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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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4 novembre 2012 7 04 /11 /novembre /2012 21:06

L’Allemagne pourrait subir les conséquences de sa politique

 

La presse s’est fait l’écho des déclarations de l’ancien chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui frôlaient l’indécence à l’égard du président de la République française, François Hollande (voir L'Allemagne, donneuse de leçons d'austérité, cherche à imposer sa loi - 3 novembre 2012).

 

Manif Antilles Laval 003 TDans l’éditorial qui accompagne ce 4 novembre la mise à jour hebdomadaire de son site Mes Allemagnes, Jacques Omnès revient sur l’outrecuidance du chancelier social démocrate qui se faisait appeler en Allemagne « le camarade des patrons » et qui, abandonnant la vie politique, s’est empressé de servir les intérêts du consortium germano-russe chargé de la construction et de l'exploitation du gazoduc de la Baltique Nordstream.  

 

En fait, l’Allemagne pourrait bientôt trouver des inconvénients aux politiques Schröder-Merkel quand elle verra ses débouchés en Europe se réduire sous l’effet de ces politiques d’austérité.

 

Editorial

 

"La France est-elle en train de devenir la nouvelle Grèce ?" ("Wird Frankreich das neue Griechenland?") s'interrogeait le journaliste Nikolaus Blome dans le journal à scandale Bild le 30 octobre dernier. Cette grave question, posée en marge de la "conférence européenne" organisée par l'institut du milliardaire Nicolas Berggruen à Berlin, s'appuyait notamment sur des déclarations de l'ex-chancelier social-démocrate Gerhard Schröder. Celui-là même qui, avec son "Agenda 2010", a été en 2003 l'initiateur d'une politique d'austérité, dont chacun peut constater aujourd'hui les ravages en Allemagne (augmentation des inégalités, de la précarité et de la pauvreté). Et il prétend aujourd'hui faire la leçon à ses camarades socialistes français : le maintien de la retraite à 60 ans - pour un nombre pourtant très restreint de bénéficiaires - ne serait pas finançable,  l'augmentation de la pression fiscale ferait fuir les capitaux, etc.

Madame Parisot et le Medef applaudiront certainement aux propos de celui qu'on appelait outre-Rhin "le camarade des patrons". Le peuple français, en revanche, a toutes les raisons de se méfier des conseils d'un "social-démocrate", qui, après avoir quitté la vie politique, s'est fait engager par la société russe Gazprom pour présider le conseil de surveillance du consortium germano-russe chargé de la construction et de l'exploitation du gazoduc de la Baltique Nordstream, et qui a été conseiller de Goldman Sachs et de la banque Rothschild, avant de rejoindre comme consultant le groupe de presse suisse Ringier.

Le problème de la France aujourd'hui, ce n'est pas que le gouvernement tiendrait des promesses électorales catastrophiques pour l'économie. C'est, au contraire, qu'il s'engage, à quelques nuances près, dans une politique d'austérité qui risque de ressembler bougrement à celle suivie par l'Allemagne aux niveaux national et européen. Avec des conséquences qui commencent déjà à inquiéter les  Allemands : tel l'arroseur arrosé, le pays, qui misait beaucoup sur l'exportation, voit se réduire ses débouchés dans une Europe du Sud étranglée par l'austérité.

François Hollande serait bien inspiré d'écouter le peuple français plutôt que ses "amis" allemands...

 

Cet article est le 53ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

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3 novembre 2012 6 03 /11 /novembre /2012 21:54

L’Europe doit intégrer les différences de compétitivité

 « L'Allemagne ne cache pas son scepticisme face à la politique économique de son partenaire. Gerhard Schröder tire la sonnette d'alarme ».

"La France sera-t-elle la nouvelle Grèce ?"

En prenant connaissance de cet article publié le 2 novembre sur le site du Point, François Hollande a dû avoir des pensées émues pour ses « amis » allemands, qui semblent lui savonner la planche avec délectation. Extrait.

(…) Il n'y a pas qu'en France que les doutes s'accumulent sur la stratégie de François Hollande. Les Allemands commencent eux aussi à se demander s'il y a un pilote dans l'avion. Le très populaire quotidien Bild n'y va pas par quatre chemins. Le journal à plus gros tirage de la presse allemande se demandait mercredi : "La France sera-t-elle la nouvelle Grèce ?" L'article, consultable en ligne, assène que la France est "en chute libre" et que "le président nouvellement élu, François Hollande, ne réagit pas".

C'est notamment l'ancien chancelier Gerhard Schröder qui a inspiré le journaliste Nikolaus Blome, auteur de l'article. Le père de l'agenda 2010, un train de réformes d'inspiration libérale qui a fait passer l'Allemagne du statut d'"homme malade de l'Europe" à une machine à exporter, ne s'est pas privé de douter publiquement du chef de l'État français, en marge de la conférence européenne du Berggruen Institute, qui rassemblait à Berlin de nombreux responsables et ex-responsables politiques et économiques. "Les promesses de campagne du président français vont voler en éclats face à la situation économique", a lâché Gerhard Schröder, pourtant social-démocrate. Il a notamment critiqué le retour de l'âge de la retraite à 60 ans pour certaines catégories de salariés, un "mauvais signal", "non finançable". Il s'est aussi inquiété de l'augmentation de la pression fiscale, qui aura pour effet,

 

La réponse sur le site québécois Oikos Blogue : L’hypocrisie allemande

 

On trouve la réponse à Schröder sur ce site québécois, vraiment excellent. Gilles Bourque a écrit, le 29 octobre 2012, un article dans lequel il reprend les propos de Guillaume Duval sur Les raisons du blocage allemand.

(…) Le journaliste économique Guillaume Duval, du magazine Alternatives Economiques, nous explique dans son article Les raisons du blocage allemand que derrière l’intransigeance de l’Allemagne, on trouve la même hypocrisie du plus fort qui cherche à imposer sa loi, parce qu’elle en tire profit. Il montre en particulier que les réformes de libéralisation du marché du travail qu’Angela Merkel veut prescrire à ses voisins de l’Union européenne ne sont aucunement celles qui ont permis à l’Allemagne de garder une santé économique enviée par tous. Le marché du travail allemand ne peut pas être caractérisé comme flexible, bien au contraire. Malgré, nous dit Guillaume Duval, une baisse du PIB de 5,1% en 2009, l’économie allemande aurait conservé tous ses emplois. La structure de codétermination du modèle allemand du travail (où l’on voit les représentants des travailleurs participer aux lieux de gouvernance des entreprises) a fait en sorte que le pays a fait un usage massif de la solidarité à travers un chômage partiel et la réduction du temps de travail dans les entreprises. Résultats : le pouvoir d’achat global des salariés s’est maintenu sans avoir à mobiliser les finances publiques. Pendant la même période, la France et l’Espagne qui ont vu leur PIB baisser respectivement de 2,7% et 3,7% avec des pertes d’emplois de 280 000 pour la première et de 1,4 millions pour la seconde ! Qui est vraiment flexible ?

L’Allemagne s’entête à proclamer que les politiques d’austérité sont les seules réponses viables pour sortir ces pays de la crise parce qu’il est vrai qu’elle a elle-même fait subir aux Allemands ces remèdes à partir du début des années 2000. Mais si cette politique n’a pas eu les effets désastreux qu’elle ne peut qu’avoir aujourd’hui, c’est qu’à cette époque l’Allemagne était seule à la mettre en œuvre. Pendant la même période, tous les autres pays européens s’endettaient pour consommer les produits allemands alors que les pays émergents, en pleine croissance, s’arrachaient les machines-outils et les voitures de luxes allemandes. Le succès de l’Allemagne est là : d’une part une spécialisation dans les équipements productifs à haute valeur ajoutée (la moitié des effectifs européens de cette industrie sont allemands) et les voitures de luxe ; d’autre part une politique de rigueur dont le succès a été possible grâce à la croissance des autres pays.

Guillaume Duval ajoute que ce qui complique les choses, à l’heure actuelle, est le fait que l’Allemagne a profité jusqu’à maintenant de la crise de la dette souveraine européenne. Avec un taux d’intérêt de 1,37% pour ses obligations de dix ans, on peut dire que les investisseurs ‘paient’ l’État allemand pour pouvoir détenir ses titres de dette puisque l’inflation de la zone euro est supérieure à ce taux ! Ainsi, depuis le début de la crise, l’Allemagne aurait épargné 70 milliards d’euros sur les intérêts versés à ses créanciers…ce qui est bien supérieur aux 55 milliards d’euros que l’Allemagne s’est engagée à prêter à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal (…).

 

La réponse de Chevènement : les écarts de compétitivité viennent de loin

Dans son intervention au Sénat, le 29 octobre, Jean-Pierre Chevènement a évoqué les causes des divergences de compétitivité entre la France et l’Allemagne. Voir Au Sénat, Chevènement explique pourquoi il vote contre la règle d'or - 2 novembre 2012.

(…) Ce qui mine en réalité la monnaie unique c’est la compétitivité divergente et de façon croissante, entre les dix-sept pays qui ont cette monnaie en partage. Ainsi la France qui avait une balance commerciale équilibrée en 2001, connaît en 2011 un déficit de plus de 70 milliards d’euros, tandis que dans le même temps, l’Allemagne affiche un excédent de 158 Milliards en 2011.

 

Ces divergences de compétitivité proviennent pour l’essentiel d’écarts dans le développement industriel qui s’enracinent dans l’histoire longue : ainsi l’Allemagne a creusé l’écart avec la France et la Grande-Bretagne dès la fin du XIXe siècle. Les causes en sont connues : cohésion sociale exceptionnelle favorisée par la cogestion syndicats-patronat, valorisation systématique, par consensus national, du « site de production Allemagne », formation par alternance dans le cadre d’un système dual où la moitié des enfants sont orientés dès l’âge de onze ans, mise en application de la science et de la technologie dans toutes les industries, y compris les industries courantes, puissance du « Mittelstand » et des entreprises moyennes, réinvestissement des profits, presque toujours substantiels, dans l’entreprise et dans l’innovation, sous-traitance à bas prix dans les pays voisins de la « Mitteleuropa » et maîtrise de l’assemblage et de la chaine de valeur ajoutée en Allemagne même. Ces écarts sont cumulatifs, comme l’a bien montré Robert Mundell, dans une « zone monétaire non optimale ». Il se produit en Europe ce qui s’était produit en Italie après l’unification italienne et la généralisation de la lire à la péninsule : polarisation des richesses au Nord, mezzogiornisation au Sud.

Les écarts de compétitivité au sein de la zone euro ont été creusés en second lieu par le « choc de compétitivité » mis en œuvre au début des années 2000 par le Chancelier Schröder : déflation salariale, réduction de l’Etat-providence et sous-traitance à la main d’œuvre bon marché des pays proches, politique continuée par Mme Merkel avec la hausse de 3 points de la TVA en 2007. Au total, la France a perdu quinze points de compétitivité par rapport à l’Allemagne de 2000 à 2011
(…).

 

Jacques Omnès ne voit pas dans l’Allemagne un modèle

 

Son site* Mes Allemagnes est une mine d’informations concrètes.

Dans ses éditoriaux des 21 et 28 octobre, il déplore l’image laissée par l’Allemagne en Grèce et ailleurs « Madame Merkel maintient en effet imperturbablement le cap vers une politique européenne d'austérité et de capitulation devant les puissances financières avec un entêtement digne d'une meilleure cause.

La mise à jour de cette semaine ne manquera donc pas de rappeler, à l'aide de liens vers des articles et documents récents, que l'Allemagne n'est décidément pas un modèle dont on pourrait actuellement s'inspirer. Les inégalités, la précarité, la pauvreté continuent d'y faire des ravages (…) ». 

 

 * Rappel : Allemagne : sur son site, Jacques Omnès évoque la vie dans ce pays - 4 juillet 2010 et Allemagne : des points communs avec la France, selon Jacques Omnès - 9 janvier 2012 

 Cet article est le 52ème sur ce blog dans la catégorie Etats Union européenne

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24 mai 2012 4 24 /05 /mai /2012 21:41

L’euro doit être au service du bien commun européen

 

La question grecque est devenue la question européenne. Pour sauver les grecs de l’infortune, il faut changer de politique européenne. Quelle surprise de constater que Laurent Fabius n’a rien compris ! Il croit sans doute qu’il ne s’est rien passé entre 2002 et 2012.

Voici ce qu’il a déclaré le 21 mai sur Europe1 (voir Fabius-Grèce : "une très grande inquiétude") :

Laurent Fabius, nouveau ministre des Affaires étrangères, a admis lundi sur Europe 1 "une très grande inquiétude sur la situation grecque", alors que le pays s’apprête à voter une deuxième fois en deux mois, et fait face à une poussée des extrêmes. "Nous n’avons pas de leçon à donner, mais la France doit dire les choses à nos amis grecs telles qu’elles se présentent aujourd’hui : s’ils veulent rester dans l’euro, ils ne peuvent pas se prononcer pour des formations qui de fait les feraient sortir de l’euro", a prévenu Laurent Fabius. "Il faut respecter le mémorandum (plan de rigueur imposé par l’UE et le FMI, ndlr), mais en même temps donner une perspective de croissance. L’enjeu, c’est que les Grecs restent ou pas dans l’euro", a-t-il rappelé.

 

Interrogé par Arlette Chabot, le 23 mai, sur Europe1, Alexis Tsipras, responsable de Syriza, le parti de la gauche radicale grecque, a répondu « M. Fabius est en contradiction avec les engagements électoraux de Monsieur Hollande » 

Rappel : Elections du 6 mai en Grèce : les résultats analysés par Gérard Filoche - 8 mai 2012

Voir aussi : Le Front de gauche reçoit Alexis Tsipras à l'Assemblée nationale (23 mai)

Alexis Tsipras « Les sorts des peuples européens sont liés »  (l’Humanité, 23 mai)

            Grèce : Tsipras veut « garder l'euro » (Le Parisien, 23 mai) 

 

 Jacques Généreux / France Inter (23 mai)

Economiste et Secrétaire national à l'économie du Parti de gauche, Jacques Généreux est revenu sur la crise actuelle en Europe et plus particulièrement en Grèce. Il plaide pour un changement de politique européenne car il juge "imbécile et inhumain de vouloir sortir d'une crise financière de surendettement par une cure d'austérité". "Nous avons les moyens pour relancer notre économie par nous mêmes" estime Jacques Généreux qui ajoute que "l'Euro en tant que monnaie unique n'est pour rien dans cette crise" : si Alexis Tsipras arrive au pouvoir, "les grecs désobéiront au traité européen, restructureront leur dette s'ils le veulent tout en restant dans l'Euro".

 

Il faut relancer l'économie grecque, dût l'euro en périr (Le Monde, Jacques Sapir, 24 mai)

 

Le mémorandum signé entre la "troïka" et le gouvernement grec a démontré sa nocivité. Rajoutant la rigueur à l'austérité, il a plongé la Grèce dans une dépression sans égale. Cette politique est l'équivalent contemporain de la déflation des années 1930 dans son esprit comme dans ses mesures les plus concrètes (baisse autoritaire des salaires, diminution des prestations sociales). Elle conduira aux mêmes catastrophes. En dépit des coups de menton de Berlin, Francfort ou Bruxelles, il n'existe pas de cadre légal pour expulser un pays de la zone euro. Les traités n'ont fixé aucun chemin pour en sortir. Ici encore, c'est un bel exemple d'intelligence politique !

L'Union européenne (UE) peut certes décider de suspendre son aide, mettant ainsi le gouvernement grec dans l'incapacité d'honorer ses dettes. Mais ce dernier peut alors prendre conjointement deux décisions lourdes de conséquences. Tout d'abord, il peut répudier la totalité de sa dette. Les gouvernements de la zone euro, engagés directement à travers le Fonds européen de stabilisation financière, et la Banque centrale européenne (BCE), devront alors "prendre leurs pertes" (64 milliards d'euros pour la France). Il peut, dans le même temps, réquisitionner la banque centrale de Grèce et lui faire émettre autant d'euros que nécessaire pour couvrir ses besoins de financement à court terme. Cette mesure, illégale, n'en est pas moins techniquement possible. Pour l'essentiel, il s'agit de jeux d'écritures (…).

Le gouvernement grec a donc dans ses mains des instruments de rétorsion face aux menaces. Mieux vaudrait donc discuter et renégocier le mémorandum, ce qui est très précisément la position du chef de Syriza, le parti de la gauche radicale, Alexandre Tsypras.

Au-delà se pose la question de la compétitivité de la Grèce. Soit les pays de l'Union européenne sont prêts à investir dans l'économie grecque, lui permettant de combler une partie de son écart de compétitivité qui s'est accru de 35 % depuis 2002. Soit il faudra se résoudre à une sortie de la Grèce de la zone euro et à une lourde dévaluation (50 %) de la drachme. Cette solution, pour pénible qu'elle soit, sera préférable à la poursuite de la politique du mémorandum. La dévaluation est en effet une solution possible pour la Grèce. Le déficit de la balance commerciale représentait, en 2011, environ 20 milliards d'euros. Le déficit hors effets des hydrocarbures représentait 15 milliards. Les importations incompressibles, on le voit, ne représentent qu'une partie (25 %) du déficit commercial actuel. Une dévaluation permettrait à la Grèce d'augmenter ses exportations, qui représentaient en 2011 l'équivalent de 27 % du PIB, dont 12 % de ce dernier pour les exportations de biens. Cela est loin d'être négligeable.

Une telle solution sonnerait probablement le glas de l'euro. Mais ce glas sonne déjà avec la crise espagnole et le retour de la crise irlandaise. Une solution à la crise grecque est possible, à la condition que l'on cesse d'en faire un point d'honneur. Les femmes et hommes politiques européens doivent faire preuve de pragmatisme. Sinon, les réalités économiques trancheront pour eux.

Grèce : faut-il vraiment saigner un Etat qui n'a jamais existé ? (Le M, Guy Burgel, 24 mai)

Guy Burgel, géographe, professeur à l'université Paris-Ouest-Nanterre-la Défense, est l’auteur du "Miracle athénien au XXe siècle", CNRS Editions, 2002. Pour lui, "le mensonge et la paresse dont on accuse aujourd'hui le peuple grec sont des fables."

La crise grecque revient au galop, compromettant les premiers pas de la nouvelle présidence française. Il faut donc aussi revenir à la pédagogie élémentaire, dont la répétition, on le sait, est le premier principe. Si l'on veut voir dans le désastre qu'offre actuellement la Grèce la simple traduction de l'incurie gouvernementale et de l'insouciance sociale, justiciables de traitements d'austérité à doses de cheval, on tuera le malade, mais surtout on n'aura rien compris aux processus historiques des mutations, où les concomitances l'emportent sur les causalités directes. A cet égard, la saga grecque est démonstrative. Elle apparaît à la croisée de trois logiques autonomes : une crise de la société, une crise de l'Etat, une crise de l'Europe.

Pendant un peu moins de deux siècles de son histoire contemporaine, la Grèce a construit son développement économique sur un mode sociétal. A de très rares exceptions - la période d'Elefthérios Venizélos, pendant l'entre-deux-guerres, après la défaite contre la Turquie -, c'est aux initiatives de la société, individus et groupes unis par de fortes solidarités familiales, qu'est échue la responsabilité principale de bâtir les fondements matériels et spirituels de la nation : la petite exploitation agricole, l'entreprise artisanale, puis industrielle et touristique, le logement, et avant tout celui des millions de ruraux qui sont arrivés dans les grandes agglomérations dans la seconde moitié du XXe siècle, l'instruction des enfants à travers un réseau dense et populaire d'instituts privés. Pendant longtemps, cet "autoportage" du social a prospéré avec bonheur, faisant sortir la Grèce de la pauvreté, certes avec l'aide internationale - américaine avant d'être européenne -, mais surtout grâce au travail et à l'ingéniosité de ses citoyens. Le mensonge et la paresse dont on accuse aujourd'hui le peuple grec sont des fables. Mais ce système est à bout de souffle (…).

 

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8 mai 2012 2 08 /05 /mai /2012 19:16

Partout, en Europe, il faut le rassemblement de la gauche

 

Les élections législatives du 6 mai en Grèce ont mis en évidence le désespoir du peuple grec, la perte de confiance dans les partis politiques qui se sont succédés au pouvoir depuis des décennies et gouvernent ensemble depuis décembre 2011, étant les seuls à avoir accepté les politiques d’austérité imposées par l’Union européenne, la Banque Centrale européenne et le Fonds Monétaire International - voir Le Monde, Alain Salles, 8 mai En Grèce, l'austérité fatale aux partis historiques :

C'est comme si une bombe avait explosé dans les urnes grecques. Aucune majorité ne semble en mesure de pouvoir gouverner la Grèce en crise au lendemain des élections législatives du 6mai, qui traduisent un rejet des politiques d'austérité et des deux partis qui gouvernent ensemble depuis décembre 2011, le Pasok (Parti socialiste) et Nouvelle Démocratie (droite). Ils réunissent à eux deux moins de 33% des suffrages (contre plus de 77% en 2009) et 149 députés (sur 300). Autres leçons historiques du scrutin, la gauche radicale du Syriza dépasse les socialistes du Pasok et une vingtaine de députés issus d'un groupuscule d'extrême droite à tendance néonazie entrent au Parlement.

Le parti de droite Nouvelle Démocratie, arrivé en tête, d’abord chargé de rechercher une coalition majoritaire, a très vite renoncé, aucune autre formation représentée au parlement (en dehors des deux qui étaient associées au gouvernement) n’acceptant le plan de redressement de la « troïka » (UE, BCE, FMI).

Selon les règles en vigueur en Grèce, c’était au tour de Syriza, le parti de la gauche radicale -  l’équivalent du Front de gauche en France mais sans le KKE (parti communiste), celui-ci refusant d’entrer dans une coalition de gauche - arrivé en 2ème position, de rechercher une coalition rassemblant au moins 151 députés sur 300, après avoir posé ses conditions (Le Monde, 8 mai) : Tsipras exclut un gouvernement de coalition soutenant l'austérité  

Le chef du parti grec de la gauche radicale grecque du Syriza, Alexis Tsipras, propulsé deuxième parti grec après les législatives de dimanche, a exclu mardi 8 mai de participer à un gouvernement de coalition qui soutiendrait le plan de redressement du pays dicté par l'Union européenne et le Fonds monétaire international (FMI). La Grèce n'est plus liée par ses engagements envers l'UE et le FMI après le rejet par les électeurs des partis favorables aux plans de renflouement, a encore estimé le chef de file du Syriza. "Le verdict du peuple (...) exclut un gouvernement qui applique le mémorandum [la feuille de route d'austérité dictée à Athènes par ses bailleurs de fonds] et l'accord de prêt", a-t-il déclaré.

 

Le point de vue de Gérard Filoche (Marianne, 7 mai) - Voir le blog de Gérard Filoche :

Grèce : l’heure du bilan

Certes, la montée de l’organisation néo-nazie « Aube dorée » a de quoi inquiéter (…) Il faut ajouter à ce panorama de la droite de la droite les 10,60 % de voix (33 sièges) obtenus par la formation « Grecs indépendants », une scission de droite du principal parti de droit grec, Nouvelle Démocratie. Si les principaux médias mettent l’accent sur la montée de l’organisation néo-nazie, c’est pour ne pas mettre en évidence les trois éléments essentiels de ce scrutin.

Premier élément : la montée de l’abstention

En 2009, l’abstention s’élevait à 29,08 % des électeurs inscrits quand le Pasok de Papandréou avait été élu contre la « démocratie nouvelle » de Caramanlis. En 2010, elle avait atteint 70,92 % aux municipales de 2010 quand le Pasok avait capitulé devant les exigences des banques, de la troïka, de Merkozy… . En 2012, elle atteint 34,87 %. Ce qui indique que, malgré la crise aiguë que traverse la Grèce, un recul important de l’idée que la politique puisse changer la réalité.
Il est évident que le PASOK (Parti socialiste grec), qui était majoritaire au Parlement et dont le leader Georges Papandréou dirigeait le gouvernement grec jusqu’à ce que la Finance le chasse et le remplace par Lucas Papadémos, porte une très lourde responsabilité dans ce désarroi d’une partie de l’électorat grec.

Deuxième élément : la déroute des partis qui avaient accepté le « mémorandum », le diktat de la troïka UE/BCE/FMI

Le Pasok qui recueillait 43,92 % des suffrages en 2009 n’en obtient plus que 13,67 % en 2012. Il perd 30, 25 % de ses voix. Il ne détient plus que 41 sièges au Parlement, au lieu de 160. Une déroute complète.
La Nouvelle Démocratie (droite) qui atteignait 33,48 % des suffrages en 2009, plafonne à 18,87 % en 2012. Elle perd 14,51 % de ses voix. Une déroute limitée par l’attribution de 50 sièges supplémentaires au Parlement grec au parti arrivé en tête.
Les partis favorables au « mémorandum » signé avec la troïka par ne recueillent plus que 32,54 % des voix en 2012. Ces deux partis représentaient 77,4 % des voix en 2009. Une perte totale de 45 %.
Malgré la prime de 50 sièges supplémentaires, la Nouvelle Démocratie et la PASOK ne disposent que de 149 sièges au Parlement. Or, le Parlement compte 300 députés et il faut 151 députés pour obtenir la majorité. Il manque donc deux sièges aux deux partis favorables au mémorandum pour atteindre la majorité des députés (151 sur un total de 300).
La Grèce paraît être aujourd’hui un pays « ingouvernable », ce qui affole la Finance, les banques et les marchés boursiers.

Troisième élément : la montée de SYRIZA

Syriza est un parti à la gauche du Pasok qui s’oppose à la signature du mémorandum et veut qu’une partie de la dette grecque soit annulée. En 2009, il atteignait 4,60 % des voix. En 2012, 16,77 %. Il devient le 2e parti et gagne 12,17 % de voix.
Syriza est un parti proche du Front de Gauche Français, à une différence près, essentielle en l’occurrence : le parti communiste grec, le KKE n’en fait pas partie. Les conséquences de cette absence du KKE ne sont pas sans importance.
Le total des voix de Syriza et du KKE (8,67 %) atteint 25,44 % des suffrages et 78 sièges. S’ils avaient présenté une formation commune, elle aurait été la première formation grecque (loin devant Nouvelle Démocratie) et aurait obtenu la prime de 50 sièges supplémentaires réservée à la formation arrivée en tête.
Avec 128 sièges, ils n’auraient pas atteint la majorité, mais ils auraient pu passer un accord avec la Gauche démocratique (19 sièges) qui veut renégocier le mémorandum et, peut-être, réussi à faire bouger les députés du Pasok qui doivent sans doute commencer à comprendre combien leur orientation est suicidaire, pour eux-mêmes, leur parti, la gauche grecque et même la démocratie grecque. 

 

Partis représentés au Parlement            % de voix          Nombre de sièges   

  

Aube dorée                                                 6,97 %                             21   
Grecs indépendants                                   10,60 %                             33   

Nouvelle Démocratie                                  18,87 %                             58 + 50 (prime) = 108    
Pasok                                                       13,19 %                             41   
Gauche démocratique                                  6,10 %                             19   

Syriza                                                       16,76 %                             52   

KKE                                                           8,47 %                             26  

 

Le prix payé par le Pasok s’ajoute aux prix payés par les socialistes espagnols et portugais. Qui trahit son peuple et capitule devant les exigences des intégristes néo-libéraux, qui accepte l’austérité imposée par les requins des marchés et des banques, est sanctionné par son peuple. 

 

Papandréou n’a pas envisagé de résister et de défendre son peuple, il a même essayé de « profiter » de la crise pour liquider nombre de droits sociaux, sans oser s’en prendre à l’oligarchie qui, elle, était coupable de tout ce qui arrivait. Il a connu une forte résistance dans le Pasok, mais celle-ci après avoir rassemblé jusqu’à 60 députés, s’est usé, puis divisée : lorsque Papandréou a annoncé le « referendum » qu’il avait promis, lorsque Sarkozy et Merkel ont imposé le 9° plan de destruction social de la Grèce, il n’y a eu que 21 députés Pasok qui ont résisté. Ils ont été exclus par Papandréou qui été écarté à son tour, par Papedemos, puis par Venizelos ! C’est une tragique déroute qui doit servir de leçon. Car cela arrivera inéluctablement à tout autre parti membre du Parti Socialiste Européen (PSE) qui prendra la même voie. À quoi ça sert d’être socialiste, de gauche, de gagner les élections, de promettre le changement si c’est pour exécuter les volontés de Merkel, de la BCE, du FMI ? 

 

Voilà la leçon grecque. Ce n’est pas la montée d’un groupuscule nazi délirant, mais la poussée à gauche qui est le fait marquant. 44,52 % des voix c’est le total des voix des partis qui se réclament de la gauche. Mais le Pasok qui n’a rien compris se propose d’essayer de gouverner… avec la droite et continuer la destruction sociale du pays aux ordres de la troïka. On a aussi un exemple d’une autre gauche qui pourrait diriger si elle s’unissait, car elle dispose de 31, 33 % des voix et serait de loin le principal parti. Le refus de l’austérité, le refus de capituler devant les requins des banques et des marchés, vont de pair avec l’exigence de l’unité de la gauche, là-bas comme partout en Europe.

 

Rappel : Mikis Theodorakis : appel à l'union du peuple grec contre l'austérité - 23 février 2012 

Moody's et la Grèce : une histoire datant de 1931 selon Xavier Tracol - 16 février 2012 

Chevènement : l'Allemagne ne joue pas son rôle, il faut refaire l'Europe - 30 avril 2010 

 

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23 février 2012 4 23 /02 /février /2012 23:58

Les peuples européens doivent rejeter cette politique

Le compositeur Grec Mikis Theodorakis, ancien résistant et héros de la lutte contre le régime des colonels, aujourd’hui âgé de 87 ans, lance un appel à l’opinion internationale.

« Un complot international est en cours, visant à mener à terme la destruction de mon pays. Les assaillants ont commencé en 1975, avec comme cible la culture grecque moderne, puis ils ont poursuivi la décomposition de notre histoire récente et de notre identité nationale et aujourd’hui ils essaient de nous exterminer physiquement par le chômage, la famine et la misère. Si le peuple grec ne se soulève pas pour les arrêter, le risque de disparition de la Grèce est bien réel. Je la vois arriver dans les dix prochaines années. Le seul élément qui va survivre de notre pays sera la mémoire de notre civilisation et de nos luttes pour la liberté. »

Contre-Info, le 22 février, a publié le texte du compositeur (extraits), daté du 12 février 2012 :

Notre pays s’enfonce dans les ténèbres du Moyen Âge, par Mikis Theodorakis

(…) L’année passée, M. Juncker a déclaré qu’il avait remarqué lui-même l’hémorragie financière massive de la Grèce qui était due aux dépenses excessives (et forcées) pour l’achat de matériel de guerre - de l’Allemagne et la France en particulier. Et il a conclu que ces vendeurs nous conduisaient à un désastre certain. Hélas, il a avoué qu’il n’a rien fait pour contrecarrer cela, afin de ne pas nuire aux intérêts des pays amis !

En 2008, la grande crise économique est arrivée en Europe. L’économie grecque n’a pas été épargnée. Cependant, le niveau de vie qui était jusque-là assez haut (la Grèce se classait parmi les 30 pays les plus riches du monde), est resté pratiquement inchangé, malgré une augmentation de la dette publique. La dette publique ne se traduit pas nécessairement par une crise économique. La dette des grands pays tels que les États-Unis et l’Allemagne sont estimées à des milliers de milliards d’euros. Les facteurs déterminants sont la croissance économique et la production. Si ces deux facteurs sont positifs, il est possible d’emprunter auprès des grandes banques à un taux d’intérêt inférieur à 5%, jusqu’à ce que la crise soit passée.

En 2009, (en novembre), au moment de l’arrivée de G. Papandréou au pouvoir, nous étions exactement dans cette position. Pour faire comprendre ce que le peuple grec pense aujourd’hui de sa politique désastreuse, je cite deux chiffres : aux élections de 2009 PASOK - le parti politique de G. Papandreou - a remporté 44% des voix. Aujourd’hui, les sondages ne lui donnent plus que 6%.

M. Papandréou aurait pu faire face à la crise économique (qui reflétait celle de l’Europe) avec des prêts de banques étrangères au taux habituel, c’est-à-dire inférieur à 5%. S’il l’avait fait, notre pays n’aurait pas eu de problème. Comme nous étions dans une phase de croissance économique, notre niveau de vie se serait amélioré.

Mais M. Papandréou avait déjà commencé sa conspiration contre le peuple grec en été 2009, lorsqu’il a rencontré secrètement M. Strauss-Kahn, dans le but de passer la Grèce sous la tutelle du FMI. Cette révélation a été divulguée par l’ancien président du FMI (…).

Ensuite, M. Papandréou et le ministre des finances ont mené une campagne de discrédit pendant 5 mois, au cours de laquelle ils ont essayé de persuader les étrangers que la Grèce est, comme le Titanic, en train de couler, que les Grecs sont corrompus, paresseux et donc incapables de faire face aux besoins du pays. Après chacune de leurs déclarations, les taux d’intérêt montaient, afin que la Grèce ne puisse plus faire des emprunts et afin de donner un caractère de sauvetage à notre adhésion au FMI et à la Banque Centrale Européenne. En réalité, c’était le début de notre fin.

En mai 2010, un ministre, celui des finances, a signé le fameux Mémorandum (Mnimònio, en grec), c’est-à-dire notre soumission à nos prêteurs. D’après le Droit grec, l’adoption d’un tel accord nécessite d’être mis aux voix et d’être approuvé par les trois cinquièmes des députés. Donc, le Mémorandum et la Troïka qui nous gouvernent, fonctionnent illégalement - non seulement par rapport au Droit grec, mais aussi au Droit européen (…).

La production a été freinée, le taux de chômage a grimpé à 18%, 80’000 magasins ont fermé, tout comme des milliers d’usines et des centaines d’artisanats. Un total de 432’000 entreprises ont déposé leur bilan. Des dizaines de milliers de jeunes scientifiques quittent notre pays qui s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres du Moyen Age. Des milliers de personnes qui étaient aisés jusqu’à un temps récent, sont maintenant à la recherche de nourriture dans les ordures et dorment sur le trottoir.

Entre temps, nous sommes censés vivre grâce à la générosité de nos prêteurs d’argent, les banques européennes et le FMI. En fait, l’intégralité du paquet de dizaines de milliards d’euros versé pour la Grèce, retourne à son expéditeur, tandis que nous sommes de plus en plus endettés à cause des intérêts insupportables. Et parce qu’il est nécessaire de maintenir en fonction l’Etat, les hôpitaux et les écoles, la Troïka charge la classe moyenne et inférieure de notre société de taxes exorbitantes qui mènent directement à la famine. La dernière fois que nous avons vécu une situation de famine généralisée dans notre pays était au début de l’occupation allemande, en 1941, avec près de 300’000 morts en six mois seulement. De nos jours, le spectre de la famine revient dans notre pays infortuné et calomnié (…).

La seule force capable de faire ces changements révolutionnaires, c’est le peuple grec uni en un Front de Résistance et de Solidarité pour que la Troïka (FMI et banques européennes) soit chassée du pays. En parallèle, il faut considérer comme nuls tous ses actes illégaux (prêts, dettes, intérêts, impôts, achats de la richesse publique). Bien sûr, leurs partenaires grecs - qui ont déjà été condamnés dans l’esprit de notre peuple en tant que traîtres -, doivent être punis.

Je suis entièrement concentré sur ce but (l’Union du peuple en un Front) et je suis persuadé que nous l’atteindrons. Je me suis battu les armes à la main contre l’occupation hitlérienne. J’ai vu les cachots de la Gestapo. J’ai été condamné à mort par les Allemands et j’ai miraculeusement survécu. En 1967, j’ai fondé PAM (Patriotikò Mètopo - front patriotique), la première organisation de résistance contre la junte militaire. Je me suis battu dans la clandestinité. J’ai été arrêté et emprisonné dans « l’abattoir » de la police de la junte. Finalement, j’ai encore survécu.

Aujourd’hui, j’ai 87 ans, et il est très probable que je ne serai pas vivant le jour du sauvetage de ma patrie bien-aimée. Mais je vais mourir la conscience tranquille, parce que je continuerai jusqu’à la fin de faire mon Devoir envers les idéaux de Liberté et de Droit.

 

Voir aussi Moody's et la Grèce : une histoire datant de 1931 selon Xavier Tracol - 16 février 2012 

L’Europe en route vers la dépression, par John Weeks

 

Le Portugal est la prochaine Grèce, par Ed Harrison

 

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16 février 2012 4 16 /02 /février /2012 16:40

De la république au fascisme, après une dégradation

 

Parmi les documents distribués le 9 février à l’entrée de la salle du Vieux Château à Laval par les membres du CAC 53 (collectif 53 pour l’audit citoyen de la dette) - voir Lancement du collectif local pour un audit citoyen de la dette (CAC 53), 15 février 2012 - il y en avait un, tiré du magazine Histoire(s) de la Dernière Guerre n°16 – janvier/février 2012 : d’hier à aujourd’hui « Moody’s et la Grèce » (page 84), signé Xavier Tracol.

 

Voici ce texte qui est utile pour comprendre la situation actuelle de la Grèce.

 

« En rétrogradant son rating de 19 places en deux ans, passant de A1 (qualité moyenne supérieure) à Ca (en défaut, avec peu d’espoir de recouvrement), Moody’s a grandement influencé les marchés, faisant fuir les investisseurs d’un pays qui, de 2000 à 2007, avait pourtant une des économies les plus dynamiques de la zone euro, avec un taux de croissance de 4,2%. Il existe d’autres agences de notation financière dans ce cas (Standard & Poors, Fitch Ratings Ltd.), mais Moody’s a un lointain passif avec la Grèce, puisqu’elle fut en partie à l’origine de l’arrivée au pouvoir du dictateur Metaxas, qui règnera sur le pays de 1936 à 1941.

 

En 1929, la crise boursière Wall Street touche l’Europe avec plusieurs mois de décalage. Mais en 1931, la jeune république grecque doit mener une série de réformes économiques en diminuant le nombre de fonctionnaires et en augmentant ses investissements pour relancer la consommation. C’est une erreur pour Moody’s Corporation, une agence d’analyse financière fondée en 1909 et qui a popularisé les symboles de notation « triple A to C ».

 

Moody’s dégrade alors la note de la Grèce, ce qui va avoir pour conséquence une funeste réaction en chaîne : les taux d’intérêt grimpent, faisant fuir les capitaux ; la drachme est finalement dévaluée et la dette nationale explose ; les banques étrangères (en particulier italiennes) ne peuvent bientôt plus récupérer leurs investissements et, début mars 1932, le pays fait défaut. Pour la population, c’est le début d’une longue et forte inflation. Malgré tous ses efforts, le gouvernement d’Elefthérios Venizélos – héros national depuis la révolte de Thérissos en 1905 – ne peut juguler la crise et doit bientôt faire face à une multiplication des émeutes. Fragilisé, il perd les élections de 1932, qui voient réapparaître sur le devant de la scène les mouvements royalistes et nationalistes  qui, trois ans plus tard, restaurent la monarchie. Pas pour longtemps : face à la montée du communisme, le nouveau roi Georges ii soutient en effet le coup d’Etat de son propre ministre  de la Guerre, le général Ioannis Metaxas. Le 4 août 1936, ce dernier décrète l’état d’urgence et suspend le Parlement sine die.

 

Fondateur d’un petit mouvement d’extrême droite, le Parti de la libre opinion, Metaxas  va s’inspirer du régime fasciste de Mussolini pour consolider sa dictature : salut romain, instauration d’organisations de jeunesse, fascination pour l’antiquité, censure, interdiction de la grève, etc. Environ 15 000 opposants vont passer par ses geôles durant les cinq années que durera son régime !

 

En 1936, la responsabilité de Moody’s est évidente dans l’effondrement politique grec. Devant une telle mauvaise publicité, la société s’empresse d’exprimer ses regrets et annonce qu’elle ne notera plus désormais les dettes des Etats… C’est un peu tard : en 1940, en effet, les relations entre Rome et Athènes se tendent et Mussolini prétextera le remboursement des sommes perdues en 1932 par ses banques pour attaquer militairement la Grèce à partir de l’Albanie

 

Histoire(s) de la dernière guerre - n°16 - janv. / fév. 2012

 

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9 janvier 2012 1 09 /01 /janvier /2012 10:55

Poussée de la pauvreté et des inégalités en Allemagne

 

Manif-Antilles-Laval-003-T.jpgL’ancien professeur d’allemand du Lycée Ambroise Paré, à Laval, excelle dans la mise à disposition d’informations précises sur l’Allemagne.

Ce qu’il a voulu faire en créant ce site : Mes Allemagnes : présentation :

Depuis un demi-siècle (eh oui...), l'Allemagne est pour moi une passion. Une passion que j'ai essayé de faire partager à mes élèves au cours de ma vie professionnelle. Une passion qui remonte à l'époque où j'étais moi-même lycéen. Une passion que je dois à un enseignant exceptionnel, Monsieur Chabert, que j'ai eu la chance d'avoir comme professeur d'allemand pendant toute ma scolarité secondaire à Brest. C'était dans les années 1960.

A l'époque, dans ma famille, comme dans beaucoup de familles françaises, on associait encore le mot "Allemagne" et le mot "Occupation". Mais, bien qu'élevé dans l'admiration de la Résistance et la haine du nazisme, bien qu'horrifié par les récits sur la déportation, je tombai immédiatement amoureux de la langue allemande. Fils de militants communistes, je considérais cependant l'Allemagne de l'ouest avec une certaine méfiance. Elle m'apparaissait comme un pays encore entaché par le passé nazi et comme le fer de lance du camp capitaliste face à une autre Allemagne, la République démocratique allemande, incarnation de l'antifascisme et du socialisme en construction sur le sol allemand. Je tombai donc également amoureux de la RDA, symbole tout à la fois de la langue et de la culture allemandes et de mon idéal politique. Et pendant quelques années je considérai la RDA comme ma "seconde patrie"...

Dès le départ, il y eut donc pour moi au moins deux Allemagnes. Je découvris plus tard qu'il y avait d'autres Allemagnes encore : celle du Nord, celle du Sud, celle du Rhin, celle de la mer du Nord et celle de la Baltique, celles des différents dialectes, celle des interdictions professionnelles et celle des militants écologistes, celle de l'humanisme de Weimar et, tout à côté, celle de l'horreur absolue, à Buchenwald....

Ce site se propose de faire partager ma passion pour l'Allemagne, pour "mes" Allemagnes. Il sera mis à jour régulièrement. Chacun, germaniste confirmé(e) ou personne simplement intéressée par les réalités politiques, sociales, économiques, culturelles, linguistiques allemandes, devrait pouvoir y trouver quelque intérêt. Il ne vise ni à l'exhaustivité, ni à la froide objectivité : le "mes" est aussi la revendication d'une approche personnelle. On comprendra donc, après avoir lu ce qui précède, que la RDA et l'actuelle Allemagne de l'est y tiennent une place non négligeable, tant il est vrai que près de vingt ans après la "réunification", il existe de fait encore au moins deux Allemagnes...

 

Le 4 juillet 2010, j’avais évoqué ce site : Allemagne : sur son site, Jacques Omnès évoque la vie dans ce pays. C’était au moment de l’élection du président de la République fédérale.

 

Le président élu par les parlementaires allemands est dans une situation peu confortable ces temps-ci. Jacques explique pourquoi dans l’éditorial daté du 7 janvier 2012. Par ailleurs, la vision de l’Allemagne qui ressort de cet édito diffère de ce qu’on entend le plus souvent. Elle prend en compte la pauvreté et les inégalités sociales croissantes, l’évolution du pouvoir d’achat des salaires, qui n’ont rien d’enviable par rapport à ce que nous connaissons en France.

Mes Allemagnes

Le mois de janvier est traditionnellement le mois des voeux. L'occasion de souhaiter aux membres de la famille, aux amis, aux voisins, aux collègues une "bonne année", dont on espère qu'elle apportera à chacun la santé et une vie un peu plus heureuse. Une vie plus heureuse qui, depuis quelques mois, semble se confondre pour certains hommes politiques français avec le "modèle allemand", qui représenterait l'avenir radieux vers lequel devrait tendre notre pays. Il est donc opportun de rappeler quelques données de la situation économique, sociale et politique en Allemagne qui viennent à tout le moins nuancer ce tableau idyllique

Si l'on en croit les statistiques officielles, la situation de l'emploi en Allemagne devrait nous faire pâlir d'envie. Avec un taux moyen de 7,1 % en 2011, le taux de chômage allemand est à son plus bas niveau depuis 1990. Il s'établissait à 6,6 % en décembre dernier. Mais ces chiffres sont sujets à caution, car un artifice fait sortir de la statistique de nombreux chômeurs de plus de 58 ans. En fait 9 millions d'Allemands seraient des précaires.

En ce qui concerne le pouvoir d'achat des salaires, il n'aurait progressé que de 1,2 % entre 2008 et 2011 (3,7 % en France). Les salaires bruts réels, donc corrigés de l'inflation, ont connu au troisième trimestre 2011 leur plus faible hausse en glissement annuel depuis fin 2009. Entre le troisième trimestre 2010 et le troisième trimestre 2011, les salaires réels n'ont augmenté que de 0,6%. C'est le pourcentage le plus faible depuis le quatrième trimestre 2009. Et encore ne s'agit-il là que de moyennes. Les salaires réels ont baissé dans la fonction publique, mais aussi dans les banques, l'hôtellerie et le commerce. Sans oublier que 2,5 millions d'Allemands travaillent pour moins de 5 euros de l'heure !

En fait, on assiste depuis le début des années 2000 à une forte poussée de la pauvreté. Entre 2005 et 2010, le pourcentage de pauvres est passé de  12,2 % à 15,6 %. Et les inégalités se sont creusées : au cours de la même période, le ratio entre le revenu des 20 % les plus riches et celui des 20 % les plus pauvres est passé de 3,8 à 4,5. En 2010, 19,2 % des Berlinois étaient menacés de pauvreté contre 17 % en 2006. Fait plus grave encore : depuis 2001, les plus pauvres ont perdu 2 ans d'espérance de vie (75,5 ans contre 77,5, il y a dix ans).

Et, pendant ce temps, le président fédéral Christian Wulff s'accroche à son poste. Au moment où j'écris cet éditorial, il refuse de démissionner, malgré la sombre affaire de crédits un peu trop avantageux dont il a bénéficié, malgré ses mensonges, malgré ses tentatives d'intimidation à l'égard de la presse pour étouffer l'affaire. Et il a, à l'heure ou j'écris, le soutien de Mme Merkel. On le voit, l'appât du gain, le goût du luxe, l'exploitation de positions de pouvoir pour des intérêts personnels, ne sont pas le propre de certains membres de la classe politique française. Rien d'étonnant à cela. Car des deux côtés du Rhin, c'est le même système, qui, avec quelques nuances, domine, au profit d'une minorité, la vie politique, économique et sociale.
Si "convergence" il doit y avoir entre la France et l
'Allemagne, ce n'est pas sur ces bases qu'elle doit se réaliser mais, au contraire, en prenant en compte les intérêts de la masse de la population de nos deux pays, donc en combattant ensemble les inégalités et l'exploitation dont elles sont victimes. Alors seulement il pourra peut-être y avoir une vie plus heureuse pour nos deux peuples.

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27 mai 2011 5 27 /05 /mai /2011 23:52

Les causes de cette « révolution espagnole » (Enrique Dans)

 

Retour sur le mouvement social d’un type nouveau en Espagne (voir Espagne : le chômage massif incite les classes moyennes à s'organiser - 25 mai 2011). Je propose un article capté sur le site du Monde, concernant les « indignés de Murcie ». Notre commune jumelée avec Saint-Berthevin, Ceuti, est très proche de Murcia, d’où mon intérêt pour cet article. Un coup de cœur aussi pour les explications données par Enrique Dans sur ce qu’il appelle la « révolution espagnole ». Très intéressant.

 

Dans le sud de l'Espagne, avec les "indignés" de Murcie (Le Monde, Audrey Garric, 26 mai)

 

C'est devenu le rendez-vous incontournable de la journée. Chaque soir à 20 h 30, ils sont entre 500 et 600 à rejoindre la place de la mairie, dans le centre de Murcie, dans le sud-est de l'Espagne. Des jeunes, en majorité, mais aussi leurs parents et même leurs grands-parents. Ces "indignés", tel qu'ils se qualifient, tiennent leur assemblée générale sur le parvis, qu'ils ont rebaptisé, à l'instar de nombreuses autres villes espagnoles, "place de la Révolution du 15-Mai". Devant un écriteau indiquant "Le micro est ouvert", tous prennent la parole à tour de rôle pour argumenter, proposer, s'offusquer, s'inquiéter. Dix jours après le début du mouvement de contestation sociale qui a soulevé le pays, ils éprouvent plus que jamais la volonté de voir le projet de société qu'ils ont esquissé aboutir.

"Je suis payé 5 euros de l'heure, au noir, dans un restaurant, alors qu'au gouvernement régional certains se voient proposer des Mercedes comme voiture de fonction", lâche un jeune, révolté. "On n'est pas des hippies. Seulement des gens dignes qui demandent un travail et une justice juste", renchérit une quinquagénaire, suscitant l'enthousiasme et l'adhésion de la foule. Plus tard, c'est l'émotion qui gagne l'assistance lorsqu'un retraité prend la parole : "A l'époque de Franco, je me suis battu pour cette démocratie. Depuis, on l'a dénaturée. Il faut reprendre le combat et ne pas s'arrêter."

 

CENTRES COMMERCIAUX VIDES OU INACHEVÉS

Pendant trois heures, c'est un flot ininterrompu de doléances et propositions. Le besoin d'expression et d'écoute des habitants est évident. Il faut dire que Murcie, agglomération de quatre cent mille habitants et petite province engoncée entre Valence et l'Andalousie, dans un paysage aride et brûlant, possède le troisième taux de chômage d'Espagne, derrière les Canaries et l'Andalousie. Un quart de la population n'a pas de travail, dont un jeune sur deux.

Dans les années 1990, la ville, encore plus que le reste du pays, a appuyé son développement sur une construction immobilière effrénée pour répondre à des besoins touristiques croissants. Mais, en 2008, la crise économique s'abat sur l'Europe et stoppe net l'activité locale. Partout, ce sont des pavillons, des immeubles ou des centres commerciaux vides ou inachevés. Dans le même temps, de nombreux ouvriers du bâtiment, dont une partie de jeunes sans études, se retrouvent sans emploi ni salaire, et donc de quoi payer leur loyer. "On est alors arrivés à une situation extrême et absurde, avec des logements inoccupés par milliers et des milliers de gens hypothéqués, qui risquent à tout moment d'être expulsés de chez eux, finissant, pour certains, par se retrouver à la rue", explique José Torrico Munoz, avocat d'une soixantaine d'années.

 

DÉFIANCE DANS LES INSTITUTIONS

Depuis lors, cette population, désabusée, s'est contentée de se désoler du malheur qui la touche, y voyant comme une fatalité. "La jeunesse d'ici est pessimiste et apathique. Elle considère que les études ne servent à rien et montre un désintérêt profond pour tout ce qui touche de près ou de loin à la politique", livre Juan Cerrano, doctorant de 27 ans.

"Les gens pensent que les choses ne peuvent pas changer, confirme Jorge-Luis Diez Urrea, 32 ans, directeur d'une compagnie de théâtre au chômage. Le parti populaire remporte chaque élection depuis seize ans. Les politiciens sont corrompus, de la même façon que les syndicats, qui leur sont très liés. Même les médias sont partisans, sans compter qu'ils ne s'intéressent que très peu à notre région. On est habitués à ne pas être représentés ni entendus."

 

Lorsque les premières manifestations ont débuté à Madrid, puis dans toutes les grandes villes du pays, le 15 mai, les Murciens se sont alors immédiatement saisis de l'occasion pour organiser leur propre mobilisation et s'exprimer, pour beaucoup d'entre eux, pour la première fois. "Mes parents préféreraient me savoir à la fac, mais moi, je ne veux rater cet élan de solidarité pour rien au monde. J'apprends bien plus ici, témoigne Margarita Carrillon Leon, 23 ans, étudiante en psychologie et philosophie. Je n'avais jamais vécu un tel mouvement intergénérationnel, une telle révolution. C'est notre Mai-68 à nous !"

 

"DÉMOCRATIE DIRECTE"

Aux Espagnols les plus vieux, qui qualifient cette "génération perdue" de "ni-ni", pour "ni études ni travail", les jeunes ajoutent maintenant un troisième "ni" : "ni peur". "Je ne pense pas que le mouvement me permettra de trouver du travail, mais il me redonne de l'espoir, l'envie de me battre", assure Andres, 26 ans, acteur. Comme beaucoup de parents, Maribel Bernarbeu, professeur de 51 ans, se dit "fière d'eux", "depuis le temps qu'elle attendait de les voir prendre leur destin en main, se battre pour leurs idéaux". "Maintenant, il faut néanmoins encore canaliser le mouvement, passer de la théorie aux actions concrètes", prévient-elle.

 

A Murcie, comme dans les autres villes, le mouvement des insurgés est structuré en commissions qui se créent au fur et à mesure des besoins : action, débats, conflits juridiques, logistique, cuisine ou encore hygiène. Dans chacune d'elles, les projets ne manquent pas. Alors que certains prennent possession, de manière pacifique, de l'espace public pour sensibiliser les citoyens, d'autres luttent contre les expulsions, engagent des procédures. Un groupe d'ouvriers du bâtiment au chômage envisage aussi d'aider à la reconstruction de la ville voisine de Lorca, détruite par le séisme du 11 mai.

 

Si les campements ne devraient pas pouvoir passer l'été sur la place, en raison de la chaleur, le mouvement, soudé et réactif grâce aux réseaux sociaux, perdurera, les "insurgés" n'en doutent pas. "C'est la première fois qu'une mobilisation de cette ampleur existe en Espagne, qui ne soit ni organisée par les partis politiques ni par les syndicats, mais par la base. Les gens ont donc envie de faire des propositions, et tous ceux qui sont au chômage ont le temps de le faire, assure José-Luis. Par ailleurs, si le mouvement a profité de l'échéance des élections locales pour mobiliser, il se veut apolitique. Il a pour but de faire entendre notre malaise et faire avancer les choses." "A notre niveau, on recrée une démocratie directe, sur la place publique", se félicite Antonio Pujante, ingénieur de 44 ans au chômage.

 

Les Espagnols veulent une démocratie éthique, par Stéphane Pelletier (Le Monde, 27 mai)

 

Comprendre la révolution espagnole (Enrique Dans, Owni, 18 mai)

Alors que l'Espagne fait sa révolution sous nos yeux, Enrique Dans, professeur et blogueur reconnu, nous donne les clefs pour comprendre ce soulèvement massif du peuple espagnol. Enrique Dans est professeur des systèmes de l’information à la IE Business School et blogueur reconnu en Espagne. Il s’intéresse notamment aux effets des nouvelles technologies sur les populations et les entreprises. Dans ce billet publié sur son blog le 18 mai, il explique en sept points les causes de ce soulèvement.

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25 mai 2011 3 25 /05 /mai /2011 22:23

Une ambiance d’inquiétude et d’insécurité sociale

 

Ceci est un complément à la synthèse faite, hier, sur la situation de l’Espagne, pays qui m’est cher depuis les relations de jumelage entre Saint-Berthevin (Mayenne) et Ceuti (Murcie).

Voir Espagne : la jeunesse prépare l'Europe d'après la crise néolibérale - 24 mai 2011.

 

Ce 25 mai, Ouest-France - le journal au plus gros tirage quotidien en France - a 2 publié deux articles concernant la vie sur la place de la Puerta del Sol à Madrid :

Qui sont et que veulent les «Indignés» de la Puerta del sol

Les «Indignés» ont transformé La Puerta del Sol en un nouveau quartier

Qui aurait pu croire il y a une semaine que le premier campement, aussitôt délogé par la police, d'une trentaine de «révoltés» au coeur de Madrid se transformerait si rapidement en village? La place de la Puerta del Sol offre maintenant tous les services d'un quartier: garderie, restaurant, bibliothèque, atelier d'art, jardin potager, point d'information, etc... Le tout gratuit et autogéré par des volontaires, chômeurs ou travailleurs qui se relaient jour et nuit. On peut d'ailleurs lire sur l'un des nombreux panneaux revendicatifs qui tapissent la place : «Ici il y a du travail, et il y a de quoi se loger» (...).

Ce 25 mai, également, Libération a publié un article de Sandra Gaviria, sociologue à l’université du Havre-Cirtai-CNRS, sous le titre : Les enfants sages de la révolte espagnole

 

Le mouvement espagnol, dit « du 15M », est significatif de la situation économique du pays et de sa jeunesse. Au cours des années de croissance et d’abondance, cette dernière ne s’était mobilisée que pour défendre le botellon (pratique de consommation d’alcool en groupe sur la voie publique) et contre les attentats de 2004. Personne ne comprenait pourquoi la jeune génération ne descendait pas dans la rue pour dénoncer ses problèmes persistants d’emploi, de précarité et de logement.

 

Depuis la crise de 2008, une ambiance d’inquiétude et d’insécurité sociale s’est installée : parents licenciés brutalement, membres de la fratrie au chômage, diminution voire suppression des aides de l’Etat providence, et difficultés grandissantes d’accès au travail et au logement. Les jeunes, accusés à tort d’être des «ni-ni» (ni travaillant ni faisant des études) ont vu le paysage social changer, ce qui les a poussés enfin à se mobiliser. Leur mouvement montre qu’il s’agit plutôt d’une génération «sans» : sans parti, sans leader, sans logement et sans emploi.

 

Dans tous les cas, ce sont des «enfants sages», majoritairement étudiants ou nouveaux diplômés de la classe moyenne, qui ont réussi à se rassembler sans violence et dans une ambiance bon enfant. Il serait probablement impossible de réunir autant de personnes de façon aussi pacifique dans la majorité des pays européens. Les jeunes ont montré par ailleurs qu’ils savent s’autocontrôler et se gérer. Ils ont interdit l’alcool pour éviter les troubles à l’ordre public, mis en place un service de propreté, une crèche, de la distribution de nourriture, une bibliothèque… Ils sont volontaires et organisés, peut-être même trop pour être considérés vraiment contestataires.

 

Ce n’est pas un mouvement de la jeunesse contre les aînés dans une «guerre» des âges. Au contraire, les générations sont mélangées, solidaires et communément indignées. La société espagnole est intégrée et profitant d’une vraie cohésion sociale, intergénérationnelle et familiale.

Les parents soutiennent en temps normal leurs enfants en les laissant habiter tardivement sous le même toit, en les aidant à payer leur logement, en gardant les petits enfants… Ils sont présents une fois de plus à la Puerta del Sol madrilène et dans les autres villes où il y a des campements. Inquiets pour l’avenir des leurs, ils soutiennent le mouvement.

 

Quelle que soit l’issue de la mobilisation, aujourd’hui imprévisible, elle a permis de témoigner publiquement que les jeunes souhaitent s’intégrer, travailler et avoir un emploi stable, fonder une famille, se loger et surtout ne pas rester en marge de la société. Il ne s’agirait finalement pas d’un embryon du «printemps européen de la jeunesse», mais tout simplement, et pour une grande majorité, de jeunes gens sages souhaitant rentrer dans le moule le plus rapidement possible.

Finalement, il pourrait s’avérer décevant, pour de nombreuses personnes, qu’il ne s’agisse pas d’une remise en question profonde de la société.

 

Le Mouvement du 15 Mai a-t-il influé sur les résultats des élections locales et régionales du 22 mai ?

La réponse est non, selon Miguel Romero, auteur d’un long article repris sur le site A l'encontre - je remercie, au passage mon ami Joël Lopes, responsable MRC de Seine-et-Marne, qui me rend destinataire de documents fort intéressants, notamment en provenance de la péninsule ibérique.

 

Espagne: en haut et en bas (24 mai)

Dans cet article, Miguel Romero – responsable de la revue Viento Sur et du site du même nom – combine l’analyse de traits du Mouvement du 15 mai avec le sens «structurel» des résultats électoraux du 22 mai 2011 (élections municipales et régionales). Il les replace dans le contexte du système bipartisan qui domine dans l’Etat espagnol, avec les conséquences que les résultats du 22 mai 2011 peuvent avoir.

 

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24 mai 2011 2 24 /05 /mai /2011 22:11

L’Europe entière sous l’effet de la contagion espagnole

 

L’Espagne va être au cœur des évènements européens dans les mois à venir, d’abord en raison de sa situation financière, liée à la crise de l’euro, et aussi par l’indignation de sa jeunesse, qui pourrait être aussi contagieuse que la crise financière (rappel : Espagne : la crise financière a remis en cause la politique du logement - 23 octobre 2010).

 

Dimanche 22 mai, le PSOE a perdu les élections locales et régionales

 

Le Figaro, Mathieu de Taillac, 23 mai : Espagne : défaite socialiste aux élections locales. La gauche a subi une dure défaite aux élections régionales et municipales. Le PSOE, avec 27,7 % des voix, se retrouve à 10 points derrière les conservateurs du Parti populaire (PP) qui obtiennent 37,5 %, un écart inédit. Dans 60.000 bureaux de vote, près de 35 millions d'Espagnols étaient appelés à renouveler 13 des 17 gouvernements régionaux, ainsi que l'ensemble des 8 000 équipes municipales. Pendant ce temps, à la Puerta del Sol et sur les places d'une dizaine de villes espagnoles, des milliers de manifestants votaient leur stratégie à main levée, en assemblées générales. Sur la station de métro de la place madrilène, une affichette exprimait le divorce: «Vos urnes sont trop petites pour nos rêves.»

Zapatero paie la crise dans les urnes (Libération, Cécile Thibaud, 24 mai). Perdant des bastions historiques, les socialistes espagnols sont sortis exsangues des scrutins de dimanche.

Ceuti dans le sens du vent

 

Dans ce contexte, je n’ai pas été surpris du résultat des élections de la Ville de Ceutí. Ont été élus, 10 conseillers du Parti populaire (droite), 6 conseillers du PSOE (gauche) et 1 de IU (extrême gauche). Ceuti (Murcie) est jumelée avec la Mairie de Saint Berthevin. Signataire de ce jumelage avec le maire de Ceuti, en 1998, Manuel Hurtado García, actuellement sénateur, nous avions fêté le 10ème anniversaire du jumelage en 2010 - 10 ans du jumelage Saint-Berthevin-Ceuti : les avis des deux signataires - 5 avril 2010 (retard dû au décès de José Ramon Jara Vera - voir Jumelage St-Berthevin-Ceuti : l'hommage de J Chauvin à José Ramon).

 

Pendant ce temps, les jeunes expriment leur indignation dans la rue

 

Les « indignés » espagnols ne désarment pas (l’Humanité, 24 mai). Voir les images : http://fr.euronews.net/2011/05/21/le-mouvement-des-indignes-espagnols-toujours-mobilise/

Les jeunes remettent en cause la politique d’austérité et les partis politiques qui se sont succédés au pouvoir. Voir aussi D'Espagne en France, un petit air de révolution social-démocrate (Rue89, Pascal Riché, 24 mai). 

 

La « poudrière espagnole »

 

Cécile Chevré, rédactrice de Moneyweek, évoque la « poudrière espagnole » (voir, 24 mai, De la Grèce à l’Espagne, les olives sont cuites !

L'Espagne concentre elle aussi de nombreuses inquiétudes, à juste titre. Certes son déficit de 9,3% du PIB est loin d'être le pire de la zone euro, mais le pays a dû lui aussi réduire drastiquement ses dépenses pour rassurer les marchés et pouvoir continuer à emprunter à un coût raisonnable.

Avec des conséquences sociales qu'on commence seulement à mesurer. Le taux de chômage atteint 21% et celui des jeunes plus de 40% ! Le coût de la vie a flambé de 3,5% en un an et de nombreux salaires sont en baisse. C'est une véritable poudrière sociale. Preuve en est l'occupation depuis plus d'une semaine de la Puerta del Sol à Madrid par de jeunes Espagnols pour protester contre... Eh bien à la fois contre le taux de chômage, la précarité mais aussi les partis politiques et le gouvernement.

Forcément, les élections locales de la semaine dernière ne se sont pas très bien passées pour les socialistes au pouvoir. Des résultats qui fragilisent le gouvernement Zapatero. Des élections législatives anticipées pourraient même être organisées.

Mais le vrai problème en ce moment, la grande inconnue, c'est ces fameuses dettes cachées des gouvernements locaux et d'entreprises privées qui leur appartiennent. Un endettement supplémentaire de plus de 26 milliards d'euros qui est pour le moment en dehors de tous les radars. Un gros caillou en plus sur notre frêle embarcation.

Que va-t-il se passer ?
Dans un premier temps, une augmentation des rendements est prévisible. Le taux des obligations espagnoles à 10 ans est passé de 4% en octobre dernier à 5,6%. Il est vrai que c'est encore très loin des 18% des obligations grecques ou des 11% des irlandaises. L'Espagne a réussi à convaincre les marchés qu'elle n'avait pas besoin de l'aide de l'UE – contrairement au Portugal, à l'Irlande ou à la Grèce. Mais les dettes cachées pourraient très rapidement changer la donne.

Or l'Europe toute entière est menacée par la contagion espagnole. Les banques françaises à elles seules sont exposées à hauteur de 140 milliards d'euros au risque obligataire espagnol.

 

Claude Nicolet (MRC, Nord) : la politique européenne doit être repensée

 

Les résultats électoraux en Espagne hier, 22 mai, ne doivent pas être pris à la légère. Ils s'inscrivent aussi dans un phénomène qui se répand non seulement à travers toute l'Europe mais concerne aussi et en grande partie la jeunesse. Irlande, Grèce, Portugal, Espagne, Italie bientôt...Des chiffres effrayants pour l'Espagne, 45% des jeunes au chômage, des salaires parmi les plus bas du monde occidental, des licenciements dans la fonction publique, baisse des salaires, baisse des pensions et des retraites. Lire la suite...

 

Il est clair qu'aujourd'hui, et bien au-delà de la lutte contre les déficits publics qui sont le nouveau graal des libéraux, c'est l'organisation même, dans la structure des politiques macro-économiques misent en oeuvre par l'Union Européenne, qui doit être totalement repensée.

L'Union européenne et la zone euro ne peuvent plus fonctionner au seul profit de l'Allemagne et de son économie. L'excédent commercial de l'Allemagne ne peut plus se faire au détriment de ses partenaires européens dont la France. L'identité, l'organisation, l'histoire, les spécificités des économies nationales composantes de l'économie européenne sont trop différentes pour imaginer qu'elles puissent fonctionner de façon homogène.

 

En ayant pratiqué une politique de forte déflation salariale au sein d'une même zone monétaire, l'Allemagne est devenue une véritable pompe aspirante des capitaux en euro et, en bénéficiant de l'excellence du "made in Germany", elle accumule les excédents.

 

Euro cher et déflation salariale, si cela sert les intérêts de l'Allemagne (et pas forcément ceux de ses salariés), ça ne peut aboutir qu'à l'austérité à perte de vue pour tous les autres. Est-ce pour cela que les peuples et en particulier la jeunesse ont cru au rêve européen? Or ce rêve est en train de se retourner. Ce cauchemar en perspective ne devrait pas cesser d'interroger les responsables politiques qui ont fait la promotion d'un modèle qui fait faillite sous nos yeux. D'ailleurs la jeunesse espagnole n'appelait à voter pour aucun des deux grands partis (PSOE ou PP).

 

Le fonctionnement de la zone euro doit, bien sûr, être revu. Sinon le Parti socialiste français ne pourra offrir de perspectives politiques dignes de ce nom en 2012. Une preuve ? Le PSOE vient d'en être victime.

 

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