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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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26 janvier 2013 6 26 /01 /janvier /2013 23:30

L’Europe à contre sens de ce qui se fait ailleurs dans le monde

 

André Pflimlin était invité le 15 janvier à Laval au meeting électoral de la Confédération paysanne (voir Confédération paysanne : un meeting en Mayenne avec Gérard Durand - 16 janvier 2013).

Il était chargé de présenter le tableau de la production laitière en Europe. Retraité de l’Institut de l’élevage, il est l’auteur du livre « Europe laitière » (Editions France Agricole, novembre 2010).

Voir André Pflimlin présente trois avenirs possibles pour l'Europe laitière- 30 juillet 2012.

 

Voir aussi André Pflimlin, expert pour l'EMB, en Bretagne sur la politique laitière - 16 janvier 2012 

Dans son livre, Europe laitière, André Pflimlin condamne le libéralisme - 6 mars 2012

 

L’hebdomadaire d’informations générales et agricoles, L'AVENIR AGRICOLE, dans son édition du 18 janvier 2013, sous la signature de Rémi Hagel, a rendu compte d’une partie de son intervention, sous le titre « L’interdiction de labour des prairies permanentes est suicidaire* ».

 

* Ce titre a été rejeté par André Pflimlin. Il conteste le terme « suicidaire » qu’il affirme ne pas avoir utilisé à ce moment de son intervention. Il tient à préciser qu’il est clairement pour les systèmes herbagers et, donc, pour le maintien du maximum de prairies, avec des mesures incitatives fortes (par exemple, 200 euros par hectare de plus pour les prairies par rapport aux hectares de culture), à l’opposé du projet PAC actuel qui est punitif pour les plus vertueux.

Il pense avoir utilisé le qualificatif « suicidaire » à propos de la politique laitière menée par la Commission européenne et de son mini paquet lait, rustine dérisoire face au marché laitier mondial et aux politiques inverses, de protection de leur marché laitier, menées par la plupart des grands pays du monde (USA, Canada, Japon, Inde, Chine, Corée…).

 

Voici le texte de l’article de L’avenir agricole.

 

André Pflimlin a passé sa carrière à l’Institut de l’Elevage. « On y a un certain devoir de réserve. J’ai attendu la fin de mon activité professionnelle pour évoquer mon analyse dans un livre ».

Sur ce qui s’annonce pour la PAC 2014. « Il y a peu d’espoir, on en attend peu de changements. Le contexte mondial a énormément bougé, avec l’énergie plus chère, le dérèglement climatique. Et la PAC continue de faire comme si rien ne s’était passé ».

Son inquiétude porte surtout sur les systèmes herbagers. « Limiter le couplage maximum à 10 % va représenter une contrainte forte pour les élevages allaitants ». Mais ce qui le choque le plus, c’est l’obligation de non labour des prairies permanentes. « C’est injuste et contre-productif ». Injuste parce que « cela pénalise ceux qui ont beaucoup d’herbe ». Ceux qui ont déjà retourné leurs prairies se retrouvent à l’abri. Et « c’est une mesure inefficace parce que la prairie conservée n’est intéressante pour l’environnement que si elle est bien localisée. Là, cela revient à une jachère imposée et non indemnisée. C’est suicidaire, c’est un non-sens ».

Il subsiste une infime chance : « Pendant quelques mois, on peut encore apporter des modifications ». Il propose de « rémunérer les biens publics associés aux prairies ». Quant à la dépendance vis-à-vis du soja, « il est scandaleux qu’il n’y ait pas une ligne dessus dans la prochaine PAC ».

 

Espoir déçu

Mais le passé récent laisse peu d’espoir. « Avec le traité de Lisbonne qui renforçait le pouvoir du Parlement, j’étais optimiste. Mais sur le paquet Lait, même s’il y a eu des discussions, le Parti socialiste européen a voté sans réserve ». Pourtant, selon lui, « le paquet Lait (avec la fin des quotas) reste dans une logique libérale. On est en train de vivre pour le lait ce qu’on a connu pour le porc. Après 2015, le marché régulera. Ce sont les éleveurs qui ajusteront… En disparaissant ».

 

Conf-paysanne-Laval-150113-005-T.jpgAndré Pflimlin, l’homme de l’est de la France (sud Alsace), aime le 4 puisqu’il est resté jusqu’à l’âge de 16 ans (4X4) sur la ferme de ses parents (4 enfants, 4 vaches laitières, 4 hectares de prairies…). Ensuite, il parle de ses 40 ans d’activité professionnelle.

A propos de prairies et de l’Institut de l’Elevage, qui l’a employé, il a souligné qu’il avait travaillé à Rennes en relation avec le spécialiste breton de la prairie à base de graminées et de trèfle blanc, André Pochon, et qu’il avait beaucoup voyagé pendant les dix dernières années de carrière afin de cerner au mieux les systèmes laitiers en Europe et en Amérique du nord.

 

Il a décrit les systèmes laitiers, très différents, de 4 pays : le Danemark, l’Irlande, l’Allemagne et la Roumanie, avant d’évoquer ceux du Canada, des USA et de Suisse.

 

Au Danemark, comparable dans ses dimensions à la Bretagne, l’agriculture est dominée par les productions porcine et laitière, les deux étant liées. La transmission des exploitations se fait par rachat aux parents à un prix qui doit être égal ou supérieur à 80 % de la valeur du marché et avec des financements hypothécaires (prêts à vie).

A noter que le prix du foncier a augmenté jusqu’en 2007-2008. Avec ce système de transmission, les producteurs de lait sont endettés en moyenne à un niveau extravagant (20 000 euros par vache laitière).

Le Danemark est entré dans la Communauté économique européenne en 1973, en même temps que le Royaume-Uni. C’est un petit pays dynamique. Il n’a pas cru dans les quotas laitiers, mis en place en 1984, et s’est préparé à leur suppression. Une coopérative laitière, ARLA Food, collecte la quasi-totalité du lait du Danemark et une grande partie du lait de Suède, d’Allemagne et aussi du Royaume-Uni.

Au Danemark, il y a un syndicat unique d’agriculteurs, qui contrôle toute l’agriculture (coopérative, recherche…). C’est un système très organisé, efficace techniquement. Les danois ne cherchent pas à se distinguer par rapport à la règle. Depuis la crise, en 2008, ils continuent de soutenir le système et les banques (Etat, banques en difficulté, exploitations laitières endettées).

 

L’Irlande (4 millions d’habitants, un million de vaches laitières) a un système qui semble beaucoup plus séduisant, basé entièrement sur l’herbe et utilisant très peu de concentrés. Les salles de traite et les laiteries sont fermées pendant un mois chaque année, les vêlages se faisant principalement en février-mars chaque année. Tout le lait est transformé en beurre et poudre de lait (modèle unique). Les vaches (de type Frison) sont petites et fécondes. Les bœufs sont nourris à l’herbe. La production de viande diminue. D’ici 2020, la production laitière devrait augmenter de 50 %.

 

L’Allemagne laitière est divisée en trois parties distinctes : le sud, le nord et l’est.

-          Le modèle bavarois, c’est un troupeau entre 20 et 40 vaches, de race mixte (lait et viande), des petites et moyennes exploitations en propriété et un complément de revenu par le tourisme.

-          Le nord est spécialisé lait avec des vaches de race Hollstein, des grands troupeaux (100 vaches) et le système fourrager maïs-herbe. La reprise après les parents se fait sans démantèlement et sans frais. Le jeune, qui a seulement une pension à verser à ses parents, n’a pas d’emprunts à rembourser, ce qui est un énorme avantage. Le complément de production de biogaz a conduit à l’augmentation du prix des terres.

-          L’est se rapproche du modèle américain, avec des troupeaux de 500 à 1 000 vaches, très productifs, gérés par des managers et des financiers. Le prix du foncier n’est pas élevé.

 

La Roumanie est le pays le plus pauvre de l’Union européenne. Le quart de la population active est agricole, vivant dans des très petites et très nombreuses fermes (un million), qui ont, en général, moins de 5 vaches laitières. Toutefois, l’évolution est rapide, distinguant les fermes de grandes cultures, en proximité du Danube, au sud, avec production de lait et de porcs d’une part, et à l’intérieur du pays (Carpathes), des régions  en voie de désertification, ne recevant pas d’aides.

 

Ainsi, l’Europe laitière est marquée par une extrême diversité. Quels modèles retenir ? Cela relève des choix politiques. La Politique agricole commune (PAC) es gouvernée par la Commission européenne. Le traité de Lisbonne, en 2008, a repris les principes inclus dans le Traité de Rome, en 1957 (sécurité alimentaire, préférence communautaire, notamment).

En 2003, la Commission a fait avaliser par les gouvernements la fin des quotas laitiers en 2015, acceptant que les prix du lait fluctuent comme ceux du porc, selon les marchés. C’est la fin de la régulation politique. Malgré les grèves du lait en Allemagne (en 2008) puis en France et en Europe (en 2009), les quotas ont été augmentés de 8 %, ce qui a  libéralisé la production.

Il n’y a pas eu de remise en cause de la décision politique de libéralisation de 2003. Même si diverses institutions européennes produisent des rapports montrant les effets négatifs de la suppression de la régulation, la Commission européenne n’en tient pas compte. Le Parlement européen a voté le « paquet lait » qui entérine la ligne libérale. Or, la maîtrise des volumes est nécessaire. La Commission reste sous l’emprise des directives de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) qui privilégie le libre-échange.

 

Dans tous les grands pays, ce n’est pas cette politique libérale qui s’applique.

 

Au Canada, depuis 40 ans, le prix du lait est fixé selon un dispositif décidé en commun par l’Administration et les producteurs de lait. Il n’y a pas exportation sur le marché mondial. C’est, donc, un marché interne. Le prix du lait est indexé sur les coûts de production. Les excédents ou pertes sont répercutés sur les producteurs. L’inconvénient, c’est un marché des quotas, très coûteux (2 euros le litre de lait).

 

Aux USA, le système est très organisé depuis 1934. L’aide alimentaire aux plus démunis s’ajoute aux aides aux grandes fermes. Le système est très stable. Les prix sont différents selon les marchés. La prochaine loi agricole (Farl Bill) introduira une garantie par référence à la marge sur coût alimentaire, sans limite de taille du troupeau, dans le but de sécuriser tous les revenus agricoles, les gros inclus. C’est un système de régulation pour tous. Les laiteries ne sont pas d’accord mais elles devront s’y plier.

 

En Suisse, les producteurs de lait ont subi à leurs dépens la dérégulation et la contractualisation depuis quelques années. La Chambre des députés débat du problème.

 

Cet article est le 373ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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Published by Michel SORIN - dans AGRICULTURE et PAC
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