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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs (celui-ci a souhaité s'éloigner du MRC en 2015). Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En février 2019, le MRC a co-fondé la Gauche Républicaine et Socialiste (GRS), en continuant d'exister, au moins jusqu'à son prochain congrès, en décembre 2020.
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14 mai 2008 3 14 /05 /mai /2008 18:32

La perspective d’un avenir différent et meilleur

 

Nous continuons la présentation de la motion du MRC (voir les articles précédents, notamment hier, 13 mai 2008 Motion du MRC (4) : crises du capital financier et du rôle des USA).

 

Voir aussi la motion sur le site du MRC http://www.mrc-france.org/article.php3?id_article=398

 

Motion d’orientation du MRC pour le Congrès des 21 et 22 juin 2008

Un contenu et un chemin pour la création d’un grand parti de toute la gauche 

 

Voici la partie II du texte de la motion (le projet).

II - Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.

1. L’urgence c’est de faire face à la récession et à l’approfondissement de la crise qui, après avoir touché les Etats-Unis, va se communiquer à l’Europe. Nous n’y ferons face que sur la base d’une réaffirmation claire de la souveraineté populaire et du rôle de l’Etat.

2. L’Europe à vingt-sept ne peut être qu’une confédération de nations. Les institutions européennes, si elle se montrent défaillantes, ne peuvent pas arguer de compétences exorbitantes pour faire obstacle à des mesures urgentes et exceptionnelles comme si l’Europe était une Fédération, perspective clairement rejetée par le peuple français en mai 2005.

3. Les institutions européennes ont l’impérieux devoir de se réformer au feu de la crise, d’instaurer dans l’action un véritable gouvernement économique de la zone euro : baisse des taux d’intérêt, tolérance accrue pour les déficits budgétaires en période de crise, mise en œuvre de politiques contracycliques pour faire de la zone euro un espace keynésien de relance. Ce serait d’ailleurs le meilleur moyen d’aider les Etats-Unis à surmonter leurs propres difficultés. En théorie du moins, l’Europe peut beaucoup aussi en matière de politique industrielle et énergétique, de programmes de recherche et de protection contre les concurrences déloyales, afin de maintenir un tissu industriel aujourd’hui en voie de délitement.

L’Europe doit également veiller à la préservation de ses services publics et de son agriculture. Il faut réinventer la PAC et la préférence communautaire. Cette exigence ne vaut d’ailleurs pas que pour l’agriculture. L’Europe doit se battre non pas pour libéraliser davantage encore le commerce international mais pour imposer à l’OMC la prise en compte de normes sociales et environnementales. La liberté des échanges n’a de sens qu’entre pays de niveau de développement économique comparable.

4. La responsabilité de l’Allemagne dans la réorientation de la construction européenne est déterminante, car ce pays, en comprimant excessivement ses coûts depuis 2000, a pu dégager d’énormes excédents commerciaux (plus de 200 milliards d’euros en 2007) pour l’essentiel au détriment de ses partenaires de la zone euro (100 milliards) et de l’Europe en général (150 milliards), tout en freinant sa croissance intérieure.

Il y a une solidarité objective entre l’action des syndicats et celle de la gauche allemande en vue d’une revalorisation des salaires et l’intérêt bien compris de l’Europe dans son ensemble. L’Allemagne doit mettre en œuvre une stratégie coopérative de relance à l’échelle européenne. Il appartient à la France de l’y aider en formulant des propositions adaptées.

Cette perspective de réorientation de la construction européenne eût paru, il y a peu, hérétique, tant elle est contradictoire avec les dogmes de la globalisation, imposée au fil des décennies, par les Etats-Unis et relayée par l’Europe libérale. Mais aujourd’hui le système craque de toutes parts. Ce sont les Etats les plus libéraux (Grande-Bretagne - Etats-Unis - Suisse) qui utilisent les moyens de l’intervention publique.

5. Il est temps qu’en France aussi on change son fusil d’épaule. La souveraineté populaire, dans les temps qui viennent, aura matière à s’exercer. Nous avons toujours défendu le cadre et les repères de la République. Ceux-ci nous seront bien utiles dans la période qui s’annonce.

6. Pour maintenir notre tissu industriel, priorité des priorités, nous ne devons pas hésiter à utiliser tous les moyens : réglementation stricte des OPA, constitution de pactes d’actionnaires stables, promotion de l’épargne salariale et de la participation des travailleurs au capital des entreprises, renforcement du rôle des grands intermédiaires publics et notamment de la Caisse des dépôts, instauration de « golden share » (action publique impliquant un pouvoir de veto), nationalisations partielles ou totales le cas échéant, de certaines entreprises stratégiques (notons au passage la responsabilité des gouvernements libéraux qui ont laissé partir à l’étranger Usinor et Pechiney, avec les conséquences que l’on voit sur la délocalisations de nos sites de production et de nos laboratoires de recherche).

Il est temps de passer un pacte nouveau entre les entreprises, les acteurs concernés (détenteurs du capital mais aussi travailleurs), la Puissance publique et les sous-traitants. Il faut remettre en cause l’actuelle dictature de l’actionnariat. Celle-ci est récente. Elle n’a pas de légitimité profonde. Nous trouverons beaucoup d’alliés, et d’abord dans le secteur productif, pour remettre en cause les règles du jeu immorales du capitalisme financier et pour définir les bases d’une nouvelle Charte de l’Entreprise.

Cette politique de redynamisation du tissu industriel s’appuiera sur la relance d’un vigoureux effort de recherche orienté vers les technologies nouvelles (énergies renouvelables, réacteur nucléaire de quatrième génération, biotechnologies, NTIC, productique, nouveaux matériaux, nanotechnologies, promotion de normes et de standards ouverts), sur les économies d’énergie et la promotion de nouvelles formes d’habitat et de transport ainsi que sur un important programme de grands travaux d’infrastructures.

7. Le renouveau de l’Etat ira de pair avec la reconquête du territoire et une décentralisation républicanisée. L’Outre-Mer doit mobiliser tous ses atouts pour s’inscrire dans la dynamique du codéveloppement. La revalorisation du travail sera le socle d’une nouvelle croissance. Celle-ci permettra de garantir justement les protections sociales en tenant compte de priorités démocratiques (prise en compte de la pénibilité du travail) et en mettant fin à certains privilèges et abus (tarifs déconventionnés - concurrences privées déloyales au service public).

Cet immense effort de redressement collectif prendra appui sur une citoyenneté raffermie. Ce n’est pas le modèle républicain qui est en cause : ce sont les attaques qu’il subit. Egalité hommes-femmes, accès égal à la citoyenneté, défense de la laïcité, refondation républicaine de l’Ecole, rien de tout cela qui ne soit éminemment moderne.

Il faudra revoir notre politique d’immigration sans préjudice de la nécessaire maîtrise des flux migratoires dans le cadre d’accords de codéveloppement fondés sur l’intérêt mutuel avec les pays d’origine. La science et la culture seront au cœur de notre démarche. Pour faire face au réchauffement climatique, une véritable écologie de l’Humanité éloignant toute tentation d’un obscurantisme paré aux couleurs de la modernité, est nécessaire. La culture doit s’ouvrir au plus grand nombre et la culture française sur le monde. La francophonie sera un des moyens de cette ouverture.

8. En même temps que la France aura repris confiance en elle-même et en ses capacités, elle aura le devoir de parler aux autres pour dessiner les contours d’un monde multipolaire et pacifique, fondé sur le respect du droit international.

La fin de l’unilatéralisme américain n’est pas la fin de l’Histoire. Nous souhaitons maintenir une belle et bonne alliance avec les Etats-Unis. Mais celle-ci ne saurait se confondre avec l’acceptation résignée d’une vassalité, maquillée aux couleurs d’un « Occident » improbable. Nous devons nouer ou développer des partenariats stratégiques avec la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique, le Venezuela, l’Iran, l’Indonésie, sans oublier de restaurer nos liens avec l’Afrique, que nous avons contribué à ouvrir au monde et dont le destin nous concerne et nous concernera toujours.

Partout, nous devons promouvoir le dialogue des cultures et favoriser l’émergence et la construction d’Etats fondés sur le droit et notamment celui, intangible, de chaque peuple à se déterminer par lui-même.

Pour que l’Europe existe dans ce monde multipolaire et notamment par rapport aux Etats-Unis et à la Chine, elle doit développer des relations de coopération privilégiées avec ses grands voisins qui constituent l’Europe élargie. Au premier chef la Russie, qui est nécessaire à l’équilibre et à la paix du continent, et que nous ne devons pas repousser vers l’Asie. Il y a beaucoup à faire avec la Russie sur le plan économique et énergétique mais aussi sur le plan diplomatique.

De même nous devons chercher à donner un contenu à « l’Union pour la Méditerranée ». Le développement du Maghreb et de l’Egypte, la stabilisation des Balkans sur la base du respect égal de l’identité de chaque peuple, la paix au Proche et au Moyen-Orient, l’arrimage enfin de la Turquie à l’Europe, répondent ainsi à notre intérêt bien compris du point de vue de la croissance aussi bien que de la sécurité.

La France enfin doit rester une grande puissance politique. Le respect du droit international, le dialogue des cultures, le codéveloppement avec le Sud et enfin le maintien d’une défense indépendante seront les axes de notre politique extérieure.

L’indépendance n’est pas moins nécessaire dans un monde multipolaire qu’elle ne l’était dans l’ancien monde bipolaire. Il nous appartient donc de combattre les dérives dangereuses auxquelles nous conduit déjà la perspective annoncée d’une réintégration de l’organisation militaire de l’OTAN en rupture avec la politique inaugurée par le général de Gaulle.

Ainsi notre opposition à la politique de M. Sarkozy n’est-elle pas une opposition systématique et aveugle. C’est une opposition républicaine et argumentée, fondée sur la perspective d’un avenir différent et meilleur.

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13 mai 2008 2 13 /05 /mai /2008 15:29

Vers un réexamen critique des postulats libéraux

 

Continuons notre présentation de la motion du MRC, en commençant par un retour sur les trois séquences précédentes.

 

 7 mai 2008  Motion du MRC (1) : comprendre cette crise globale du capitalisme

 8 mai 2008  Motion du MRC (2) : toujours plus d'économie libérale et de rigueur

12 mai 2008 Motion du MRC (3) : le PS n'entend pas les aspirations populaires

 

Voici la partie du texte de la motion qui traite des origines de la crise actuelle, c’est-à-dire les deux composantes de la globalisation (points 5 et 6 de la 1ère partie) : la domination du capital financier et le rôle central des USA dans la globalisation.

 

Motion d’orientation du MRC pour le Congrès des 21 et 22 juin 2008

 

Un contenu et un chemin pour la création d’un grand parti de toute la gauche 

I - Un tsunami barre l’horizon

(…) 5) Ce serait se tromper beaucoup cependant que de penser que la volonté populaire telle qu’exprimée par le référendum du 29 mai 2005 puisse être ainsi foulée aux pieds. La réalité est plus forte que toutes les constructions politiques et diplomatiques.

La France, l’Europe, le monde sont devant une crise systémique sans précédent. Cette crise prend racine dans la dictature des marchés financiers que nous dénoncions depuis longtemps et notamment à l’occasion des élections présidentielles de 2002 : « Les marchés financiers ne sont pas l’horizon de l’Humanité. D’autres valeurs que l’Argent mènent le monde. Ce sont les nations et les peuples qui sont la vraie permanence de l’Histoire » (discours de Vincennes, page 6) Notre projet adopté à notre Congrès de 2006 a analysé précisément les deux composantes essentielles de la « globalisation » qui sont à la racine de la crise actuelle du système :

a) Domination du capital financier sur le capitalisme industriel du fait de l’ouverture à l’échelle mondiale dès les années quatre-vingt-dix, des marchés et des mouvements de capitaux, dictature de l’actionnariat, exigences de rentabilité insoutenables pour les industries de l’Europe, délocalisations et migration, sous l’égide de multinationales et des fonds spéculatifs, du capital productif vers les pays à coût salariaux très bas.

b) Rôle central des Etats-Unis dans la globalisation. Ceux-ci ont fait du dollar la monnaie mondiale mais l’utilisent comme si elle était seulement la leur, au mépris des intérêts de l’Europe et particulièrement de la zone euro. La valeur de la monnaie européenne a ainsi augmenté de 80% depuis 2002, pénalisant les exportations et favorisant les délocalisations.

Confrontés depuis 1997 aux crises financières successives (Asie du Sud-Est, Russie, Amérique Latine, éclatement de la « bulle technologique ») qui remettent en cause les bases mêmes de leur hégémonie et donc de la globalisation, les Etats-Unis pratiquent une dangereuse fuite en avant dans l’endettement intérieur et extérieur aussi bien que dans la politique étrangère et militaire, notamment pour le contrôle des ressources énergétiques au Moyen-Orient et en Asie Centrale.

Un budget militaire colossal (plus de 600 milliards de dollars) ne leur permet pas d’éviter l’enlisement, notamment en Irak. Un déficit extérieur abyssal nourrit la méfiance à l’égard du dollar. Les Etats-Unis se trouvent confrontés à ce que l’historien Paul Kennedy appelait la « surextension impériale ». Il n’ont plus les moyens de dominer seuls le monde. Là est la cause de la crise actuelle de la globalisation. Ils se tournent vers leurs alliés européens pour les transformer en supplétifs.

6) Mais cette politique se heurte à la réticence de l’opinion publique européenne. Celle-ci souhaite dans sa majorité que les Etats-Unis redeviennent la grande nation qu’ils sont, en acceptant la réalité d’un monde multipolaire se nourrissant du dialogue des cultures et régi par le droit.

Ce monde multipolaire s’impose d’ailleurs dans la réalité avec la montée de la Chine, de l’Inde, de l’Iran, du Brésil et le retour de la Russie. Mais d’immenses moyens de conditionnement médiatique sont déployés au nom d’un nouvel « occidentalo-centrisme » pour décrier et fragiliser cette perspective. Il en résulte des tensions grandissantes avec le monde musulman, la Chine et la Russie notamment. La réintégration dans l’organisation militaire de l’OTAN, annoncée par Nicolas Sarkozy, nous engage toujours plus à l’Est, à la remorque de la stratégie américaine, dans des conflits et des guerres qui ne sont pas les nôtres. Ainsi la crise de la globalisation et celle de l’hégémonie américaine se recoupent-elles étroitement.

Dans ce monde dangereux, il est important que la gauche française fasse entendre une voix distincte. La grande crise américaine qui pointe à l’horizon amènera un réexamen critique des postulats libéraux (apologie du libre-échange, effacement de l’Etat, marché roi) ; à la faveur de ces remises en cause, la gauche française peut faire entendre son message et ses valeurs. La gauche a besoin pour cela d’un projet à la hauteur des défis de notre temps.

Emmanuel Todd sans langue de bois dans « Parlons Net »

Le 9 mai 2008, le démographe était l’invité de la 12ème édition de « Parlons Net ». Pour l’interroger, il y avait David Abiker de France-Info, Pierre Haski de Rue89, Jérôme Pottier de figaro.fr et Philippe Cohen de Marianne2.fr. Voir les vidéos sur  http://www.rue89.com/2008/05/09/emmanuel-todd-sarkozy-est-un-chirac-lent.

Voici la présentation des 2ème et 3ème parties de l’entretien, (9 mai, www.marianne2.fr).
« L'alignement sur les Etats-Unis ruine l'influence de la France »

Pour Emmanuel Todd, la crise alimentaire met en cause le modèle de politique économique fondé sur l'exportation. Mais les élites ne veulent pas voir que les populations européennes ne pourront pas accepter une baisse de leurs revenus et une incertitude croissante sur l'emploi.

Cet aveuglement est favorisé par l'universalisme de la gauche revêche à des options qui lui rappellent le nationalisme. Le démographe note que l'Amérique Latine est en dehors du champ d'intervention traditionnel de la France. Plus globalement, l'alignement de la France sur les Etats-Unis conduit à la banalisation de notre pays.

« L'Europe doit cesser de s'élargir et de s'ouvrir »

Aux USA, «Quel que soit le président élu, il devra gérer un déficit de 800 milliards de dollars, c'est-à-dire le déclin américain.» Pour Emmanuel Todd, la campagne d'Obama, même s'il n'est pas élu, donne un signe positif sur l'évolution de la société américaine, une diminution du sentiment racial. La question aujourd'hui est de savoir si les Etats-Unis vont avoir l'élégance de la Grande Bretagne au moment de son déclin (…).
Enfin, Emmanuel Todd s'inscrit en faux contre l'Union méditerranéenne. Pour lui, ce projet fait partie des subterfuges qui empêchent l'Union européenne de bâtir une organisation économique efficace capable d'enrayer la baisse de revenu et l'insécurité sociale des classes populaires et moyennes.

 

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12 mai 2008 1 12 /05 /mai /2008 17:22

Se libérer d’une conception obsolète de l’Europe

 

Le PS et la gauche ont un problème de fond à régler, celui de leur rapport à l’Europe. La plupart des dirigeants sont solidaires de la démarche de construction européenne initiée par Jean Monnet. Pour eux, le vote négatif lors du référendum le 29 mai 2005 est un accident qu’il faut oublier ; il ne remet pas en cause l’objectif et la méthode, adoptés dans les années 1950.

 

Avec le refus d’analyse critique du capitalisme tel qu’il est (7 mai 2008, Motion du MRC (1) : comprendre cette crise globale du capitalisme), et la complaisance vis-à-vis du libéralisme économique (8 mai 2008, Motion du MRC (2) : toujours plus d'économie libérale et de rigueur), le postulat européiste des dirigeants socialistes est ce qui rend quasi impossible tout débat sérieux au sein du PS et, donc, explique la vacuité de son projet et l’éloignement des couches populaires.

 

Voici la partie du texte de la motion du MRC, qui aborde la question européenne (points 3 et 4 de la 1ère partie).

 

Motion d’orientation du MRC pour le Congrès des 21 et 22 juin 2008

 

Un contenu et un chemin pour la création d’un grand parti de toute la gauche 

I - Un tsunami barre l’horizon

(…) 3) Après le référendum du 29 mai 2005, l’espoir s’était levé d’un redressement à la fois de l’orientation de la construction européenne et des politiques mises en œuvre en France même.

Ségolène Royal avait souhaité une réforme des statuts de la BCE devant le Congrès du PSE réuni en décembre 2006 à Porto. L’accord MRC-PS du 9 décembre 2006, avait formalisé un bon accord stratégique entre nos deux formations sur des points essentiels : réorientation de la construction européenne, prise en compte de normes sociales et environnementales dans les règles de l’OMC, clause antidumping social, préservation de l’atout nucléaire de la France, réaffirmation des repères républicains, sauvegarde des services publics, exigence de la laïcité, politique étrangère et de défense indépendante.

4) Il apparaît malheureusement que les lignes directrices de cet accord ont été frappées de caducité par la défaite de la gauche.

La régression qui emporte notre pays depuis près d’un an n’épargne pas non plus le principal parti de l’opposition. L’ouverture de Nicolas Sarkozy vers certains responsables du PS a montré l’identité de postulats libéraux et européistes que nous avions justement diagnostiquée pendant la campagne présidentielle de 2001-2002, en dessinant un projet alternatif à la politique « du pareil au même ». Le PS a certes bénéficié, lors des municipales et des cantonales de mars 2008, du rejet de la politique gouvernementale, mais il semble plus que jamais en panne de projet et de repères solides, malgré l’effort récent, réalisé à l’initiative de son Premier Secrétaire, pour se réapproprier des concepts comme la nation et la République.

Le vote du traité de Lisbonne par une majorité de parlementaires socialistes et, plus encore, le refus de faire obstacle à la révision constitutionnelle préalable, pour exiger un référendum sur cette Constitution européenne bis, conformément aux engagements pris, témoignent pour le moins de la fragilité des analyses et du manque de continuité politique de beaucoup de dirigeants socialistes. La plupart demeurent prisonniers de leur « oui » au référendum de mai 2005 et d’une conception de l’Europe aujourd’hui obsolète.

Le débat interne paraît vidé de toute substance. Seule la désignation du prochain candidat à l’élection présidentielle et du premier secrétaire qui succédera à François Hollande semblent intéresser. L’analyse de la crise et des moyens d’y faire face est remarquablement absente des débats du PS, alors même que c’est l’absence d’un projet à la hauteur des défis de notre temps et l’éloignement des couches populaires qui expliquent déjà l’échec aux trois présidentielles successives de 1995, 2002 et 2007.

Nous voici donc revenus, en apparence, à la situation de fin 2004, quand le PS s’était prononcé à la majorité de 58 % de ses membres en faveur d’une Constitution européenne dont le principe avait été posé, en 2000, en pleine période de cohabitation.

Le débat sur la refondation de la gauche sur www.chevenement.fr

Voici le commentaire que j’ai proposé, ce 12 mai, à l’article de Jean-Pierre Chevènement, paru le 6 mai dernier, intitulé « Un nouveau départ pour la gauche ».

 

(…) « Le MRC a soutenu la candidate du PS à l'élection présidentielle sur la base d'un accord politique et d'un accord électoral avec le PS.
Compte tenu du résultat du 6 mai, il n'en reste rien aujourd'hui.
Nous pensons que la solution est la refondation de la gauche sur des bases républicaines.
Jean-Pierre Chevènement est intervenu à Choisy-le-Roi le 5 mai, à la demande de Gauche Avenir, afin de présenter la démarche du MRC. Il y avait aussi Benoît Hamon.
Ces échanges sont positifs et préparent de nouvelles alliances, qui pourraient mener à la refondation de la gauche, mais nous n'en sommes pas là.

Le basculement du PS du côté de la refondation sera possible à partir du moment où il apparaîtra que les deux présidentiables Delanoë et Royal n'ont pas de majorité pour gouverner le PS. Leur entente étant impensable, ils devront chercher des alliés.
La recomposition pourrait alors se faire autour des idées de refondation portées actuellement par Gauche Avenir et le MRC, Benoît Hamon étant capable de faire le lien avec le reste de la gauche du PS et d'autres personnalités plus attirées par une stratégie de gauche que de centre gauche (recoupant les clivages entre Fabius et Jospin, mais aussi entre Royal et Delanoë).
Le courant Strauss-Kahn est en voie d'éclatement et Jospin est de plus en plus actif auprès de Delanoë, ce qui va réduire la capacité d'attraction de ce dernier.
François Hollande aura le rôle décisif et il semble plutôt favorable à une stratégie de gauche.
Jean-Luc Mélenchon est effectivement marginalisé au sein du PS mais il sera le lien avec le PCF et la gauche antilibérale.
A mon avis, ce n'est pas rêver que de croire à une refondation de la gauche dans les deux ou trois prochaines années
 ».
 

Un compte rendu de la rencontre politique du 5 mai à Choisy-le-Roi a été mis en ligne sur le site de Gauche Avenir (voir www.gaucheavenir.org). Voici la partie concernant l’intervention de Jean-Pierre Chevènement.  

« Les dix points forts du banquet républicain de Choisy-le-Roi »

(…) La finesse d’analyse et la puissance de conviction manifestée par Jean Pierre Chevènement, président d’honneur du MRC.

Il a insisté sur le fait que nous assistons à la fin d’un cycle capitaliste qui nous donne comme opportunité et comme devoir de proposer un projet réellement alternatif. Il a soutenu l’idée d’un grand parti de toute la Gauche pour surmonter des clivages obsolètes et a apporté un franc soutien à la démarche de Gauche Avenir. (Lire l'intégralité de son discours).

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11 mai 2008 7 11 /05 /mai /2008 21:25

Comment piloter la modernisation de la France ?

 

Steven L Kaplan avait fait sensation en 2002 quand il avait publié un article dans Le Monde diffusé le 20 avril à Paris, dans lequel il expliquait le sentiment des Français à la veille de ce fameux vote du 21 avril, premier tour de l’élection présidentielle. Cet américain, connaissant et aimant la France, avait senti le malaise citoyen. J’ai cherché, et trouvé, sur Internet des commentaires le concernant.

 

Le plus beau des commentaires est signé Barbara Oudiz, journaliste.

« Il est très probablement le seul historien du pain français au monde. Cet Américain arrivé à Paris en 1962 comme étudiant tombe littéralement amoureux du pain, court les boulangeries de la capitale pour en connaître toutes les variétés et décide d’y consacrer sa thèse de doctorat à l’université de Yale (États-Unis). Aujourd’hui, il partage sa vie entre l’Amérique, où il enseigne l’Histoire française à Cornell (New York), et la France, où il donne des cours à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (près de Paris). Il est l’auteur d’une douzaine d’ouvrages universitaires sur le pain français du XVIIIe siècle jusqu’à nos jours.
Vouant un véritable culte aux baguettes cuites selon les méthodes traditionnelles, il a écrit également deux livres destinés au grand public pour encourager les Français à en consommer plus : ce sont Le Retour du bon pain (2002, Ed. Perrin) et Cherchez le pain (2004, Ed. Plon), un guide des meilleures boulangeries de Paris (…).

Il rêve de s’établir définitivement dans notre pays un jour. " Ce qui m’attire en France, c’est ce sens du plaisir qui s’exprime aussi bien dans le débat des idées que dans l’art de vivre. " »

 

On retrouve Steven L Kaplan à la signature d’un article paru en rubrique « opinions » sur www.lemonde.fr, hier 10 mai 2008. Son point de vue ne peut laisser personne indifférent, d’abord en raison de la qualité de l’analyse, mais aussi en rapport avec le remarquable diagnostic de la société française qu’il avait réalisé en avril 2002.

 

"Mauvais pain, mauvais gouvernement !"

 

« Ce sera la semaine de la Fête du pain en France du 12 au 18 mai. Créée voilà douze ans pour aider la boulangerie artisanale à retrouver un moral ébranlé par la concurrence industrielle et par la chute ininterrompue de la consommation depuis 1900, et vouée à sensibiliser le public au retour promis du bon pain, la fête est la célébration d'un métier noble et d'un produit qui reste sui generis, malgré sa banalisation, dans le régime alimentaire quotidien.

Moment de liesse nostalgique d'une ère plus simple, la Fête du pain se nourrit de la forte charge symbolique, tant sacrée que profane, de cette denrée, qui, pour n'être plus de première nécessité, continue de tenir les Français dans leur imaginaire et leur inconscient collectif.

Comment donc rester indifférent à cette photo bouleversante (Le Monde du samedi 3 mai) d'un manifestant au Sénégal brandissant un pain sous une banderole appelant "Au secours, on a faim" ? Depuis plusieurs mois, des émeutes et des manifestations contre la cherté et la rareté du pain, des céréales, de l'huile et d'autres produits de base secouent une trentaine de pays, tant en Afrique qu'en Asie et en Amérique latine. Elles nous rappellent que le pain fut pendant des siècles un des grands protagonistes de la scène historique en France.

A l'époque actuelle du pain plaisir et du pain santé, on oublie que cet aliment a été longtemps marqueur de misère et de subordination. Dès avant le Moyen Age jusqu'en 1947, l'histoire française est scandée de milliers d'"émotions" frumentaires et de révoltes du pain (…).

L'élément commun à l'expérience historique française et aux drames actuels est le caractère politique de la question du pain. L'exemple classique : la marche en 1789, en pleine disette, de milliers de femmes sur Versailles pour ramener à Paris "le Boulanger, la Boulangère et le Petit Mitron", c'est-à-dire le prince nourricier, fournisseur de pain en dernière instance.

Ce contrat social de subsistance, que Louis XVI n'a pas su respecter, est le ciment de légitimité qui, aujourd'hui encore, lie les gouvernés aux gouvernants. Craignant d'être débordé par un mouvement populaire contre le manque de pain subventionné, à la suite de bagarres mortelles devant des boulangeries, le régime Moubarak a mobilisé l'armée égyptienne voilà deux semaines pour fabriquer et distribuer cette denrée, dernier rempart de la stabilité politique. Le manque de pain est toujours la faute du gouvernement aux yeux du peuple consommateur. En 1951 en France, où la qualité du pain était en question, "mauvais pain, mauvais gouvernement", disait-on.

L'audace des libéraux des Lumières fut, dans leur projet de régénération, de commencer par le plus difficile, le plus radical et le plus périlleux : le pain. C'est par le pain qu'on démolit la première Bastille idéologique de l'Ancien Régime : la libéralisation du commerce des grains en 1763-1764 inaugure la longue bataille du libéralisme en France, qui dure encore (…).

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, dans un contexte tendu de pénurie prolongée, le pain resurgit, comme au temps des Lumières, parce que rien ne relie plus fortement la vie réelle à l'administration publique.

Encore une fois, le pain impose un choix politique fondamental entre le dirigisme et le libéralisme, structurant un grand débat qui dépasse la question des subsistances, problème primordial et urgent, mais transitoire à l'âge atomique : il s'agit de redéfinir les attributs et les responsabilités de l'Etat, de décider comment piloter, sur le plan politique et institutionnel, la modernisation de la France.

Aujourd'hui, comme hier, le problème reste politique. S'il y a sécheresse et autres facteurs dits naturels (mais le sont-ils quand on sait le rôle qu'a pu jouer le dérèglement du climat ?), il semble bien que des mauvais choix plutôt que la mauvaise chance expliquent les difficultés actuelles qui, aux yeux de certains observateurs, risquent de s'installer. Est-ce que l'ère de la nourriture à bas prix est derrière nous ? Sans une remise en cause des stratégies déployées depuis une vingtaine d'années, tant dans le Nord que dans le Sud, la crise ne peut que s'aggraver.

Je ne suis pas un rabat-joie. Il faut faire l'éloge du pain avec ferveur, notamment de celui dit "de tradition française", chose vivante ensemencée tous les jours par le boulanger qui "monte la pâte", mène la première fermentation décisive, et fabrique sans additifs, engendrant des arômes envoûtants et des saveurs somptueuses.

Aliment de partage, le pain inspire une pensée de solidarité avec ceux qui en manquent. Mais ce serait encore mieux si la fête, historiquement souvent proche de la révolte, débouchait davantage sur la réflexion citoyenne que sur la compassion bien intentionnée. Car la baguette est d'abord politique, avant d'être magique. Comme disait Jean Anouilh : "J'aime la réalité, elle a le goût du pain." »

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10 mai 2008 6 10 /05 /mai /2008 14:37

L’Allemagne des affaires, tournée vers le monde

 

Jean-Pierre Chevènement, sur son blog www.chevenement.fr, nous informe de la mise en ligne des actes du colloque organisé le 17 mars par la Fondation qu’il préside, sous le titre :

« Commerce extérieur allemand, l'Allemagne au sommet de l'Europe ? »

Accueil de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation Res Publica

L'Allemagne, entre Europe et mondialisation, par Edouard Husson, Maître de conférence (Paris IV)

Un regard historique sur l'internationalisation des grandes entreprises allemandes, par Hervé Joly, chargé de recherche au CNRS

Les effets de la mondialisation sur les salaires et l'emploi : le salaire minimum constitue-t-il une protection ?, par Tobias Seidel, Chercheur à l'Institute for Economic Research de Münich,

La force des PME allemandes, par Claude Le Gal, SG du Club économique franco-allemand

Cessons de nous lamenter !, par François David, Président de la Coface

Débat final et Annexe statistique - Voir le dossier en ligne sur le site de la Fondation Res Publica.

 

En introduction, le président a explicité le titre de ce colloque et expliqué ce que recouvre l’excédent du commerce extérieur allemand. Voir Accueil de Jean-Pierre Chevènement.

 

« Deux mots pour rappeler l'intention initiale de la Chancelière « Mettre l'Allemagne au sommet de l'Europe ».

C'est un fait que les excédents commerciaux allemands sont antérieurs à l'arrivée au pouvoir de Madame Merkel : on les observe déjà dans les années 2003-2004, moins importants qu'ils ne sont devenus depuis lors.


C'est un fait que depuis son arrivée à la chancellerie, Madame Merkel, en Europe, a largement imposé ses vues : la substance de la constitution européenne a été reprise par le traité de Lisbonne. Celui-ci institutionnalise la pondération démographique des votes au Conseil de l'Union européenne, ce qui fait de l'Allemagne le poids lourd de l'Europe à 27, avec ses 82 millions d'habitants en déséquilibrant la parité fondatrice telle qu'elle avait été établie dans une conversation célèbre entre Jean Monnet et le chancelier Adenauer en 1951. On peut se demander – mais ce n'est pas l'objet de notre colloque de ce soir - si cette parité n'était pas un élément d'équilibre et de succès de la construction européenne dans son ensemble.

J'observe en second lieu que Madame Merkel a très largement imposé ses vues sur le dossier dit de l'Union méditerranéenne, aujourd'hui « Union pour la Méditerranée ». En effet, cette initiative se développera dans le cadre de l'Europe à 27 et dans le cadre communautaire, impliquant l'intervention de la Commission européenne. Un diplomate a dit : « Finalement, l'Union pour la Méditerranée, c'est un Euromed plus ! » (Euromed est le nom donné à l'initiative de Barcelone qui date de 1995 et dont les résultats sont diversement appréciés). J'ajoute que « l'Union pour la Méditerranée » ne dispose d'aucune ligne de crédits supplémentaire.


J'observe encore qu'au niveau de la zone euro, Madame Merkel a préservé le statu quo. Les statuts de la Banque centrale sont restés ce qu'ils étaient. La question de l'euro fort, de l'euro trop cher, a été jusqu'à présent arbitrée dans le sens qu'elle souhaitait, encore que l'on relève de plus en plus d'interrogations, formulées dans une langue de bois assez caractéristique : le dernier conseil européen exprimait sa « préoccupation quant à une certaine instabilité des taux de change nuisible à la croissance économique »… Ca ne va pas très loin !


Enfin, la Chancelière a imposé le respect de la discipline budgétaire, c'est-à-dire du pacte de croissance et de stabilité. L'Allemagne a ramené son déficit de 3,7 à 1,4% du PIB en peu d'années tandis que la France empruntait un chemin parallèle quoique beaucoup plus lent.

Donc, on peut observer que, depuis l'arrivée de Madame Merkel au pouvoir, l'Allemagne a largement imposé ses vues en Europe. Ce qui permet à l'Allemagne de parler si fort est évidemment son excédent commercial qui contraste avec l'important déficit de tous les autres pays de la zone euro. La France a maintenant un déficit de près de 40 milliards d'euros mais les déficits britannique et espagnol sont encore supérieurs. Il y a également un déficit italien. Il y a un déséquilibre objectif dans la zone euro entre l'Allemagne et tous les autres.

 

Que traduit cet excédent commercial allemand ?


Certainement la surpuissance industrielle de l'Allemagne dont l'industrie pèse deux fois plus lourd que la nôtre. Il s'agit là d'une caractéristique historique car le même phénomène pouvait déjà être relevé avant 1914.
L'excellence de l'Allemagne du point de vue des exportations est le résultat d'un effet de taille : l'Allemagne compte de nombreuses entreprises grandes et moyennes (deux fois plus d'entreprises de plus de 50 personnes, deux fois plus d'entreprises de plus de 250 personnes en Allemagne qu'en France).
Cette explication cependant ne suffit pas. Il faut également tenir compte de la stratégie mise en œuvre depuis le tournant de l'an 2000 par le prédécesseur de Madame Merkel, le Chancelier Schröder, une stratégie relativement déflationniste qui vise en tout cas à comprimer les coûts salariaux, avec succès car l'Allemagne, nous disait M. Jean-Luc Gréau lors de notre dernier colloque*, a accru son avantage de compétitivité de 15% à 20% en augmentant la durée des heures travaillées - sans pour autant augmenter les salaires - ou en comprimant l'augmentation des charges salariales. Cette politique qui pouvait se justifier au départ par une certaine surévaluation du DM au sein de l'euro, et donc par un déficit de compétitivité de l'Allemagne, s'est certainement poursuivie trop longtemps

L'objet du colloque est aussi de s'interroger sur la possibilité d'une stratégie économique coopérative en Europe. Comment y parvenir ? Notre réflexion s'articule évidemment avec celle menée le mois dernier sur le thème « Quel gouvernement économique pour la zone euro ?* »

 

* « Quel gouvernement économique de la zone euro ? » - 18 février 2008.

Lire aussi l’article paru sur ce blog le 31 mars 2008 Chevènement : un gouvernement économique de la zone euro est désormais une possibilité.

 

A noter l’intervention de Edouard Husson : L'Allemagne, entre Europe et mondialisation, notamment sa conclusion, que voici.

« L’Allemagne entretient avec l’Europe au rapport paradoxal. A la fois elle s'y impose comme la grande puissance exportatrice - elle a, depuis les années 1970, largement contribué à faire abandonner le principe de préférence communautaire - et, en même temps, l'Allemagne semble largement dépendante des capacités d'absorption du marché européen pour rester dans son rang de première puissance exportatrice.
(…) La question qui se pose aujourd'hui pour la République fédérale d'Allemagne - comme, peut-être, elle se posait déjà au début du XXe siècle – est de savoir dans quelle mesure elle est d'abord une puissance européo-centrée ou une puissance mondiale (je parle ici uniquement de l'économie)
 ».

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9 mai 2008 5 09 /05 /mai /2008 22:12

Pour la création d’un pôle public, bancaire et financier

 

Le projet de loi de modernisation de l'économie (voir l’article paru hier, 8 mai, sur ce blog) comprend quatre volets : la concurrence, l’entreprise, l’attractivité du territoire, les financements pour la croissance (notamment, la généralisation du Livret A à toutes les banque).

Sur ce point précis du Livret A, je renvoie à l’article paru sur ce blog le 1er mai 2008 (voir Réforme du Livret A : les banques passent avant le logement social).

Le journal « l’Humanité » publie ce jour un article, signé Yves Dimicoli*, concernant Le Livret A, mettant en évidence les dangers du projet de loi de modernisation de l’économie. Voici ce texte.

 

« Riposter à la tentative de rapt du Livret A »

 

Dans son édition du 28 avril dernier, le quotidien Les Echos a qualifié le projet de loi de modernisation de l'économie (LME), adopté le même jour en Conseil des ministres, de « premier texte réellement libéral de la majorité actuelle ». C'est dire s'il est réactionnaire !

 

On trouve, dans son titre IV, intitulé « Mobiliser les financements pour la croissance », trois articles significatifs avec :

1. la banalisation du Livret A qui permettrait aux banques privées de le distribuer ;

2. les prémisses de !a banalisation et du démantèlement de la CDC elle-même : celle-ci continuerait, certes, de centraliser la collecte du Livret A. Mais elle aurait désormais aussi en charge « dans le respect des ses intérêts patrimoniaux », de plus en plus financiers, « le développement des entreprises », sous condition de rentabilité financière. Et le Parlement, jusque-là garant de l'autonomie de cette institution, « confierait » le contrôle externe des activités bancaires et financières de la Caisse à la commission bancaire ;

3. l'autorisation accordée au gouvernement de « prendre par voie d'ordonnance » les mesures de déréglementation propres à faire grossir la « place financière française », notamment par ingestion des secteurs mutualiste et coopératif.

 

Réclamée depuis longtemps par le patronat bancaire, la banalisation du Livret A concourrait à élargir la base de collecte des banques ordinaires dont les opérations de plus en plus en financières ont conduit à la grave crise actuelle.

 

Elles mettraient ainsi la main sur une part substantielle d'une épargne largement populaire afin de s'en servir comme béquille pour une fuite en avant. Le Livret A servirait de produit d'appel défiscalisé pour d'autres produits plus financiers. Cela s'accompagnerait d'une accentuation de la concurrence entre réseaux et du recul de la vocation coopérative, mutualiste ou publique de ceux des Caisses d'épargne, du Crédit mutuel et de La Poste, le réseau postal étant éclaté.

 

Simultanément, le logement social, financé aujourd'hui à 80 % par les ressources du Livret A, pâtirait de cette banalisation, alors que l'immobilier en France est si miné par la « financiarisation ».

 

La banalisation du Livret A s'inscrit bien dans des choix stratégiques visant à accentuer la domination étouffante de la finance de marché, du capital financier et spéculatif sur tous les fonds d'épargne, au détriment de l'emploi, des salaires, des services publics et d' une croissance saine et durable. La crise financière actuelle invite fébrilement à faire échec à de telles orientations.

 

L'avenir c'est la sécurisation et l'expansion de financements émancipés de la domination des marchés financiers, du niveau local aux niveaux national et européen. L'avenir c'est un grand service public décentralisé du crédit permettant de développer un nouveau maillage du territoire entre banques, entreprises et collectivités pour sécuriser l'emploi, la formation, les revenus. Inséparablement, cette nouvelle institution monétaire contribuerait à soutenir des politiques audacieuses du logement social, de la ville, de î'environnement et des infrastructures, en liaison avec une relance de la dépense publique utile.

 

Chaque progrès en ce sens pousserait, en même temps, à une réorientation positive de la construction européenne et de la BCE. Celle-ci est aujourd'hui au service des profits boursiers et de la spéculation. Il faudrait, au contraire, que ses taux d'intérêt pour « refinancer » les établissements de crédit soient d'autant plus abaissés que ces derniers favoriseraient l'essor d'investissements plus créateurs d'emplois, tandis que seraient pénalisés les placements financiers. Simultanément, on mettrait en cause le pacte de stabilité européen, pour un nouveau pacte de progrès avec une relance concertée des dépenses publiques de développement et un soutien monétaire sélectif de la BCE.

 

C'est dire l'importance de lutter pour un pôle bancaire et financier public autour de la CDC, des Caisses d'épargne et de la Banque postale, avec des banques nationalisées. C'est dire aussi l’importance, comme le proposent les communistes, de la mise en place de fonds régionaux pour l'emploi et la formation (FREF). Amorcés grâce au redéploiement d'une partie des lignes de « crédits d'action et de développement économique » de chaque budget régional, ils pourraient être saisis par les comités d'entreprise, les syndicats, les associations, les élus territoriaux. Ces FREF constitueraient autant de fondations pour la création d'un fonds national pour l'emploi et la formation (FNEF) développant, à l'appui des luttes, un nouveau mécanisme général de crédit capable de faire reculer le marché financier.

 

C'est dire, enfin, l'importance de la rencontre nationale sur « la crise financière, sa portée et les propositions des communistes » qui se tiendra le 15 mai prochain au siège du PCF (1). On y traitera de toutes ces questions.

 

(1) De l4h30 à l8 heures, 2, place du Colonel-Fabien, 75019 Paris.

 

Voici  le début  du texte accompagnant l’invitation à cette réunion.

 

« La crise financière mondialisée souligne l’urgence d’intervenir pour commencer à changer l’utilisation de l’argent et le crédit au niveau des entreprises, des banques, de l’Etat, des collectivités territoriales, des institutions européennes et mondiales.

Les pertes subies par nombre d’établissements bancaires et financiers (de 200 milliards de dollars au moins dans le monde et 11 milliards d’euros pour le moment en France) commencent à faire peser des menaces sur les emplois et les salaires dans les banques. Elles  entraînent un resserrement du crédit aux entreprises, aux PME surtout. Cela va peser sur l’emploi et la croissance.

 

Le gouvernement et le MEDEF arguent de ces difficultés pour justifier une aggravation de l’austérité pour les travailleurs et leurs familles. Alors qu’avec la spéculation, explosent les prélèvements financiers sur les richesses produites, ils cherchent à réduire les prélèvements publics et sociaux et les dépenses de santé, de retraite, d’éducation, de recherche, de logement social, de culture…

 

La crise financière met en évidence l’immoralité devenue intolérable du système capitaliste et l'irresponsabilité sociale des banques. Mais de gros efforts sont déployés pour accréditer l’idée que la solution consisterait seulement à moraliser ce système, à le «réguler», à en contrôler les «excès». D'autres efforts sont aussi déployés pour tenter d’intégrer les syndicalistes, les responsables associatifs et les élus territoriaux aux gestions dominées par la rentabilité financière proclamée indépassables » (…).

 

* Yves Dimicoli est l’animateur de la commission économique du PCF. Il était l’intervenant national lors des « assises pour la sécurisation de l’emploi et de la formation » qui avaient eu lieu à Laval le 6 février 2007, à l’initiative du PCF 53. Ayant reçu une invitation, j’y avais participé. L’intervention d’Yves Dimicoli était claire et argumentée.

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8 mai 2008 4 08 /05 /mai /2008 17:36

La clé de la croissance est à rechercher ailleurs

 

Hier, j’ai commencé de présenter la motion d’orientation du MRC (voir sur www.mrc-france.org), en vue du prochain Congrès, les 21 et 22 juin (voir article paru le 7 mai Motion du MRC (1) : comprendre cette crise globale du capitalisme).

 

Je continue, ce 8 mai, avec le 2ème point de la première partie de la motion MRC (la croissance). Je compléterai le texte par des informations concernant le projet de loi dit de modernisation économique, et, plus particulièrement le cas de la grande distribution.

2) Les prévisions de croissance en Europe et en France doivent être précipitamment revues à la baisse. Le candidat Sarkozy se flattait de ramener « avec les dents » un point de croissance supplémentaire. C’est avec, au mieux, un point de croissance en moins que le nouveau Président de la République va devoir compter.

Loin de remettre en cause les contraintes européennes, M.Sarkozy a négocié sans aucune contrepartie et fait adopter, en catimini, un traité de Lisbonne qui reprend la substance de la Constitution européenne. Ce traité entérine l’impuissance d’institutions européennes déconnectées du suffrage universel face à la globalisation financière ainsi que la perte d’influence de la France par rapport à l’Allemagne dans les votes au Conseil des ministres européen.

En acceptant que notre pays ne pèse plus que les trois quarts de son partenaire principal en Europe, le Président de la République a mis fin à la parité fondatrice qui, pendant un demi-siècle, avait assuré un développement relativement équilibré de la construction européenne. Presque simultanément, Madame Merkel a mis son veto au projet d’Union pour la Méditerranée ou plus précisément l’a vidé de sa substance en l’inscrivant dans le cadre communautaire et en le privant de tout financement supplémentaire.

Le gouvernement prépare un programme drastique d’économies budgétaires et de réformes dites « structurelles », en fait libérales. C’est une cure de rigueur sans précédent qui s’annonce. L’ensemble des services publics est dans la mire. Pendant ce temps, l’euro cher précipite les délocalisations. L’érosion de notre tissu industriel et le creusement du déficit commercial vont de pair. Ainsi notre pays est-il confronté, non pas à un vide de projet, mais à un projet bien précis d’abaissement du coût du travail et de retrait généralisé de la Puissance publique au bénéfice du marché. Ce projet est condamné d’avance parce que dans l’Europe de Maastricht et de Lisbonne, il ne touche pas aux paramètres essentiels et notamment monétaires qui gouvernent l’activité économique.

Voici la présentation (28 avril 2008, site de Marianne www.marianne2.fr) des mesures adoptées en conseil des ministres, concernant le projet de loi de modernisation de l’économie (LME, Christine Lagarde, ministre de l’économie).

Une loi de modernisation de l'économie pour "relancer la croissance"

« Le projet de loi de modernisation de l'économie (LME), présenté lundi, comprend un arsenal de mesures qui doivent permettre, selon le gouvernement, de faire baisser les prix en relançant la concurrence et d'encourager le travail.


Le texte adopté en conseil des ministres contient 44 articles et 30 mesures articulés en quatre volets.
Ce projet, présenté comme le prolongement de la loi "travail, emploi, pouvoir d'achat" votée l'été dernier doit, selon la ministre de l'Economie Christine Lagarde, "relancer la croissance".
Le Premier ministre François Fillon a défendu lundi à Dijon "un projet capital" censé apporter à la France "0,3% de croissance supplémentaire chaque année" à partir de 2009 et "50.000 emplois par an". Son coût est estimé à 300 millions d'euros.


"Pour la première fois depuis des années, un gouvernement présente une loi en faveur de la croissance qui ne passe pas par de nouvelles dépenses mais par plus de concurrence, par des mesures de simplification et de clarification des règles de l'économie", a-t-il déclaré.
Crise financière oblige, le gouvernement a récemment revu en baisse sa prévision de croissance pour 2008, désormais attendue entre 1,7% à 2% du PIB. Pour 2009, elle doit se situer entre 1,75% et 2,25%.


"Nous voulons plus d'entreprises et plus de concurrence pour des prix plus bas", a résumé Mme Lagarde lors d'une conférence de presse à Bercy.
Le volet consacré à la concurrence vise à faire baisser les prix et relancer le pouvoir d'achat, au coeur des préoccupations des Français.
"Nous allons mettre fin aux marges arrière en laissant fournisseurs et distributeurs négocier librement", a indiqué Mme Lagarde.
Le projet de loi prévoit l'aménagement de la loi Raffarin sur l'implantation commerciale, avec un relèvement de 300 m2 à 1.000 m2 du seuil de déclenchement de la procédure d'autorisation.
Le texte prévoit de sanctionner "les abus de vente" et instaure la création d'une Autorité de la concurrence, dotée de "ses propres pouvoirs d'enquête".
Le gouvernement veut aussi introduire deux semaines supplémentaires de soldes chaque année à des dates librement choisies par les commerçants.
L'ouverture des commerces le dimanche, qu'il était envisagé dans un premier temps d'inclure dans ce texte, n'en fera finalement pas partie.


L'autre gros volet concerne l'entrepreneur, qu'il s'agit d'encourager dans ses démarches. "Celui qui veut vendre des fleurs ou concevoir des sites Internet aura pour seule formalité un document à remplir pour déclarer son activité", a expliqué Mme Lagarde.
Il pourra payer des charges uniquement s'il réalise un chiffre d'affaires et transmettre son entreprise à un coût réduit.
Le projet prévoit aussi le gel des conséquences financières des franchissements de seuils de 10 et 20 salariés. Selon Bercy, "un patron qui a 20 salariés et décide d'en embaucher un 21e gagnera, sur sept ans, 30.000 euros".
Les délais de paiement seront aussi réduits à 60 jours au maximum, même si des dérogations restent possibles par accords de branche.


Troisième volet, le gouvernement veut renforcer l'attractivité du territoire en installant par exemple le "très haut débit" en fibre optique afin que "au moins 4 millions de Français soient câblés au haut débit en 2012".

Le dernier volet concerne les financements pour la croissance, notamment la généralisation de la distribution du Livret A à toutes les banques et la modernisation de la place financière de Paris ».

 

 

Marianne 2 a proposé à Christian Jacquiau, auteur du livre « Les coulisses de la grande distribution », de commenter les mesures de renforcement de la concurrence (« laisser les fournisseurs et distributeurs négocier librement »). Article paru le 28 avril sur www.marianne2.fr.

 

La grande distribution dans les petits papiers du président de la République

 

« L'industrie agroalimentaire française emploie 400 000 personnes et occupe, avec un chiffre d'affaires annuel de 140 milliards d'euros, la deuxième place mondiale du secteur, derrière les Etats-Unis.

 
Pourtant le président semble avoir choisi son camp. Et ce ne sont pas ces arguments de poids qui le feront fléchir, même si la pression des centrales d'achat sur le monde agricole et sur le monde de l'entreprise conduit inéluctablement à la compression de personnel (accélération des délocalisations et amplification de la recherche de sous-traitants socialement moins disant) et à la régression sociale

 

Le pouvoir accru, accordé sans contrepartie, sans garde-fou, aux centrales d'achat de la grande distribution ne peut, en effet, qu'avoir un impact dévastateur sur l'amont (les agriculteurs, les PME/PMI, l'industrie agroalimentaire et leurs sous-traitants) et en cascade : sur les salariés des filières, leurs emplois et leur pouvoir d'achat.


Le gouvernement Fillon, inspiré par le fameux rapport Attali*, avait déjà réussi l'exploit de mettre les avocats et les coiffeurs dans la rue. Nicolas Sarkozy s'apprête à faire beaucoup mieux encore en faisant voter ces lois Chatel / Lagarde, réclamées depuis tant d'années par le lobby de la grande distribution.

Fait sans précédent, l'Ania (Association Nationale des Industries Alimentaires), la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), le réseau COOP de France (coopératives agricoles), la CGGPME (Confédération générale des petites et moyennes entreprises), la FEEF (Fédération des entreprises et entrepreneurs de France), la CGI (Confédération française du commerce interentreprises) et l'ILEC (Institut de liaison et d'études des industries de consommation), organisations en général plutôt légitimistes pour ne pas dire conservatrices, se sont déclarées prêtes à manifester devant l'Assemblée Nationale si le gouvernement ne revoit pas d'urgence sa copie. Du jamais vu ! (…)

 

N'ayant manifestement rien compris au système de la grande distribution - ou feignant de ne pas le comprendre -, Nicolas Sarkozy qui, candidat, avait promis d'aller chercher la croissance « avec les dents » en arrive, à présent, à menacer ceux qui en sont victimes.


« Je vais aller beaucoup plus loin », annonce-t-il. « Et même si je dois convaincre ma propre majorité parlementaire, il faut changer la loi dite Raffarin sur l'urbanisme commercial pour mettre davantage de concurrence. Il faut changer la loi Galland sur la négociabilité des prix parce qu'il faut une vraie concurrence au service des consommateurs ».

Supprimer les modestes contraintes que constituait la loi Raffarin (soumettant à autorisation mais autorisant les nouvelles implantations) puis instaurer et légaliser une impensable concurrence déloyale entre le commerce de proximité et les grands réseaux de distribution fait désormais partie de la panoplie de ce président fâché avec les principes les plus élémentaires de l'économie (…).

En renforçant l'oligopole constitué par les six centrales d'achat de la grande distribution, le gouvernement s'apprête à accroître leur pouvoir de négociation sur l'amont (agriculteurs et industriels) ce qui ne peut se traduire que par une pression accrue sur les coûts de production, de nouveaux plans sociaux, de nouvelles délocalisations et au final : moins de pouvoir d'achat distribué, moins d'emplois et moins de croissance ! »

* L'UMP recycle le rapport Attali (6 mai, www.lemonde.fr)

 

Fusion département-région, développement des PME, performance des administrations, politique familiale... Les députés UMP ont marqué, lundi 5 mai, la première année du quinquennat Sarkozy en s'emparant d'idées "iconoclastes" du rapport Attali pour réaffirmer leur rôle dans les "réformes". Après avoir vilipendé le rapport aux 316 mesures, sorti en pleine campagne des municipales, le groupe UMP affirme en avoir fait sa "boîte à idées" pour "coproduire" les "réformes" avec le gouvernement (…).

 

Composé de 38 pages sous le titre "Courage, dialogue, action", le document de l'UMP présente, dans sa première partie, une série de propositions destinées à être intégrées dans le projet de loi de modernisation de l'économie (LME) que l'Assemblée doit examiner à compter du 27 mai. Cette première série vise à "favoriser le développement des PME, moteurs de la création de richesses" en levant "les obstacles" à leur développement et en généralisant l'usage du numérique. Ainsi les députés UMP proposent de réduire les délais de paiement à trente jours ou de réduire à dix jours les délais de remboursement de la TVA (…).

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7 mai 2008 3 07 /05 /mai /2008 14:55

La réponse à cette crise est nationale et européenne

 

Le congrès du MRC aura lieu au Kremlin-Bicêtre les 21 et 22 juin 2008.

Les adhérents du Mouvement, après le Conseil national du 6 avril, semblent avoir approuvé l’orientation proposée par Jean-Pierre Chevènement, si l’on se fie aux échos remontant des départements, et au vote unanime du texte d’orientation, amendé, par les membres du Conseil national (voir, sur ce blog, l’article paru le 4 mai Chevènement convainc les cadres du MRC de passer à l'offensive).

 

Cette motion d’orientation est à lire sur le site du MRC www.mrc-france.org. C’est un texte synthétique d’une dizaine de pages. Je propose, sous le titre « Motion du MRC », d’en reprendre les différents points, en les illustrant de commentaires et d’apports extérieurs.

 

La motion est le texte présenté aux adhérents, charge à eux d’y réfléchir et d’en débattre dans les comités locaux, de voter des projets d’amendements et le texte dans son ensemble. L’annexe (le projet républicain, adopté lors du congrès 2006) fait partie du texte soumis au débat et au vote des adhérents du MRC.

UN CONTENU ET UN CHEMIN POUR LA CREATION D’UN GRAND PARTI DE TOUTE LA GAUCHE.

I - Un tsunami barre l’horizon

II - Face au tsunami, un projet républicain à la hauteur des défis de notre temps.

III - Vers la refondation républicaine de la gauche

La première partie (I) commence par la description de la crise :

1) De sombres craquements se font entendre de toutes parts : entrée en récession de l’économie américaine, euro à plus de 1,50 dollar, pétrole dépassant les cent dollars le baril, faillite et renflouement par des fonds souverains étrangers ou directement par la puissance publique, d’institutions financières prestigieuses : le fond Carlyle et les banques Citigroup, Merill Lynch et Bear Stearns aux Etats-Unis, Northern Rock en Grande-Bretagne. C’est tout le système financier mondial miné par un endettement aussi gigantesque qu’inconsidéré qui découvre sa fragilité.

C’est ce paragraphe que je propose d’illustrer par deux articles de presse, l’un du Monde, l’autre du site Internet de Marianne.

 

Le 28 avril 2008, sur www.lemonde.fr (Le Monde de l’Economie), Marie-Béatrice Baudet introduisait une réflexion sous le titre

 

« Six crises qui bousculent l’ordre économique mondial »

 

« A quelle place l'Histoire situera-t-elle la crise globale - dont les symptômes sont à la fois financiers, monétaires, économiques, alimentaires, énergétiques et écologiques - que subit la planète depuis mi-2007 et qui s'est accélérée en ce premier semestre de l'année 2008 ? Quelle sera son amplitude sur l'échelle de Richter des tremblements de terre économiques et sociaux ? Plus forte que la grande dépression de 1929 ? Similaire à celle des années 1970 où, juste avant le premier choc pétrolier de 1973 et la récession du deuxième semestre 1974, des scientifiques, des industriels et des économistes, fondateurs du Club de Rome en 1968, appelaient dans le rapport Meadows (1972) à stopper la croissance, afin d'éviter l'épuisement des ressources de la planète d'ici à la fin du XXIe siècle ?

(…) la nature multiple de la crise actuelle interroge économistes et historiens, qui la qualifient volontiers d'exceptionnelle. Pas forcément pour les mêmes raisons d'ailleurs, mais exceptionnelle néanmoins. M. Chalmin confirme ainsi n'avoir jamais vu "une telle volatilité des marchés de change et de matières premières". "La référence habituelle à la crise de 1974 paraît tout à fait dépassée, constate-t-il. Le 2 janvier, le pétrole cote 100 dollars le baril - ce qui a été salué comme un record incroyable -, le 25 avril, il est déjà à 117,6 !" Pour Jean-Paul Betbèze, chef économiste du groupe Crédit agricole, même s'il y a eu l'éclatement de la bulle Internet en 2000, "nous affrontons la première grande crise du XXIe siècle". Selon lui, il ne s'agit pas du schéma classique d'une crise américaine (ou d'une autre région du globe), qui contamine ensuite telle ou telle partie de la planète. "Nous avons affaire à un schéma inédit, à savoir la conjonction de crises différenciées et interdépendantes. Aux Etats-Unis, c'est la crise d'un pays surendetté ; en Europe, c'est une crise d'une région dont les Etats membres n'ont toujours pas résolu leur gouvernance politique, les empêchant de mener une stratégie économique concertée ; et dans les pays émergents, nous assistons ou allons assister à une crise classique de surchauffe et de croissance."

Qui plus est, insiste M. Betbèze, "le jeu actuel entre tous les acteurs de ces crises est non coopératif. Ainsi, la chute du dollar n'arrange en rien les Européens, qui voient leurs exportations renchérir. Quant aux Chinois, ils se refusent à réévaluer leur devise, le yuan, ce qui permettrait aux pays occidentaux de regagner en compétitivité."

Pierre Bezbakh, maître de conférences à l'université Paris-Dauphine, dont une partie des travaux ont porté sur l'histoire des crises, confirme ce jeu d'interdépendance plus compliqué que jamais : "Les Etats du Sud ne sont plus en position de dominés, ils sont désormais intégrés dans la compétition mondiale. Quant aux ex-pays de l'Est, ils se sont eux aussi convertis aux règles du marché. Vous avez donc une multiplicité d'acteurs dont les intérêts sont loin d'être convergents." A l'instar de Patrick Artus, chef économiste de Natixis, et de Marie-Paule Virard, journaliste, qui ont publié à La Découverte en 2005 Le capitalisme est en train de s'autodétruire, M. Bezbakh pense que la crise actuelle signe "une rupture totale de société. Le capitalisme n'est plus en voie de développement, mais en voie d'achèvement. Les puissances occidentales ne peuvent plus faire payer à d'autres pays le coût de la crise, comme ils l'avaient fait en 1929 avec la baisse du prix des matières premières. Nous assistons à un processus d'autodestruction soit du système, soit de son fonctionnement". Et la crise actuelle en serait la signature la plus forte.


Le 27 avril, sur www.marianne2.fr Hervé Nathan recueillait les propos d’un économiste, membre du conseil scientifique d’ATTAC, Isaac Johsua, signataire de la pétition européenne intitulée : «Spéculation et crises: ça suffit !», auteur d'une analyse remarquée de la crise de 1929 (1).

 

 «Le neo-libéralisme exhume le spectre de 1929»


Marianne: La crise des subprimes est désormais déclarée «plus grande crise financière depuis 1945». Cela veut donc dire depuis celle de 1929. La comparaison est-elle éclairante ?
Isaac Johsua : En tous cas, elle vaut d'être tentée. Car il y a bien des points communs entre ce que nous vivons aujourd'hui et ce qui s'est passé aux Etats-Unis et en Europe à partir de 1929. Par exemple, les deux crises ont pour origine une bulle spéculative. Elle était boursière en 1929, elle est immobilière en 2007-2008. Autre point commun : le surendettement des ménages américains, qui renforce la spirale dépressive de la crise. De même l'effondrement de la livre sterling en 1931 avait aggravé la situation, comme la chute du dollar en ce moment. Bien sûr ce n'est pas une répétition, puisque entre temps, nous nous sommes dotés d'instruments stabilisateurs de l'activité, que ce soient des allocations (avant guerre, il faut se souvenir que les chômeurs dépendaient de la simple charité privée !), ou des budgets nationaux. L'histoire ne repasse pas les plats, du moins pas aussi simplement.

Mais il y a aussi l'ampleur…
I. J. : Certes, et c'est pour cela que l'hypothèse d'une crise majeure est à redouter. Depuis 1929, le capitalisme s'est transformé, et la mondialisation a étendu l'hégémonie du salariat à l'ensemble de la planète. On peut dire qu'aujourd'hui, il a éliminé toute la petite production, majoritairement agricole, qui représentait, jusqu'à la seconde Guerre mondiale, voire au-delà, une sorte d'amortisseur des crises. Avec la mondialisation, l'espace disponible pour les perturbations s'est dilaté à l'ensemble de la planète, l'interconnexion des marchés est complète et diffuse toujours plus rapidement les mouvements de flux et de reflux. Les crises se succèdent de plus en plus rapidement et s'élargissent : la crise mexicaine en 1995, celle du sud-est en 1997, de la nouvelle économie en 2001 centrée sur les Etats-Unis et enfin celle d'aujourd'hui qui concerne le monde entier. C'est un démenti aux thèses néolibérales.

En quoi ?
I. J. : En ce que le néolibéralisme à l'oeuvre depuis les années 1990 a détruit le compromis fordiste, mis en place justement pour sortir de la crise de 1929. Le fordisme, est un modèle pragmatique, auquel Keynes a donné une assise théorique. Il consistait à mettre en place un nouveau rapport salarial qui stabilise l'emploi, ou au moins le revenu, et donc stabilise la consommation. Dans un monde peuplé à 95% de salariés, sensible aux chocs dépressifs, il faut éviter l'effondrement de la consommation. Or, depuis 1990, l'épisode néo-libéral a consisté à démanteler ce compromis fordiste, et à placer comme moteur de la consommation, non plus la croissance des rémunérations, mais celle de l'endettement des ménages. Ainsi, dans les dernières années, celui des Américains a cru de 30%, jusqu'à devenir nettement négatif. C'est dément ! Ce faisant la mondialisation néolibérale a fait la démonstration que le système est instable, s'il n'est pas adossé à des institutions comme l'Etat, les conventions collectives et des systèmes redistributifs de protection sociale.

C'est donc cet endettement des ménages qui est à l'origine de la crise.
I. J. : Oui, parce que Alan Greenspan, le président de la Réserve fédérale américaine, a mis en place sciemment une machine infernale. Les baisses des taux qu'il a pratiquées ont eu pour effet d'augmenter toujours plus l'endettement des ménages. Aujourd'hui ce n'est plus possible. On peut continuer à baisser les taux d'intérêts, les ménages, qui voient le prix de leurs maisons baisser, n'emprunteront pas davantage. Du coup, emprunteurs et créanciers sont pris au piège. Et l'on s'aperçoit alors que la crise est une crise de rentabilité du capital. Je m'explique : les marchés financiers ont eu l'ambition démesurée d'exiger des taux de rendements qui n'ont aucune commune mesure avec la rentabilité de l'économie réelle. C'est cela qui a été le moteur de l'inventivité des marchés, de l'innovation financière comme la titrisation des crédits. Il s'agissait de s'affranchir de la sphère de la production afin d'atteindre la fameuse règle des 15% de rentabilité du capital. On sort enfin de ce grand rêve éveillé. Et on peut dire que la crise est une protestation véhémente contre ces exigences insensées des détenteurs du capital. On va revenir à davantage de mesure. Mais il faudra se souvenir que ce rêve des profits illimités est partie intégrante du système capitaliste. Rappelons nous la bulle Internet était née de perspectives de profits extraordinaire que promettait la «nouvelle économie».

Quelles solutions pour s'en sortir ?

I. J. : Il va falloir couvrir les pertes qui paralysent le système. C'est d'abord aux capitalistes de le faire. Ensuite se pose une question politique : faudra-t-il nationaliser les banques. C'est ce que prône, de fait, Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI. On a commencé en Grande-Bretagne avec la Northern Rock. Mais que va-t-on nationaliser : les banques qui font du profit ou celles qui sont percluses de pertes et sont non-viables ? Cela s'appelle privatiser les profits et socialiser les pertes.
Il faudra bien en arriver au vrai débat. Comment en finir avec la révolution néoconservatrice qui n'a qu'une seule idée : empêcher les salaires d'augmenter et pousser au surendettement. Il faut retrouver un partage négocié de la valeur ajoutée entre salariés et employeurs. Cela fait intervenir la politique. Il faut limiter la capacité de nuisance de la finance. Dans notre pétition, nous demandons la suppression de l'article du traité de Lisbonne qui sanctuarise la libre-circulation des capitaux. Pas parce que nous sommes anti-européens, mais par ce que la libre circulation des capitaux est un des moteurs puissants des bulles spéculatives. Renoncer à contrôler ces flux, c'est admettre que d'autres crises plus dévastatrices succéderont à celle que nous connaissons. Et à titre personnel, je pense que si nous n'obtenons pas de réponse de l'Europe, il faudra poser cette question au niveau national. Si nous le voulons, nous le pouvons et l'impuissance de l'Europe ne peut demeurer un prétexte à l'inaction.

Certes, mais n'est-ce pas là des solutions qui tendent à revenir à un capitalisme plus stable. On aurait pu penser que cette crise exemplaire du capitalisme ramène au devant de la scène des solutions alternative au système, et osons le mot : socialiste. Or ce n'est pas le cas.

I. J. : Il y a deux réponses à cette question. La première est que l'on compte aujourd'hui les chercheurs marxistes sur le doigt des deux mains. Et ils ont tous, comme moi, des cheveux bien blancs. La seconde c'est que la chute du mur de Berlin a tué pour longtemps l'idée d'une économie entièrement planifiée. Je faisais partie de ceux qui ne nourrissaient aucune illusion sur ce qu'était le socialisme pratiqué en URSS. Mais la disparition du communisme a ancré pour longtemps dans la tête des gens que cette voie-là a abouti à une impasse.

(1) La crise de 1929 et l'émergence américaine, PUF, 1999 ; Une trajectoire du capital : De la crise de 1929 à celle de la nouvelle économie, Syllepse, 2006.

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6 mai 2008 2 06 /05 /mai /2008 14:41

 

Trois ans pour préparer l’unité et relever le défi

 

Le temps de l’action politique est venu. Après le 6 avril au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne), qui a relancé le MRC, le 5 mai 2008 à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) a montré le chemin du redressement de la gauche.

Dans le cadre du banquet républicain du 5 mai à Choisy-le-Roi, le club politique Gauche Avenir organisait le lancement des forums de l’unité de la gauche.

 

Voici la trame de l’intervention de Jean-Pierre Chevènement, telle qu’on peut en prendre connaissance, ce 6 mai, sur son site www.chevenement.fr.

Un nouveau départ pour la gauche

La gauche est solidement installée dans le paysage local mais elle ne peut oublier qu'elle a échoué à trois reprises à conquérir le pouvoir d'Etat, à l'occasion des élections présidentielles de 1995, 2002 et 2007. Cette incapacité est-elle rédhibitoire ?

I – La gauche est placée devant un grand défi : la conquête du pouvoir d'Etat.

1. La politique engagée par Nicolas Sarkozy répond à un dessein illusoire : celui d'adapter la France à la mondialisation

L'abaissement du coût du travail est une impasse pour la France comme pour l'Europe. Ce n'est pas de cette manière que nous restaurerons notre compétitivité face à la Chine, l'Inde, etc. On nous donne la politique allemande en exemple. Cette politique de compression des coûts s'exerce au détriment des autres pays européens. Elle est de plus en plus rejetée en Allemagne. La politique de Nicolas Sarkozy ne prépare pas l'avenir. Elle tue la croissance. Elle ruine la solidarité. Elle ne répond pas à l'exigence d'un effort partagé.

2. Cette politique est d'autant plus vouée à l'échec que c'est la mondialisation ou plutôt la globalisation qui est entrée en crise.

a) La globalisation : un phénomène à la fois économique et politique. L'ouverture des marchés aux FMN sous les coups de boutoir des Etats-Unis - la domination absolue des marchés financiers - la dictature de l'actionnariat.

b) Cette globalisation est entrée en crise :
- 1997-98 : crises asiatiques, russe, latino-américaines
- 2000 : bulle technologique
- 2007 : crise des subprimes

• l'échec du FMI et l'autonomisation des pays émergents
• la fuite en avant des Etats-Unis, déficits et endettement interne et externe – taux d'intérêt réels négatifs – chute du dollar.
• augmentation du prix du pétrole
La tentation de la coercition militaire et l'enlisement au Moyen-Orient. Les Etats-Unis vivent au-dessus de leurs moyens – surextention impériale. Le problème posé au monde est celui d'un nouveau cycle organisé autour d'un monde multipolaire et de nouvelles règles du jeu.

 

3. La crise bat en brèche les postulats libéraux

- libre échangisme ;
- refus des politiques industrielles ;
- intervention des Etats au capital des entreprises

4. Elle ouvre un espace à la gauche pour apporter des solutions

a) Nouvelles règles du jeu à l'échelle mondiale – fourchettes de parité monétaires et rétablissement des capacités d'épargne des Etats-Unis ;
Régulation concertée des échanges internationaux : Afrique – APD – pays émergents doivent accepter les normes sociales et environnementales.
Conférences internationales sur le modèle Bretton-Woods.

b) Au niveau européen – modèle européen
- Gouvernement économique de la zone euro
- Croissance et harmonisation fiscale et sociale
- Rôle déterminant de l'Allemagne
- Rôle de catalyse de la France
- Reconnaissance du rôle des Etats.

c) Au niveau national :
- Faire face à la récession
- Politique industrielle : les moyens
- Education – recherche – innovation
- Civisme – science – écologie de l'humanité – culture.

5. La gauche française est placée devant un grand défi.

a) Eloignement des couches populaires et absence de projet à la hauteur des défis du temps expliquent l'échec de la gauche aux trois dernières élections présidentielles : 1995 – 2002- 2007.
Le contexte est favorable à la fois pour élaborer ce projet et combler cet écart avec les couches populaires.
Plus qu'une alternance fondée sur le rejet, la gauche doit préparer une alternative sérieuse et durable.

b) Pour autant, il ne faut pas sous-estimer la capacité de rebond de Nicolas Sarkozy. Les droites européennes partout jouent sur les réflexes de peur, en exploitant l'insécurité et l'angoisse devant une immigration mal contrôlée. C'est d'une refondation républicaine dont la gauche a besoin. Ne sous-estimons pas les ressources de la démagogie de l'adversaire.

II – Un nouveau départ pour la gauche.

1. La gauche doit dépasser des clivages obsolètes.

a) Le Congrès de Tours en 1920 : entre la thèse de la prise de conscience démocratique des masses et celle de la conscience importée au sein même de la classe ouvrière par un parti d'avant-garde, l'Histoire a tranché, ce qui ne veut pas dire rejet de la théorie, de la réflexion, de la formation et surtout du débat pluraliste.

b) La création du Mouvement des Citoyens en 1993 a correspondu à un double refus : celui de la guerre du Golfe et de l'alignement derrière l'Hyperpuissance américaine, et celui de l'Europe de Maastricht.
Nos critiques sont aujourd'hui mieux comprises, même si nous savons qu'existent toujours au sein du PS un courant de suivisme pro-américain et un courant européiste qui s'est manifesté récemment par l'approbation du traité de Lisbonne. Mais il existe aussi au sein du PS des courants, qui militent pour l'indépendance et pour la réorientation de la construction européenne.

c) Le souci de l'écologie est aujourd'hui largement pris en compte au sein de la gauche tout entière, même s'il existe au plan théorique, un débat sur la Nature, la culture, la raison critique, la science et le progrès.

d) La République aujourd'hui à laquelle les radicaux sont attachés n'est plus contestée, non plus que le rôle du citoyen, en tant qu'il est une parcelle de la souveraineté populaire, mais aussi un individu libre dont l'esprit critique, formé par l'Ecole laïque est nécessaire à la démocratie. Certes l'exigence républicaine, en tant qu'elle implique la subordination des intérêts particuliers à l'intérêt général n'est pas toujours bien comprise. Mais la notion d'intérêt général ne peut s'affiner que dans le débat, à travers une juste hiérarchisation des intérêts et des niveaux d'appartenance.
Ce qui reste de ces clivages doit pouvoir être résorbé par le débat au sein d'un grand parti de toute la gauche.

2. La création de ce grand parti rassemblant toutes les cultures de la gauche peut et doit être l'électrochoc qui permettra une nouvelle refondation comme la gauche a su le faire à Epinay et à toutes les étapes de son histoire.

a) Ce parti doit être ouvert à toutes les sensibilités des plus radicales aux plus gestionnaires dès lors que la perspective gouvernementale est assumée. Croire aux vertus du débat. Il y aura fécondation réciproque. Vouloir créer un parti révolutionnaire à côté d'un parti social-libéral serait ouvrir un boulevard à la droite.

b) Cela ne veut pas dire que ce grand parti de toute la gauche doive faire l'économie d'une analyse de ce qu'est le capitalisme financier aujourd'hui. Le mouvement socialiste depuis ses origines est inséparable d'une critique du capitalisme de son temps. La création du grand parti de toute la gauche doit se faire sur la base d'une conscience claire des formes inédites prises par le développement du capitalisme : dérégulation généralisée et mise en concurrence des territoires et des mains-d'œuvre – souveraineté des marchés financiers, etc.

De même, l'évolution de la construction européenne nous impose de réaffirmer l'ancrage de la gauche dans la nation républicaine, levier de notre responsabilité au monde, comme l'avait très bien compris et formulé Jaurès en son temps. C'est dans ce cadre que la gauche peut faire vivre les valeurs de citoyenneté, de laïcité et de solidarité et opposer une critique à la fois constructive et sans concession à la politique de la droite qui ne vise qu'à adapter la société française à la globalisation financière.

c) Avant de poser le problème des alliances, il faut savoir soi même où l'on habite.

d) Ce grand parti doit être ouvert, démocratique, pluraliste. Son assiette naturelle est le monde du travail et de la création.

e) Seule la réunion et le dialogue sans sectarisme de toutes les cultures de la gauche et de toutes les forces sociales, à l'exception, bien entendu, des rentiers de la Finance, pourra drainer des centaines de milliers de sympathisants et de militants syndicaux et associatifs qui ressentent le besoin d'un engagement politique nouveau, ailleurs que dans des organisations qui les ont déçus.

Seul un grand parti de toute la gauche pourra capter l'énergie des nouvelles générations. C'est dans ce cadre que pourra être entrepris le vigoureux effort de débat, de mise en commun, de synthèse et de mise à niveau, et, bien entendu, de formation de cadres. Notre pays retrouvera ainsi confiance en lui-même et pourra tourner les pages du sarkozysme pour ouvrir la voie à une nouvelle donne, à l'échelle nationale, européenne et mondiale.


3. Les étapes nécessaires.

a) Je propose que toutes les organisations et toutes les personnalités de gauche et de progrès qui le voudront réunissent dans les départements des Forums de l'unité. Ceux-ci auraient à traiter de quelques sujets-clés :
- l'analyse de la globalisation, de sa crise, et des perspectives qu'elle ouvre ;
- la valorisation du travail dans le contexte de la mondialisation ;
- l'avenir de la protection sociale et de la santé ;
- les enjeux de l'éducation et de la recherche ;
- la forme et les étapes du parti à créer.

b) Ces forums pourraient déboucher sur des Assises de la gauche au printemps 2009.

c) Ces Assises prépareraient un projet clair sur la base duquel s'opérerait un rassemblement qui, dans un premier temps, pourrait éventuellement prendre la forme d'une Fédération anticipant sur le grand parti à créer.

C'est dans ce cadre que pourrait intervenir au plus tard au printemps 2011 la désignation par tous les militants du candidat de la gauche à l'élection présidentielle de 2012.

Ce candidat ne serait pas seul. Il serait porté par un projet collectif et par un élan qu'il nous appartient de faire lever dans le pays sans attendre.

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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 16:30

 

Face à la crise mondiale… fiers d’être de gauche !

 

Plusieurs journaux évoquent le lancement ce soir par le club politique « Gauche Avenir » de sa démarche visant au rassemblement de la gauche sur des bases de fidélité à son histoire et à ses valeurs. L’évènement a lieu ce soir à Choisy-le-Roi (Val-de-Marne) en présence, notamment, de Jean-Pierre Chevènement (MRC) et de Benoît Hamon (PS), qui exprimeront leurs idées sur ce thème.

 

En complément de ce que j’ai écrit à ce sujet sur ce blog (voir l’article paru le 28 avril), j’ai constaté que plusieurs journaux en parlent, ce qui est une bonne nouvelle !

Le site de Marianne www.marianne2.fr titre ce matin :

« Fiers d'être de gauche ? Oui, certains le sont encore! »

« Alors que le débat interne au PS s'achemine vers un ennuyeux duel Delanoë-Royal, Marianne2 publie une contribution du Club Gauche Avenir, où se retrouvent des responsables socialistes, communistes, Verts et chevènementistes » (…).

 

« Le texte, dont publions quelques extraits, «Fiers d'être de gauche» a été signé par quelques dizaines de militants socialistes, communistes, Verts, MRC et sans parti.

Ces signataires ont deux convictions :
1°) La gauche doit revenir à ses fondamentaux que la crise actuelle du système rend plus actuels que jamais.
2°) Le rebond de la gauche passe par l'unité de toute la gauche.

 

Pour Marie-Nöelle Lienemann et Paul Quilès, plus rien ne justifie la division née du congrès de Tours. Il convient donc d'entamer un processus d'unification du PS et du PC. Pour les autres, l'unité entre les composantes de la gauche ne doit pas se cantonner au plan électoral ; elle passe par un échange approfondi aboutissant à un nouveau programme commun.

Dans l'immédiat les animateurs de Gauche avenir organisent une série de banquets républicains qui rassembleront diverses composantes de la gauche locale. Le premier se déroule le lundi 5 mai à Choisy-le-Roi » (…).

 

Par ailleurs, Le Journal du Dimanche publiait sur www.lejdd.fr, hier 4 mai, un entretien avec Marie-Noëlle Lienemann.

« A gauche toute ! »

 

Soucieux de voir le Parti socialiste opérer sa rénovation à gauche plutôt qu'au centre, la députée européenne Marie-Noëlle Lienemann et l'ancien ministre Paul Quilès présentent lundi leur livre blanc, Fiers d'être de gauche. Malgré les difficultés à faire passer leur conception du PS, ils entendent se servir de ce bréviaire pour défendre leur idée d'un grand parti de gauche.

 

Le PS planche sur son identité? Eux préfèrent voir plus large. Les membres du club Gauche Avenir - animé notamment par l'eurodéputée PS Marie-Noëlle Lienemann et l'ancien ministre Paul Quilès - présenteront lundi une charte "pour l'unité de la gauche". Un petit livre blanc d'une soixantaine de pages, au titre offensif: "Fiers d'être de gauche". Objectif: affirmer des valeurs communes face à l'hégémonie culturelle de la droite, et constituer une nouvelle étape vers l'unité.

Voici près d'un an que ce club de réflexion, créé après la présidentielle, réunit politiques, syndicalistes, associatifs et intellectuels des différentes sensibilités de la gauche. Soit 2500 personnes qui, comme le journaliste Ivan Levaï, "ne veulent pas croire que la gauche est morte". La déclaration de principes du PS leur paraît "fade", "light". Leur texte refuse l'alliance au centre. Et tous se disent attachés à l'"évolution révolutionnaire" chère à Jaurès, une citation qui a malencontreusement sauté dans le livre. "Face à la crise mondiale, on doit tourner le dos à l'affadissement de la gauche française, résume Marie-Noëlle Lienemann. On n'attend pas le grand soir, mais on défend toutes les formes d'action qui permettent d'inverser la logique d'un système inégalitaire, du tout-fric et destructeur de l'environnement."

Un texte débattu lors de banquets républicains

La charte fixe donc sept objectifs: nouvelle approche des questions économiques et sociales avec le renforcement du rôle de l'Etat, juste répartition des richesses, protection des écosystèmes planétaires... Et elle maintient le cap: l'unité de la gauche, jugée indispensable pour gagner les élections nationales. Le bréviaire, édité à 2500 exemplaires, sera débattu lors de banquets républicains. Le premier se déroulant lundi soir dans le Val-de-Marne, en présence du député européen Benoît Hamon (NPS) et de Jean-Pierre Chevènement, président d'honneur du MRC. Puis la tournée se poursuivra en province. Direction la Somme, la Corrèze et la Creuse.

Difficile de voir au-delà. Car tous n'ont pas la même conception de l'unité. Marie-Noëlle Lienemann et Paul Quilès ont déjà lancé un appel pour la constitution d'un grand "Parti de la gauche", PS, PCF, Verts, PRG, MRC... mais aussi des clubs, des associations et "tous les déçus des partis de gauche". Jean-Pierre Chevènement prône, lui aussi, un "nouvel Epinay". L'ancien ministre défend la création d'un parti "rassemblant toutes les composantes de la gauche, aussi bien radicales que gestionnaires". Et propose d'organiser des forums de l'unité pour aboutir à des assises nationales, fin 2008-début 2009.

Certains défendent une autre idée. L'ancien ministre PCF Jean-Claude Gayssot, qui participe à Gauche Avenir, penche pour "une force politique nouvelle à la gauche du PS recentré", un peu comme le Die Linke en Allemagne. Il rêve que le PCF soit à l'origine du processus... mais les ténors de son parti semblent peu réceptifs. Pour le sénateur PS Jean-Luc Mélenchon qui reste en dehors de Gauche Avenir, "la priorité, c'est que l'autre gauche - la gauche non socialiste - se rassemble car, tant qu'elle est en miettes, le PS regarde du côté du centre, et on court à la catastrophe!" (…).

Sur le site de Gauche Avenir http://www.gaucheavenir.org, on prend connaissance du débat entre Benoît Hamon et Marie-Pierre Vieu, publié sur http://www.humanite.fr

 

« Débat Hamon/Vieu sur l'avenir de la gauche »

 

« Dans le cadre de la préparation du banquet républicain du 5 mai à Choisy-le-Roi, nous vous invitons à lire le débat publié dans l’Humanité sur la question de l’avenir de la gauche, avec Marie-Pierre Vieu, membre du Comité exécutif national du PCF, vice-présidente de la région Midi-Pyrénées et Benoît Hamon, député européen et membre du bureau national du PS » (…).

 

Ainsi, une partie des socialistes, très minoritaire aujourd’hui, n’accepte pas les choix des dirigeants du PS, qui conduisent la gauche vers une voie « démocrate » à l’italienne, l’allemande ou britannique.

La crise du capitalisme justifie la recherche d’une alternative aux politiques néolibérales, comme l’a réaffirmé hier le MRC (voir sur ce blog Chevènement convainc les cadres du MRC de passer à l'offensive - 4 mai 2008).

 

Jean-Pierre Chevènement, à qui je confiais hier, à l’issue du Conseil national du MRC, que la situation actuelle présente des points communs avec la période précédant le congrès d’Epinay, en 1971, m’a répondu que la situation de la gauche était pire après 1968. Mais le contexte est très différent, ne permettant pas vraiment de comparer.

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