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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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27 octobre 2009 2 27 /10 /octobre /2009 23:26

Après la grève du lait, les voisins parlent davantage

 

Jean-Claude et Anita Aubry m’ont fait savoir qu’ils avaient des précisions à apporter à l’article relatant la réunion qu’ils avaient organisée à La Chapelle-Craonnaise (voir Grève du lait : Pascal Massol (APLI) hier soir à La Chapelle-Craonnaise - 18 septembre 2009).

 

Jean-Claude est ce jeune agriculteur mayennais qui sert à boire à Pascal Massol et José Bové, en grande discussion à Bruxelles le 5 octobre (voir photo Bruxelles : Pascal Massol et l'APLI estiment avoir marqué des points - 7 octobre 2009).

 

Anita est cette jeune femme qui avait quitté son emploi salarié de comptable en 2009 pour rejoindre son mari sur l’exploitation laitière de La Chapelle-Craonnaise. « Je ne voudrais pas avoir à le regretter », avait-elle dit, après avoir lu un appel de femmes, qu’elle avait ramené de Brecey, lors d’une réunion dans la Manche (1000 personnes), au début de la grève du lait. Voici ce texte.

 

Nous nous battons quotidiennement pour défendre nos exploitations, faire que les problèmes financiers n’entachent pas la vie de nos familles.

Reprise discours
Pascal MASSOL : « Trop de nos collègues nous ont quittés ces derniers temps, discrètement, à l’image de leur vie, n’ayant comme issue que l’ultime recours, abandonnant épouses et enfants, père et mère, patrimoine et passion, seuls et déshonorés de ne pas avoir su traverser ce terrain qu’on leur avait miné. »

On ne laissera pas nos maris défendre tout seuls ce métier qu’ils aiment. Et à ceux qui sont en train de sombrer dans l’ignorance ou dans le gouffre et l’abandon, on veut les faire réagir et  leur dire, relève-toi, bats-toi pour ton honneur, ta dignité, pour ta ferme et pour tes enfants.

 

L’effondrement du prix du lait, s’il était durable, remettrait en cause l’installation d’Anita sur l’exploitation, au moment où Jean-Claude doit faire face au retrait de sa mère du GAEC. Qui peut dire ce qu’il décidera ? Le redressement du prix du lait est la condition de son avenir d’agriculteur.

 

Jean-Claude est président d’une CUMA (Coopérative d’utilisation de matériel en commun) et est délégué de son groupement de producteurs Lactalis, l’industriel qui collecte son lait. Il tient, d’ailleurs, à relativiser son rôle de délégué, n’ayant pas droit à la parole au sein de ce groupement (il faut être au syndicat majoritaire pour avoir le droit de s’exprimer ; or il n’est membre d’aucun syndicat). De toute façon, les informations de la laiterie n’incitent pas les délégués des producteurs à être revendicatifs.

 

Les délégués des groupements liés aux industriels privés (trois groupements Lactalis – Laval-Charchigné, Fougerolles-du-Plessis et Célia Craon – auxquels s’ajoutent les groupements Perreault (groupe Bongrain), Bel et Vaubernier) se retrouvent au niveau départemental, avec les administrateurs FNPL (section laitière de la FNSEA). Jean-Claude est observateur. Il pense qu’il faut réformer le système de gestion interprofessionnelle de la filière laitière au niveau européen.

 

A propos de la création de l’association des producteurs de lait indépendants (APLI), Jean-Claude indique comment cela s’est passé.

 

En Aveyron, il y a une dizaine d’années, la collecte de lait était partagée entre Lactalis (premier groupe français, dont le siège est à Laval) et Sodiaal (premier groupe coopératif), qui avaient l’habitude de passer « le repas de Noël ensemble », selon l’expression de Pascal Massol, qui regrettait cette entente sur les prix.

 

Avec un groupe de producteurs de sa région, il avait conclu un accord de livraison avec un industriel espagnol, mais celui-ci, au fil des ans, avait fini par s’aligner sur les prix fixés par ses deux collègues.

 

En septembre 2007, le président Sarkozy avait lancé un appel au SPACE (salon de l’élevage de Rennes) pour que les producteurs de lait produisent 15% de plus en France, en raison du déficit dû à la sécheresse en Océanie.

 

A la mi-2008, les trois collecteurs de lait dans l’Aveyron laissent entendre qu’à terme, ils ne collecteront plus le lait car les producteurs ne sont pas assez nombreux. A l’automne, Pascal Massol et deux de ses amis déclenchent un mouvement de grève des livraisons qui prend de l’ampleur dans le Sud-Ouest (450 grévistes en une semaine). Les industriels s’engagent à continuer la collecte.

 

Fin 2008, lors d’une réunion des trois industriels, Pascal Massol leur dit que l’agriculture va droit dans le mur et que des difficultés s’annoncent pour 2009.

Les dirigeants de Lactalis et de Sodiaal ont glissé dans la conversation cette phrase : si les producteurs de lait en France et en Europe étaient unis, nous serions obligés de payer le lait 450 euros la tonne aux producteurs. Cette confidence a été l'étincelle qui a déclenché la décision de créer l’APLI dans le Sud ouest, fin 2008.

 

Ensuite, l’effondrement du prix du lait au printemps 2009 d’une part, la détermination et le mode d’organisation, simple et efficace, de l’APLI en France et de l’EMB, au niveau européen d’autre part, ont débouché sur la grève du lait.

 

L’absence de hiérarchie au sein du mouvement a plu à Jean-Claude et à Anita. Ainsi, lors du rassemblement à Ancenis (Loire-Atlantique), Damien Legault a limité les prises de parole aux seuls producteurs. Pascal Massol a joué le principal rôle dans la réussite de cette grève, bien aidé par Pascal Cousté au niveau des données économiques. Et beaucoup d’autres, qui ne se connaissaient pas auparavant, se sont donnés à fond pour qu’il y ait un résultat au bout de l’effort.

 

Jean-Claude a constaté un changement du comportement des voisins depuis la grève : ils parlent davantage et différemment. Ils acceptent la discussion. Il y a moins d’isolement.

Anita, qui venait d’arriver sur l’exploitation, a vécu des moments particulièrement riches sur le plan humain, d’échanges avec les autres. Une ouverture exceptionnelle, qui semble naturelle.

 

Revenant sur la réunion de La Chapelle-Craonnaise, ils précisent que la présence des deux Pascal n’était pas prévue initialement. Ils devaient intervenir de Bruxelles, mais la liaison ne fonctionnait pas dans la salle. Heureusement, l’annulation d’un rendez-vous à Paris le 17 septembre leur a permis de venir au SPACE puis à La Chapelle-Craonnaise le soir, avant de se diriger vers le Mont-Saint-Michel le lendemain.





 

Cet article est le 142ème paru sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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