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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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19 mai 2009 2 19 /05 /mai /2009 22:10

 

Le gouvernement doit revoir sa gestion du lait

 

Madame la Commissaire européenne à l’agriculture, Mariann Fisher Boel, a réussi, en fin d’année 2008, à persuader les 27 ministres de l’agriculture de continuer le processus de libéralisation de la filière laitière, malgré la crise*. Pour des raisons de pure idéologie néolibérale, et aussi dans le but de faire des économies. La décision a été prise, avec l’accord du ministre français de l’agriculture, Michel Barnier.

 

Tous les outils d’intervention, donc de régulation, seront supprimés. Mis en place sous un gouvernement de gauche en 1984, avec l’opposition du principal syndicat agricole et de la droite, les quotas laitiers ont parfaitement rempli leur mission :

- Chaque Etat membre de l’UE a un volume de production à ne pas dépasser chaque année.

- L’industrie agroalimentaire a besoin de stabilité dans son approvisionnement en lait.

- Les producteurs ont besoin de stabilité des prix pour pouvoir produire dans la durée.

 

La fin de ce dispositif des quotas laitiers est prévue en 2015. C’est un coup violent porté aux petites exploitations laitières et à un système de production artisanal familial contribuant à l’aménagement du territoire.

Cela signifie que l’Europe choisit un modèle de production laitière industrielle de type capitaliste, ce que souhaitent le Danemark, la Suède, le Royaume-Uni et la Suède, notamment.

Sensibles aux impératifs du marché mondial, dans lequel la volonté exportatrice de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande compte pour beaucoup, ces pays soutiennent la politique de dérégulation de la Commission européenne.

 

On est en droit de s’étonner que l’Europe soit le seul endroit au monde où cela existe. Les grands pays producteurs (USA, Canada, Nouvelle-Zélande) maintiennent les multiples régulations qu’il a fallu créer au fil du temps, car il s’agit de vaches, produisant du lait tous les jours. Cette particularité induit la nécessité d’encadrer le marché laitier.

 

Les producteurs sont effarés de voir des variations exorbitantes de prix du lait. En 2008, les pouvoirs publics leur ont demandé de produire davantage, car le marché manquait de beurre et de poudre de lait, ce qui a provoqué une hausse aberrante des prix à la production. Depuis le début de l’année 2009, il y a trop de production par rapport à la consommation, qui s’est ralentie. La concurrence est vive avec les pays exportateurs dont les systèmes de production extensifs leur donnent un avantage évident en matière de prix.

 

Autant de signaux alarmistes pour les industriels, qui ont décidé d’imposer de fortes baisses de prix (30% d’un seul coup !), ce qui est une première pour les 90 000 producteurs de lait qui étaient habitués à une régularité de leurs paies de lait.

 

Car, un malheur ne venant jamais seul, il s’ajoute un autre élément qui défavorise les producteurs. Un service de l’Etat (direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes), par une injonction en mai 2008, a fait cesser les pratiques antérieures de fixation des prix, afin d’éviter les distorsions de concurrence. Les discussions interprofessionnelles (représentants des producteurs et des collecteurs de lait) avaient pourtant l’intérêt de préserver l’égalité de traitement entre les producteurs et la stabilité des prix.

 

Ainsi, par souci d’appliquer le grand principe des traités européens (la concurrence libre et non faussée), l’Etat a contribué à accentuer la chute brutale des prix, fragilisant un peu plus la filière laitière au moment où les marchés de matières premières agricoles et énergétiques connaissaient une volatilité sans précédent.

 

Le prix payé en avril (210 euros les 1000 litres) est nettement inférieur au coût de production, car les charges, liées au pétrole, ont fortement augmenté depuis un an. C’est ce qui a motivé les manifestations, ce 19 mai, devant les préfectures à l’initiative des syndicats, pendant que des producteurs ciblaient plutôt les laiteries. En Bretagne, des centrales d’achat étaient également visées.

 

La décision du gouvernement de désigner deux médiateurs ne peut, à elle seule, calmer les producteurs, qui sont chauffés à blanc par des décisions de très mauvais effet. Les mouvements de revendication économique dans lesquels sont impliqués les producteurs de lait ont été, historiquement, les plus spectaculaires en agriculture.

 

La situation actuelle donne à penser que les pouvoirs publics vont avoir de grandes difficultés à redresser la barre. Le président de la République sera conduit à se retourner vers l’Union européenne.

 

Il faudra lui rappeler que ce sont les ministres de l’agriculture qui prennent les décisions concernant la Politique Agricole Commune (PAC). Il en suffit d’un, par exemple celui de la France, pour bloquer une mauvaise décision (à condition d'avoir des alliés, puisque la majorité qualifiée s'applique aux décisions agricoles). Et, d’autre part, c’est un service de l’Etat qui est à l’origine de la disparition de l’interprofession laitière. Qui en porte la responsabilité, sinon le Premier Ministre ?

 

* Voir Démantèlement de la PAC : l'Union européenne persiste dans l'erreur - 9 mai 2009

   

Cet article est le 126ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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