de la planète avec, notamment, plus de sept millions de cocaïnomanes... Les mafias américaines sont celles qui retirent le plus grand bénéfice du trafic de stupéfiants : environ 90% des profits totaux, soit quelque 45 milliards d’euros par an... Alors que l’ensemble des cartels de toute l’Amérique latine ne se partagent que le 10% restant... Au lieu de donner de (piètres) conseils au Mexique, Washington ne ferait-il pas mieux de livrer enfin une guerre décisive contre ses propres mafias ?

Cet article est le 14ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 17:11

La terre promise des migrants qui traversent le Mexique

 

SEM-53-migrants-19-11-10-002-T.jpgL’association Solidarité Entraide Mexique (SEM 53) a été créée en 1991 avant le départ de Alain Maisonneuve au Mexique. Elle a pour but de

-          diffuser l’information qu’il transmet de son expérience au Mexique,

-          proposer une réflexion sur les questions latino-américaines,

-          collecter des fonds pour soutenir des causes humanitaires au Mexique,

-          favoriser des relations franco-mexicaines, jumelages scolaires, par exemple…

Dans un article paru dans Ouest-France (Mayenne) le 6 septembre 1991 sous le titre « Un prêtre mayennais à la frontière Mexique - Etats-Unis », G Bellanger présentait le parcours personnel du natif de Château-Gontier (1935). Alain Maisonneuve avait été pendant 21 ans aumônier de collèges et de lycées de l’enseignement public à Laval. Il expliquait sa décision de partir au Mexique (parce qu’il parle espagnol) dans le cadre d’un contrat de trois ans, renouvelable, avec l’évêque de Monterrey, 3ème ville du Mexique, située au nord-est, non loin de la frontière avec les USA.

Sa mission concernait, au départ, les étudiants de cette ville, mais elle évoluera. Son intention était de rester 9 ans au Mexique, ce qu’il a fait (6 à Monterrey, 3 à Mexico). Par la suite, il est resté en contact avec ses amis mexicains et a effectué plusieurs séjours dans son pays d’adoption. Il continue d’y retourner tous les 2 ans, pour 2 ou 3 mois chaque fois. Entre temps il maintient le contact par internet et téléphone.

 

L’association SEM 53, présidée par Romain Gloria, a maintenu les liens entre la France et le Mexique, par l’intermédiaire des récits (publiés par le bulletin) de celui qui en est l’animateur principal, Alain Maisonneuve.

Dans le bulletin du 28 octobre 2008, on pouvait lire cette description concernant les migrants centre-américains au Mexique.

 

Les mafias mexicaines contre les migrants*

 

200 000 migrants originaires d’Amérique centrale tentent, chaque année, de traverser le Mexique. Ils viennent en majorité du Guatemala et du Honduras, en train afin d’éviter les multiples barrages qui jalonnent les itinéraires des bus. Ils rencontrent une quantité au moins égale de sans papiers expulsés des Etats-Unis.

Ces Centre Américains sont des proies faciles pour les mafias mexicaines, dans un réseau inextricable de complicité des polices locales avec les bandes du crime organisé. La plupart portent des vêtements offerts par des œuvres caritatives, car ils ont été dépouillés par des brigands et des policiers.

80% des migrantes sont violées. Les jeunes filles avalent des contraceptifs avant de poser le pied sur le sol mexicain. Différents centres d’accueil des migrants sont la cible de manœuvre d’intimidation ou de corruption (incendie, dépôt de cocaïne dans les locaux…).

Le crime organisé réclame des droits de passage pouvant s’élever à 5 000 dollars. Ceux qui ne peuvent payer sont séquestrés, torturés. On craint aussi de la prostitution forcée et du trafic d’organes.

Un million de personnes ont été détenues au Mexique de 2002 à 2006 pour avoir franchi illégalement la frontière. Durant cette période, les groupes de protection des migrants ont recensé 291 cas de mutilations chez des sans papiers tombés « accidentellement » du « train de la mort ». A quelques semaines de l’élection présidentielle américaine, le gouvernement mexicain a fait passer une loi qui dépénalise l’immigration illégale et la réduit à un simple délit.

 

* Les migrants, cibles des «narcos» au Mexique (La Croix.com, 2 novembre 2010)

 

Excellente introduction à la conférence-débat organisée par la SEM 53 et la CASI 53 (Coordination des Associations de Solidarité Internationale - Martine Wiart, présidente en Mayenne), le 19 novembre 2010, en soirée, à l’Espace régional de Laval.

 

Dollarland : la terre promise des immigrés qui traversent le Mexique

 

SEM-53-migrants-19-11-10-001-T.jpgLe conférencier, Fermin Aguas Rojas, 35 ans, est mexicain, domicilié en Mayenne depuis cinq ans, cadre dans une entreprise de Château-Gontier. Il a appris le français au lycée français de Mexico.

Voici les informations qu’il a présentées (et commentées) au rétroprojecteur - et qu’il a bien voulu me communiquer. Je l’en remercie.

 

Sommaire

Présentation du Mexique

Les dates clés de l’histoire du Mexique

Les origines de l’immigration

Les lois pour lutter contre l’immigration

Reportages et témoignages

 

Les États-Unis Mexicains

          Superficie: 1 972 550 km²

          Population: 112 468 855 hab.

          Composition: 32 États et le District Fédéral

          Capitale: Mexico

          Langue: Espagnol

          Type de gouvernement: République fédérale

          Président: Felipe Calderón Hinojosa

 

L’Empire Mexicain

          1810-1821 : L’indépendance du Mexique

          1821-1824 : L’Empire Mexicain

          1822-1824 : Nouveaux pays indépendants de l’Espagne et du Mexique (Guatemala)

 

1er conflit Mexicano-Américain

          1824-1859: Crise politique et économique

          1824: La colonisation du Texas / Stephen Austin

          1836: Le Texas proclame son indépendance

          1845: le Texas adhère aux États-Unis

          1846-1848: L’Invasion américaine

 

Le nouveau territoire du Mexique

          1848: Le Traité Guadalupe-Hidalgo

          Le Mexique perd la moitié de son territoire: 2 400 000 km²

          La Haute Californie (Californie, Nevada, Utah et Arizona), Le Nouveau Mexique et le Texas

 

Les flux migratoires du XIXe siècle

          1850 – 1929: Période initiale de l’immigration

          Les premiers migrants mexicains étaient dans les territoires conquis

          70 000 à 100 000 habitants

          El Paso et San Antonio: destinations principales d’accueil

          Main d’œuvre peu qualifiée et bon marché

 

Les lois sur l’Immigration du XXe siècle 

          1917 -1921: Les migrants mexicains peuvent être accompagnés de leurs familles

           1921- 1924: Arrivée de migrants d’Europe et réduction du nombre de migrants mexicains

           1924: Création de la Border Patrol

           1929-1932: La Grande Dépression = première expulsion d’immigrants mexicains

 

« BRACERO Program »

          1942 – 1964: Les États-Unis mettent en place le Programme « BRACERO »

           Critères de sélection

           Lieu de travail pré-défini

           En parallèle, flux migratoires d’immigrants illégaux

 

Mexique & États-Unis : une relation ambivalente

          1954- 1959: L’opération WETBACK (el « mojado »)

          1986: L’IRCA (Immigration and Reform Control Act) = Loi de Reforme et Contrôle Migratoire

          1992: Signature de l’ALENA (Accord de Libre Échange d’Amérique du Nord)

          Installation massive de maquiladoras (usines de sous-traitance situées surtout près de la frontière des USA. Ce sont essentiellement des femmes qui y travaillent)

          Construction du mur (côté californien) sur 1 132 km et du côté Tijuana le mur se dresse même dans l’océan.

           Le Mexique devient un pays d’immigration et de transit

          1996: Welfare Bill (naturalisation des migrants)

 

La frontière États-Unis - Mexique

          3 200 km de frontière

           Le poste frontalier de Tijuana

 

Loi ARIZONA (voir En Arizona, la bataille autour de la loi sur l'immigration n'est pas finie)

          29 juillet 2010 : mise en vigueur  dans l’état d’Arizona (6 millions d’habitants, dont 2 millions d’hispaniques)

          Donner le pouvoir à la police locale pour arrêter toute personne suspecte 

          Le gouvernement fédéral des USA est contre cette loi

          Combat juridico-politique

 

Témoignage d’une femme du Salvador (montré dans un film de Yann Artus-Bertrand)

Ma plus grande peur lorsque je vais traverser la frontière c’est que l’on m’attrape et que l’on me renvoie dans mon pays parce que je n’ai plus de foyer au Salvador. Mes enfants sont avec leur père mais il m’a dit quand je suis partie que je ne pourrais plus rentrer chez lui.

J’aimerais arracher mes enfants du Salvador pour qu’on puisse ensemble s’en sortir et ne plus être soumise pour ma part au bourreau qu’est mon mari.

 

Témoignage personnel de Fermin

La tante de Fermin a eu 13 enfants, dont 8 sont partis aux USA. Tous sont revenus (en général, un tiers seulement rentrent sains et saufs). A Mexico, c’est la crise, le chômage. Beaucoup se laissent bercer par le « rêve américain » (aller travailler aux USA). Le Mexique est très dépendant, économiquement, des USA (85% des exportations)

Témoignage d’un cousin (son expérience est racontée).

Témoignage d’une sœur, partie aux USA (à Dallas) avec une amie, seulement munie d’un visa. Elle a été expulsée mais, il y a 8 ans, elle est repartie, avec l’aide d’un passeur (trois jours et trois nuits, traversée d’un désert). Elle vit aux USA avec son mari, mexicain, et leur fils. N’étant pas régularisée, elle peut être expulsée, ce qui n’est pas le cas de son mari et du fils. Elle semble devenue fataliste, sous l’influence de son environnement (groupe chrétien).

 

Les USA utilisent des drones pour contrôler l’immigration

Dans le dernier bulletin de SEM 53, daté du 25 octobre 2010, Fermin Aguas Rojas indique que les USA ont dépensé 600 millions de dollars pour lutter contre l’immigration clandestine (mexicains et latino-américains). Ils se sont dotés de drones, dispositifs aériens chargés de surveiller la frontière.

 

Trois pays d’Amérique centrale, principalement à l’origine du flux d’immigration

Ce sont surtout des ressortissants du Guatemala, du Salvador et du Honduras, qui traversent le Mexique et sont les plus mal traités. Dans ce même bulletin du 25 octobre, l’un des rédacteurs, Rémy Simon, témoigne de ce qu’il a vu au Honduras l’été dernier, ce pays « dominé, écrasé ». Il rappelle que l’expression « République bananière » vient du cas hondurien. Pendant plus d’un siècle, c’est la firme bananière nord-américaine United Fruit Cie qui a dominé le pays et l’a exploité d’une façon extrême. Elle continue ses activités sous le nom de Chiquita.

 

Cet article est le 13ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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20 janvier 2010 3 20 /01 /janvier /2010 14:12

La France est solidaire du peuple haïtien

 

Alors qu’une réplique du séisme vient de se produire à Haïti, une semaine après le terrible séisme qui a détruit une grande partie de ce pays, voici quelques liens utiles à la connaissance historique et affective de cette nation qui a conquis son indépendance au début du 19ème siècle.

 

- D’abord, les positions du MRC : Le MRC solidaire du peuple haïtien (ci-après) et de Georges Sarre : Haïti, soyons solidaires.

Face au drame sans précédent que vivent les haïtiens après ce terrible tremblement de terre, la solidarité est une exigence élémentaire mais surtout un devoir des Etats.

Au-delà de l’aide que chaque citoyen doit apporter aux haïtiens, la France a commencé à répondre à l’urgence, mais ce n’est pas suffisant. La France, compte tenu des liens historiques qui l’unissent à Haïti, doit exiger un effort financier immédiat et conséquent (beaucoup + que les 100 Millions d’Euros prévus) de l’Union européenne et des nations européennes pour permettre aux haïtiens de se soigner, de subsister et de se reconstruire.
La France a une responsabilité historique vis-à-vis d’Haïti et ne peut abandonner aux seuls Etat Unis la primauté de l’aide à la reconstruction de ce pays meurtri.

 

- Ensuite, le témoignage de Dany Laferrière sur le site du quotidien Le Monde, le 16 janvier : Haïti : le témoignage bouleversant de l'écrivain Dany Laferrière.

 

Le point de vue du président de la République haïtienne, René Préval, rapporté par l’envoyé spécial du Monde et de RFI, ce 20 janvier sur le site du Monde : René Préval : "Un peuple ne meurt pas"

 

René Préval, président d’Haïti élu en 2006 cinq ans après un premier mandat (1996-2001), tente de faire face aux multiples conséquences du séisme qui a dévasté son pays mardi 12 janvier. Dans la capitale, Port-au-Prince, le gouvernement semble paralysé par l’ampleur des dégâts matériels et humains. Il est fortement critiqué par une partie de la population, qui lui reproche son impuissance.

Quatre ministres sont morts, le palais présidentiel ainsi que la plupart des bâtiments administratifs ont été détruits. La tragédie intervient alors qu’Haïti traversait une nouvelle période d’instabilité politique. Philippe Bolopion, l’un des envoyés spéciaux pour Le Monde et RFI, a pu le rencontrer.

 

 

- Enfin, la proposition de Richard Kim, le 15 janvier, dans le journal The Nation, traduite et reproduite par Contre Info le 19 janvier : Il faut annuler la dette d’Haïti, par Richard Kim (extraits).

 

L’élan important de solidarité internationale qui s’est manifesté pour venir en aide à Haïti ne doit pas faire oublier les lourdes responsabilités historiques de l’occident dans la situation désastreuse de l’île, écrit Richard Kim, du quotidien The Nation.

Depuis son indépendance, rappelle-t-il, cette petite nation a été éreintée par le remboursement des dédommagements imposés par la France pour compenser le manque à gagner des colons privés de leurs esclaves : en 1900, Haïti y consacrait encore 80% du budget de la nation.

 

Au total, Haïti a payé l’équivalent de 21 milliards de dollars de 2003 le prix de sa liberté. L’époque récente n’a pas été plus clémente. En 1995, le FMI a contraint Haïti à abaisser ses barrières douanières sur le riz. Résultat : le pays qui était autrefois exportateur importe aujourd’hui les 3/4 du riz consommé.

Avec une nouvelle ligne de crédit de 100 millions annoncée cette semaine, Haïti doit désormais 265 millions au FMI. Au lieu d’accroître la dette, il faut au contraire l’annuler et transformer ce prêt en don, ce ne serait que justice, conclut-il.

 

Cet article est le 12ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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12 septembre 2009 6 12 /09 /septembre /2009 22:32

La protection sociale est liée à l’histoire de la Nation

 

L’évolution de la situation américaine en matière de santé est observée de près par les français. Le président Obama semblait déstabilisé par son opposition, qui utilisait tous les arguments à sa portée, y compris les plus fallacieux (voir, sur ce blog, USA : le président Obama face au doute sur l'efficacité de sa gestion - 10 août 2009).

 

Son intervention devant le Congrès (les deux Chambres parlementaires), le 9 septembre, a montré un Obama qui garde le cap et veut mener à bien son projet de réforme du système (voir, sur le site Rue89, l’article paru le 10 septembre, signé Armelle Vincent Discours d'Obama sur la sécu : « Le temps de l'action est venu »).

 

En réalité, l’opposition n’a pas désarmé après son discours (voir les articles, bien documentés, parus sur le site du quotidien Le Monde, dont ce 12 septembre Manifestation à Washington contre la politique de Barack Obama).

 

Cette question nous intéresse, car nous voulons réformer le système français. Gérard Beillard et moi, sommes en liaison avec Wilfrid Roux-Marchand (MRC 54), tout particulièrement depuis l’université d’été du MRC à Toulouse (voir, sur ce blog, Université d'été MRC à Toulouse : repenser la protection sociale - 11 septembre 2009).

 

Comme il me l’avait annoncé, il a rédigé un texte concernant Obama et la protection sociale aux USA, la spécificité de cette grande Nation et la nécessité de faire évoluer notre système à la française, en tenant compte de notre histoire.

 

La Sécu, Obama et nous.

 

Le discours d’Obama du 9 septembre a le mérite de nous livrer le contenu concret de ce qui est proposé aux citoyens américains et à leurs représentants. On s’aperçoit ainsi que la différence avec le programme de sa campagne est mince. Les propositions maintenant présentées à tous ont donc le mérite de la fidélité et de la clarté, alors que jusqu’ici les médias n’avaient tendance à n’en retenir que les aspects polémiques les plus spectaculaires et superficiels.

 

Quelques points-clés, tels que retenus dans un premier lot de journaux français (Le Monde ou Les Echos du 11/09/09) :

·         Le projet part du système existant dont une des bases, à laquelle les citoyens américains sont très attachés, est maintenu : libre choix de son assurance au sein d’une offre concurrentielle, mais obligation d’être assuré pour tous.

·         Obligation faite aux assureurs de ne pas sélectionner les souscripteurs en fonction de leur état de santé.

·         Nécessité de mettre en place des règles et des évaluations : « Les assureurs devront rendre des comptes ».

·         Contribution des sociétés d’assurance et des industries pharmaceutique et médicale au financement de la réforme

 

Comme on le voit, le projet de législation se caractérise par la mise en place de règles nouvelles pour le fonctionnement de l’existant. De ce côté de l’Atlantique, c’est son pragmatisme qui ressort. Les dysfonctionnements d’un système qui, « vu d’ici », a souvent été décrit à juste titre comme « à la fois le plus cher et le moins efficace du monde » sont au cœur du discours d’Obama.

 

Quelques phrases les résument : « Chaque jour 14 000 américains perdent leur couverture santé », « Plus de 30 millions de citoyens sont dépourvus de couverture… c’est un risque d’explosion pour Medicare et Medicaid (les systèmes d’assistance santé pour les plus démunis) ».

 

On peut en rester là pour un premier examen de cette réforme, car celle-ci peut et doit prendre sens pour nous :

 

·         Il est évident que de tels enjeux ne reposent pas exclusivement sur des dispositions législatives et réglementaires que l’abus du mot « réforme » tend à galvauder. Ils sont sous-tendus par des systèmes économiques et sociaux, des systèmes de valeurs et « un imaginaire » qui caractérise chaque nation. « Le cas américain » fournira un cas d’école. Mais les véritables ruptures ne sont pas légion. Elles ont un coût politique et la Rupture se mérite… à suivre donc !

 

·         Il est évident aussi que si chaque Protection sociale correspond à l’histoire qui appartient en propre à chaque nation il nous appartient d’être aussi au clair qu’Obama sur la nature du nôtre. C’est loin d’être le cas dans la situation de confusion des esprits et des positions qui domine derrière et à propos de l’apparente unanimité du « Il faut sauver la sécu ! ».

 

Le paradoxe tient essentiellement au fait qu’il est devenu extrêmement difficile pour un français ou un européen continental de voir que sa Protection sociale ne répond à aucun « modèle » préétabli, mais, qu’à l’instar de ce qui est en train de se passer aux USA, il a été lui aussi le produit d’une longue et lente maturation ponctuée de « ruptures ». Fait étonnant, que pourrait nous révéler le processus américain en cours.

 

Avec un intéressant parallélisme avec ce que s’est passé dans l’Allemagne de Bismarck et celle d’Adenauer aux deux mêmes époques, dans la France de la III° République (loi sur les Accidents du travail de 1898) et celle du CNR et de la Libération de 1944-46 (parachèvement d’une première phase, mais non la dernière, d’« un système de Protection sociale quasi complet »), c’est bien le pragmatisme adossé aux valeurs nationales qui, en dernier ressort a dessiné, pour de très longues années, non pas un « modèle » mais un compromis social, qu’à juste titre il nous est permis de considérer comme un référent et une référence en Europe.


  
Wilfrid Roux-Marchand (MRC 54), lors de son intervention dans le débat à Toulouse le 5 septembre 2009

 

Cet article est le 11ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 22:39

Les défis sont immenses et les américains conservateurs

 

Le discours du président Obama est aussi remarquable que l’était celui du candidat Obama. Reste à savoir ce qui va changer dans la réalité. Les résistances à ses projets s’organisent. Le conservatisme des citoyens et des élus (y compris du parti démocrate), le pouvoir de l’argent aux USA, la crise économique, constituent des obstacles à surmonter quand il s’agit de faire passer des réformes.

 

Dans des articles précédents récents sur ce blog, j’avais abordé les questions économiques :

USA : Obama nationalise les pertes et satisfait les marchés financiers - 27 mars 2009

USA : General Motors nationalisé et le dollar menacé d'implosion - 2 juin 2009.

 

Le changement le plus évident concerne la politique des USA dans le monde (voir l’article de Corine Lesnes, dans Le Monde, 13 juillet : La diplomatie Obama, entre moralisme et réalisme).

 

Mais, après 200 jours de présidence, les vrais problèmes apparaissent aux Etats-Unis et commencent à inquiéter les gens au pouvoir (voir sur le site du quotidien Le Monde, le 22 juillet, l’article de Corine Lesnes : Barack Obama confronté aux premières critiques).

 

L’article paru ce 10 août sur le site de La Tribune de Genève (signé Jean-Cosme Delaloye) est aussi représentatif de ces réactions.

 

En chute dans les sondages, Obama à la recherche d'un second souffle

 

ÉTATS-UNIS | Alors qu’il participe aujourd’hui au Mexique au sommet nord-américain, Barack Obama cherche à rebondir après plusieurs semaines marquées par des déconvenues qui semblent avoir entaché sa popularité.


Sept points en un peu plus de trois mois. La régression de Barack Obama dans un sondage de la chaîne CNN, alors qu’il vient de franchir le cap des 200 jours à la Maison-Blanche, préoccupe son entourage. Même si sa cote de popularité reste solide et oscille autour de 55% d’avis favorables, le mois de juillet a été particulièrement difficile pour un président qui n’a pas réussi à obtenir la réforme du système de santé avant la rentrée.
Les divisions démocrates ont soulevé des questions sur ses capacités à contrôler les élus de son propre camp.


Les élus de son camp doivent aussi faire face à des critiques virulentes dans les meetings qu’ils organisent pour tenter de vendre la réforme de la santé à leurs administrés
. La semaine dernière, John Dingell, un élu démocrate du Michigan et, à 83
ans, le doyen de la Chambre des représentants, a été pris à partie à plusieurs reprises, comme le rapporte le Detroit Free Press. «Vous serez peut-être mort dans cinq ans! Ils veulent vous euthanasier», a notamment crié une femme de 60 ans en faisant référence à une idée qui circule chez les conservateurs selon laquelle le gouvernement veut limiter les soins pour les personnes âgées. Ce week-end, Sarah Palin, l’ex-colistière de John McCain à la présidentielle de 2008, a accusé Barack Obama de vouloir instituer «des tribunaux de la mort»: «Mes parents ou mon bébé trisomique devront comparaître devant le tribunal de la mort d’Obama, où ses bureaucrates décideront subjectivement s’ils sont dignes de recevoir des soins en fonction de leur niveau de productivité dans la société.»

Déficit de 1300 milliards


Avant de partir pour Guadalajara pour participer aujourd’hui à son premier sommet nord-américain, Barack Obama a dénoncé les «rumeurs bizarres» qui circulent sur son projet et a affirmé que sa réforme ne ferait pas la promotion de l’euthanasie. Vendredi, le président avait déjà assuré que son gouvernement avait sauvé le pays d’une catastrophe économique. La Maison-Blanche puise son optimisme dans les statistiques du chômage en juillet, moins mauvaises que les prévisions.


Barack Obama va devoir gérer, dans les jours qui viennent, la publication du bilan économique pour les six premiers mois de 2009. En juillet, le déficit budgétaire a atteint les 1300 milliards de dollars sur dix mois de l’exercice en cours. Ce chiffre est supérieur de près de 880 milliards de dollars au trou du budget américain un an plus tôt.


Sur le site de Libération, le 3 août, Alexandra Geneste pense que les réactions au projet de réforme du système de santé placent Obama  en position délicate, ce qui pourrait être un tournant de son mandat en cas d’échec (voir Obama, le temps du doute).

 

Sur le site de l’Humanité, le 3 août, Jacques Coubard commence ainsi son article Santé, l'âpre bataille d'Obama :

 

États-Unis. La réforme promise pendant la campagne électorale est cruciale. Mais elle connaît des ratés. Les adversaires du président le menacent d’un Waterloo tandis que les partisans d’un système universel manifestent.

Obama est menacé d’un Waterloo. Si son projet de réforme de la couverture médicale ne passe pas au Parlement, « cela va le briser ». C’est Jim De Mint, sénateur républicain de Caroline du Sud, qui a lancé l’anathème. Triomphant, il ajoute : les républicains pourront remporter les élections partielles de l’année prochaine et reprendre la majorité au Sénat.


Les réponses du président sont sur le site du Nouvel Observateur, le 9 août : Santé : Obama dénonce des "mensonges".


Selon Sean Foreman, professeur de sciences politiques à Miami, l'administration Obama est trop désorganisée (elle ne se concentre pas assez sur les dossiers prioritaires) et manque de fermeté. Ce point de vue a été rapporté par Maria Pia Mascaro dans Libération, le 3 août, sous le titre :
«Obama fait trop de politique au lieu de gouverner».


D’autres points de vue sont insérés dans les actes du séminaire de la Fondation Res Publica, le 7 avril 2009, autour de l’ancien ministre Hubert Védrine (voir La politique extérieure des Etats-Unis après l'élection d'Obama).
En conclusion, Hubert Védrine posait ces questions :


Jusqu’à quel niveau les Américains d’aujourd’hui ont-ils compris qu’ils ne pouvaient restaurer dans le monde actuel qu’un leadership relatif ?
Cela a des répercussions sur leur modèle économique, leur comportement de consommation, leur politique militaire, leur type de relation avec les autres, leur politique étrangère (…). Jusqu’à quel point l’Amérique peut-elle comprendre qu’elle devra composer dans son leadership, qu’elle n’est pas le phare du monde, que sa « destinée manifeste » n’est pas suffisante pour s’imposer partout (…). A mon avis, elle ne le comprendra qu’à la marge et dans la souffrance.

Y a-t-il un écart entre Obama en tant qu’individu et le système américain ?
Quelqu’un qui a vécu sur différents continents, qui a la famille composée que l’on connaît, ne peut pas avoir la grille de lecture, extrêmement limitée et fruste, qu’ont habituellement les politiciens américains. Ce n’est pas possible. Il sait que c’est plus compliqué. Il sait qu’il y a un monde extérieur (…). Je crois qu’il y a un petit écart, un petit degré de compréhension - du fait que le monde devient plus complexe - entre les Américains et leur président et un écart potentiellement plus grand entre l’individu Obama et le système (…).


Cet article est le 10ème paru sur ce blog dans la catégorie Amérique.

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Published by SORIN Michel - dans Amérique
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