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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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17 novembre 2006 5 17 /11 /novembre /2006 10:33

 

La prochaine loi agricole des USA définira les modalités d’intervention de l’Etat en agriculture sur 2008-2013  

 

 Dans un pays qui prêche le libéralisme, on peut s’étonner du fait que les agriculteurs (un peu moins de 2% de la population active) reçoivent des pouvoirs publics un soutien de 40 milliards de dollars chaque année. Ce traitement privilégié résulte d’un processus historique qui a commencé au début des années 1930 et qui a subi de multiples transformations en fonction des crises et des majorités parlementaires. Il est probable que le niveau de soutien à l’agriculture à partir de 2008 restera élevé. La nouvelle majorité démocrate du Congrès aura, dans l’année qui vient, la responsabilité d’en décider.

 Jean-Christophe Debar est l’auteur d’une contribution, intitulée « La politique agricole américaine », dans le livre « La fracture agricole et alimentaire mondiale » de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart (éditions Universalis). Il décrit clairement les grandes étapes de l’intervention de l’Etat dans l’agriculture, puis les modalités des transferts à l’agriculture, avant de présenter les enjeux de la prochaine loi agricole. Je me suis efforcé de reprendre l’essentiel de sa contribution.

 Outre - Atlantique, la politique agricole est élaborée par le Congrès et mise en œuvre par le gouvernement fédéral. Elle se traduit par des lois agricoles qui s’appliquent sur une durée moyenne de 5 à 7 ans.  Chaque loi définit non seulement les prix garantis des productions et les aides versées aux agriculteurs, mais aussi tout ce qui touche directement ou indirectement à l’activité agricole (mesures agro - environnementales, aide alimentaire…).

 L’Etat fédéral s’est intéressé au développement de l’agriculture dès le 18ème siècle et il a mis en place les premiers organismes publics en 1862. La maîtrise de la production (construire des installations de stockage, retirer des excédents du marché) s’est imposée durant la grande dépression des années 1930, ainsi que l’intervention fédérale sur les prix et revenus agricoles.

 La politique agricole américaine s’est alors développée dans trois directions : dans les grandes cultures, le soutien des prix de marché (avec contrôle de la production) évoluant à partir des années 1960 vers les aides directes aux producteurs, partiellement découplées de la production ; la gestion du risque (fluctuation des rendements et des cours) ; la protection de l’environnement.

 Les excédents sont apparus dans les années 1950 et la lutte contre la surproduction est le thème majeur des débats de politique agricole. Les démocrates sont pour la limitation autoritaire de la production et les républicains veulent réduire les prix garantis. Un compromis est trouvé dans la loi agricole de 1965 (baisse du prix garanti compensée par la hausse des aides directes liées à la maîtrise de la production). Il sera le fondement des lois agricoles jusqu’en 1995. Les revenus des agriculteurs sont de plus en plus financés par les contribuables. Les prix se rapprochent des cours mondiaux, ce qui favorise les exportations.

 La demande mondiale est en forte croissance dans les années 1970. On innove dans le soutien aux grandes cultures avec les paiements compensateurs (versés aux producteurs de céréales et de coton qui appliquent le gel de terres) et le programme de stockage à la ferme (qui concerne le blé et les céréales fourragères). Ces dispositifs sont restés en vigueur jusqu’en 1995.

 Des crises surviennent dans les années 1980 au moment où les présidents républicains veulent imposer la libéralisation de l’agriculture. Ils n’y parviennent que partiellement en raison de l’opposition du Congrès (Chambre des représentants et Sénat). Un dispositif (le prêt de commercialisation) introduit une dérégulation majeure, qui met à bas le stockage public des récoltes en tant qu’instrument de soutien des prix.

 Mais la rupture arrive avec la loi de 1996 qui a pour objectif de désengager l’Etat de l’agriculture et de donner un rôle accru au marché dans l’orientation des productions et la formation des revenus agricoles. Priorité aux exportations et à l’accroissement de la compétitivité. Renoncement au contrôle de la production en vigueur depuis 60 ans, versement d’aides non liées au gel des terres et découplées de la production. Les agriculteurs ont désormais une liberté d’assolement presque totale qui doit leur permettre de répondre aux signaux du marché. En fait, l’agriculture est vite plongée dans la crise, ce qui oblige le Congrès à débloquer des aides d’urgence de 1998 à 2001. Le démantèlement du système d’intervention relatif aux produits laitiers est reporté. La loi suivante (2002-2007) est plus protectrice.

 Les programmes de gestion du risque se sont développés depuis longtemps. En 1995, un dispositif d’assurance de revenu ou de recette est lancé, qui protège les producteurs contre le risque combiné de rendement et de prix. En 2004, 75% des surfaces de céréales et de soja étaient assurées par l’un des systèmes proposés.

 En 1986, la conditionnalité des aides est entrée en application (plan de conservation des sols sensibles à l’érosion). La loi agricole de 2002 renforce cette action qui vise, plus généralement, à mieux concilier la production agricole et la protection des ressources naturelles (sols, eaux, biodiversité).

 Depuis vingt ans, les transferts de l’Etat à l’agriculture n’ont pas diminué, mais leurs modalités ont changé. Sur 2002-2004, l’estimation des soutiens aux producteurs était en moyenne 40 milliards de dollars par an, soit 17% de leurs recettes. Sur la période allant de 1982 à 2002, les dépenses de soutien sont évaluées à 22,5 M² de dollars par an en moyenne (en augmentation de 6% en valeur réelle).

 Le niveau et les modalités du soutien sont très différents selon les productions. Sur 2002-2004, l’estimation du soutien aux producteurs est 5% des recettes pour les viandes et les œufs, 60% pour le sucre, 30% pour le blé et 40% pour le lait. Le soutien s’effectue par les prix (lait, sucre, pour l’essentiel) ou par les aides directes budgétaires (blé, maïs, soja).

 Plus de 60% de ce soutien correspondent à des mesures qui faussent la concurrence, selon les règles de l’OMC. Par ailleurs, les aides aux grandes cultures sont en partie liées à la production. Celles au coton sont fortement remises en cause.

 Comment le Congrès pourra-t-il adapter le système de soutien, sans bouleversement majeur, pour le rendre conforme aux règles multilatérales ?

 L’Etat a joué, lors des dernières décennies, un rôle déterminant dans l’amélioration des performances économiques et sociales de l’agriculture américaine. Mais le contexte change rapidement.

 Faut-il modifier les objectifs ou les instruments de l’intervention publique ? La future loi agricole devra répondre à cette question d’ici 2008.

Le Congrès est très attaché à la sécurité d’approvisionnement du pays. Il devrait être attentif aux doléances des organisations agricoles concernant les revenus des producteurs.

 Cela n’incite pas à prévoir une baisse du niveau de soutien à l’agriculture dans les prochaines années. Par contre, les modalités évolueront pour tenir compte des accords de l’OMC et des préoccupations environnementales.

 La gestion des risques et des crises pourrait devenir la justification principale de l’intervention de l’Etat.

 Il faut ajouter que les décisions de politique économique extérieures à l’agriculture seront tout aussi importantes pour les agriculteurs que les réglementations sur le niveau des aides.

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16 novembre 2006 4 16 /11 /novembre /2006 15:40

 

L’Europe libérale continue d’avancer en ignorant le vote du peuple français

Deux projets de directives concernant les services montrent à l’évidence que l’Europe institutionnelle veut passer outre le vote NON antilibéral du peuple français le 29 mai 2005.

 

Le premier, adopté par la Commission européenne le 18 octobre dernier, organise la libéralisation totale des services postaux. Jean-Pierre Chevènement s’est exprimé le 14 novembre, jour de la grève du secteur postal en France, dans un communiqué de presse :

 « Un tel projet menace la péréquation tarifaire, l'égalité de traitement et de prix applicables au courrier sur l'ensemble du territoire national. Il serait lourd de conséquences pour l'emploi. En Grande Bretagne et en Allemagne où cette libéralisation totale est déjà en place, des dizaines de milliers d'emplois ont été supprimés, les prix pour l'usager ont considérablement augmenté et la qualité de service s'est dégradée. Or parallèlement la Commission européenne conteste le statut public de La Poste française. 

 La France ne peut accepter que l'un de ses derniers grands services publics soit ainsi menacé. Au conseil des ministres européens qui doit statuer sur ce projet le gouvernement doit voter contre et faire reculer la Commission européenne. Si demain, en 2007, un Président de la République de gauche républicain est choisi par les Français, il devra s'opposer de façon déterminée à cette libéralisation totale des services publics quitte à soumettre à référendum la suspension des textes européens concernés ».

Le second projet de directive, voté par le Parlement européen le 15 novembre, concerne la libéralisation des services, c’est-à-dire la révision à la baisse du droit du travail et le transfert de pouvoirs accrus à la Commission européenne, acquise aux thèses néo-libérales. Jean-Pierre Chevènement a réagi le 15 novembre par un nouveau communiqué de presse :

 « Contre l'avis du peuple français, le Parlement européen organise le dumping social et les délocalisations. Déconnecté des peuples, le Parlement européen a validé aujourd'hui le projet de directive services. Ce projet de directive est, en ne posant pas notamment le principe du pays de destination, le même que celui de Fritz Bolkestein et n'est pas moins dangereux pour les 800 000 entreprises et pour les 11,5 millions d'emplois français concernés :

 Il organise le dumping social. Les services réalisés en France par les entreprises étrangères ne seront pas contrôlables. Déjà aujourd'hui, les règles européennes sur le détachement des travailleurs, qui devaient assurer le respect du droit du travail français, ne sont pas appliquées et donnent lieu à un dumping social dénoncé par le Sénat (rapport d'octobre 2006 sur le BTP) !

  Il ouvre la voie à une concurrence déloyale et à de nouvelles délocalisations. Les grands groupes auront la voie libre pour délocaliser. Incontrôlables, leurs filiales et leurs sous-traitants délocalisés pourront organiser leur dumping en France, à partir de pays à faible fiscalité, où le taux d'impôt sur les sociétés tend vers 0% !

Nos routiers, qui vivent à l'heure Bolkestein depuis 1998, peuvent témoigner de ce qui attend les activités concernées, notamment artisanales, avec la directive Bolkestein. Ils ont perdu près de 30% des parts du marché français sans en gagner dans les pays voisins.

La directive Bolkestein bis est un révélateur. Celui d'une Europe dont nous ne voulons plus. Celui d'une Europe qui n'est pas démocratique, qui organise l'impuissance publique et qu'il faut réorienter fondamentalement. Il faut refonder l'Europe sur les peuples et revenir sur la directive Bolkestein : autoriser le libre établissement des entreprises européennes de services en France, mais refuser la libre circulation des services.  

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15 novembre 2006 3 15 /11 /novembre /2006 15:57

 

La Politique Agricole Commune (PAC) est un des principaux fondements de la construction européenne et doit le rester

 Lors de sa conférence de presse, le 13 novembre, Jean-Pierre Chevènement a fait de l’agriculture et de l’environnement, le cinquième chantier de sa seconde priorité, qui est de remettre la France d’aplomb, la première priorité étant de réorienter la construction européenne.

 Il est clair que la PAC, très attaquée par les libéraux, se situe à la jonction des deux priorités. Elle revêt une importance stratégique dans la réorientation de la politique de l’Union européenne. Le candidat antilibéral, porteur de l’espoir républicain, a constaté que l’agriculture ne fait pas bon ménage avec le libéralisme. C’est pourquoi il veut maintenir et réorienter la PAC.

 Afin de mieux comprendre ce qu’a été la PAC depuis sa création, au début des années 1960, je vais reprendre ici l’introduction de la contribution de Jean-Paul Charvet dans le livre « La fracture agricole et alimentaire mondiale », qui a été présenté dans mes articles précédents.

 « La PAC a joué un rôle décisif dans la montée en puissance de l’agriculture européenne. Alors que, depuis le 19ème siècle, l’Europe de l’ouest constituait le premier pôle d’importation de produits agricoles de la planète, l’Union européenne s’affirme désormais, avec les USA et les pays du groupe de Cairns, comme l’un des trois grands pôles d’exportation des produits agricoles et agroalimentaires du monde.

 L’agriculture française a très largement profité de la PAC, aussi bien de sa première version des années 1960 que dans celles mises en œuvre à partir de 1992, puis de 1999 (Agenda 2000). Elle demeure également bien placée pour tirer le meilleur parti de la nouvelle réforme de la PAC, lancée par l’accord de Luxembourg du 26 juin 2003, tout comme de l’élargissement de l’Union européenne à dix nouveaux Etats membres, officialisé le 1er mai 2004.

La première version de la PAC, principalement fondée sur une politique des prix, avait même trop bien réussi : alors que, parmi les objectifs visés figurait l’autosuffisance de la Communauté européenne en produits agricoles, elle fut dans les années 1980 génératrice d’excédents très coûteux à stocker et à écouler sur les marchés mondiaux.

 Depuis la réforme de 1992 qui, en généralisant le système des aides directes, a transféré des consommateurs aux contribuables la charge de soutenir les revenus des agriculteurs, la PAC a été progressivement réorientée. En relation avec les nouveaux objectifs que la société globale assigne désormais à l’agriculture concernant la qualité et la traçabilité des produits, le maintien de l’emploi agricole et rural, la protection de l’environnement ainsi que l’entretien des espaces ruraux, la PAC intègre de plus en plus de mesures concernant la sécurité alimentaire et une meilleure gestion de l’environnement.

 L’Agenda 2000, adopté en 1999, avait prolongé le mouvement, déjà largement entamé en 1992,  de baisse des prix de soutien européens. Parallèlement, il a apporté différentes innovations dans le domaine de la gestion de l’environnement et du développement rural, et il avait fait davantage de place à la subsidiarité, c’est-à-dire aux politiques nationales.

  L’accord de Luxembourg de 2003 poursuit et accentue ces évolutions en mettant nettement en avant le second pilier de la PAC, c’est-à-dire le développement rural, et en instituant une écoconditionnalité pour le versement d’aides directes qui sont désormais très largement découplées de la production.

 L‘auteur considère que « la PAC demeure un des éléments majeurs de cohésion de l’Union européenne, après avoir été l’un des principaux fondements de la construction européenne. Les dépenses de la PAC ont été plafonnées à 45 milliards € par an sur la période 2006-2013 pour l’Union à 25. C’est donc dans le cadre de cette enveloppe globale stabilisée que s’opéreront les recompositions des années à venir. Cela n’empêche pas certains pays, tel que le Royaume-Uni, de trouver que la place relative des dépenses agricoles dans le budget européen demeure encore beaucoup trop importante ». 

                             

 A celles et ceux qui veulent en savoir plus sur cette question de la PAC, je conseille de se rendre sur le site national du MRC www.mrc-france.org et de cliquer sur « Positions », puis « Agriculture ». Ils pourront lire plusieurs textes sur la PAC.

 Le premier, daté du 1er mars 2005, intitulé « La Politique Agricole Commune. Pour nourrir l’Europe et faire vivre le monde », fait une analyse historique critique de la PAC et présente les idées émises par Edgard Pisani dans son livre « Un vieil homme et la terre ».

 Ce texte, amendé en janvier 2006, a servi de base à un autre document intitulé « Projet pour l’agriculture et la PAC » daté du 21 octobre 2005, qui a lui-même nourri la rédaction de la partie agricole du projet du Mouvement Républicain et Citoyen (MRC) adopté en avril 2006.

 Ce sont des réflexions critiques suivies de propositions qu’il s’agit maintenant de transformer en orientations concrètes pour la campagne présidentielle de Jean-Pierre Chevènement (voir, ci-après, la partie concernant l’agriculture).  

  « Cinquième chantier de la seconde priorité de Jean-Pierre Chevènement : une politique protégeant à la fois l’agriculture et l’environnement.

 L’agriculture est un grand atout de la France qui mérite d’être défendu et non pas bradé aux lobbies, quels qu’ils soient. La PAC sera maintenue et réorientée, les primes plafonnées et régionalisées. L’agriculture ne s’accommode pas du libéralisme. La promotion des biocarburants sera encouragée.

 La politique de l’environnement privilégiera la préservation des biens rares : eau, air, sols dits « biens publics » communs de l’Humanité et notamment la lutte contre l’émission de gaz à effet de serre et le réchauffement climatique. Une fiscalité sur l’émission du carbone sera instituée. Un programme de recherche dit « écologie de l’Humanité » visera à promouvoir, dans la ligne du rapport Jacques Berque de 1982, toutes les connaissances et toutes les technologies qui permettront de concilier le développement des pays du Sud et le maintien des équilibres fondamentaux de la vie sur la planète. L’écologie est une chose trop sérieuse pour être laissée aux seuls écologistes".

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14 novembre 2006 2 14 /11 /novembre /2006 14:32

 

Jean-Pierre Chevènement veut réveiller la gauche

 Le candidat à la présidentielle, qui a présenté hier son programme, n'exclut pas de se retirer si Le Pen a des chances d'être au second tour.

JEAN-PIERRE CHEVÈNEMENT est resté fidèle à sa devise : « Même mort, je reviens », a lancé hier matin, un brin railleur, le président d'honneur du Mouvement républicain et citoyen (MRC), qui tenait, devant environ 300 sympathisants réunis au Théâtre Dejazet, à Paris, sa première conférence de presse depuis l'annonce de sa candidature à ­­l'Élysée, le 6 novembre.

 Visiblement en bonne forme, marchant seul sur la scène du théâtre et s'exprimant sans notes devant un drapeau tricolore et une photo de la statue de la place de la République, l'ancien partisan du non au traité constitutionnel européen a exposé, une heure durant, ses trois priorités, elles-mêmes déclinées en une vingtaine de chantiers, « pour réveiller la gauche ».

 À savoir : « Réorienter la Constitution européenne », « faire rebondir la France » et « remettre en marche le modèle républicain ». Selon lui, « il est temps que la France retrouve confiance en elle-même pour pouvoir se projeter dans l'avenir avec ­vigueur ».

 Mais pour cela, a expliqué l'ancien ministre de l'Intérieur de Lionel Jospin, « la mémoire nationale ne doit pas devenir un enjeu entre les différents communautarismes ». Bref, « n'ayons pas honte d'être Français », a-t-il poursuivi sous les acclamations de la salle.

 Se présentant encore comme le meilleur « candidat antilibéral républicain », l'actuel maire de Belfort a assuré vouloir « rassembler pour gouverner, sans sectarisme, avec la gauche refondée ».

 Âgé de 67 ans, Jean-Pierre Chevènement, qui avait recueilli 5,33 % des suffrages en 2002 et qui est tenu encore aujourd'hui par de nombreux socialistes comme responsable de l'élimination de Lionel Jospin dès le premier tour, n'a pas exclu de se retirer de la course si Jean-Marie Le Pen avait des chances, comme en 2002, d'empêcher un candidat de gauche d'accéder au second tour.

 « Si Le Pen obtenait par malheur ses parrainages et s'il paraissait en mesure d'empêcher un candidat de gauche au deuxième tour, je préconiserais la réunion de tous les candidats de gauche », a-t-il répondu à la presse.

Un meeting à Paris le 28

 Également interrogé sur ses points de convergence avec les présidentiables socialistes, il a souligné qu'il partageait l'optique de Fabius sur « le gouvernement économique de la zone euro », mais « pas sur la réintroduction des deux premières parties de la Constitution européenne ». Il s'est dit, par ail­leurs, « assez d'accord sur la question de la délinquance des mineurs et de la Nation républicaine » avec Ségolène Royal. En revanche, avec Dominique Strauss-Kahn, la ­con­ver­gence « sera plus difficile car il est plus libéral ».

Quant aux appels du pied lancés par Ségolène Royal et Laurent Fabius, il a reconnu être « sensible (à leur) ton, qui contraste avec ceux des dirigeants socialistes ». Son premier meeting public est prévu à ­Paris le 28 novembre.

 Ce texte a été publié aujourd’hui dans Le Figaro. Il résume bien la situation. Je renvoie au site de campagne www.chevenement2007.fr pour prendre connaissance de ce que le candidat a dit (texte et images avec la vidéo). Seulement le plan de l’intervention du candidat est reproduit ci-après.

 « Mon idée de manœuvre est simple : pour faire rebondir la France , il faut réorienter l’Europe qui pèse sur la plupart de nos choix et remettre en marche le modèle républicain.

 Mes trois priorités sont donc indissociablement : réorienter la construction européenne ; faire rebondir la France  ; remettre en marche le modèle républicain.

 Première priorité : réorienter la construction européenne pour relancer la croissance et l’emploi.

 Cinq chantiers :

 - Relever la croissance et l’emploi dans la zone euro. En particulier, un mémorandum sur un gouvernement économique de la zone euro sera immédiatement transmis à Bruxelles et aux douze gouvernements concernés afin de proposer une réforme de la Banque Centrale et l’octroi de pouvoirs précis à l’Eurogroupe.

 - Un deuxième mémorandum pour une Europe qui protège sera envoyé aux vingt-sept gouvernements de l’Union européenne pour revoir les règles de la concurrence, préserver les services publics, définir des normes sociales, combattre le dumping social des pays à salaires excessivement bas et donner à l’Union européenne une capacité d’emprunt.

 - Troisième chantier : faire avancer une Europe de projets : recherche – infrastructures de défense - espace.

 - Quatrième chantier : tourner l’Europe vers le Sud, et d’abord vers la Méditerranée et vers l’Afrique pour nouer une véritable politique de co-développement.

 - Cinquième chantier : faire de l’Europe un facteur de paix sur le continent avec un véritable partenariat stratégique avec la Russie et au Moyen-Orient,  sur une base de principes.

 Si la renégociation des traités s’avérait impossible, il ne serait pas exclu d’en suspendre certaines clauses concernant notamment la concurrence et les services publics, après référendum.

 Ce cadre ayant été tracé, il faudra faire rebondir la France.

 Rendre confiance au pays d’abord. Ensuite sept chantiers :

 - Maintenir les centres de décision économiques sur le territoire national et rétablir un ministère de l’Industrie de plein exercice.

 - Promouvoir des choix énergétiques ambitieux : économies d’énergie – biomasse et, j’y insiste, nucléaire par la poursuite du programme EPR.

 - Une loi-cadre prioritaire pour l’université et la recherche.

 - Une Charte de l’entreprise associant tous ses partenaires, afin qu’elle ne soit plus la seule affaire des actionnaires.

 - Une politique protégeant à la fois l’agriculture et l’environnement.

 - La mise à niveau de notre défense nécessaire dans un monde dangereux, par la modernisation de notre dissuasion et l’institution d’un service civique de dix semaines.

 - La promotion de la francophonie dans un monde où il y aura, en 2050, 300 millions de francophones, principalement en Afrique.

 Ma troisième priorité sera de remettre en marche le modèle républicain.

 Je propose pour cela huit chantiers.

 - L’ouverture d’une Conférence des revenus et de la fiscalité pour revaloriser les revenus du travail, relever les taux d’activité, en assouplissant notamment les 35 heures.

 - L’ouverture d’un grand débat sur les institutions sanctionné par un référendum pour que les responsabilités soient clairement fixées dans l’Etat.

 - La refondation républicaine de l’Ecole, avec notamment un examen probatoire pour s’assurer de la maîtrise des apprentissages fondamentaux par les élèves qui entrent au collège.

 - Des Etats généraux de la ville, des banlieues et de la jeunesse pour remettre le pied à l’étrier aux jeunes, en finir avec les ghettos, rétablir la police de proximité et assurer à tous le droit au logement – avec une loi-programme sur le logement, la ville, la sécurité et l’accès à la citoyenneté.

 - La parité sociale pour les femmes.

 - La création d’un Institut de la parentalité.

 - Une mobilisation de tous les acteurs culturels pour combler le fossé entre culture élitaire et culture populaire.

 - Une politique visant à renforcer la solidarité en matière de santé et à donner aux personnes handicapées un accès réel à leurs droits qu’elles ne connaissent souvent pas ».

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13 novembre 2006 1 13 /11 /novembre /2006 19:25

 

L’objectif de sécurité alimentaire s’oppose au libéralisme

 Dans le livre « La fracture agricole et alimentaire mondiale », Laurence Roudart a écrit le chapitre « Les politiques agricoles et alimentaires au risque des négociations internationales ». Son grand mérite est de montrer comment, à partir des années 1980, à l’initiative des USA et de la CEE, les politiques agricoles ont été soumises à l’épreuve des négociations commerciales internationales, d’abord dans le cadre du GATT en 1986 (cycle de l’Uruguay) puis de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), qui a pris le relais du GATT en 1995.

 Je vais m’efforcer de résumer ce chapitre. Les politiques agricoles et alimentaires sont un sujet de discorde dans les relations internationales depuis que celles-ci sont commandées par la volonté d’imposer une libéralisation de tous les échanges. De plus en plus nombreux sont ceux qui s’opposent à la libéralisation de ce secteur parce que l’agriculture est à la base de l’alimentation et, donc, de la vie d’une part, et que, d’autre part, il est nécessaire de revaloriser l’intervention publique afin de réguler l’offre de certains biens et services dont la production est liée à l’activité agricole, mais pour lesquels il n’existe pas de marché.

 Historiquement, les Etats ont voulu garantir le mieux possible la sécurité des approvisionnements alimentaires de la population. C’est l’un des fondements du contrat social qui lie chaque Etat à ses ressortissants.

 

      Une politique agricole est fondamentalement une politique alimentaire mais, par l’espace qu’occupe l’activité agricole, elle est aussi une politique environnementale, une politique d’aménagement du territoire et une politique d’emplois et de revenus en milieu rural.

En réalité, les raisons qui justifient l’intervention publique en agriculture sont multiples, de nature économique, sociale et politique.

 Je passe sur les moyens, nombreux et divers, qui ont été mis en œuvre dans les pays développés entre les années 1930 et 1990 : garantie de prix, subventions à certains facteurs de production, aides directes aux revenus des agriculteurs, financement public en amont de la production…    De nombreux gouvernements (les USA, des pays de la CEE) considéraient l’agriculture comme un secteur beaucoup trop stratégique pour l’exposer à la libéralisation. C’est pourquoi, pendant 40 ans, l’agriculture est restée en dehors des négociations du GATT  (Accord général sur les tarifs et le commerce).

 A partir du début des années 1980, à l’initiative des USA et de la Communauté européenne, le libéralisme s’est imposé comme courant de pensée économique dominant à l’échelle internationale, entraînant dans son sillage la remise en cause du rôle de l’Etat dans l’économie, y compris dans le secteur agricole, la référence rituelle au libre fonctionnement des marchés, à la libre entreprise, à la libre concurrence et à la spécialisation de chaque pays en fonction de ses « avantages comparatifs ».

C’est ainsi que les USA et la CEE décidèrent d’engager des négociations commerciales intégrant pour la première fois l’agriculture, dans le cadre du GATT. C’était en Uruguay en 1986. Il s’agissait « d’établir un système de commerce des produits agricoles qui soit équitable et axé sur le marché ». Ce cycle de négociations fut conclu à Marrakech en 1994, par la signature d’un accord global, comportant 29 accords distincts, dont l’accord sur l’agriculture. A partir de là, l’OMC a pris le relais et, depuis lors, les politiques de tous les pays membres sont sous surveillance internationale.

 Les axes principaux de l’accord sur l’agriculture étaient de :

 - diminuer les transferts internes à l’agriculture ayant des effets sur les volumes produits et donc sur le commerce international,

 - réduire les subventions à l’exportation,

 - abaisser les protections à l’importation.

 Dans presque tous les pays développés, entre 1986 et 2002, les transferts à l’agriculture ont baissé en termes réels et leur composition a été modifiée : les soutiens par les prix ont diminué (les prix payés aux producteurs ont baissé, se rapprochant des cours internationaux) et, en compensation, les aides directes aux revenus des agriculteurs ont augmenté.

 Les négociations internationales concernant l’agriculture ont repris en 2000, avec pour objectif de poursuivre la libéralisation de la production et du commerce agricoles dans tous les pays membres de l’OMC.  Après un échec à Seattle (USA), marqué par les oppositions des altermondialistes et des pays en développement, un nouveau cycle de négociations a été lancé à Doha (Qatar) en novembre 2001. Des divergences d’intérêts et des désaccords profonds sur les questions agricoles n’ont pas permis de respecter l’échéancier fixé à Doha.

 Quelles sont les positions des différents pays ou groupes de pays ?

 - L’Union européenne et les USA, qui soutiennent leurs agricultures, sont surtout préoccupés de la compatibilité entre leurs politiques agricoles et le futur accord.

 - Certains pays « amis de la multifonctionnalité » (Corée du Sud, Japon, Norvège, Suisse), qui soutiennent fortement leurs agricultures et sont importateurs nets, défendent l’idée que tous les transferts sont acceptables dans la mesure où ils permettent au secteur agricole d’assurer des fonctions non marchandes, notamment la sécurité alimentaire.

 - A l’autre extrême, les pays du groupe de Cairns, qui sont exportateurs et soutiennent fort peu leurs agricultures, sont demandeurs d’une libéralisation importante des politiques et des échanges agricoles.

 - Les pays en développement se divisent en plusieurs sous-groupes, dont certains sont attirés par davantage de libéralisation et d’autres, parmi les pays pauvres, par des solutions favorables au développement.

 Depuis l’insuccès de la conférence de l’OMC à Cancun en 2003, les pays en développement n’acceptent plus que les pourparlers se fassent sur la seule base d’un accord euro-américain. La concertation a été relancée en 2004 par un accord-cadre élaboré par le Brésil, l’Inde, l’Australie, les USA et l’UE. La compétition se durcit entre des groupes de pays aux intérêts divergents, principalement entre ceux qui exigent une diminution forte et rapide des interventions publiques (leurs agricultures étant très compétitives) et les pays interventionnistes (USA et Europe, notamment) qui freinent au maximum cette évolution.

 Ainsi, les négociations internationales continuent sur la base et les principes des années 1980. Ces négociations, qui impliquent des pays de plus en plus nombreux, ont un caractère positif. Ce qui doit être remis en cause, ce sont les objectifs qui sont visés, c’est-à-dire la libéralisation des échanges internationaux, le démantèlement des politiques agricoles et alimentaires et l’alignement des prix agricoles dans les pays sur les prix internationaux.

 Il est temps d’assigner à ces négociations un objectif de sécurité alimentaire, en quantité et en qualité, pour toute l’humanité, fondé sur la souveraineté alimentaire de chaque pays, ou groupe de pays, c’est-à-dire sur le droit des populations et des Etats à définir leurs propres politiques agricoles et alimentaires, sans que celles-ci causent préjudice aux agricultures d’autres pays.

 Mais ce droit à l’alimentation ne fait pas partie du mandat de l’OMC.

 Rappelons que la balle est dans le camp des chefs d’Etat et de gouvernement membres de l’OMC. Ce sont eux qui fixent les orientations de cette organisation. Il leur revient la responsabilité politique de se mettre d’accord sur ce nouvel objectif.

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12 novembre 2006 7 12 /11 /novembre /2006 19:07

 

Libéralisme et baisse des prix agricoles à l’origine de la pauvreté et des inégalités croissantes dans le monde

 

Dans le prolongement des réflexions de Michel Griffon, présentées hier, le livre de Marcel Mazoyer et Laurence Roudart (janvier 2006, éditions Universalis) exprime la même préoccupation, qui est « nourrir l’humanité aujourd’hui et demain ». D’ailleurs, Michel Griffon est partie prenante de cette publication, avec une contribution intitulée « La planète pourra-t-elle nourrir dix milliards d’hommes » ? Les deux auteurs posent bien le problème dans l’introduction, que je vais reprendre ici brièvement.

Le Sommet du millénaire organisé en 2000 par l’ONU en présence de la quasi-totalité des chefs d’Etat et de gouvernement avait fixé des objectifs ambitieux afin de lutter contre la pauvreté et la faim. C’était reconnaître « que le développement de l’économie mondiale et les politiques économiques et sociales au cours des dernières décennies ont été incapables de répondre aux besoins fondamentaux de l’humanité. Aujourd’hui, en effet, d’après la Banque mondiale, près de la moitié de la population mondiale vit avec moins de deux dollars par jour. Un tiers de l’humanité souffre de malnutrition et 850 millions de personnes de sous-alimentation chronique ». Par ailleurs, « selon la FAO, les trois quarts des pauvres vivent en milieu rural et la majorité de ceux qui souffrent de la faim sont des paysans des pays en développement, c’est-à-dire des producteurs et des vendeurs de nourriture ».

 Le secteur agricole fournit emplois et revenus à 40% environ de la population mondiale. Or, partout, « le revenu moyen des paysans est très inférieur à celui des habitants des villes, et même inférieur au salaire moyen des travailleurs non qualifiés ».

 

  Le livre a pour objet de mettre en évidence « les causes profondes de cette pauvreté paysanne de masse », elle-même au cœur de la pauvreté et de la faim dans le monde.

 Laurence Roudart montre « comment les politiques agricoles des pays membres de l’OMC ont évolué depuis le début des années 1990 sous l’influence des négociations internationales qui ont poussé à la libéralisation du commerce entre pays ». Les prix agricoles dans les pays ont été tirés à la baisse pour les rapprocher des prix sur les marchés internationaux. L’auteur montre « à quel point sont grandes les divergences d’intérêt entre les pays participant aux négociations actuelles sur l’agriculture ».

 Des centaines de millions de paysans sont restés en dehors des révolutions agricole (pays industriels) et verte (pays en développement) de la seconde moitié du XXème siècle. Seuls 2% des actifs agricoles utilisent un tracteur et à peine 20% des animaux de travail. 80% des paysans n’utilisent que des outils manuels. 40% n’utilisent pas d’engrais, ni de pesticides, ni de semences génétiquement sélectionnées (500 millions de paysans).

Les inégalités sont énormes entre les différentes agricultures du monde. D’un côté, quelques millions d’agriculteurs dans les pays développés ou en développement peuvent produire plus de 1000 tonnes de céréales (ou équivalents) par travailleur et par an. De l’autre côté, des centaines de millions de paysans qui ne peuvent pas en produire plus d’une tonne.   

 Les gains de productivité obtenus par la mécanisation ont été à l’origine de baisses très importantes de prix agricoles réels dans les pays concernés et sur les marchés internationaux. Ces baisses de prix ont été répercutées dans presque tous les pays, grâce à la diminution des coûts de transport et suite à la libéralisation du commerce international et des politiques agricoles.

 Elles ont appauvri des centaines de millions de paysans peu équipés et peu productifs. Elles ont poussé à l’exode des dizaines de millions d’entre eux, chaque année, vers les bidonvilles. Tout accident climatique, sanitaire ou politique (encore plus dans les pays non démocratiques) risque de les conduire à la famine, ce qui se produit dans de nombreuses parties du monde.  

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11 novembre 2006 6 11 /11 /novembre /2006 22:57

 

L’évolution prévisible de la production et des échanges de produits agroalimentaires dans le monde

 

En relisant l’intervention de Guy Paillotin, ancien président de l’INRA, lors du colloque de la fondation Res Publica le 26 juin 2006 (voir l’article mis en ligne le 27 septembre dernier sur ce blog), j’ai vu une référence au livre de Michel Griffon, « Nourrir la planète ».

 Je me suis mis sur la piste du site de l’auteur, où j’ai trouvé un excellent texte rendant compte d’une de ses conférences, en septembre 2003, sur le thème

 « Evolution des échanges agricoles et alimentaires mondiaux : quels problèmes en perspective ? ».

 Michel Griffon est ingénieur agronome et économiste, un chercheur qui croit dans un développement durable, écologique, plus productif et équitable pour les producteurs.

 Il est persuadé que « l’alimentation restera l’un des grands moteurs des échanges internationaux ». Dans 40 ans, il y aura sur la planète trois milliards d’habitants supplémentaires. Comment seront-ils nourris ?

 Il a examiné les ressources dont dispose chaque grande région du monde (surface disponible, eau, main-d’œuvre, capital, technologies, infrastructures…), puis le fonctionnement des marchés. Ensuite, il a intégré la variable du changement climatique. Cela lui a permis de poser les équations possibles à l’échelle des Etats et des continents.

 Trois questions :

 - Qui devra et pourra importer des produits agroalimentaires ?

 - Qui pourra augmenter sa production agricole pour nourrir les siens ?

 - Lesquels développeront une vocation exportatrice ?

 L’agriculture aura fort à faire à nourrir la planète, tout en gérant les grands problèmes écologiques (effet de serre, diversité biologique) et en produisant de l’énergie. La question du commerce international doit être traitée dans ce contexte. Actuellement, sur les 1300 millions de producteurs agricoles actifs dans le monde, 600 millions ne s’alimentent pas suffisamment. Il faudrait d’abord régler ce problème avant de nourrir les trois milliards d’humains supplémentaires.

 Quelle sera la physionomie du marché mondial à l’horizon 2050 ?

 - Le continent asiatique aura absorbé la moitié des trois milliards d’habitants supplémentaires. La Chine, même si elle irrigue en masse, devra importer des viandes et des grains pour les productions animales. L’Inde, qui a peu de nouvelles terres disponibles, a décidé de produire en priorité du riz et du blé. Elle importera des huiles et des aliments pour ses productions animales.

 - En Afrique, la production alimentaire augmente moins vite que la population. Comment pourra-t-elle combler ses déficits alimentaires en produisant avantage ?

 - L’Amérique latine est peu peuplée et dispose d’immenses ressources (surfaces, eau, climat, main-d’œuvre, technologies, capitaux, infrastructures, marchés). Le Brésil et l’Argentine ont la possibilité de produire des aliments en grande quantité et à des prix compétitifs pour exporter sur le marché mondial.

 - Les USA ont atteint leurs limites (agrandissement, productivité). Leurs coûts de production seront toujours nettement plus élevés que ceux du Brésil.

 - L’Australie, le Canada et les autres pays du groupe de Cairns ont d’immenses exploitations (rendements et coûts de production faibles) et disposent de capitaux en abondance et d’infrastructures. Ils sont exportateurs et concurrents du Brésil et de l’Argentine, qui font aussi partie du groupe de Cairns (1986, en Australie, 17 pays).

 - L’Europe orientale, notamment les plaines d’Ukraine et de Russie, dispose d’un potentiel (grandes surfaces, main-d’œuvre, techniques) qui pourrait être valorisé s’il était irrigué par des capitaux et du savoir-faire ouest-européen.

 - Le Maghreb et le Moyen-Orient ont un climat défavorable et manquent d’eau. Ils devront importer pour survivre.

 En résumé, à horizon de 30 à 40 ans

 - L’Asie sera l’atelier du monde pour les produits manufacturés et les services. Elle importera des quantités importantes de blé, maïs, soja pour l’alimentation animale et, peut-être, des viandes. Le Moyen-Orient et le Maghreb seront de grands importateurs (blé, alimentation animale, viandes).

 - Qui approvisionnera ces marchés ?

 L’Europe de l’ouest et les USA ne seront pas compétitifs. Les pays du groupe de Cairns et, surtout, le Brésil, probablement l’Europe de l’est (les plaines d’Ukraine et de Russie) seront les grands gagnants.

 Le changement climatique risque de pénaliser les USA et l’Europe de l’ouest, ce qui sera, à leur niveau, un handicap supplémentaire.

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10 novembre 2006 5 10 /11 /novembre /2006 22:23

 

Voudrait-on éviter le débat sur les problèmes de fond... ?

 Jean-Pierre Chevènement n’est pas surpris par les retombées de l’annonce de sa candidature à l’élection présidentielle.

 

Pour ma part, j’ai constaté que cette annonce sur TF1 lundi dernier n’a pas fait changer d’idée ceux qui pensent qu’il s’agit d’un positionnement tactique pour obtenir davantage de circonscriptions cédées par le PS en vue des élections législatives.

 La réalité, c’est qu’il n’y a plus de contacts avec le PS depuis juin. Ce qui signifie que François Hollande ne tient pas à rencontrer le MRC avant la fin de la procédure de désignation du candidat socialiste. L’attente ne sera plus très longue maintenant.

 

 En fait, il faut poser la question : qu’est-ce qui pourrait amener Jean-Pierre Chevènement à ne pas être candidat ? D’abord, s’il n’avait pas les 500 parrainages d’élus, ce qui est peu probable car il a la confiance de beaucoup de maires qui ont une appréciation positive de son action en tant que ministre des collectivités locales entre 1997 et 2000 (la loi Chevènement sur la coopération intercommunale est un succès – voir l’article du 19 octobre sur ce blog).

 

 Que reste-t-il qui pourrait l’amener à renoncer à être candidat ? A mon avis, seul un changement de la position du PS, bien impossible à entrevoir aujourd’hui. Car, contrairement à ce qui est écrit, le problème ne se situe pas au niveau de la répartition des circonscriptions. Il est d’abord dans les orientations politiques pour les cinq ans de la mandature.

 

 Les divergences d’approche ne sont pas minces entre le PS et le MRC, en premier lieu sur les questions économiques et sociales liées à la réorientation de la politique européenne. Chevènement a dit clairement que le projet socialiste est, à ses yeux, « sur bien des points, ambigu, insuffisant, voire dangereux ».

 

L’enjeu n’est pas mineur : c’est l’adhésion des classes populaires et moyennes au projet de la gauche qui est en question.

 Je suis persuadé que Jean-Pierre Chevènement préfèrerait ne pas avoir besoin de présenter sa candidature. Ce serait le cas si le PS et son (ou sa) candidat (e) décidaient clairement de tenir compte des avertissements populaires du 21 avril 2002 et du 29 mai 2005. S’ils ne le faisaient pas, il est évident que la présence de JP Chevènement est nécessaire dans cette campagne électorale pour proposer une alternative de gauche à l’approche libérale du PS. Chevènement veut faire une politique de gauche et non libérale.

 

 A ceux qui minimisent son potentiel électoral, je signale qu’un sondage (CSA exclusif pour Marianne, effectué le 8 novembre) le premier où il est il présent, le fait entrer autour de 4%, au même niveau que Dominique Voynet, Marie-George Buffet, Olivier Besancenot ou Arlette Laguiller, Qui peut affirmer que sa candidature est moins légitime que celle des personnalités de gauche ou d’extrême gauche que je viens de citer ?

 

 Chacun pourra trouver sur son nouveau site de campagne www.chevenement2007.fr des informations, par exemple sa réponse à la chronique infâmante de Dominique Dhombres dans Le Monde du 8 novembre. Heureusement, dit-il, « je puise beaucoup d'énergie dans ses attaques (de la bienpensance installée), y compris et même surtout les plus basses ».

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9 novembre 2006 4 09 /11 /novembre /2006 17:57

 

Entre déchets nucléaires et gaz à effet de serre, il faut choisir !

 

Je découvre dans le Courrier de la Mayenne, ce matin, un article titré « Un militant écologiste répond à CIVIQ : la seule chose de durable avec le nucléaire, ce sont les déchets ».

 Dans cet article, Daniel Landelle, qui était présent à la rencontre CIVIQ le 26 octobre à Saint-Berthevin, explique : « Cette réunion était censée traiter du climat et des énergies. Très rapidement, il est apparu que la lutte contre l’effet de serre n’était qu’un alibi pour parler de la relance du programme nucléaire. Le professeur Gérard Pierre a fait un exposé plutôt brillant, dont toutes les conclusions mettaient en évidence les avantages du nucléaire ».

 Ce n’est pas exact. Je précise, en tant que président de l’association CIVIQ (Citoyenneté et Vie Quotidienne), que CIVIQ ne prend pas position sur le contenu des thèmes qui sont abordés lors de ses rencontres. Nous organisons des débats et demandons aux deux conférenciers de présenter leurs positions et de débattre avec leur contradicteur et avec les citoyennes et citoyens présents dans la salle.

 Le 26 octobre, Gérard Pierre était invité à s’exprimer en tant que membre de l’association « Sauvons le climat ». Celle-ci s’est constituée récemment dans le but « d’informer nos concitoyens de manière indépendante de tout groupe de pression ou parti politique, sur les problèmes relatifs au réchauffement climatique et sur les solutions proposées pour le ralentir ».

 Il a développé le thème de l’énergie nucléaire, car il considère qu’elle est incontournable en France si l’on veut lutter efficacement contre le réchauffement climatique, celui-ci étant un problème beaucoup plus grave que les déchets nucléaires. Mais il a également insisté sur la nécessité de développer toutes les énergies durables, de lutter contre les gaspillages et d’accroître l’efficacité et la complémentarité des énergies utilisées.

 Dans le cadre de cette réunion, Michel Lemosquet a fort bien présenté la critique de l’énergie nucléaire et le débat a permis d’aborder des aspects non évoqués par les intervenants, notamment l’habitat et les transports, là où la lutte contre les gaz à effet de serre implique le plus les citoyens. Donc, il est faux d’écrire que cette rencontre CIVIQ n’a pas traité les sujets qui étaient annoncés. De plus, chacun a pu observer qu’elle a permis un véritable débat dans le respect et l’écoute des interlocuteurs.

 Sur la question de l’énergie nucléaire, je suggère à Daniel Landelle de lire attentivement les recommandations de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) pour lutter contre le changement climatique (Le Monde, 9 novembre).

 S’adressant aux gouvernements, cet organisme international, « pour la première fois depuis sa création en 1974, conseille de construire des centrales nucléaires car elles produisent l’énergie plus propre, plus sûre et moins coûteuse dont le monde a besoin pour assurer son développement tout en limitant le réchauffement climatique ». Ce qui fait titrer Le Monde « L’AIE prône la relance du nucléaire pour éviter une catastrophe climatique ». 

 Daniel Landelle a-t-il raison de se réjouir du fait « qu’aujourd’hui, aucun gouvernement n’est capable de faire face à l’opposition des populations concernées par les projets de sites nucléaires » ? La Bretagne a-t-elle raison de refuser tout équipement nucléaire sur son sol alors que le dynamisme de son économie lui impose de faire venir l’électricité d’autres régions de France ? A chacun de se faire sa propre opinion à ce sujet.

 L’Agence internationale de l’énergie préconise « le développement des biocarburants pour le transport, et le nucléaire pour la production d’électricité, deux sources d’énergie capables de réduire les émissions de CO² et la dépendance aux hydrocarbures. Pour l’heure, l’électricité nucléaire est plus compétitive que le courant produit à partir du gaz et du pétrole et moins vulnérable aux évolutions erratiques des prix ».

 Le débat est nécessaire sur notre avenir énergétique. Le PCF apporte sa contribution avec la prochaine réunion sur ce thème mardi 14 novembre à 18h30, salle du Vieux Château à Laval.    

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8 novembre 2006 3 08 /11 /novembre /2006 21:17

 

Donner aux salariés et à leurs syndicats les moyens d’exercer leurs responsabilités dans l’entreprise et dans l’ensemble de la vie sociale

 Le 18 octobre, la réflexion a été engagée à partir des propositions de Georges Minzière, suivies d’un bref débat, qui sera prolongé lors de la prochaine réunion le 15 novembre.

 Les chiffres de la DARES (voir article mis en ligne le 5 novembre) montrent que les syndicats sont représentatifs des salariés (78 % des suffrages exprimés lors des élections aux comités d’entreprises et d’établissements en 2004). La loi ARTT (35 heures), qui a obligé les salariés à choisir un mandataire syndiqué pour les représenter dans la négociation, a contribué à implanter le syndicalisme dans les petites entreprises.

 On ne peut pas obliger les salariés à se syndiquer. Par contre, il faudrait renforcer l’information à l’embauche, concernant les droits des salariés et les services proposés par les syndicats. Il y a un déséquilibre entre les patrons qui sont, presque tous, syndiqués (les cotisations, très élevées, sont dans les comptes de l’entreprise) et les syndicats qui, pourtant, eux aussi, ont un lien fort avec l’entreprise.                                   

 Tenant compte de son expérience au sein de son groupe industriel, Georges Minzière regrette que les non syndiqués, qui ne contribuent pas aux avancées sociales dans l’entreprise, bénéficient comme les syndiqués des retombées positives des accords d’entreprise et des conventions collectives signées par les syndicats. Il préconise de faire évoluer la loi sur ce point.

 Par ailleurs, il suggère de développer les conventions collectives territoriales et de donner aux partenaires sociaux les moyens et l’obligation de se rencontrer et de passer des accords, selon les conditions financières de l’entreprise. Le niveau territorial est trop délaissé. Il faudrait des mesures fortement incitatives pour que les branches et les organisations départementales se rencontrent sur un même secteur géographique.

 

Lors du débat, les militants sont intervenus sur les points suivants :

 - Donner un plus grand poids aux syndicats dans la négociation des salaires et conventions collectives et faire en sorte que l’Etat ne se défausse pas.

 - Veiller à l’application des conventions collectives, laquelle est de la responsabilité des employeurs et des salariés. Tout ne passe par la loi. L’Etat doit laisser le temps aux partenaires sociaux de traiter les problèmes, puis il doit trancher. Il s’appuie sur ce qui existe.

- Dans certaines entreprises, il n’y a plus de candidats aux responsabilités syndicales, pas même à l’engagement syndical.  

 - Les patrons « intelligents » affirment qu’ils ont besoin de syndicats forts. On augmenterait le nombre de syndiqués en revalorisant les élections aux prud’hommes (vote électronique le même jour sur les lieux de travail).

 - Les syndicats ont des responsabilités dans la formation des salariés. Mais encore faut-il qu’ils aient les moyens d’agir. On se souvient de la politique du gouvernement Barre en 1979-81. Si Giscard d’Estaing avait été réélu en 1981, on peut se demander comment le syndicalisme aurait pu survivre.

 - Ce sont dans les petites et moyennes entreprises que la syndicalisation augmente, et dans les grandes (EDF-GDF, La Poste…) qu’elle baisse.

 - On pourrait lancer l’idée de reconstituer les bourses du travail, lieux d’informations et de promotion des droits des salariés et de la syndicalisation.

 - Il y a besoin de légiférer pour éviter les dérives patronales actuelles (création de petites unités juridiques, transfert du personnel, changement des conventions collectives…).

 Le développement de Besnier, aujourd’hui Lactalis, s’est bâti sur le refus du fait syndical, grâce à des dispositions juridiques rendant quasi-impossibles l’implantation syndicale dans l’entreprise (voir l’article mis en ligne le 1er novembre sur ce blog).

 C’est vrai aussi dans les banques qui utilisent toutes les ficelles juridiques à plusieurs fins, fiscales et syndicales, notamment. C’est ainsi que des filiales sont installées au Luxembourg afin de bénéficier de meilleures conditions fiscales.

 Face à l’individualisme forcené, encouragé par le patronat, la loi est nécessaire pour permettre l’organisation collective des travailleurs.

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