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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 16:35

 

Le théofascisme Daesh est un monstre né de l'effacement du politique

 

Cette fois-ci, après Nice et Saint-Eienne-du-Rouvray, les Français sont sonnés, persuadés qu'il va falloir subir les attaques terroristes à répétition sur le territoire national. Dans cet article, je propose une revue des articles de presse qui posent le mieux le problème. Car, la priorité est le bon diagnostic si l'on veut traiter le mal correctement. J'en ai retenu un, en priorité, celui paru sur le site de Politis, le 21 juillet 2016, qui est un entretien avec le psychanalyste Roland Gori. Voir L'Appel des Appels - Remettre l'humain au cœur de la société

Pour le psychanalyste Roland Gori, les auteurs des récents attentats sont les monstres du néolibéralisme. Daesh, estime-t-il, est l’arbre qui cache une crise politique profonde et sans issue immédiate, et qu’il devra pourtant falloir régler pour éradiquer ce terrorisme. Extraits.

« Daesh nous empêche de voir que la question majeure est politique »

(…) Politis : Alors que faire ?

Traiter politiquement le problème, et pas en réagissant immédiatement à l’émotion. En allant dans la direction de l’émotion, de la vox populi, Hollande signe la démission du politique, et ça, c’est très grave. La politique, ce n’est pas suivre les vagues de l’opinion publique terrorisée, mais les éclairer, les aider à penser ces tragédies.

Pour cela, il faut laisser le temps de l’enquête et essayer de comprendre ce qui nous arrive. Même si Daesh revendique les attentats – à Nice ou encore en Bavière, avec ce garçon de 17 ans qui a agressé des gens dans un train avec une hache – rien n’exclut que cela ne soit pas une revendication opportuniste. Daesh a tout intérêt à « ramasser » tous les crimes où peuvent exister, même a minima, des tensions inter-communautaires puisque cette lutte djihadiste d’un genre nouveau fait l’éloge d’une espèce de guerre civile à l’intérieur de l’Occident, et en particulier en Europe. C’est son fonds de commerce.

Daesh utilise les armes de l’adversaire : les médias, les vidéos, les sites des jeunes… C’est sa force, mais aussi sa faiblesse, puisque cela va conduire les terroristes à revendiquer des actes venant de personnalités peu « orthodoxes » et qui vont donc agir en contradiction avec les valeurs portées.

L’archipel « terroriste » tire sa force de son éparpillement, de sa mobilité, de son caractère protéiforme et opportuniste, mais dans le temps cela peut devenir sa faiblesse. Comme tout archipel, il risque la dispersion, la fragmentation, l’érosion. Allez expliquer aux populations martyrisées par Daesh – et parfois administrées avec rigueur et habileté, toujours avec opportunisme affairiste et cruauté extrême – qu’à Mossoul on passe les homosexuels par les balcons, et qu’à Nice on les transforme en « soldat » du « califat » ! Qu’écouter de la musique, c’est sacrilège à Raqqa et nécessaire aux « soldats » pour préparer la propagande d’embrigadement des jeunes !

Toutes les idéologies finissent par se discréditer du fait que leurs plus chauds responsables n’agissent pas comme ils disent, et ne disent pas comme ils agissent. Inutile d’en appeler à la raison pour « dé-radicaliser » (j’ai horreur de ce mot, faux-ami s’il en est !) … Il faut montrer, et montrer encore les contradictions. Et ne pas oublier, comme disait Marx, qu’« être radical c’est prendre les choses à la racine ». Alors, soyons radicaux !!

Vous avez parlé de « théofascisme » pour désigner Daesh, que voulez-vous dire par là ?

 

C’est la thèse que je défends avec force : je crois que les théofascismes sont les monstres que nous avons fabriqués. Notre modèle de civilisation est aujourd’hui en panne. La bonne nouvelle, c’est que la vision néolibérale de l’humain est agonisante, moralement ruinée, qu’elle n’est plus crédible. La mauvaise nouvelle, c’est que son agonie dure. C’est la définition que Gramsci donnait de la « crise » : « c’est quand le vieux monde est en train de mourir, et que le nouveau monde tarde à naître. Dans ce clair-obscur, naissent les monstres ». Nous y sommes.

L’idéologie néolibérale d’un homme « entrepreneurial » universel, guidé par sa raison technique et son intérêt économique, régulé par le marché et le droit occidental mondialisé, ne fait plus recette auprès des masses. Ce vieux monde les a appauvries et les fait souffrir tous les jours davantage. Ce néolibéralisme ne se maintient que par les structures institutionnelles de pouvoir, que par les affaires interconnectées de manière systémique, par les politiques des gouvernements acquis à cette cause. Mais les peuples n’en veulent plus.

Comme à la fin du XIXe siècle, comme dans l’entre-deux-guerres, aujourd’hui renaissent des «mouvements » de masse, nationalistes, populistes, racistes… qui cherchent désespérément une alternative au monde « libéral-universel des droits de l’homme-du progrès-de la raison » de cette «religion du marché » aux rites de laquelle on soumet les citoyens et les peuples. Mais ils n’en veulent plus.

Nous sommes gouvernés aujourd’hui, comme le disait Camus, par des machines et des fantômes. Dans ce clair-obscur, surgissent toutes les angoisses. Angoisses du chaos, de l’anéantissement réciproque, des incendies universels. Surgissent toutes les misères aussi, économiques, symboliques, du déclassement, de l’invisibilité. Enfin, toutes les passions enfantées par la haine et la peur. Là où Hollande a raison, c’est qu’il y a un risque de dislocation. Pas seulement de la société française, mais de plusieurs régions du monde, et en particulier de l’Europe. C’est de ces failles, sismiques, qu’émergent Daesh, les populismes, les racismes, le FN et consorts…

Vous les mettez tous sur le même plan ?

On voit émerger des mouvements violents, habillés de religion ou de marqueurs communautaires ou ethniques, qui captent la colère et le désespoir des masses face à cette crise de gestion néolibérale du monde. C’est, à la fois, une crise des pratiques néolibérales qui vivent sur une économie subprime, et des valeurs désormais en chute libre d’un capitalisme heureux. Les gens ne sont plus « croyants » de cette « religion de marché », et on leur demande de demeurer «pratiquants », et d’accepter de souffrir l’austérité pour mériter le paradis promis par la technocratie. Résultat : vous avez le Brexit, dont ceux-là mêmes qui l’ont promu, ne savent plus quoi faire !

J’ai souvent dit que cette émergence des théofascismes pouvait ressembler à ce qui avait pu se passer à la fin du XIXe siècle et au milieu des années 1920-1930, avec l’émergence des fascismes, du nazisme, des totalitarismes, lorsque, face à la crise des valeurs et des pratiques libérales, les masses se sont trouvées confrontées à une situation politique sans solution politique possible.

À ce moment-là aussi, face aux masses désœuvrées et esseulées, des mouvements de masse ont émergé, portés par des minorités audacieuses, violentes, organisées, capables, au nom du nationalisme, du racisme, des valeurs populistes les plus débridées, de contrôler et d’encadrer des individus déboussolés, des individus de masse. Dans ce qu’Hannah Arendt nomme le « désert », tout ce qui pouvait relier les humains entre eux - la religion, la politique, la culture, l’amitié -, se voyait menacé par les crises, économiques et symboliques.

Dans ce vide, différent et relatif selon les époques, bien sûr, l’angoisse de l’avenir et du devenir conduisait à chercher des repères et des identifications fusionnelles aux camarades des partis que les appareils organisaient de manière habile et drastique. Ces révolutions conservatrices sont nées des contradictions entre les belles idées libérales issues des Lumières (croyance dans la raison critique et le progrès, émancipation par le commerce, réduction de la misère par la technique et l’industrie…) et les pratiques des gouvernements « libéraux » bourgeois (les inégalités sociales, l’inféodation au commerce, le chômage de masse, la désaffiliation des individus de leurs liens familiaux…) (...).

A lire, par ailleurs :

- Le Monde Diplomatique, Pierre Conesa, février 2015 : Comment tarir les sources du recrutement salutiste armé

- L'Humanité (29 janvier 2016) : Marc Trévidic : « Une idéologie ne se combat pas par le Code pénal »

- Jean-Luc Laurent, député du Val-de-Marne, président du Mouvement Républicain et Citoyen, 22 juillet 2016 : Commission d'enquête terrorisme: les propositions de Jean-Luc Laurent

Rappel (15 novembre 2015) : Les attentats du 13 novembre à Paris, revendiqués par l'Etat islamique

 

Cet article est le 2920ème paru sur le blog MRC 53 - le 9ème, catégorie France et monde

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15 novembre 2015 7 15 /11 /novembre /2015 20:37

 

Un gang criminel veut conquérir l'Europe en profitant de sa faiblesse

 

La France était dans le viseur du groupe se faisant appeler « Etat islamique » et veut installer un califat au Moyen-Orient, avant de prendre le contrôle de l'Europe.

Rappel  (Les Echos, 14 novembre 2015) : 2015 : une année tragique pour la France et, tout particulièrement, les Attentats de janvier 2015 en France - Wikipédia

 

Notre pays a été frappé durement le 13 novembre, à Paris. Voir Attentats du 13 novembre 2015 en France - Wikipédia

Les attentats du 13 novembre 2015 en France, survenus dans la soirée du vendredi 13 novembre 2015, et revendiqués par l'organisation terroriste État islamique, sont une série de fusillades et d'attaques-suicide qui se sont produites à Paris dans les dixième et onzième arrondissements (restaurant Le Petit Cambodge, bar Le Ca. Rillon, rue Bichat, le Bataclanboulevard Voltairerue de Charonne,rue Faidherbe), et d'explosions survenues au Stade de France, à Saint-Denis.

Parmi les six attaques, la plus meurtrière a lieu dans la salle de spectacles du Bataclan, où des terroristes kamikazes tirent sur la foule assistant au concert du groupe Eagles of Death Metal. Des coups de feu visant des terrasses de restaurants et cafés font plusieurs dizaines de morts dans les 10e et 11e arrondissements de Paris. Dans le même temps, des terroristes se font exploser aux abords du stade de France, où se déroule un match amical de football France-Allemagne.

Un bilan provisoire fait état de 129 morts et de 352 blessés (dont 99 en « situation d'urgence absolue »). Parmi les sept terroristes morts, six se sont fait exploser, ce qui fait de ces assauts les premiers attentats kamikaze en France. Il s'agit des attentats les plus meurtriers perpétrés en France depuis la Seconde Guerre mondiale. Jamais un bilan ne fut si lourd en Europe depuis les 191 morts des attentats de Madrid du 11 mars 2004.

 

Voici un extrait du communiqué de Jean-Luc Laurent, président du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) concernant les Attentats du 13 novembre

(…) La gravité historique de ces attentats nous engage tous à être à la hauteur du moment. Nous saluons la réaction du Président de la République. La déclaration de l'état d'urgence sur l'ensemble du territoire, la fermeture des frontières, le deuil national de 3 jours, sont toutes des mesures pleinement justifiées par la situation exceptionnelle à laquelle nous sommes confrontés. Il conviendra aussi demain de s'interroger sur les circonstances qui ont rendu possible une attaque d'une telle ampleur. 
Nous devons faire preuve de sang froid et résister à la terreur. La France a été visée par les terroristes parce qu'elle est la France. Si nos valeurs font de nous une cible, elles constituent d'abord et surtout une fierté. Les Français savent faire face. La France doit intensifier sa lutte contre l’Etat Islamique pour l'éradiquer, et privilégier l’efficacité et le réalisme pour y parvenir
.

Voir aussi les déclarations de Jean-Pierre Chevènement :

- Communiqué de Jean-Pierre Chevènement

(…) Les défis se situent à l’intersection des conflits du monde arabo-musulman et des tensions internes de notre société. La menace vise la France et la République. La réponse c’est la France et c’est la République. C’est en appliquant nos principes et nos lois dans toute leur rigueur que nous préserverons la cohésion nationale. Nous finirons par isoler une poignée de criminels fanatiques semeurs de haine. 
Le patriotisme et le civisme du peuple français tout entier, c’est-à-dire de la communauté des citoyens dans leur ensemble, permettront de les éradiquer.

- JP Chevènement: « Que la République se manifeste comme un régime énergique »

(FranceTV info, 14 novembre).

Autres publications :

- L'Etat islamique, cancer du capitalisme moderne

- “L’Etat islamique est l’envers du décor sanglant de la mondialisation”

Myriam Benraad, spécialiste de l’Irak et du monde arabe associée au Centre d’études et de recherches internationales (CERI-Sciences Po), auteure d’Irak, la revanche de l’histoire (éd. Vendémiaire), analyse les causes profondes des attentats du 13 novembre, revendiqués par l’organisation Etat islamique.

 

Cet article est le 9ème paru sur ce blog dans la catégorie France et monde

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 23:29

Cette lettre n’a pas été adressée au président de la République

 

Pierre Charasse est un diplomate de carrière (1972-2009), qui a occupé différents postes dans les Ambassades de France en Union Soviétique, à Guatemala, à Cuba (1973-1983), au Mexique (1989-1993). Conseiller technique au cabinet de Claude Cheysson, Ministre des Relations Extérieures et Pierre Joxe, Ministre de l’Intérieur (1984-86). Consul Général à Naples (1986-1989), Barcelone (1996-2000). Ambassadeur en Uruguay (1993-1996), au Pakistan (2003-2005) et au Pérou (2005-2008). Ambassadeur Itinérant chargé de la coopération Internationale contre la criminalité organisée et la corruption (2000-2003). Chef de la délégation française à la Conférence des Nations Unies sur le commerce illicite des armes légères (2000-2001), au Xème Congrès des Nations Unies pour la prévention du crime et la justice pénale (2001), à la Commission des Stupéfiants (2001-2002). Secrétaire Général de la Conférence ministérielle “Les routes de la drogue de l’Asie centrale à l’Europe” (2003). Observateur du Gouvernement français au 1er et 2ème “Forum Social Mondial” (Porto Alegre). Membre du Conseil des Affaires Etrangères (2008-2009).

A effectué de nombreuses missions officielles en Europe, Asie, Afrique et Amérique latine. Pierre Charasse vit actuellement au Mexique.

Voir La Tour de Babel -La Torre de Babel | analyse critique de la mondialisation.

 

C’est en tant que Français de l’étranger, contribuable et électeur, que l’ancien ambassadeur a écrit une lettre - datée du 2 septembre 2013 - au président de la République française, mais sans lui adresser. Elle a été publiée par Mémoire des luttes, la Lettre d’information n° 36, septembre 2013.

Syrie : lettre de Pierre Charasse, ancien ambasseur, à François Hollande

 

Mexico, le 2 septembre 2013

 

Monsieur le président de la République, dans l’épreuve que subit actuellement l’humanité du fait de la présence d’armes chimiques en Syrie, vous avez pris la tête d’un grand mouvement mondial au nom de « l’obligation de protéger  » les populations civiles menacées. Vous avez très bien expliqué dans votre discours du 27 août devant vos ambassadeurs que c’était là la vocation de la France, comme elle l’a fait en Libye récemment, et qu’elle ne manquerait pas à son devoir. Votre détermination exemplaire devrait rapidement convaincre vos partenaires européens flageolants et les opinions publiques pleutres, en France, en Grande Bretagne, aux États-Unis et partout dans le monde, du bien-fondé d’une intervention militaire chirurgicale en Syrie.

 

Naturellement, comme vous l’avez rappelé le 27 août, « l’obligation de protéger » s’inscrit dans une démarche très réglementée par les Nations unies et incombe en premier lieu aux États concernés : protéger leur propre population. En cas de défaillance de leur part, c’est au Conseil de sécurité qu’il appartient de décider des modalités de mise en œuvre de ce principe. Sous votre conduite, la France s’honorera si elle fait respecter à la lettre cette avancée importante du droit international. Je suis sûr que le président Poutine sera sensible à vos arguments tout comme le président Xi Jiping et qu’ils ne feront pas obstacle à vos projets en opposant un veto au Conseil de sécurité. Peu importe que l’objectif final soit encore un peu flou, ce qui compte c’est la défense énergique de principes clairs.

 

De même, je suis sûr que d’autres pays suivront la France dans son intention de livrer des armes aux rebelles syriens, malgré les risques que cela comporte. M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères, a annoncé qu’il exigerait des destinataires des armes françaises qu’ils signent un « certificat d’utilisateur final ». Avec une telle fermeté, nous aurons l’assurance que nos armes ne tomberont pas entre les mains des combattants djihadistes du Front Al-Nosra-Al Qaida, qui font partie de la Coalition rebelle (encore très hétéroclite mais que avez le mérite de vouloir unifier, bon courage !) et ne se retourneront pas contre les pays occidentaux qui les ont aidé ou leurs rivaux au sein de la Coalition, voire des populations civiles.

 

Nous voilà rassurés. Al Qaida devrait comprendre le message fort que vous lui envoyez. Il est important de bien expliquer que notre ennemi reste le terrorisme international, même si de temps en temps, il faut se montrer pragmatique, comme disent nos amis anglo-saxons, et tendre la main à ceux qui veulent notre perte. Ceux-ci ne devraient pas être insensibles à nos gestes amicaux. Vos services devraient pouvoir sans peine démentir l’information diffusée par l’agence Associated Press selon laquelle des armes chimiques livrées par notre allié l’Arabie saoudite (le prince Bandar Bin Sultan, chef des services saoudiens de renseignement) au Front Al-Nosra-Al Qaida auraient été manipulées maladroitement par ces apprentis-sorciers.

 

Une fois ce point éclairci, vous aurez les mains libres pour agir sur la base des informations fournies par les États-Unis et Israël qui ont toute votre confiance. Toutefois, il ne serait pas inutile d’éviter que se reproduise le scénario de 2003 aux Nations unies lorsque Colin Powell a exhibé des photos truquées et un flacon de poudre de perlimpinpin comme preuves irréfutables de la présence d’armes de destruction massive en Irak ! Principe de précaution élémentaire. On vous fait confiance, c’est la crédibilité de la France qui est en jeu.

 

Quand aux objectifs militaires de cette opération, il paraît évident qu’ils doivent être en priorité de détruire, par des moyens aériens, les dépôts d’armes chimiques sans les faire exploser au nez de la population civile, ce qui serait un véritable désastre, et de neutraliser tous les engins qui permettent leur utilisation (missiles, chars, lance-roquettes etc.), sans mettre en péril la vie de nos soldats sur un terrain incertain. Si les Américains ont du mal à identifier les cibles, les services français de renseignement se feront un plaisir de leur fournir toutes les informations dont ils disposent, de telle sorte que l’opération soit courte et cinglante et que grâce à vous, les armes chimiques soient définitivement éradiquées de la planète.

 

Les populations que nous allons protéger auront un prix à payer pour le service rendu et doivent accepter d’avance les quelques centaines ou milliers de morts que peuvent provoquer les effets collatéraux de cette opération et leurs conséquences en cascade. Mais c’est pour leur bien. Si vous prenez la tête de la manœuvre à la place de vos collègues Obama et Cameron, qui semblent rétro-pédaler avant même que le coup d’envoi ait été donné, Bashar Al Assad comprendra très vite à qui il a affaire. L’Occident ne doit pas mollir, ce serait un mauvais signal au reste du monde, on compte sur vous pour tenir la barre fermement.

 

Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al-Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « Think-tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront la bonté de laisser aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts, comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes.

 

Après cette victoire pratiquement acquise d’avance, il vous appartiendra de porter ailleurs le message humanitaire universel de la France. Les crises sont nombreuses dans le monde, la liste des dictateurs sanguinaires est longue, et des millions d’hommes, de femmes et d’enfants attendent avec joie que la France puisse les protéger comme elle s’en est donnée la mission. On pense toujours à l’Afrique qui arrive au premier rang de nos préoccupations. Mais il y a le feu dans de nombreuses régions du monde. Une intervention humanitaire en Palestine serait la bienvenue, vous y songez certainement.

 

Au Mexique, on estime à 70 000 les morts provoqués par la violence des groupes criminels et des forces de sécurité et 26 000 disparus durant de sexennat du président Felipe Calderón (2006-2012). Après la première année du mandat du président Enrique Peña Nieto, on dénombre déjà 13 000 morts. En toute logique, avec de tels chiffres, la population civile mexicaine devrait être éligible aux bénéfices du programme « obligation de protéger » concocté par la « communauté internationale », même si celle-ci se réduit aujourd’hui à la France seule. Au point où nous en sommes, il faut bien qu’un pays se dévoue pour être l’avant-garde agissante d’une communauté internationale amorphe et irresponsable, « ensemble gazeux et incertain » comme a dit Hubert Védrine à propos de l’Union européenne. Mieux vaut être seul que mal accompagné. S’agissant du Mexique, on pourra tirer les leçons de l’intervention militaire française de 1862 et ne pas répéter l’erreur qui a conduit à la déconfiture les armées de Napoléon III : déclencher des opérations militaires injustifiées et lointaines qui dépassent nos forces.

 

Pour cela il faudra, mais vous l’avez évidement prévu, programmer davantage de moyens budgétaires, par exemple pour la construction de nouveaux porte-avions nucléaires, les avions et missiles qui vont avec. Le « Charles de Gaulle » rend de brillants services lorsqu’il n’est pas immobilisé dans nos arsenaux pour de trop longues périodes de révision, mais il aura du mal à répondre seul à toutes les demandes d’intervention, surtout lorsqu’il devra croiser dans des mers lointaines, exotiques et dangereuses. Je suis sûr que vous saurez persuader nos compatriotes que dans les circonstances actuelles, le monde occidental, pour poursuivre sa mission civilisatrice, pilier de la globalisation, devra s’en donner les moyens budgétaires.

 

On se souvient des contraintes qui ont empêché les forces françaises de frapper encore plus massivement la Libye. Leurs stocks de missiles se sont rapidement épuisés et le budget de la Défense n’avait pas prévu que l’abominable Khadafi, pourtant ami intime de votre prédécesseur, serait aussi peu sensible à nos problèmes budgétaires en opposant une résistance aussi farouche qu’inutile. La population, si elle est bien informée, acceptera certainement de bon gré l’augmentation des impôts et les coupes dans les dépenses publiques, notamment sociales, comme les bourses scolaires pour les français de l’étranger, ainsi que la réduction des moyens du réseau diplomatique, consulaire, éducatif et culturel français dans le monde si c’est le prix à payer pour que la France garde son statut de grande puissance mondiale. Tout est question de pédagogie.

 

Monsieur le président, vous n’êtes pas sans savoir que nos amis et alliés américains n’ont pas toujours une très bonne image dans le monde. La France, avec les présidents De Gaulle, Mitterrand et Chirac, a joui d’un grand prestige international, justement parce ce qu’elle parlait d’une voix différente de celle de ses alliés occidentaux. Le président Sarkozy a mis fin à cette tradition diplomatique, pensant que la France avait tout intérêt, dans le contexte de la mondialisation et face à la montée en puissance de nouveaux acteurs, à se fondre dans « la famille occidentale » et à réintégrer l’appareil militaire de l’OTAN, c’est-à-dire à mettre ses forces conventionnelles sous le commandement américain.

 

« O tempora ! O mores !  » comme a dit Ciceron en son temps. Mais vos ambassadeurs ont déjà dû vous signaler que dans de nombreux pays, la France est désormais perçue comme un relais servile de la politique américaine. Des épisodes récents, comme l’affaire Snowden avec l’interception du président bolivien Evo Morales lors de son survol de l’Europe, ont pu donner cette impression fâcheuse, mais je suis convaincu que vous n’aurez aucun mal à persuader vos interlocuteurs du monde entier que cette perception est erronée, car c’est en toute indépendance que vous avez confirmé l’ancrage de la France dans sa « famille occidentale ».

 

Enfin, je pense que vous avez réfléchi à la meilleure manière de protéger les populations mondiales des catastrophes humanitaires provoquées par le capitalisme mafieux et prédateur à l’origine des dernières crises économiques et financières. Il est probablement dans vos intentions de proposer à vos collègues du G7 et du G20 que vous allez rencontrer au Sommet de Saint-Pétersbourg de changer de cap pour mettre fin à l’économie-casino et à l’empire de la finance sans contrôle. L’opinion publique mondiale, les chômeurs en Grèce, au Portugal, en Espagne, en France et ailleurs, apprécieraient vraisemblablement des frappes chirurgicales sur le FMI, la Banque centrale européenne, la City de Londres, quelques paradis fiscaux « non-coopératifs » ou d’improbables agences de notation qui font plier les gouvernements.

 

Une telle cohérence dans l’application de « l’obligation de protéger » honorera la France et son président. En continuant sans relâche sur cette voie et en défendant comme vous le faites le droit international et les normes fixées par les Nations unies, il ne fait aucun doute qu’avant la fin de votre mandat vous rejoindrez votre collègue et ami Barack Obama dans le club très sélect des Prix Nobel de la paix. Vous l’aurez bien mérité.

Veuillez agréer, Monsieur le président, l’assurance de ma très haute et respectueuse considération.

 

Cet article est le 8ème paru sur ce blog dans la catégorie France et monde

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21 avril 2010 3 21 /04 /avril /2010 23:53

 

Ils disent NON à la dissolution de la France

 

Trois ans après avoir accédé aux plus hautes fonctions de l’Etat, le président Sarkozy se heurte à des difficultés tous azimuts. Il a réussi à éviter la confrontation sociale, en jouant de la division entre les organisations syndicales, mais il a perdu la confiance populaire, ce qui est constaté par les sondages d’opinion.

Homme de rupture, il a effectivement rompu avec tous ses prédécesseurs par sa volonté de mettre fin au « modèle » social et républicain national. C’est à ce niveau que ses opposants sont le plus déterminés. Jusqu’à présent, cette opposition est restée dans l’ombre. Elle a décidé, semble-t-il, de sortir du bois.

 

Le COMITE VALMY a pris l’initiative de célébrer le 5ème anniversaire du référendum du 29 mai 2005.

 

Le Comité Valmy, au sein de l’Arc Républicain de Progrès, appelle à célébrer le 5ème anniversaire du vote Non au référendum du 29 mai 2005

Il y a cinq ans, le 29 mai 2005, le peuple français a dit Non au traité européen. Depuis 2008 le résultat du référendum lui a été volé et l’expression de la souveraineté populaire a été violée. Il est vital de réagir ! En effet, humiliée par un pouvoir liberticide aux ordres des grands affairistes, étranglée par la construction européenne négatrice des droits sociaux, la France républicaine issue des Lumières, de la Révolution, des combats du monde du travail et des conquêtes de la Libération est en danger de mort :

● La république n’est plus qu’un mot vide quand l’exécutif bafoue la séparation des pouvoirs et quand la protection sociale est dépecée au nom de l’euro.

● La nation n’est plus qu’une façade quand le gouvernement, le MEDEF et l’Europe favorisent la colonisation culturelle de notre pays, le font basculer au tout anglais et y marginalisent le français.

● La cohésion nationale vole en éclats quand des masses d’ouvriers, d’enseignants, de chercheurs, d’ingénieurs, d’étudiants, d’agriculteurs, d’artisans, de petites et moyennes entreprises, de retraités, se sentent de trop dans leur propre pays transformé en Monopoly.

● La modernité n’est qu’un leurre grossier quand, au nom de la concurrence et de la compétitivité, une part croissante de la jeunesse est vouée au chômage et à la précarité.

● Quant à l’indépendance nationale et au rôle international de la France, aujourd’hui vassalisée par l’Union Européenne, ce sont des fictions masquant la soumission aveugle de nos gouvernants aux entreprises guerrières de Washington et de l’OTAN...

Mais comment changer cela alors que le pouvoir est confisqué par une nouvelle oligarchie et que la démocratie ne sert plus qu’à choisir ceux qui mettront en œuvre une politique élaborée, à Bruxelles, Berlin à Paris, hors de tout contrôle des citoyens ?

Face à cette trahison, l’opposition établie ne critique le pouvoir que pour la forme. La collusion UMP-PS est d’ailleurs si flagrante qu’une majorité d’électeurs fait désormais légitimement la grève des urnes. Quant aux extrêmes, droite ou gauche, agitant des leurres pour mieux dissimuler leur conformisme et leur soumission à l’euro-dictature, ils ne trompent plus grand monde.

Confrontés à cette urgence civique, les républicains patriotes, issus de toutes les sensibilités politiques, qui savent encore dire Non, doivent donc s’unir sur les principes d’indépendance nationale, de progrès, de démocratie et de coopération internationale qui inspiraient le programme du Conseil National de la Résistance.

L’appel de l’Arc Républicain de Progrès invite le peuple français à une véritable insurrection démocratique, car un régime et une Europe qui font la guerre aux nations souveraines et aux travailleurs en bafouant les principes de tout contrat social républicain ne sauraient être légitimes. Alors que les résistances se multiplient dans le pays, il est urgent de porter dans les mobilisations sociales les grandes exigences de la rupture progressiste à venir.

Pour en finir avec l’euro régionalisation féodale du territoire, pour que vive une République sociale fondée sur la souveraineté populaire et nationale, favorisant la participation du monde du travail aux affaires publiques et garantissant la solidarité comme la laïcité des institutions : il est impératif de proclamer la nécessité du retrait de la France de cette prison des peuples qu’est l’Union européenne.

Le Comité Valmy, au sein de l’Arc Républicain de Progrès, appelle à célébrer le 5ème anniversaire du vote Non au référendum du 29 mai 2005 : Rassemblement le 29 MAI 2010 À 15 heures à Paris, devant l’Opéra Bastille.

Pour en savoir plus sur le Comité Valmy, lire : Claude Beaulieu, président du Comité Valmy et Vers une insurrection populaire, républicaine, pacifique et démocratique ?

Le Réseau Vercors est tout jeune et beaucoup plus discret. J’ai eu connaissance de son existence par le site Politique Actu de Jean-Luc Pujo : "Vers un coup de force prochain en France ?" (Réseau Vercors).

 

Voici ce texte, reproduit par une source, réputée sérieuse (Mecanopolis est un site d'analyses et de décryptages de l'Informations politique, militaire & renseignement souvent très bien informé). Extrait.

 

La France est décidément un pays étonnant. La déréliction de l’appareil d’État français; la corruption et la vulgarité étalées au plus haut sommet de l’État; la désorganisation police-gendarmerie-armée; la destruction programmée de la Justice; le climat pré-insurrectionnel dans les banlieues où les livraisons d’armes se multiplient via des services étrangers de pays dit « amis » … le tout sur fond de crises économique et sociale dures, il n’en fallait pas plus pour que quelques hommes décident de s’organiser.

Le Réseau VERCORS le sait bien, un Homme décidé plus un Homme décidé égale une force. Pour le Réseau VERCORS, il s’agit de « stopper » le processus de « solution finale » appliquée à la Nation France.

Ne s’agit-il d’ailleurs pas, des mêmes forces financières et industrielles qui – ayant soutenu l’accession de Hitler au pouvoir en 1933 puis l’ayant lâché quelques années plus tard – cherchent aujourd’hui à détruire les Nations en Europe et en premier lieu celle primordiale de la France ?

Le Réseau VERCORS l’affirme : « Si la France tombe, toute l’Europe tombe« ! C’est dire que le réseau revendique également des appuis au delà des frontières françaises. Dans une logique de résistance totale, le Réseau VERCORS proclame la nécessité de restaurer la France, la République dans l’esprit du programme du CNR.

Réunissant d’après nos renseignements – Magistrats, Officiers d’actives, hauts fonctionnaires, militants et syndicalistes – le Réseau opérationnel « VERCORS » s’inscrit dans la vieille tradition française – celle des comités de Salut public, des Comités insurrectionnels et des Comités de grèves générales – de quoi prendre très au sérieux les informations qui nous parviennent.

La récente réorganisation de la sécurité autour de N.SARKOZY n’est d’ailleurs pas étrangère à ces bruissements qui inquiètent au plus haut sommet de l’État. La candidature de N.SARKOZY en 2012 – actée depuis son récent voyage aux États-Unis – ne peut que renforcer la détermination de ceux qui s’inscrivent dans un processus de libération de la France, notamment en se fixant pour objectif, la sortie immédiate de l’OTAN (…).

 

Ce qui est en cause, c’est la fin du gaullisme, ce que regrette Laurent Pinsolle dans cet article publié sur le site Marianne2 le 21 avril : Balladur piétine le gaullisme en fin de partie.

 

Cet article est le 7ème paru sur ce blog dans la catégorie France et monde

 

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5 juillet 2008 6 05 /07 /juillet /2008 16:01

La reddition d’un groupe des FARC, mise en scène

 

Je crois nécessaire de compléter les informations contenues dans l’article paru hier sur ce blog Ingrid Betancourt : une nouvelle vie commence, libre et périlleuse, concernant les conditions de libération du groupe d’otages par l’armée colombienne.

Le site www.rue89.com publie ce 5 juillet de nouvelles informations sous le titre :

 

Betancourt: opération militaire parfaite ou vaste mascarade?

 

Cet article est suivi d’un commentaire faisant état de la réflexion, datée du 4 juillet, de Claude-Marie Vadrot, journaliste intervenant sur le site Mediapart (Claude-Marie Vadrot).

 

Voici des extraits de Libération d'Ingrid Betancourt: ce que ne dit pas la version officielle.

 

Hollywood aura du mal à scénariser la libération d’Ingrid Betancourt. Le gouvernement colombien, avec l’aimable participation des Etats-Unis et d’anciens des services secrets israéliens, s’est déjà chargé de nous offrir un véritable conte de fées, prenant parfois les allures d’une bluette de série B.

Les médias prennent leurs lecteurs et leurs téléspectateurs pour des imbéciles en persistant à raconter sans le moindre recul, sauf celui de notre confrère Gilles Perez, et avec des trémolos dans la voix, le succès de «l’opération militaire » réussie par l’armée colombienne.

Ce n’est pas remettre en cause le courage d’Ingrid Betancourt, le plaisir d’apprendre enfin sa libération, ni son extraordinaire volonté de surmonter ses souffrances. Ce n’est pas minimiser le soulagement de ses familles. Mais le gouvernement colombien tente de vendre au monde entier comme un fait d’armes, ce qui n’est qu’une reddition d’un groupe des FARC.

Car ce groupe, il y a un peu plus de trois mois, avait fait savoir aux autorités colombiennes, qui s’en firent officiellement l’écho plus tard, qu’il était prêt à se rendre. Et qu’il était prêt à rendre les otages sous son contrôle, en échange d’une immunité et d’un départ en exil pour la France.

C’est vers la fin du mois de mars, comme le quotidien El Tiempo s’en fit l’écho avec l’interview d’un prêtre, que le groupe chargé de la garde d’Ingrid Betancourt et des trois « militaires américains » (nul ne les a vus d’ailleurs depuis leur libération mercredi) a officialisé ses contacts avec le gouvernement colombien. Le marché proposé par quelques chefs fatigués et désorientés était clair : la livraison de la quinzaine d’otages contre de l’argent et l’immunité.

Les différents recoupements effectués auprès de journalistes de Radio Caracol, la radio qui diffuse tous les jours des messages à l’intention des otages, de l’agence de presse Anncol (réputée proche des FARC) et de journalistes colombiens qui ne veulent pas s’attirer les foudres de la présidence de leur pays, permettent de reconstituer l’histoire d’une reddition transformée en opération militaire. Succès militaire qui permet opportunément de renforcer l’image de l’armée et d’un président par ailleurs occupé à faire modifier la constitution pour pouvoir se présenter une troisième fois à la prochaine élection présidentielle (…).

La Colombie fait échouer un processus de libération via l’Equateur

 (…) Ces deux guérilleros ont décrit la précision de l’attaque qui a détruit ce camp, attaque à laquelle ils ont échappé parce qu’ils s’étaient éloignés de quelques centaines de mètres. Ils ont raconté que cinq bombes ont frappé simultanément la vingtaine d’hommes qui y vivaient depuis quelques jours. Selon plusieurs sources, ces bombes ou missiles n’ont pas été largués par des avions colombiens mais par des appareils américains volant à haute altitude. Ils ont été guidés par le faisceau d’ondes émis par l’un des téléphones satellites utilisés par Raul Reyes.

Ayant réussi à se procurer quelques jours auparavant le numéro de ce téléphone, et en accord avec le gouvernement colombien, les responsables américains ont estimé nécessaire de mettre un terme à la négociation qui était sur le point d’être finalisée. La libération d’Ingrid Betancourt était alors programmée pour le 8 mars, journée internationale de la femme.

L’objectif de cette attaque, toutes les informations et tous les indices l’indiquent, était de remettre en cause la libération d’une otage médiatique. Car, dans ces conditions, cette libération aurait redoré la réputation d’une guérilla en perte de vitesse ; elle aurait été portée au crédit de l’Equateur, du Venezuela et de la France. La mort, dans des conditions mal éclaircies, le vendredi 7 mars, d’un autre dirigeant des FARC, Yvan Rios, ne pouvait qu’accentuer la tentation de rupture de tout processus de négociation.

Si ces deux opérations ont été concertées, il est évident qu’elles visaient à affaiblir la fraction des guérilleros désireuse de sortir de l’impasse et de négocier les libérations. Le président Correa de l’Equateur déclara alors publiquement : « Regardez la bassesse d’Alvaro Uribe, il savait qu’en mars douze otages allaient être libérés, parmi eux Ingrid Betancourt. Il le savait et il a utilisé ses contacts pour monter ce traquenard et faire croire au monde qu’il s’agissait de contacts politiques et pour lancer un écran de fumée sur son action injustifiable. »

Une négociation directe avec le groupe détenant Ingrid Betancourt

Une autre partie de poker politique pouvait alors être engagée par les Colombiens. Elle consista à prendre contact directement avec le groupe identifié gardant Ingrid Betancourt, et à le convaincre que la reddition était la meilleure des solutions.

L’armée se rapprocha d’eux ; elle cessa de harceler ce groupe d’une centaine de personnes. Ce qui lui a permis de se procurer plus facilement des médicaments et des provisions, pour les guérilleros et pour les otages. D’où l’apparence de meilleure santé des otages libérés mercredi : ils ont eu le temps de reprendre des forces, même s’ils n’étaient évidemment pas conscients de ce qui se tramait.

Il n’y a eu, en dépit de la version officielle, aucune infiltration des services spéciaux militaires. Simplement, avec l’aide logistique (et notamment le support de drones) américaine, le groupe a été suivi jour après jour pendant que se préparait par radio, et par l’intermédiaire d’un émissaire, le scénario de reddition. Scénario reposant, comme l’a expliqué Ingrid Betancourt, sur une évacuation de sécurité par une ONG imaginaire. De quoi faire admettre, à ceux qui n’étaient pas dans le secret, l’arrivée de plusieurs hélicoptères, puisque les FARC ne disposent pas de ce type de moyens aériens.

Il a évidemment fallu plusieurs semaines pour qu’un maximum de chefs du groupe soient convaincus. La condition de ce groupe des FARC étant d’abord l’impunité promise et l’assurance qu’aucun coup de feu ne serait tiré. Le contrat a été respecté. Vers le 15 juin, le gouvernement colombien a fait demander à la France si l’offre d’accorder l’asile aux rebelles, offre faite tant par Nicolas Sarkozy que par François Fillon, tenait toujours. La réponse ayant été positive, la phase finale de l’opération a été mise en route sans que les rebelles aient à se déplacer, les otages étant à peu près désormais « présentables ».

Il ne restait plus, au moment du dénouement, qu’à accréditer l’invraisemblable version d’une opération militaire surprise, résultat d’une opération d’infiltration. La réalité est moins glorieuse pour l’armée colombienne. Mais l’essentiel est la liberté d’Ingrid Betancourt et de ses quatorze compagnons de captivité.

Voir ces informations sur http://www.mediapart.fr/journal/international.

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4 juillet 2008 5 04 /07 /juillet /2008 16:08

Un parcours exceptionnel, une volonté farouche

 

C’est une personnalité hors du commun que la France va accueillir cet après-midi, deux jours après sa libération par l’armée colombienne, dans des conditions qui restent à élucider (la version officielle ne semblant pas crédible*).

 

Le formidable engagement de cette femme politique contre la corruption et le trafic de drogue en Colombie, son impétuosité juvénile, l’ont conduit à vivre, ou plutôt survivre, six ans et quatre mois dans la jungle, prisonnière des FARC.

 

Grâce à elle, son pays est placé sous les feux des médias, ce qui lui permettra, espérons-le, de résoudre ses conflits internes, cette guerre civile qui dure depuis plus de quarante ans, et de se rapprocher de la démocratie sur l’ensemble de son territoire.

 

La presse a abondamment traité de la libération de la candidate à l’élection présidentielle 2002 en Colombie. Je propose sur ce blog les liens avec les articles parus les 2, 3 et 4 juillet sur www.rue89.com. Ils aident à comprendre l’histoire de ce mouvement de guérilla (les FARC) et la vie mouvementée de la franco-colombienne (ces deux mots qui associent franchise et paix) Ingrid Betancourt.

 

Six ans otage des Farc, Ingrid Betancourt enfin libre

 

L'histoire des Farc, de la révolution au trafic de drogue

 

Betancourt: Royal et Sarkozy, entre polémique et récupération


Radio suisse romande et www.lemonde.fr

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 21:58

Un ordre international fondé sur la paix et la justice

 

Le site www.marianne2.fr a publié, le 30 avril, les 1er et 2 mai, une série de trois articles signés Edouard Husson, qui concernent la politique étrangère de la France.

Les deux premiers sont parus les 20 et 21 mai sur ce blog :

Edouard Husson : Les USA, la France et l'histoire monétaire - 20 mai,

Edouard Husson : la Chine, la France et la question de la démocratie - 21 mai.

 

Voici le 3ème, daté du 2 mai 2008 sur le site de Marianne ; il aborde les propositions pour un nouvel ordre mondial, ce qui implique une prise de distance de la France avec les USA.

« La France, caniche des puissants ou voix des opprimés ? »

Edouard Husson, historien, considère que la France est à une fourche de son histoire. Soit elle saura s'émanciper de la suprématie américaine et proposer un nouvel ordre mondial, soit elle perdra ses idéaux et son libre-arbitre à suivre sans courage les USA.

Il se peut que l'Iran ait franchi, mardi 29 avril 2008, le point de non-retour du point de vue américain. Un haut fonctionnaire du Ministère iranien du Pétrole a annoncé que, désormais, son pays ne facturerait plus aucune transaction pétrolière en dollars, uniquement en euros ou en yens.

 

L'Irak a été détruit pour avoir fait une annonce du même type en 2000. La question de la défense d'Israël, ou celle des armes de destruction massive, pèsent peu, aux yeux des Américains, à côté de la seule garantie matérielle subsistante d'un dollar toujours plus dévalué.

 

L'Iran est le deuxième pays producteur de l'OPEP et les Américains, en pleine crise financière, se sentiront particulièrement menacés par un adversaire qui sait où sont leurs points vulnérables. Il n'est pas étonnant qu'on recommence à parler d'une attaque américaine contre l'Iran à l'été.

Si les Américains déclenchaient un conflit contre l'Iran, on basculerait définitivement dans un autre monde, vingt ans après la chute du Mur de Berlin. La communauté des nations se polariserait définitivement entre ceux qui accompagneraient les Etats-Unis dans une folle tentative de maintenir leur mainmise impériale et ceux qui se coaliseraient pour faire émerger un nouvel équilibre mondial.

 

De quel côté la France se situerait-elle ? Si l'on en croit l'attitude du président Sarkozy depuis son arrivée au pouvoir, la France choisirait les Etats-Unis, au risque de perdre la confiance de tous ceux qui attendent qu'elle élève la voix pour tracer les contours d'un ordre international fondé sur la justice et la paix - ce que Jaurès et de Gaulle ont su faire, chacun à leur époque.

La France sera-t-elle réduite à l'insignifiance ?


Espérons que le pire sera évité dans les mois qui nous séparent de l'élection américaine; que George W. Bush ne choisira pas la fuite en avant, à la fois pour sortir de la crise monétaire et financière très grave dans laquelle se trouve son pays, pour rester dans l'histoire comme un «nouveau Churchill» et pour influencer le vote de ses compatriotes.

 

Cependant, même en l'absence d'une nouvelle guerre, la France se trouve à la croisée des chemins. Continuera-t-elle à défendre le désordre international entretenu par l'Amérique impériale ou choisira-t-elle, conformément au meilleur de son histoire, de servir la paix, la liberté et la justice ?

 

La France choisira-t-elle d'entendre la voix des peuples, comme les démocraties latino-américaines, qui ont beaucoup moins d'atouts politiques, militaires, économiques qu'elle et qui pourtant osent défier pacifiquement le grand frère au Nord du continent ?

 

La France saisira-t-elle l'aspiration universelle à la paix qu'exprime par exemple le souhait de la Corée du Sud de mettre en oeuvre une détente (et peut-être une réunification) avec la Corée du Nord, rêve régulièrement anéanti par les menaces américaines envers Pyongyang ?

 

La France négligera-t-elle d'entretenir l'espoir qu'avait suscité sa courageuse prise de position sur le conflit irakien au début de l'année 2003 ? Si tel était le cas, notre pays se réduirait à l'insignifiance - ce qu'exprime déjà la signature du traité de Lisbonne ou la rentrée dans le commandement intégré de l'OTAN.

Mission : proposer un autre ordre mondial


Des aspirations multiples s'expriment dans le monde, qui témoignent de ce que, vingt ans après la fin de la guerre froide, le monde voudrait enfin recueillir les «dividendes de la paix» dont les prive le «nouvel ordre international» proclamé par George Bush père et accompli par le fils.

 

Cependant, des phénomènes comme le néomarxisme altermondialiste, l'émotionalité du débat qui entoure la répression au Tibet, l'impuissance face aux massacres du Darfour ou le fondamentalisme islamique, montrent bien les impasses dans lesquelles la puissance impériale peut espérer adroitement enfermer ses adversaires.

 

Ce serait à un pays comme la France, situé au coeur du monde occidental, de proposer les contours d'une nouvelle communauté internationale au sein de laquelle on ait tiré les conclusions des erreurs passées :


1. Il ne peut pas avoir d'autre économie que celle respectant les lois du marché et la liberté du commerce international.

 

La France doit plaider pour un libéralisme authentique et ses esprits les plus lucides cesser d'appeler "néo-libéralisme" ce qui est un impérialisme anarcho-capitaliste.

Non, les Etats-Unis ne pratiquent pas le libéralisme; ils pratiquent un keynésianisme militaire au service d'une minorité de puissants qui espère profiter de la destruction de toutes les frontières pour faire main basse sur les richesses de la planète.

 

Pour contrer cette politique, qui est le contraire du libéralisme, il y a urgence à refonder le système monétaire international sur un étalon impartial. Le dollar, l'euro, le yen doivent être émis en référence à une valeur intangible dans un système de changes fixes.

 

D'autre part, il ne peut y avoir liberté du commerce qu'entre pays de développement équivalent. Le prochain gouvernement français devra avoir le courage d'affronter les multinationales en établissant, au besoin sans les partenaires européens, des taxes sur les produits importés des pays à très bas salaire.

 

Enfin la France devrait plaider pour le droit des pays souverains à exploiter eux-mêmes les ressources de leur sous-sol. C'est la condition d'un développement équilibré et la base d'un libéralisme authentique. La France devra montrer l'exemple en l'occurrence : signer des accords pétroliers équitables ; inclure la question de l'accès aux matières premières dans tout plan de paix pour le Darfour etc.


2. Il faut étendre le principe de la charte de Paris (processus d'Helsinki, qui a rendu possible la fin de la guerre froide en Europe), à l'ensemble des relations internationales.

 

C'est-à-dire que les frontières actuelles des Etats doivent être déclarées inviolables ; elles ne peuvent être modifiées qu'au terme d'un processus démocratique; encore faut-il tenir compte d'échecs dramatiques comme l'éclatement de la Yougoslavie : on doit tendre à la fois à l'intangibilité absolue des frontières et au renforcement de la démocratie en leur sein ; les droits de l'individu doivent définitivement être préférés à ceux des minorités.

 

Pour le succès d'une telle politique, il faut à la fois obtenir des dictateurs qu'ils s'engagent (comme les dirigeants soviétiques en 1975) à respecter les droits de l'homme et que l'Occident renonce au «droit d'ingérence», qui a doublement échoué - l'expérience montre que l'ingérence aggrave la situation des pays concernés et elle n'est exercée que dans les petits pays, tandis que l'on tolère les exactions des puissances contre leurs minorités, renforçant le sentiment, universel, que l'Occident pratique un double langage.


3. La France, puissance nucléaire, est crédible si elle encourage au désarmement.

 

Elle peut montrer l'exemple. Elle sera crédible si elle demande à Israël de jouer cartes sur tables et de révéler publiquement qu'il possède l'arme atomique, forçant ainsi l'Iran à dévoiler son propre jeu.

 

D'une manière générale, la France peut, aidée de la Chine avec qui elle partage la rationalité dans le développement de l'arme atomique (dissuasion du faible au fort, refus de l'empilement des armes au-delà de ce qui est nécessaire pour garantir l'invulnérabilité du pays) et d'une Russie qui s'est ruinée dans la course aux armements des années 1960-1985, aider à mettre fin à la prolifération nucléaire, qui est largement le produit de la peur inspirée par les Etats-Unis (et de leur nouvelle doctrine de l'emploi éventuel d'armes nucléaires tactiques).


4. La France doit combattre pour le multilinguisme, en particulier dans les organisations internationales.

 

J'ai fait l'expérience, récemment, d'une conférence internationale en Corée du Sud, où nos hôtes saisissaient la moindre occasion de parler une autre langue que l'anglais : l'allemand ou le russe, en particulier.

 

Pour notre pays, il ne s'agit pas seulement de défendre la langue française. Il faut défendre d'autres langues que l'anglais dans les relations internationales. La France jouerait sans doute un coup gagnant dans l'Union européenne et dans le monde si elle encourageait à l'utilisation de l'espagnol - une langue européenne, qui a tant contribué à la culture occidentale, qui est celle d'un sous-continent, et qui est de plus en plus parlée aux Etats-Unis - à côté de l'anglais dans les relations internationales.

Combattre pour la justice


La diffusion de la démocratie, l'économie de marché, la liberté du commerce, ne peuvent s'établir que dans la paix.

 

Le continent latino-américain ravagé par les guérillas, l'Afrique victime de toutes les convoitises des puissances, l'Asie ravagée par les impérialismes et les dictatures totalitaires au XXè siècle, le Proche-Orient compliqué, l'Europe marquée dans sa chair par deux guerres mondiales, n'aspirent qu'à une chose: la pacification des relations internationales et le développement économique dans la diversité culturelle.

 

La France, puissance moyenne, qui ne sera (plus) jamais gagnante dans la surenchère impériale, n'a qu'une seule carte à jouer : refuser d'être plus longtemps le caniche des puissants, se faire la voix des opprimés - non pour les encourager à des révoltes stériles mais pour l'avènement d'un nouveau concert des nations. «La France n'est écoutée et puissante que lorsqu'elle combat pour la justice» aimait à dire Jaurès.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 19:50

Les dirigeants chinois ont peur du peuple

 

Le site www.marianne2.fr a publié, le 30 avril, les 1er et 2 mai, une série de trois articles signés Edouard Husson, qui concernent la politique étrangère de la France. Le premier est paru hier sur ce blog : 20 mai 2008 Edouard Husson : Les USA, la France et l'histoire monétaire.

 

Voici le deuxième, publié le 1er mai 2008, sur les relations entre la France et la Chine, dans lequel l’auteur est fort critique vis-à-vis du locataire actuel de l’Elysée.

"Sarkozy soigne ses amis patrons, et donc le régime chinois"

Selon Edouard Husson, historien, la manière dont Sarkozy a géré la crise tibétaine montre bien son incapacité à poser la question de la démocratie chinoise, et à se rendre indépendant de ses amis patrons pour prendre des décisions courageuses.

Curieusement, dans le bilan dressé ces jours-ci de la première année de mandat de Nicolas Sarkozy, on parle peu de la politique étrangère. Il y aurait pourtant là autant matière à critique que dans les autres domaines.

 

On peut même affirmer que c'est le secteur dans lequel l'action du nouveau président a été la plus catastrophique. En effet, la diplomatie était sans doute le dernier champ où la France gardait une marge de manoeuvre - l'opposition, bien que très timide avec le recul, de Jacques Chirac à la guerre en Irak l'avait démontrée.

 

En politique économique, cela fait longtemps que la France n'a plus de marge de manoeuvre, du fait de l'euro, bien sûr, mais encore plus du fait de l'endettement français, qui rend le pays éminemment vulnérable - Nicolas Sarkozy est en train de s'en rendre compte. En politique étrangère, en revanche, la voix de la France comptait encore et la nouvelle équipe au pouvoir est en train de dilapider le peu de capital qui nous restait.

Il ne s'agit pas du Tibet, mais de démocratie en Chine


L'épisode des protestations contre la Chine à propos du Tibet est particulièrement révélateur. La France n'a aucune politique chinoise, sinon celle du suivisme.

 

On prête à Nicolas Sarkozy cette remarque: «On me reproche de ne pas assez faire pour le Tibet. Ce n'est pas de ma faute si De Gaulle a oublié d'envisager la question quand il a reconnu la Chine en 1964». Le chef de l'Etat nous a habitués, depuis un an, à tant de bévues, qu'il n'en est plus à une près.

 

De Gaulle a reconnu un Etat qui avait, au milieu du XXe siècle, violemment rejeté l'impérialisme occidental amorcé par la Guerre de l'Opium au milieu du XIXè siècle ; le président français de l'époque pensait qu'il n'était pas bon qu'une puissance de cette dimension restât à l'écart des relations internationales - ni pour elle-même (Grand Bond en avant, Révolution culturelle), ni pour le monde (danger du face-à-face américano-soviétique).

 

Que De Gaulle ait reconnu la souveraineté de la Chine populaire sur le Tibet, qui s'en étonnera : Nixon a-t-il fait autre chose au début des années 1970 ? Les grandes entreprises européennes ou américaines qui fabriquent en Chine ce qu'elles revendent dans nos pays ne semblent pas se soucier plus que cela des droits de l'Homme au pays des héritiers de Mao. Personne n'avait fait pression sur le Comité Olympique International lorsqu'il s'est agi de retenir la candidature de Pékin à l'organisation des Jeux Olympiques.


Il ne s'agit pas d'être cynique mais de prendre conscience du fait que la question n'est pas la souveraineté de la Chine sur le Tibet. Qui soutiendrait sérieusement que le meilleur moyen d'améliorer le sort des Tibétains est de déclencher une guerre mondiale ?

 

La question n'est pas non plus celle des droits des Tibétains: c'est celle de la démocratie pour la Chine entière. Et de ce point de vue, on peut plaider pour la tenue des Jeux Olympiques en pensant qu'ils forceront la Chine à s'ouvrir au monde au-delà de l'économie. C'est un point de vue défendable - mais insuffisant.

 

Des patrons qui jouent le jeu du régime chinois...


La grande question est celle du développement de l'économie chinoise. Nos entreprises sont entrées dans la logique de la dictature post-communiste : produire en Chine, avec une main d'oeuvre quasi-gratuite, pour les marchés occidentaux. Ce n'est pas ce pour quoi nos entreprises ont, à l'origine, voulu s'installer dans le pays : au départ, il s'agissait d'avoir accès au marché chinois.

 

Mais le régime retardera autant que possible le développement économique de sa propre population, de peur que l'émergence de classes moyennes nombreuses ne fasse inéluctablement triompher la démocratie.


Si le pouvoir politique jouait son rôle, au lieu de courir après les contrats pour les entreprises transnationales, il conditionnerait l'accès de produits venus de Chine au marché français et européen à des règles strictes : obligation pour la Chine d'absorber une partie de la production des entreprises françaises en Chine, imposition aux partenaires européens du principe d'une «taxe sociale» sur les produits venus de Chine (la France reprenant sa liberté si l'Europe ne joue pas son rôle sur ce sujet), contrôle très strict des transferts de technologies, etc.

... et un président soumis aux patrons


Le gouvernement de Nicolas Sarkozy aurait pu rompre avec la mollesse de son prédécesseur sur tous ces points. Au lieu de cela, il laisse tout aller à vau-l'eau.

Et quand l'opinion s'émeut, à juste titre, de la répression au Tibet, on laisse avec la même mollesse dégénérer les manifestations antichinoises sur le sol français, puis insulter la France par des étudiants chinois, téléguidés par le pouvoir, qui ornent le drapeau français de croix gammées et réclament la libération de la Corse ! De Gaulle aurait convoqué l'ambassadeur de Chine pour moins que cela !

La politique du chien crevé au fil de l'eau. Tel semble bien être le seul moteur de la politique chinoise de la France. Qu'un président de la République soit devenu incapable d'expliquer à l'opinion que la question qui importe, ce ne sont pas les droits des seuls Tibétains mais ceux de tous les citoyens chinois, qu'on ne peut pas protester sur le Tibet mais continuer à se fournir dans les supermarchés où triomphe le «made in China», voilà qui montre une absence totale d'imagination et de courage de la part des gens qui nous gouvernent.

 

Il est vrai que Nicolas Sarkozy est l'ami - le relais même - des grands patrons qui font fabriquer massivement en Chine. Il n'est pas libre.

 

Il est, comme nous le verrons dans notre prochain article, condamné à être un défenseur structurel du système monétaire qui verrouille les rapports de force dans le monde.

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 22:38

Un système monétaire international pervers

 

Sarkozy n’est pas de Gaulle, ce n’est un secret pour personne ! Edouard Husson a montré, dans un article paru le 30 avril 2008 sur www.marianne2.fr, ce que fut la politique des USA vis-à-vis du dollar, et les réactions des présidents français. Il y a des leçons à tirer de ces observations historiques.

« Sarkozy incapable de tourner la page du dollar »

Edouard Husson, historien, voit dans l'histoire monétaire française, a fortiori dans les volontés du président, une incapacité à sortir du «système dollar» alors que la réalité devrait nous pousser à se tourner vers les nouveaux grands : Russie, Chine, Japon...

Le 4 février 1965, le général de Gaulle prononça ce qui fut sans doute l'appel le plus important de sa présidence - et l'un des moins compris. Il attira l'attention du monde sur les dysfonctionnements de l'économie mondiale qu'allait bientôt entraîner le système monétaire international tel qu'il avait été conçu à Bretton Woods.

 

Disposant de la seule monnaie convertible en or, monnaie dont ils avaient fait un moyen de réserve international, les Etats-Unis pouvaient s'endetter à volonté puisque le reste de l'économie mondiale avait besoin de dollars pour garantir sa propre fabrication de monnaie.

 

En fait, comme le montrait De Gaulle, qui avait parfaitement intégré les leçons de Jacques Rueff, on avait passé le point d'équilibre : la quantité de dollars en circulation dans le monde était déjà telle que la monnaie américaine se dévaluait de fait. Il fallait refaire de l'or, disait-il, le point d'ancrage du système monétaire international.

De Gaulle, seuls contre tous, à gauche comme à droite


Que ne s'est-on payé la tête de De Gaulle à l'époque ! Sa conférence de presse fut la première d'une série d'analyses lucides de l'état du monde (les discours de Phnom Penh, de Montréal, de la conférence de presse sur la Guerre des Six jours), qui se révélèrent toutes prophétiques, mais qui coupèrent progressivement l'ancien chef de la Résistance française des faiseurs d'opinion, puis ébranlèrent la confiance d'une partie des Français.

Le mythe d'un président trop vieux se répandit, complaisamment entretenu par la presse anglo-américaine. Pensez-vous, De Gaulle croyait encore à ces vieilles lunes, il n'avait pas lu Keynes, le pourfendeur de la «relique barbare», l'or ! Personne ne suivit le président français, ni ne comprit la portée de ses avertissements.

C'était l'officier de la Première Guerre mondiale qui comprenait comment les Américains entretenaient, au Vietnam ou dans la multiplication des missiles intercontinentaux, l'esprit de la Guerre froide - grâce à une fabrication potentiellement illimitée de dollars, pourvu que le «monde libre» marche dans la combine.

 

Et tout cela afin de doper, par un «keynésianisme militaire», leur économie soumise à toujours plus rude concurrence (européenne dans les années 1960, asiatique depuis les années 1970).

A l'opposé, les soixante-huitards pacifistes sont devenus, avec les années et malgré leur slogan «Faites l'amour, pas la guerre», les garants du système américano-centré.

 

Dans les années 1980, ils ont découvert l'argent facile mis par les Etats-Unis à la disposition du reste du monde, et ont vite oublié leur vieille détestation de l'impérialisme américain. Ils ont toléré, puis encouragé, un système international où le pétrole a remplacé l'or comme garantie matérielle du dollar, ce qui conduit les Etats-Unis a défendre toujours plus agressivement le contrôle qu'ils exercent sur les approvisionnements pétroliers - au risque d'embraser le Moyen-Orient.

 

Ils ont participé toujours plus activement à l'accaparement toujours plus frénétique par une minorité d'individus toujours plus voraces d'un dollar-papier toujours plus dévalué et des produits financiers fondés sur lui à la valeur toujours plus hypothétique. Il n'y a pas d'autre explication sérieuse à la croissance des inégalités dans le monde.

La prise en otage des économies par le dollar


Si l'esprit européen avait été une réalité à la fin des années 1960, les membres du Marché commun auraient fait bloc derrière De Gaulle et exigé des Etats-Unis qu'ils remettent de l'ordre dans leurs finances et qu'ils adhèrent sérieusement à l'esprit de détente.

Mais les Etats-Unis n'eurent rien à craindre : on se moqua de De Gaulle, on se réjouit de son départ.

 

Personne ne s'opposa au coup d'état monétaire d'août 1971, lorsque Nixon annonça que les Etats-Unis n'honoreraient plus la convertibilité en or du dollar - le président Pompidou et son ministre des Finances Giscard capitulèrent comme les autres Européens. Et depuis plus de trente ans, le monde a dû subir un système monétaire international pervers où les déficits américains servent à financer la croissance monétaire mondiale, où les Etats-Unis drainent jusqu'aux trois quarts de l'épargne mondiale.

Car lorsque l'on a des dollars-papiers toujours plus nombreux - et donc valant en réalité toujours moins - on n'a guère d'autre perspective que de les replacer aux Etats-Unis en espérant que la force de travail des Américains, leur ingéniosité financière et leurs dépenses de défense en maintiendront la valeur.

Un système américano-centré tenu par la peur de l'effondrement


Il y avait quelque chose de pathétique dans l'opposition, en 2003, de Jacques Chirac et Dominique de Villepin à la guerre en Irak. Ils étaient lucides politiquement, mais incapables de comprendre l'envers du décor. Les pays, toujours plus nombreux, qui à la suite de la France et de l'Allemagne, se sont opposés à la guerre, ne semblaient pas voir que c'était la communauté internationale qui donnait, malgré ses critiques, aux Etats-Unis les moyens de financer leur appareil de défense et la guerre.

 

Comment les Etats-Unis peuvent-ils dépenser 50 milliards de dollars par mois pour leur défense, quand ils ont besoin de la même somme, mensuellement, pour combler leurs déficits de toutes sortes ? Parce que le reste du monde (épargnants européens, investisseurs des pays producteurs de pétrole, banques centrales asiatiques) continue à couvrir ces déficits sans broncher depuis des années.

Ce que Chirac et Villepin dénonçaient n'était que la face émergée de l'iceberg. Mais leur combat venait au bon moment, malgré l'insuffisante compréhension des mécanismes en jeu.

En effet, George W. Bush restera dans l'histoire comme le président qui aura poussé à bout les ressources du système mis en place par Nixon, au point de le détraquer.

 

Durant les six premières années de sa présidence, la masse monétaire américaine, tous produits confondus, a augmenté de 20% par an - pour amortir le krach des actifs boursiers, entretenir la consommation américaine et financer les guerres américaines. Depuis le début de la crise des subprimes, on en est à au moins 5% par mois. C'est-à-dire que, sous notre ami W, la masse monétaire américaine aura historiquement triplé.

 

Autant dire que les Etats-Unis ont détruit la monnaie de réserve internationale. Le système ne continue à tenir que parce que le reste du monde, à commencer par la Chine, ne veut pas voir s'évaporer en quelques jours d'immenses réserves en dollars sur lesquelles repose le financement de son économie.

Mais nul ne peut dire ce qui l'emportera, des forces de destruction inhérentes à la politique «néo-conservatrice» (quelle ironie dans cette auto-désignation!), ou des tentatives de stabilisation de la situation par les grands acteurs internationaux.

On saisit le contresens commis par Nicolas Sarkozy lorsqu'il veut re-solidariser la France aux Etats-Unis au moment où il faudrait se concerter activement avec la Russie, la Chine, le Japon et les pays pétroliers pour poser les bases d'un système monétaire international assaini.

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Published by SORIN Michel - dans France et monde
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