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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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17 avril 2013 3 17 /04 /avril /2013 20:02

Elle doit prendre les moyens de valoriser ses atouts

 

Les Français sont pessimistes parce qu’ils se rendent compte que l’environnement politique, lié à la finance, ne permet pas de valoriser les atouts de notre pays. C’est pourquoi nous, citoyens, devons prendre notre avenir en mains et imposer les orientations politiques dont la France a besoin.

 

Hervé Le Bras et Emmanuel Todd, démographes et historiens, auteurs du livre Le mystère français (France Inter, 21 mars 2013), expliquent que « La France ne va pas si mal », malgré la crise.

 

Hervé Le Bras a répondu aux questions de Bernard Le Solleu (Ouest-France, 8 avril 2013)

 

La crise est là mais « la France ne va pas si mal »

 

Entretien avec Hervé Le Bras, démographe et historien ; auteur, avec Emmanuel Todd, du Mystère français, éditions du Seuil, 311 pages, 17,90 €. En 1981, déjà avec Emmanuel Todd, il avait publié un livre remarqué : L'invention de la France (revu en 2012).

 

Croissance nulle, chômage record... Les Français sont pessimistes. Ils ont des raisons de l'être, non ?

Todd et moi, nous ne nions pas la crise. Tout ne va pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais la France a les moyens de rebondir. Notre situation, objectivement, si l'on ne s'en tient pas au seul Produit intérieur brut (PIB), est bien supérieure à toutes celles que l'on a connues au long de notre histoire. Que ce soit dans le domaine de l'éducation, de la santé et de l'espérance de vie, du taux de natalité, de la place des femmes. Arrêtons de nous lamenter.

 

Les Français sont nostalgiques, en fait, des Trente glorieuses ?

Oui. Les trente dernières années sont, à leurs yeux, les trente piteuses ! Rien n'est plus faux. Le pays a changé pendant les Trente glorieuses, il s'est industrialisé. Mais les moeurs ont alors assez peu évolué. À partir de 1975, au contraire, on a assisté à un véritable décollage éducatif et à l'émancipation des femmes, notamment.

 

Prenons l'école. On ne cesse de déplorer que le niveau baisse...

Baisse-t-il ? On n'en sait rien. Ce que nous montrons c'est que 70 % des jeunes accèdent au niveau bac. Que 40 % des tranches d'âges récentes ont fait des études supérieures. Du jamais vu ! La pyramide éducative s'est inversée. Au lendemain de la guerre, l'énorme masse des gens ne dépasse pas la communale. On compte peu de bacheliers. Aujourd'hui, la pointe est orientée vers le bas avec 10 % de sans diplôme.

 

Aujourd'hui un diplôme n'assure plus un emploi...

Le mouvement éducatif ascensionnel est en effet stoppé. Il stagne depuis 1995. La concurrence des diplômes a des incidences sur les emplois, les salaires. Le progrès éducatif extraordinaire des soi-disant trente piteuses, engendre de l'insatisfaction, mais c'est un atout formidable, l'un des ressorts de la France.

 

Il y a un pessimisme affiché et un optimiste inconscient dites-vous. Le vieux pays, dans ses profondeurs, résiste bien ?

Regardez le taux de natalité, le meilleur d'Europe. L'espérance de vie en bonne santé, l'un des meilleurs au monde. Le taux d'homicide : il est au plus bas. Le taux de suicide baisse... Dans cette crise économique, le modèle familial français résiste. C'est l'une de « nos couches protectrices », avec la persistance souterraine des valeurs traditionnelles de la religion - le sens de la communauté, de la solidarité - alors que la pratique religieuse, elle, est au plus bas, avec 5 % de pratiquants.

 

Certaines régions vont plus mal que d'autres ?

Les régions de grande tradition laïque, autrefois révolutionnaires, hormis Paris, ne vont pas très bien. Alors qu'au contraire les régions périphériques, autrefois de fortes traditions religieuses vont nettement mieux. C'est le cas de l'Ouest. Ce sont aussi des régions qui votent désormais majoritairement à gauche, alors que les vieilles régions égalitaires sont passées à droite, voire à l'extrême droite. Si l'on compare la carte de l'élection de Giscard d'Estaing, en 1974, et celle de François Hollande, en 2012, elles se sont quasiment inversées.

 

Certaines régions sont aussi plus frappées que d'autres, par la désindustrialisation ?

L'industrie a été divisée par deux en trente ans. Le tissu industriel au sud s'est effondré. Mais le pays dispose d'un socle de formation techniques, de brevets et d'industrie de pointe qui permettent une relance.

 

Nos blocages sont avant tout d'ordre politique ?

Faute d'une autorité politique claire, le pays risque de s'enfermer dans une non-croissance à la japonaise. On ne cesse de reporter les vraies réformes. Celle des retraites est toujours à reprendre. Pourquoi ? Parce qu'il ne s'agit pas d'abord d'élever l'âge du départ, mais de donner du travail aux seniors. Ensuite vous pouvez repousser l'âge. C'est ce qui s'est fait en Suède, en Finlande, au Danemark.

 

Comment fait-on pour accroître le taux d'activité des seniors ?

La clé, c'est la formation, la préparation à une seconde carrière. Notre système de formation est totalement bloqué. On y consacre beaucoup d'argent - 28 milliards - pour peu de résultats. Mais pour réformer il faut toucher à la gestion paritaire et, entre l'État, les syndicats, le Medef, les positions sont verrouillées. Alors qu'une part de cette formation permanente devrait être confiée aux universités. C'est le cas dans les pays anglo-saxons.

 

Un gouvernement affaibli ne peut pas réformer un pays ?

L'État doit être assez fort pour s'attaquer à des bastions, des lobbies, au nom de l'intérêt commun. S'il est à 30 % d'opinions favorables, cela devient difficile.

 

Voir aussi Hervé Le Bras et Emmanuel Todd: "La France ne va pas si mal" (L’Express, 29 mars 2013).

 

Cet article est le 18ème paru sur ce blog dans la catégorie Culture langue medias histoire

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