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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 17:36

Un dérapage inquiétant de la politique sécuritaire française

 

L’été politique 2010 a été chaud en France… On le doit essentiellement à la volonté du président de la République d’exploiter un fait divers en pratiquant l’amalgame et la discrimination. Voir Roms et gens du voyage : la droite au pouvoir pratique l'amalgame - 29 juillet 2010.

 

S’agissant des Roms et Gens du voyage, je ne connais pas de meilleur spécialiste que Bernard Cossée, président de l’Association mayennaise d’action auprès des gens du voyage (AMAV) et trésorier de la Fédération nationale des associations solidaires d’action avec les Tsiganes et les Gens du voyage (Fnasat Gens du voyage).

 

Le CEAS Mayenne (réseau Culture et promotion) ayant eu la bonne idée de lui demander d’écrire à ce sujet, je remercie Claude Guioullier de m’autoriser à reproduire son texte, ainsi que sa photo, publiés dans La Lettre du CéAS n° 263 (p4-9), septembre 2010.

 

Hier, un premier article est paru, reprenant le texte (p9) rédigé par Claude Guioullier. Voir Polémique Roms et Gens du voyage : Bernard Cossée répond au Céas 53 - 16 novembre 2010. 

 

Voici la première partie du texte de Bernard Cossée, dans laquelle les faits de l’été 2010 (jusqu’au 12 septembre) sont relatés et les populations concernées sont décrites avec précision. Bernard Cossée CEAS

 

Été 2010 : Roms, amalgames et discrimination (1ère partie)

 

Les Roms constituent la plus importante minorité de l’Union européenne, avec quelque cinq à six millions de membres, répartis très inégalement dans les vingt-sept pays où ils sont des citoyens nationaux, certes, mais presque toujours de seconde zone. Il ne s’agit pas d'un problème franco-français, ou même franco-roumain, mais bien d'une réalité européenne, souvent douloureuse, héritée de notre Histoire commune. D’où la nécessité d'une politique européenne qui, tout en tenant compte des difficultés propres à chaque pays, s’imposerait néanmoins à chacun d’eux.

 

De 1940 à 1946, de nombreuses familles nomades (quelque six mille hommes, femmes, vieillards, enfants) furent internées en France, dans des camps gérés par l’administration française. De cette tragédie, nos livres d’histoire n’en disent rien ! C’est pour lutter contre cet oubli qu’un collectif d’associations de Gens du voyage, Tsiganes et amis, comprenant également des chercheurs, s’est constitué pour faire de 2010 une année de commémoration, soixante-dix ans après la signature, le 6 avril 1940 par le président Albert Lebrun, du décret-loi interdisant la circulation des nomades sur l’ensemble du territoire métropolitain pendant toute la durée de la guerre.

Ce projet mémoriel a reçu l’agrément du ministère de la Défense dans le cadre du 70e anniversaire de la Seconde Guerre mondiale. C’est pourquoi, le 18 juillet dernier, à Paris, à l’occasion de la Journée nationale de la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’Hommage aux « Justes » de France, Hubert Falco, secrétaire d’État à la Défense et aux Anciens Combattants auprès du ministre de la Défense, a évoqué dans son discours l’internement des nomades, en ces termes : « Nous nous souvenons des Juifs de France déportés et persécutés. Nous nous souvenons aussi des Tsiganes […]. Il est temps que leur souvenir prenne place dans la mémoire nationale. […] Nous nous souvenons de ces femmes et de ces hommes nés pour la liberté et persécutés parce qu'ils l'aimaient simplement. La France s’incline aujourd'hui devant leur mémoire. Elle le fait avec un profond respect et une grande douleur ».

 

De quoi combler de joie les Gens du voyage, leurs associations et leurs amis. Mais durant le même week-end, l’histoire se préparait à bégayer !

 

Deux événements concomitants

 

Tout d’abord, durant la nuit du 16 au 17 juillet et les suivantes, un quartier de Grenoble est le théâtre d’une flambée d’extrême violence, avec tirs sur les forces de l’ordre, après la mort de l’un des braqueurs du casino d’Uriage-les-Bains, tué par un policier. D’où une spectaculaire opération de police, la visite du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, et du président de la République, Nicolas Sarkozy. Au final : beaucoup d’images télévisuelles mais une seule mise en examen.

Puis, durant le même week-end du 17 au 18, à Saint-Aignan-sur-Cher, les proches d’un jeune «gitan» (terme utilisé par les médias) tué la veille par un gendarme, provoquent des troubles sérieux sans toutefois user d’armes à feu. Il s’ensuivra les condamnations de deux manifestants à des peines de prison – dix mois fermes et quatre mois avec sursis –, la mise en examen du conducteur délictueux et une procédure judiciaire en cours à l’encontre du gendarme auteur du tir mortel.

 

Certes, ces deux événements se ressemblent dans la mesure où ils expriment une réaction collective, désormais quasi rituelle, à la mort d’un jeune du fait des forces de l’ordre. Mais là s’arrête la similitude entre, d’une part, une émeute urbaine dans un contexte de banditisme et, d’autre part, une affaire tout à fait regrettable opposant une famille de Gens du voyage à la gendarmerie locale en milieu rural. C’est la concomitance des deux qui est supposée inquiéter l’opinion publique au point de nécessiter une réaction politique immédiate.

Effectivement, dès le mercredi 21, au cours du conseil des ministres, le chef de l’État annonce la tenue d’une réunion, le 28 juillet à l’Élysée, sur les « problèmes que posent les comportements de certains parmi les Gens du voyage et les Roms ». Il ajoute : « Cette réunion fera le point de la situation de tous les départements et décidera les expulsions de tous les campements en situation irrégulière ».

À ce stade, on peut penser que le Président désigne les Roms qui migrent en France depuis l’Europe centrale, alors même qu’ils n’ont rien à voir avec les événements dramatiques de Saint-Aignan ! Le 30 suivant, lors d’un discours à Grenoble, le président confirme : « Nous allons procéder d’ici fin septembre au démantèlement de l’ensemble des camps qui font l’objet d’une décision de justice ». Immédiatement, la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) s’élève contre la « stigmatisation » des Gens du voyage et des Roms, « boucs émissaires » de la politique sécuritaire.

De même, le collectif Romeurope « exprime ses inquiétudes et dénonce l’amalgame fait entre les Gens du voyage et les Roms » qui constituent pourtant deux populations distinctes.

Les premiers sont des Français vivant en caravanes et circulant tout ou partie de l’année ; les seconds sont environ 15 000 venus principalement de Roumanie, pour certains de Bulgarie, où ils étaient sédentaires et qui survivent en France dans des bidonvilles ou des squats, faute de revenus, sans intention de devenir nomades.

 

Émergence de mouvements tsiganes solidaires

 

Dans les jours suivants, toutes les associations de Tsiganes et Gens du voyage, religieuses ou laïques, françaises ou transnationales, collectivement ou individuellement, prendront position dans ce sens, dénonçant la stigmatisation et l’amalgame, tout en se déclarant solidaires des Roms migrants. Et ce n’est pas anecdotique, car les Gens du voyage étaient jusqu’alors réputés ne pas s’intéresser à la politique… alors que celle-ci s’est toujours beaucoup intéressée à eux !

En fait, les déclarations gouvernementales ont permis de rendre visible l’émergence de mouvements tsiganes structurés qui s’étaient déjà mobilisés lors de la manifestation contre la loi sur la sécurité intérieure, le 27 janvier 2003 à Paris.

L’autre point positif dans cette affaire est l’attitude de la majorité des journalistes de la presse écrite et audiovisuelle, particulièrement ceux du service public, qui se sont attachés jour après jour à expliquer la différence entre « Gens du voyage » et « Roms migrants » (1), ainsi qu’à analyser les causes des conditions de vie de ces derniers.

Bien sûr, Le Figaro a entretenu complaisamment la confusion… probablement pour ne pas désorienter son lectorat ! Certains journalistes toujours soucieux d’employer le dernier terme à la mode, se sont mis à dénommer « Roms » ceux qui étaient la veille des « Gens du voyage », mais savent-ils vraiment ce que signifient ces termes et quelles en sont les origines ?

 

Ethnonymes et amalgames

 

Il faut dire qu’il n’est pas facile de s’y retrouver dans les différents vocables qui désignent tout ou partie de cette population diffuse et souvent mobile dans les pays européens de l’Ouest. Difficulté d’autant plus grande que les avis des spécialistes sont divers et rarement politiquement neutres.

Pour faire simple, nous nous limiterons aux noms utilisés actuellement en France, en distinguant les endonymes (ceux que les intéressés se donnent à eux-mêmes) des exonymes (ceux par lesquels les personnes extérieures les désignent).

Le terme générique « Tsiganes », de racine grecque, est exonyme et désigne l’ensemble ethnique dont certains des ancêtres quittèrent le Rajasthan (nord-ouest de l’Inde) au début du deuxième millénaire.

L’endonyme « Roms » désigne la même population, dans son acception générique ; c’est le terme utilisé par les instances européennes, mais les organisations transnationales revendiquent l’orthographe Rroms.

À l’intérieur de cet ensemble, se distinguent plusieurs groupes ethniques, selon les pays par lesquels ils ont transité : les « Manouches » (2) passés par l’Allemagne, les « Sintés » venus du nord de l’Italie, les « Gitans » (3) sédentarisés en Espagne mais également présents dans le Midi, enfin les « Roms » d’Europe centrale dont certains sont établis en France depuis longtemps.

Ainsi, dans la langue française, le terme « Roms » peut avoir un sens générique ou particulier.

C’est cette ambiguïté que Nicolas Sarkozy a exploitée lors du conseil des ministres du 21 juillet, en évitant d’ajouter l’adjectif « migrants » au nom « Roms ».

On peut d’ailleurs s’étonner qu’en tant que président d’une République qui ne reconnaît pas les minorités, il ait utilisé ce terme ethnique alors qu’en langage administratif, il aurait dû désigner des citoyens roumains et bulgares en situation irrégulière et/ou vivant dans des conditions indignes.

Dans ce domaine, le choix des mots est capital, d’autant que chacun de ceux énumérés au paragraphe précédent peut, selon les intentions du locuteur, soit constituer un signe objectif d’identification ou de reconnaissance, soit devenir une arme de discrimination et de stigmatisation.

La notion de « Gens du voyage » est apparue dans les textes officiels français dans les années 1970. On estime leur nombre à environ 300 000. Cette catégorisation administrative qui désigne les familles sans résidence ni domicile fixe et vivant en habitat mobile, est passée dans le langage courant. En principe, elle est sans référence à l’ethnicité, mais en pratique il en va tout autrement ! Pire, dans la mesure où il est impossible de la féminiser ou de l’employer au singulier, certains considèrent qu’elle est structurellement discriminatoire, car communautarisante.

Pour tenir compte de cette particularité française, l’Union européenne emploie l’expression « Roms et Gens du voyage ». Il faut noter que ces derniers ne regroupent pas tous les Roms et/ou Tsiganes, dont certains sont sédentaires, et qu’au contraire, ils comprennent des non-Roms, à savoir les « Yéniches » descendant de paysans germaniques pauvres ayant « pris la route » au XIXe siècle, ainsi que des familles françaises jadis sédentaires mais ayant choisi un jour le nomadisme. Enfin, les intéressés préfèrent souvent employer, quant à eux, le terme de « Voyageurs » (…).

 

 (La seconde partie, à lire dans le prochain article)  

Cet article est le 36ème paru sur ce blog dans la catégorie La droite en France.

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