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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 23:34

 

Quilès et Lienemann persistent et signent … une lettre

 

L’initiative de Paul Quilès et de Marie-Noëlle Lienemann semble commencer à porter ses fruits. Il a fallu la défaite cinglante du PS aux élections européennes pour que ce parti s’ouvre aux diverses propositions de reconstruction de la gauche (voir PS, entre écologistes-démocrates et gauche radicale, cherche alliés - 5 juillet 2009).

 

A noter aussi la tentative de Robert Hue (Point de vue paru le 6 juillet sur le site du Monde) : La gauche doit se rassembler, au-delà des partis politiques. Jean-Luc Laurent (MRC) est parmi les signataires, au côté de nombreux socialistes et des personnalités de gauche, de cet appel à élaborer « un pacte unitaire de progrès ».

 

Le PS ne reste pas insensible à ce « remue-méninges ». Il organisait, ce 7 juillet, un séminaire de réflexion stratégique, en vue de la « reconquête de l’esprit d’équipe »  et de son « réarmement idéologique » - voir Le PS en séminaire pour jeter les bases d'"un projet de société".

 

Voici le texte de la Lettre aux leaders de la gauche que les animateurs de Gauche Avenir, Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann, ont adressée le 6 juillet à Martine Aubry, Jean-Michel Baylet, Marie-George Buffet, Jean-Pierre Chevènement, Cécile Duflot, Jean Luc Mélenchon.

 

Notre club, Gauche Avenir, créé en mai 2007, réunit des personnalités et des militants politiques, syndicaux, associatifs, issus des différentes  sensibilités de la gauche. Il s’est fixé comme objectif  d’œuvrer à son rassemblement, en s’efforçant notamment de l’aider à reprendre l’offensive idéologique.
           

Nous nous adressons à vous aujourd’hui, parce qu’à trois ans de la future élection présidentielle, le temps nous est compté pour réaliser le rassemblement des forces de gauche et écologistes, sur la base d’une charte commune, d’un programme de gouvernement et d’un accord législatif. Notre conviction  est que, en dehors de cette démarche, aucune victoire n’est possible en 2012.
           

Le 2 Juillet dernier, nous avons organisé un Forum sur « l’état de la gauche », qui a réuni de nombreux participants autour de responsables des différents partis, d’intellectuels, d’animateurs d’associations et de mouvements sociaux. Au-delà des différences, tous ont soutenu l’idée de constituer immédiatement un comité national de rassemblement des forces de gauche, réunissant non seulement les partis de la gauche et de l’écologie, mais aussi les associations, les clubs, les mouvements, voire les syndicats, qui se situent à gauche.
           

 Chacun voit bien qu’un simple accord électoral de dernière heure ne suffirait pas à créer une dynamique victorieuse. Le projet et le contenu des engagements qui le scelleront ne sauraient être  préparés en cercle restreint. Ils doivent être le fruit d’un travail sérieux, de débats approfondis, d’une volonté de synthèses nouvelles autour des valeurs fondamentales de la gauche, qui, pour la plupart, demeurent d’une grande actualité.
           

Ce comité national pourrait, à travers des Etats généraux de la gauche,  associer à des « primaires du projet » ces milliers de femmes et d’hommes de gauche qui, trop souvent, ne se reconnaissent plus  dans le paysage politique actuel.
            

Ainsi pourrions-nous reconstruire la confiance, l’espoir et un mouvement d’engagement politique et citoyen. C’est de cette attente et  de cette  proposition que nous  nous faisons ici les interprètes.
           

A l’occasion du forum de Gauche Avenir, nous avons commandé un sondage. Celui-ci montre que  59% des Français  pensent que la création d’un tel comité* est une action qui va dans le bon sens. Ce score atteint près de 70% pour les électeurs de gauche et des Verts.
          
Nous pensons, avec celles et ceux qui ont participé à notre forum, qu’il vous revient de prendre une initiative forte et unitaire en ce sens et nous espérons vivement que vous accepterez de vous y engager rapidement (…).
 

Cet article est le 108ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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5 juillet 2009 7 05 /07 /juillet /2009 16:17

 

Pour le rassemblement de la gauche autour d’un projet

 

 

Après les élections européennes, on assiste à des prises de position qui clarifient le paysage politique français dans la perspective de l’élection présidentielle 2012 et avant les élections régionales de mars 2010. J’y trouve la confirmation de ce que je disais dimanche dernier - voir Michel Sorin devant le Conseil national (28 juin) : le MRC doit changer - 29 juin 2009.

 

Le principal vainqueur des européennes - Europe Ecologie - a le vent en poupe. Cohn-Bendit appelle les écologistes du PS et du MoDem à le rejoindre (Le Monde, 4 juillet). Il n’exclut pas un rapprochement avec les démocrates du Modem qui sont sortis affaiblis du scrutin du 7 juin.

 

Rapprochement facilité par la proximité idéologique libérale et la même conception fédéraliste de l’Europe d’une part, et par choix tactique (nécessité d’avoir un allié pour gagner des Régions face à la gauche et à la droite) d’autre part - voir l’article paru ce 5 juillet sur le site du Nouvel Observateur : Cohn-Bendit courtise les écolos du PS et du MoDem).

 

Le principal vaincu des européennes - le PS - est pris en tenailles par les écologistes et par la gauche radicale. De ce côté, c’est le Parti de Gauche (PG) et Jean-Luc Mélenchon qui ont le vent en poupe. Ils veulent en profiter pour se rapprocher du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA, Olivier Besancenot) à l’occasion des élections régionales - voir Régionales : Besancenot cède aux avances de Mélenchon (Marianne, 1er juillet).

 

Le PS actuel de l’après-Congrès de Reims me fait penser au PS de 1969 qui hésitait sur la marche à suivre après avoir changé de nom. Martine Aubry, pleine de bonne volonté, veut « inventer le postmatérialisme, associer l’écologie et l’humanisme social » - voir Le Monde, 4 juillet : Mme Aubry : "Le PS doit être fort sur ses valeurs", ce qui revient à ce que voulait le PS il y a 40 ans (approfondir le dialogue idéologique avec le PCF), qui ne débouchait sur rien de concret.

Selon Benoît Hamon, un rassemblement des partis de gauche est urgent. «Il faut proposer des régions à nos alliés» (Libération, 2 juillet). C’est la bonne voie, qui doit aboutir à un programme de gouvernement pour 2012 (union de la gauche et programme commun, comme en 1971, au congrès d’Epinay du PS).



Le Mouvement Républicain et Citoyen (MRC)
a décidé de préparer un programme de salut public, compte tenu de la crise, qu’il soumettra aux partis de gauche afin de réaliser une alliance solide et de présenter un projet cohérent aux citoyens en vue des élections nationales.



Une telle démarche permettrait d’assurer, dès le premier tour des élections régionales, les conditions de soutien
des républicains, des radicaux, des communistes et des socialistes, créant les conditions du succès au second tour dans la plupart des Régions de France.



Cet article est le 107ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation
.

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28 juin 2009 7 28 /06 /juin /2009 23:54

 

Chevènement espère les revoir à l’université d'été du MRC

 

De retour du Conseil national du MRC, je prends connaissance d’un communiqué publié hier par la nouvelle association nationale « République et socialisme » animée par Lucien Jallamion, composée des militants MRC qui ont soutenu les listes du Front de gauche, le 7 juin, aux élections européennes.

 

Ce matin, Michel Jallamion (fédération de Paris) s’est exprimé en tant que membre du Conseil national, soulignant qu’il était solidaire de ces dissidents et a quitté la salle.

 

Jean-Pierre Chevènement a regretté ses propos excessifs et lui a conseillé de prendre du recul, souhaitant qu’il participe à l’université d’été du MRC à Toulouse les 5 et 6 septembre 2009.

 

D’autres membres du Conseil national, dont moi-même (j’y reviendrai), ont souhaité qu’un dialogue s’engage avec ces militants, qui n’ont pas accepté la position du MRC (voir Après les élections européennes, le MRC réunit son Conseil national - 27 juin 2009).

 

Voici le communiqué de République et socialisme, en date du 27 juin.

 

République et Socialisme, rassemblement national de militants de la gauche républicaine qui se sont investis de façon loyale et active dans le Front de Gauche avec le PCF, le Parti de Gauche et Gauche Unitaire à l’occasion des élections européennes de juin 2009 – son acte fondateur – a tenu, ce samedi 27 juin 2009 à Paris, son assemblée générale constitutive.

A cette occasion, ses militants, venus notamment de nombreuses fédérations du MRC (Chevènement) ou du PS en rupture de parti, ont décidé, dans un premier temps, de se constituer en association loi 1901, afin de favoriser l’adhésion la plus large sur la base des principes de la République sociale.

République et Socialisme se projette d’ores et déjà dans la perspective des élections régionales de 2010, à l’occasion desquelles elle ne restera pas inerte. Notre courant de pensée est dès lors ouvert à la discussion franche et fraternelle avec les partenaires du Front de Gauche pour que les choses changent dans notre pays.

 

Conformément aux statuts adoptés à cette occasion, un secrétariat national provisoire a été élu. Il se compose de :

 

Lucien Jallamion (75) Pierre Kerdraon (75) Bernard Jusserand (75) Pascal Langlois (76) Patrice Siard (76) François Martot (76) Laurent Bouvier (08) Boris Spirta (08) Gino Tognolli (54) Jacky Eouzan (22) Gwenael Doré (56) Bruno Valentin (12) Mario Mandes (32)

 

Cet article est le 106ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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17 juin 2009 3 17 /06 /juin /2009 12:35

Mobiliser les citoyens sur la base d’un projet politique

 

 

Les derniers mots du texte que j’ai publié hier soir « rien n'indique que le rose et le vert se marient harmonieusement » (voir La gauche social-démocrate paie sa dépendance au néolibéralisme - 16 juin 2009) m’ont rappelé ce que j’avais écrit dans ma profession de foi de candidat aux élections législatives 2007.

 

Voici l’extrait de ce texte (voir Circulaire - profession de foi - de Michel Sorin, candidat MRC à Laval - 24 mai 2007), qui me semble d’actualité :   

La gauche a un objectif historique : construire­ un grand parti républicain et socialiste réunissant la gauche de gouvernement en France.

La gauche que je représente est :

- Républicaine car fidèle aux principes et aux valeurs de la République.
- Radicale car son projet est à l’opposé de celui de la finance mondialisée.

- Raisonnable car elle recherche le meilleur équilibre possible par le compromis.

Face une droite qui accepte le jeu de la mondialisation libérale (fonctionnant selon les intérêts du capital financier mondialisé), la gauche doit prendre en charge les intérêts du monde du travail, ce qui correspond dans le long terme à l’intérêt général de la société.

Tout récemment, le 17 mai 2007, sur mon blog j’ai résumé ainsi les principales orientations que la gauche, à mon avis, devrait adopter demain :

 - Construction d’une Europe in­dé­pen­dante et consolidation du modèle social et républicain national,

 - Adoption d’une politique énergétique cohérente et relance d’une croissance écologique, riche en emplois,

 - Nouvelles règles pour le commerce international et priorité à la sécurité alimentaire partout dans le monde.

La réorientation européenne et la recherche de l’in­dé­pen­dance stratégique de l’Europe ne font qu’un. C’est une nécessité absolue si l’on veut préserver notre modèle républicain et jouer un rôle dans la façon dont s’organise la vie sur la planète.

Le réchauffement climatique est une réalité qu’il faut combattre par une politique énergétique avisée. Celle-ci doit rechercher les économies d’énergie, l’efficacité  énergétique et la capacité, non seulement à ne pas polluer l’atmosphère, mais à relancer la croissance en la réorientant dans un sens plus écologique.

La libéralisation du commerce international n’est pas la priorité si l’on considère les besoins des populations dans le monde. La priorité, c’est la sécurité alimentaire, en quantité et en qualité. L’agriculture doit être productive et in­ten­sive, tout en étant économe et écologique, afin de nourrir une planète marquée par d’énormes disparités.

 

Dans un « Point de vue » publié le 16 juin sur le site de Libération, le philosophe Jean-Claude Monod (voir Jean-Claude MONOD - Fiche personnelle - Nonfiction), chercheur au CNRS, propose de relier le social et l’écologie dans la recherche d’un nouvel équilibre d’ensemble de la gauche.


Je ne partage pas complètement ce point de vue. Mais il a le mérite de poser des questions, mises sur le devant de la scène depuis les élections européennes.
Des compromis seront nécessaires entre les différentes sensibilités de la gauche, afin de proposer un projet républicain, social et écologique. Le mouvement Europe Ecologie, qui rassemble des tendances diverses et se situe au niveau européen sur des bases libérales, devra choisir entre les projets de la gauche et de la droite.

 

L’urgence d’une social-écologie (Extrait)


Bien au-delà d’un résultat conjoncturel, l’égalisation des niveaux électoraux du parti socialiste et des Verts pourrait constituer une chance de recomposition de l’équilibre d’ensemble de la gauche. Cette recomposition implique de reconnaître que le PS a perdu non seulement sa vocation hégémonique «naturelle» sur la constellation de la gauche de gouvernement, mais aussi les conditions de son hégémonie sur les demandes sociales «de gauche».


Hégémonie
n’est pas ici à entendre en un sens péjoratif, mais au sens qu’ont élaboré des théoriciens marxistes et post-marxistes comme Gramsci et, plus récemment, Ernesto Laclau : dans des sociétés démocratiques et capitalistes aussi complexes que les nôtres, la gauche ne représente plus «une» classe (ouvrière), elle doit construire des «chaînes d’équivalences» et organiser des alliances autour de mots d’ordre qui agrègent des demandes sociales diverses émanant de groupes transversaux.


Ces groupes ne se constituent plus à partir d’une identité de condition, mais à partir de leurs revendications ou de leurs aspirations. La gauche socialiste a un temps su combiner son identité de parti ouvrier et de chambre d’écho des mouvements sociaux, pour l’extension des droits des femmes, des homosexuels, des immigrés, des prisonniers, etc. Elle n’y parvient plus, pour des motifs à la fois intellectuels, organisationnels et sociologiques.


- Motifs intellectuels
 : le socialisme a été pensé dans le cadre de la société industrielle ascendante et triomphante, pour rendre possible une autre organisation de la production.


Le productivisme implicite
de cette philosophie politique a été mis en cause depuis des décennies, par des théoriciens restés marginaux, comme André Gorz, dont la conclusion était la nécessité d’une refondation du socialisme sur deux piliers, le social élargi au-delà de la base ouvrière initiale, et l’écologique, en rupture avec la glorification stalinienne de la grande industrie.

Faute d’avoir opéré cette refonte du socialisme en social écologisme, le socialisme risque d’être balayé par l’urgence écologique et par l’inquiétude, scientifiquement fondée, pour l’avenir très proche de la Planète. Avoir fait de cette inquiétude un souci «bobo» en lui opposant le primat du social a été une erreur durable de certaines franges du PS.


Au plan doctrinal
, la social-démocratie européenne ne semble offrir qu’un horizon de protection et de préservation des acquis de l’Etat-Providence, là où une social-écologie pourrait prendre motif de la faillite du capitalisme spéculatif et destructeur pour proposer un projet mobilisateur, enthousiasmant, d’invention de modes de production fondés non sur l’exploitation indéfinie des ressources et des hommes, mais sur un souci de justice et de viabilité. Les inventions sociales en matière de commerce équitable, de microcrédit, de banque pour les pauvres, de notation sociale des entreprises, pourraient ici se conjuguer avec les propositions de reprise en main du secteur bancaire, de taxation des banques d’affaires et de contrôle des banques de dépôt, etc (…).

 

Cet article est le 105ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 23:42

 

La refondation républicaine de la gauche, de toute urgence

 

C’est au moment où la gauche est au plus mal qu’elle peut trouver l’énergie pour se redresser. Postulat optimiste, me direz-vous. Certes, mais il n’est pas possible de laisser le peuple français en déshérence au moment où la crise va faire sentir ses effets redoutables.

 

Le pouvoir est atteint de schizophrénie (voir sur le site de Marianne Sarkozy à l'OIT: ce qu'il dit à l'extérieur ne se voit pas à l'intérieur).Il brouille les cartes, afin de laisser croire qu’il protège les Français.

 

L’opposition manque de percussion, car elle est faible et divisée.

 

Le médecin Elie Arié délivre son diagnostic sur le site de Marianne, dont il est un habitué, dans un article daté du 15 juin : Encéphalogramme plat à gauche.

 

La gauche renaîtra le jour où elle sera capable de dire : « Voilà les quatre ou cinq mesures essentielles qui nous distinguent de la droite et que nous mettrons en oeuvre si nous sommes élus » - à condition que ces mesures apparaissent à la fois comme essentielles et crédibles.

L’analyste Frédéric Lemaître, sur le site du quotidien Le Monde, ce 16 juin, met le doigt sur la contradiction entre la dureté de la crise et la faiblesse de la gauche en Europe.

 

La social-démocratie, victime inattendue de la crise, par Frédéric Lemaître

 

Tel le crime, le théorème était presque parfait. La droite, c'est le camp du capital. Donc du capitalisme. Puisque celui-ci est en crise, la droite l'est également. La gauche ne pouvait donc que gagner les élections européennes. Problème : dans toute l'Union, les électeurs ont retourné leur bulletin de vote contre la gauche social-démocrate. Est-ce parce que les 21 gouvernements de droite ne gèrent pas la crise si mal que cela ? Sans doute. Mais cela n'explique pas tout puisqu'en Allemagne, où les deux partis sont au pouvoir, la CDU obtient un score bien supérieur à celui du SPD. C'est donc que la gauche n'est pas crédible. Soit parce que son bilan ne plaide pas en sa faveur, soit parce qu'elle n'incarne pas l'avenir. Deux hypothèses qui se renforcent plus qu'elles ne s'excluent.

 

La première n'est que trop évidente : la gauche ne gère pas mieux que la droite. La situation catastrophique de l'Espagne, de la Grande-Bretagne et du Portugal, dirigés par des socialistes, le prouve. Surtout, que les partis conservateurs soient l'émanation politique des thèses libérales ne saurait occulter que la social-démocratie, par opportunisme ou aporie intellectuelle, n'a cessé, ces dernières décennies, de s'adapter à la fameuse "loi du marché".

 

Bien sûr, il y a l'exemple britannique, que nul n'incarne mieux que Gordon Brown, principal artisan de la dérégulation durant ses dix ans passés au ministère des finances. Aujourd'hui le système est à bout de souffle. Voir les membres du Parlement jadis le plus respecté du monde se vautrer dans l'argent comme de vulgaires parvenus de la City illustre jusqu'à la caricature la dérive des années Blair.

 

La gauche anglo-saxonne n'est pas la seule à s'être laissé séduire par les sirènes libérales. Même les Allemands y ont succombé. Comme le montrent le score correct de Die Linke (7,5 % des voix) et celui du SPD (20,8 %), le plus bas depuis la seconde guerre mondiale, la gauche allemande n'a toujours pas fait le bilan des années Schröder. Doit-elle se féliciter que la politique libérale du prédécesseur socialiste d'Angela Merkel ait rendu à l'Allemagne sa compétitivité de jadis ou au contraire juger trop lourd le prix payé : développement du travail précaire et émergence de travailleurs pauvres à l'ouest ? Le SPD n'a pas plus tranché que son homologue français.

 

Pourtant, le PS dispose d'une "déclaration de principes" adoptée en juin 2008. Un document important puisque le parti ne s'est plié à cet exercice qu'à cinq reprises depuis 1905. On y lit qu'"être socialiste, c'est ne pas se satisfaire du monde tel qu'il est". Ou que "les socialistes portent une critique historique du capitalisme, créateur d'inégalités, porteur d'irrationalité, facteur de crises". Mais ce document a été rédigé à la va-vite, en trois réunions. Résultat : sitôt publié, sitôt oublié.

 

Surtout, comment ne pas relever les contradictions du texte et certaines réformes conduites par les socialistes ?

 

Qui a libéré les marchés de capitaux ? Pierre Bérégovoy, ministre des finances de François Mitterrand de 1988 à 1991. Qui a rendu plus attractive la fiscalité sur les stock-options ? Dominique Strauss-Kahn, titulaire du même portefeuille une décennie plus tard. Qui, en 2000, jugeait qu'il fallait réduire l'impôt sur le revenu, y compris des plus riches "afin d'éviter la fuite ou la démotivation des contribuables aux revenus les plus élevés" ? Laurent Fabius, dans les mêmes fonctions.

Que pense le PS de ces réformes ? Qu'elles ont contribué au succès international des groupes français et donc à la grandeur du pays ? Que ce sont de nécessaires compromis avec le capitalisme qui nous entoure ? Qu'elles ont participé aux excès de la finance et à l'accroissement des inégalités ? Nul ne le sait. Le rapport de la gauche à l'argent reste un impensé. D'où le malaise de nombreux électeurs et militants. Comme partout en Europe.

 

Heureusement pour elle, la gauche française n'a pas connu de scandale comparable au SPD quand M. Schröder est devenu l'un des (riches) dirigeants de Gazprom moins d'un mois après avoir quitté la chancellerie.

Malgré tout, certains parcours individuels de ministres ou de leurs conseillers à la tête de grands organismes internationaux ou de grandes entreprises privées (Capgemini, Casino, Cetelem, Lazard, demain France Télécom...) brouillent les frontières entre la gauche et la droite et déstabilisent l'opinion. Vu le chacun pour soi qui règne Rue de Solferino, comment ne pas penser que, pour nombre de leaders socialistes, l'exercice du pouvoir est davantage vécu comme un accélérateur de carrière que comme une mission reçue d'électeurs soucieux de changements collectifs ? Ce n'est pas un hasard si, malgré les limites évidentes du sympathique attelage, nombre d'électeurs de gauche se sont reportés sur une liste conduite par un éternel rebelle qui ne briguera pas l'Elysée et une magistrate symbole de la lutte contre l'argent fou.

 

Pendant vingt ans (1988-2008), la social-démocratie a pu, au nom de la construction européenne et de l'euro, faire accepter le libéralisme au nom du fédéralisme.

Moins d'Etat mais plus d'Europe. Ce cycle s'achève et, comme le prouve l'engagement de certains socialistes en faveur de José Manuel Barroso, la gauche européenne n'a plus ni leader ni programme crédible. Et rien n'indique que le rose et le vert se marient harmonieusement.

 

Cet article est le 104ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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11 juin 2009 4 11 /06 /juin /2009 18:35

 

Un regard lucide sur le scrutin du 7 juin en France

 

J’avais déjà remarqué les écrits de Guillaume Bachelay avant le congrès du PS à Reims et sa nomination au secrétariat national, ayant en charge l’industrie. Ce matin, sur France Inter, il a montré qu’il sait débattre et parler juste. Ce soir, je découvre son point de vue sur le site du Monde. Il confirme que l’équipe Fabius est la plus qualifiée pour piloter la refondation du PS. A chacun d’en juger. Voici l’article du Monde.

 

Projet, stratégie, leadership : les socialistes doivent tirer les leçons du 7 juin, par Guillaume Bachelay

 

Si le Parti socialiste a subi un échec aux élections européennes, ce n'est pas la faute du mode de scrutin ou du découpage territorial. Ce n'est pas non plus à cause des médias, des sondeurs ou d'Yann Arthus-Bertrand. De telles certitudes en carton pâte reviennent, à la fin des fins, à penser que les élections seraient plus simples sans électeurs. Si l'on en juge par les résultats du 7 juin, cette perspective est à portée de main...

 

Pas de sursaut sans lucidité. Les couches populaires, les classes moyennes dans la galère, les jeunes et les retraités précarisés sont découragés, consternés, par l'incapacité du PS à se rassembler et à proposer. Certains nous font encore confiance. La plupart s'abstiennent. Beaucoup se tournent vers le vote écologiste comme un refuge d'espoir. D'autres préfèrent une droite qui donne - propagande à l'appui - l'impression de faire ce qu'elle peut plutôt qu'une gauche qui ne dit pas ce qu'elle veut. Inverser la vapeur suppose de tirer trois leçons.

 

La première leçon est politique. L'UMP a su mobiliser, pas nous. Elle a brandi un étendard : le bilan, certes maquillé, de la présidence française de l'Union européenne. Santé, poste, éducation, énergie, emploi - les prochains mois prouveront que décidément, quand l'Europe veut être libérale, elle peut l'être.

 

En temps réel et non à intervalles réguliers de cinq ans, la gauche devra mieux dénoncer la dérégulation opérée par les gouvernements conservateurs en Europe et dire quels contre-feux progressistes elle y oppose. A également pesé la synthèse des droites réussie par Nicolas Sarkozy qui lui assure mécaniquement, quel que soit le scrutin, un socle électoral d'un quart des votants. Autre facteur-clé : la droite convainc une majeure partie de l'électorat qui vieillit et vote, particulièrement sensible aux notions d'autorité et de sécurité. A cette élection, comme à d'autres dans le passé, nous avons payé chèrement le malaise socialiste sur ce sujet - d'autant plus inexplicable que, sur le terrain, la politique gouvernementale échoue et les élus de gauche agissent. Les plus de 60 ans avaient déjà montré leur poids lors de l'élection présidentielle de 2007. A l'avenir, préoccupons-nous davantage de leurs attentes.

 

De notre côté, malgré l'engagement de Martine Aubry dans la campagne, nous n'avons pas imposé notre thématique, celle d'une autre majorité politique en Europe. C'était le sens du "manifesto" du Parti socialiste européen et du rejet de José Manuel Barroso. L'ennui est que peu de gens connaissaient la substance de l'un et l'existence de l'autre. Notre plate-forme socialiste tirait des enseignements du non à la Constitution européenne, à commencer par l'indispensable harmonisation fiscale et sociale. Mais nous avons tardé à isoler quelques mesures emblématiques et concrètes. A cet égard, faire l'impasse sur les frontières de l'UE a été une faute collective : l'Europe à vingt-sept ne doit pas seulement être sociale, elle doit être différenciée. Redonner vie à l'ensemble européen dans la mondialisation suppose de lui fixer un cap et des limites. Tout cela a contribué à la grève du vote en général et au boycottage du bulletin socialiste en particulier.

 

La deuxième leçon, qui saute aux yeux, est idéologique : si l'échec du libéralisme économique se traduit par une déroute politique de la social-démocratie, c'est parce que celle-ci en a souvent appliqué les solutions et parfois accompagné les dérives. Que les socialistes français aient moins versé dans le social-libéralisme que d'autres ne change rien à l'affaire ! En privatisant l'économie et en individualisant la société, en prônant le développement durable sans contester le déploiement du capitalisme, la gauche gouvernementale a moins fait perdre la droite qu'elle ne s'est perdue elle-même. Que deux chefs de gouvernement sociaux-démocrates, José Luis Zapatero et Gordon Brown, approuvent la reconduction de José Manuel Barroso à la tête de la Commission européenne illustre ce dévoiement. La chute du New Labour britannique, fer de lance de la "troisième voie", en confirme l'impasse.

 

En France, au congrès de Reims de novembre 2008, le PS a utilement distingué modernisation et droitisation. Hélas, cette réorientation salutaire, à la fois radicale et efficace, de gauche tout simplement, a été éclipsée par les batailles de chiffonniers pour la direction, la vaine querelle des générations, le combat résiduel des courants et sous-courants, le refuge anesthésiant dans un localisme flirtant avec l'apolitisme à mesure que l'on se rapproche du centre-ville des grandes métropoles.

 

L'ultime leçon est stratégique : si l'UMP est en tête dans les régions, c'est la gauche, qu'elle se dise "réformiste" ou "mouvementiste", qui est majoritaire dans le pays. Majoritaire et impuissante car fragmentée en une multitude de partis et d'aspirants chefs. Alors même - fait rarement souligné - que l'émiettement politique des forces de gauche contraste avec son homogénéité idéologique, la plus forte depuis le programme commun d'il y a trois décennies, pensé et adopté avant la déferlante néolibérale amorcée dans les années Thatcher-Reagan. Intervention de la puissance publique face au capitalisme financier pour plus de transparence et de justice, encadrement du libre-échange commercial pour une mondialisation régulée, amélioration des conditions de travail et de la rémunération des salariés, "mutation verte" de l'appareil de production et des modes de consommation, ces options étaient communes aux projets du PS, d'Europe Ecologie, du Front de gauche, voire du NPA.

 

Ces trois leçons dessinent un horizon : rassembler les formations de la gauche autour d'un projet post-libéral et pas seulement antilibéral ; bâtir une organisation qui dépasse les bunkers actuels ; identifier le leader aux épaules assez solides pour mener la reconquête face à Nicolas Sarkozy.

 

Le projet post-libéral sera social-écologique. Il mêlera plus qu'il hiérarchisera croissance économique, progrès social, saut technologique, préservation environnementale, diversité culturelle, contre-pouvoirs démocratiques. Son point d'appui réside dans les politiques innovantes engagées par la gauche (déjà) unie dans les collectivités locales. Profitons des élections régionales pour organiser, sur le terrain et dès maintenant, des "rassemblements du changement" ouverts aux syndicats, aux associations, aux universitaires et aux scientifiques, aux citoyens qui pourront non seulement discuter le projet, mais le voter. Sur cette base, un contrat de législature pour 2012 pourra être élaboré entre les partis de gauche.

 

Leur unification en découlera. La fusion est impensable - le caporalisme est étranger à tous - et l'absorption irréalisable - quand bien même le voudrait-il, le PS n'est pas en mesure de pratiquer l'hégémonisme. C'est d'une fédération que la gauche a besoin. Cette "maison commune" est affaire de volonté plus que de procédures. D'autant qu'en ramenant, aux municipales puis aux européennes, le MoDem à ses basses eaux, les électeurs ont tranché la question des alliances.

 

L'incarnation, enfin, s'impose. Que cela plaise ou non, l'élection présidentielle structure le débat public et nos institutions. Se chercher un candidat, c'est donc rechercher un président. Avant de se lancer dans les expérimentations hasardeuses, réfléchissons : quel sens et quel bénéfice y a-t-il à mettre en concurrence devant les Français des personnalités pour incarner un projet qu'elles auront bâti ensemble ? Pour avoir mis dans des "primaires de personnes" toute son énergie, oubliant au passage d'en garder pour les idées, la gauche italienne a été laminée par Silvio Berlusconi. Méditons ce contre-exemple.

 

L'histoire l'a prouvé : les cycles politiques vont et viennent, tandis que les partis naissent, vivent et meurent. S'il trouve la force collective de se reconstruire, le PS ne se sauvera pas seulement lui-même : il préservera les chances d'une alternative imminente au libéralisme autoritaire de la droite européenne dont le sarkozysme est l'avatar français.

   

Cet article est le 103ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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10 juin 2009 3 10 /06 /juin /2009 23:20

Reconstruire la démocratie et l’Europe à partir des nations

 

 

Le PS est victime de la crise et de Sarkozy. Il a perdu son âme en se nourrissant du libéralisme économique et en ne luttant pas contre le capitalisme financier mondialisé.

 

La crise, dont l’amplitude dans l’échelle de gravité est comparable à celle de 1929, exige pour en sortir d’avoir les idées claires et solides.

 

Ce PS en est bien incapable, d’autant plus que Sarkozy, contrairement à son prédécesseur à l’Elysée, conduit une redoutable guerre de mouvement, dans le but de rendre impossible le retour de la gauche au pouvoir.

 

Ne nous y trompons pas : le président de la République est conscient d’être un rempart efficace, bien que fragile, pour les forces capitalistes contre les forces du progrès social.

Pour lui, Cohn-Bendit est un allié utile qui joue l’Europe libérale et communautariste contre le socialisme républicain national.

 

Depuis 1983, la gauche en France a choisi l’Europe au détriment du socialisme. On peut dire qu’elle s’est laissée entraîner par la grande mystification néolibérale des années 1980.

 

Avec la crise, si elle veut survivre, elle doit faire l’effort de sortir de l’idéologie libérale et de renaître à la vie politique démocratique dans un environnement économique capitaliste.

 

C’est une aventure passionnante que j’ai envie de vivre et j’invite les jeunes à s’investir, à la façon dont Robert Buron* le faisait, juste avant sa mort, en 1973, dans son dernier livre « Par goût de la vie** ». En manière de conclusion de son livre et de sa vie, il adressait une lettre ouverte aux jeunes qui veulent « changer le monde » :

 

« Investissez votre vie dans une entreprise qui en vaille la peine : le changement du monde et de vous-même ». Robert Buron était un économiste de formation. Le mot investir n’est pas choisi au hasard. Il rappelle qu’il y a quatre siècles l’économie ne voulait connaître que l’investissement à court terme. Seuls, quelques audacieux s’engageaient dans ce qu’on appelait alors « le prêt de la longue aventure ». Ce sont ceux-là qui, à la fin du XVème siècle, ont transformé le monde d’alors.

 

* Robert Buron - Wikipédia : ce fut Robert Buron qui prononça le discours de clôture du congrès socialiste d’Epinay-sur-Seine, en 1971.

« Le 18 mars 1971, Robert Buron participe à Paris à un grand meeting d'union de la gauche avec les dirigeants du PCF et du Parti socialiste. Il lance un appel aux chrétiens à rallier la gauche. Robert Buron participe au congrès d'Épinay du Parti socialiste en 1971. Sa motion Vie nouvelle / Objectif 72 recueille 1,5% des suffrages. Il est maire de Laval de 1971 à sa mort en 1973 ».

** C’est par référence à ce livre que j’avais proposé à mon équipe municipale de Saint-Berthevin d’adopter le slogan « Par goût de la vie », ce qu’elle fit bien volontiers, en présence de la veuve de Robert Buron, au début des années 1990.

 

Sur la crise du PS, après les élections européennes, lire l’article de Michel Noblecourt, paru ce 10 .juin sur le site du quotidien Le Monde : Le navire PS prend l’eau sans qu'aucune brèche n’ait été colmatée.

Jean-Pierre Chevènement était, ce 10 juin, l’invité de Radio Classique. Il a répondu aux questions de Nicolas Pierron. Voir la vidéo sur le blog de JPC Face à l'Europe libérale, construire un projet pour les couches populaires

Voir aussi sur ce blog Gauche Avenir propose une méthode pour un nouveau Front populaire - 9 avril 2009.

 

Cet article est le 102ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 23:57

 

Le peuple, la crise et Chevènement : le tiercé gagnant

 

Les propositions de Gauche Avenir ont été présentées sur ce blog. Il faut les rappeler, même si elles ne semblent pas beaucoup inspirer le PS. Mais il faut les croiser avec celles de Jean-Pierre Chevènement. C’est possible, car elles sont compatibles.

 

En fait, je suis persuadé qu’un sursaut salvateur de notre pays passe par la combinaison de trois éléments indispensables : le peuple français qui souhaite un avenir, la crise qui ouvre de nouvelles perspectives, l’homme d’Etat capable d’une nouvelle synthèse républicaine progressiste, qu’est Jean-Pierre Chevènement.

 

Un nouveau Front populaire, par Paul Quilès et Marie-Noëlle Lienemann

 

Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès, signataires de Gauche Avenir, ont publié un point de vue dans le monde du 9 avril 2009.

La crise s'approfondit, les mécontentements se multiplient et l'attente de changement est là, mais la gauche n'incarne, pour l'heure, ni une véritable alternative ni une alternance prometteuse. L'une et l'autre sont pourtant nécessaires, urgentes, indissociables, car l'incertitude des temps et le malaise social peuvent enclencher un cycle bien connu dans l'histoire : désespérance, impasse, peur, révoltes, restauration de l'ordre et durcissement réactionnaire.

L'absence d'un débouché politique crédible apparaît comme un danger majeur pour la démocratie. Cependant, rien n'est joué, à condition que les dirigeants de gauche veuillent bien sortir de la léthargie actuelle, en posant, enfin, la question de la stratégie pour gagner la prochaine élection présidentielle.

La posture du PS, qui consiste à présenter quelques propositions programmatiques, à chercher à assurer sa position dominante par rapport aux autres candidats de gauche et à compter sur le rejet de Nicolas Sarkozy pour capitaliser les voix de gauche au second tour, s'est avérée par trois fois inefficace. Cela risque de durer si les nombreuses ambitions personnelles, faciles à décrypter et contradictoires, continuent à paralyser tout choix stratégique.
Certains proposent de conserver la réponse "classique", en la complétant par l'organisation de primaires, afin de trouver le "bon" candidat censé sauver la gauche. Outre le fait que la méthode n'a pas été suffisante en Italie pour empêcher la défaite et que la culture politique américaine est très différente de celle de la France, chacun mesure bien que le choix des Français ne se fera pas seulement sur la personnalité du présidentiable, mais sur sa capacité à proposer une sortie de crise. De plus, cette méthode fait l'impasse sur la question majeure, qui constitue la condition essentielle de la victoire : l'unité de la gauche.

A la présidentielle, c'est toujours le camp le plus uni qui l'emporte. Il s'agira en 2012 de présenter un projet collectif en phase avec les attentes du peuple de gauche. Aucune des forces en présence ne peut prétendre le porter seule, pas même le PS. Sans l'unité, il ne sera pas possible d'élaborer une nouvelle synthèse qui dépasse les antagonismes passés, les rancoeurs accumulées, les procès d'intention plus tournés vers le passé que vers l'avenir. Sans l'unité, les Français demeureront dubitatifs sur la capacité de la gauche à gouverner et à transformer. Il y a urgence à lancer un nouveau Front populaire !

IMPOSER DES MESURES PLUS JUSTES

On ne peut plus s'en tenir à une référence formelle au rassemblement, sans définir comment le réaliser, sur quelles bases, avec qui, selon quel calendrier. Nous proposons, au contraire, une démarche éloignée des tentations mortifères de l'hyper présidentialisation, qui mette en avant le projet, le programme, de façon à créer les conditions d'une reconquête et d'une victoire. Cette démarche comprendrait :

1 - L'organisation immédiate d'une "convergence des gauches" (politiques, syndicales, associatives, citoyennes) pour faire reculer le gouvernement, imposer des mesures plus justes, présenter une autre logique que celle de Nicolas Sarkozy.

2 - La création d'un "Comité pour un nouveau Front populaire", avec le même souci d'associer, avec les partis, toutes les forces qui s'engagent à gauche. Ce comité préparerait des "Etats généraux de la gauche", dégageant des thèmes fondateurs en vue de la mise au point d'une charte pour l'élection présidentielle, à achever avant mi-2010.

3 - L'élaboration, sur la base de cette charte, du programme d'un candidat unique de la gauche à l'élection présidentielle.

4 - L'organisation de primaires, où les militants des organisations signataires de la Charte seraient consultés, prendrait alors tout son sens. La constitution de ce nouveau Front populaire est la seule voie sérieuse pour organiser la victoire de la gauche en 2012. Les responsables politiques de la gauche seront-ils à la hauteur de cette attente ?

 

Pour sa part, Jean-Pierre Chevènement s’est exprimé dans la revue "Hors les murs" des anciens élèves de l'ENA, avril 2009 (voir sur son blog l’article paru le 7 avril).

Face à la crise, le retour du politique

 

Finie l’ère du tout marché, du principe de la concurrence libre et non faussée, de l’interdiction des aides d’Etat, de la prohibition des déficits et des endettements excessifs ! Depuis l’automne 2008, la « main invisible » censée réaliser l’optimum social pourvu que l’autorité publique ne s’en mêlât point n’inspire plus confiance. Les dieux du Marché sont tombés de leurs autels. Les grands prêtres se sont tu. La foule qui se prosternait à l’énoncé de vérités éternelles qui tombaient de leurs bouches a déserté leurs temples.

L’Etat est revenu avec ses gros sabots pour assurer plans de refinancement et plans de relance face à la dépression. C’est celle-ci qui a conduit, en catastrophe, les politiques, libéraux de doctrine ou fraîchement convertis, à changer de pied devant les foules éberluées.

« A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles ». C’est par centaines de milliards de dollars ou d’euros que s’énoncent les plans destinés à sauver les banques de la faillite. Les pays anglo-saxons ne reculent pas devant les nationalisations. D’autres, de tradition moins libérale, comme la France, se bornent paradoxalement à prêter à leurs banques à des taux presque usuraires pour qu’elles continuent de financer l’économie à des taux bien inférieurs. Comprenne qui pourra : La plus grande de nos banques par exemple qui continue de déclarer des bénéfices, s’endette à grands frais auprès de l’Etat et rachète dans le même temps des activités bancaires dans les pays voisins.

Dans tout cela flotte comme un air d’improvisation. Les doctrinaires du désendettement public viennent maintenant expliquer qu’il y a « la bonne dette » à côté de la mauvaise, et que l’explosion des déficits n’est en fait qu’une illusion d’optique. Après les plans de refinancement viennent les plans de relance, dont l’effet paraît nul, tant le bruit sourd d’un effondrement continu monte des profondeurs de l’économie : deux millions et demi d’emplois supprimés aux Etats-Unis en quelques mois. Un million de chômeurs supplémentaires en Espagne en moins d’un an. En un trimestre, les ventes et la production d’automobiles plongent presque partout de 40 %.

 

Une chose cependant devrait frapper les esprits : si leurs effets ne sont pas encore visibles, les plans de relance ont été annoncés partout par les autorités nationales, à l’instar des Etats-Unis.
En Europe, c’est le Président en exercice de l’Union Européenne, Nicolas Sarkozy, qui a pris l’initiative de lancer son plan à travers une instance qui ne s’était jamais encore réunie, le G4, c’est-à-dire les quatre principales économies européennes, puis le G16, instance tout aussi improvisée puisqu’elle consistait à faire entrer la Grande-Bretagne dans l’Eurogroupe. Il en a résulté deux choses : un montage qui juxtaposait les plans nationaux et qu’approuva in fine l’Union à vingt-sept, et enfin l’initiative d’un G20 imposée à un G.W. Bush finissant. Il est vrai qu’une relance coordonnée répondait à l’intérêt bien compris des Etats-Unis. Dans cette affaire, non seulement Nicolas Sarkozy, mais aussi Gordon Brown et l’Administration américaine elle-même, ont donné l’exemple d’une réactivité inattendue de la part de dirigeants présumés libéraux.

C’est en tout cas dans le cadre national que des décisions d’une ampleur jamais vue depuis des décennies ont été prises. L’Union à vingt-sept et le G20 n’ont été que de vastes mises en scène. De bout en bout, les décisions ont été nationales, y compris dans l’Allemagne de Mme Merkel, au départ la plus réticente à agir dans un cadre européen ou même tout simplement multilatéral.
Les décisions ont été nationales pour une raison toute simple : la nation reste le seul cadre démocratique où des gouvernants appuyés sur l’opinion publique et sur le Parlement ont la légitimité pour agir avec force à l’échelle requise.
La Commission européenne a disparu dans un trou de souris. Le FMI fait des communiqués. Les textes européens ont été « suspendus ». Le retour du politique s’est donc fait dans un cadre national. Seuls jusqu’alors des responsables politiques portés sur la théorie, c’est-à-dire isolés, avaient osé soutenir que les marchés financiers n’étaient pas l’horizon de l’humanité mais que les peuples et les nations restaient les permanences de l’Histoire.

Depuis près de trois décennies, la « doxa » libérale avait réussi à diaboliser l’intervention de l’Etat dans l’économie et à ringardiser l’idée même d’une politique industrielle. Mais dans l’immense désarroi qui s’est emparé des esprits après la chute des géants de la finance de Wall Street, on s’est tourné d’emblée et comme instinctivement, vers les pouvoirs qui trouvaient leur source dans le vouloir-vivre des nations. Celles-ci qu’on avait démonisées comme l’origine des pires fléaux, retrouvaient leurs couleurs. Certes il ne s’agit pas d’un retour au nationalisme, perversion de l’idée de nation, mais simplement de la réaffirmation du rôle démocratique des nations qui, au début du XXIe siècle, partagent d’ailleurs les mêmes valeurs et les mêmes principes.

Le retour à la nation a des raisons plus prosaïques : C’est qu’il allait falloir payer. On se tournait vers le citoyen. On se tournait aussi vers le contribuable. Seul l’Etat en effet pouvait offrir une garantie pour les prêteurs. Lui seul paraissait assez armé pour tirer des traites sur l’avenir.

Mais quel avenir ? Arrivés à ce point, les thuriféraires du libéralisme hésitent. Leur voix tremble. Ils veulent se rassurer. Il ne saurait, bien évidemment, à leurs yeux, n’être question que d’ouvrir une « parenthèse interventionniste » comme il y eut pour d’autres, jadis, en 1983, une « parenthèse libérale ». Ils se refusent encore à réglementer, à prendre des participations publiques au capital des entreprises, à fixer des plafonds aux rémunérations. Ils préfèrent s’en remettre aux codes de bonne conduite qu’on laisse aux patrons le soin d’élaborer. La faiblesse de cette position commence à apparaître.

Car on devine que la crise sera longue et profonde. Immenses sont les problèmes qui restent irrésolus : réglementation des hedge funds et des banques en général, prohibition des paradis fiscaux, politique des revenus, parités monétaires, programmes publics et politiques industrielles capables de soutenir une relance enfin efficace, etc.

Le retour du politique prendra du temps, lui aussi. Il s’avance à tâtons et ne sait encore la forme qu’il prendra. Une chose est sûre : il faudra inventer ou réinventer l’Etat, développer les capacités d’anticipation, de prévision et de programmation, articuler le renouveau du civisme à de nouvelles formes de patriotisme, trouver des formes de coordinations encore inédites à l’échelle internationale, penser une Europe à géométrie variable, des institutions économiques et monétaires mondiales, associant aux vieux pays riches les puissances émergentes, sans oublier – espérons-le – les pays qui n’émergent pas.

Surtout il faudra donner forme humaine au retour du politique : recréer l’espoir en pensant le monde avec trente ans d’avance. Déjà on devine que d’immenses investissements sont nécessaires pour préparer l’après-pétrole, limiter l’émission de gaz à effet de serre, nourrir l’humanité, économiser les biens rares : eau, air, sols, et que l’idée de service public garde toute sa force pour faire de la santé, de l’éducation, de la culture et de la recherche les vraies priorités du développement humain. Ces priorités, pourtant incontestables, ne s’imposeront pas d’elles-mêmes. Pour dépasser les concurrences et les tensions inévitables et préparer un monde réellement meilleur, on ne fera pas l’impasse des luttes et de la conscience, bref de ce qu’on appelle « la politique ».

Voir le sommaire de la revue de l'ENA, dont le dossier est "Le monde face à la crise".

 

  Cet article est le 101ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche refondation.

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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 19:37

 

Pour un nouveau modèle social européen

 

Le 34ème congrès du parti communiste français s’est déroulé à La Défense (92) du 11 au 14 décembre. Le capitalisme, c’est l’impasse ; inventons ensemble un nouveau monde. Tel était, en substance, le sens de ce rassemblement.

L’Humanité a publié, hier, un supplément, qu’on peut retrouver en cliquant sur Congrès PCF : l'intégralité des travaux en PDF.

Voir aussi, sous une forme plus accessible, l’article de Christiane Chombeau, paru le 16 décembre sur le site Rue89 ; cliquer sur Orthodoxes, identitaires... : Buffet face aux chapelles du PCF.

J’ai été attentif à la partie des textes concernant l’Europe (voir, plus loin, le texte adopté par le congrès). Il me semble qu’un rapprochement est possible, sur le fond, avec le MRC en vue des élections européennes, le 7 juin 2009. Marie-George Buffet* a entendu Jean-Pierre Chevènement souhaiter que les partis de gauche s’accordent pour présenter une liste commune. Martine Aubry fera de même prochainement. Je suis persuadé que le MRC peut être l’artisan d’un rapprochement programmatique entre PCF et PS.

 

Changer l’Union européenne en profondeur, en refonder les principes

 

Les forces politiques qui ont piloté les traités successifs de l’Union, en l’enfonçant dans un processus néo-libéral et atlantiste, ont conduit la construction européenne dans une impasse.  

 

Les NON français, néerlandais, et irlandais et plus généralement nombre de manifestations de désenchantement et de colère vis-à-vis des politiques et du fonctionnement de l’actuelle Union européenne attestent d’une véritable crise de légitimité des choix actuels auprès de millions d’Européennes et d’Européens. La prétention scandaleuse de vouloir faire revoter les citoyens irlandais doit être combattue. Il faut être clair : le traité de Lisbonne est caduc.

 

Notre projet, c’est celui d’un changement de cap des politiques et de la conception de l’Union européenne, avec la construction de coopérations entre les peuples jusqu’à la mise en chantier d’un nouveau traité fondateur de l’Union européenne.

 

Le besoin d’une construction européenne donnant des atouts à chacun des peuples pour faire face aux nouveaux enjeux du monde, leur apporter des réponses est pressant. Mais que d’aspirations positives mais déçues parmi les Européens ! Aspirations à passer de la mise en concurrence des peuples à une ère du vivre ensemble, de la solidarité, de la coopération ; aspirations à mettre l’Europe au service des autres nations qui étouffent sous les dominations et à travailler ensemble à un monde de paix ; aspirations à être écoutés, respectés, partie prenante des choix fondamentaux.

 

Favoriser l’expression de ces attentes, aider nos concitoyens à mesurer l’ampleur des brèches ouvertes, notamment depuis la victoire du NON, débattre des obstacles à lever pour ouvrir la voie à des changements profonds, travailler dans la durée aux convergences les plus larges en France et en Europe: telle est notre ambition.

 

Nous voulons participer à la constitution d’un front progressiste européen, qui partage les grandes lignes d’un projet transformateur dans lequel d’innombrables Européens peuvent se reconnaître. Nous développons à cette fin des rapports étroits de coopération avec des formations politiques d’une grande diversité, notamment au sein du PGE et du groupe de la GUE, mais aussi avec des personnalités progressistes, des militants syndicaux ou associatifs, des acteurs des rassemblements sur l’ex-projet de traité constitutionnel ou du forum social européen. Cette démarche va de pair avec la recherche de partenariats de collaboration, d’échanges, avec les partis communistes et progressistes d’Europe et des DOM-TOM…

 

L’urgence d’une nouvelle politique et d’un nouveau projet européen se fait sentir. C’est dans cet esprit que nous mènerons la campagne des élections européennes de 2009.

 

* Marie-George Buffet était ministre de la jeunesse et des sports dans le gouvernement Jospin, de 1997 à 2002. Elle y a côtoyé Jean-Pierre Chevènement, ministre de l’intérieur, entre 1997 et 2000.

 

Je suis reconnaissant à Marie-George Buffet d’avoir signé l’arrêté, en date du 14 juillet 2000, m’attribuant la médaille de bronze de la jeunesse et des sports, quand j’étais maire de Saint-Berthevin.

J’avais pu la remercier quand elle était venue à Laval, le 19 décembre 2005, animer le « forum sur l’alternative politique », au cours duquel je m’étais exprimé, au nom du MRC 53.

 

Cet article est le 100ème paru sur ce blog dans la catégorie Gauche France 2007-08

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7 décembre 2008 7 07 /12 /décembre /2008 15:12

 

Martine Aubry va faire du PS une ruche sans Royal

 

La partie est terminée, après plusieurs prolongations, car les deux équipes n’avaient pas réussi à se départager dans le temps réglementaire. Le congrès de Reims avait buté sur l’incapacité de la coalition « anti-Royal » à s’entendre sur une candidature commune à la fonction de premier secrétaire.

 

Aubry et Hamon ne pouvaient accepter que ce soit Delanoë, car il était trop lié à la direction sortante. Delanoë refusait d’appeler à voter pour celle qui l’avait fait échouer (en présentant une motion distincte) et la candidature Hamon était inacceptable par les partisans inconditionnels de l’Europe du traité constitutionnel et de son rejeton, le traité de Lisbonne.

 

Les uns et les autres ont alors misé sur l’élection du premier secrétaire, qui a mis face à face au second tour les deux femmes, Martine et Ségolène, Bertrand ayant préféré se mettre sur la touche en raison de sa contre-performance du 6 novembre. Benoît, au contraire, sortait du terrain avec les applaudissements du public et se portait en soutien actif à Martine, se souvenant qu’il avait porté le maillot de son équipe quand elle était au gouvernement.

 

Martine Aubry et Ségolène Royal finissaient la partie sur un résultat nul, mais l’arbitre avait vu le ballon franchir la ligne du but défendu par Royal, ce qui n’était pas prouvé car le match n’avait pas été filmé. Après de longues palabres, Martine Aubry était déclarée vainqueur, ce qui lui donnait le droit de constituer son équipe pour jouer dans le championnat national ces trois prochaines années.

 

Le dernier acte s’est déroulé hier, 6 décembre, lors du Conseil national. La nouvelle première secrétaire s’était entendue avec ses alliés (motions Hamon et Delanoë) sur un texte d’orientation, qu’elle a ensuite transmis à Ségolène Royal, sachant fort bien qu’elle ne pouvait le signer. La suite est logique : ne pouvant signer le texte, l’équipe Royal a décliné la proposition de participer de façon marginale au secrétariat national, qui est le gouvernement du PS.

 

Comme aux congrès d’Epinay-sur-Seine (1971) et de Metz (1979), notamment, le PS sort du congrès de Reims avec une majorité (coalition des trois courants Aubry, Hamon, Delanoë) et une minorité (Royal). C’est plutôt favorable pour conduire un action cohérente et forte.

 

L’ancienne candidate à l’élection présidentielle n’est certainement pas mécontente de cette situation, car elle a réussi à faire jeu égal avec sa rivale lors du vote des adhérents le 21 novembre et elle ne va pas avoir la responsabilité du résultat de la liste socialiste aux prochaines élections européennes (7 juin 2009).

 

Tout dépendra de la capacité de Martine Aubry à relancer le PS et à l’ouvrir sur le reste de la gauche. Si elle réussit, sa candidature à l’élection présidentielle s’imposera naturellement. Sinon, ce sera l’heure de Ségolène Royal.

 

Concernant la personnalité de la maire de Lille, je propose de lire le texte (paru 25 novembre, écrit le 2 juin 2008) de Xavier Dumoulin sur son blog Martine Aubry : Un réformisme moderniste chevillé au corps.

 

Concernant le déroulement du conseil national du PS, hier, j’ai retenu deux articles de presse :

 

- Le début de l'ère Aubry plombé par les divisions (Le Monde, 6 décembre),

- Aubry installe la direction du PS, les royalistes ne décolèrent pas (Rue89, 6 décembre).

Nouvelle direction : cliquer ici pour voir la liste complète.

 

            La première secrétaire s’est exprimée dans un discours de 90 minutes dont voici un extrait :

 

Le Président de la République rompt avec les fondements de la République

 

Rupture avec les fondements même de la République, ce fleuve dont la droite et la gauche formaient les deux rives.

 

Rupture historique avec le rôle de l’Etat dans notre histoire nationale dans ses fonctions régaliennes, celles d’assurer la sécurité, la justice, de promouvoir la solidarité nationale, et de porter une vision de l’avenir.

 

Rupture avec la décentralisation mise en place par le gouvernement de Pierre Mauroy, qui a partout conduit à une amélioration du service rendu au public, avec aujourd’hui des collectivités locales que l’on étrangle financièrement et dont on s’apprête à modifier les contours, les ressources, et les modes d’élection par strict souci politicien.

Je le dis ici au Président de la République : il est inacceptable et nous n’accepterons pas que les collectivités locales soient modifiées sans notre accord. Nous sommes prêts à mieux en définir les missions, à mieux articuler leurs actions, à améliorer encore l’efficacité, mais il n’y aura pas au sortir de la commission Balladur de « Big Bang » institutionnel sans nous. Nous nous y opposerons avec force.

 

Rupture avec le compromis social issu du Conseil National de la Résistance, quand la sécurité sociale est mise en péril, quand le système des retraites ne prend pas en compte les travaux pénibles et difficiles, quand les partenaires sociaux sont méprisés, les associations et les ONG tenus en lisière.

 

Rupture avec les libertés publiques. La scandaleuse interpellation de l’ancien directeur de l’information du quotidien Libération n’a été possible que parce que le mépris des libertés individuelles et le dévoiement du code de procédure pénale ont été élevés au rang de culture d’Etat. En témoignent l’explosion inquiétante du nombre des gardes à vue, la manière inacceptable dont sont trop souvent effectués les contrôles de police quand il s’agit de jeunes de nos quartiers, les conditions dégradantes de la rétention de sécurité.

 

Et que dire de cette incroyable atteinte à la liberté de la presse que représente le projet de loi sur l’audiovisuel public ! Un audiovisuel public que l’on veut mettre au pas en en nommant le PDG par décret présidentiel. Un audiovisuel dont on pille les ressources en transférant les recettes publicitaires aux chaînes privées amies. Saluons le travail, formidable de nos camarades députés qui se battent avec force pour empêcher le vote de cette loi.

 

Rupture avec la France des Droits de l’Homme par la réception en grandes pompes de Khadafi et de El Assad, quand la diplomatie est confondue avec le « business ».

 

Rupture avec l’esprit des institutions par une pratique personnelle du pouvoir, qui banalise et fragilise sa fonction.

 

Pour lui, la société n’existe pas ; il n’y a, face à face, que des individus et l’opinion. Il s’inspire de l’opinion et ne parle qu’aux individus, en les opposant les uns aux autres : les lève tôt contre les assistés, les vrais jeunes contre les racailles, les CDI contre les CDD, les Smicards contre les Rmistes, les bons immigrés contre les clandestins…

 

Ainsi, il oppose au lieu de réunir ; il joue de la peur, des peurs ; il instrumentalise l’événement et manipule les émotions. Il ne cherche pas à expliquer, à éduquer les citoyens ; mais toujours à simplifier.

 

Nicolas Sarkozy ne propose pas une vision et un projet à notre société. Il impose la loi du plus fort, le règne de l’argent et l’individualisme. Sa politique est vide : vide de valeurs, vide de solidarités, vide de sens. Faute de sens collectif, il donne des fausses réponses. Car il espère bien prospérer sur ce vide.

 

Et pour donner le change, il propose aux Français de se raccrocher à de fausses réponses qui sont autant de vrais dangers. Ainsi de sa politique sécuritaire –l’emploi du Taser, le honteux fichier EDVIGE- qui n’empêche pas l’insécurité d’augmenter, puisque là n’est pas son objectif : son objectif est de mettre en scène l’insécurité.

 

Ainsi du discours sur la « laïcité positive », qui n’est en réalité qu’une remise en cause de notre laïcité. Ainsi de la récupération du religieux : je pense aux discours du Latran et de Ryad, à cette affirmation étonnante pour un Président de la République de considérer qu’un prêtre vaut mieux qu’un instituteur pour l’éducation des enfants.

Ainsi du refuge dans une crispation identitaire qui oppose scandaleusement « identité nationale et immigration » et dénature ainsi l’identité de la France. Ainsi des discours – celui de Dakar, en particulier - reprenant les préjugés du colonialisme (…).


Cet article est le 99ème paru sur ce blog dans la catégorie
Gauche France 2007-08

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