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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine autour des idées de Jean-Pierre Chevènement. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens après les élections de 2002.
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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 23:10

La crise d’un système financier dérégulé

 

Le 9 février, les participants à la réunion organisée salle du Vieux Château à Laval par la Maison de l’Europe en Mayenne (voir L'avenir de la zone euro : la gouvernance fédéraliste de Jean Arthuis - 15 février 2012) ont eu le plaisir d’être accueillis par le CAC 53, qui vient de se mettre en place en Mayenne (voir En bonne voie : le collectif 53 pour un audit citoyen de la dette publique - 4 janvier 2012). Au niveau national : Collectif pour un audit citoyen de la dette

 

Voici le texte du tract diffusé. 

  

« Crise de l'Euro » « Crise de la dette » « Nous avons vécu au-dessus de nos moyens » « Nous n'avons pas le choix » « Il faut rassurer les marchés »

Que n'entendons-nous pas pour nous faire accepter des mesures d'austérité en attendant des jours meilleurs ?

 

Et si nous remontions aux origines de « la crise » ?

 

 Années 80

Stagnation des salaires aux États-Unis, retraites par capitalisation

Recours massif à l'emprunt pour consommer, pression sur la rentabilité financière des entreprises

 

Extension du phénomène en Europe

Ouverture des marchés de biens et services

Délocalisations pour baisser les coûts de production

Ouverture des marchés des capitaux

Développement des produits dérivés spéculatifs

Baisse des impôts des tranches de revenus les plus élevés, niches fiscales pour les plus fortunés

Diminution des recettes des États.

 

C'est la crise d'un système financier dérégulé, mis en place par ceux-là même qui nous gouvernent depuis 30 ans.

 

Leur solution ?

Baisses des salaires, des pensions de retraite, fin de la sécurité sociale, vente du patrimoine national, hausse de la TVA. Pouvons-nous penser raisonnablement que la destruction du modèle social européen sera un facteur de développement économique ?

 

C'est pourquoi le CAC53 s'est constitué dans la mouvance d'un Collectif national pour un Audit citoyen de la dette.

 

Nous ne pensons pas que le sauvetage de quelques propriétaires de banques européennes justifie le sacrifice de notre modèle économique et social

Nous pensons que les Etats doivent se financer directement auprès de leur Banque centrale, comme c’était le cas en France avant la loi de 1973.

Nous voulons un débat démocratique sur les décisions politiques qui engagent l'avenir de l'Europe.

 

Prochain temps fort vendredi 30 mars à 20 H 30 - Maison de quartier d'Hilard

Débat-échange d'informations avec Jacques HAREL, animateur d'Attac Pays malouin-Jersey, qui travaille sur les paradis fiscaux

 

Le "collectif local pour un audit citoyen de la dette" comprend, en Mayenne :

Attac 53, Trois Mondes, CIVIQ, Résistance sociale, Confédération paysanne, Solidaires, FSU ; il est soutenu par PCF, EELV, PG, PS.

D'autres organisations, des personnes peuvent nous rejoindre. Pour plus d'informations : www.audit-citoyen.org

 

Cet article est le 120ème paru sur ce blog dans la catégorie Capitalisme

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15 février 2012 3 15 /02 /février /2012 15:58

Transfert de souveraineté sans l'accord des citoyens

 

Le 9 février, avait lieu à Laval une réunion-débat à l'initiative de "La Maison de l'Europe en Mayenne", sur le thème "L'Europe en crise : comment en est-on arrivé là ? Quel avenir pour l'Europe ?"

Les intervenants : James Spence (ancien directeur à la Commission européenne) ; Thomas Hanske (journaliste du Handelsblatt), Henri de Bresson, journaliste (pendant 24 ans au quotidien Le Monde) et Jean Arthuis (sénateur, président du Conseil général de la Mayenne).

 

Ce même jour, Ouest-France publiait cet Entretien avec Jean ARTHUIS sur l'avenir de la zone euro  et l'hebdomadaire Le Courrier de la Mayenne, dans "L'interview de la semaine" posait cette question à Jean Arthuis : En quoi consiste votre mission gouvernementale sur la zone euro ?

Début novembre, le Premier Ministre m'a confié la mission de réfléchir sur l'avenir de la zone euro en répondant à deux questions : quelle gouvernance ? Quelles conditions à satisfaire pour assurer sa stabilité durable ?

J'ai rencontré de nombreuses personnalités, des économistes, des responsables politiques (Giscard, Delors, Attali...), des Parlementaires européens, des Commissaires européens... Je me suis rendu à Bruxelles, en Allemagne, en Italie, en Grèce, à Londres. Je dois aller en Espagne cette semaine et la semaine prochaine au Luxembourg. Ceci m'a amené à faire une hypothèse d'organisation de la gouvernance de la zone euro.

La note provisoire que j'ai rédigée souligne la nécessité d'avoir une gouvernance spécifique de la zone euro avec la constitution d'un Conseil des Chefs d'Etat et une instance de gouvernement constituée par les Ministres des Finances présidée par une personne indépendante. Elle serait une sorte de Ministre des Finances de la zone euro. Pour veiller à la bonne marche de ce conseil, il faut créer une commission de surveillance où siègeront des Parlementaires issus des Parlements nationaux car lorsqu'il y a une difficulté, comme avec la Grèce aujourd'hui, il est fait appel aux finances des pays. Il s'agira en fait d'une gouvernance économique et financière qui aura pour mission de faire converger les budgets des différents Etats membres et de stimuler la croissance et l'emploi. Mon rapport sera déposé début mars.

 

L'intervention de Jean Arthuis

 

Lors de son intervention, Jean Arthuis a justifié la création de la monnaie unique par  la nécessité de remédier à l'instabilité monétaire. Mais c'était un défi car la monnaie est une prérogative d'Etat, ce que n'est pas l'Europe, ni la zone euro. Le souci des Allemands était l'inflation et le problème de la France était dans la répétition des déficits publics, sanctionnés par des dévaluations. Le Pacte de stabilité n'avait pas prévu grand-chose pour la croissance. Il y avait des pénalités, non automatiques, en cas de non respect du Pacte. 

 

Depuis la création de la monnaie unique, le risque de dévaluation de la monnaie (la sanction des déficits) a disparu, ce qui a conduit certains pays à se relâcher. L'Allemagne a fait une réforme en profondeur. D'autres ont considéré que les dépenses de défense, de recherche et de développement, devaient être comptabilisées à part, s'éloignant de l'équilibre des comptes publics. En 2005, le Pacte de stabilité a été réformé. La Grèce a dissimulé, mais son adhésion était importante symboliquement (fondatrice de la démocratie, autre alphabet). En fait, elle n'a pas de cadastre, ni d'administration fiscale. Elle ne s'en sort pas au niveau de la croissance.

 

Dans le cadre de la mondialisation, les délocalisations ont concerné les économies européennes (sauf l'Allemagne). Les conséquences n'ont pas été tirées en ce qui concerne la gestion de la monnaie. Pas de gouvernement économique et budgétaire. D'où les difficultés. En Grèce, grâce à l'euro, les taux d'intérêt, dans un premier temps, sont passés de 15% l'an à 3%, ce qui a incité à la triche et au désordre.

 

Le partage d'une monnaie, c'est partager la souveraineté. Faut-il renoncer à l'euro ? Nous n'aurions plus accès aux marchés financiers. Certaines monnaies nationales s'apprécieraient, d'autres se déprécieraient, accentuant les problèmes de remboursement des dettes. Les créanciers étrangers prendraient des bouillons et ne voudraient plus financer les déficits. Nous avons intérêt à rester ensemble. En allant plus loin dans la gouvernance fédérale. Croissance, emploi, modèle social, paix, on ne peut pas faire marche arrière.

 

Maison de l'Europe et Arthuis : fuite en avant vers le fédéralisme

 

Cette soirée a montré un unanimisme des intervenants, chacun considérant que la cause de la crise européenne se situe dans le fait que les Etats européens n'ont pas été au bout de la logique fédérale de la création de l'euro, monnaie unique. Aucun n'a rappelé les débats qui ont précédé la ratification du traité de Maastricht. La question se posait alors du choix entre monnaie commune (maintien des monnaies nationales) et monnaie unique (effacement des monnaies nationales). Aujourd'hui, les partisans du fédéralisme veulent se servir de la crise pour imposer aux peuples européens leur vision de l'Europe. Mais ce n'est pas la seule option possible.

  

Cet article est le 90ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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14 février 2012 2 14 /02 /février /2012 23:28

Extraits commentés du livre "Moi, Jaurès, candidat en 2012"

  

Après une première partie de la soirée qui a consisté à faire mieux connaissance avec Jean Jaurès (voir Jean-Pierre Fourré a raconté Jean Jaurès à Saint-Berthevin le 2 février), Jean-Pierre Fourré parcourt son livre (voir Editions de Matignon - Discours de Jaurès) et commente les citations les plus remarquables.

Sur la laïcité

« L’idée, le principe de vie qui est dans les sociétés modernes, qui se manifeste dans toutes leurs institutions, c’est l’acte de foi dans l’efficacité morale et sociale de la raison, dans la valeur de la personne humaine raisonnable et éducable. C’est le principe, qui se confond avec la laïcité elle-même, c’est ce principe, qui se manifeste, qui se traduit dans toutes les institutions du monde moderne. C’est ce principe qui commande la souveraineté politique elle-même…

Et la preuve c’est que la société moderne lorsqu’elle constitue les organes de sa souveraineté, lorsqu’elle met sa souveraineté propre en action, en mouvement, quand elle confère, quand elle reconnaît à tous les citoyens le droit de participer à l’exercice du pouvoir, à l’élaboration de la loi, à la conduite de la société, l’Etat ne demande ni au citoyen qui vote, ni au législateur qui traduit la pensée des citoyens : Quelle est votre doctrine religieuse ? Quelle est votre pensée philosophique ?

L’exercice de la souveraineté, l’exercice de la puissance politique dans les nations modernes n’est subordonné à aucune formule dogmatique de l’ordre religieux. »

Moi, Jaurès, candidat en 2012 – page 23

 

Sur les langues régionales 

 

« Puisque ces enfants parlent deux langues, pourquoi ne pas leur apprendre à les comparer et à se rendre compte de l’une et de l’autre ? Il n’y a pas de meilleur exercice pour l’esprit que ces comparaisons ; cette recherche des analogies et des différences en une matière que l’on connaît bien est une des meilleures préparations de l’intelligence. Et l’esprit devient plus sensible à la beauté d’une langue basque, par comparaison avec une autre langue. Il saisit mieux le caractère propre de chacun, l’originalité de la syntaxe, la logique intérieure qui en commande toutes les parties et qui lui assure une sorte d’unité organique.

Ce qui est vrai du basque est vrai du breton. Ce serait une éducation de force et de souplesse pour les jeunes esprits ; ce serait aussi un chemin ouvert, un élargissement de l’horizon historique…

Il y aurait pour les jeunes enfants, sous la direction de leurs maîtres, la joie de charmantes et perpétuelles découvertes. Ils auraient aussi un sentiment plus net, plus vif, de ce qu’a été le développement de la civilisation méridionale, et ils pourraient prendre goût à bien des œuvres charmantes du génie du Midi…

Même sans étudier le latin, les enfants verraient apparaître sous la langue française du Nord et sous celle du Midi, et dans la lumière même de la comparaison, le fonds commun de latinité, et les origines profondes de notre peuple de France s’éclaireraient ainsi, pour le peuple même, d’une pénétrante clarté.

Amener les nations et les races à la pleine conscience d’elles-mêmes est une des plus hautes œuvres de civilisation qui puissent être tentées. »

Jean Jaurès, 15 octobre 1911

Moi, Jaurès, candidat en 2012 – pages 76,78

 

Sur la retraite

 

« Mais je répète que, de toutes les formes d’assurance, celle qui a le plus de noblesse morale, c’est l’assurance contre la vieillesse, précisément parce qu’elle oblige l’esprit de l’homme à se préoccuper d’un objet lointain, et parce que, ne pouvant pas selon les lois de la nature, profiter individuellement à tous, elle a plus que toutes les autres formes d’assurance un caractère de mutualité.
Elle doit intervenir à un âge où l’ouvrier, où l’homme, s’il n’est pas prématurément usé, doit pouvoir travailler encore. La retraite conçue comme le brusque arrêt total de l’activité humaine me paraît une chose horrible, à la fois contraire aux intérêts économiques de la nation et à la santé de l’individu.
La vérité est qu’il faut qu’à l’heure où la force des travailleurs commence à fléchir, ils puissent se dire ceci : que s’ils sont, en effet, obligés de s’arrêter tout à fait, ils auront une retraite suffisante, ou que, s’ils ont seulement besoin de se ménager, de prendre quelques jours ou quelques semaines de relâche, afin de ne pas arriver à l’épuisement, ils le pourront grâce à leur retraite, sans s’infliger de trop dures privations. C’est dans cette pensée que nous demandons que l’âge de la retraite soit abaissé normalement à 60 ans, sauf à être abaissé davantage dans certaines industries, comme la verrerie, qui sont particulièrement épuisantes. »

Jean Jaurès – La Dépêche de Toulouse, 16 juin 1911

Moi, Jaurès, candidat en 2012 – page 45



Cet article est le 33ème paru sur ce blog dans la catégorie CIVIQ Rencontres CIVIQ  
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13 février 2012 1 13 /02 /février /2012 23:48

Aller à l’idéal et comprendre le réel, socle de la politique

 

Celle et ceux qui étaient présents au Centre de Rencontres de Saint-Berthevin le 2 février n’avaient pas eu peur d’affronter le froid et le vent de ce soir d’hiver (voir Rencontre CiViQ : Jean Jaurès (JP Fourré) à St-Berthevin le 2 février - 26 janvier 2012).

 

Ils en ont été récompensés par la remarquable prestation de Jean-Pierre Fourré, qui a su faire connaître et aimer Jaurès. Jean-Pierre Fourré avait été ingénieur dans une PME avant de devenir député de Seine-et-Marne (trois mandats, de 1981 à 1993).

 

Après la vie politique, le théâtre amateur avec la compagnie « Mots en scène » - voir Mots en Scène - Compagnie théâtrale (77 Noisiel) et l’interprétation du rôle de Jaurès dans « La dernière journée de Jean Jaurès », dont des représentations au Café du Croissant (Paris 2ème) et à Carmaux (Tarn).

 

Lors de la précédente élection présidentielle, Sarkozy avait cité abondamment Jaurès, considérant que celui-ci avait été abandonné par les socialistes. Raison suffisante pour relire Jaurès et retrouver dans ses textes ce qui a rapport avec l’actualité. D’où l’idée du livre, programme électoral pour un futur président et JP Fourré dans la peau d’un directeur de campagne.

 

Avec 30 thèmes d’actualité, en tenant compte de la chronologie. Jaurès évolue, selon ses rencontres. Il a commencé sa vie politique parmi les républicains « opportunistes », à la droite des radicaux. C’est en entendant Jamel Debbouze dire à la télévision « Je voterai Jaurès » que l’idée du titre est venue.

 

Jean Jaurèsémaillait ses discours de petites phrases qui introduisaient une perspective, une ligne directrice. Les vrais candidats ont reçu le livre. Certains ont répondu en indiquant ce que Jaurès représentait pour eux, aujourd’hui. Voir le site JAURES candidat - élection présidentielle 2012

 

Réponses de Nicolas Dupont-Aignan (qui fait le lien avec de Gaulle), Dominique de Villepin (la hauteur de vue de Jaurès), Jean-Pierre Chevènement (qui voit un Jaurès modeste), François Hollande (deux pages de commentaire), Jean-Luc Mélenchon (qui a pris Jaurès à son compte depuis longtemps).

 

JP Fourré a créé les éditions Matignon (du nom de sa ville natale, en Côtes-d’Armor, qui a donné son nom à l’Hôtel Matignon, résidence du Premier Ministre). « De Matignon à l’Elysée » : raccourci amusant.

 

La vie de Jaurès

 

Il est né à Castres (Tarn) le 3 septembre 1859 et est mort à Paris le 31 juillet 1914, assassiné par Raoul Villain. Très brillant à l’école, il est détecté par ceux qui recherchaient les meilleurs élèves de la République dans les écoles des villages. A 14 ou 15 ans, il a eu une prise de parole remarquée face au préfet du Tarn. Après les classes préparatoires, il est reçu 1er au concours d’entrée à l’Ecole Normale.

 

A 26 ans, il est élu député sur une liste républicaine. C’est un monde inconnu qu’il découvre à l’Assemblée nationale, où il n’est pas à l’aise. Il intervient peu. Non réélu en 1889, il devient professeur à l’université de Toulouse et commence, en parallèle, une carrière d’éditorialiste.

Maire-adjoint de Toulouse, il vit dans cette région où il connaît bien les milieux paysan et ouvrier, tout particulièrement les mineurs et verriers.

 

En 1893, sa vie politique change avec le combat des mineurs de Carmaux, qui font grève pour s’opposer au licenciement de leur leader, Jean-Baptiste Calvignac. Celui-ci avait été élu maire de Carmaux en 1892 et s’était absenté de son travail en raison de ses obligations municipales (voir Jean Jaurès). Le licencier était remettre en cause le suffrage universel et les droits réels de la classe ouvrière à s’exprimer en politique.

La grève et Jaurès feront pencher l’arbitrage du gouvernement en faveur du maire salarié, contre le patron de la compagnie des mines, le baron Reille, leader de la droite dans le département. Son gendre était le député de la circonscription, le marquis Ludovic de Solages, qui démissionne pour protester contre la décision du gouvernement.

Choisi par les ouvriers pour être leur candidat à l’élection partielle, Jaurès est élu en tant que socialiste indépendant et siège parmi les socialistes à l’Assemblée. Il sera l’homme de l’unité des socialistes. Il est sur une ligne non marxiste, contrairement à Jules Guesde. Mais il sera sensible aux idées de Marx. Sa pensée est très originale. Elle a du sens, y compris dans la société d’aujourd’hui.

 

Dans sa vie personnelle, Jaurès est marié à une femme très catholique. Leur fille, Madeleine, fait sa communion solennelle, ce qui lui vaut d’être attaqué par les anticléricaux et caricaturé en « traître ». En l’occurrence, il ne fait que respecter la décision de sa femme. Il résiste. En tant que philosophe, il fait très souvent référence à Dieu. Par exemple, sur la question de la peine de mort, il s’y oppose car « elle est contraire à la fois à l’esprit du christianisme et à l’esprit de la Révolution »… Son refus du dogme et de la religion, en tant qu’organisation, le conduit à être très ferme sur la laïcité.

 

En 1903, il devient vice-président de la Chambre des députés. De tempérament « bon vivant », costaud, il ne prend pas soin de son apparence, ce qui lui vaut d’être raillé par les journaux.

Le fait de présider l’Assemblée nationale (l’auteur en parle en connaisseur, il a été lui-même dans cette situation en 1985) lui fait prendre une nouvelle dimension - position gestuelle d’acteur qu’il cultive. Quand Jaurès parle, il se projette vers les gens, utilisant tous les moyens pour aller les chercher et convaincre son auditoire. C’est un tribun, qui parle occitan, la langue régionale. Il milite pour l’occitan en 2ème langue, laisser parler l’enfant car il faut faire évoluer son esprit et sa sensibilité. Mais, en tant que jacobin, attaché à la notion de nation, il veut que tous apprennent la langue nationale.

 

Il est constamment à la recherche du compromis afin de convaincre, ne supportant pas la violence. En 1899, il soutient Millerand (homme du cléricalisme et du militarisme), qui préside un gouvernement d’union, alors qu’il est contre le cléricalisme et le militarisme. La grande affaire, c’est l’affaire Dreyfus, qui était un militaire, grand bourgeois. Les socialistes ne le soutiennent pas, se référant à la lutte des classes (laissons-les régler leurs affaires entre eux). Jaurès prend la tête des dreyfusards, avec Charles Péguy (lequel n’hésite pas à faire le coup de poing contre les antidreyfusards).

 

En 1904, il crée le journal l’Humanité et rédige un éditorial chaque jour de la semaine. Il défend l’indépendance du journal, face aux grands groupes de presse. Il est partisan des coopératives ouvrières, avec des salariés actionnaires.

 

La prévention de la guerre a occupé les dernières années de sa vie. Il est ardemment pour la paix, mais sans faire preuve d’angélisme. Il a écrit un gros livre « L’armée nouvelle », dans lequel il présente, avec un grand souci du détail, l’organisation de la France. Sa conception de l’armée est l’armée de citoyens (Valmy). Il refuse le militarisme mais n’est pas antimilitariste. Les socialistes défendent la République, la France.

 

En 1913, il se bat contre la conscription de trois ans. A Pré-Saint-Gervais (célèbre photo), il fait un discours sur une butte devant 150 000 personnes (il avait des répétiteurs dans la foule). Il avait une trame dans la tête. Il préparait ses discours en marchant (pour cette raison, on le disait rêveur, il apparaissait chaleureux mais distant). D’abord philosophe, humaniste, il s’est forgé une pensée politique en apprenant de la vie, au quotidien. Il excellait dans les débats parlementaires sur des thèmes concrets (la situation des mineurs, le prix du vin).

 

Rien ne peut éviter la guerre. Le déclencheur est l’assassinat de François Ferdinand, l’héritier du trône autrichien. C’est l’union sacrée nationaliste. Les mentalités évoluent, la presse de droite et d’extrême droite est insultante et revancharde. Des gens comme Daudet, Maurras, écrivaient « Il faut fusiller Jaurès ». Péguy, lui-même, est pour la guerre. Raoul Villain, étudiant nationaliste mais non embrigadé, tire sur Jaurès, qui est attablé, fenêtre ouverte, au Café du Croissant, le 31 juillet 1914. « Ils ont tué Jaurès ! » (Jacques Brel).

L’assassin ne sera pas jugé tout de suite, en raison de la guerre. En 1919, il sera acquitté dans un contexte de fort nationalisme. Son épouse, partie civile, sera même condamnée aux dépens ! L’assassin sera fusillé en 1936 en Espagne par des anarchistes (sans savoir qui il était).

Enterré à Albi en 1914, Jaurès, qui ne le voulait pas (confidence faite à Aristide Briand), ira au Panthéon en 1934, porté par les mineurs.

 

Livre recommandé sur la vie de Jaurès : « Le grand Jaurès », de Max Gallo.

 

Dans une seconde partie de la soirée, Jean-Pierre Fourré parcourt son livre « Moi, Jaurès, candidat en 2012 » - mai 2011, Editions de Matignon (www.editionsdematignon.com) et commente les citations les plus remarquables.

 

Cet article est le 32ème paru sur ce blog dans la catégorie CIVIQ Rencontres CIVIQ

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12 février 2012 7 12 /02 /février /2012 14:57

Les producteurs ont besoin des citoyens-consommateurs

 

AG Office du lait Avranches 221111 029 TPaul de Montvalon, président de l’OFFICE DU LAIT NATIONAL FRANCE MILK BOARD, invite les consommateurs à le rejoindre au Salon de l’Agriculture, le 26 février, afin de créer le collège consommateurs.

 

Aujourd’hui, l’Office du Lait National aborde une nouvelle étape ; il active son collège consommateurs pour amorcer un mouvement citoyen d’ampleur et d’efficacité uniques.

 

Le lancement de ce collège consommateurs aura lieu : dimanche 26 Février 2012, au Salon de l’Agriculture à Paris.

 

L’Office du Lait poursuit donc inlassablement sa stratégie. Après avoir résolu les questions administratives et statutaires, nous avons créé l’Organisation de Producteurs transversale, France MilkBoard :

- La seule OP à avoir bâti une contre proposition aux contrats iniques des transformateurs.

-La seule OP à contre courant de «  la pensée unique », grippant des rouages esclavagistes que, il y a quelques mois encore, nous ne soupçonnions même pas.

Pour preuve : les gesticulations de plus en plus animées autour des coopératives, corroborées par les récentes révélations de l’APLI, apportant ainsi la preuve que la situation que nous connaissons n’est en rien le fruit du hasard, mais le résultat d’une lente et perfide machination où l’éleveur n’a d’autre avenir que celui de faire-valoir.

 

Cette volonté révélée de main mise du secteur végétal sur l’élevage vient simplement confirmer ce que nous percevions sur le terrain : tous les maillons de la filière laitière sont contre nous, de l’industriel au politique. Tous, sauf un : le consommateur. 92 % d’entre eux nous ont soutenus pendant la grève du lait.

 

A l’époque, et c’est excusable, nous n’avons pas su (ou pu…) créer un lien entre les deux extrémités isolées, spoliées mais ô combien primordiales de la filière laitière : nous possédons la matière première, les consommateurs ont un pouvoir qu’ils sous-estiment : le pouvoir d’arbitrer dans l’acte d’achat.  

Pour lancer le collège consommateurs nous avons donc choisi le Salon de l’Agriculture pour des raisons pratiques (présence des médias notamment), mais aussi pour la symbolique de la rencontre entre le monde rural et le citadin parisien.

 

Nous vous informerons dans les jours à venir des modalités pratiques de cette journée, et je vous invite d’ores et déjà à réserver cette date pour participer massivement à cette action que nous souhaitons inscrire comme le premier jour de la révolution citoyenne autour d’un thème : « Sauvons le lait ! ». Bien évidemment cette action est ouverte à tous, invitez sans modération, amis et famille à nous rejoindre.

 

 Cet article est le 285ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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11 février 2012 6 11 /02 /février /2012 19:53

Une initiative partie d’Autriche qui s’étend en Europe

 

L’association des producteurs de lait indépendants (Apli) a réuni ses délégués départementaux le 31 janvier au Plessis-Macé, au nord d’Angers, pour mettre à jour ses statuts et devenir une fédération (voir Assemblée des producteurs de lait Apli : une nouvelle équipe en place - 5 février 2012).

 

Elle a entendu Roland Tardieu, ancien syndicaliste FNSEA dans le Cantal, faire l’historique de ce syndicat, mettant en évidence les tensions internes entre éleveurs et céréaliers et la prise de pouvoir de ces derniers avec l’accession à la présidence du représentant des grandes cultures (voir Filière laitière (AG Apli, Tardieu) : la connivence FNSEA-coopératives - 6 février 2012).

 

Venons-en à la présentation du projet de lait équitable, faite par Richard Blanc, nouveau président de l’Apli nationale. L’hebdomadaire régional d’informations agricoles et rurales L'AVENIR AGRICOLE en a fait un compte rendu dans son édition du 3 février, sous le titre :

 

AGE-Apli-Plessis-Mace-310112-002-T.jpg« L’Apli lance son projet de lait équitable »

 

L’Apli nationale, réunie en assemblée générale au Plessis-Macé (Maine-et-Loire) le 31 janvier, a lancé officiellement son projet de lait équitable. Un pari audacieux.

 

« Les coops n’assument plus du tout leurs missions initiales, nous voulons retrouver cet esprit de départ ». Le nouveau président de l’Apli nationale, Richard Blanc, éleveur laitier en GAEC dans le Nord, propose donc une sorte de retour aux fondamentaux.

Le projet de « lait équitable » de l’Apli, annoncé de longue date, devrait enfin bientôt voir le jour. Le pari est plutôt audacieux. Il s’agit de trouver 3 000 adhérents en France, qui verseront chacun une somme de mille euros comme capital. Ils s’engageront également à donner de leur temps : cinq demi-journées par an pour aller vendre le lait dans les supermarchés.

 

10 centimes d’euros par litre pour les producteurs

 

L’Apli ne crée pas de laiterie, elle ne révolutionne pas non plus la collecte. D’ailleurs, dans les fermes, le changement sera imperceptible : ce sera toujours le même camion qui passera dans l’exploitation pour pomper le lait du tank. Le changement se produit en fait en aval. La coopérative créée par l’Apli, qui devrait s’appeler Coop Fair France, achètera le lait à un industriel privé ou coopérative (« on a un contact, il n’est pas français, mais c’est top secret pour l’instant ») pour le revendre aux centrales d’achat de la grande distribution environ au prix de 0,90 € le litre de lait demi-écrémé. L’éleveur adhérent percevra 0,10 € par litre vendu.

Présenté par Richard Blanc, le prix du lait se décomposerait ainsi : « Les industries achètent le lait 33 centimes aux producteurs. On compte ensuite 5 centimes pour le transport puis 25 centimes pour la transformation (UHT, ½ écrémé) et le bénéfice de l’industriel ». Au total, le litre de lait serait vendu 63 centimes environ à Coop Fair France, qui revendrait alors aux centrales d’achat au prix de 90 centimes, après avoir réalisé un petit bénéfice et reversé 10 centimes d’euro aux producteurs, ainsi qu’un centime à l’European MilkBoard (EMB) et un centime à l’Apli ou l’Organisation des producteurs de lait (OPL).

 

300 € par adhérent la première année

 

Le lait équitable sera vendu sous la marque Fair France. A condition, bien sûr, de réunir suffisamment d’adhérents. Il en faut 3 000 au minimum, selon les estimations de l’association. « Si la coop vend dix millions de litres au cours de la première année comme nous le prévoyons, chaque adhérent percevra une rémunération de 300 euros ». En Belgique, ils avaient perçu chacun 230 euros la première année, pour mille euros investis. Car le Fair milk existe déjà en Belgique, ainsi qu’en Autriche, en Allemagne, aux Pays-Bas et en Italie.

D’ici là, il faudra commencer par réunir les 3 000 adhérents. « On espère réussir une mobilisation générale bien plus importante, et augmenter l’année suivante, puis ensuite étendre le système à d’autres productions. Les coopératives ont démarré comme cela, grâce à des gens illuminés qui faisaient des choses ! ».

 

En Belgique, la coopérative présidée par Erwin Schöpges commercialise du lait équitable (voir Lait équitable: la coopérative Faircoop verse 23% d'intérêt à ses membres).

La coopérative a vu le jour fin 2009 dans l'est du pays, dans le but de commercialiser Fairebel, une marque de lait solidaire et équitable vendue dans les grandes surfaces. « Sur chaque litre de lait Fairebel vendu, 10 centimes d'euro vont directement dans une caisse de la coopérative. La somme récoltée est ensuite redistribuée équitablement entre les agriculteurs membres», indique Erwin Schöpges président de la coopérative. Pour 2010 et après 8 mois d'activités, la coopérative va redistribuer aux agriculteurs membres une somme de 23 euros par part d'une valeur de 100 euros acquises, soit 23 % d'intérêt. Cette somme représente un volume de litres de lait vendus à un prix équitable. « Un coopérateur qui détient 10 parts va se voir attribuer une somme de 230 euros représentant 2.300 litres de lait de sa production vendus à un prix équitable », explique Erwin Schöpges. Comme le souligne M. Schöpges, le but de la coopérative est, à terme, de vendre la totalité du volume produit par ses membres à un prix équitable.

 

Voir aussi The Fair Milk: Pourquoi le lait équitable?

 

Qu’entend-on par lait équitable ?

Ce qui est commun à toutes les initiatives de Faire Milch, c’est le prix équitable payé au producteur qui est d’environ 10 centimes de plus par kg de lait. Ce prix couvrant les coûts de production, il permet aux producteurs une mise en valeur durable de leur exploitation. Car ce n’est que par le biais d’une politique équitable des prix que les exploitations agricoles familiales peuvent subsister durablement sur le marché, produire du lait de haute qualité et contribuer à la préservation des paysages culturels.

 

Tout a commencé en Autriche

La fédération autrichienne IG-Milch a été la première en juin 2007 à commercialiser en Europe sa propre marque « A faire Milch ». Depuis son lancement, ce lait connait du succès en Autriche comme lait frais « à conversation prolongée » et depuis 2010 comme « yaourt équitable ».

Les années suivantes, ce concept autrichien a été repris par l’European Milk Board (EMB) et mis en pratique par ses organisations nationales membres dans quatre autres pays. La sympathique vache publicitaire Justine existe depuis dans les couleurs nationales de nombreux pays de l’UE.

En janvier 2010, la BDM, la fédération des producteurs laitiers allemands, a lancé sur le marché la marque « Die faire Milch ». Elle propose du lait longue conservation de 1,8 et 3,8% de matières grasses.

Au Luxembourg, le lait équitable « D’fair Mëllech » est commercialisé depuis février 2011 comme lait UHT de 3,5 % de matières grasses. Il est proposé en Belgique depuis mai 2010 sous l’étiquette « Fairebel » comme lait stérilisé de 1,5 % et comme lait chocolaté. En Belgique, il existe en outre depuis 2011 la « glace équitable » en quatre délicieux parfums.

Les Pays-Bas sont les membres les plus jeunes de la famille Faire Milch. Depuis novembre dernier, la fédération des producteurs laitiers néerlandais NMV y propose un lait chocolaté Fairtrade qui représente non seulement un prix du lait équitable mais aussi un commerce équitable avec les pays en voie de développement.

 

Cet article est le 284ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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10 février 2012 5 10 /02 /février /2012 22:11

Pour lutter contre le déclin, développer la technologie

Le sénateur CHEVÈNEMENT est intervenu le 9 février lors du débat sur la situation de l’industrie automobile - voir Débat sur la situation de l'industrie automobile en France (Vidéos du Sénat). C’est une industrie très implantée dans sa région (autour du Territoire de Belfort, à Montbéliard en Franche-Comté, mais aussi à Mulhouse, en Alsace). Voici le texte de son intervention.

Université d'été MRC 2011 TFaire du véhicule du futur un grand projet national

Les ventes de voitures neuves en France ont chuté de 20,7 % en janvier 2012. C’est principalement l’effet de la récession qui affecte l’économie française, et dont on peut craindre qu’elle se prolonge, étant donné les mesures budgétaires restrictives mises en œuvre dans la zone euro sous l’impulsion du gouvernement de Mme Merkel et que le traité européen accepté par M. Sarkozy va institutionnaliser à travers une prétendue « règle d’or ».

Chaque jour on nous vante le modèle allemand, dont chacun sait qu’il est intransposable, car tous les pays ne peuvent pas être excédentaires en même temps.
Cette campagne publicitaire gratuite organisée par M. Sarkozy en faveur du « Made in Germany » a au moins un effet : tandis que les marques françaises connaissent un recul plus fort que la moyenne – 27,4 % pour PSA et – 32,7 % pour Renault-Dacia – les marques allemandes, elles, s’envolent sur le marché français : + 16 % pour BMW, + 18,2 % pour Volkswagen et un petit 0,8 % pour Mercedes.

On peut naturellement voir dans le tassement des ventes de voitures françaises l’effet du vieillissement des modèles comme la Peugeot 207 et la Renault Clio III. Peut-être le recyclage de la 207 et de la Scenic, et le lancement de nouveaux modèles comme la Peugeot 208 ou la 3008 hybride 4 ou la DS5 vont-ils redynamiser les ventes. Je l’espère. Il n’en reste pas moins que le marché français est, au mieux, stagnant.

 

De 1997 à 2009, selon des statistiques du Comité des Constructeurs français d’Automobiles (CCFA), la production mondiale de ceux-ci a augmenté de 32,6 %, tandis que leur production en France diminuait de 33 %, alors même que les immatriculations de voitures y progressaient de 31,4 %. Le déclin de la production automobile française a, en fait, commencé dans les années 1980, sous l’effet de l’ouverture des marchés et d’une concurrence de plus en plus exacerbée. Comment donc « produire en France » comme c’est devenu le leitmotiv de nombre de candidats qui, n’étant pas à une contradiction près, surenchérissent par ailleurs dans l’éloge d’une rigueur sans perspective ? L’industrie automobile est une industrie clé pour l’emploi et pour le commerce extérieur.

La France, en 2010, a produit 2,2 millions de véhicules dont 1,9 million de voitures particulières. Les deux grands groupes français détiennent un peu plus de la moitié du marché intérieur, mais trop positionnés sur la moyenne gamme, et résistent de plus en plus difficilement à la concurrence étrangère. Comment, dans ces conditions, dissuader PSA et Renault de délocaliser une part croissante de leur production dans les pays à bas coût pour réexporter ensuite en France ? En novembre 2011, Peugeot annonçait la suppression de 6000 postes, dont environ 5 000 en France, pour réaliser 800 millions d’euros d’économies en 2012. Certes la direction du groupe s’est engagée à ce qu’il n’y ait pas de licenciements. Mais c’est surtout dans les CDD et l’intérim que les réductions vont se faire sentir. Il est absolument vital de poursuivre une politique de recrutement et de formation des jeunes, en étroite liaison avec les régions, et de développer l’apprentissage des métiers de l’automobile. Les entreprises doivent offrir des emplois qualifiés et stables en CDI. Une négociation sociale doit s’engager pour améliorer les conditions de travail, de rémunération et de qualification. C’est un enjeu majeur de compétitivité pour l’avenir. La qualité du travail, c’est aussi la qualité du produit !

Les fournisseurs eux aussi sont en première ligne. Les fournisseurs français ont déjà perdu 35 000 emplois en 2008-2009 pour n’employer plus que 265 000 salariés à la fin de 2009. Or, c’est souvent chez les équipementiers que l’effort de recherche aujourd’hui doit se concentrer. Il est absolument vital de préserver et fortifier le tissu de la sous-traitance.

Tous les acteurs doivent être sensibilisés aux concertations et adaptations nécessaires, dans une logique de partenariat. Les acteurs de la filière sont interdépendants. La filière a à effectuer un profond travail d’analyse sur elle-même pour relever, dans un esprit de progrès social, le défi de sa compétitivité future. Il faut permettre la modernisation du tissu de PME liées à l’automobile et ancrées sur le territoire. Nous devons à tout prix maintenir une base industrielle et technologique nationale. C’est la condition du progrès social de tout le pays.

Bien entendu nous devons parfaire le marché européen en y faisant prévaloir des règles et des normes. Je pense à l’harmonisation de la TVA et des charges sociales. L’augmentation de 1,6 % de la TVA ne constitue pas un choc de compétitivité suffisant pour permettre à notre industrie de reprendre le dessus. Notre industrie doit pouvoir combattre à armes égales avec nos concurrents extraeuropéens. Peut-on le faire avec un euro surévalué d’au moins 15 % et sans mesures d’égalisation sociales et environnementales ? Il y a, à coup sûr, matière à négociation.

Je comprends la logique qui conduit nos constructeurs à vouloir installer de nouvelles usines, en Russie, en Chine, en Inde ou au Brésil. Ils cherchent à se développer sur des marchés en forte croissance. Mais c’est une toute autre logique qui a prévalu dans certains pays de l’Europe de l’Est où il s’agissait de produire à moindre coût pour réexporter ensuite vers la France et vers l’Europe occidentale. C’est ainsi que notre balance commerciale automobile, jadis fortement excédentaire, est devenue déficitaire depuis 2009. Je plaide cependant pour qu’il y ait, pour des raisons géopolitiques évidentes, une exception maghrébine. L’intérêt national doit prendre en compte plusieurs considérations.

Comment inverser la tendance ? D’abord soutenir la conjoncture en Europe et en France. Cette orientation est malheureusement aux antipodes de la politique économique générale que vous promouvez avec la mise en œuvre simultanée de plans d’austérité en France et sur des marchés où nos constructeurs sont bien implantés, comme l’Espagne, l’Italie, le Portugal et la Grèce.

Sur quelles mesures comptez-vous, Monsieur le Ministre, pour permettre à nos groupes de continuer à produire français ? Les gouvernements successifs se sont démunis de tous les moyens d’action monétaire ou tarifaire. Vos ressources budgétaires sont taries. Bien sûr le salut serait dans l’accélération de l’innovation pour faire face aux deux défis que sont le renchérissement du prix du pétrole et l’impératif de limitation de l’émission de gaz à effet de serre. Il faudrait accélérer la montée en gamme technologique afin de mettre l’industrie française au niveau de la concurrence européenne, notamment allemande. Mais avec quelles marges ? Nos entreprises sont notoirement moins profitables. Avec quelles aides budgétaires publiques, alors que le budget de l’Etat est réduit à la portion congrue ? Quelle stratégie les pouvoirs publics entendent-ils mettre en œuvre ?

Le développement du marché de véhicules à énergie alternative – véhicules électriques ou véhicules hybrides – prendra du temps malheureusement. Du moins peut-on l’encourager et l’accélérer par une stratégie coordonnée visant à réglementer, à inciter, notamment par la voie fiscale, à créer les infrastructures de recharge en électricité nécessaires.

Il doit être possible de rajeunir le parc actuel et d’en sortir les véhicules anciens les plus polluants. Des incitations fiscales appropriées devraient y conduire. Il ne doit pas s’agir, pour autant, de cautionner, sous des prétextes faussement écologiques, des campagnes « anti-bagnole » à courte vue. Il faut réconcilier la France avec son industrie automobile.

On a quelquefois envie de crier « Halte au feu ! » Toute la France n’est pas Paris ou Lyon ! L’automobile est, après le logement, le premier besoin des familles. La fiscalité, la formation, le crédit à la consommation devraient être revus afin de promouvoir une politique de l’automobile intelligente. Il faut faire de l’automobile du futur un grand projet national.

Si la voiture électrique peut occuper des marchés de niche (flottes des collectivités), la voiture hybride pourrait connaître rapidement un meilleur avenir, surtout si le progrès technique s’applique parallèlement à la baisse des consommations d’hydrocarbures et à la limitation des émissions de gaz à effet de serre sur les moteurs thermiques.

La meilleure réponse au risque de stagnation de longue durée du marché français et européen est dans l’accélération du progrès technique chez les constructeurs et chez les sous-traitants. Ne serait-il pas opportun de mettre en œuvre des aides européennes financées par l’emprunt et de créer en France un Commissariat chargé de piloter le projet de véhicule du futur ?  (…)

Un dernier mot, Monsieur le Ministre, en faveur de la filière hydrogène. Celle-ci n’est peut-être pas mûre aujourd’hui. Mais il faut voir à dix ou quinze ans. L’adjonction d’un « kit hydrogène » à la voiture électrique lui permettrait d’acquérir un rayon d’action et donc d’autonomie de 600 à 700 Km.

Un centre de recherche technologique a été créé en 1999 à Belfort, à l’initiative de Claude Allègre. Ce centre FCLab qui rassemble quatre-vingts chercheurs et ingénieurs a besoin d’être soutenu par des contrats de recherche pour que la France, en dialogue avec de grands pays très avancés dans ce domaine, comme les Etats-Unis, l’Allemagne et le Japon, ne rate pas ce rendez-vous.

Mais vous êtes-vous donné les moyens d’une politique de développement technologique à longue portée ? Je crains que vous ne vous soyez laissés happer par la spirale du renoncement et par conséquent du déclin. Ah ! Comme j’aimerais avoir tort !

 

Chevènement déplore l'impuissance du ministère de l'Industrie (L’usine nouvelle, 11 janvier 2012)

L'industrie liée à l'automobile, 1ère victime de la crise financière (2 décembre 2008)

 

Cet article est le 27ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur

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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 23:52

Un interventionnisme expéditif, improvisé et incohérent

 

Lors du débat de politique étrangère du Sénat, le 7 février, Jean-Pierre Chevènement a mis en évidence les incertitudes et les risques de dégradation des situations en Libye et en Syrie, avec des conséquences sur la rivalité entre l’Iran et l’Arabie Séoudite. Le sénateur semble ne pas croire qu’il s’agit bien de la politique d’Alain Juppé, soupçonnant (sans le dire) l’empreinte du président de la République.

 

Chevènement Le Mans 280111 002 TPar rapport à sa précédente intervention (voir Libye et Afghanistan : les sages conseils du sénateur Chevènement - 15 juillet 2011), la tonalité est plus critique. Jugez-en par sa conclusion, que voici : 

Cette politique porte la marque d’une improvisation et d’une incohérence qui ne vous ressemble pas. Il serait temps que la France revienne à une politique à la fois plus réaliste et plus proche des principes qui sont traditionnellement les siens : refus de l’ingérence, respect de l’autodétermination des peuples et protection égale de tous. Un certaine retenue accompagnée d’un effort lucide d’impartialité et d’objectivité, seraient plus conformes à nos intérêts qu’une diplomatie qui semble puiser son inspiration dans une forme d’interventionnisme expéditif, proche de celui pratiqué en 2003 par les néoconservateurs américains beaucoup plus que dans la tradition réaliste de notre politique étrangère dont nous pensions qu’elle était aussi la vôtre.

Lire le reste de l’intervention : Notre politique étrangère porte la marque d’une improvisation et d’une incohérence

Monsieur le Ministre d’Etat,

Je souhaite attirer votre attention sur la situation passablement chaotique qui se développe en Libye depuis la chute de Mouamar Khadafi :
Arrestations arbitraires, actes de torture relevés par des organisations humanitaires comme Amnesty International ou Human Rights Watch, comme ceux qui ont laissé mort l’ancien ambassadeur libyen à Paris, M. Brebech à Zentane, le 20 janvier 2012, ville où par ailleurs se trouve détenu Saïf Islam Kadhafi, traitement racistes de travailleurs africains, heurts armés, ainsi dans la ville de Beni Oulid, où un «
Conseil des Anciens » issu de la tribu des Warfalla semble désormais s’être affranchi du gouvernement de transition, développement des féodalités locales fragmentant le pays, dissémination d’armes dans la bande sahélienne, avec les menaces qui recommencent à peser sur le Mali, le Niger, le Tchad, dissensions enfin à l’intérieur du Conseil National de Transition qui vient d’adopter une loi électorale fondée sur un système de listes pour élire la prochaine assemblée constituante. Or ce système de listes adopté sous la pression des Frères musulmans ne peut évidemment que leur profiter. Le CNT a aussi décidé de faire de la charia la source principale du droit et d’autoriser à nouveau la polygamie que la Libye était avec la Tunisie le seul pays arabe à avoir aboli.

Vous nous confirmerez, M. le Ministre, si là était bien le résultat recherché et, sinon, quelles démarches le gouvernement français a entrepris auprès des autorités libyennes pour faire respecter les doits de l’Homme dont se réclamait la révolution libyenne soutenue par l’OTAN. Nous ne pouvons que nous interroger sur le fait de savoir s’il n’eût pas mieux valu à l’été 2011 rechercher une issue politique, comme il semble que cela eût été possible, sous l’égide de l’Union africaine.

Vous-même, dans votre intervention du 12 juillet à la tribune du Sénat déclariez : «
L’intervention militaire n’est qu’un moyen et non une fin ; la fin c’est la recherche d’une solution politique et nous y travaillons d’arrache-pied ». Vous évoquiez « un processus politique » et souhaitiez qu’une force de stabilisation internationale, de préférence une force de l’ONU, soit dépêchée sur place. C’eût été la sagesse pour favoriser une paix sans exaction, sans vengeance et sans esprit de revanche.

 

En réalité, nous sommes allés bien au-delà de la « responsabilité de protéger » qui était au fondement de la résolution 1973 adoptée le 17 mars 2011 par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Vous avez interprété la résolution 1973 comme si elle fondait un droit d’ingérence pour permettre le fameux
regime change, le changement de régime contraire au principe de non ingérence qui, jusqu’à nouvel ordre, guide la doctrine de l’ONU et constitue un principe de notre politique extérieure, réaffirmé y compris par l’un de vos prédécesseurs, M. Kouchner, à l’occasion d’un communiqué franco-chinois signé en avril 2009. J’ai encore dans l’oreille la déclaration du Premier ministre le 22 mars 2011 devant le Sénat : « Nous appliquons toute la résolution 1973 et rien que la résolution 1973 ». Or nous l’avons interprétée de manière très extensive.

Ce jusque-au-boutisme a favorisé le désordre actuel.

Vous me direz sans doute, monsieur le Ministre d’Etat, qu’il est trop tard pour revenir sur le passé.
Eh bien non ! Il n’est pas trop tard, car en allant bien au-delà de la résolution 1973, vous avez discrédité la notion de «
responsabilité de protéger » que l’ONU avait adoptée en 2005, notion qu’elle distinguait bien évidemment du prétendu « droit » ou « devoir d’ingérence ». Distorsion telle que l’un des vrais concepteurs du principe de la responsabilité de protéger, l’ancien ministre des Affaires étrangères australien, M. Gareth Evans, s’en est ému dans un article récent.

Et nous voilà projetés au cœur du drame syrien où la «
responsabilité de protéger » serait bien utile mais ne peut s’exercer du fait de l’obstruction au Conseil de Sécurité de pays comme la Chine et la Russie qui s’étaient abstenus, le 17 mars 2001, sur la résolution 1973 relative à la Libye. Le précédent libyen pèse lourd en Syrie.

La Russie soutient, certes pour des raisons intéressées, le régime de Bachar El Assad contre ce qu’elle appelle «
l’ingérence étrangère » laquelle est en fait une révolution populaire où s’affirment des éléments islamistes extrémistes. Au-delà de la revendication de la liberté et de la démocratie pour le peuple syrien, n’y a-t-il pas des forces qui veulent transformer la Syrie en champ clos d’une rivalité autrement plus décisive entre l’Iran et l’Arabie Séoudite ? Et ne peut-on craindre, en toute lucidité, à la lumière de l’évolution de l’Irak, les conséquences qui s’ensuivront à terme pour des minorités, notamment chrétiennes, au sort desquelles la France déclarait n’être pas indifférente ?

On en vient ainsi naturellement à l’Iran. La France se situe à l’avant-garde de l’embargo décrété par l’UE sur le pétrole iranien, au prétexte de conduire l’Iran à la table des négociations et d’éviter ainsi des frappes israéliennes. Cette attitude qui s’insère dans une logique de surenchère ne garantit pas la suite et comporte dans l’immédiat un effet certain qui ira l’inverse du but recherché : les puissances asiatiques, à commencer par la Chine, occuperont la place laissée vide par les Occidentaux.

Le Golfe arabo-persique cesserait ainsi, par la force des choses, d’être essentiellement orienté vers le monde occidental.

Une nouvelle étape de la désoccidentalisation du monde se profile ainsi à l’horizon ce qui explique une plus grande retenue américaine. Dans le même temps, dans le contexte des retraits occidentaux d’Afghanistan, se lève chez les Iraniens la crainte d’un encerclement de leur pays par un intégrisme sunnite dominé par l’alliance du Pakistan et de l’Arabie Séoudite. La France a-t-elle bien mesuré les risques d’engrenage ?

On comprend la circonspection de la Turquie de M. Erdogan. Celle-ci a pris une position d’arbitre. La Turquie est évidemment une puissance d’équilibre dans la région. Etait-il bien judicieux de nous la mettre à dos par le vote d’une loi prétendant écrire l’Histoire ?
(…)

Cet article est le 26ème paru sur ce blog dans la catégorie Chevènement sénateur

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8 février 2012 3 08 /02 /février /2012 10:06

La Commission européenne n'en a pas fini avec le néolibéralisme  

 

AG Office du lait Avranches 221111 032 TAndré Pflimlin* s'insurge contre les propositions validées par deux institutions européennes (la Commission et le Conseil des ministres de l'agriculture) visant à déréguler le marché laitier. Le Parlement européen, dont les options sont tout aussi libérales que les deux autres institutions, est appelé à valider à son tour la réforme privatisant le secteur laitier. Espérons que la raison prévaudra et que ce "paquet lait" ne sera pas voté.

 

L’Europe laitière s’engage dans une compétition suicidaire

 

Le 13 février prochain, le Parlement Européen devrait adopter le « paquet lait » déjà validé par la Commission et par le Conseil des ministres  en décembre dernier et  boucler ainsi la dernière étape de la dérégulation du marché laitier votée en 2003. Pourtant, les arguments majeurs justifiant cette réforme laitière libérale ont été sévèrement critiqués  par les plus hautes instances européennes de conseil et de contrôle et ont infirmé par les faits. La crise plongeant à nouveau  une large part de l’Europe dans la récession et le chômage, il parait inconcevable de poursuivre cette privatisation du secteur laitier, destructrice d’emplois et de biens publics. Un recentrage sur le marché européen est souhaitable, non seulement  pour les producteurs et les consommateurs mais aussi pour la préservation de la nature, de la diversité des territoires et des savoirs faire locaux. Tout cela reste encore possible, sans  surcoût budgétaire , si le Parlement  Européen en décide autrement.

 

Cette reforme laitière était justifiée par trois affirmations inexactes ou non démontrées par les faits.

 D’abord l’alignement inéluctable de la PAC sur le marché mondial selon les règles de l’OMC avec la fin des protections aux frontières. Or non seulement les négociations  à l’OMC n’ont pas avancé depuis plus de 10ans mais il se trouve de plus en plus de grands pays, notamment les Etats Unis et l’Inde, cherchant à classer  les produits laitiers dans les produits sensibles, voire à les sortir des discussions  de l’OMC.  De plus, alors que l’Europe libéralise et privatise son marché laitier, les Etats-Unis  font l’inverse en  préparant  une loi de sécurité laitière visant à renforcer les garanties de  marge  de tous leurs producteurs  sans limite de taille de troupeau  et  assortie d’une régulation des volumes par ferme ! .

 Ensuite, cette réforme devait être bénéfique au  consommateur du fait d’une baisse des prix résultant d’un marché ouvert. Plusieurs études  basées sur  l’analyse des faits dans une dizaine de pays, démontrent qu’il n’en est rien  et que ce sont les maillons intermédiaires, transformation et distribution qui empochent la marge (1)

Enfin, face à une demande mondiale croissante, la réforme devait stimuler la compétitivité  de toute la filière  laitière européenne  pour reconquérir  notre part du marché  mondial largement érodée depuis la mise en place des quotas. S’agissant principalement  d’exportation de poudre de lait et de beurre, largement subventionnées jusqu’à ces dernières années, il faudra  maintenant se battre en direct et sans filet de protection, avec les Néozélandais et d’autres concurrents n’ayant pas nos contraintes environnementales et sociales. Pour la Cour des Comptes Européenne et pour le Conseil Economique et Social  ce pari de compétitivité parait peu crédible  et même incompatible avec  les objectifs affichés par la Commission pour un développement rural durable et l’équilibre des territoires. Ces deux rapports publiés fin  2009 début 2010, n’ont pas modifié la position de fond de  la Commission  sinon quelques  concessions  mineures au Conseil des ministres de l’Agriculture et au Parlement Européen.

Pourtant, dans une Europe en crise, avec un taux de chômage à plus de 10%, voire 20% en Espagne, et une disparité croissante entre régions riches et pauvres, laisser faire le marché  c’est inévitablement encourager la concentration dans les régions les plus favorisées qui produisent déjà plus de la moitié du lait sur moins de 10% du territoire, avec toutes les conséquences sociales et environnementales associées.

 

Cette réforme va encourager un modèle de production laitière industriel  avec de grands troupeaux  dans des stabulations  de plus en plus automatisées pour l’alimentation et  la traite, nécessitant  de moins en moins de main-d’œuvre. Elle va aussi réduire la place des prairies et du pâturage  au profit du maïs ensilé, des aliments achetés et du soja importé, pour des vaches  encore plus granivores, plus productives et plus fragiles ! Tout cela pour des revenus de plusen plus aléatoires face à la volatilité des prix  comme le montre la quasi faillite des l’élevage  laitier danois, notamment les plus modernisés car les plus endettés (2),  qui avaient pourtant servi de modèles à la Commission pour préparer la sortie des quotas !

 Malgré  toutes ces  réserves, cette double évolution, avec de grands élevages industriels se concentrant dans les zones labourables, pourrait être particulièrement rapide dans certains pays de l’Est de l’Europe où l’on voit se développer des unités de 1000 vaches  ou plus, avec le soutien des  grands groupes laitiers européens, privés ou coopératifs. Il y a même quelques exemples plus près de nous, en Picardie ou en Angleterre  avec des projets à 1000 et 8000 vaches respectivement. C’est  malheureusement aussi le cas dans les pays pauvres où les très petits troupeaux assurent encore l’essentiel de la production comme en Afrique et en Asie.

Ainsi depuis quelques années, Nestlé et Danone, en parallèle de quelques actions de soutien aux petits producteurs  bien médiatisées, soutiennent le développement de grands, voire très grands troupeaux  en Europe de l’Est, en Afrique du Nord, au Moyen Orient avec des cofinancements nationaux publics ou privés, notamment dans les pays pétroliers avec des fermes laitières géantes implantées en plein désert, avec irrigation de luzernières à partir de l’eau des nappes non renouvelable !

  De même, la coopérative néo-zélandaise Fonterra, déjà présente dans la plupart des pays en développement avec des usines de reconstitution de lait à partir de sa poudre,  soutient la constitution de très grands troupeaux en Chine et en Inde  mais aussi en Argentine, au Chili, au  Brésil où elle encourage ses producteurs néozélandais à reprendre des fermes dans ces pays où le foncier et la main d’œuvre sont bon marché.

Il y a aussi des multinationales de l’agroalimentaire tels Pepsico et General Mills ainsi que des acteurs financiers qui estiment que la filière  laitière représente un nouveau secteur porteur .Au Vietnam des banques privées ont lancé un projet de plusieurs dizaines de milliers de vaches importées de Nouvelle Zélande, avec un objectif affiché d’assurer à terme 30% de la consommation nationale. En  bref, l’industrialisation de la production laitière  est en train de suivre celle de la production porcine qui a installé des unités géantes en Asie du  Sud-Est  d’abord puis  partout ailleurs, là où il n’y avait pas ou peu de législation environnementale et sociale.

 

Le modèle industriel américain est un « paquet technique» séduisant pour des gouvernements en quête de résultats spectaculaires, sans risques sanitaires pour l’approvisionner les villes. C’est tentant non seulement pour les pays émergents ou pétroliers mais aussi  ici, en Europe. Ainsi pour assurer toute la collecte-laiterie de la Roumanie, il suffirait  de trois unités laitières  comme celle de la ferme géante de  Fair Oaks avec ses 30 000 vaches, à 100 km de Chicago! Et avec quelques unités supplémentaires de ce type on pourrait remplacer tout le « lait informel » des circuits locaux alimentés par près d’un million de petits troupeaux à moins de 5 vaches ! Mais qui prendra en charge  ce million de familles où les quelques litres de lait vendus chaque jour représentent la principale recette pour survivre?

. En fait ce lait informel dit «lait populaire» représente près de 80 % de la production en Roumanie, 85% en Inde, voire plus au Pakistan, au Bengladesh, en Afrique de l’Est. Et le prix de ce lait populaire est  souvent deux fois plus faible pour le consommateur que le lait  collecté et traité par les laiteries(3).Or  pour un même volume de lait,  par exemple un million de litres, ce lait populaire permet de faire vivre ou survivre, 500 familles en Roumanie ou en Inde avec 2 vaches  contre une seule une famille au Danemark, surendettée de surcroît !

 

Ainsi les choix semblent plus clairs. Soit on opte pour la compétition libre et l’industrialisation avec un nombre minimum de troupeaux pour produire le lait, dans les régions les plus favorables, en Europe ou ailleurs selon les opportunités et dans une stricte logique de rentabilité financière des groupes laitiers. Et on laisse aux finances publiques etaux contribuables la charge des dégâts collatéraux sociaux et environnementaux, en Europe et ailleurs dans le monde. 

 Soit on opte pour la souveraineté alimentaire de l’Europe -respectant en retour celle des autres pays-  et pour un développement régional durable avec un  nouvel équilibre économique, social et environnemental, avec des éleveurs nombreux et des produits laitiers typés et diversifiés.  Ce qui justifie un soutien plus important aux régions à vocation herbagère, non concurrentes  pour les cultures céréalières et préservant au mieux des biens publics tels l’eau, le sol, la biodiversité, les paysages et le stockage de carbone par les prairies.

La douzaine de multinationales laitières, coopératives incluses qui collectent  près de la moitié du lait européen n’ont apparemment pas pour mission (4) de répondre à ces questions  politiques, d’aménagement du territoire européen, de développement durable, d’environnement et bien être social.

Il appartient donc aux politiques de fixer le cadre dans lequel les acteurs économiques peuvent agir. Et aussi de redéfinir le ciblage des aides  en fonction de la coproduction de biens publics. Pour l’Europe, la réforme laitière avec la fin des quotas va supprimer le cadre de régulation entre pays et laiteries puisque le « paquet lait »  fait l’impasse sur la régulation globale (hormis les AOP- IGP qui ne pèsent que quelques % du lait européen). La possibilité pour les producteurs de se regrouper en organisations de producteurs (OP) pour mieux négocier avec les laiteries est parfaitement illusoire sans cadre européen de régulation entre pays, régions et laiteries. L’expérience  de la Suisse montre clairement que même dans un petit pays plutôt consensuel,  la contractualisation  et  les OP n’ont pas permis de maitriser l’offre et d’éviter la baisse du prix du lait à la ferme, en dessous des coûts de production. Pour l’Europe des 27 ce sera pire vu l’extrême diversité des élevages et des contextes. Ce sera la guerre entre groupes laitiers aux dépens de tous les producteurs, surtout des plus petits mais aussi aux dépens des régions défavorisées où le lait reste encore la base de l’économie locale, souvent faute d’autres choix que la forêt.

Ce lundi 13 février, les députés européens, conscients de ces enjeux, ne peuvent pas adopter ce paquet lait, synonyme d’une politique laitière absurde et suicidaire pour la majorité des éleveurs européens  mais aussi pour l’avenir de l’Union !

     

 * André Pflimlin, auteur de  Europe laitière, valoriser tous les territoires pour préserver l’avenir; Editions France Agricole 2010   [afpflimlin@yahoo.fr]

1. Mercier-Gouin,  2008 ; Boussard et al  2010;  Kroll et al 2010;

        2.  Danemark : avec un million de litres de lait par ferme, pas de  revenu en 2008 et 2010  et une perte de    40 000€ par UTA familiale en 2009. Et une dette moyenne de 20 000€ par vache.

3. La grande arnaque du lait ( industriel ): Grain 2011

4. La filière laitière française, la compétitivité aura un prix. HCCA-Coop de France 2010

 

    Cet article est le 283ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

 

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7 février 2012 2 07 /02 /février /2012 12:34

La Commissaire européenne à l’agriculture et la fin des quotas

 

Ce commentaire signé André Pflimlin* - paru sur le site de l’Apli ASSOCIATION NATIONALE DES PRODUCTEURS DE LAIT - met en évidence le rôle joué par Mme Fischer Boel dans la décision de libéraliser la filière laitière. Voir aussi André Pflimlin, expert pour l'EMB, en Bretagne sur la politique laitière - 16 janvier 2012.

* André Pflimlin ancien ingénieur à l’Institut de l’élevage, coordinateur des projets européens jusqu’en 2009. Auteur de « Europe laitière". Valoriser tous les territoires pour construire l’avenir. Editions France Agricole 2010.

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AG Office du lait Avranches 221111 032 T« Mariann et le pot au lait »

En février 2010, l’effigie de Mariann Fischer Boel était brûlée sur la Grand-Place de Bruxelles. Les éleveurs laitiers européens fêtaient ainsi le départ de la Commissaire sortante, tenue pour responsable de la dérégulation du marché laitier, cause de la chute des prix et des revenus en 2009. Pendant cinq ans, elle a incarné la technocratie bruxelloise dans ses pires travers, maintenant le cap sur l’OMC pendant que les Américains renforçaient leurs protections et leurs soutiens internes. Elle a même repris la main sur le groupe des experts de haut niveau que le Conseil des ministres a tenté de lui imposer. Ce qui nous vaut ce mini-paquet lait qui va nous mener tout droit à la situation suisse de sortie des quotas décriée par tous.

Mais qui est donc cette Mariann danoise qui nous a laissé cette bombe à retardement ?

Après des débuts dans l’exportation, elle rejoint le parti libéral, entre au parlement où elle préside la commission alimentation et agriculture, puis devient ministre de l’agriculture du Danemark. Elle est ainsi la candidate parfaite pour le poste de Commissaire à l’agriculture lors du renouvellement de la Commission en 2004, qui a besoin d’une poigne pour mettre en œuvre la réforme de 2003, si brutale pour les producteurs de lait !

Mariann connaît la musique. Elle a été au cœur des débats de la filière laitière danoise, qui ont abouti, dès 1997, à la libéralisation complète de la filière du marché national des quotas et à une restructuration accélérée afin de se préparer à l’après-quotas. Pour les seules années 1998 et 1999, un tiers des vaches danoises a été relogé dans de nouvelles stabulations à plus de cent places. La fin des quotas décidée en 2003 devait permettre ainsi aux Danois de conforter leur avance par une restructuration plus complète de toute leur filière. Jusqu’en 2005, ce modèle très productif en volume de lait, mais très coûteux, a permis de dégager un revenu tout juste égal à celui des éleveurs français avec trois fois moins de vaches. 2007 a été nettement plus favorable aux Danois mais elle a été suivie par trois années avec un revenu nul ou très négatif, avec des pertes proportionnelles au volume de lait. Et les prévisions ne sont guère beaucoup plus optimistes pour 2012 et 2013 pour les plus gros troupeaux !

Mariann coule aujourd’hui une retraite confortable, mais son rêve s’est transformé en cauchemar pour les éleveurs danois. Et elle hante maintenant tous les éleveurs européens, petits et grands, de plaine ou de montagne, qui se sentent poussés sur une même autoroute dans une course folle, suicidaire pour la plupart. « C’est la loi du marché », nous disait Mariann ! Sauf que son modèle a explosé en vol, sans attendre son soft landing sur la terre promise de l’après-quotas. Comme pour Perrette, le pot au lait s’est brisé et, avec lui, beaucoup de rêves et de vies humaines. En programmant la fin des quotas sans prévoir une autre forme de régulation entre les pays et entre les régions, Mariann et tous ceux qui l’ont suivie ont fait preuve d’une démission politique inacceptable, renforçant ainsi les risques d’éclatement d’une Union européenne déjà bien malade par manque de solidarité.

Cet article est le 282ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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