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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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31 janvier 2015 6 31 /01 /janvier /2015 23:36

 

Le projet MRC de transformer l’euro en monnaie commune a intéressé

 

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La salle Colbert de l’Assemblée nationale était pleine le 28 janvier, à l’appel des députés du Mouvement Républicain et Citoyen : Jean-Luc Laurent (Val-de-Marne), Marie-Françoise Bechtel (Aisne) et Christian Hutin (Nord). C’était une première « Rencontre du MRC » sur un thème peu débattu à gauche, car mettant en évidence des visions différentes sur la question de l’euro.


Rappel : Mercredi 28 janvier, rencontre MRC sur le thème : faut-il sauver l'euro ?

 

Un écho de la soirée est publié sur le site du MRC. Voir Revivez la Rencontre MRC "Faut-il sauver l'euro ?"

 

 

Je vais ici résumer ce que j’ai entendu, exprimé par les intervenants et au cours du débat.

 

Romaric Godin, rédacteur en chef adjoint à La Tribune, voit dans l’euro une construction brinquebalante d’inspiration néolibérale au bénéfice de l’Allemagne, dans laquelle les inégalités se creusent. La gouvernance de la zone euro n’a pas pour but la solidarité entre ses membres mais le sauvetage de l’existant en plaçant des rustines pour colmater les difficultés des pays endettés. Les politiques économiques sont asphyxiantes pour les économies des pays membres. Si l’Europe est en crise, c’est, en grande partie, la faute à la zone euro. L’austérité ne permet pas de rétablir la confiance. La démocratie était neutralisée jusqu’au résultat de l’élection en Grèce. L’Europe est représentée par une idéologie, une foi, et c’est la foi qui sauve l’euro.

Les alternatives sont la sortie de la zone euro, qui peut se faire de plusieurs façons - sans se faire la guerre - et la réforme de la zone euro dans le sens d’une plus grande solidarité, de manière à faire une véritable économie de la zone euro, un ensemble économique cohérent, comme le demande Syriza. Mais l’Allemagne ne veut pas payer pour les autres. Ce sont les pays pro-européens, fédéralistes, ayant une superstructure néolibérale, qui sont contre un pays favorable à une zone euro cohérente, mettant en œuvre une solidarité interne.  Ils dominent à Bruxelles.

 

Guillaume Balas, député européen PSE, secrétaire général d'Un Monde d'Avance, rappelle sa proximité avec Jean-Luc Laurent depuis la campagne du référendum européen de 2005. Il souhaite une réflexion rationnelle autour de l’objet politique qu’est l’Europe. L’euro est atteint d’un défaut de conception à l’origine. C’est une monnaie sans objet macroéconomique de régulation, qui est transformée, notamment outre Rhin, en institution. Il faut une manière laïque d’envisager l’euro. Quatre scénarios : 1- On continue comme actuellement, mais cela ne marche pas. 2- Tsipras se tient à ses exigences et c’est la crise. L’Allemagne pousse la Grèce à la sortie de l’euro, ce qui ne serait pas une bonne nouvelle pour la France. Le débat à ce sujet au sein de la droite allemande n’est pas rationnel. C’est assimilé à une question de morale, d’identité. 3- La monnaie commune est une solution de recours intéressante, au cas où le 4ème scénario ne marcherait pas. Il faudrait faire le deuil de la solution fédérale pour passer à la confédération, peut-être plus réaliste. 4- C’est le scénario d’une véritable intégration économique de la zone euro. Il s’agit, dans l’intérêt général de la zone euro, de développer une identité commune. C’est la voie progressiste, qui implique de tout changer : renégociation des traités, nouvelle gouvernance, fiscalité (taxe sur les produits financiers). La France arrête le rapport franco-allemand. François Hollande bénéficie d’une séance de rattrapage par rapport à 2012.


André Chassaigne, député PCF-Front de Gauche, président du groupe Gauche démocrate et républicaine (GDR), déclare d’emblée qu’il n’est pas spécialiste de cette question. Il va présenter la position des spécialistes au PCF, qui est de prendre le pouvoir à la finance et de refonder l’Europe sur d’autres bases. Il se réjouit de la victoire de Syriza en Grèce et voit un enjeu majeur pour l’Europe de la réussite du nouveau gouvernement grec. Le PCF a une démarche commune avec Die Linke en Allemagne. Il ne s’agit pas de sortir de l’euro mais d’aller vers un euro différent. Les leviers sont le changement des statuts et de objectifs de la Banque Centrale européenne, la réorientation des crédits bancaires, le rachat massif de dettes publiques par la BCE, incluant une restructuration de ces dettes.


Pierre-Alain Muet, député SRC (PS), vice-président de la commission des finances, économiste, salue Jean-Pierre Chevènement, cofondateur du PS, se sent proche de Thomas Piketty et considère que la crise de 2009 est comparable à celle de 1929 et que l’Europe est proche de la déflation, comme les USA l’étaient dans les années 1930. C’est une crise de l’union monétaire, de la BCE et du fédéralisme. La Grèce ne représente que 3 % du PIB de la zone euro. Et, pourtant, celle-ci n’a pas été capable de mettre en œuvre un soutien rapide avant que la spéculation intervienne. Les politiques économiques menées en Europe ne peuvent marcher que pour un seul pays. Schröder a démoli le modèle social allemand mais il avait laissé le déficit se creuser, pendant que le reste de l’Europe était en croissance, ce qui permet les rentrées fiscales. Quand ces politiques s’appliquent à tous les pays en même temps, la croissance diminue, les recettes ne font que compenser la réduction des dépenses. C’est la même chose pour les politiques de compétitivité. La déflation est la conséquence de ces politiques. C’est tragique pour l’Europe, qui s’est construite sur la solidarité (l’Espagne, le Portugal et la Grès ont bénéficié des fonds structurels européens à leur entrée). La compétitivité s’obtient par l’innovation, pas par des baisses du coût du travail. Il faut tirer vers le haut. L’Allemagne est sur le haut de gamme. Elle joue l’innovation. La France, étant sur des secteurs fortement concurrencés, a besoin des dévaluations. L’intervention de la troïka en Grèce est la négation de la construction européenne. Le jugement de l’Histoire sera terrible pour les dirigeants européens qui laissent la demande intérieure s’effondrer alors qu’il y a 230 milliards d’euros d’excédents extérieurs. Cette épargne devrait financer un plan d’investissement. La coordination par les règles ne marche pas. La politique fédérale implique de coordonner les politiques économiques des pays de la zone euro. Il faut un gouvernement économique de la zone euro, un parlement de la zone euro, un pouvoir politique au côté de la BCE. Le grand marché qui met les Etats en concurrence (politiques de Blair et de Schröder), ce n’est pas la modernité. La solidarité est la seule vraie bonne réponse à la crise.


Bastien Faudot, secrétaire national du MRC, constate que deux évènements récents (victoire de Syriza, ouvrant un chemin alternatif et initiative de Draghi qui brise un tabou) ouvrent le jeu en Europe. Si l’euro, c’est l’Europe et si l’Europe, c’est la paix, il y a un risque de guerre en Europe. La question « Faut-il sauver l’euro ? » ne devrait-elle pas être remplacée par « Peut-on sauver l’euro et à quel prix ? » La monnaie unique est-elle viable ? Le droit d’inventaire devrait exister sur ce point (selon la déclaration de Jospin en 1995 après la fin des deux septennats de Mitterrand). La zone euro est un boulet pour l’économie mondiale (chômage, croissance, industrie, endettement). L’euro est le produit de l’ordolibéralisme allemand (concurrence libre et non faussée, stabilité des prix, la libre initiative privée garantissant le progrès social) et de l’économie dite sociale de marché (contresens). L’euro mène un combat obsessionnel contre l’inflation. L’abandon du mark a été obtenu contre les promesses de libéralisation des capitaux et de souveraineté de la BCE. L’euro est un frein à la croissance. C’est une machine à fabriquer de la divergence entre les pays : risque de déflation, polarisation entre les pays du sud et du nord concernant le choc de compétitivité, provoquant un fossé entre les uns et les autres, comme l’annonçait Paul Krugman en 1993. C’est sur le plan social que la situation est la plus préoccupante. Faut-il sortir de l’euro ou le transformer ? Comme l’a dit Benoît Hamon, le problème est le double abandon, budgétaire et monétaire, de souveraineté. La souveraineté est un héritage de la Révolution française. Les effets générés par cette monnaie posent un grave problème. Trois grands scénarios : 1- mutation coordonnée en monnaies nationales. 2- scission en deux (nord et sud). 3- sortie anarchique, non préparée.


Jean-Pierre Chevènement est intervenu dès le début du débat, indiquant les éléments qui posent problème. L’Europe n’est pas un espace homogène. La solidarité, qui paie ? La question des zones monétaires optimales (Robert Mundel) n’a pas été prise en compte lors de la création de l’euro. La solidarité n’étant pas réalisable (montants très élevés à la charge des pays comme l’Allemagne et la France : 10 % du PNB, cela représente 200 milliards d’euros pour la France). La confédération est la seule qui corresponde à l’état actuel du monde. La monnaie commune serait conservée pour les transactions internationales et il y aurait des subdivisions nationales de l’euro, apportant la flexibilité indispensable dans un monde qui bouge. Les Allemands ont des engagements à hauteur de 300 milliards d’euros, qui les inquiètent. Les Français ne sont pas inquiets car ils ne savent les engagements qu’ils ont pris. Il faut partir des nations, sinon on se perd dans la mer des Sargasses.

Il apporte des précisions un peu plus loin dans le débat. L’Allemagne a creusé l’écart à la fin du 19ème siècle avec les biens d’équipements. La parité de la monnaie joue un rôle très important. La conversion en eurofrancs et en euromarks se ferait au cours de l’euro. La décote serait d’environ 30 % pour la Grèce, 15 % pour la France et la réévaluation de 5 à 10 % pour l’Allemagne. Il est possible de faire fonctionner un système monétaire bis, avec des bandes de variation de + 2,25 % et de – 2,25 %, par exemple, de faire des émissions monétaires et d’utiliser un panier de monnaies nationales. Il faut garder l’euro en tant que symbole pour aller vers une solidarité croissante. Tout cela implique une négociation avec l’Allemagne et d’autres pays. En 1989, Bérégovoy avait demandé qui était pour une monnaie commune. Il n’y avait que le Royaume-Uni. Les autres suivaient l’Allemagne. Il ne faut pas une Europe germano-centrée. Une monnaie, c’est fait pour un pays. Une dévaluation de 15 %, ce serait + 5 % d’inflation. Répondant à la question « Par qui est portée actuellement la monnaie commune ? », Jean-Pierre Chevènement a répondu « Par le bon sens ! »

 

Cet article est le 149ème paru sur ce blog dans la catégorie MRC national

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Published by Michel SORIN - dans MRC national
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