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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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5 mars 2011 6 05 /03 /mars /2011 23:38

Projet de l’Apli ou industrialisation de l’agriculture ?

 

L’association des producteurs de lait indépendants (Apli) a organisé trois réunions en Mayenne, le 28 février à Javron, le 2 mars à Congrier et le 3 mars à Ernée, dans le but d’expliquer aux producteurs ce qu’est l’office du lait. Je suis allé à Ernée, comme j’étais allé à Saint-Hilaire-du-Harcouët, dans la Manche (voir Office du lait, gestion européenne de l'offre, contrats avec les laiteries - 23 janvier 2011).

 

Apli-Ernee-30311-002-T.jpgVenu en voisin du département du Maine-et-Loire (ferme près d’Angers, 90 hectares, 350 000 litres de lait, couple), Paul de Montvalon a pris le temps d’expliquer sa position en tant que président de l’office du lait, qui n’est encore qu’un projet, mais il prendra une grande importance quand il sera mis en place.

Je rapporte ici l’essentiel de son intervention prononcée devant une centaine de producteurs de lait.

 

Le but, c’est réunir tous les producteurs de lait. Notre projet est le seul projet européen. La filière laitière sera européenne ou ne sera pas. L’EMB (European Milk Board), qui regroupe les organisations nationales telles que l’Apli, permet les relations faciles avec les producteurs européens.

 

Deux possibilités :

- Industrialisation de l’agriculture, avec des conséquences terribles.

- Filière laitière durable et équitable avec tous les producteurs, en misant sur la qualité.

 

La première option a été choisie par certaines organisations professionnelles, en France et dans d’autres pays proches (contractualisation, énormes coopératives).

Evolution prévisible : 77 000 producteurs aujourd’hui en France, 50 000 en 2015, 20 000 en 2020-25). Conséquences irréversibles. En Mayenne, département laitier mais avec une production moyenne faible par exploitation, il faudra augmenter beaucoup la production par UTH. Disparition de nombreux producteurs.

 

Expérience de la contractualisation : Suisse (voir Réunions Apli : Paul Ecoffey, producteur de lait en Suisse, a témoigné - 22 janvier 2011). 

Jusqu’en 2006, production de lait pour les besoins du pays. En 2006, les industriels demandent une augmentation du quota laitier suisse (+ 2%) pour répondre aux besoins des consommateurs suisses. Pas d’impact sur les prix.

En 2008, même opération (+ 2%) à la demande des industriels et de la Fédération laitière suisse, sans incidence sur le prix du lait.

En 2009, les mêmes demandent l’abolition des quotas au 1er avril, la libéralisation du marché, la contractualisation, les organisations de producteurs liées aux industriels, des augmentations de volumes sans baisse de prix. La majorité des producteurs a donné son accord, pensant que cela se passerait comme en 2006 et 2008.

En réalité, c’était faire entrer le loup dans la bergerie. L’augmentation de 2% des volumes a été suivie d’une forte baisse des prix. De 600 euros les 1000 litres (pour un coût de production de 600 euros) à 420 euros.

La Fédération suisse laitière a envoyé les producteurs dans le mur. Les prix ont baissé sous la pression des industriels. Les Suisses, qui sont pourtant les meilleurs en génétique, ont de nombreux producteurs qui arrêtent la production. Seules les AOC, qui décident indépendamment, ont limité la casse.

A partir du 1er février 2011, segmentation du marché, trois quotas : quota A  marché national (420 euros), quota B marché européen (320 euros), quota C marché mondial (300 euros, il a été à 150).

Obligation de produire le quota C, sinon les quotas A et B diminuent autoritairement de 14%.

Actuellement, le prix moyen payé est 380 euros (coût de production : 600 euros). Les producteurs sont obligés de produire à perte, en important des fourrages.

C’est le système qui est prévu pour la France (triple quota, en limitant à 5 à 10% le quota C au début, 70% pour la A, 20% pour le B). Puis les excédents augmentent, le quota C aussi et le A diminue. C’est le système en cours (40% en C) pour les producteurs de Roquefort en Aveyron. La production augmente, le prix baisse.

Un homme politique, producteur de lait, a demandé la gestion nationale par les producteurs (une seule organisation de producteurs OP). Actuellement, en Suisse, sur l’équivalent de 5 départements français, il y a 38 OP, qui se font la guerre, poussées par les industriels. Sa motion a été combattue par les industriels et la fédération laitière. Les parlementaires suisses l’ont votée. Il reste à connaître la décision du Conseil d’Etat.

Si, en France, on ne fait rien, on subira le même sort que les Suisses.

 

L’industrialisation de l’agriculture : l’exemple du Danemark.

Quota moyen par entreprise : 1,1 million de litres (en Mayenne : 175 000 litres). Environ 10% d’exploitations en moins chaque année.

Jusqu’en 2007, le revenu était de 70 000 euros pour 110 vaches. En 2008, il tombait à 3 000 euros et en 2009, - 125 000 euros. Cela ne pourra continuer ainsi.

Les charges opérationnelles ont augmenté de 80% en deux ans. Le niveau d’emprunts est 2,6 millions d’euros. Les frais financiers (35 euros par 1000 litres en France) sont à 150 euros au Danemark. Sachant que le prix moyen de vente est 290 euros, il reste 140 euros pour toutes les charges et les salaires.

Le prix du foncier est très élevé (jusqu’à 32 000 euros l’hectare de terre). La durée d’amortissement des prêts est augmentée (prêts de carrière : paiement seulement des intérêts).

La filière laitière danoise est emportée dans une dérive de type subprime. Impossible de faire demi-tour. Une coopérative (ARLA) collecte 90% du lait danois. Elle veut coloniser l’Europe du nord (Suède, Allemagne). C’est l’intégration complète. Mais il y a 200 exploitations à vendre qui ne trouvent pas de repreneurs. Les Pays-Bas ont le même schéma que le Danemark.

C’est ce qui va nous tomber sur la tête, si on ne fait rien pour s’y opposer.

 

Aux USA, le système est dérégulé depuis 40 ans. Ils veulent le réguler (voir Politique laitière : les USA vers une gestion flexible des volumes de lait - 27 janvier 2011), alors que l’Europe fait l’inverse. Les producteurs qui ont régulé sont pénalisés. Comprenne qui pourra ! Au Canada, le prix du lait est indexé sur les coûts de production (620 euros les 1000 litres). Voir Eloge du système agricole canadien par Marcel Groleau (Québec, lait) - 25 janvier 2011.

 

Face à l’évolution des coûts de production (tourteau de soja à 450 euros la tonne) en France et des prix du lait, les producteurs ont rendez-vous avec l’Histoire. Ils vont montrer s’ils sont capables de se prendre en mains.

En 1983-84, une seule erreur a été faite, celle de laisser la gestion des volumes aux industriels et aux coopératives. Celles-ci se sont spécialisées dans la fabrication de beurre et poudre de lait, ce qui les incite à spéculer sur le marché mondial.

 

La régulation, c’est quoi ?

Ce n’est pas constituer des stocks afin d’équilibrer le marché. C’est intervenir avant les industriels. Ceux-ci ont un but : acheter la matière première le moins cher possible. Pour cela, ils ont intérêt à mettre le maximum de lait sur le marché (système de double ou triple quota) et à faire jouer la spéculation (qui est responsable de 70% de la flambée des matières premières) sur le beurre et la poudre de lait, par le biais du stockage. Ne pas se fier au coût marginal, qui est utilisé pour marginaliser les producteurs.

Sodiaal et Laïta (statut coopératif) veulent le double ou triple quota et, ce qui les intéresse c’est le prix du beurre et de la poudre de lait. En Nouvelle-Zélande, 90% du lait est transformé en beurre et poudre pour la spéculation.

Le directeur de la branche laitière de France Agrimer est aussi directeur de Sodiaal. Il joue avant-centre et a le rôle d’arbitre. Au niveau européen, il a été démontré que les statistiques d’Eurostat étaient fausses (Rasmussen).

Ceux qui signeront un contrat avec double quota s’engagent pour la vie. Le marché à terme du beurre et de la poudre de lait, contrairement à celui des céréales, est réservé aux industriels et aux financiers.

Il faut réguler avant les industriels et les empêcher d’envahir les pays en développement avec de la poudre de lait qui concurrence les commerçants locaux. Les stocks, dont le coût est énorme et qui ne rapportent qu’aux stockeurs, sont une mauvaise solution.

Ce qu’il faut, c’est gérer les volumes et garder les producteurs.

 

L’office du lait

L’office du lait, c’est l’agence de régulation européenne, qui tient compte des coûts de production (prix référent en Europe) et maintient les prix du lait à l’intérieur d’un « tunnel » (système European Milk Board), la fluctuation étant contenue entre + 1% et – 1%. C’est le même et unique prix pour toute l’Europe. Ce système est moins rigide que le système canadien.

Momagri et Arc, qui rassemblent diverses organisations, préconisent ce système de régulation et souhaitent que son principe s’applique à toutes les matières premières agricoles. Jusqu’à présent, il n’y a eu que du stockage (pas de régulation) sans résultat.

L’objectif est d’obtenir des lois, mais c’est difficile parce que les spéculateurs ne veulent pas de changement. Il faut faire pression sur les responsables politiques. S’il n’y avait pas eu la grève du lait, la contractualisation serait en place.

L’objectif, c’est de changer de système, ce n’est pas d’affaiblir la FNSEA ou la FNPL. Un office du lait est en création dans chaque pays de l’Union européenne. En dehors de la France, il n’est pas question de contractualisation. Nous allons servir de cobayes.

 

Les allemands ne sont pas en meilleure situation que nous. La méthanisation qui leur apporte un complément de revenu, ne concerne que 4% des exploitations et 2% des exploitations laitières. En Allemagne, la moyenne des troupeaux est 45 vaches. Les gros troupeaux et la méthanisation sont surtout dans l’est, mais certains vont arrêter le lait. Ils sont nombreux à adhérer au BDM, l’équivalent de l’Apli.

Sur l’ensemble de l’Allemagne, les adhésions à l’office du lait sont plus nombreuses qu’en France (26% contre un peu moins de 10%).

Le CNIEL n’est pas une interprofession. Contrairement à la Confédération paysanne, on ne veut pas y entrer, car on ne veut pas cautionner la cogestion entre les organisations professionnelles et les pouvoirs publics.

Nous voulons une véritable interprofession dans laquelle la grande distribution doit avoir une part de responsabilité. L’étude (lait UHT) sur la répartition des marges a montré que 52% de la marge est absorbée par les industriels, le reste c’est surtout la grande distribution.

Mais il est essentiel que les consommateurs soient partie prenante de l’interprofession. Dans le lait, actuellement, il y a beaucoup trop d’huile de palme (seconde composante dans Lactel), ce qui risque d’être une catastrophe pour la santé (crise de la vache folle à partir des produits laitiers ?). Les consommateurs devront pouvoir adhérer à l’office du lait en payant une cotisation. Les pouvoirs publics ne peuvent se désintéresser de l’interprofession, ce qu’ils font actuellement.

L’organisation de producteurs est France Milkboard et, au niveau européen, Milkboard United. L’OP doit être gérée par les producteurs (pas par des administratifs) et être ouverte à tous les producteurs. Tous les adhérents voteront pour élire leurs représentants. La démocratie, c’est l’élection. Rien à voir avec les Chambres d’agriculture qui sont des organismes administratifs.

Il sera appliqué une forte limitation du cumul des mandats. Je n’en ai qu’un, ce qui est amplement suffisant pour être efficace. Il y aura incompatibilité entre mandats dans la coopérative et dans l’organisation de producteurs. Le nombre de pouvoirs sera limité à un pouvoir par votant.

L’élection se fera au niveau du département, avec un autre vote au niveau du bassin laitier, afin d’éviter de trouver les mêmes. Toutes les familles de pensée seront représentées au conseil d’administration.

 

Concernant les Organisations de producteurs (OP), il y a deux projets : l’OP par industriel (les producteurs n’ont aucun pouvoir) et l’OP totalement indépendante (remettre les producteurs au centre de la filière).

Dans notre projet, rien ne change dans les relations entre les producteurs et leur laiterie, coopérative ou non. Tous les industriels (statut coopératif ou non) sont ensemble pour négocier un contrat collectif (même prix de base, même prix en fonction de la qualité, même gestion des volumes). On a besoin des industriels et de leurs groupements, mais il ne faut pas leur donner la clé des volumes. Il faut redonner de l’importance aux groupements de producteurs. Mais il ne faut pas accepter la cogestion, ni les doubles quotas.

Certains s’intéressent à ce que nous faisons. Le seul risque, c’est de réussir car, si nous laissons faire, nous sommes certains de tout perdre.

 

Concernant les contrats au 1er avril 2011, l’industriel a l’obligation d’en proposer à chaque producteur, mais les producteurs n’ont pas l’obligation de le signer. Il ne faut pas signer. Nous allons nous constituer en organisation de producteurs (au printemps) et négocier un contrat collectif. L’objectif est d’atteindre un minimum de 20% de producteurs.

 

Cet article est le 217ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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