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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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24 juin 2016 5 24 /06 /juin /2016 17:40

 

Les Britanniques ont opté démocratiquement pour le Brexit

 

Que c'est beau un peuple qui se détermine en toute liberté pour reprendre ses affaires en mains, plus de 40 ans après avoir décidé tout aussi démocratiquement d'adhérer à ce qui était alors le Marché commun européen ! Pas étonnant que ce même peuple ait été historiquement le premier à pratiquer la démocratie. Nous, Français, avons à méditer cet exemple britannique, onze ans après avoir vu le résultat du référendum du 29 mai 2005 confisqué par nos dirigeants politiques.

 

D'abord, les faits rapportés sur le site de Libération (Voir Le Royaume-Uni, déchiré, vote sa sortie de l'UE), puis l'avis de tempête sur les institutions européennes, décrit sur le site de Huffington Post (Voir Brexit : ces pays préparent les prochains avis de tempêtes sur le projet européen).

 

Les tempêtes souffleront aussi à l'intérieur du Royaume-Uni, en Ecosse (Voir Libération : L'Ecosse va-t-elle divorcer du Royaume-Uni ?) et en Irlande du Nord (Voir Europe 1 : Brexit : le Sinn Fein appelle à un référendum sur une Irlande unifiée).

 

Laurent Bouvet, sur Facebook, voit deux types de commentaires :

- Les européistes convaincus et militants sont déçus d'un vote contre l'UE mais satisfaits que le Royaume-Uni qui n'a jamais été très en pointe quitte le navire qu'il ralentissait. Ainsi, d'après eux, l'Europe va enfin pouvoir devenir ce qu'elle est aurait dû être : intégrée, fédérale, pleinement profitable aux Européens...

- Les anti-UE se félicitent bruyamment du vote britannique, ils y voient l'espoir d'un rejet général de l'UE qui va pouvoir se diffuser sur le continent : "il est possible d'en sortir !". Mais dans le même temps, ils comprennent bien que sans le frein britannique dans les institutions communautaires, le moteur fédéraliste et intégrationniste pourrait tourner plus beaucoup plus vite dans le sens précisément qu'ils abhorrent.

 

Stéphane Rozès, également sur Facebook, souligne :

J'ai acquis sur le tard la conviction, après avoir coorganisé et travaillé sur "L'identité, la mémoire et l'imaginaire des peuples européens" dans un séminaire de recherche deux ans avec Anima Mundi et le Collège des Bernardins, après avoir échangé avec les représentants de 6 pays que les politiques bruxelloises actuelles sont contraires au génie européen. Je l'ai fait savoir.
Le recul économique de l'Europe depuis 15 ans, le retour des nations, ou du nationalisme, le repli sur soi, le populisme, viennent de l'illusion de la plupart des décideurs et élites européennes, illusion économiste et technocratique qui voudrait que l'économie ferait les sociétés, lisserait leurs identités... Que par le haut, des politiques monétaires, budgétaires uniques, de libre concurrence et libre échange, pourraient faire converger ou fusionner des peuples culturellement et politiquement différents.
Le génie européen depuis des siècles est de faire du commun, de la civilisation à partir de la diversité culturelle de ses peuples et non l'inverse comme aujourd'hui.
Si les peuples doivent choisir entre leurs prospérité, survie économique et leur identités, entre l'avoir et l'être... Ils choisissent toujours l'être ... 
C'est l'incapacité de penser ensemble l'entrelacement entre questions culturelles, politiques et économiques qui empêche de comprendre les raisons de la crise européenne et d'esquisser des solutions. 
Chaque peuple a le droit et le devoir de faire exceller son modèle et c'est par la complémentarité,
les convergences, les politiques communes et la protection européenne que se fera la renaissance européenne.
Une conférence entre européens, si possible avec les anglais, avec la méthode de la dernière Cop 21, doit se mettre en place, débattant sur 1) le souhaitable,qui sommes nous, o
ù voulons nous aller, 2) le réel actuel de l'Europe 3) les leviers de la renaissance.

 

Bastien Faudot, candidat MRC à l'élection présidentielle, réagit ainsi sur son site de campagne : L’UNION EUROPÉENNE, TELLE QUE NOUS LA CONNAISSONS, EST MORTE CETTE NUIT

La démocratie a parlé, les Britanniques ont tranché nettement la vieille question de leur appartenance à l’Union européenne. Ce référendum souverain ne rejoindra pas le cimetière des votes bafoués et des référendums revotés : nos amis anglais sont fair play, pas seulement au football.

De nombreux responsables politiques se bousculent pour se réjouir du départ des Britanniques et y voir le signal d’une nouvelle étape d’intégration par le « saut fédéral ». Les grands partis proposent déjà d’accélérer alors que nous sommes déjà dans le mur ! Ces discours sont irresponsables car ils prennent congé de la démocratie.

La crise de l’Europe est généralisée : elle concerne les membres fondateurs, les nations du sud comme les nouveaux arrivants. Les négociations qui vont s’engager pour mettre en oeuvre la volonté claire des Britanniques ne doivent pas faire diversion : l’Union européenne, telle que nous la connaissons, cette union irréversible, nouvel horizon historique indépassable est morte cette nuit.

La France est absente de la scène européenne depuis de longues années et nos débats européens ne pourront plus se résumer à des marchandages comptables sur le chiffre après la virgule des 3 % de déficit public. L’avenir de l’Union européenne doit être au coeur de la campagne de 2017.

Je ne propose pas un référendum sur la sortie de l’UE mais un nouveau départ pour une Europe conçue comme une coopérative de nations : nationalisation de l’euro, traité dé-fédéral et suppression de la Commission européenne.

Je félicite le peuple britannique d’avoir été au bout du débat, malgré le meurtre de Jo Cox, malgré les marchands de peur, les bookmakeurs, les sondeurs… on a vraiment tout à gagner à poser directement des questions au peuple.

Aux quatre nations britanniques, qui ont fait des choix divergents hier, je souhaite de faire face à cette étape historique dans l’unité.

Voir aussi les communiqués de presse

- de Ladislas Polski (MRC) : Brexit : un vote sans appel

- de Jean-Luc Laurent (président MRC) : Brexit : une procédure admirable et un choix de liberté

- de Jean-Pierre Chevènement (RM) : Le Brexit peut être un service rendu à l'Europe

 

Cet article est le 145ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

Les institutions européennes à Bruxelles

Les institutions européennes à Bruxelles

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15 septembre 2015 2 15 /09 /septembre /2015 23:55

 

La gauche qui s'oppose aux politiques néolibérales en Europe se renforce

 

La belle élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique est un nouveau signe de la baisse d'audience populaire de la gauche des partis liés aux politiques néolibérales en Europe. C'est une bonne nouvelle, qui incite les résistants à se battre avec enthousiasme pour le retour au pouvoir des peuples, ce qui prendra beaucoup de temps.

Voici deux articles qui méritent notre attention.

 

- Philippe Marlière, Le Monde, 13 septembre 2015 : « Jeremy Corbyn, nouveau leader du Labour, va perturber la gauche européenne ». Extrait.

Tendre la main à toute la gauche

Avec Jeremy Corbyn, le Parti travailliste va tendre la main à l’ensemble de la gauche : sociale-démocrate, verte, nationaliste (SNP et Plaid Cymru) et radicale. En Europe, il s’adressera aussi aux dirigeants du Front de gauche, de Podemos ou de Syriza. Il ambitionne de construire un front anti-austérité avec tout le monde. On n’entendra pas Corbyn pérorer sur les notions de « souveraineté nationale-populaire », mais il tentera d’œuvrer concrètement à la construction d’un mouvement contre l’hégémonie néolibérale au sein des institutions communautaires. En socialiste conséquent, il sait que la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne ne ferait pas disparaître par enchantement au niveau national les structures de domination capitaliste.

En réalité, ce sexagénaire sans charisme est le grand perturbateur des gauches sociales-démocrates et radicales, engoncées dans leurs certitudes droitières et gauchistes. Il vient en effet de donner un coup de vieux aux néolibéraux qui dirigent les partis sociaux-démocrates. Il a montré qu’on pouvait être populaire auprès de l’électorat en faisant des propositions anti-austérité : renationalisation des chemins de fer, augmentation de la masse monétaire (quantitative easing) pour investir dans les services publics et opposition aux partenariats privés-publics, contrôle des prix du loyer, non-intervention armée en Syrie et abandon de la force de frappe nucléaire ; autant de propositions qui sont plébiscitées par une large majorité de Britanniques. Voici un leader de parti social-démocrate qui n’essayera pas de gagner une élection au centre en singeant les politiques de la droite. On n’avait pas vu cela depuis plus de trente ans en Europe !

Le succès de Jeremy Corbyn devrait également amener la gauche radicale à repenser sa propre stratégie qui, trop souvent, entremêle langue de bois eschatologique et sectarisme auto-défaitiste. Avec Corbyn aux commandes, certains dirigeants « radicaux » pourraient enfin comprendre qu’insulter à répétition les chefs sociaux-démocrates ne fait qu’incommoder le public. Jeremy Corbyn pourrait aussi leur montrer qu’un mouvement majoritaire de gauche ne se construit pas en cultivant le soutien de fidèles radicalisés, mais en s’adressant à tous.

 

- Bernard Teper, ReSPUBLICA, 14 septembre 2015 : L'élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti travailliste britannique rebat les cartes dans la gauche européenne. Extrait.

Cette élection rebat les cartes dans la politique européenne. Nous avons déjà dit dans ReSPUBLICA que nous considérions comme une croyance sans avenir l’idée qu’un groupuscule politique détenant la vérité révélée pouvait grossir par sa seule dynamique jusqu’à devenir majoritaire dans le peuple. Et que nous ne croyons pas plus à l’efficacité sur longue durée des cartels d’organisation comme Gauche unie en Espagne ou le Front de gauche en France (qui se présente sur plusieurs listes concurrentes à toutes les élections sur listes depuis la présidentielle…). Tout au plus un cartel a-t-il vocation à s’unifier ou à devenir inefficace. L’élection de Jeremy Corbyn montre que, même dans un parti de gauche néolibéral ayant justifié les politiques austéritaires anti-sociales, des circonstances particulières peuvent renforcer les forces internes qui petit à petit se dressent contre ces politiques austéritaires et recueillent alors un soutien externe dans le mouvement syndical revendicatif et dans la jeunesse. Cela ouvre en plus une perspective nécessaire (mais non suffisante !!!) de restructuration des gauches par action conjointe endogène et exogène à la fois. Là réside l’avenir.

Après la poussée de Tsipras et de Syriza en Grèce, de Pablo Iglesias et de Podemos en Espagne, l’arrivée de Jeremy Corbyn renforce le camp de ceux qui veulent s’opposer aux politiques austéritaires avec un soutien populaire significatif.
C’est mieux de vouloir s’y opposer plutôt que de s’y résigner, mais est-ce suffisant pour obtenir la victoire ? On a bien vu avec l’accord grec du 13 juillet qu’une simple volonté solipsiste ne permet pas de changer le réel. Est-ce qu’il suffit alors d’avoir un plan B pour sortir du carcan de la zone euro et de l’Union européenne ? Non. Vouloir s’opposer aux politiques austéritaires est un point de départ nécessaire.

Mais ensuite il faut produire toutes les conditions de la transformation culturelle, sociale et politique. Et pour cela, il faut tenir compte des lois tendancielles de la formation sociale capitaliste afin d’utiliser les crises paroxystiques au moment opportun pour un possible déclenchement du processus de transformation sociale ; ce qui implique de ne pas considérer la monnaie uniquement comme un moyen de paiement, de donner la priorité aux liens avec les couches populaires ouvrières et employées, avec la jeunesse, avec le mouvement syndical revendicatif, bref de promouvoir un processus global de développement d’une nouvelle République sociale.
Fêtons l’élection de Jeremy Corbyn tout en étant persuadés qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres !

Cet article est le 144ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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14 août 2015 5 14 /08 /août /2015 17:57

 

Le projet européen intègre les contradictions de la gauche et de la droite

 

Les contradictions de l'oligarchie européenne sont mises à nu dans cette Tribune (FIGARO VOX) publiée par le Figaro le 13 août 2015 sous le titre : Traité transatlantique : quand les politiques organisent leur propre impuissance. L'auteur est Paul Zurkinden, membre du secrétariat national du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) depuis le récent congrès de Paris.

 

Disons-le d'emblée, ce traité signe la fin des chimères de «l'Europe qui protège les peuples» et du vieux rêve fédéraliste qui leur est naturellement associé. Car quel serait le sens d'éventuels Etats-Unis d'Europe, sinon de conduire des politiques économiques sur leur territoire - bref, de défendre une souveraineté européenne? Avec la signature du traité transatlantique, l'idée fédérale perd sa substance même: un traité décidera à la place des dirigeants de la politique des taux de change, des normes applicables en matière environnementale, sanitaire, agroalimentaire. Que serait donc ce pouvoir introuvable qui ne pourrait qu'agir sur le marginal, le mineur, le négligeable?

Ainsi, les promoteurs du fédéralisme se trouvent face à la contradiction de vouloir à tel point diluer les normes sociales, environnementales, sanitaires, au profit du marché qu'ils vident par avance leur entité supranationale de tout contenu. Mais, puisque marché unique nous voulons, celui-ci doit être de taille mondiale, et puisque toute souveraineté nationale entrave le marché, celle de l'Europe doit également passer à la trappe.

Cette contradiction entre le rêve fédéral et le mondialisme se trouve largement partagée par les partis politiques de gouvernement, et particulièrement à gauche où de telles positions sont dévastatrices. Être de gauche, n'est-ce pas concevoir et mettre en œuvre un projet de transformation sociale s'attacher à la protection des travailleurs, à la défense de normes sociales plus avantageuses? «Entre le riche et le pauvre, entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit» disait Lacordaire. En signant le traité transatlantique, c'est l'effet inverse que l'on accomplit.

C'est là tout le symbole d'une certaine gauche qui s'est détournée de sa base électorale originelle: le peuple. Car c'est bien dans le projet européen que se trouve le nœud gordien des contradictions de tant de forces de gauche et de droite. Vous voulez mener une politique de relance keynésienne? Les traités européens instituent une interdiction d'un déficit supérieur à 3% et d'une dette supérieure à 60% du PIB . Vous voulez promouvoir le made in France ? Un arrêté de la Cour de Justice de l'Union Européenne vous en interdit la possibilité au nom de la concurrence libre et non-faussée . Vous souhaitez établir des frontières, migratoires ou économiques? Là encore, la liberté européenne n'est bonne que pour déréglementer, point pour laisser les peuples libres de leurs décisions. Tout est réglé comme du papier à musique par des traités dont les règlements et directives sont par avance constitutionnalisés en droit français.

Comment dès lors être surpris par la déception du peuple, après qu'un François Bayrou a promis de promouvoir le made in France, François Hollande de mener une politique de relance et Nicolas Sarkozy de réduire les flux migratoires? Toutes ces propositions, quoi que l'on en pense par ailleurs, ne sont pas compatibles avec l'Union européenne telle qu'elle fonctionne. C'est là un fait incontestable.

Ce n'est qu'en prenant cette réalité en compte que les partis politiques de gouvernement sauront retrouver une popularité dans les urnes. Et certainement pas par la signature d'un énième traité sans approbation démocratique.

Cet article est le 143ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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3 août 2015 1 03 /08 /août /2015 23:45

 

Europe néolibérale oligarchique contre Europe démocratique du progrès social

 

La Grèce, depuis l'accession de Syriza aux responsabilités gouvernementales, en janvier 2015, a déjà contribué à la renaissance de la démocratie. Car elle a révélé « le caractère autoritaire et dépolitisant »des institutions européennes.

Voir cet article de Gaël Brustier, paru sur le site Slate.fr le 2 août 2015 Comment la menace du Grexit pousse les gauches à se défaire de leurs automatismes

La crise grecque et la confrontation de la gauche radicale avec la réalité du processus d’intégration européenne l'obligent à un examen de conscience. Extrait.

La question démocratique est au cœur du débat en cours. Elle n’est pas entre les «pro» et les «anti»-européens (ces derniers brillant souvent par leur analyse faussée et erronée): elle est entre l’acceptation d’une évolution dépolitisante et autoritaire de l’UE et la réaffirmation de la souveraineté populaire et du principe démocratique. Il va donc falloir aux gauches l’énergie de se déprendre de quelques automatismes de la pensée relatifs à l’Europe et à sa«construction».

 

Voir aussi :

 

- Marianne, 3 août 2015, Jean-Pierre Chevènement : Jean-Pierre Chevènement : « la médecine administrée à la Grèce a échoué »

Dimanche 2 août, Jean-Pierre Chevènement était invité sur iTélé. Après avoir rappelé « l’hypocrisie » sur le dossier des migrants et que « la vraie solution » se trouve dans « le co-développement de l’Afrique », le président de la fondation Res Publica s’est attaqué aux maux de l’Europe et précisément à la mauvaise médecine administrée à la Grèce avant de conclure que « L’euro est une mauvaise monnaie, mal conçue » préconisant un passage « de la monnaie unique à une monnaie commune ».

(…) Interrogé sur le dossier grec, Jean-Pierre Chevènement, là-aussi, n’a pas fait dans la demi-mesure. « De toute évidence, ces 177 % (dette grecque par rapport au PIB), c’est le résultat d’une chute de son PIB de 25 % depuis qu’on a appliqué ces remèdes depuis 2010, et de pointer du doigt les choix des dirigeants européens dans leur gestion de la crise, je vous rappelle que les états se sont substitués aux banques, françaises ou allemandes, qui s’étaient engagées en Grèce. On leur a permis de se dégager et ce sont les contribuables qui ont pris le relais. Mais la médecine administrée à la Grèce a échoué. Donc ils ne pourront pas rembourser. Il faudrait se mettre autour d’une table et définir un sentier de croissance possible. » Mais, l'ancien Ministre de l'Intérieur ne s’arrête pas en si bon chemin et fait part de ses doutes sur la "résolution" du cas grec : « Je crains cependant que l’arbre grec nous cache la forêt de l’Euro. L’Euro est une mauvaise monnaie, mal conçue qui juxtapose des pays très différents. Les riches s’enrichissent et les pauvres s’appauvrissent. Il faudrait revoir les règles monétaires européennes. Il faut passer de la monnaie unique à une monnaie commune, c’est à dire une devise que nous aurions en commun qui servirait aux échanges internationaux mais réintroduire des éléments de flexibilité à l’intérieur de l’Europe. »

 

- Marianne, 3 août 2015, Pierre Khalfa : Après la Grèce, l’affrontement inévitable

Pierre Khalfa, coprésident de la Fondation Copernic, tire les leçons de l'épisode grec. Pour lui, il est clair qu'il "n’y aura pas d’alternative aux politiques néolibérales sans l’ouverture d’une crise politique en Europe". "Prendre des mesures unilatérales, même si elles sont contraires aux traités et aux directives européennes, est la condition pour appliquer un programme de rupture", écrit-il ainsi. Quant à la sortie de l'euro, si elle "ne peut être un projet en soi", "la refuser d’emblée, c’est, comme l’a montré l’exemple de la Grèce, se paralyser soi-même."

(…) C’est dans ce cadre que se pose la question de la sortie de l’euro. Sortir de l’euro a d’abord un coût économique important et, de l’aveu même de ses partisans, ses possibles bénéfices prendraient un certain temps. La sortie a aussi un coût politique. Au-delà même du fait que, dans beaucoup de pays européens, la population reste attachée à l’appartenance à la zone euro, la sortie marquerait un échec de la tentative de refondation de l’Europe sur des bases progressistes. Elle risquerait d’isoler le pays qui la pratiquerait et pourrait aggraver la concurrence entre les pays si elle s’accompagne d’une politique répétée de dévaluations compétitives. Elle ne résout pas par miracle la question des rapports de forces dans l’affrontement avec les politiques néolibérales. C’est pourquoi elle ne peut être un projet en soi. Elle ne peut cependant être a priori exclue. Si un pays décide d’entamer un bras de fer avec les institutions européennes, son résultat pourrait aboutir à cette solution. La refuser d’emblée, c’est, comme l’a montré l’exemple de la Grèce, se paralyser soi-même. La sortie de l’euro ne peut être un projet politique, mais elle peut être le résultat circonstanciel d’une bataille politique. Il faut rompre avec l’austérité et le néolibéralisme, dans la zone euro si possible, en dehors si nécessaire.

- La Tribune, 3 août 2015, Michel Santi :  : Grèce : la mort par la dette !

 

Rappel (29 juillet 2015) : Bernard Cassen tire les enseignements des tribulations de la Grèce

 

 

Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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29 juillet 2015 3 29 /07 /juillet /2015 23:23

 

Avis à la gauche radicale : l'euro va devenir le fossoyeur de l'idée européenne

 

La gauche radicale est en pleine effervescence depuis le traitement qui a été infligé à la Grèce par les autorités de la zone euro, sous la pression de l'Allemagne et de pays du nord de l'Europe. Le débat fait rage au sein du Front de gauche… sur le site de Marianne :

- 26 juillet 2015, Jacques Sapir : Grèce, Europe, euro : l'illusionniste Pierre Laurent

- 27 juillet 2015 : Alexis Corbière : "Au PG, notre “plan B” envisage la sortie de l'euro"

 

Auparavant, dans un article publié le 17 juillet par Mémoire des luttes, Bernard Cassen avait analysé l'accord accepté sous la contrainte par la Grèce et, en conclusion, demandait à la gauche radicale d'abjurer son « euro-angélisme primaire ».

Voici (Lettre d'information de Mémoire des luttes, n° 47, juillet-août 2015) ce texte de Bernard Cassen

Tsipras n'avait pas de plan B, Merkel en avait deux

IL FALLAIT PRENDRE SCHÄUBLE AU MOT !

On voit mal un sprinter dont une jambe a été plâtrée affronter des concurrents parfaitement valides dans un meeting d’athlétisme. Aucun spectateur ne parierait un euro sur sa victoire. Face à la coalition des institutions européennes et du FMI, c’est malheureusement dans cette situation handicapante que s’est trouvé Alexis Tsipras. Son boulet se nomme euro.

Fidèle à ses promesses électorales et au sentiment majoritaire de ses concitoyens, le premier ministre avait cru pouvoir obtenir de ses créanciers à la fois un allègement des mesures d’austérité qui ont dévasté la Grèce ET le maintien de cette dernière dans la zone euro.

A sa décharge, il faut dire qu’il se situait dans une sorte de consensus de la quasi totalité de la gauche radicale européenne pour laquelle le principe des bienfaits d’une monnaie unique européenne ne souffrait pas de contestation, ne serait-ce que pour éviter tout compagnonnage coupable avec l’extrême-droite.

Il suffisait pourtant d’un minimum de raisonnement logique pour comprendre que, par définition, une politique monétaire ne peut être la même pour des économies profondément différentes, voire divergentes, comme par exemple celles des Pays-Bas et de Chypre ou de la Grèce. Une solution tout aussi « européenne » aurait été une monnaie commune, seule convertible, permettant de conserver des monnaies nationales aux parités révisables par concertation entre les gouvernements en fonction des situations.

Contre le plus élémentaire bon sens, l’euro aura été fétichisé. Il aura fallu la crise des dettes souveraines, et particulièrement le cataclysme grec, pour qu’une partie – encore très minoritaire – de la gauche radicale européenne commence à opérer une révision déchirante et se rende enfin compte que l’euro n’est pas simplement une monnaie, mais aussi une arme politique au service des intérêts de l’Allemagne et accessoirement de ses satellites européens. La survie de l’euro, les mesures d’austérité et les pouvoirs de police de la troïka (rebaptisée les « institutions ») imposés aux pays de la périphérie de l’UE sont structurellement liés.

Forts de leur position dominante dans ce cadre contraignant, Angela Merkel et son ministre des finances, Wolfgang Schäuble, jouaient sur du velours dans leurs relations avec le gouvernement grec : en ignorant, consciemment ou non, la fonction réelle de la monnaie unique, Alexis Tsipras se jetait lui-même dans la gueule du loup en faisant des pieds et des mains pour rester dans la zone euro, c’est-à-dire dans un carcan interdisant toute politique économique alternative au néolibéralisme, et doté à cette fin d’un puissant arsenal répressif. Comme il s’était interdit, et pour cause, le seul plan B susceptible de renforcer sa main dans une négociation – la menace de sortie de l’euro –, il était condamné à capituler devant les créanciers, avec François Hollande dans le rôle de l’aide-soignant distribuant des comprimés anti-douleur pour faire supporter par les Grecs les opérations de vivisection des chirurgiens allemands (et finlandais).

Si, malgré son succès au référendum du 5 juillet, Tsipras n’avait pas de plan B, le tandem Merkel/Schäuble, lui, en avait deux au cas où, pour rester membre du club, Athènes ne se pliait pas à leurs exigences les plus humiliantes : d’une part, l’expulsion de la Grèce de la zone euro (leGrexit) ; d’autre part – une idée de Wolfgang Schäuble – sa sortie temporaire de cette zone (la « clause bye bye »), le temps de restructurer sa dette et de retrouver de la compétitivité avec une drachme dévaluée. Après quelques années, un retour dans la zone euro était envisageable.

Ce qui est frappant dans cette affaire, c’est que ses acteurs ont négocié dans le noir le plus total quant aux implications juridiques, financières et géopolitiques des différents scénarios. Une sortie définitive ou temporaire, forcée ou volontaire de l’eurozone est-elle compatible avec les traités européens ? Quel serait le coût du Grexit pour les créanciers et pour la Grèce ? Des chiffres invérifiables ont circulé. La vérité est que personne n’en sait rien.

Les simulations uniquement comptables à court terme – du type ratio dette/PIB – font l’impasse sur l’histoire, la culture et la géographie, toutes dimensions qu’ignorent (et sans doute méprisent) les « hommes en noir » du FMI, de la BCE et de l’Eurogroupe. Vu la situation géographique de la Grèce (qui en fait une porte d’entrée des immigrants du Proche-Orient), son antagonisme séculaire avec la Turquie (également membre de l’Otan), sa solidarité culturelle avec le monde orthodoxe, il n’est pas sérieux de ne pas prendre en compte les conséquences d’une possible déstabilisation du pays. Et cela ne se fait pas avec une calculette…

En fait, l’ « accord » de Bruxelles est essentiellement politique et idéologique. Il s’est agi de tuer dans l’œuf toute velléité de ruptures nationales avec le formatage néolibéral. Les électeurs, en particulier ceux d’Espagne, sont prévenus : leur éventuel vote pour Podemos n’aura strictement aucune incidence sur les politiques à mettre en œuvre. C’est à Bruxelles, à Francfort et à Washington (siège du FMI) que les choses se décident. Et pas plus à Madrid demain qu’à Athènes aujourd’hui.

Si l’on sous-estime cette priorité donnée à la domestication de peuples européens récalcitrants, on ne s’explique pas le caractère paradoxal, et à la limite irrationnel, des propositions en présence. Car la partie s’est jouée à fronts renversés, chacun des deux camps – un gouvernement contre 18 autres – défendant des positions qui auraient logiquement dû être celles de l’autre.

Du point de vue allemand, la décision d’Alexis Tsipras de faire passer le maintien de la Grèce dans la zone euro avant toute sortie de l’austérité aurait dû être accueillie avec empressement. Or Wolfgang Schäuble a multiplié rageusement les menaces de Grexit en ignorant complètement quelles pourraient en être les conséquences. Il a calmé ses nerfs en durcissant les conditions, pourtant déjà draconiennes, imposées à la Grèce. Son projet de « clause bye bye » était quelque peu improvisé et n’avait guère de chances d’être accepté par Alexis Tsipras qui y verrait une version allégée de sa bête noire, le Grexit.

Si l’on se place du côté des intérêts grecs, on voit rétrospectivement qu’ils auraient été mieux servis si le premier ministre avait fait siens les deux plans B allemands, et surtout le plan Schäuble de « congé sabbatique » de la zone euro. Il aurait fallu prendre le ministre des finances allemand au mot, et tabler sur sa phobie anti-grecque et son désir de réserver l’euro aux Etats « sérieux » pour négocier des conditions d’accompagnement favorables de la sortie – théoriquement provisoire – du dispositif de la monnaie unique.

Rien ne peut être pire que le plan décidé à Bruxelles et dont Tsipras a lui-même admis qu’il n’y croyait pas, tout en demandant à son Parlement de l’adopter... Le prix à payer est en effet énorme : la Grèce devient une sorte de territoire occupé, comme l’avaient été l’Allemagne et le Japon au lendemain de la deuxième guerre mondiale. La première différence entre les deux situations est que les forces d’occupation ne sont pas composées de militaires dirigés par un général américain, mais de civils des « institutions » sous le commandement suprême, mais à distance, de la chancellerie allemande.

L’autre différence, et elle est aussi de taille, est que, après une courte période « punitive » contre les plus notoires des criminels de guerre des pays de l’Axe, les puissances occupantes, qui avaient tiré les enseignements du traité de Versailles, s’inscrivaient dans la perspective de transformer les Etats vaincus en autant de marchés potentiels, en alliés idéologiques et en partenaires stratégiques contre l’Union soviétique et la Chine.

Rien de tel dans la démarche actuelle des « institutions » : pas question de composer avec les ennemis qu’elles ont mis sur leur liste noire, des ennemis non pas de l’extérieur, mais de l’intérieur, à savoir les peuples européens qui, par le suffrage universel, auraient l’outrecuidance de vouloir s’émanciper du régime de tutelle où les enferme l’appartenance à la zone euro.

Nul ne peut nier que l’Allemagne a remporté une victoire à Bruxelles, mais elle n’est que provisoire car, comme les précédents, le plan d’ « aide » adopté va dramatiquement aggraver les maux qu’il prétend combattre. Et la médiatisation européenne et même mondiale de cette expérience de laboratoire devrait permettre d’en dénoncer, à grande échelle et chiffres à l’appui, le caractère à la fois absurde et inhumain.

Il reste à la gauche radicale d’être à la hauteur des combats qui s’annoncent en abjurant son euro-angélisme primaire. Faute de quoi, c’est l’extrême-droite qui, par son discours sans ambiguïté, raflera la mise électorale et politique. Présenté comme l’emblème de l’idée d’Europe, l’euro risque au contraire d’en devenir le fossoyeur.

Voir aussi (Christophe Ventura, 14 juillet 2015) : Après « l'accord » insoutenable de l'Eurogroupe : un protectorat en Europe et une nouvelle ère sous domination de l'Allemagne

Cet article est le 141ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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5 juillet 2015 7 05 /07 /juillet /2015 23:37

 

Les grecs luttent pour la démocratie en Europe, à nous de les soutenir

 

Ce 5 juillet, le peuple grec a demandé aux créanciers de son pays le respect de sa dignité. C'est aussi un appel lancé à tous les responsables politiques européens pour qu'ils fassent de l'Europe un projet politique au service des citoyens.

Voir (site du JDD) : Pour Tsipras, le "non" grec ne veut pas dire "rupture avec l'UE"

Alexis Tsipras a réagi à la victoire du "non" dimanche soir, assurant que ce choix du peuple grec lui donne le droit de renégocier et non d'engager "une rupture" avec l'UE. "Il existe des solutions justes et viables. Je suis certain que la BCE comprend la dimension humanitaire de la crise dans notre pays", a-t-il souligné, répétant qu'il attendait un rééchelonnement de la dette nationale. "Quand un peuple a confiance, il peut surmonter de grandes difficultés, je vous remercie, indépendamment de ce que vous avez voté aujourd'hui", a-t-il aussi déclaré.

Voir aussi (site Europe1) : Référendum grec : conforté par la victoire du "non", Tsipras promet d'ouvrir une nouvelle page de l'histoire

 

Le Mouvement Républicain et Citoyen était présent en Grèce ce 5 juillet. Voir photo et site du MRC :

Le MRC présent en Grèce pour le référendum

Le MRC rencontre Syriza à Athenes

Il a pris une position très favorable à la démarche du gouvernement grec. Voir "La France doit refuser le coup de force de l'Eurogroupe et soutenir la Grèce" et « Contre la folie de Bruxelles, la raison grecque »

 

Les Grecs ont voté majoritairement « non » au référendum organisé par le gouvernement. Après six mois de bras de fer entre la Grèce et ses créanciers, Alexis Tsipras remporte une victoire importante en se faisant confirmer son mandat par le peuple souverain.

 Depuis six mois, les créanciers s’acharnent à faire plier la Grèce et son gouvernement élu pour lutter contre la politique d’austérité. Récessive, déflationniste, cette politique est dangereuse pour tous les pays d’Europe. La victoire de Syriza constitue un point d’appui historique pour desserrer la camisole de l’ordo-libéralisme européen. Les chefs d’Etat européens de gauche, à commencer par François Hollande, doivent s’en saisir. 

 Contre l’Europe folle et dépressive, Syriza incarne depuis six mois la raison et la fidélité à son mandat. Toute entreprise punitive d’expulsion de la Grèce serait une faute devant l’histoire. Les Etats européens et les institutions européennes doivent dès lundi assurer la stabilité de l’Union en soutenant l’économie et les banques grecques. 

 Il faut cesser d’abreuver le continent de fausses informations sur la situation de la Grèce mais il faut aussi prendre en compte l’impossibilité pour les Etats européens d’assumer les solidarités, les contraintes et les interdépendances qu’implique une monnaie unique. Prenons une année pour réinitialiser l’Euro en transformant la monnaie unique actuelle en une monnaie commune.

 

Rappel :

Les députés MRC à leurs collègues : le déni du 29 mai 2005 doit cesser

29 mai 2005 : le NON du peuple français était visionnaire et déterminé

La Grèce, talon d'Achille de l'euro, est bien décidée à obtenir un sursis

L'originalité de la Grèce avec Syriza est d'être pour l'Europe des peuples

 

Cet article est le 140ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

Le porte-parole du MRC, Bastien Faudot, le 5 juillet 2015, manifestant à Athènes après la victoire du NON au référendum

Le porte-parole du MRC, Bastien Faudot, le 5 juillet 2015, manifestant à Athènes après la victoire du NON au référendum

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31 mai 2015 7 31 /05 /mai /2015 21:35

 

Rejeter le traité transatlantique pour défendre l'intérêt des peuples européens

 

Nous vivons une crise démocratique qui aurait pu être évitée si les partis au pouvoir avaient su tenir compte du résultat du référendum du 29 mai 2005 (54,5 % des votants contre la ratification du traité constitutionnel européen). Or, d'un commun accord, UMP et PS ont franchi la ligne blanche en tenant pour nul le vote des Français et en acceptant, en février 2008, de ratifier le traité de Lisbonne - qui reprenait pour l'essentiel le même texte - par la voie parlementaire.

Rappel : 29 mai 2005 : le NON du peuple français était visionnaire et déterminé (29 mai 2015)

 

Les trois députés du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC)* ont adressé une lettre à leurs collègues de l'Assemblée nationale, dans laquelle ils constatent que "faute d’avoir été écouté, le peuple français se tourne vers des apprentis sorciers", et notamment le FN. Mais ils ouvrent aussi des perspectives en appelant leurs collègues à se mobiliser aujourd'hui contre le traité transatlantique qui "ne peut être accepté, écrivent-ils, les yeux fermés par notre gouvernement et notre Parlement."

* Marie-Françoise Bechtel, députée de l'Aisne, Christian Hutin, député du Nord et Jean-Luc Laurent, député du Val-de-Marne.

 

Cette lettre est reproduite sur le site de Marianne (30 mai 2015) sous le titre : 29 mai 2005 – 29 mai 2015 : et maintenant ?

 

Chers collègues,

Le 29 mai 2005, le peuple français dans sa majorité disait « non » au projet de Constitution européenne. Dix ans après, la portée de ce vote crève les yeux.

D’abord, par la justesse du diagnostic populaire. A travers la mobilisation d’un électorat à la fois progressiste et républicain, majoritairement composé de jeunes actifs, s’exprimait le rejet d’une Europe dans laquelle ni la démocratie, ni la prospérité n’avaient trouvé leur compte.

Prémonitoire, cet avis de tempête l’était effectivement. Depuis 2005, la crise aidant, l’affaissement de nombreuses économies européennes, l’incapacité de ses institutions à donner un projet d’avenir à l’Union européenne, la grave crise de l’euro qui n’est pas terminée, tout cela questionne en profondeur le projet européen lui-même.

Qui pourrait feindre de ne pas voir les conséquences de ces dérives ? Les tendances centrifuges, souvent contradictoires, qui travaillent des Etats membres de l’UE (Grèce, Royaume-Uni, Europe du Nord, demain peut-être l’Espagne), n’existeraient pas sans la panne du projet européen. De même d’ailleurs, la conscience par l’Allemagne de sa position dominante fonde une nouvelle politique d’intérêt national bien loin de la « solidarité européenne », branche morte à laquelle on ne s’accroche plus que par peur du vide.

 

En France, cette tendance centrifuge est incarnée par le Front national. Il est inutile de rappeler combien la progression de ce parti doit à ses choix anti-européens. Mais il est juste aussi de constater que le détournement de la volonté populaire n’a pas été pour rien dans ce succès. En votant le traité de Lisbonne, la classe politique et notamment les grands partis de gouvernement ont assumé une responsabilité politique très lourde.

C’est bien parce que cette même classe politique ne veut pas poser le problème européen dans les bons termes qu’elle laisse un boulevard au Front national, lequel pose ce problème dans les mauvais termes.

Seul le diagnostic est juste : l’abandon de la Nation, renforcé par la mondialisation, est organisé par l’Europe contre les peuples au détriment de la prospérité. Mais le Front national ne fait qu’alimenter de faux espoirs. Il n’offre aucune alternative quant à ce que pourrait vraiment devenir l’Europe : une Europe démocratique, progressiste, respectueuse des souverainetés, ce qui ne l’empêche nullement de coopérer étroitement dans de grands projets d’avenir. Les solutions du Front national sont irresponsables. Mais le danger est là. Faute d’avoir été écouté, le peuple français se tourne vers des apprentis sorciers.

 

Et maintenant ? Dix ans après le déni infligé par le Congrès à la souveraineté populaire, il n’est plus temps de se morfondre. Il est temps pour une classe politique dont l’opinion publique se méfie et, au besoin se venge, de redresser la tête. Une occasion lui est donnée aujourd’hui de le faire.

Le traité transatlantique négocié en lieu et place des Etats par une Commission européenne tout acquise à la domination américaine ne peut être accepté les yeux fermés par notre gouvernement et notre Parlement. Car de quoi s’agit-il réellement ? D’offrir aux Etats-Unis un complément au Trans-Pacific Partnership (TPP)  lancé en 2011 permettant à ce pays d’assurer son hégémonie des deux côtés du monde. Simultanément, nous sommes au cœur de l’offensive des grandes firmes internationales pour s’affranchir de ce qui reste de la tutelle des Etats. L’agriculture, l’industrie, la santé, les services publics, la défense même, tout est dans le paquet. L’alignement total de l’Europe sur l’ordre libéral s’achèvera avec la possibilité de permettre aux grands groupes multinationaux de contester devant les tribunaux de leur choix ce qui restera de la réglementation des Etats. Ce serait rendre définitivement impossible « l’Europe européenne », ce continent qui pourrait faire briller dans le monde un modèle différent,  fondé sur ses grandes conquêtes sociales, technologiques et culturelles.

Ensemble, ne renonçons pas. Appelons l’exécutif et le législateur, chacun dans le cadre ses compétences, à veiller de la manière la plus active à ce que les intérêts du peuple français et des peuples européens ne soient pas une fois encore foulés aux pieds.  

Voilà un projet qui rassemblerait les Français. Il devrait parler à tous ceux qui, de bonne foi, ne veulent pas l’abaissement de notre continent, pas plus que celui de notre pays. Quel message ce serait pour un peuple en perte de repères !

 

Voir aussi (Claude Nicolet) : - 29 mai 2005-29 mai 2015, la République piégée et confisquée

- (Francis Daspe, l'Humanité, 26 mai 2015) : La gauche et le trou noir du 29 mai

- (Coralie Delaume , 29 mai 2015) : Référendum volé de 2005 : joyeux anniversaire à tous les démocrates !

 

Cet article est le 139ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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29 mai 2015 5 29 /05 /mai /2015 23:35

 

La méthode communautaire et la stratégie fédéraliste sont dans une impasse

 

Le NON retentissant (à 54,5%) du peuple français à la ratification du traité constitutionnel européen, le 29 mai 2005, fut l'un des hauts faits de l'histoire de France. Nous en étions conscients, comme le montre le communiqué de presse du MRC 53, publié le lendemain du référendum. Voir Bilan du référendum européen 2005 - MRC 53

C’est une véritable performance électorale que les Français ont réalisée le 29 mai en refusant de ratifier le traité institutionnel, qualifié abusivement de « Constitution européenne ». 

Ce NON retentissant restera dans l’histoire comme la première intrusion des peuples dans la construction européenne et le début de la résistance populaire au néo-libéralisme en Europe. 

Enfin, l’Europe va entrer de plain-pied dans le débat politique national, ce qui n’était pas le cas en 2002 lors de la calamiteuse élection présidentielle sans débat, dominée par le verrouillage Chirac-Jospin. 

La gauche a manqué de lucidité, puis de courage politique, dans les années 1980 et surtout 1990, face à la dérive néo-libérale des institutions communautaires européennes. Sa politique s’est limitée à l’accompagnement de la mondialisation. 

 Le 29 mai ouvre de nouvelles perspectives pour la gauche.  

Il lui faut être fidèle à ses principes, à ses valeurs, et faire preuve d’imagination et de détermination afin de bâtir un projet répondant aux attentes citoyennes et apte à rassembler les énergies populaires.

C’est le début de la reconquête du pouvoir, un peu comme dans les années 1970, lorsque les socialistes se sont rassemblés autour d’un projet fédérateur.

On parlait alors de changer la vie et de rompre avec la logique capitaliste.  Il s’agit aujourd’hui de refonder la gauche sur des bases républicaines et de ne pas décevoir l’espérance du peuple, quand elle sera aux responsabilités aux niveaux national et européen.

 

Dix ans après, l'urgence de repenser l'Europe va finir par s'imposer, du moins peut-on l'espérer. Mais nous n'y sommes pas, comme l'écrit Jean-Pierre Chevènement dans une Tribune publiée par le quotidien La Croix ce 29 mai 2015. Voir Une décennie après, repenser l'Europe

Le rejet du projet de traité constitutionnel européen par le peuple français, par 55 % des suffrages exprimés, a exercé sur le gouvernement français un effet de tétanie jusqu’à l’élection présidentielle de 2007. Il est vrai aussi que le camp du non n’a pas su proposer une alternative sérieuse, faute que son candidat naturel, Laurent Fabius, se soit porté candidat à l’élection présidentielle de 2007. 
Candidat à l’élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy prétendait surmonter la difficulté par un « court traité ». En fait, le traité de Lisbonne, adopté en 2008 quand il fut élu président, a repris la quasi-intégralité du texte du « projet de traité constitutionnel », répondant ainsi au vœu exprimé par Angela Merkel d’en voir préservée « la substance ». Un Congrès fut réuni à Versailles pour adopter à la majorité des deux tiers la révision constitutionnelle nécessaire. Il faut le dire : ce véritable déni de démocratie n’a été rendu possible que par l’accord de l’UMP et du PS, et d’abord de leurs chefs. 

Or, c’était bien le manque de démocratie des institutions européennes qui était la principale motivation des partisans du non. Le message était clair : il n’y a pas de démocratie qui vaille en dehors d’un puissant sentiment d’appartenance que la France suscite mais que l’Europe – qu’on le déplore ou qu’on s’en félicite – ne suscite pas. 
Le déni de démocratie qu’a constitué le traité de Lisbonne ne pouvait qu’en aggraver la crise. Nous y sommes. Quel parcours chaotique depuis dix ans ! Crise économique de 2009, crise de l’euro depuis 2010, traité budgétaire européen coercitif en 2012 dépouillant les Parlements du cœur de leurs prérogatives, signé par Nicolas Sarkozy en mars et adopté tel quel en octobre sans avoir été renégocié. Sous la pression de la Commission européenne, le chef du gouvernement italien et le président grec sont remplacés. 
En 2015, la Grèce vote Syriza mais Bruxelles et Berlin, « les puissances décisionnaires », restent sourdes à l’expression de la volonté populaire. « Il n’y a pas de démocratie, déclare le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, en dehors des traités européens. » Par ailleurs, la crise ukrainienne, parfaitement évitable, aboutit à un conflit qui dresse l’Europe contre la Russie, inféodant ainsi durablement la première aux États-Unis. La sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (le « Brexit ») fera l’objet d’un référendum en 2016 ou 2017. 
Le centre de gravité de l’Europe s’éloigne ainsi toujours plus vers l’est, loin de la France et de ses intérêts fondamentaux. 
Cette impasse impose que la construction de l’Europe soit, pour l’avenir, entièrement repensée. Pour renouer avec la démocratie, il faut à la fois un objectif et une méthode. 
Un objectif : « L’Europe européenne » qu’appelait jadis de ses vœux le général de Gaulle, alliée mais non vassale des États-Unis, bref maîtresse de ses décisions. 
Une méthode : la démocratie et par conséquent la méthode confédérale, s’appuyant sur les nations où vit la démocratie, et donc à géométrie variable. Une Europe recentrée sur l’essentiel : l’économie, l’emploi, l’industrie, l’énergie, la défense et la politique extérieure. À partir d’un noyau dur : celui de l’Europe originelle à Six mais sans exclusive. 
Si on veut mettre de l’ordre dans la maison européenne, il faut outiller le seul organe légitime – le Conseil européen – pour qu’il puisse donner une impulsion politique continue, ramener la Commission à un rôle d’administration, rapprocher le Parlement européen des parlements nationaux et surtout transformer la monnaie unique en monnaie commune, réservée aux échanges internationaux. 
En réintroduisant de la flexibilité à l’intérieur du système monétaire européen grâce à un SME bis, on redonnera à chaque pays la compétitivité qui était la sienne en 1999. On fera l’économie de dévaluations internes ruineuses et désta­bilisatrices. Au lieu que l’euro fracture l’Union européenne, comme aujourd’hui, une monnaie commune permettra à chaque nation de retrouver un équilibre entre la valeur de sa monnaie et son niveau d’activité. En même temps un signe fort sera donné : le cap de l’unité européenne sera maintenu. 

Enfin, il va de soi qu’une « Europe européenne » doit se faire en partenariat avec la Russie, en faisant de l’Ukraine un terrain de coopération plutôt que d’affrontement. 
Le choix de la méthode confédérale peut aller de pair avec la reprise du legs communautaire dans ce qu’il a d’essentiel : le marché commun et les normes communes qu’il implique. Mais la méthode communautaire, elle, a fait son temps, c’est-à-dire la captation du pouvoir par vingt-huit commissaires que, dans la meilleure hypothèse, personne ne connaît et qui appliquent aveuglément des traités néolibéraux obsolètes et n’expriment en rien une quelconque volonté populaire.

Voir aussi (Jean-Luc Laurent, président du MRC) : 2005-2015 : Bastille ou Versailles

Le 29 mai 2005, les Français choisissaient de dire « non » à la Constitution européenne. Nous célébrons aujourd’hui une grande victoire démocratique contre la fatalité et la résignation, contre la fuite en avant obligée vers le fédéralisme européen, ce qu’on appelle l’européisme. 

Déjugé par le peuple, vaincu, le camp du « oui » n’a jamais cherché à en tirer les conséquences ou à répondre au rejet de la construction européenne libérale. Le camp du « oui » a temporisé un peu et saisi la première occasion pour faire adopter un Traité de Lisbonne en 2008. La méthode retenue pour déjuger le peuple souverain fut celle de la ratification par le Parlement réuni en Congrès à Versailles pour déjuger le peuple souverain : Versailles contre la Bastille. 

L’Europe n’est pas un complot extérieur, à chaque grande étape nous retrouvons des Français aux postes-clefs : Jean Monnet, Jacques Delors, Valéry Giscard d’Estaing… Bercy et Bruxelles vivent en symbiose depuis longtemps. L’Europe n’est pas un complot extérieur mais le champ de bataille d’une impitoyable lutte des classes, bien mise en évidence par le scrutin du 29 mai 2005. 

Depuis la crise des dettes souveraines, le leadership allemand est assumé et le couple franco-allemand n’est plus qu’un fantôme. Nicolas Sarkozy a consacré le suivisme français. Le traité budgétaire TSCG a été négocié à la va-vite pour finir de verrouiller les souverainetés budgétaires nationales. En 2012, la promesse non-tenue de renégociation constitue comme une réplique de la trahison de 2008, moins grave sur le plan des principes mais plus lourdes de conséquences. Depuis trois ans, ce renoncement européen condamne la gauche à décevoir et à mener des politiques contre-nature sous le drapeau de la « modernité » et de la « réforme ». La situation du pays est calamiteuse, celle de la gauche est le simple reflet de cette impasse. 

Le 29 mai 2005, les Français ont porté un coup à l’européisme. On n’entendra pas parler de si tôt de Constitution ou d’Etat européen mais l’adversaire s’est vite rétabli. Le combat continue contre une Europe qui se fait dans le dos des peuples, contre les peuples. Faire avancer l’Europe en 2015 implique de sortir des politiques d’austérité et transformer la monnaie unique en monnaie commune.

Et le courrier des députés MRC, Marie-Françoise Bechtel, Christian Hutin et Jean-Luc Laurent, aux députés au sujet des 10 ans du "non" au traité constitutionnel européen. Voir 29 Mai 2005 29 Mai 2015 Et Maintenant

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11 février 2015 3 11 /02 /février /2015 23:04

 

L’euro a besoin de confiance pour contrebalancer ses handicaps de naissance

 

Le nouveau gouvernement grec a décidé de négocier avec les instances européennes mais en respectant ses engagements électoraux. Ce qui est en jeu, c’est la sortie (ou non) de la zone euro, le « Grexit ». La bonne question est celle qui est posée par Romaric Godin, ce 11 février, sur le site de la Tribune : Zone euro: qui a le plus à perdre d'une sortie de la Grèce ? Extraits. 

Dans le bras de fer (à distance et via l'Eurogroupe et la BCE) qui se joue, ces jours-ci, entre la Grèce et l'Allemagne, la clé qui décidera in fine de tout, sera la peur du Grexit, la sortie de la Grèce de la zone euro. Sur le papier, personne ne veut de ce scénario, mais dans les faits, tout le monde joue avec la peur de l'autre (…).

Au final, on comprend qu'un Grexit fasse peur à tous. Mais, face au choix, les Européens pourraient penser avoir plus à perdre dans cette affaire que les Grecs qui, rappelons-le, viennent de connaître un enfer économique de cinq longues années.

Dans ce contexte, qui peut changer, il semble donc important de jouer la montre pour les Européens, sans avoir l'impression de trop céder (d'où l'action de la BCE). D'où, sans doute, l'avancée vers une solution temporaire, un "programme pont". Ce programme serait une première victoire pour Athènes : il prouverait qu'on accepterait, côté européen, de négocier...

 

Rappel sur les conditions à réunir pour la réussite d’une monnaie unique entre différents pays. 

Pour savoir s'il est préférable pour plusieurs pays d'adopter une monnaie unique ou de conserver chacun leur monnaie nationale, Robert Mundell (économiste prix Nobel d'économie en 1999) préconise que ces derniers comparent 4 critères qu'il pense obligatoire à uniformiser afin d'adopter une monnaie unique entre eux.

Les 4 critères nécessaires à mettre en place sont : la mobilité des travailleurs (ces derniers doivent être prêts à travailler dans n'importe quel pays de la zone), un mouvement libre des flux de capitaux, une économie diversifiée, un système fiscal qui permet de transférer des capitaux d'un pays à un autre. Si ces 4 critères ne sont pas réunis entre les pays et que ces derniers ont des réactions différentes aux chocs extérieurs, Mundell préconise aux pays de garder leurs monnaies nationales, ce qui leur permet de les faire fluctuer et donc de servir d'outils d'ajustement afin de préserver la stabilité économique du pays.

La zone euro ne respecte pas la plupart de ces conditions. Elle rassemble des pays dont les économies sont trop disparates.

 

Nicolas Gonzales, étudiant, a bien résumé le problème de l’euro (Facebook, 10 février 2015) :

La crise financière de 2007-2008 a constitué un choc exogène qui a déstabilisé l'ensemble de la zone euro, mais qui n'est nullement la cause de ses déséquilibres. Dès 2003-2004, les statistiques montraient la profonde divergence à l'intérieur de la zone euro et l'accumulation de dettes publiques et privées dans les pays du sud pour compenser cette divergence.

La constitution d'une Union monétaire ne rend donc pas une zone monétaire optimale de façon endogène : il est donc nécessaire de voir où nous en sommes des conditions "théoriques" de cette optimalité dans la zone euro aujourd'hui.

Petit rappel : pour qu'une union monétaire puisse, en théorie, fonctionner en situation de circulation imparfaite du capital et des travailleurs, il faut : 
1/ Un mécanisme de redistribution de nature fédérale, richement doté, des zones les plus riches vers les zones les plus pauvres
2/ Une harmonisation fiscale entre les pays composants l'Union monétaire
3/ Une harmonisation sociale entre les pays composants l'Union monétaire
4/ Une même politique monétaire sur l'ensemble de la zone.

Prenons quelques exemples d'actualité : 
1/ Le dernier budget communautaire est en légère baisse, et toujours bloqué à seulement 1% du PIB européen ; le refus d'une Union de transfert est une constante forte de l'Europe du nord
et particulièrement de l'Allemagne, qui ne consent son "aide" à l'Europe du sud que dans le cadre d'institutions para-européennes, de nature disciplinaire et instituant des politiques d'austérité ; le soutien européen aux régions les plus en difficulté s'est dilué avec l'élargissement ; la baisse des taux d'intérêts consécutive au lancement de l'euro n'a fait que renforcer des modèles de développements différents (dans leurs forces et leurs faiblesses) et n'a pas abouti à la moindre cohérence européenne d'ensemble ;

2/ La concurrence fiscale s'est développée au point de favoriser une forte progression de la fraude et de l'évasion fiscale (il suffit de penser à l'affaire HSBC) ; sur la longue période on observe une baisse continue de l'impôt sur les sociétés et des tranches élevées de l'impôt sur le revenu, et une hausse des impôts indirects les plus injustes, et notamment de la TVA ; 
3/ La concurrence sociale se traduit par un dumping permanent, qu'il soit institutionnalisé par des directives communautaires (les travailleurs détachés) où l'oeuvre de politiques de passager clandestin des différents Etats (l'Allemagne des années Schröder). Les politiques de déflation salariale sont aujourd'hui institutionnalisées dans l'ensemble des pays du Sud de la zone ;

4/ La politique monétaire unique des années 2000 n'a pas fait converger les taux d'inflation, ce qui montre qu'une part significative de celle-ci était structurelle et de nature institutionnelle et non monétaire. Les politiques d'austérité ont transféré ces taux d'inflations structurels différents vers une explosion du chômage, aboutissant à des taux d'inflations inférieurs à leur moyenne structurelle (situation qu'on peut déjà qualifier de déflationniste) et donc à des taux de croissance inférieurs à la croissance potentielle.

Ce rapide survol permet de voir que, puisque la zone euro n'est toujours pas une zone optimale, la seule façon d'empêcher son explosion sauvage consiste à institutionnaliser les politiques d'austérité ET de déflation. C'est en ce sens que l'euro est bel et bien la clé de voûte du capitalisme financiarisé dans sa version européenne continentale.

Une Europe fédérale, sociale et solidaire est bien, en théorie, une des possibilités de sortir de la crise, mais ses tenants doivent simplement nous expliquer comment ils comptent inverser le cours bien établi de l'histoire ! A défaut, une profonde flexibilisation de l'institution monétaire en Europe est, de toute évidence, indispensable à tous ceux qui envisagent toujours de transformer profondément l'économie, la société et le politique.

 

Bastien Faudot, dans son intervention lors de la conférence sur le thème « Faut-il sauver l’euro ? », le 28 janvier 2015, à l’Assemblée nationale, a bien précisé : "Il nous faut déterminer si la monnaie unique, dans sa configuration actuelle, est viable économiquement, socialement et au bout du compte, politiquement".

Voir sur son blog : "C'est pour sauver l'Europe qu'il s'agit de transformer l'euro"

Rappel (31 janv. 2015) : Débat organisé par le MRC le 28 janvier : évolutions possibles de l'euro

 

23:30Cet article est le 137ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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8 février 2015 7 08 /02 /février /2015 23:12

 

Les dirigeants grecs, souverainistes et pro-européens, sont à la manoeuvre

 

L’année 2015 a commencé de la meilleure façon avec la victoire électorale de Syriza en Grèce, suivie de l’alliance avec un petit parti souverainiste afin de constituer une majorité parlementaire et un gouvernement chargés de la mise en œuvre du programme présenté aux électeurs.

 

Voir, à ce sujet, cet article, daté du 31 décembre 2014, dans lequel Gaël Brustier explique ce qui fait l’originalité de Syriza : Perspectives 2015 : les citoyens grecs et espagnols sur la bonne voie

La percée des mouvements de gauche radicale dans les intentions de vote des citoyens grecs et espagnols signe le retour d'un penseur majeur de la gauche italienne du début du XXe siècle, Antonio Gramsci, et de l'idée de partir de l'expérience concrète des gens pour élaborer une vision du monde à laquelle ils adhèrent. Voir Podemos et Syriza vont-ils enfin combler le fossé entre la gauche et les classes populaires ?

Le nouveau gouvernement grec s’efforce de convaincre les autres dirigeants des pays membres de la zone euro de réorienter la politique européenne afin de permettre à la Grèce et à d’autres pays en difficulté de trouver des solutions durables à leurs problèmes d’endettement et de compétitivité.

 

La France a indiqué son accord avec cette démarche. Toutefois, en pratique, il faudra l’agrément des dirigeants allemands et le président de la République française n’a pas dévoilé sa position. Voir (Le monde, 4 février 2015) : Entre Hollande et Tsipras, l'entente cordiale… en apparence. Extrait.

En surface, ils sont d’accord. « La France doit jouer un rôle de protagoniste pour un changement de politique en Europe », a expliqué Alexis Tsipras. « Le dialogue entre la Grèce et ses partenaires européens doit se dérouler en vue de trouver un accord », a répondu François Hollande. La déclaration commune du président français et du premier ministre grec, mercredi 4 février après midi à l’Elysée à l’issue de leur premier entretien, a parfaitement respecté les formes. Mais ce premier contact n’augure en rien de la suite des événements, et du jeu exact que jouera Paris, dans les prochaines semaines, entre Athènes, Berlin et Bruxelles.

 

Cela vaut une réaction agacée et argumentée du président du Mouvement Républicain et Citoyen, Jean-Luc Laurent, député du Val-de-Marne, le 5 février 2015 : Pour le Président de la République, Alexis Tsipras est malheureusement un obstacle

Le Président de la République a reçu hier le Premier Ministre grec et a explicité son approche du dossier grec lors de sa conférence de presse. François Hollande choisit malheureusement le suivisme vis-à-vis de l’Allemagne. Il endosse même l’intervention scandaleuse de la Banque Centrale Européenne qui a décidé hier soir d’entraver le refinancement des banques grecques. 
Quand Alexis Tsipras devrait être un allié pour une réorientation d’une politique européenne qui est suicidaire, le Président de la République voit un obstacle à contourner. La soumission aux dogmes de Bercy, de Bruxelles et de Berlin conduit François Hollande dans l’impasse. 
L’erreur est triple. La Grèce ne sortira pas de l’impasse économique par un aménagement rhétorique de la Troïka et de son programme d’ajustement structurel néo-libéral. Politiquement, il est dangereux de laisser la technocratie européenne cracher au visage du peuple grec qui a voté pour une rupture raisonnable avec les politiques passées. Historiquement, mettre la France à la remorque de l’Allemagne fait reculer la construction européenne.

 

Le Premier ministre, Alexis Tsipras, s’est exprimé ce 8 février devant le Parlement grec. Voir (Le Monde, 8 février 2015) : En Grèce, Alexis Tsipras pose ses conditions avant les négociations européennes. Extraits.

Face au nouveau Parlement, le premier ministre a expliqué que son gouvernement veut tenir « toutes ses promesses » vis-à-vis des électeurs, tout en « honorant sa dette » vis-à-vis de ses créanciers.
Devant le nouveau Parlement grec, dimanche 8 février, le premier ministre, Alexis Tsipras, a prononcé un discours de politique générale dans lequel il a répété que son gouvernement veut tenir « toutes ses promesses » vis-à-vis des électeurs, tout en « honorant sa dette » vis-à-vis de ses créanciers. Mais, a rappelé M. Tsipras, la Grèce veut le faire via un « programme relais » et « ne veut pas d'extension du programme d'aide » internationale financé par la troïka (Commission européenne, Fonds monétaire international et la Banque centrale européenne).

« La Grèce veut servir sa dette », en « invitant les partenaires » du pays à « venir à la table des négociations pour discuter du moyen de la rendre viable », a détaillé le premier ministre. Il se donne jusqu'au mois de juin pour la création d'un « programme relais », mais estime que la conclusion d'un tel accord pourrait intervenir dans les quinze jours, malgré des négociations qu'il prévoit difficiles.

A ses yeux, ce « new deal », qui respecterait les règles communautaires, est la seule solution pour que la Grèce ne plonge pas dans une nouvelle récession, alors que sa dette représente toujours près de 175 % du PIB.

L'objectif de son gouvernement, a-t-il poursuivi, est de parvenir à un équilibre budgétaire, argument que la Grèce fera valoir lors des négociations. Sous les applaudissements des nouveaux élus, il a conclu en lançant : « La Grèce fait des proposition, elle ne reçoit plus d'ordres, et donnés par email en plus » (…)
Le ministre des finances, Yanis Varoufakis, sera aux premières lignes

pour présenter et vendre la politique du nouveau gouvernement lors d'une réunion à Bruxelles mercredi, à la veille du sommet des vingt-huit pays de l'Union européenne.

Dans une interview accordée à la télévision italienne Rai, dimanche, M. Varoufakis a expliqué que le problème de la dette grecque devait être replacé dans le cadre du rejet des politiques d'austérité dans l'ensemble de la zone euro et a mis en garde ceux qui voient la sortie de la Grèce comme solution aux problèmes actuels. « L'euro est fragile, comme un château de cartes. Si vous retirez la carte grecque, les autres s'effondrent. »

Si la plupart des partenaires européens, dont Berlin, ont fraîchement accueilli les propositions grecques présentées par Alexis Tsipras et Yanis Varoufakis pendant leur tournée cette semaine à Rome, Paris, Bruxelles, Francfort et Berlin, parvenir à un compromis à Bruxelles ne semble toutefois pas exclu. 

 

Voir les articles Économie sur Le Monde Diplomatique en février 2015. A noter cet article de Frédéric Lordon (6 février) sur son blog : Syriza cernée. Extrait.

On savait que l’expérience Syriza serait une leçon de choses en politique, la mise à nu, toutes technicités juridico-financières envolées, des ressorts fondamentaux de la puissance et de la souveraineté. De ses confiscations dans des institutions aussi. Nous y sommes – et encore plus vite que prévu. Comme on pouvait s’y attendre également, le lieu névralgique du rapport de force se trouve à Francfort, à la Banque centrale européenne (BCE). Ce qu’aucun article des traités européens ne permet juridiquement – mettre à la porte un Etat-membre – c’est la BCE, hors de toute procédure, par une opération entièrement discrétionnaire sans aucun contrôle démocratique, qui le peut. Et qui vient d’en donner l’avant-goût, dix jours à peine après l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement malséant, porté par un mouvement populaire ayant le front de réclamer la fin de l’absurde tourment auquel le pays a été soumis par notre chère Europe, un pays en situation de crise humanitaire [1] – au cœur de l’Union européenne (UE) et, plus encore, par l’Union ! –, un pays pour lequel, après quelques autres, il faudrait maintenant songer à formaliser juridiquement l’idée de persécution économique – et nommer les persécuteurs. Là contre, le peuple grec s’est donné un gouvernement légitime, mandaté pour faire cesser cet état de persécution. Un gouvernement souverain. Comme on le sait depuis longtemps, depuis le début en fait, à la question de la souveraineté, la réponse européenne est non.

 

23:30Cet article est le 136ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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Published by Michel SORIN - dans France et Europe
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