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Présentation

  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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25 mai 2008 7 25 /05 /mai /2008 20:51

Appel aux militants de la gauche républicaine

 

Combien sont-ils les hommes et les femmes qui se reconnaissent dans la gauche républicaine et n’ont pas actuellement un parti politique avec lequel ils pourraient mener des actions qui aient un sens et soient utiles dans le cadre de la préparation des échéances électorales d’ici 2012 ?

 

Il y a un vivier de citoyennes et de citoyens qui ne se résignent pas à laisser se dégrader la situation économique et sociale, sans chercher à organiser la riposte et préparer l’alternative de gauche à la politique actuelle.

 

La bonne volonté existe mais elle ne suffit pas, à elle seule, pour agir à la hauteur des défis à relever. Car, nous sommes conscients que les problèmes politiques à résoudre ont pris une nouvelle dimension ces dernières années.

 

Les crises sont multiples et faut-il encore parler de crise ? Ce mot recouvre les mutations du système économique et social qui domine le monde actuel et porte le nom de capitalisme.

Le capitalisme est le régime économique dans lequel les moyens de production appartiennent à ceux qui ont investi des capitaux.

En février 2005, au cours d’une réunion du MRC 53, nous avions retenu la description suivante :

Selon Michel Beaud (le Seuil,  Histoire du capitalisme de 1500 à 2000), « le capitalisme domine plus que jamais le monde et nos sociétés. Après le capitalisme marchand (14ème et 15ème siècles), le capitalisme manufacturier (17 et 18èmes), le capitalisme industriel (19 et 20èmes), le 21ème siècle s’annonce comme celui du capitalisme  techno-scientique, élément décisif du basculement du monde en cours, dont on est loin d’avoir pris toute la mesure.

Il est devenu la principale force transformatrice des sociétés et du monde. C’est une réalité évolutive. La logique capitaliste engendre une totalité productive, marchande et monétaire, à la fois territorialisée et mondiale, en incessante mutation, de plus en plus autonome par rapport aux sociétés.

C’est pourquoi le capitalisme ne peut être réduit, ni à un mode de production, ni à un système économique ». C’est un système qui conforte les pouvoirs d’un petit nombre (oligarchie) et comporte des dynamiques, à la fois créatrices et destructives, qui doivent être bridées non seulement au niveau des nations mais aussi aux niveaux des continents et du monde.

Sinon, la destruction massive des ressources et des équilibres terrestres, le totalitarisme d’un marché dominé par quelques grandes firmes mondiales, l’instauration progressive à l’échelle planétaire d’un « apartheid » par l’argent, risquent de provoquer durablement un basculement de plus en plus difficile à contenir ».

Ceci est un extrait de l’article « Formation citoyenne - Définitions - MRC 53 - février 2005 », paru le 26 juillet 2006 sur ce blog de la gauche républicaine en Mayenne.

Vous avez bien lu : les dynamiques du capitalisme doivent être bridées au niveau des nations mais aussi des continents et du monde. Or, qu’ont fait les pouvoirs publics depuis vingt-cinq ans ? Ils ont lâché les brides. Pire : ils ont supprimé les brides qui tenaient en laisse les capitaux et ont affirmé que c’était nécessaire pour libérer la croissance économique.

Le projet de la gauche doit être de brider le système capitaliste, d’en corriger les effets profondément inégalitaires qui pervertissent les valeurs de la démocratie et de la République, et menacent les fondements de la cohésion sociale.

 

Le rôle du Mouvement Républicain et Citoyen est d’être le ferment du renouveau de la pensée de la gauche.

C’est ce que propose Jean-Pierre Chevènement quand il invite les républicains de gauche à participer aux débats des militants du MRC en vue du congrès des 21 et 22 juin 2008.

Faire de notre Congrès un signal fort pour la refondation

Une période nouvelle s'ouvre devant nous. Ce serait en effet une vue bien courte des choses de penser que la crise financière liée à l'endettement des ménages américains est désormais surmontée.

 

Cette crise a des causes infiniment plus profondes et anciennes : la principale est la fuite en avant de l'Hyperpuissance américaine dans l'endettement interne et externe et dans le recours à la force militaire qui débouche aujourd'hui sur l'enlisement au Moyen-Orient. Les Etats-Unis n'ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Ils vivent depuis trop longtemps au-dessus de leurs moyens.

 

La crise économique se redouble en crise de l'hégémonie. Les Etats-Unis doivent donc accepter l'avènement d'un monde multipolaire et les règles qu'il implique, à commencer par l'obligation où ils sont de remettre de l'ordre dans leurs propres affaires. L'Histoire n'est pas finie, contrairement à ce qu'affirmait Francis Fukuyama au début des années quatre-vingt-dix. Et la crise systémique qui est devant nous, sera grosse de convulsions.

 

L'Europe libérale ne nous y prépare pas. Il faudra la réorienter. La responsabilité de l'Allemagne et de la France sera déterminante. La gauche française ne devra pas se mettre aux abonnés absents comme elle a tendance à le faire, si on en juge par le fade projet de déclaration de principes du PS.

 

Pour le MRC, le moment est venu d'un nouveau départ. Nos forces sont certes réduites. Nous disposons d'un réseau de 300 élus environ et de quelques places fortes (Belfort où nous avons remporté une belle victoire dès le premier tour, le Kremlin-Bicêtre, Saint-Pol sur Mer, Méry-sur-Oise, etc.). Mais nos militants sont surtout la pointe émergée de l'iceberg républicain. Nous ne sommes pas seuls. Nos sympathisants sont infiniment plus nombreux que nos adhérents. La culture républicaine est bien présente dans le pays. Et on peut même dire que sans l'appoint des deux ou trois millions d'électeurs « républicains », ceux qui se déterminent à l'aune de l'intérêt général, il n'y a pas de victoire possible pour la gauche comme pour la droite.

Ignorant les querelles de personnes qui agitent le PS, nous avons pris le parti d'intervenir
dès notre prochain Congrès, les 21 et 22 juin prochains, en mettant l'accent sur les problèmes de fond.

La crise de la globalisation libérale offre à la gauche républicaine un espace nouveau. Un cycle se clôt. Il dépend de l'ensemble des progressistes, en France, en Europe et dans le monde qu'un nouveau cycle historique s'ouvre. C'est un
« New Deal » dont il nous appartient de dessiner les contours pour un monde plus juste.

Pour mettre la gauche française à la hauteur des défis, nous proposons la création d'un grand parti de toute la gauche, sur la base d'Assises préalables auxquelles il incombera de définir les axes d'une refondation républicaine. Une analyse claire et partagée de ce qu'est le capitalisme financier d'aujourd'hui, est pour cela nécessaire.

Des initiatives sont prises. D'autres le seront à brève échéance. Il appartient au MRC d'être le catalyseur de ce vaste mouvement de refondation qui doit porter ses fruits à l'horizon 2012. Pour cela il ne faut pas baisser les bras mais redoubler d'ardeur, avec comme premier objectif de faire de notre Congrès des 21-22 juin au Kremlin-Bicêtre un signal fort que la gauche républicaine et donc l'espoir sont d'abord là où nous sommes.

Lire ce texte, ainsi que la motion d’orientation, sur www.chevenement.fr ou www.mrc-france.org, mais aussi sur ce blog MRC congrès 2004-06-08.

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24 mai 2008 6 24 /05 /mai /2008 16:44

Vers un conflit grave entre le président et le parlement ?

 

Il se passe toujours quelque chose à l’Assemblée nationale sous la présidence de Nicolas Sarkozy, ce qui prouve qu’il a déjà réussi à revaloriser la fonction parlementaire, même si les principaux intéressés ne sont pas demandeurs… Voir à ce sujet un précédent article paru sur ce blog : La révision constitutionnelle n'est pas désirée par les parlementaires - 3 mai 2008

Plus récemment, j’ai évoqué le projet de réforme, actuellement en discussion au parlement : Le projet de réforme constitutionnelle diversement apprécié au MRC - 19 mai 2008

Ce qui est vrai du Mouvement Républicain et Citoyen (la diversité des réactions – voir les commentaires à l’article de Jean-Pierre Chevènement ici) l’est aussi aux niveaux de la gauche et de la droite, celle-ci se préparant à des affrontements du meilleur effet pour la cohésion de la majorité présidentielle…


A gauche, les élus communistes ont fait savoir leur opposition à cette réforme. Les socialistes sont partagés entre ceux qui sont preneurs d’une avancée du rôle du parlement et ceux qui redoutent les conséquences d’un vote favorable. Dix-sept députés socialistes de diverses sensibilités (dont Guillaume Garot, député de la Mayenne) ont signé, dans une tribune publiée dans Le Monde daté du 23 mai, un appel en faveur de la réforme. Mais ils précisent qu’ils ont l’intention de respecter les consignes de vote de leur groupe, le moment venu.

 

A droite, les positions semblent plus tranchées, une quinzaine de députés affirmant que c’est « la Vème République qu’on assassine » (Libération, 24 mai).

 

Le politologue Jean-Philippe Roy, sur son blog (Voir http://www.rue89.com/riverain/jean-philippe-roy), évoque le 20 mai « un conflit ouvert, qui n’est plus à exclure, entre Sarkozy et le Parlement ». Voici sa conclusion :

« A tendre une corde, il arrive qu'elle rompe. Comme le souligne Jean-Jacques Urvoas dans sa récente note à la Fondation Jean-Jaurès, il conviendrait de bien réfléchir à cela, car si la politique est le meilleur moyen d'éviter la guerre civile, le conflit (ici très déséquilibré) qu'elle ritualise n'est en aucune manière une affaire d'enfants de chœur ! »

Anicet Le Pors*, ancien ministre (1981-1984), conseiller d’Etat, exprime ses critiques dans un entretien avec Olivier Mayer, paru dans l’édition du 20 mai de l’Humanité (www.humanite.fr).

« Le retour au discours du trône monarchique »

 

La réforme proposée ne modifie-t- elle pas l’organisation des pouvoirs de la Ve République ?

Anicet Le Pors. Il est difficile aujourd’hui de dire quel sera l’avenir de ce texte, tant sont fortes les contradictions qui existent au sein des deux principaux groupes du Parlement. En tout état de cause, je pense que nous sommes entrés dans une troisième phase de la Ve République, dont la réforme proposée ne révèle pas complètement la nature. La Ve République est née en 1958 sous le thème du « parlementarisme rationalisé », rapidement dénaturé par l’instauration de l’élection du président de la République au suffrage universel. Les cohabitations de 1986-1988 et de 1997-2002 l’ont transformée en « monarchie aléatoire », selon l’expression pertinente d’un constitutionnaliste gaulliste, Jean-Marie Denquin. J’ai, provisoirement, qualifié la nouvelle phase de « dérive bonapartiste » (1).

Le rôle du Parlement se trouve-t-il renforcé ?

Anicet Le Pors. Au stade actuel, on pourrait retenir quelques mesures techniques qui iraient dans ce sens : ordre du jour partagé avec le gouvernement, discussion sur la base du texte issu de la commission compétente, délai d’un mois entre le dépôt d’un projet de loi et son examen en séance, assistance de la Cour des comptes, etc. Mais cela ne fait pas le poids devant la disposition hautement symbolique autorisant le président à prendre la parole devant la représentation nationale. Cette faculté s’exerçait jusque-là sous forme de messages aux Assemblées ; son retour ne peut être interprété que comme une faculté d’injonction à la représentation nationale.

En réalité, on ne peut comprendre ce qui se passe aujourd’hui à ce sujet qu’en rappelant que le comité Balladur avait mis en perspective l’évolution de la Ve République en distinguant quatre étapes : la première décide l’élection du président de la République au suffrage universel en 1962 ; la deuxième instaure le quinquennat en 2000 pour éviter la cohabitation et assurer la prééminence présidentielle ; la troisième, c’est maintenant, qui focalise sur les droits du Parlement ; elle ne s’explique que par la quatrième, à venir, qui supprimerait la responsabilité de l’exécutif devant le Parlement et instaurerait un véritable régime présidentiel.

N’assiste-t-on pas à cette occasion à un renforcement du bipartisme ?

Anicet Le Pors. C’est la Ve République, dès l’origine, qui a favorisé cette tendance en centrant la légitimité de la représentation sur un homme, en personnalisant à outrance la souveraineté nationale et populaire, en contraignant les partis et la société civile à se plier à la prééminence de l’élection du président de la République au suffrage universel, en appauvrissant de ce fait le débat d’idées, en aggravant ainsi la décomposition sociale. Comme on peut le constater, l’étape actuelle institutionnalise le face-à-face PS-UMP à l’exclusion de toute autre représentation.

Que serait une bonne réforme ? Une VIe République ?

Anicet Le Pors. Je ne reprends pas à mon compte l’idée d’une VIe République pour les raisons suivantes. Elle vise le plus souvent à couvrir le vide de la réflexion. Soutenue d’Olivier Besancenot à Jean- Marie Le Pen, en passant par Marie- George Buffet et Dominique Voynet, on ose espérer que ce n’est pas la même ; c’est donc une proposition confuse.

Enfin, on n’a jamais changé de République en France que dans le drame et le sang, il manque donc l’« événement ». Je n’en déduis pas qu’il y a là une loi de l’histoire, mais je pense que l’on ne peut se débarrasser de façon aussi légère – sinon irresponsable – d’une question aussi importante par un changement de numéro. Qu’il me soit permis de rappeler que le Parti communiste disposait depuis 1975 d’une Déclaration des libertés et, depuis 1989 – pour marquer le bicentenaire de la Révolution française – d’un Projet constitutionnel entièrement rédigé. Aujourd’hui, d’autres choses devraient être dites, mais c’est peut-être de là qu’il faudrait repartir, avec comme idée phare, sans laquelle nul ne peut prétendre à un changement constitutionnel significatif : la dénonciation de l’élection du président de la République au suffrage universel.

 (1) L’Humanité du 27 août 2007
(2) Rapport « Une Ve République plus démocratique » et le Monde du 25 septembre 2007.

* Voir La citoyenneté selon Anicet Le Pors - 15 mai 2003 à St-Berthevin - 17 juillet 2006

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23 mai 2008 5 23 /05 /mai /2008 22:54

 

A Reims, les socialistes peuvent-ils surprendre ?

 

Certes, je n’étais pas à Epinay-sur-Seine en 1971 (car j’effectuais mon service national en tant que coopérant technique à l’Institut de technologie agricole de Mostaganem, en Algérie), mais j’ai lu les comptes rendus de ce congrès du nouveau parti socialiste, qui avait succédé, deux ans plus tôt, à la SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière). C’est dans cette ville de Seine-St-Denis (93) que le Parti socialiste actuel est né.

 

Tout porte à croire que le PS aura un nouveau visage dans les deux ou trois années qui viennent, avant la prochaine élection présidentielle en 2012. Mais lequel ? Celui de la continuité de la dérive libérale, personnifiée, hier par Lionel Jospin, demain par Bertrand Delanoë ? Ou celui de la refondation portée par celles et ceux qui auront la clairvoyance et le courage de l’innovation dans le prolongement des idées de Jean Jaurès ?

 

Cette semaine, Bertrand Delanoë, qui ne manque pas d’ambition*, a eu les honneurs de la presse, à l’occasion de la parution de son livre ce 23 mai (« De l’audace », Robert Laffont). Il a fait le choix d’assumer ce qu’il est, un libéral au sens classique du terme, c’est-à-dire politique et économique.

 

Cette prise de position a pour effet d’obliger les autres aspirants aux responsabilités à se déterminer par rapport à lui, et son ombre portée, Lionel Jospin. Les réactions ne se sont pas fait attendre. Sous le titre « Le libéralisme de Delanoë provoque un tollé au PS », le site du Nouvel Observateur, ce 23 mai, rapporte, notamment, celle de Benoît Hamon (voir www.nouvelobs.com).

 

"A rebours de l'évolution de la gauche"

Benoît Hamon, pour sa part, estime que Bertrand Delanoë "nous joue l'ode au libéralisme", qui lui semble aller "à rebours de l'évolution de la gauche".
Dans un entretien à paraître jeudi dans
France Soir, Benoît Hamon juge "assez baroque" la volonté affichée par le maire de Paris d'inviter la gauche à se réapproprier le libéralisme.
"Au moment où le modèle économique libéral est en plein marasme, où on réalise, partout dans le monde, que la dérégulation du système nous a conduit dans l'impasse, avec les crises bancaires, financières et énergétiques, Bertrand Delanoë nous joue l'ode au libéralisme", juge Benoît Hamon.
"Cela me semble aller à rebours de l'évolution de la gauche", affirme-t-il évoquant les Etats-Unis, où Hillary Clinton et Barack Obama "prennent le contre-pied des positions démocrates en remettant en cause le libre-échange" et en Europe, "où la social-démocratie est en crise, puisqu'elle a perdu 13 des 15 dernières élections!" "Que Bertrand Delanoë fasse son entrée dans le congrès comme cela, je trouve cela surprenant", juge-t-il.

 

Chacun va devoir choisir, y compris ceux qui ne veulent ni de Bertrand Delanoë, ni de Ségolène Royal, à la tête du PS. Des reclassements vont s’opérer. Ainsi, l’ancienne ministre Yvette Roudy a choisi de ne pas suivre Arnaud Montebourg dans son cheminement « ni Delanoë, ni Royal ». Elle rejoint Ségolène Royal en se justifiant ainsi :

 

(…) « Nous voulons rester fidèles à la rénovation de notre parti pour laquelle nous avons oeuvré toutes ces années. Nous avions fait le choix en 2007 de soutenir Ségolène Royal. Elle a porté nos idées au delà de nos espérances : démocratie participative, réforme institutionnelle, développement durable, pacte social européen. Aujourd’hui, nous faisons le choix de continuer avec elle le travail de rénovation entrepris ».

 

D’autres, comme Martine Aubry et les proches de Dominique Strauss-Kahn, rejoindront le maire de Paris, après avoir signé une contribution au débat. Autour de Benoît Hamon, la gauche du parti sera présente et peut jouer un rôle important. Les conditions lui sont plus favorables que ces dernières années. Et Benoît Hamon a les qualités pour rassembler.

 

Les choix de François Hollande et de Ségolène Royal seront déterminants. Affaire à suivre…

 

En attendant, voici la réflexion d’un politologue, Jean-Philippe Roy, sur son blog, le 22 mai, concernant le livre de Bertrand Delanoë et la concurrence au sein du PS.


"De l'audace" : un acte politique lourd de Delanoë

« Mercredi, la divulgation des bonnes feuilles du livre de Bertrand Delanoë a eu lieu. Serait-ce un moment fort de l'histoire politique française, ces événements rares qui font qu'il y a un avant ou un après ? La plupart des commentaires se polarisent sur un « coming out » idéologique: le maire de Paris entend assumer, à sa manière, une identité "libérale". Une déclaration que l'on peut essayer de décrypter, tant du point de vue idéologique que du point de vue de la stratégie politique.

Il rappelle, en fait, ce que veut dire libéral, au sens classique du terme : la légitimité de la liberté individuelle comme facteur d'émancipation et de créativité. Il insiste sur la différence entre le libéralisme et le capitalisme, phénomène de concentration des profits, source de conservatisme social, donc la nécessité d'une certaine régulation pour faire que la liberté des uns puisse s'arrêter là où commence celle des autres.

Autrement dit, il réaffirme que liberté et égalité sont liées et non opposées, d'ou la nécessité d'une régulation garantissant les libertés individuelles. Ce faisant, il replace le socialisme français dans l'héritage idéologique des Lumières et de la Révolution française. Mais en même temps, il se différencie de "la gauche de la gauche". Depuis sa campagne contre le TCE, celle-ci avait préempté le mot libéral comme un fétiche repoussoir, permettant de fédérer contre ce mot toutes les contestations, toutes les protestations. En assumant le libéralisme politique, il se pose donc en s'opposant, au risque de ne pas plaire à tout le monde.

Le corollaire de cette posture est qu'il fait un pari politique risqué : il s'agit pour lui de donner des gages à un électorat, celui qui s'est porté sur François Bayrou en 2007. Pour résumer en quelques mots : mieux vaut, pour lui, parler à l'électorat de François Bayrou qu'à François Bayrou lui même. Par ailleurs, il fait le pari qu'en captant des électeurs du MoDem, il serait présent au second tour de l'élection présidentielle, et que mécaniquement les reports des candidats de gauche se feraient par le jeu de la "discipline républicaine".

Il affirme ainsi une différence majeure de stratégie politique par rapport à Ségolène Royal : il est donc temps de casser un commentaire trop souvent ressassé : il n'y aurait pas de différence idéologique entre Delanoë et Royal, ce serait de là que viendrait tout le mal. La discussion sous le dernier post du blog d'Eric Dupin** est particulièrement éclairante. En effet, on y découvre que les "grands congrès socialistes" se sont tous construits, moins sur des sujets de fond que sur des stratégies pour arriver au pouvoir. Autrement dit : comment faire pour gagner et avec qui ? L'acte que pose Bertrand Delanoë n'est donc pas un geste de basse cuisine partisane, mais un acte politique fort qui annonce une volonté stratégique lourde.

Il ne fait donc pas de doute qu'il est en marche vers une candidature à la tête du parti socialiste et pour l'emmener, selon sa stratégie, vers l'élection de 2012 (…).

Un autre problème, de taille, se pose à lui: comment assumer ce tournant idéologique (en réalité ancien au PS, mais nouvellement assumé), sans perdre MM. Mélenchon, Hamon, Emmanuelli et les militants qui vont avec ? Une rupture idéologique et militante peut aussi devenir un gouffre électoral infranchissable.

Cet aspect-là le différencie aussi beaucoup de la vision du parti socialiste que développe Ségolène Royal. Elle souhaite un parti plus nombreux en militant, donc sur une base idéologique plus large et plus diverse, Bertrand Delanoë fait lui le pari d'un "parti épuré", mais plus cohérent. Décidément, à bien y réfléchir, il y a de réelles différences entre ces deux approches ! »

A lire sur http://www.rue89.com/politicom/de-laudace-un-acte-politique-lourd-de-delanoe

 

* En 1983, nouvellement nommé secrétaire national aux fédérations départementales du PS (par le 1er secrétaire, Lionel Jospin), Bertrand Delanoë faisait le tour des départements. Il nous avait demandé de doubler le nombre d’adhérents en Mayenne, au moment où le gouvernement Mauroy ouvrait la « parenthèse libérale » (non refermée, vingt-cinq ans plus tard), qui eut pour effet de tarir le recrutement de nouveaux adhérents.

 

** Le commentaire de René Fiévet le 20 mai 2008 est très instructif.

Éric Dupin insiste sur les convergences de fond entre Royal et Delanoë, sans doute pour diminuer la portée des débats qui s’annoncent pour le prochain Congrès du PS. Depuis quelque temps, c’est effectivement très « tendance » de porter un regard désabusé sur tout ce qui se rapporte au PS. Succès assuré.

Mais si on y réfléchit, n’est-il pas finalement assez rare qu’il y ait de fortes divergences de fond entre les différents courants du PS, au plan idéologique s’entend ? Après tout, si on prend l’exemple du Congrès d’Épinay de 1971, les socialistes étaient d’accord sur l’essentiel: la transformation socialiste de la société. Ils étaient en désaccord sur la stratégie politique: programme ou non avec les communistes.

Et Épinay fut un grand congrès politique. De même, au Congrès de Tours en 1920, tout s’est joué sur l’adhésion ou non à l’Internationale Communistes. Mais majoritaires et minoritaires étaient d’accord au plan idéologique sur l’objectif de transformation révolutionnaire de la société. Qui peut nier que Tours a modelé le paysage politique français pour au moins 80 ans ? A mon sens, le dernier Congrès “idéologique” fut celui qui opposa les mitterrandistes et rocardiens au Congrès de Metz en 1979, où il fut beaucoup question de la place du plan et du marché dans la société. Ce fut un grand congrès politique, mais dominé quand même par le contexte de l’affrontement entre 2 personnalités.

Tout ceci pour dire qu’il ne faut pas minimiser les désaccords politiques entre Royal et Delanoë. Le congrès de 2008 s’annonce comme un congrès sur la ligne politique- notamment sur la stratégie d’alliance. Il est aussi un congrès sur la nature du PS dans le système politique français. Pour faire simple; le PS doit il rester ce qu’il est: un parti de militants, axé sur un projet politique (Delanoë) ; ou doit-il prendre le tournant définitif de la présidentialisation du régime politique, et devenir un parti de supporters derrière un “chef” (Royal). Contrairement à ce que laisse penser Éric Dupin, il s’agit de beaucoup plus qu’une « manière différente de faire de la politique ». De ce point de vue, Reims 2008 s’apparente beaucoup au Congrès des Néos de 1933. Voilà qui est de nature à faire du futur Congrès de Reims un grand congrès politique. Ne faisons pas la fine bouche. Cela n’arrive pas si souvent.

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22 mai 2008 4 22 /05 /mai /2008 20:58

Un ordre international fondé sur la paix et la justice

 

Le site www.marianne2.fr a publié, le 30 avril, les 1er et 2 mai, une série de trois articles signés Edouard Husson, qui concernent la politique étrangère de la France.

Les deux premiers sont parus les 20 et 21 mai sur ce blog :

Edouard Husson : Les USA, la France et l'histoire monétaire - 20 mai,

Edouard Husson : la Chine, la France et la question de la démocratie - 21 mai.

 

Voici le 3ème, daté du 2 mai 2008 sur le site de Marianne ; il aborde les propositions pour un nouvel ordre mondial, ce qui implique une prise de distance de la France avec les USA.

« La France, caniche des puissants ou voix des opprimés ? »

Edouard Husson, historien, considère que la France est à une fourche de son histoire. Soit elle saura s'émanciper de la suprématie américaine et proposer un nouvel ordre mondial, soit elle perdra ses idéaux et son libre-arbitre à suivre sans courage les USA.

Il se peut que l'Iran ait franchi, mardi 29 avril 2008, le point de non-retour du point de vue américain. Un haut fonctionnaire du Ministère iranien du Pétrole a annoncé que, désormais, son pays ne facturerait plus aucune transaction pétrolière en dollars, uniquement en euros ou en yens.

 

L'Irak a été détruit pour avoir fait une annonce du même type en 2000. La question de la défense d'Israël, ou celle des armes de destruction massive, pèsent peu, aux yeux des Américains, à côté de la seule garantie matérielle subsistante d'un dollar toujours plus dévalué.

 

L'Iran est le deuxième pays producteur de l'OPEP et les Américains, en pleine crise financière, se sentiront particulièrement menacés par un adversaire qui sait où sont leurs points vulnérables. Il n'est pas étonnant qu'on recommence à parler d'une attaque américaine contre l'Iran à l'été.

Si les Américains déclenchaient un conflit contre l'Iran, on basculerait définitivement dans un autre monde, vingt ans après la chute du Mur de Berlin. La communauté des nations se polariserait définitivement entre ceux qui accompagneraient les Etats-Unis dans une folle tentative de maintenir leur mainmise impériale et ceux qui se coaliseraient pour faire émerger un nouvel équilibre mondial.

 

De quel côté la France se situerait-elle ? Si l'on en croit l'attitude du président Sarkozy depuis son arrivée au pouvoir, la France choisirait les Etats-Unis, au risque de perdre la confiance de tous ceux qui attendent qu'elle élève la voix pour tracer les contours d'un ordre international fondé sur la justice et la paix - ce que Jaurès et de Gaulle ont su faire, chacun à leur époque.

La France sera-t-elle réduite à l'insignifiance ?


Espérons que le pire sera évité dans les mois qui nous séparent de l'élection américaine; que George W. Bush ne choisira pas la fuite en avant, à la fois pour sortir de la crise monétaire et financière très grave dans laquelle se trouve son pays, pour rester dans l'histoire comme un «nouveau Churchill» et pour influencer le vote de ses compatriotes.

 

Cependant, même en l'absence d'une nouvelle guerre, la France se trouve à la croisée des chemins. Continuera-t-elle à défendre le désordre international entretenu par l'Amérique impériale ou choisira-t-elle, conformément au meilleur de son histoire, de servir la paix, la liberté et la justice ?

 

La France choisira-t-elle d'entendre la voix des peuples, comme les démocraties latino-américaines, qui ont beaucoup moins d'atouts politiques, militaires, économiques qu'elle et qui pourtant osent défier pacifiquement le grand frère au Nord du continent ?

 

La France saisira-t-elle l'aspiration universelle à la paix qu'exprime par exemple le souhait de la Corée du Sud de mettre en oeuvre une détente (et peut-être une réunification) avec la Corée du Nord, rêve régulièrement anéanti par les menaces américaines envers Pyongyang ?

 

La France négligera-t-elle d'entretenir l'espoir qu'avait suscité sa courageuse prise de position sur le conflit irakien au début de l'année 2003 ? Si tel était le cas, notre pays se réduirait à l'insignifiance - ce qu'exprime déjà la signature du traité de Lisbonne ou la rentrée dans le commandement intégré de l'OTAN.

Mission : proposer un autre ordre mondial


Des aspirations multiples s'expriment dans le monde, qui témoignent de ce que, vingt ans après la fin de la guerre froide, le monde voudrait enfin recueillir les «dividendes de la paix» dont les prive le «nouvel ordre international» proclamé par George Bush père et accompli par le fils.

 

Cependant, des phénomènes comme le néomarxisme altermondialiste, l'émotionalité du débat qui entoure la répression au Tibet, l'impuissance face aux massacres du Darfour ou le fondamentalisme islamique, montrent bien les impasses dans lesquelles la puissance impériale peut espérer adroitement enfermer ses adversaires.

 

Ce serait à un pays comme la France, situé au coeur du monde occidental, de proposer les contours d'une nouvelle communauté internationale au sein de laquelle on ait tiré les conclusions des erreurs passées :


1. Il ne peut pas avoir d'autre économie que celle respectant les lois du marché et la liberté du commerce international.

 

La France doit plaider pour un libéralisme authentique et ses esprits les plus lucides cesser d'appeler "néo-libéralisme" ce qui est un impérialisme anarcho-capitaliste.

Non, les Etats-Unis ne pratiquent pas le libéralisme; ils pratiquent un keynésianisme militaire au service d'une minorité de puissants qui espère profiter de la destruction de toutes les frontières pour faire main basse sur les richesses de la planète.

 

Pour contrer cette politique, qui est le contraire du libéralisme, il y a urgence à refonder le système monétaire international sur un étalon impartial. Le dollar, l'euro, le yen doivent être émis en référence à une valeur intangible dans un système de changes fixes.

 

D'autre part, il ne peut y avoir liberté du commerce qu'entre pays de développement équivalent. Le prochain gouvernement français devra avoir le courage d'affronter les multinationales en établissant, au besoin sans les partenaires européens, des taxes sur les produits importés des pays à très bas salaire.

 

Enfin la France devrait plaider pour le droit des pays souverains à exploiter eux-mêmes les ressources de leur sous-sol. C'est la condition d'un développement équilibré et la base d'un libéralisme authentique. La France devra montrer l'exemple en l'occurrence : signer des accords pétroliers équitables ; inclure la question de l'accès aux matières premières dans tout plan de paix pour le Darfour etc.


2. Il faut étendre le principe de la charte de Paris (processus d'Helsinki, qui a rendu possible la fin de la guerre froide en Europe), à l'ensemble des relations internationales.

 

C'est-à-dire que les frontières actuelles des Etats doivent être déclarées inviolables ; elles ne peuvent être modifiées qu'au terme d'un processus démocratique; encore faut-il tenir compte d'échecs dramatiques comme l'éclatement de la Yougoslavie : on doit tendre à la fois à l'intangibilité absolue des frontières et au renforcement de la démocratie en leur sein ; les droits de l'individu doivent définitivement être préférés à ceux des minorités.

 

Pour le succès d'une telle politique, il faut à la fois obtenir des dictateurs qu'ils s'engagent (comme les dirigeants soviétiques en 1975) à respecter les droits de l'homme et que l'Occident renonce au «droit d'ingérence», qui a doublement échoué - l'expérience montre que l'ingérence aggrave la situation des pays concernés et elle n'est exercée que dans les petits pays, tandis que l'on tolère les exactions des puissances contre leurs minorités, renforçant le sentiment, universel, que l'Occident pratique un double langage.


3. La France, puissance nucléaire, est crédible si elle encourage au désarmement.

 

Elle peut montrer l'exemple. Elle sera crédible si elle demande à Israël de jouer cartes sur tables et de révéler publiquement qu'il possède l'arme atomique, forçant ainsi l'Iran à dévoiler son propre jeu.

 

D'une manière générale, la France peut, aidée de la Chine avec qui elle partage la rationalité dans le développement de l'arme atomique (dissuasion du faible au fort, refus de l'empilement des armes au-delà de ce qui est nécessaire pour garantir l'invulnérabilité du pays) et d'une Russie qui s'est ruinée dans la course aux armements des années 1960-1985, aider à mettre fin à la prolifération nucléaire, qui est largement le produit de la peur inspirée par les Etats-Unis (et de leur nouvelle doctrine de l'emploi éventuel d'armes nucléaires tactiques).


4. La France doit combattre pour le multilinguisme, en particulier dans les organisations internationales.

 

J'ai fait l'expérience, récemment, d'une conférence internationale en Corée du Sud, où nos hôtes saisissaient la moindre occasion de parler une autre langue que l'anglais : l'allemand ou le russe, en particulier.

 

Pour notre pays, il ne s'agit pas seulement de défendre la langue française. Il faut défendre d'autres langues que l'anglais dans les relations internationales. La France jouerait sans doute un coup gagnant dans l'Union européenne et dans le monde si elle encourageait à l'utilisation de l'espagnol - une langue européenne, qui a tant contribué à la culture occidentale, qui est celle d'un sous-continent, et qui est de plus en plus parlée aux Etats-Unis - à côté de l'anglais dans les relations internationales.

Combattre pour la justice


La diffusion de la démocratie, l'économie de marché, la liberté du commerce, ne peuvent s'établir que dans la paix.

 

Le continent latino-américain ravagé par les guérillas, l'Afrique victime de toutes les convoitises des puissances, l'Asie ravagée par les impérialismes et les dictatures totalitaires au XXè siècle, le Proche-Orient compliqué, l'Europe marquée dans sa chair par deux guerres mondiales, n'aspirent qu'à une chose: la pacification des relations internationales et le développement économique dans la diversité culturelle.

 

La France, puissance moyenne, qui ne sera (plus) jamais gagnante dans la surenchère impériale, n'a qu'une seule carte à jouer : refuser d'être plus longtemps le caniche des puissants, se faire la voix des opprimés - non pour les encourager à des révoltes stériles mais pour l'avènement d'un nouveau concert des nations. «La France n'est écoutée et puissante que lorsqu'elle combat pour la justice» aimait à dire Jaurès.

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21 mai 2008 3 21 /05 /mai /2008 18:50

Les dirigeants chinois ont peur du peuple

 

Le site www.marianne2.fr a publié, le 30 avril, les 1er et 2 mai, une série de trois articles signés Edouard Husson, qui concernent la politique étrangère de la France. Le premier est paru hier sur ce blog : 20 mai 2008 Edouard Husson : Les USA, la France et l'histoire monétaire.

 

Voici le deuxième, publié le 1er mai 2008, sur les relations entre la France et la Chine, dans lequel l’auteur est fort critique vis-à-vis du locataire actuel de l’Elysée.

"Sarkozy soigne ses amis patrons, et donc le régime chinois"

Selon Edouard Husson, historien, la manière dont Sarkozy a géré la crise tibétaine montre bien son incapacité à poser la question de la démocratie chinoise, et à se rendre indépendant de ses amis patrons pour prendre des décisions courageuses.

Curieusement, dans le bilan dressé ces jours-ci de la première année de mandat de Nicolas Sarkozy, on parle peu de la politique étrangère. Il y aurait pourtant là autant matière à critique que dans les autres domaines.

 

On peut même affirmer que c'est le secteur dans lequel l'action du nouveau président a été la plus catastrophique. En effet, la diplomatie était sans doute le dernier champ où la France gardait une marge de manoeuvre - l'opposition, bien que très timide avec le recul, de Jacques Chirac à la guerre en Irak l'avait démontrée.

 

En politique économique, cela fait longtemps que la France n'a plus de marge de manoeuvre, du fait de l'euro, bien sûr, mais encore plus du fait de l'endettement français, qui rend le pays éminemment vulnérable - Nicolas Sarkozy est en train de s'en rendre compte. En politique étrangère, en revanche, la voix de la France comptait encore et la nouvelle équipe au pouvoir est en train de dilapider le peu de capital qui nous restait.

Il ne s'agit pas du Tibet, mais de démocratie en Chine


L'épisode des protestations contre la Chine à propos du Tibet est particulièrement révélateur. La France n'a aucune politique chinoise, sinon celle du suivisme.

 

On prête à Nicolas Sarkozy cette remarque: «On me reproche de ne pas assez faire pour le Tibet. Ce n'est pas de ma faute si De Gaulle a oublié d'envisager la question quand il a reconnu la Chine en 1964». Le chef de l'Etat nous a habitués, depuis un an, à tant de bévues, qu'il n'en est plus à une près.

 

De Gaulle a reconnu un Etat qui avait, au milieu du XXe siècle, violemment rejeté l'impérialisme occidental amorcé par la Guerre de l'Opium au milieu du XIXè siècle ; le président français de l'époque pensait qu'il n'était pas bon qu'une puissance de cette dimension restât à l'écart des relations internationales - ni pour elle-même (Grand Bond en avant, Révolution culturelle), ni pour le monde (danger du face-à-face américano-soviétique).

 

Que De Gaulle ait reconnu la souveraineté de la Chine populaire sur le Tibet, qui s'en étonnera : Nixon a-t-il fait autre chose au début des années 1970 ? Les grandes entreprises européennes ou américaines qui fabriquent en Chine ce qu'elles revendent dans nos pays ne semblent pas se soucier plus que cela des droits de l'Homme au pays des héritiers de Mao. Personne n'avait fait pression sur le Comité Olympique International lorsqu'il s'est agi de retenir la candidature de Pékin à l'organisation des Jeux Olympiques.


Il ne s'agit pas d'être cynique mais de prendre conscience du fait que la question n'est pas la souveraineté de la Chine sur le Tibet. Qui soutiendrait sérieusement que le meilleur moyen d'améliorer le sort des Tibétains est de déclencher une guerre mondiale ?

 

La question n'est pas non plus celle des droits des Tibétains: c'est celle de la démocratie pour la Chine entière. Et de ce point de vue, on peut plaider pour la tenue des Jeux Olympiques en pensant qu'ils forceront la Chine à s'ouvrir au monde au-delà de l'économie. C'est un point de vue défendable - mais insuffisant.

 

Des patrons qui jouent le jeu du régime chinois...


La grande question est celle du développement de l'économie chinoise. Nos entreprises sont entrées dans la logique de la dictature post-communiste : produire en Chine, avec une main d'oeuvre quasi-gratuite, pour les marchés occidentaux. Ce n'est pas ce pour quoi nos entreprises ont, à l'origine, voulu s'installer dans le pays : au départ, il s'agissait d'avoir accès au marché chinois.

 

Mais le régime retardera autant que possible le développement économique de sa propre population, de peur que l'émergence de classes moyennes nombreuses ne fasse inéluctablement triompher la démocratie.


Si le pouvoir politique jouait son rôle, au lieu de courir après les contrats pour les entreprises transnationales, il conditionnerait l'accès de produits venus de Chine au marché français et européen à des règles strictes : obligation pour la Chine d'absorber une partie de la production des entreprises françaises en Chine, imposition aux partenaires européens du principe d'une «taxe sociale» sur les produits venus de Chine (la France reprenant sa liberté si l'Europe ne joue pas son rôle sur ce sujet), contrôle très strict des transferts de technologies, etc.

... et un président soumis aux patrons


Le gouvernement de Nicolas Sarkozy aurait pu rompre avec la mollesse de son prédécesseur sur tous ces points. Au lieu de cela, il laisse tout aller à vau-l'eau.

Et quand l'opinion s'émeut, à juste titre, de la répression au Tibet, on laisse avec la même mollesse dégénérer les manifestations antichinoises sur le sol français, puis insulter la France par des étudiants chinois, téléguidés par le pouvoir, qui ornent le drapeau français de croix gammées et réclament la libération de la Corse ! De Gaulle aurait convoqué l'ambassadeur de Chine pour moins que cela !

La politique du chien crevé au fil de l'eau. Tel semble bien être le seul moteur de la politique chinoise de la France. Qu'un président de la République soit devenu incapable d'expliquer à l'opinion que la question qui importe, ce ne sont pas les droits des seuls Tibétains mais ceux de tous les citoyens chinois, qu'on ne peut pas protester sur le Tibet mais continuer à se fournir dans les supermarchés où triomphe le «made in China», voilà qui montre une absence totale d'imagination et de courage de la part des gens qui nous gouvernent.

 

Il est vrai que Nicolas Sarkozy est l'ami - le relais même - des grands patrons qui font fabriquer massivement en Chine. Il n'est pas libre.

 

Il est, comme nous le verrons dans notre prochain article, condamné à être un défenseur structurel du système monétaire qui verrouille les rapports de force dans le monde.

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20 mai 2008 2 20 /05 /mai /2008 21:38

Un système monétaire international pervers

 

Sarkozy n’est pas de Gaulle, ce n’est un secret pour personne ! Edouard Husson a montré, dans un article paru le 30 avril 2008 sur www.marianne2.fr, ce que fut la politique des USA vis-à-vis du dollar, et les réactions des présidents français. Il y a des leçons à tirer de ces observations historiques.

« Sarkozy incapable de tourner la page du dollar »

Edouard Husson, historien, voit dans l'histoire monétaire française, a fortiori dans les volontés du président, une incapacité à sortir du «système dollar» alors que la réalité devrait nous pousser à se tourner vers les nouveaux grands : Russie, Chine, Japon...

Le 4 février 1965, le général de Gaulle prononça ce qui fut sans doute l'appel le plus important de sa présidence - et l'un des moins compris. Il attira l'attention du monde sur les dysfonctionnements de l'économie mondiale qu'allait bientôt entraîner le système monétaire international tel qu'il avait été conçu à Bretton Woods.

 

Disposant de la seule monnaie convertible en or, monnaie dont ils avaient fait un moyen de réserve international, les Etats-Unis pouvaient s'endetter à volonté puisque le reste de l'économie mondiale avait besoin de dollars pour garantir sa propre fabrication de monnaie.

 

En fait, comme le montrait De Gaulle, qui avait parfaitement intégré les leçons de Jacques Rueff, on avait passé le point d'équilibre : la quantité de dollars en circulation dans le monde était déjà telle que la monnaie américaine se dévaluait de fait. Il fallait refaire de l'or, disait-il, le point d'ancrage du système monétaire international.

De Gaulle, seuls contre tous, à gauche comme à droite


Que ne s'est-on payé la tête de De Gaulle à l'époque ! Sa conférence de presse fut la première d'une série d'analyses lucides de l'état du monde (les discours de Phnom Penh, de Montréal, de la conférence de presse sur la Guerre des Six jours), qui se révélèrent toutes prophétiques, mais qui coupèrent progressivement l'ancien chef de la Résistance française des faiseurs d'opinion, puis ébranlèrent la confiance d'une partie des Français.

Le mythe d'un président trop vieux se répandit, complaisamment entretenu par la presse anglo-américaine. Pensez-vous, De Gaulle croyait encore à ces vieilles lunes, il n'avait pas lu Keynes, le pourfendeur de la «relique barbare», l'or ! Personne ne suivit le président français, ni ne comprit la portée de ses avertissements.

C'était l'officier de la Première Guerre mondiale qui comprenait comment les Américains entretenaient, au Vietnam ou dans la multiplication des missiles intercontinentaux, l'esprit de la Guerre froide - grâce à une fabrication potentiellement illimitée de dollars, pourvu que le «monde libre» marche dans la combine.

 

Et tout cela afin de doper, par un «keynésianisme militaire», leur économie soumise à toujours plus rude concurrence (européenne dans les années 1960, asiatique depuis les années 1970).

A l'opposé, les soixante-huitards pacifistes sont devenus, avec les années et malgré leur slogan «Faites l'amour, pas la guerre», les garants du système américano-centré.

 

Dans les années 1980, ils ont découvert l'argent facile mis par les Etats-Unis à la disposition du reste du monde, et ont vite oublié leur vieille détestation de l'impérialisme américain. Ils ont toléré, puis encouragé, un système international où le pétrole a remplacé l'or comme garantie matérielle du dollar, ce qui conduit les Etats-Unis a défendre toujours plus agressivement le contrôle qu'ils exercent sur les approvisionnements pétroliers - au risque d'embraser le Moyen-Orient.

 

Ils ont participé toujours plus activement à l'accaparement toujours plus frénétique par une minorité d'individus toujours plus voraces d'un dollar-papier toujours plus dévalué et des produits financiers fondés sur lui à la valeur toujours plus hypothétique. Il n'y a pas d'autre explication sérieuse à la croissance des inégalités dans le monde.

La prise en otage des économies par le dollar


Si l'esprit européen avait été une réalité à la fin des années 1960, les membres du Marché commun auraient fait bloc derrière De Gaulle et exigé des Etats-Unis qu'ils remettent de l'ordre dans leurs finances et qu'ils adhèrent sérieusement à l'esprit de détente.

Mais les Etats-Unis n'eurent rien à craindre : on se moqua de De Gaulle, on se réjouit de son départ.

 

Personne ne s'opposa au coup d'état monétaire d'août 1971, lorsque Nixon annonça que les Etats-Unis n'honoreraient plus la convertibilité en or du dollar - le président Pompidou et son ministre des Finances Giscard capitulèrent comme les autres Européens. Et depuis plus de trente ans, le monde a dû subir un système monétaire international pervers où les déficits américains servent à financer la croissance monétaire mondiale, où les Etats-Unis drainent jusqu'aux trois quarts de l'épargne mondiale.

Car lorsque l'on a des dollars-papiers toujours plus nombreux - et donc valant en réalité toujours moins - on n'a guère d'autre perspective que de les replacer aux Etats-Unis en espérant que la force de travail des Américains, leur ingéniosité financière et leurs dépenses de défense en maintiendront la valeur.

Un système américano-centré tenu par la peur de l'effondrement


Il y avait quelque chose de pathétique dans l'opposition, en 2003, de Jacques Chirac et Dominique de Villepin à la guerre en Irak. Ils étaient lucides politiquement, mais incapables de comprendre l'envers du décor. Les pays, toujours plus nombreux, qui à la suite de la France et de l'Allemagne, se sont opposés à la guerre, ne semblaient pas voir que c'était la communauté internationale qui donnait, malgré ses critiques, aux Etats-Unis les moyens de financer leur appareil de défense et la guerre.

 

Comment les Etats-Unis peuvent-ils dépenser 50 milliards de dollars par mois pour leur défense, quand ils ont besoin de la même somme, mensuellement, pour combler leurs déficits de toutes sortes ? Parce que le reste du monde (épargnants européens, investisseurs des pays producteurs de pétrole, banques centrales asiatiques) continue à couvrir ces déficits sans broncher depuis des années.

Ce que Chirac et Villepin dénonçaient n'était que la face émergée de l'iceberg. Mais leur combat venait au bon moment, malgré l'insuffisante compréhension des mécanismes en jeu.

En effet, George W. Bush restera dans l'histoire comme le président qui aura poussé à bout les ressources du système mis en place par Nixon, au point de le détraquer.

 

Durant les six premières années de sa présidence, la masse monétaire américaine, tous produits confondus, a augmenté de 20% par an - pour amortir le krach des actifs boursiers, entretenir la consommation américaine et financer les guerres américaines. Depuis le début de la crise des subprimes, on en est à au moins 5% par mois. C'est-à-dire que, sous notre ami W, la masse monétaire américaine aura historiquement triplé.

 

Autant dire que les Etats-Unis ont détruit la monnaie de réserve internationale. Le système ne continue à tenir que parce que le reste du monde, à commencer par la Chine, ne veut pas voir s'évaporer en quelques jours d'immenses réserves en dollars sur lesquelles repose le financement de son économie.

Mais nul ne peut dire ce qui l'emportera, des forces de destruction inhérentes à la politique «néo-conservatrice» (quelle ironie dans cette auto-désignation!), ou des tentatives de stabilisation de la situation par les grands acteurs internationaux.

On saisit le contresens commis par Nicolas Sarkozy lorsqu'il veut re-solidariser la France aux Etats-Unis au moment où il faudrait se concerter activement avec la Russie, la Chine, le Japon et les pays pétroliers pour poser les bases d'un système monétaire international assaini.

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18 mai 2008 7 18 /05 /mai /2008 18:27

Un message solidaire, laïque et universaliste

 

La motion du MRC a été présentée sur ce blog (articles parus les 7, 8, 12, 13, 14, 15, 16 et 17 mai).

17 mai 2008 Annexe à la motion du MRC (8) : le projet républicain et l'Europe

16 mai 2008 Annexe à la motion du MRC (7) : le projet républicain et la France

15 mai 2008 Motion du MRC (6) : vers la refondation républicaine de la gauche

14 mai 2008 Motion du MRC (5) : un projet républicain à la hauteur des défis

13 mai 2008 Motion du MRC (4) : crises du capital financier et du rôle des USA

L’ensemble du texte est accessible sur http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=398

 

L’annexe à la motion d’orientation est un rappel du projet républicain en trois parties (France, Europe, monde) adopté lors du précédent congrès, en avril 2006. Voici la troisième et dernière partie.

UN PROJET REPUBLICAIN PLUS QUE JAMAIS D’ACTUALITE

3 - DANS LE MONDE

L’incantation chère au président Sarkozy, ne suffit pas. La mondialisation libérale, c’est la mise en concurrence des « coûts » du travail. Pour revaloriser le travail, il faut changer les règles du jeu.

Pour protéger les acquis sociaux en Europe, la définition et le respect de clauses sociales et environnementales à l’OMC doivent être notre cheval de bataille. Mais cette bataille sera rude et longue.

C’est pourquoi, dès à présent, l’Union européenne doit remettre en œuvre une préférence communautaire, qui prévalait jusqu’en 1974 au sein du Marché commun, et l’appliquer aux biens et aux services. Cette préférence communautaire implique un tarif extérieur commun et c’est la seule manière de garantir le niveau social européen.

La liberté des échanges* ne peut valoir qu’entre zones de niveau économique et social comparable. Même les libéraux découvrent que l’extension sans limite du libre-échange n’apporte pas la prospérité. Il faut renverser ce dogme pour sortir l’OMC de sa crise. Il faut au contraire lier le volume de nos importations au niveau social et environnemental des pays à bas coût de main d’œuvre.

A la vision de l’OMC, nous devons opposer un projet d’organisation du commerce mondial par grands ensembles régionaux, de niveau économique et social comparable, avec liberté des échanges à l’intérieur, et régulation des échanges entre grandes zones.

La France doit rester une grande puissance politique

Plus que jamais, face à la crise qui s’annonce, c’est le contenu de la construction européenne qui est en cause. Nous avons le devoir de proposer un programme de mobilisation des instruments économiques (Pacte de stabilité, statuts de la BCE, politique du change, etc.)

Il faudra aussi simplifier la procédure de coopération renforcée et pouvoir y associer des pays du grand voisinage de l’Europe : Russie, Turquie, Maghreb. Une Union pour la Méditerranée, pour voir le jour, ne pourra pas faire l’économie des questions politiques (Turquie et UE, Proche-Orient,...)

L’échec des tentatives de fusion des nations par l’Europe, ou de fédéralisme à 27, ouvre de nouvelles opportunités : nos relations avec l’Allemagne, mais aussi avec l’Italie, dans certains domaines avec la Grande-Bretagne, doivent trouver de nouveaux développements.

Vers le Sud, la France républicaine doit faire entendre son message solidaire, laïque et universaliste. Il est nécessaire de fonder des nations sur la citoyenneté et non sur l’ethnicité ; il est souhaitable d’organiser le co-développement avec le soutien d’Etats garants du long terme et du bien public et de porter cette stratégie au cœur des institutions européennes.

La France peut jouer un rôle original et utile en direction du monde arabo-musulman. Les interventions militaires, au lieu de faire reculer le terrorisme, fouettent l’intégrisme. Ce n’est pas le choc des civilisations qui vaincra la violence, mais la coopération Nord - Sud. C’est l’alliance des civilisations qui peut tarir les sources du fanatisme et du terrorisme, imposer une paix juste au Proche-Orient. Après le fiasco américain, le moment est venu de faire valoir ces thèses.

Une défense indépendante

La défense est nationale, et doit être à la hauteur des responsabilités de la France membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ONU.

Son architecture doit être clairement perceptible : son noyau demeure la dissuasion nucléaire, arme d’ultime recours qui garantit l’indépendance de notre politique ; nous devons également adapter notre stratégie et nos moyens conventionnels aux nouvelles menaces afin de protéger nos voies de communication et nos accès aux sources d’énergie.

Le lien citoyen-nation, gravement distendu par la disparition de fait du service national, doit être rétabli par la création d’un service court, obligatoire et mixte, d’une dizaine de semaines complété par un service long volontaire.

Le budget de la défense doit être progressivement porté à un niveau suffisant, notamment en ce qui concerne nos capacités de recherche. La dérive vers la fourniture de contingents aux quatre coins de la terre et le plus souvent sous commandement américain doit cesser.

En Europe, nous respectons pleinement les obligations du traité de l’Atlantique Nord, mais nous récusons les tentatives de faire de l’OTAN** une organisation militaire internationale intervenant en Asie ou au Moyen-Orient, et nous refusons la pente dangereuse qui nous conduit par l’OTAN à un alignement sur la désastreuse politique de l’administration de M. Bush.

Réintégrer pleinement les instances militaires de l’OTAN, comme veut le faire M. Sarkozy, est une grave erreur qui, au nom d’un occidentalo-centrisme à courte vue, placera la France en situation de vassalité au mépris de ses intérêts de sécurité.

Interventions prononcées lors du colloque "Mondialisation régulée des échanges et préférence européenne" du 28 novembre 2005 (www.fondation-res-publica.org).  

 ** La France doit-elle revenir dans l'Otan ?

Entretien de Jean-Pierre Chevènement avec Pierre Lelouche (propos recueillis par Patrice de Méritens, Le Figaro Magazine, samedi 12 avril 2008) à voir sur www.chevenement.fr.
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17 mai 2008 6 17 /05 /mai /2008 15:36

Les clés de la croissance sont au niveau européen

 

La motion du MRC a été présentée sur ce blog (articles parus les 7, 8, 12, 13, 14, 15 et 16 mai).

16 mai 2008 Annexe à la motion du MRC (7) : le projet républicain et la France

15 mai 2008 Motion du MRC (6) : vers la refondation républicaine de la gauche

14 mai 2008 Motion du MRC (5) : un projet républicain à la hauteur des défis

13 mai 2008 Motion du MRC (4) : crises du capital financier et du rôle des USA

L’ensemble du texte est accessible sur http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=398

 

L’annexe à la motion d’orientation est un rappel du projet républicain en trois parties (France, Europe, monde) adopté lors du précédent congrès, en avril 2006. Voici la deuxième partie.

UN PROJET REPUBLICAIN PLUS QUE JAMAIS D’ACTUALITE

2 - EN EUROPE

2-1 - Face à la crise, renouer avec la croissance

La crise qui a commencé de s’abattre sur l’Europe appelle des remises en cause énergiques pour éviter d’être entraînés dans la spirale du désastre économique.

Changer l’architecture de la zone euro

Dans la zone euro il faut anticiper d’urgence pour surmonter la vague récessioniste venue d’Amérique :
  renégocier le Pacte de stabilité, et à tout le moins exclure du calcul du déficit budgétaire comparé les dépenses d’investissement productif, de recherche et de défense.
  modifier les statuts de la Banque centrale européenne afin d’inclure dans ses missions la nécessité de veiller à l’emploi et à un haut niveau d’activité et définir l’inflation de manière réaliste
  instituer un gouvernement économique de l’euro assuré par l’Eurogroupe, et autorisé à donner des orientations à la BCE. La politique du change doit être reprise en main.

L’innovation et la recherche

Les vœux pieux du sommet de Lisbonne en matière de recherche et de technologie ont heurté le mur du pacte de stabilité. Nous proposons de porter à 3% du PIB l’effort de recherche français, en déduisant ces engagements des déficits budgétaires comparés.

La politique industrielle

La politique industrielle doit reprendre ses droits. Elle a été ramenée par la Commission de Bruxelles à une simple politique de la concurrence empêchant d’ailleurs de faire naître en Europe des champions mondiaux. Les défis que nous lancent les pays émergents, la montée des « fonds souverains » exigent un changement de cap. L’Europe doit promouvoir une politique de l’offre, dans le domaine de l’industrie comme dans celui des services.

Dans les secteurs industriels vitaux et stratégiques, l’Etat doit exercer une mission de sécurité absolue. Son droit de regard, sous forme de « golden share » par exemple, est légitime. Des coopérations renforcées dans les domaines industriels clés doivent pouvoir se nouer, sans l’aval préalable de la Commission, avec un nombre restreint d’Etats membres volontaires.

Pour mettre nos grandes entreprises à l’abri des prédateurs boursiers, des moyens existent : contrôle des fusions boursières, constitution d’un pôle d’actionnaires stable capable d’intégrer les exigences de moyen et long terme pour l’entreprise, actionnariat salarié, qui à partir de 10 - 15% offre une résistance solide aux opérations prédatrices.

L’énergie

Nos approvisionnements en pétrole et en gaz sont liés à la qualité de nos relations avec les pays qui forment le grand voisinage de l’Europe : Moyen-Orient et Iran, Maghreb, Russie. Une Europe européenne, soucieuse de ses intérêts à terme, a autre chose à faire que d’emboîter le pas aux fiascos de la politique américaine dans ces régions.

Les prix durablement élevés du pétrole, le besoin d’indépendance énergétique, font que l’énergie nucléaire a un grand avenir devant elle. L’avenir du nucléaire doit être préparé. Sur vingt ans, il faut prévoir de gérer 500 tonnes de déchets, de manière sûre, durable et réversible. Ce n’est pas inaccessible ! Cette priorité peut d’ailleurs fort bien se conjuguer avec le développement des énergies renouvelables et avec une politique sérieuse de maîtrise des dépenses énergétiques.

Le service public

Nous avons besoin de services publics performants et de qualité. La « concurrence libre et non faussée » est le lacet avec lequel les libéraux entendent étrangler le service public, en les mettant à la merci d’un l’écrémage où le secteur privé s’octroie les activités rentables, ne laissant au public que le secteur déficitaire, avant de disparaître.

Nous avons besoin d’une directive « service public », permettant sans équivoque de préserver l’égalité d’accès des citoyens aux services de base. A cette fin le préambule de la Constitution réaffirmera son attachement aux services publics.

Les paysans doivent pouvoir vivre de leur travail

Il faut réinventer la PAC* et les principes qui l’avaient fondée : préférence communautaire, prix rémunérateurs encourageant la qualité, souveraineté alimentaire, en servant de nouveaux objectifs : agriculture paysanne, sécurité et qualité alimentaires, rejet du dumping vis à vis des agricultures des pays du Sud. Cette réinvention de la PAC doit permettre à l’Europe de se nourrir par elle-même et aux paysans de vivre de leur travail et non de subsides.

* Voir à ce sujet les documents qui ont nourri la rédaction de la partie agricole du projet du MRC sur http://www.mrc-france.org/rubrique.php3?id_rubrique=21, notamment le document de base http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=79 et les orientations en vue des élections 2007 http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=313.

 

La Fondation Res Publica, présidée par Jean-Pierre Chevènement, a invité Lucien Bourgeois, ancien responsable du service économique de l’APCA (Chambres d’agriculture), à présenter, le 9 juin 2008, les éléments d’analyse et de prospective en matière de politique agricole, compte tenu de la crise alimentaire. Cet exposé sera suivi de deux interventions complémentaires, dont la mienne.

 

Voir les actes du colloque sur l’avenir de la Politique Agricole Commune (PAC), organisé par la Fondation Res Publica, le 26 juin 2006, à Paris http://www.fondation-res-publica.org/L-avenir-de-la-politique-agricole-commune_r26.html
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16 mai 2008 5 16 /05 /mai /2008 16:27

En République, le citoyen n’a qu’un maître : la loi

 

La motion du MRC a été présentée sur ce blog (articles parus les 7, 8, 12, 13, 14 et 15 mai).

15 mai 2008 Motion du MRC (6) : vers la refondation républicaine de la gauche

14 mai 2008 Motion du MRC (5) : un projet républicain à la hauteur des défis

13 mai 2008 Motion du MRC (4) : crises du capital financier et du rôle des USA

L’ensemble du texte est accessible sur http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=398

 

Adoptée à l’unanimité par le Conseil national du MRC, le 4 mai 2008, la motion d’orientation est un texte important qui doit être débattu dans les comités locaux et amendé par les adhérents, débattu à nouveau et amendé lors du Congrès des 21 et 22 juin, afin de devenir la référence à suivre par les responsables du Mouvement jusqu’au prochain Congrès.

 

L’annexe à la motion d’orientation est un rappel du projet républicain en trois parties (France, Europe, monde) adopté lors du précédent congrès, en avril 2006.

Voici la première partie, concernant la politique nationale.

UN PROJET REPUBLICAIN PLUS QUE JAMAIS D’ACTUALITE

1 - EN FRANCE

1- 1 La République relevée

La souveraineté, la démocratie, la loi

Refonder les institutions européennes sur la démocratie, c’est la refonder sur les souverainetés nationales qui sont inaliénables. Cela n’exclut nullement des transferts de compétences et par conséquent des compétences exercées en commun, mais à condition que celles-ci soient démocratiquement contrôlées. La vraie démocratie requiert des citoyens conscients d’appartenir à un peuple uni par son histoire, sa culture, son territoire, ses valeurs politiques. Fédérer artificiellement un patchwork de peuples européens sous une autorité unique trouble ces repères, engendre une bureaucratie prolifique, opaque et en définitive impuissante à répondre aux aspirations des peuples. Elle décourage chez les citoyens la conscience de pouvoir exercer utilement leur pouvoir souverain.

Les droits de l’homme sont indissociables de ceux du citoyen, qui constitue une parcelle du souverain ; ils sont donc liés à la souveraineté nationale. Le détournement des « Droits de l’Homme » par l’idéologie néolibérale prête à manipulation et délégitime encore le pouvoir des Etats.

En République, le citoyen n’a qu’un maître : la loi, qui doit être égale pour tous. Il est urgent de simplifier la loi, de mettre un terme à la prolifération réglementaire, nationale comme européenne. Prendre le citoyen au sérieux c’est garantir la clarté et la lisibilité de la loi.

Le renouveau de l’Etat

L’Etat est l’instrument par lequel le bien commun s’affirme par dessus les intérêts particuliers. Pour réformer l’Etat, il faut clairement fixer ses tâches : fonctions régaliennes, fonctions anticipatrices, fonctions de stratège et missions d’intérêt public : transports, énergie, recherche, aménagement du territoire... Décentralisons, mais dans la République et dans le respect de la solidarité nationale ! Cessons d’opposer les collectivités locales à l’Etat : tous doivent servir le bien public. Le développement de l’intercommunalité de la loi de 1999 montre que c’est possible.

La reconquête des territoires

Une vigoureuse politique d’aménagement du territoire doit viser la reconquête de l’espace français, pensée en fonction des défis européens.

Pour réorienter la politique de la ville il faut clarifier les choix : quelle égalité bâtir, pour quelle citoyenneté, dans quelle nation ? Aux « politiques d’intégration » doit succéder une volonté nationale de plein accès à la citoyenneté, replaçant les valeurs républicaines au cœur du pacte social, rejetant dans les actes les réflexes communautaristes.

1- 2 Revaloriser le travail

Rééquilibrer les revenus du travail et du capital

La revalorisation du travail, par rapport aux revenus du capital, peut commencer en France par la réforme des charges sociales. Nous proposons que les cotisations sociales patronales, aujourd’hui assises sur les salaires, soient graduellement remplacées par une taxe assise sur la valeur ajoutée comptable de l’entreprise. Les cotisations salariales, à l’exception de la retraite, doivent être transférées vers une CSG ne supportant pas l’impôt. Ces transferts permettront aux entreprises de poursuivre l’effort de revalorisation du SMIC et de rendre aux salariés du pouvoir d’achat. A l’inverse, les revenus du capital seraient appelés à financer bien davantage la protection sociale. Une taxe sur les contrats précaires pourrait être instituée.

Garantir les protections sociales

Le chômage important des jeunes et des salariés après 50 ans constitue une immense perte de cotisations pour les régimes de protection sociale. L’issue n’est pas dans les fonds de pension qui ne font qu’engendrer de nouveaux risques. Elle est dans la réforme de l’assiette des cotisations, l’amélioration du taux d’activité en fin de carrière... et dans le recul du chômage.

Nous voulons renforcer un système de protection universel, égalitaire et solidaire, dégagé des contraintes de rentabilité mais équilibré financièrement. Nous proposons de rendre au Parlement un rôle directeur dans la politique de santé publique et dans les dépenses de santé : prévention, politique du médicament, libérée des pressions des grands groupes pharmaceutiques, modernisation de l’hôpital public, et synergie entre médecine de ville et établissements, Agences régionales de santé, organisation du risque dépendance, etc.

1- 3 La citoyenneté affermie

Face à l’individualisme, la citoyenneté est le rappel de l’intérêt général et le civisme est la forme la plus élaborée du lien social. Si la citoyenneté traverse aujourd’hui une crise, ce n’est pas le modèle républicain qui est en cause, mais les coups de boutoir qui le frappent jour après jour, au nom de l’individualisme exacerbé, du culte de la réussite personnelle par l’argent, des communautarismes. C’est aussi parce que l’intérêt général est perdu de vue.

L’égalité entre les hommes et les femmes est le premier défi à relever par le principe de citoyenneté, devant lequel les traditions, les cultures, les religions doivent céder le pas.

L’égal accès à la citoyenneté est devenu un enjeu majeur : aux jeunes issus de l’immigration, aux jeunes stigmatisés par leur quartier de résidence ou leur couleur de peau, nous devons tenir la promesse républicaine d’égalité. L’Etat ne doit pas rester observateur ou juge pénal : il doit devenir acteur de cette promotion volontaire.

Il faut donner sens à l’immigration, à condition que celle-ci soit régie par des règles claires et ne soit pas perpétuellement agitée par les démagogues, qui prennent le risque grave de déstabiliser les populations installées sur notre sol. Les quotas d’origine ne sont pas acceptables en raison de leurs critères ethniques ou raciaux ; les quotas par profession ne peuvent être utilisés qu’en accord avec les pays d’origine afin de ne pas organiser le pillage des cerveaux du Tiers Monde. Pour apaiser les peurs, donnons sens à l’immigration : les nouveaux venus, futurs citoyens de la République, feront la France de demain.

Au nom de la laïcité, nous devons veiller à ce qu’aucune distinction religieuse ne s’impose dans l’espace public, à ce que l’ethnicisation des rapports sociaux soit combattue, à ce que la liberté de l’esprit, de la recherche, de la création soit garantie. Le premier combat laïque d’aujourd’hui est à livrer contre l’enfermement dans le communautarisme.

Le droit égal pour tous à la sûreté doit s’imposer aussi bien face à la démagogie sécuritaire que face à l’angélisme : police de proximité, loi de programmation pour la justice en sont les outils.

1- 4 Refonder l’Ecole

Il est temps de recentrer l’Ecole sur ses missions premières : la transmission des savoirs et des valeurs, et relever l’autorité qui la rend possible, celle des maîtres. La maîtrise des savoirs élémentaires en primaire est la clé de toute réussite ultérieure. Une priorité doit être donnée à la maîtrise de la langue française qui conditionne tout le reste... La République doit conforter ses enseignants : ils ont la tâche ingrate d’inculquer le goût de l’effort dans une société hédoniste, le sens du travail dans un monde où la réussite par l’argent est portée au pinacle, la joie de comprendre, la fierté de s’élever, dans un environnement où tout concourt à la crétinisation de masse.

La formation de la citoyenneté est la deuxième grande mission de l’Ecole. L’instruction civique doit transmettre les valeurs de la citoyenneté.

Dans l’enseignement supérieur, nous devons faire face au tarissement du nombre d’étudiants dans les filières scientifiques et techniques. Des bourses incitatives seraient nécessaires. L’orientation, à l’Université, au cours du premier cycle doit répondre au défi que constitue l’abandon par de nombreux étudiants de leur cursus. Nous avons également proposé que l’Etat et le service public financent les études de jeunes de milieu modeste qui s’engagent ensuite à servir durant dix ans.

1- 5 Science, culture, environnement

Les relations de l’homme et de la nature revêtent une dimension planétaire : effet de serre, réchauffement du climat, conséquences sur le niveau des océans et sur les terres habitées des rivages, amenuisement de la biodiversité... Y faire face suppose de mobiliser les capacités de la raison et de la science, et non de sombrer dans un millénarisme aveugle.

L’éthique de responsabilité face à l’environnement et à l’avenir de la planète, le souci du développement durable, sont des dimensions modernes du civisme et de la citoyenneté. Il faut penser l’écologie de l’humanité, et réintroduire la responsabilité des nations face au devenir de l’humanité.

Un projet républicain fait confiance à la création et aux créateurs. Il s’agit de les défendre face à la marchandisation générale, et de promouvoir l’exception culturelle. Il s’agit aussi de favoriser la participation du plus grand nombre à la vie culturelle, en ressoudant ainsi le sentiment d’appartenance. Nous proposons en même temps d’ouvrir la culture française sur le monde et de faire de la francophonie une dimension majeure, culturelle et politique.

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15 mai 2008 4 15 /05 /mai /2008 20:00

L’objectif d’un grand parti de toute la gauche

 

Adoptée à l’unanimité par le Conseil national du MRC, le 4 mai 2008, la motion d’orientation est un texte important qui doit être débattu dans les comités locaux et amendé par les adhérents, débattu à nouveau et amendé lors du Congrès des 21 et 22 juin, afin de devenir la référence à suivre par les responsables du Mouvement jusqu’au prochain Congrès.

 

L’ensemble du texte est accessible sur http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=398

On le trouve aussi, par tranches, sur ce blog. Voir, notamment, les deux articles précédents.

Mercredi 14 mai 2008 Motion du MRC (5) : un projet républicain à la hauteur des défis

Mardi 13 mai 2008 Motion du MRC (4) : crises du capital financier et du rôle des USA

 

Voici la troisième partie, la plus novatrice, puisqu’elle vise à refondre la gauche dans une nouvelle organisation politique à inventer.

III - Vers la refondation républicaine de la gauche

1. Trente-sept ans après le Congrès d’Epinay, la gauche française doit prendre un nouveau départ comme elle a su le faire à différentes étapes de son histoire : 1905 -1920 - 1946 - 1971. Le cycle d’Epinay est désormais révolu. Ce qui ne signifie pas que les objectifs originels - rassembler la gauche, reconquérir les couches populaires - aient perdu de leur pertinence. Mais le monde a changé. Avec l’effondrement de l’URSS, le communisme a perdu son étoile polaire. Confronté au néo-conservatisme libéral, le Parti socialiste peine à trouver ses marques. C’est une refondation de toute la gauche qu’il faut préparer, avec toutes ses sensibilités et toutes ses cultures : social démocrate, républicaine, communiste, radicale, écologiste, etc.

2. L’objectif d’un grand parti de toute la gauche doit être clairement affirmé. Seule une nouvelle structure pourra accueillir la masse des sympathisants aujourd’hui sans repères et l’élan des nouvelles générations. Une Fédération ou une confédération pourrait sans doute constituer une étape intermédiaire mais en réalité le temps presse : seule la création d’un grand parti de toute la gauche, déjà relayée par certains responsables socialistes, faisant écho à nos propres propositions, peut créer l’électrochoc nécessaire. Ce nouveau parti devra rassembler largement et sans sectarisme toutes les sensibilités. Du dialogue en son sein d’une sensibilité critique voire utopique, et d’une sensibilité plus gestionnaire doit naître une dynamique féconde. Rien ne serait plus contreproductif que de vouloir construire un parti révolutionnaire à côté d’un parti social-libéral. Ce serait donner un boulevard à la droite conservatrice.

3. Au départ il faudra cependant ouvrir le débat sur la nature de la globalisation et du capitalisme financier aujourd’hui dominant, car dès les premiers temps du mouvement ouvrier, au XIXe siècle, aucune vision socialiste n’a jamais pu se développer que sur la base d’une critique préalable du capitalisme de l’époque. Il en va de même aujourd’hui. A partir d’une telle analyse du capitalisme financier d’aujourd’hui et de ce qu’on appelle la « globalisation », un débat fructueux pourra naître et se développer.

4. Chaque parti actuel de la gauche apportera son meilleur au parti futur. Les communistes, dont l’Histoire tourmentée a eu sa grandeur, doivent savoir tourner la page, ouverte au début du dernier siècle, par le Congrès de Tours. Ils trouveront dans un parti de toute la gauche un cadre plus efficace pour faire mûrir les espérances révolutionnaires. Il en va de même pour les écologistes qui n’ont pas rompu avec la tradition des Lumières, pour les radicaux sincères et pour les hommes et femmes de progrès qui n’entendent pas tourner le dos au message qui fut jadis celui du général de Gaulle.

S’agissant du MRC, héritier du MDC mais aussi, avant 1993, du CERES et de « Socialisme et République », les raisons qui avaient motivé sa création : refus de l’alignement sur l’Hyperpuissance américaine dans la première guerre du Golfe et rejet de l’Europe libérale de Maastricht, n’ont pas disparu, même si nos critiques depuis 2003 (deuxième guerre du Golfe) et 2005 (rejet de la Constitution européenne), sont plus largement partagées.

Pour que les choses soient dites clairement, nous ne sommes pas prêts à adhérer au PS. Tout s’est passé en effet comme si celui-ci avait mené à notre égard - consciemment ou non - une véritable campagne d’éradication au lendemain du 21 avril 2002, cherchant à nous transformer en bouc émissaire commode d’un échec dont son candidat était en fait le principal responsable. Nous n’admettons pas d’avoir été ainsi « criminalisés » pour avoir porté un projet différent sur l’Europe, la politique industrielle, la République ou l’indépendance de notre politique étrangère.

Bref nous entendons non seulement nous faire respecter mais conduire des débats de fond sans lesquels il n’y aura pas de refondation républicaine de la gauche. Le MRC se place dans cette perspective de refondation exclusivement. Il n’entend donc pas acquiescer à une version de l’Histoire qui n’a pas d’autre objet que de soustraire à la critique une orientation social-libérale qu’il a toujours combattue. Pas plus qu’hier nous n’accepterons de servir de caution.

5. Pour notre part, nous respectons le PS en tant qu’organisation, et nous n’entendons pas nous ingérer dans des choix de personnes qui lui incombent. Le débat d’idées au sein de la gauche en revanche est légitime et nous y contribuerons. Pour ce qui nous concerne, nous aspirons à la confrontation loyale des idées, au sein d’un grand parti de toute la gauche, avec le seul souci du fond. C’est ce qui a beaucoup manqué à la gauche depuis un certain temps et c’est avec cette loyauté élémentaire à l’égard des idées, et par conséquent des personnes, que nous aimerions la voir renouer dans son ensemble.

Le MRC propose donc un cadre de discussion ouvert à l’ensemble des femmes et des hommes de gauche et de progrès pour jeter les bases d’un grand parti de toute la gauche. Cette refondation est urgente. Sinon la gauche risque de se trouver confrontée à des divisions persistantes, au risque d’une nouvelle défaite.

Pour mobiliser l’ensemble de ses forces et susciter l’adhésion des hésitants, nous lançons un appel pour que la gauche se réunisse et se mette d’accord, non sur une simple perspective d’alternance dépourvue de contenu politique, mais sur un projet républicain réellement alternatif. C’est possible. Le projet républicain du MRC est sur la table. Cette contribution à notre prochain Congrès a pour but d’ouvrir le débat non seulement au MRC mais également au sein de la gauche tout entière, en tout cas parmi ceux qui font de sa refondation leur perspective.

La conférence de presse, hier, de Jean-Pierre Chevènement a fait l’objet d’articles de presse. Par exemple, celui-ci sur www.marianne2.fr, paru le 14 mai.

Chevènement propose un Congrès de rassemblement de la gauche en 2010 ou début 2011
Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC, a appelé mercredi à un débat à gauche pour créer un grand parti de toute la gauche, avec la tenue d'un "Congrès de rassemblement" en 2010 ou début 2011 permettant une "candidature commune" à la présidentielle de 2012 (…).
 "L'impératif est le rassemblement" et "les clivages internes de la gauche doivent être dépassés par le débat", a affirmé lors d'un point de presse M. Chevènement pour qui ce grand parti doit être fondé sur un "projet républicain".
Des étapes intermédiaires seront peut être nécessaires pour ce grand parti, avec la création "dans un premier temps (d') une Fédération", ajoute-t-il. Il propose un calendrier: des "forums d'unité dès cette année", des "assises de la gauche en 2009" et "un Congrès de rassemblement en 2010 ou début 2011" en vue d'une "candidature commune de la gauche sur la base d'un projet partagé" en vue de la présidentielle de 2012 (…).

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