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  • : Michel Sorin
  • : Le MRC 53 est la structure mayennaise du Mouvement Républicain et Citoyen, qui a pour but de rassembler la gauche républicaine à partir, notamment, des idées de Jean-Pierre Chevènement, l'un de ses fondateurs, qui n'est plus membre du MRC depuis 2015. Le MRC a pris le relais du Mouvement des Citoyens (MDC) après les élections de 2002. En 2022, le MRC est devenu membre de la Fédération de la Gauche Républicaine avec quatre autres organisations politiques.
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19 janvier 2013 6 19 /01 /janvier /2013 23:00

L‘Afrique sahélienne est en état de légitime défense

 

Mes souvenirs du Mali - de Mopti et de Bamako, notamment - datent de 1969. C’était dans le cadre d’un voyage organisé par mes camarades étudiants de la 118ème promotion de l’Ecole Nationale Supérieure Agronomique de Rennes (aujourd’hui Agrocampus). Un voyage d’un mois, en juillet-août 1969, partant du port de Marseille avec l’Ancerville, l’arrivée à Dakar puis l’accueil formidable au Mali et, enfin, la Côte-d’Ivoire et Abidjan, puis retour vers Marseille. Je pense à mes camarades maliens, que je salue, Daoule Diallo Ba, Modibo Diakite, Vincent Dembele et Moctar Toure.

 

 

Une guerre inévitable

 

C’était prévisible et programmé. Cette guerre au Mali était inévitable. Les combattants djihadistes s’étaient installés dans le nord sahélien du Mali. Ils ont voulu opérer par surprise en lançant une offensive visant à déstabiliser l’ensemble du Mali, pensant que les alliés du Mali n’étaient pas prêts à réagir. Mais la France a réagi au quart de tour et il le fallait. Sinon, Bamako courait le risque de tomber en quelques jours.

 

Le nord du Mali était devenu une région difficilement contrôlable, minée par les mouvements rebelles et terroristes. A travers une carte animée, "Le Monde" vous propose un décryptage de la situation géopolitique de ce territoire, désormais terrain de guerre de l'armée française.

Voir Le Monde, 18 janvier 2013 : Vidéo : la carte du Mali décryptée. Et aussi :

 

France Info (19 janvier 2013) : Pourquoi la France est-elle partie faire la guerre au Mali ?

Pascal Riché (Rue89, 12 janvier 2013) : Pourquoi la France entre en guerre au Mali

 

"L'enjeu n'est pas pour nous de conquérir un territoire, d'accroître notre influence ou de chercher je ne sais quel intérêt commercial ou économique, ce temps là est fini. En revanche notre pays, parce que c'est la France, doit venir en aide à un pays. Ce pays ami est l'un des plus pauvres du monde et il est victime depuis trop de mois, pour ne pas dire d'années, de ce terrorisme qui prend maintenant des formes de plus en plus redoutables", a-t-il poursuivi, répétant que "la France n'est pas seule". (François Hollande, Le Monde, 19 janvier 2013)

 

Le Mali, un Etat fragilisé, voire en déliquescence

 

Le Mali n’avait pas réussi à enclencher une trajectoire positive. Derrière une façade démocratique, la corruption politique était généralisée. Voir cet article, qui le disait à demi-mot : Dans le Mali démocrate, la jeunesse doute de l'avenir (Le Figaro, Thierry Oberlé, 28 mai 2010)

 

Le point de vue de Jean-Pierre Chevènement, ancien ministre de la Défense*

Intervention de Jean-Pierre Chevènement au Sénat, lors du débat sur l'intervention française au Mali, mercredi 16 janvier 2013. Voir Vite et fort

 

(…) Certes la guerre est toujours haïssable, mais il est des guerres inévitables. Celle-là l’est, car elle répond à un souci de légitime défense non seulement de la part du Mali, mais aussi des pays d’Afrique sahélienne, y compris l’Algérie, et des pays européens clairement visés comme le nôtre par les menaces d’Aqmi .

Certes une solution politique partielle avec les groupes rejetant le terrorisme, eût été préférable, pour isoler les groupes terroristes et rétablir à moindre frais l’intégrité territoriale du Mali ce qui implique un modus vivendi durable entre les populations du Nord et du Sud du pays. Une telle perspective n’aurait pas dispensé, en tout état de cause, de réduire les éléments terroristes dans leurs repaires du Nord-Mali. Mais le choix d’Ansar El dine, groupe touareg fondamentaliste, et de son chef Lyad ag Ghali de rompre toute négociation avec le MNLA et de se joindre aux groupes terroristes que sont Aqmi et le Mudjao, pour menacer Bamako et mettre à bas la République et l’Etat du Mali, ont rendu caduque une telle perspective.

Il n’était tout simplement pas possible de laisser se constituer sur les décombres de la République malienne un sanctuaire du terrorisme au cœur de l’Afrique.

La réactivité exceptionnelle des forces armées françaises doit être saluée et hommage rendu à nos soldats tombés dans l’accomplissement de leur devoir, au service de la France.

On mesure à l’occasion de ces évènements l’intérêt des forces françaises pré-positionnées et l’erreur d’appréciation, que j’avais signalée lors de l’adoption du « Livre blanc », qui consistait à ne vouloir conserver qu’une seule base en Afrique de l’Ouest. Heureusement il restait encore quelques forces disponibles à Dakar, à Ndjamena et en Côte d’Ivoire
(…).

Au moment où le Président de la République, François Hollande, vient de déclarer, à Alger, le 20 décembre 2012, devant les deux chambres du Parlement algérien, vouloir « ouvrir une nouvelle page dans les relations entre la France et l’Algérie », il ne faudrait pas que ceux qui ne sont pas encore résolus à tourner la page, empêchent, par myopie, la construction au Sahel avec tous les pays riverains d’un espace pacifique et stable, durablement purgé du terrorisme. Celui-ci n’apporterait que malheur à la population de ces régions.

Nous comptons sur le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, sous l’autorité du Président de la République, pour bâtir un avenir partagé entre la France, l’Algérie et les pays africains amis. Cette vision politique est nécessaire pour résoudre les immenses problèmes qui se posent aujourd’hui à cette région, à commencer par celui de sa sécurité. Nous faisons confiance au gouvernement et à vous particulièrement, Monsieur le Ministre des Affaires étrangères, pour mettre en œuvre les médiations nécessaires, tisser les alliances, coordonner l’effort. Certes, c’est une tâche gigantesque mais le soutien du pays tout entier ne vous fera pas défaut si cet effort lui est convenablement expliqué dans toutes ses dimensions, comme nous n’en doutons pas vous concernant, et comme nous y encourageons l’ensemble du gouvernement.

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Sonia Mabrouk sur Public Sénat, le 16 janvier 2013.

"La France ne doit pas subordonner son calendrier à des aides qui viendront peut-être trop tard"

Jean-Pierre Chevènement était l'invité de Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1, le 17 janvier 2003.

"Rien n'est possible concernant le Mali sans le concours de l'Algérie"

 

* Au Sénat, l’ancien ministre de la Défense est l’interlocuteur direct du gouvernement concernant cette guerre au Mali.

 

Cet article est le 24ème paru sur ce blog dans la catégorie Afrique.

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18 janvier 2013 5 18 /01 /janvier /2013 14:28

Des prix rémunérateurs et des aides PAC mieux réparties

 

Conf paysanne Laval 150113 010 TLors du meeting électoral de la Confédération paysanne en Mayenne, le 15 janvier (voir Confédération paysanne : un meeting en Mayenne avec Gérard Durand - 16 janvier 2013), je me suis procuré deux documents, que l’on a envie de lire, car ils sont bien présentés :

-          -     le n° 177 « Elections Chambre d’agriculture » de « Campagnes mayennaises », bulletin de la Confédération paysanne 53

-          le bulletin spécial « Sauvons l’élevage », publié en novembre 2012 au niveau national - responsable : Gérard Durand (photo) - par la Confédération Paysanne, qui présente les propositions de ce syndicat pour une vraie politique de l’élevage. En voici le contenu.

 

Sauvons l'élevage !

 

Une vraie politique de l’élevage doit assurer le revenu des éleveurs :

- par des prix rémunérateurs

- par une répartition plus juste des aides de la PAC

 

DES AIDES JUSTES, PAS JUSTE DES AIDES !

La Confédération paysanne veut redonner aux éleveurs des perspectives pour leur assurer un revenu et favoriser l’installation de jeunes, à partir d’élevages à taille humaine. C’est un enjeu vital pour l’avenir des zones d’élevage et des territoires ruraux !

 

UNE POLITIQUE DE L’ÉLEVAGE POUR ASSURER LE REVENU DES ÉLEVEURS

Le maintien de l’élevage est essentiel au développement des territoires ruraux, et plus encore dans certaines zones défavorisées. La concentration rapide des élevages est préjudiciable à l’emploi en milieu rural.

Pour la Confédération paysanne,

-          plus que par des primes ou des aides, le revenu des éleveurs doit d’abord être assuré par des prix rémunérateurs, indexés sur les coûts de production réels ;

-          tous les élevages doivent être soutenus en tant que tels et non exclus sur des critères de taille, comme dans le cas de la prime « jeunes bovins » ;

-          l’autonomie alimentaire des élevages doit être encouragée et soutenue ;

-          la reconquête des marchés européens (relocalisation de la production) est préférable à une politique centrée sur l’exportation, ce qui suppose le maintien de l’élevage et des outils de transformation tels les abattoirs de proximité ;

-          les normes actuelles, et celles qui sont annoncées, tout comme les contraintes administratives, sont inadaptées et accentuent la concentration et la disparition des élevages.

 

POUR UNE PAC RÉFORMÉE ET PLUS FAVORABLE AUX ÉLEVEURS

La prochaine réforme de la PAC doit reconnaître d’une part les spécificités de l’élevage et, d’autre part, prendre en considération des territoires défavorisés comme les zones de montagne.

La Confédération paysanne demande :

- une redistribution des aides PAC en faveur des éleveurs au moyen de primes au maintien des troupeaux ruminants (PMTR), fondées sur l’emploi et non sur la taille des troupeaux ;

- un positionnement clair de l’UE en faveur de la souveraineté alimentaire européenne et de l’organisation commune des marchés (OCM) : régulation des volumes produits, stockage…

- un soutien spécifique et renforcé pour les zones défavorisées, comme l’indemnité compensatoire de handicaps naturels (ICHN) ;

- un appui à l’évolution vers des systèmes de production plus autonomes, notamment à travers un « plan protéines » ;

-  une réforme profonde des critères et du système de contrôle des élevages dans le cadre de la conditionnalité des aides, avec, dans un premier temps, un moratoire immédiat sur les contrôles de conditionnalité, notamment pour les élevages de petits ruminants.

 

PRIX DES MATIÈRES PREMIÈRES : LES ÉLEVEURS NE DOIVENT PAS PAYER LA NOTE

La flambée du prix des matières premières (céréales, soja) pénalise les éleveurs, déjà fragilisés par les sécheresses successives et les crises à répétition.

Pour la Confédération paysanne :

- les aides doivent être redistribuées en faveur des éleveurs. En attendant, il faut taxer les céréales à l’exportation au-delà d’un certain seuil pour freiner l’augmentation des prix et alléger la facture d’achat des aliments du bétail pour les éleveurs ;

- il faut arrêter le soutien aux agrocarburants ;

-  l’agriculture et l’alimentation ne peuvent être soumises aux seules lois du marché et doivent sortir de l’OMC (Organisation mondiale du commerce) ;

- les aliments de première nécessité comme les céréales ne doivent pas faire l’objet de spéculation, en particulier sur les marchés à terme.

 

AUTONOMIE PROTÉIQUE : DES SOLUTIONS SANS OGM

L’élevage est fortement dépendant des approvisionnements en protéines importées, notamment en soja, très majoritairement OGM.

La Confédération paysanne demande :

- le développement et la reconnaissance des systèmes plus autonomes ;

- la relance d’un plan protéines ambitieux à l’échelle nationale et européenne : soutien à la recherche et au développement, aides compensatoires ;

- le soutien aux filières sans OGM : modification des systèmes d’élevage, identification des produits animaux…

 

LAIT : D’ABORD, SÉCURISER LE REVENU DES ÉLEVEURS

La Confédération paysanne demande une maîtrise publique des volumes de lait produits. Les contrats actuels ne règlent rien en termes de revenu, d’organisation et de maîtrise de la production.

En cas de contractualisation, la Confédération paysanne demande:

- des contrats-types (pour les coopératives comme pour le privé) définissant un volume et un prix minimum, sous l’arbitrage des pouvoirs publics ;

- ces contrats doivent apporter aux producteurs une garantie de collecte sur la durée du contrat, et sécuriser leur revenu, en prenant en compte les coûts de production ;

- une seule OP par bassin et non par entreprise pour maintenir le pouvoir de négociation et la capacité de défense collective des producteurs.

 

ENVIRONNEMENT : RECONNAÎTRE LES ATOUTS DE L’ÉLEVAGE

L’environnement est l’outil de travail des paysans. Il faut transformer les contraintes en atouts pour demain. La Confédération paysanne demande :

- la simplification et la stabilisation des réglementations ;

- des politiques publiques (Europe, France) limitant la concentration des fermes et encourageant les systèmes de production plus vertueux ou la valorisation de milieux naturels (ex. : zones humides, parcours en zones de montagne…) ;

- l’élargissement du principe pollueur-payeur aux fabricants d’engrais et de pesticides.

 

PORC

- Mettre en place une OCM (organisation commune des marchés), pour maîtriser les volumes en fonction de la demande et sécuriser le revenu des producteurs.

- Rééquilibrer les soutiens aux éleveurs par rapport aux céréaliers.

- Prendre en compte les questions environnementales et du bien-être animal avec des aides ciblées vers les petits et moyens producteurs. Ces réglementations ne doivent pas servir de prétexte à la restructuration !

- Mettre en place une interprofession pluraliste et transparente, intégrant les pouvoirs publics, avec un vrai rôle de régulation de la production.

- Soutenir l’installation en polyculture-élevage et sur des ateliers à taille humaine.

- Ni OGM, ni farines animales.

 

BOVINS VIANDE

- Rééquilibrer les aides en faveur des éleveurs. Les soutiens financiers doivent être orientés vers le développement de l’autonomie alimentaire des élevages.

- Définir un système de fixation de prix sur des périodes longues, pour plus de visibilité économique, en prenant en compte les coûts de production.

- Limiter les importations et reconquérir les marchés européens.

- Définir une politique publique en faveur des abattoirs de proximité.

 

VOLAILLE

- Garantir un revenu minimum dans le cadre des contrats en intégration.

- Rééquilibrer les soutiens aux éleveurs par rapport aux céréaliers.

- Renouveler les rapports entre éleveurs et entreprises par une nouvelle loi sur l’intégration.

- Mettre en place une interprofession pluraliste et transparente, intégrant les pouvoirs publics.

- Soutenir l’installation en aviculture.

- Encourager les productions fermières et adapter les normes aux petits abattoirs.

- Instaurer un véritable plan protéines afin de supprimer les OGM dans l’alimentation animale.

 

OVINS VIANDE

- Arrêter les importations à des prix de dumping.

- Favoriser la répartition ainsi que la maîtrise de la production et des moyens de production.

- Relocaliser la production dans les bassins herbagers par l’accès à des abattoirs de proximité et par le respect de toutes les pratiques d’élevage.

- Mettre en place une aide bonifiée jusqu’à 300 brebis, avec une dégressivité de 50 % jusqu’à 500 brebis, au moyen de la PMTR (prime au maintien des troupeaux de ruminants).

- Supprimer les règles d’attribution des primes : seuil de 50 animaux, obligation de contractualisation…

- Supprimer les règles actuelles de conditionnalité et mettre en place, en attendant de nouveaux critères, un moratoire sur les contrôles : identification électronique, déclarations de mouvements, ratios de productivité, contractualisation…

- Clarifier la certification des ruminants mâles à la reproduction.

- Assurer une régulation forte, sous contrôle de l’Etat, de la population de loups en situation de prédation.

 

Cet article est le 369ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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17 janvier 2013 4 17 /01 /janvier /2013 22:24

Redonner des perspectives de revenu aux éleveurs

 

Le 15 janvier, j’ai rencontré à Laval (voir Confédération paysanne : un meeting en Mayenne avec Gérard Durand - 16 janvier 2013) le responsable national de la Confédération paysanne, Gérard Durand, à l’origine de l’appel Sauvons l'élevage !

 

Conf-paysanne-Laval-150113-013-T.jpgCet appel, sous forme de Lettre ouverte, date du 27 novembre 2012. La Confédération paysanne appelons l’ensemble des éleveurs et leurs organismes, tout comme l’ensemble des élus à se mobiliser à quelque niveau que ce soit (local, régional ou national) pour contribuer à sauver l’élevage – et les éleveurs –, à tout mettre en œuvre pour valoriser le potentiel de production de qualité de l’élevage français.

 

Malgré ses atouts et son dynamisme, l'élevage français est en danger.

Les risques de démantèlement de l'ensemble des filières d'élevage s'ajoutent sans susciter de réaction globale, ni provoquer de politique d'ensemble. Plusieurs éléments de contexte favorisent cette évolution :

·                                   les contraintes spécifiques à l'élevage : investissements lourds, temps de travail et astreintes, contraintes sanitaires et climatiques, flambée des matières premières, pression toujours croissante à augmenter la production ;

·                                   la politique européenne qui abandonne tout mécanisme de régulation (ex quotas laitiers), soumettant ainsi les prix agricoles à une instabilité de plus en plus forte, avec en outre, une répartition injuste des aides ;

·                                   l'attrait pour les grandes cultures, encouragé par une demande mondiale forte et des perspectives de prix meilleurs, et facilité en outre par l'augmentation de la taille des fermes.

 

L'une après l'autre, les filières animales sont fragilisées, et certaines menacées : un jour, c'est le lait ; le lendemain, le porc ou la volaille ; ensuite, le tour de la viande bovine ou ovine… Aucune production n'est épargnée : à preuve, le marasme actuel en lait de chèvre. Ces crises successives mettent à mal des secteurs entiers d'activité, fragilisent les éleveurs eux-mêmes et menacent l'emploi dans de nombreuses régions où l'élevage est un élément-clé de l'emploi local et régional. De leur côté, les éleveurs sont en attente de plus de sérénité et plus de sécurité dans l'exercice de leur activité.
 
Pourtant, chacun le reconnaît, l'élevage contribue à maintenir une activité largement répartie sur le territoire national. Au-delà des éleveurs, l'élevage concerne de nombreux organismes liés à l'élevage, tant au niveau de la production et des services que de  la transformation (laiteries, abattoirs, ateliers de découpe et de production de produits élaborés…), ou de la distribution (boucheries)… Sans oublier les contributions positives de l'élevage en termes de valorisation des terres plus difficiles (comme les prés humides, les zones de montagne…), d'aménagement du territoire ou d'entretien des paysages.
 
A chaque fois, les réactions et plans d'urgence ne sont pas suffisants pour réorienter et assurer l'avenir durable de ces productions ; il faut désormais définir et mettre en œuvre une vraie politique de l'élevage pour aller à la reconquête des marchés intérieurs et de « proximité », à l'échelle nationale et européenne, en misant notamment sur des produits reconnus de haute qualité.
 
 Une politique d'élevage doit passer par :

·                                   une politique de prix plus rémunérateurs, en tenant compte des coûts de production

·                                   la maîtrise des volumes produits,

·                                   une répartition plus juste des aides, notamment dans le cadre de la prochaine réforme de la PAC.

 

Seule une politique de maintien et de développement de l'élevage apportant plus de lisibilité et de réelles perspectives d'avenir sera de nature à conforter les éleveurs en place et à encourager le renouvellement des générations,sous réserve d'améliorer parallèlement les conditions de travail (ex. : remplacement). Pour défendre la création d'emplois l'installation de jeunes éleveurs est préférable à l'agrandissement continu des troupeaux. Parallèlement des initiatives doivent être prises pour assurer une plus grande autonomie protéique des élevages, notamment à travers le soutien aux systèmes herbagers et le lancement toujours attendu d'un véritable Plan Protéines.
 
Il est encore temps de réagir. Nous comptons sur vous et sur votre soutien, en signant l'appel sur le site : www.sauvonslelevage.fr 

Philippe Collin, porte-parole.
Gérard Durand, secrétaire national, en charge des questions d'élevage.

 

Cet article est le 368ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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16 janvier 2013 3 16 /01 /janvier /2013 23:47

Sauver l’élevage laitier français de taille humaine

 

La Confédération paysanne est bien implantée en tant que syndicat agricole représentatif dans toute la France, ce qui lui permet de présenter des listes de candidats aux élections des membres des Chambres d’agriculture, fin janvier 2013, dans tous les départements.

 

Hier, 15 janvier, un meeting était organisé à Laval, en Mayenne, avec la participation d’un membre de la direction nationale, Gérard Durand, en charge des questions d’élevage (voir La Confédération paysanne lance son plan pour sauver l'élevage, Ouest-France, 17 octobre 2012).

 

La salle de la MSA était bien remplie et les intervenants de bon niveau. Programme et intervenants : voir Philippe Collin (Confédération paysanne) déplore le libéralisme effréné - 14 janvier 2013).

 

Animation talentueuse de la réunion par Dominique Morin, éleveur à Fontaine-Couverte, et responsable laitier de la Confédération paysanne de la Mayenne.

 

Jérôme Rousselet (Bierné), homme du théâtre amateur mayennais, a présenté en introduction un texte de très bonne facture qu’il avait composé pour la circonstance.

 

Conf-paysanne-Laval-150113-004-T.jpgClaire Garrot (Pommerieux), candidate en n° 2 sur la liste départementale des « chefs d’exploitation » de la Confédération paysanne, représente les jeunes d’une agriculture paysanne de taille moyenne (EARL avec son mari, 45 hectares, 230 000 litres de lait par an), respectueuse de l’environnement, telle que souhaitée par le syndicat. Claire porte la voix de la Confédération paysanne dans les négociations nationales sur les nitrates. Elle préconise d’anticiper plutôt que subir, l’environnement ne devant pas être un sujet tabou en agriculture. Il faut des mesures cohérentes et efficaces, sous forme incitative, ces mesures en faveur de l’environnement ne devant pas mettre en péril la viabilité des exploitations.

 

André Pflimlin était chargé de présenter le tableau de la production laitière en Europe. Retraité de l’Institut de l’élevage, il est l’auteur du livre « Europe laitière » (Editions France Agricole, novembre 2010). Voir André Pflimlin présente trois avenirs possibles pour l'Europe laitière- 30 juillet 2012.

 

Pour lui, l’Europe laitière, c’est une double impasse : le marché libéral et le modèle de production. Il a présenté les cas danois, irlandais, allemand et roumain (Union européenne) avant d’aborder ceux du Canada, des Etats-Unis d’Amérique et de la Suisse. Des systèmes de production très différents au sein de l’Europe et des modes de gestion de la filière laitière complètement divergents en Europe et en Amérique.

Le système de régulation canadien a fait ses preuves depuis 40 ans. Les USA ont un système très organisé et très stable depuis 1934, l’aide aux grandes fermes étant complétée par l’aide alimentaire à la population la plus démunie. La Suisse a libéralisé son marché laitier et adopté la contractualisation avant la France.

L’Union européenne ne prépare pas de grands changements pour la PAC 2014-2020. Elle reste guidée par l’OMC et le marché mondial. Le contexte mondial ayant profondément changé depuis 2008, la PAC devrait être repensée en profondeur, selon les priorités climat, énergie, emploi.130 Le Parlement européen n’a pas joué son rôle en acceptant de continuer la politique libérale de la Commission européenne et du Conseil des ministres. Il pouvait mettre son veto au « paquet lait »./07 Les professionnels agricoles pèsent de moins en moins face au réseau que s’est constitué la Commission./Juil /2012 17:42

 

Conf-paysanne-Laval-150113-010-T.jpgGérard Durand est producteur de lait en Loire-Atlantique (Sud-Loire). Il a lancé, au niveau de la Confédération paysanne, l’appel Sauvons l'élevage ! concernant l’ensemble de l’élevage en France. Il refuse de voir les producteurs de lait prendre le chemin des producteurs de porcs, qui ne sont plus que 6 000. Il ne veut pas du modèle danois, pas plus que du modèle est-allemand. Il veut d’un modèle à taille humaine, qui préserve les emplois en agriculture et la fourniture de matière première à l’industrie agroalimentaire.

En volailles et en porcs, les industriels sont inquiets car ils craignent de manquer de matière première. Toutes les productions animales sont en diminution. Même en lait, le nombre d’éleveurs baisse considérablement. En 10 ans, ce sont 170 000 exploitations et 200 000 emplois perdus ! L’heure de travail de l’éleveur est payée 3 ou 4 euros de l’heure, quand le céréalier de grande culture est rémunéré à 50 euros de l’heure de travail ! Produire plus pour gagner moins, cela n’est plus possible. Des moyens de production trop gros pour être repris, des conditions de travail de plus en plus difficiles, c’est ce qui explique les arrêts de production, l’élevage étant remplacé par des céréales, et la non installation de jeunes. Si l’on y ajoute les crises et les périodes de sécheresse, on a l’explication de l’abandon de l’élevage.

 

Face à cela, pas de perspectives, pas de vision politique. Il développe ses propositions en 6 points :

1-       La garantie de revenu, et donc de prix, l’acte de produire ne devant plus être la variable d’ajustement. Les élus politiques doivent avoir le courage de le mettre en premier, car indispensable.

2-       La réorientation massive des aides européennes, en faveur des productions d’élevage et des fruits et légumes (revenus en baisse suite aux accords avec le Maroc). La PAC était, à l’origine, un projet visant à l’autosuffisance alimentaire. Les aides financières ont été pensées en 1992 pour compenser les baisses de prix des céréales. Le lobby des céréaliers a réussi à obtenir davantage d’aides, qui s’ajoutent à des revenus élevés en raison de la spéculation sur les marchés mondiaux.

3-       Les conditions de travail et de remplacement des éleveurs doivent être améliorées dans des structures à taille humaine. Ce n’est pas aux éleveurs de financer le fonds de remplacement.

4-       Les contraintes administratives sont à revoir. Les normes s’empilent, le pire étant pour les ovins. En matière d’hygiène, environnement, traçabilité, le plan nitrates, c’est trop.

5-       Le renouvellement des générations, en élevage notamment, ne se fait plus. Seulement 40 % des installations de jeunes se font avec des aides de l’Etat. Beaucoup de jeunes qui s’installent ne sont pas de milieu agricole. Le cadre des aides à l’installation n’est plus adapté. L’agriculture a besoin de tous les âges. Il faut favoriser la reprise d’exploitations et assurer le contrôle des structures (la libéralisation a des conséquences négatives).

6-       L’autonomie des exploitations (alimentation, fourrages) doit être encouragée. De plus en plus, c’est la filière qui décide à la place du producteur. Quand on cultive un hectare de maïs, il faut penser qu’on importe un hectare de soja.

 

Jean Bonsergent (liste des retraités) et Vincent Guillet, porte-parole départemental et n° 3 sur la liste des exploitants en exercice, s’expriment avant l’intervention de Daniel Foucher, tête de liste, qui a siégé depuis 2007 à la Chambre d’agriculture de la Mayenne.

Celui-ci présente les arguments de vote en faveur de la liste de la Confédération paysanne. Les points forts sont la transmission des exploitations, le non gaspillage de l’énergie, la priorité aux éleveurs, avec un lien plus fort au sol, le refus de l’asservissement des producteurs aux transformateurs, la diversité des productions (constatée dans le collège des exploitants), le refus de certains partenariats privilégiés de la Chambre d’agriculture.

Il demande la participation massive au vote (qui se fait par correspondance, entre le 21 et le 31 janvier).

Voir Mayenne (53) - Confédération Paysanne et Elections chambres 2013 - Mayenne - Confédération Paysanne

 

Cet article est le 367ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

 

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15 janvier 2013 2 15 /01 /janvier /2013 22:23

Les différentes catégories de dépenses publiques

 

J’ai connu Jacques Fournier, dès 1974, à Mayenne, où il était l’invité du PS, et, par la suite, je l’ai revu lors de réunions du CERES. Il était proche de Jean-Pierre Chevènement au sein du PS. En 1981, sa nouvelle fonction (Secrétaire général du gouvernement) lui imposait un devoir de réserve, ayant fait le choix de servir l’Etat. Voir Fonction publique : l'itinéraire de Jacques Fournier, fonctionnaire  - 5 août 2008.

 

Jacques Fournier - comme Anicet Le Pors (voir La conception française du service public, vue par Anicet Le Pors - 6 août 2008) - est une référence dans le domaine de l’action publique de l’Etat. 

 

Il est conseiller d’Etat honoraire, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica*. Celle-ci a publié, le 15 janvier 2013, une note qu’il a rédigée, visant à préciser les différentes catégories de dépenses publiques et donnant des indications intéressantes sur ce que le gouvernement doit, selon lui, faire ou ne pas faire, en matière de dépenses publiques.

 

Il existe plusieurs catégories de dépenses publiques. Elles ont toutes une forte légitimité. Il est normal de chercher à en améliorer l’efficacité et à mettre en place pour chacune d’elles un financement approprié. Mais la qualité de la réflexion nécessaire sur le contenu de l’action publique serait gravement compromise si elle était ramenée à la poursuite d’un objectif simpliste de réduction de la dépense globale.

1 - La dépense publique n’est pas, contrairement à ce que l’on nous serine constamment, une charge pour l’économie. Elle est :  

- soit l’un des éléments de la production nationale qui contribue au développement du capital humain du pays et aux infrastructures du développement (les dépenses d’investissement et de fonctionnement des services publics d’éducation, santé, culture, justice, sécurité, logement, transport, etc.) ;
- soit l’expression de la solidarité nationale sous la forme des transferts sociaux qui, sans incidence directe sur la production, font transiter des ressources de certains agents économiques ou catégories de la population vers d’autres : des plus riches aux plus pauvres, des actifs aux chômeurs et aux retraités, des sans enfants aux familles, des bien portants aux malades ;
- soit un instrument de politique économique sous la forme de concours accordés aux agents économiques pour les inciter à certains comportements en matière d’embauche, d’investissement, de recherche, d’exportation, etc. Qu’il s’agisse de dépenses effectives ou de ce que l’on appelle les « dépenses fiscales » (exonérations d’impôt ou de cotisation), ces transferts économiques sont évidemment à prendre en considération eux aussi.

2 –Il existe à coup sûr des marges d’action dans le sens de la réduction de certaines dépenses publiques et il n’est pas illégitime de chercher à les utiliser.

Les partisans du service public ne doivent pas laisser à ses adversaires le monopole de la critique. Il faut reconnaître les blocages, avoir le courage de dire que l’amélioration du service rendu n’est pas nécessairement lié à l’augmentation des moyens mis en œuvre, oser prononcer le mot rentabilité car l’argent public qu’utilise le service public doit, plus que tout autre, être utilisé à bon escient.
Mais, en sens inverse, les facteurs d’augmentation de la dépense publique ne peuvent être ignorés
. Les uns se rattachent aux tendances lourdes de l’évolution de notre société : le vieillissement de la population joue inévitablement dans le sens de l’alourdissement à terme des dépenses de santé et de retraites. D’autres sont liés aux politiques nouvelles susceptibles d’être mises en œuvre. Pour ne prendre que quelques exemples, le service public de la petite enfance, l’école de base, l’accompagnement et la formation professionnelle de la population en chômage, sans parler de la justice et de la sécurité, appellent aujourd’hui des moyens supplémentaires.

3 – Dans l’effort engagé par le gouvernement pour l’amélioration des finances publiques, c’est la solidité du couple prélèvements-dépenses, qui, plus que le montant intrinsèque des dépenses, conditionnera le retour à l’équilibre financier et la réduction de la dette. Des réformes sont nécessaires à cet égard. Elles ne sont que très partiellement engagées.

Du côté du financement de la protection sociale, la proposition du rapport Gallois consistant à transférer une partie de la charge des cotisations vers l’impôt va dans le bon sens. Elle reste pour le moment sur la table. La solution du crédit d’impôt retenue dans l’immédiat par le gouvernement ne peut qu’être transitoire. Il faudra le plus tôt possible aller au bout de la réflexion, en concertation avec les syndicats et le patronat.
Du côté du financement des dépenses de l’Etat, la grande réforme de la fiscalité directe permettant la fusion à terme de l’impôt sur le revenu et de la CSG (engagement n° 14 du programme présidentiel) semble prendre quelque retard et on peut le regretter.

4 – Le gouvernement de la gauche commettrait une grave erreur en s’engageant dans une démarche qui paraîtrait reprendre celle de la RGPP (la Révision Générale des Politiques Publiques) sous la Présidence Sarkozy.

L’opposition de l’époque a, à juste titre, critiqué cette opération en ce que, sans aucune concertation, elle n’a été menée qu’en vue de mettre en œuvre l’objectif fixé arbitrairement du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux. Il en est résulté beaucoup de confusion et une forte démoralisation de la fonction publique. Il ne faudrait pas que la conduite de la MAP (la Modernisation de l’Action Publique, désormais à l’ordre du jour), soit à son tour compromise dès le départ par l’affichage d’un objectif purement financier.
Passée l’urgence qui s’attachait au vote de la première loi de finances du quinquennat, celle de l’année 2013, le gouvernement doit se donner le temps nécessaire pour, en concertation avec les organisations syndicales, les représentants des usagers, les composantes de la société civile, inventorier les besoins, évaluer les moyens mis en œuvre, discuter des objectifs à fixer et des indicateurs à retenir et en tirer les conséquences en terme de crédits, dans le cadre d’une contrainte budgétaire qui doit rester raisonnée et ne pas prendre le pas sur tout le reste. Le résultat final d’une telle revue ne saurait être affiché à l’avance.

On sent certains commentateurs à l’affût. Ils voudraient tant trouver chez un Président français de gauche le discours commun du libéralisme. Que ne leur soit pas donné ce plaisir ! Affirmation du service public, renforcement de la solidarité, rigueur de gestion : pour un pouvoir de gauche ces trois termes doivent rester indissociables.

 

* La Fondation Res Publica a été créée en décembre 2005 sous la forme d’un établissement reconnu d’utilité publique. Elle s’est donné pour objectif la réflexion, l’analyse et la capacité de proposer des choix de politiques publiques, face aux grands enjeux actuels, dans le cadre national et dans le cadre du monde globalisé. C’est un centre de réflexion et de proposition sur les enjeux principaux du monde d'aujourd'hui

 

Cet article est le 34ème paru sur ce blog dans la catégorie Services publics

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 21:32

L’élevage tend à disparaître de zones entières du territoire

 

« Sauvons l’élevage ». Il y a urgence car les arrêts de production laitière sont de plus en plus nombreux. La Confédération paysanne, l’un des syndicats minoritaires, en a fait son thème de campagne en vue des élections dans les chambres d’agriculture, fin janvier 2013. Les éleveurs laitiers se plaignent d’un prix du lait insuffisant pour couvrir leurs coûts de production, qui sont en forte augmentation (carburant, aliment complémentaire des rations de base, notamment).

 

La Confédération paysanne veut réorienter la politique agricole nationale et européenne, en prenant la défense des petites et moyennes fermes, en élevage, ce qui conditionne la vitalité du milieu rural.

Philippe Collin est le porte-parole de la Confédération paysanne. Il était à Nantes pour le premier des deux rassemblements « Sauvons l’élevage » afin de défendre l’élevage et les emplois liés. Voir Un millier d’agriculteurs à Nantes pour sauver l’élevage (4 janvier 2013).
A noter que, lors d’un entretien avec François Lemarchand, du quotidien Ouest-France (article paru dans l’édition du 11 janvier 2013), Philippe Collin indiquait une évolution de sa propre activité. Producteur de blé « biologique » dans un GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) à deux associés sur 310 hectares, en location, à Blacy dans l’Yonne, il s’était spécialisé dans la production céréalière, arrêtant la production laitière en 1987. Afin de redonner de la cohérence agronomique et économique, l’élevage laitier va être réintroduit avec l’installation d’un jeune couple au sein du GAEC, sans reprise de terres. Le lait bio sera vendu localement, la ferme étant dans l’aire d’appellation du fromage AOP « Epoisses ».
Christian Evon, pour l’hebdomadaire régional d’informations générales et agricoles, L'AVENIR AGRICOLE, a recueilli à Nantes les propos de Philippe Collin concernant sa perception de l’évolution de l’agriculture (article paru dans l’édition du 11 janvier 2013).

 

« Même de grosses fermes disparaissent à leur tour »

 

« La situation est très préoccupante : l’élevage a tendance à déménager des parties entières du territoire. La présence des salariés de Candia aujourd’hui le montre : derrière le départ de l’élevage, c’est tout le tissu rural qui est menacé. La rationalité économique n’a qu’une seule visée : la concentration des fermes d’élevage et l’élimination progressive des paysans. L’appauvrissement des territoires ».

Au contraire, l’élevage est le meilleur rempart contre la désertification des campagnes.

« C’est la première fois que de façon aussi nette on assiste à la régression du nombre d’élevages, mais aussi d’animaux… La vraie rupture est là : de grosses fermes disparaissent à leur tour. L’augmentation de productivité a forcément ses limites. On voit des éleveurs avec de gros quotas et un nombre important de vaches se tourner vers nous en disant : au fond, vos idées ne sont pas si mauvaises ».

 

Au-delà de l’aspect économique, c’est l’isolement, la pression du milieu environnant et l’absence de perspectives qui inquiètent le plus les responsables agricoles et peuvent faire des ravages : alcoolisme, obésité, suicide, etc. « On va voir la détermination du gouvernement à mettre en œuvre ses engagements ».

 

« Une Pac (Politique agricole commune) repeinte en vert, et c’est tout »

 

Le vrai enjeu est celui d’une nouvelle politique agricole qui aide davantage l’élevage au détriment des grandes cultures.

« Allouer les aides aux hectares, et pas aux personnes : il faut espérer qu’au niveau européen, un accord minimal se fasse là-dessus ». Mais il n’est pas dupe non plus : « Au départ, Dacian Ciolos a présenté ses objectifs pour la nouvelle Pac qui allaient dans le bon sens mais, en fin de compte, on risque d’avoir la même politique, juste un peu repeinte en vert ».

Enfin, « il faut en finir avec des marchés ouverts à tous les vents et ce libéralisme effréné, c’est cette politique qui continue à éliminer des paysans. On doit aussi lutter contre la mainmise de l’industrie agroalimentaire, qui aboutit à une mise en coupe réglée des paysans ».

 

A la suite du rassemblement à Nantes « Sauvons l’élevage », la Confédération paysanne de la Mayenne* organise une réunion dans le cadre des élections à la Chambre d’agriculture, mardi 15 janvier 2013 à 14h, salle de la Mutualité sociale agricole, à Laval.

 

Programme (intervenants et débats) :
  • Introduction humoristique par le comédien mayennais Jérôme ROUSSELET : création théâtrale originale et inédite ;
  • Développement du programme électoral de la confédération paysanne 53 par Claire GARROT, candidate en seconde position sur la liste. Claire Garrot lancera le débat «  pour l'avenir de l'élevage en Europe, en France et en Mayenne » ;
  • Intervention d'André PFLIMLIN : l'auteur de « l'Europe laitière » (éditions France Agricole) délivrera son analyse sur la politique laitière européenne et ouvrira la réflexion au verdissement de la PAC et à la nécessité d'une maîtrise par la régulation ;
  • Intervention de Gérard DURAND, Secrétaire national de la Confédération paysanne en charge du dossier élevage. Gérard DURAND interviendra notamment sur les incidences de ce vote local en matière de représentativité nationale ;
  • Clôture du débat par Daniel FOUCHER, élu chambre sortant et tête de liste pour la Confédération paysanne de la Mayenne.

* Voir Mayenne (53) - Confédération Paysanne et Elections chambres 2013 - Mayenne - Confédération Paysanne

 

Cet article est le 366ème publié sur ce blog dans la catégorie AGRICULTURE et PAC.

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 15:09

Maintenir le toit européen au-dessus des monnaies nationales

 

Voici le 4ème des articles successifs dont le contenu est issu de la Fondation Res Publica. Voir

Res Publica : de l'euro monnaie unique à l'euro monnaie commune - 12 janvier 2013

Le jeu subtil entre les USA et la Chine tournera en faveur de la Chine - 11 janvier 2013

Jean-Yves Autexier (Fondation Res Publica) pour l'Europe des projets - 10 janvier 2013 

 

La Fondation Res Publica a été créée en décembre 2005 sous la forme d’un établissement reconnu d’utilité publique. Elle s’est donné pour objectif la réflexion, l’analyse et la capacité de proposer des choix de politiques publiques, face aux grands enjeux actuels, dans le cadre national et dans le cadre du monde globalisé. C’est un centre de réflexion et de proposition sur les enjeux principaux du monde d'aujourd'hui

Ce 4ème article présente le point de vue de Jean-Pierre Chevènement, président de la Fondation, sur la question posée aux intervenants lors du colloque organisé le 24 septembre 2012 sur le thème :

L'euro monnaie unique peut-il survivre ?

 

·          Introduction de Jean-Pierre Chevènement 

·          La crise de l’euro et l’économie mondiale. Intervention de Dominique Garabiol, Directeur de Banque, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

·          Tout est bien qui a une fin. Intervention de Wilhelm Nölling, Professeur d’économie à l’Université de Hambourg (Allemagne), ancien parlementaire et ancien membre du SPD et de la Bundesbank.

·          L’Euro contre l’Europe : pourquoi le passage à une monnaie commune est aujourd’hui la seule solution raisonnable. Intervention de Jacques Sapir, Directeur d’études à l'École des Hautes Études en Sciences Sociales.

·          Le système monétaire de l’euro, une opportunité pour la monnaie commune. Intervention de Claude Gnos, Chercheur associé au Centre d'Etudes Monétaires et Financières, Université de Bourgogne, International Economic Policy Institute, Université Laurentienne (Canada).

·          Sauver l’euro par une monnaie commune et non unique. Intervention de Jean-Michel Quatrepoint, Journaliste économique, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

·          L’union monétaire est rompue. Intervention de Jean-Luc Gréau, Economiste, membre du Conseil scientifique de la Fondation Res Publica.

·          Conclusion de Jean-Pierre Chevènement et débat final

 

Chevènement Commer 301111 007 TConclusion de Jean-Pierre Chevènement

Avant de passer la parole à la salle, je voudrais hasarder quelques considérations politiques.
S’il est très difficile de sortir de cette situation c’est – cela vient d’être explicité – que ceux qui nous dirigent, dans tous les pays d’Europe mais particulièrement en France et en Allemagne, ont couvert dès le départ cette construction qu’est la monnaie unique. Ils ne peuvent donc pas porter un diagnostic sûr concernant la crise de la monnaie unique. Ils y voient une crise de la dette. Ils ne comprennent pas que c’est par un effet de structure que la monnaie unique ne peut pas marcher. En effet, comme le disait le Professeur Nölling, elle agglomère dans une sorte de patchwork des économies trop différentes.

On ne peut pas sortir de cette situation en un dimanche, comme on le faisait autrefois quand il s’agissait de procéder à une dévaluation ou à une réévaluation, parce qu’il faudrait pour cela mettre d’accord beaucoup de gouvernements, après avoir mis d’accord les Allemands entre eux, les Français et les Allemands … et tout cela d’une manière relativement confidentielle ! C’est quasiment impossible.

Comme l’ont fort bien dit les précédents intervenants, en particulier M. Gréau, nous allons rentrer dans une récession qui va tourner à la dépression et on peut s’attendre, comme l’a dit Jean-Michel Quatrepoint, à ce que des pays comme l’Espagne soient confrontés à l’hypothèse inouïe de leur démembrement en entités séparées. Ce n’est pas possible. Des forces se mettront en mouvement pour l’empêcher. Au-delà de l’Espagne, l’euro fragilise toutes les nations européennes, en interne et dans les relations qu’elles entretiennent entre elles. L’euro ne peut qu’aigrir les relations entre les pays qui le constituent.

Seule une crise très grave pourra imposer la solution de bon sens qu’est la sortie concertée de l’euro (que préconise un ancien ministre des finances brésilien, M. Luiz Carlos Bresser-Pereira (1)). Seule une telle crise – et le mûrissement des esprits de part et d’autre du Rhin, mais surtout en Allemagne – peut permettre cette décision qui ne doit pas apparaître comme la répudiation de l’euro en tant que symbole de l’ambition européenne mais seulement en tant que modalité inadéquate de rapprochement entre les monnaies.

Nous nous proposons de sauver l’euro pour sauver l’Europe en changeant simplement sa nature. En transformant, par un coup de baguette magique, l’euro monnaie unique en euro monnaie commune nous sauvegarderions l’euro devenu l’étalon, la monnaie pivot qui permettrait de maintenir le toit européen au-dessus des monnaies nationales. Celles-ci devraient dévaluer ou réévaluer dans des proportions à peu près équivalentes à celles qu’a dites Jean-Michel Quatrepoint.

Cette sortie est possible mais elle n’est pas envisageable aujourd’hui. Ne nous leurrons pas, l’état d’esprit de nos élites dirigeantes n’est pas du tout celui que je viens de dire. Nous devrons donc patienter encore quelques temps, aller de crise en crise, de sommet de la dernière chance en sommet de la dernière chance jusqu’à ce que l’évidence finisse par s’imposer.

Je dis au Professeur Nölling que je ne crois pas beaucoup à un petit noyau dur à quatre ou cinq pays qui seraient sans doute l’Allemagne, l’Autriche, la Finlande, les Pays-Bas. La France, quant à elle, présente un écart de compétitivité de 15 à 20 points par rapport à l’Allemagne, ce que Mme Merkel a d’ailleurs fait remarquer récemment.

Certes, il est très important que la France et l’Allemagne portent ensemble le projet européen. Mais ce projet européen ne doit pas commencer par la monnaie. Il doit être un projet industriel, un projet de politique extérieure, de politique de défense etc., peut-être un projet de transition énergétique. On peut imaginer d’articuler le projet européen de différentes manières et de remettre la monnaie à sa place. Je ne dirai pas qu’il faut faire de la monnaie la servante de la politique parce que je sais que nous n’avons pas la même conception de la monnaie de part et d’autre du Rhin. Votre ancien ambassadeur, M. Reinhard Schäffers, faisait observer à juste titre que la monnaie est, pour l’Allemagne, une valeur sacrée et, pour les Français, un moyen de politique économique. Entre nos deux peuples, ajoutait-il, il faut trouver des compromis. Nos deux peuples doivent continuer à se parler et leurs dirigeants trouver de bons compromis. C’est fondamental.

Mais
les bons compromis présupposent de bonnes analyses
. Pour le moment nos dirigeants ne font pas de bonnes analyses. Nous devons les amener à faire de bonnes analyses. Il faut encore « faire bouger les lignes ». Ce n’est pas facile.

Le Président de la République lui-même convient que la France a besoin aujourd’hui d’un choc de compétitivité. Depuis l’an 2000, nous avons perdu une partie de notre compétitivité et près de la moitié de nos parts de marché. Notre industrie est déclinante. Si nous rentrions dans le « noyau dur » que vous avez décrit tout à l’heure, monsieur le Professeur, nous serions exposés à la fois à la réévaluation de cet « euro-mark » (il faut l’appeler par son nom) et à la dévaluation compétitive de l’euro-lire et de l’euro-peseta, une situation difficile !

Il faut que nous pensions ensemble sereinement l’euro comme monnaie commune, comme toit européen commun abritant des monnaies nationales qui fluctueraient dans des bandes négociées selon le système que vous avez évoqué tout à l’heure, celui d’Helmut Schmidt et de Valéry Giscard d’Estaing, système qui, périodiquement, permettait la révision des parités en fonction de l’évolution des compétitivités respectives de chaque économie.

Politiquement, une grande vue européenne est absolument nécessaire si nous voulons proposer une solution qui ait quelque crédibilité. La décision de transformer l’euro de monnaie unique en monnaie commune doit être une décision européenne portée d’abord par l’Allemagne et par la France puis par tous les autres pays qui, d’ailleurs, ne demanderont pas mieux. Mais ce projet doit s’adosser à une vue européenne. Il faut qu’il soit bien entendu que nous ne voulons pas nous séparer de l’Allemagne, que nous pensons que nos destins sont liés, qu’il y a une communauté de destin aujourd’hui entre nos peuples. Pour bien connaître les dossiers (énergie, politique étrangère, défense), je mesure le chemin qu’il nous reste à parcourir.

Chaque pays doit pouvoir y trouver son compte. L’Allemagne doit et peut avoir une monnaie forte : elle produit des machines qui se vendent dans le monde entier et sa démographie l’encourage à garder une monnaie forte. La France n’a pas une économie aussi compétitive et nos exportations sont très sensibles aux élasticités-prix, ce qui nécessite une réindustrialisation et la remise au travail de nos chômeurs (10% de la population active !). C’est un projet national dans lequel les Français peuvent se reconnaître.

Nous devons penser tout cela de manière concertée. Un très gros travail reste à faire de part et d’autre. L’expression d’économistes anticonformistes (je n’ai pas dit « iconoclastes »), comme ceux que nous avons entendus s’exprimer ce soir à la tribune est très importante. Beaucoup d’économistes en France sont déjà ralliés à ce point de vue. Il faudrait qu’ils exercent un rôle beaucoup plus important dans la sphère politico-médiatique où, aujourd’hui, il n’y a place que pour une seule vérité ! Or, pour faire bouger tant d’esprits arrêtés, il faut utiliser les moyens de la persuasion. Je n’en vois pas d’autre pour le moment. La crise actuelle coûte beaucoup de souffrances et tous les moyens doivent être mobilisés pour raccourcir le temps qui nous sépare de l’administration d’une médecine efficace.

Jean-Pierre Chevènement, intervenant dans le débat final

 

Une telle monnaie commune aurait l’immense avantage de remédier aux déséquilibres de balances des paiements qui existent aujourd’hui au sein de l’Europe à dix-sept, déséquilibres très importants qui sont à l’origine de la crise et de la spéculation. Elle permettrait le rééquilibrage des balances des paiements et par conséquent une croissance simultanée dans les différents pays. Alors qu’aujourd’hui, l’absence d’autre choix que les plans de déflation interne entraîne tout le système vers le bas. Il y aurait donc une réponse en termes de croissance.
En termes monétaires, une telle monnaie commune pourrait être en quelque sorte le « panier » de différentes monnaies dont la plupart auraient dévalué dans des proportions plus ou moins fortes tandis que certaines d’entre elles, peut-on imaginer, réévalueraient. Cela peut se discuter, on l’a fait dans le passé. Mais il me semble que par définition cette monnaie commune aurait un cours inférieur à celui de l’euro monnaie unique actuel, sous réserve que certains pays comme l’Allemagne aient évidemment une monnaie dont le cours s’apprécierait (…).

 

Je voudrais ajouter un argument.
L’Allemagne ne peut pas accepter une union de transferts
. Ceux qui nous parlent de « grand saut fédéral » méconnaissent totalement les disparités économiques, les disparités en termes de revenus, en termes de systèmes de protection sociale. L’économiste Bruno Amable a dit que ce serait sauter dans le vide (2) que de choisir l’harmonisation de tous les systèmes de protection sociale. Les régimes spéciaux en France sont d’une simplicité biblique par rapport à tous les régimes qui existent de par l’Europe. C’est un projet infaisable compte tenu de l’ampleur des transferts à réaliser.
Le budget européen représente 1% du PIB européen. Le taux moyen des prélèvements obligatoires en Europe est supérieur à 40 %. Donc la part européenne représente, à peine, 2,5% du total des dépenses « de solidarité » effectives en Europe.

Passer de 2,5 % aux 20 % ou 25 % nécessaires pour avoir quelque chose qui ressemble à une union de transferts est un saut absolument infaisable. C’est sauter à la perche pour atteindre la hauteur de la Tour Eiffel ! Aucun pays aujourd’hui relativement développé ne peut faire ce saut. Ce n’est pas possible. On ne peut pas demander ça à l’Allemagne, cela a été dit par Jean-Michel Quatrepoint. À la France non plus d’ailleurs ! Ce n’est pas une voie praticable. Quant à ce que d’aucuns appellent aujourd’hui abusivement « fédération », c’est un pur et simple système de coercition qui nous ferait passer dans une Europe post-démocratique (…).

 

Conclusion du débat

Si vous le voulez bien, nous allons en rester là ce soir.
Nous avons éclairé des gouffres. Pour sortir de cette situation, il nous faut avoir une grande vue d’avenir. On ne peut pas nous demander de rentrer dans le détail technique du projet de monnaie commune. Mais il faut au moins avoir cette idée stratégique qui seule permettrait à nos peuples de retrouver en eux la confiance dont ils ont besoin et dont le Professeur Nölling nous a parlé tout à l’heure. Les peuples doivent avoir confiance en eux, en leur avenir. Seule une décision stratégique de ce type permettrait de la leur rendre.

 

Prochain rendez-vous de la Fondation Res Publica : lundi 21 janvier 2013 sur le thème : Occident et mondialisation

 

Cet article est le 111ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

Jean-Pierre Chevènement (à gauche sur la photo), le 1er décembre 2013, présidant le colloque Europe de la Fondation Res Publica

Jean-Pierre Chevènement (à gauche sur la photo), le 1er décembre 2013, présidant le colloque Europe de la Fondation Res Publica

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12 janvier 2013 6 12 /01 /janvier /2013 16:57

Un « think tank » qui cherche à pérenniser l’euro

 

Vingt ans après la ratification du traité de Maastricht par la France, la Fondation Res Publica organisait, le 24 septembre 2012, un colloque sur le thème « L'euro monnaie unique peut-il survivre ? » dans le droit fil du séminaire du 13 février 2012 sur le même thème « Approches théorique et pratique d'une monnaie commune ».

 

Comme l’indiquait l’ancien directeur, Jean-Yves Autexier, de cette Fondation présidée par Jean-Pierre Chevènement, Res Publica travaille à une alternative en cas de crise de la monnaie unique. Comment passer à une monnaie commune ? Aucun gouvernement ne peut travailler sur un plan B mais les « think tanks » peuvent le faire et c’est même notre devoir d’explorer les voies possibles, afin de pouvoir, un jour, être utiles à notre pays et à l’Europe. C’était lors du 3ème Forum des « think tanks » à Paris (voir Jean-Yves Autexier (Fondation Res Publica) pour l'Europe des projets - 10 janvier 2013).

 

La Fondation Res Publica a été créée en décembre 2005 sous la forme d’un établissement reconnu d’utilité publique. Elle s’est donné pour objectif la réflexion, l’analyse et la capacité de proposer des choix de politiques publiques, face aux grands enjeux actuels, dans le cadre national et dans le cadre du monde globalisé. C’est un centre de réflexion et de proposition sur les enjeux principaux du monde d'aujourd'hui

 

Ce colloque du 24 septembre 2012 a produit des interventions et débats de grande qualité. Voici les deux premières interventions : l’introduction par Jean-Pierre Chevènement et  l’intervention de Dominique Garabiol, qui a situé la crise de l’euro dans le contexte de l’économie mondiale.

Intitulé « L’euro monnaie unique peut-il survivre ? », ce colloque fait suite à celui organisé par la Fondation Res Publica en février dernier sur le thème de la possibilité d’une monnaie commune*. La différence entre monnaie unique et monnaie commune est claire : la monnaie commune est une monnaie étalon, un pivot, un panier de monnaies qui s’apprécie sur le marché. Ces monnaies restent des monnaies nationales ayant naturellement une parité fixée à l’intérieur d’un Système monétaire européen bis (…).

 

Je voudrais rappeler une position de fond qui réunit un certain nombre d’esprits, en tout cas à la Fondation Res Publica : le vice de l’euro est dans l’euro lui-même, c’est un vice originel, un « péché originel » : l’euro rassemble sous le même toit des économies de structures extrêmement différentes, de niveau de développement inégal, dont les langues, les cultures, les repères culturels, les options politiques diffèrent. Mais c’est surtout la différence des structures économiques qui fait qu’une monnaie unique s’appliquant à dix-sept pays aboutit presque inévitablement à des effets de polarisation de richesse ou de sous-développement aux extrêmes (...).

 

Lors des colloques qui se sont succédé au sein de la Fondation Res Publica, on a bien vu que la crise financière globale, mondiale, est née de déséquilibres financiers sans cesse croissants depuis des décennies. Ces déséquilibres ont généré de l’endettement qui a été utilisé pour alimenter des bulles spéculatives. En 2007 le taux d’épargne des ménages américains (qui n’avait cessé de baisser depuis 1945) était tombé à zéro. C’était un signe de rupture.

L’endettement était la contrepartie financière de deux phénomènes :
- un phénomène de déséquilibres réels : balances commerciales mais aussi déséquilibres financiers internes aux pays.
- le gonflement des prix des actifs financiers.
L’endettement a atteint un niveau très élevé, ce qui a généré une crise.

La crise est arrivée sur un type d’actifs particulièrement pervers : les subprimes. Mais la crise aurait pu tout aussi bien être déclenchée par un autre produit. Comme pour un phénomène physique, une tension croissante finit toujours par provoquer une rupture. Le point de rupture lui-même n’a guère d’intérêt, ce qui est déterminant, c’est la croissance de la tension qui finit fatalement par atteindre un niveau insoutenable.
Avec la crise, on s’est donc rendu compte qu’il fallait entamer un processus de désendettement, ce qui a été fait progressivement.

Le processus de désendettement a évidemment eu un effet dépressif sur l’économie. Cet effet dépressif a été traité par des plans de relance des États européens, américain et même asiatiques. Mais ces plans de relance ont privilégié le maintien des prix des actifs financiers au détriment de la croissance économique. Aujourd’hui, les actifs financiers ont retrouvé leur prix de 2008. L’immobilier, qui fait la liaison entre les actifs financiers et la sphère réelle, reste toutefois très déprimé. Et si les déséquilibres réels sont moindres qu’il y a trois ans, c’est d’une façon marginale.

La crise de l’euro, dans ce contexte, est un peu étonnante.

On parle d’une crise de la dette. Or le taux d’endettement des États de la zone euro est inférieur à ceux des États-Unis, de l’Angleterre et du Japon. La zone euro a, grosso modo, une balance commerciale équilibrée. La monnaie se porte bien. Il n’y a pas de défiance particulière à l’égard de la monnaie en tant que monnaie unique.

La vraie question est celle de la cohérence de la zone euro. On constate un équilibre de la balance commerciale globale de la zone euro. Or l’Allemagne dégage quelques 160 milliards d’euros d’excédent ! Ces 160 milliards se résument donc à des déséquilibres internes de la zone euro.

 

D’où proviennent les déséquilibres internes à la zone euro ?

Il y a deux explications alternatives proposées par les économistes et par les politiques.

La première explication est la déficience de la gouvernance de la zone euro.
Ce thème est très développé par les fédéralistes dans la mesure où il permet de promouvoir des avancées sur la création de nouvelles institutions européennes :
- le gouvernement économique transformé en surveillant du traité budgétaire alors qu’initialement le gouvernement économique était conçu, du moins par la France, comme une coordination des politiques destinée à veiller à la cohérence des conjonctures dans les différents pays.
- l’union bancaire, c’est-à-dire la création d’institutions européennes de régulation et de supervision des banques.
La déficience de la gouvernance suffirait à expliquer l’ensemble des incohérences de la zone euro.

Une autre explication, évoquée à l’instant par Jean-Pierre Chevènement, a de plus en plus de poids. C’est l’aspect structurellement déséquilibré de la zone euro.
Une monnaie unique imposée à des régions différentes sur les plans de la spécialisation industrielle, de la productivité, de la démographie, contrairement à un discours répandu, n’entraîne pas spontanément une convergence des économies. Elle entraîne une spécialisation des économies.
L’intégration économique, facilitée par la monnaie unique, correspond à une spécialisation accrue des régions, donc un accroissement des divergences. Du fait de ce processus à l’œuvre depuis une dizaine d’années, l’Allemagne, qui bénéficiait d’une position industrielle très forte, s’est renforcée et les pays périphériques, initialement plutôt faibles, se sont encore affaiblis.

C’est tout le débat actuel. Les différentes solutions proposées sont sur la table. Le débat sera spectaculaire et peut-être dramatique parce que le traité budgétaire est en réalité une continuation de la logique initiale de l’euro, il n’y a pas de rupture. La volonté de rentrer dans une logique différente supposerait une solidarité financière réelle et la recherche de ressorts de rééquilibrage des balances commerciales internes à la zone euro dans le but de réindustrialiser les pays périphériques. C’est à cette condition que la zone euro trouverait un équilibre interne durable. On n’en prend pas le chemin.

 
Prochain rendez-vous de la Fondation Res Publica : lundi 21 janvier 2013 sur le thème : Occident et mondialisation

 

Cet article est le 110ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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11 janvier 2013 5 11 /01 /janvier /2013 23:05

Dépendance, concurrence, défiance… avant l’assaut ?

 

La note de lecture de Baptiste Petitjean, directeur de la Fondation Res Publica, publiée par celle-ci le 21 décembre 2012 (voir Fondation Res Publica | Think tank), concernait le livre d'Alain Frachon et Daniel Vernet (Grasset, octobre 2012), intitulé "La Chine contre l’Amérique – Le duel du siècle".

Nous avons l’impression que, dans cette confrontation mondiale, l’Europe ne peut que subir. D’où le titre de la note L’Europe prise en étau entre les Etats-Unis et la Chine

En voici des extraits.

 

La dernière note de lecture de la Fondation finissait par faire l’hypothèse suivante : « depuis l’effondrement du bloc soviétique et depuis que la montée des pays émergents accélère l’apparition d’un monde multipolaire, on constate la montée en puissance d’un duopole Chine / Etats-Unis – ce que nous appelons le G2 [1] –, qui laisse à penser que nous sommes passés d’une bipolarité à une autre, même si elle n’est que transitoire » [2]. Alain Frachon et Daniel Vernet estiment à juste titre que nous sommes entrés dans une bipolarité sino-américaine qui peut revêtir une forme consensuelle (le G2), mais qui peut tout à fait prendre une forme concurrentielle voire conflictuelle.

A partir de 1972 et la rupture sino-soviétique, une alliance de facto scellée par un antagonisme commun vis-à-vis de l’URSS va amorcer une phase de dépendance mutuelle entre la Chine et les Etats-Unis. Cette phase trouvera son prolongement dans les années 90 et le début des années 2000 dans une « relation d’interdépendance économique et financière ». Notons par exemple que les deux tiers des réserves monétaires chinoises – qui s’élèvent à 3 200 milliards de dollars – ont été investies en bons du Trésor américains, entraînant par ailleurs la surconsommation aux Etats-Unis. Les auteurs ont, néanmoins, le mérite de casser quelques préjugés sur l’essor économique chinois : la Chine n’est plus seulement l’atelier du monde, ce que les entreprises chinoises fabriquent ne cessent de monter dans l’échelle de la valeur ajoutée.

Toutefois, cette dépendance mutuelle se transforme en une concurrence accrue, avec une défiance palpable. Le Pacifique devenant alors le « le lieu privilégié [de cet] affrontement qui ne dit pas son nom » : « l’enjeu pour les Chinois est de s’imposer comme la puissance régionale prépondérante en Asie », et plus particulièrement dans « sa zone d’influence traditionnelle » qu’est le Pacifique. Via une « doctrine Monroe à la chinoise » (expression de Jean-Luc Domenach) [pages 37-40], la Chine ne « tolérera aucune ingérence militaire étrangère dans le pacifique occidental. Elle s’appuie pour cela sur le principe de souveraineté nationale. L’ambition des dirigeants chinois est « l’ascension pacifique » [3] : devenir la plus grande puissance mondiale, sans velléité hégémonique. « Ce nationalisme, [qui est une sorte d’idéologie de substitution au communisme], s’exprime dans un sentiment de rivalité sans merci avec les Etats-Unis ». Ces derniers entendent accompagner le balancement du monde vers l’Asie-Pacifique. L’objet de la présence américaine active dans cette région est un « encerclement de la Chine par une coalition locale de pays démocratiques » [page 200]. En d’autres termes, l’objectif américain est de contrecarrer l’ambition militaro-politique de la Chine, grâce à une stratégie d’alliances.

Ce déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Asie-Pacifique se réalise au détriment de l’Europe. Et c’est justement dans la conclusion du livre que le lecteur peut trouver une source de réflexion : où est l’Europe ? Elle n’est, selon les Américains, « pas en mesure de jouer un rôle international conforme à son poids économique ». Pour les Américains, « les Européens ont abandonné la pensée stratégique ». De leur côté, les Chinois ne considèrent pas l’Europe comme un ensemble, ils mènent « une stratégie différenciée » selon les Etats membres. De fait, l’hétérogénéité de puissance, d’influence, de structure économique des pays européens « empêche la définition d’une politique commune vis-à-vis de la Chine ». Ainsi, « en dix ans le monde a changé mais la stratégie européenne ne s’est pas adaptée, faute de consensus sur l’analyse des changements et sur les politiques à mener ». La Chine est, à titre d’exemple, à peine citée dans un rapport sur la « stratégie européenne de sécurité » qui date de 2003 [pages 237-243].
 

A noter, la prédiction brandie par La Chronique Agora - publication bien documentée qui s’adresse aux investisseurs boursiers - d’une offensive de la Chine en direction de l’or physique, qui serait un signe de la préparation d’un coup monétaire visant à la substitution du yuan au dollar dans la suprématie mondiale. Voir Comment et pourquoi la Chine fait main basse sur le marché de l’or physique (Atlantico, Isabelle Mouilleseaux, 16 mars 2012).

 

Cet article est le 21ème sur ce blog dans la catégorie Asie.

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10 janvier 2013 4 10 /01 /janvier /2013 23:49

La voie du saut fédéral est obstruée pour longtemps

 

Lors du 3ème "Forum des think tanks", le 15 décembre 2012 à Paris, Jean-Yves Autexier, membre du Conseil Scientifique de la Fondation Res Publica, est intervenu sur le thème Europe: quelle union voulons-nous ? Voici un résumé de son intervention (la vidéo a été mise ce jour  sur le site de la Fondation Res Publica - voir Fondation Res Publica | Think tank).

 

Universite-d-ete-MRC-2011-051-T-copie-1.jpgLes Fondations ont un rôle à jouer en réfléchissant à ce que pourrait être l’Europe des projets, seul moyen de permettre à l’Europe de se relancer en rendant service aux nations qui la composent.

 

Si l’on observe la crise actuelle de l’idée européenne, les difficultés de l’euro, les lézardes de l’édifice européen existaient déjà en 1992 (Schröder les avaient détectées, jugeant qu’il n’y avait plus d’amortisseurs et qu’il y avait de grands risques de chocs asymétriques sur les économies, difficiles à absorber par l’architecture européenne) mais elles étaient alors peu visibles. C’est la crise qui les a révélées.

Mais ce qui est frappant, c’est l’absence de politiques communes. La seule qui ait été mise en œuvre, de manière complète, c’est la politique agricole. Elle sera démembrée complètement en 2013.

Pas de politique industrielle, ni de recherche, ni de l’énergie. Pas de politique commerciale propre (c’est une succursale de l’OMC). Absence de projets communs réalistes, de travail ensemble. C’est cela qui est la cause des difficultés actuelles du projet européen.

 

Certains parlent d’un sursaut des institutions, d’un saut fédéral pour faire rebondir le projet européen. A la Fondation Res Publica, nous sommes assez sceptiques pour deux raisons.

 

-          La première tient à la politique elle-même : en Europe, il n’y a pas un peuple européen. Un peuple, cela ne se décrète pas, cela se forge, on le voit dans l’histoire. Aujourd’hui, il y a 27 peuples, pas un seul. C’est donc une difficulté de promouvoir un ensemble fédéral qui ne se sent pas lié par la nécessité de solidarité qui existe dans un peuple. Au niveau d’un peuple, d’une nation, les riches acceptent de payer pour les pauvres (transferts fiscaux), par exemple l’Ile-de-France avec la Corse. S’il n’y a pas un seul peuple, les gens regimbent. En Europe du nord, on regimbe à financer la Grèce et ses errements. C’est tout à fait compréhensible. Donc, un renouveau par les institutions se heurte à un obstacle bien connu qui est ancien : « On ne peut pas aller plus vite que la musique ». On ne peut pas décréter l’existence d’un peuple et il faudra beaucoup de temps pour faire accepter une solidarité partagée, un effort commun admis et respecté par tous.

 

-          Le second obstacle, ce sont les transferts financiers immenses qui existent dans un saut fédéral. Les riches devraient effectivement payer pour les pauvres. L’Europe du nord paierait pour le sud. A cela, les opinions d’Europe du nord ne sont pas prêtes.

On critique beaucoup l’Allemagne, mais avant de la critiquer, il faut essayer de la comprendre. Les Allemands ont fait beaucoup d’efforts dans les transferts à l’est et les salariés ont été très sollicités par les plans Hartz (maîtrise des salaires). Quand on leur demande, après cela de venir en aide à la Grèce ou au Portugal, on peut comprendre qu’ils soient réticents. Les transferts financiers sont énormes et les opinions n’y sont pas prêtes.

On le voit bien quand il s’agit seulement d’une augmentation minime du budget européen, les réticences des opinions, pas seulement en Grande-Bretagne, mais aussi aux Pays-Bas, en Allemagne, dans des pays favorables à l’idée européenne.

 

Nous pensons, donc, que la voie des institutions est fermée, ou en suspens, pour un saut en avant de l’Europe et que, par contre, nous pourrions avancer très vite dans l’Europe des projets.

Ce pourrait être le rôle des Fondations de formuler des propositions en matière de projets de politique commune européenne à mener à bien. Parce que nous n’avons pas les contraintes politiques.

Par exemple, Res Publica a travaillé à une alternative en cas de crise de la monnaie unique*. Comment passer à une monnaie commune ? Aucun gouvernement ne peut travailler sur un plan B mais les « think tanks » peuvent le faire et c’est même notre devoir d’explorer les voies possibles, afin de pouvoir, un jour, être utiles à notre pays et à l’Europe.

En matière de politique énergétique, on voit bien à quel point il manque cruellement une politique des approvisionnements énergétiques de l’Europe. Les intérêts de nos pays sont communs. Nous importons tous du gaz et du pétrole aux mêmes pays, en ordre dispersé. On ne peut pas compter sur la seule loi du marché. Dans les approvisionnements énergétiques, sont en jeu des investissements très lourds qui impliquent des relations de confiance, sur le long terme. C’est pareil en matière de recherche et d’industrie.

 

Le rôle des Fondations, c’est de travailler sur les politiques qui manquent. Par exemple, l’agriculture, qui n’est pas un service et un bien comme les autres (c’est la survie des peuples qui est en jeu), il faut réanimer une politique agricole commune. Ce ne sera plus la PAC mais il faut quelque chose car il n’y a plus rien.

Donc, je crois fermement et profondément dans l’Europe des projets car la voie des institutions est obstruée pour longtemps.

 

* Voir L'euro monnaie unique peut-il survivre?

 

Voir, parmi les Notes de lecture de la Fondation Res Publica…

… Ce qui concerne l’Europe

 

Ce déplacement du centre de gravité géopolitique vers l’Asie-Pacifique se réalise au détriment de l’Europe. Et c’est justement dans la conclusion du livre que le lecteur peut trouver une source de réflexion : où est l’Europe ? Elle n’est, selon les Américains, « pas en mesure de jouer un rôle international conforme à son poids économique ». Pour les Américains, « les Européens ont abandonné la pensée stratégique ». De leur côté, les Chinois ne considèrent pas l’Europe comme un ensemble, ils mènent « une stratégie différenciée » selon les Etats membres. De fait, l’hétérogénéité de puissance, d’influence, de structure économique des pays européens « empêche la définition d’une politique commune vis-à-vis de la Chine ». Ainsi, « en dix ans le monde a changé mais la stratégie européenne ne s’est pas adaptée, faute de consensus sur l’analyse des changements et sur les politiques à mener ». La Chine est, à titre d’exemple, à peine citée dans un rapport sur la « stratégie européenne de sécurité » qui date de 2003 [pages 237-243].

Cet article est le 109ème paru sur ce blog dans la catégorie France et Europe

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